Le Groenland, ce territoire de toutes les convoitises
Commençons par le Groenland. Cette immense île arctique de 56 000 habitants, territoire autonome du Danemark, est soudainement devenue l’obsession de Donald Trump. Pas par hasard. Le Groenland regorge de terres rares essentielles aux technologies du futur. Il contrôle des routes maritimes arctiques qui deviendront cruciales avec le réchauffement climatique. Et surtout, il occupe une position stratégique majeure entre l’Amérique du Nord et l’Europe, avec la base aérienne de Thulé déjà sous contrôle américain. Trump ne propose pas d’acheter le Groenland avec la délicatesse d’un diplomate. Il exige. Il menace. Il refuse catégoriquement d’exclure l’usage de la force militaire ou économique pour s’emparer de ce territoire. Lisez bien cette phrase : le président américain menace implicitement d’utiliser la force contre un allié de l’OTAN.
La réaction danoise oscille entre l’incrédulité et la fureur contenue. Mette Frederiksen, la Première ministre danoise, répond avec une fermeté glaciale que le Groenland n’est pas à vendre. Les Groenlandais eux-mêmes affirment leur droit à l’autodétermination. Mais Trump n’écoute pas. Il continue à tweeter, à menacer, à transformer une alliance de sécurité vieille de 75 ans en une vulgaire transaction immobilière. Et pendant ce temps, à Moscou, on observe. On prend des notes. On savoure. Si les États-Unis peuvent menacer le Danemark sans conséquence, pourquoi la Russie ne pourrait-elle pas faire de même avec l’Estonie ou la Lettonie ? L’article 5 du traité de l’OTAN — cette garantie sacrée selon laquelle une attaque contre un membre est une attaque contre tous — vient de perdre toute crédibilité. Pas à cause d’une invasion russe. À cause d’un président américain qui se comporte comme un gangster.
Il y a quelque chose de profondément grotesque dans cette situation. Le Groenland. On parle du Groenland. Pendant que l’Ukraine meurt à petit feu, pendant que la Russie redessine les frontières européennes à coups de missiles, le président de la première puissance mondiale négocie comme un promoteur immobilier véreux. Et nous, Européens, nous regardons ce spectacle avec une sidération impuissante. Combien de temps encore allons-nous accepter d’être traités comme des vassaux ? Combien d’humiliations supplémentaires avant de comprendre qu’il est temps de grandir ?
Le canal de Panama et l’obsession du contrôle territorial
Le Groenland n’est pas un cas isolé. Trump réclame également le retour sous contrôle américain du canal de Panama, cédé au Panama en 1999 après des décennies de gestion américaine. Ses arguments ? La Chine exercerait une influence excessive sur cette voie maritime cruciale. Les États-Unis auraient commis une erreur historique en abandonnant le contrôle. Il faut corriger cette faute. Peu importe que le Panama soit un État souverain. Peu importe que le canal fonctionne parfaitement bien sous gestion panaméenne. Peu importe les traités internationaux. Trump veut. Donc Trump prend. Ou du moins, il menace de prendre. Cette logique impériale du XIXe siècle appliquée au XXIe siècle révèle une dérive idéologique profonde de la droite américaine. Le retour à une vision transactionnelle brutale des relations internationales. La fin du multilatéralisme. La mort de l’ordre libéral international construit après 1945.
Et puis il y a le Canada. Le Canada, ce voisin paisible, ce partenaire commercial majeur, ce membre fondateur de l’OTAN. Trump évoque publiquement l’idée de faire du Canada le 51ème État américain. Il qualifie le Premier ministre canadien de « gouverneur » dans ses publications sur les réseaux sociaux. Il menace d’imposer des tarifs douaniers de 25% sur les importations canadiennes si Ottawa ne plie pas. Les Canadiens, traditionnellement patients et diplomates, commencent à perdre leur calme légendaire. Les sondages montrent une montée spectaculaire de l’antiaméricanisme au Canada. Des voix se lèvent pour réclamer une diversification radicale des partenariats, un rapprochement avec l’Europe, une réduction de la dépendance économique vis-à-vis de Washington. L’alliance nord-américaine, socle géopolitique depuis plus d’un siècle, vacille sous les coups de boutoir d’un président qui confond leadership et intimidation.
Section 3 : L'Europe face au miroir de sa dépendance
Soixante-quinze ans d’infantilisation stratégique
Mais soyons honnêtes. Brutalement honnêtes. Trump n’a pas tort sur tout. L’Europe a passé 75 ans sous le parapluie nucléaire américain, déléguant sa sécurité à Washington pendant qu’elle construisait son État-providence. Les budgets de défense européens ont fondu comme neige au soleil après la Guerre froide. Pendant que les États-Unis dépensaient 3 à 4% de leur PIB en défense, la plupart des pays européens plafonnaient à 1 à 1,5%. L’objectif de 2% du PIB fixé par l’OTAN ? Un vœu pieux que presque personne ne respectait. L’Allemagne, géant économique européen, maintenait une armée squelettique, incapable de se déployer rapidement. La France et le Royaume-Uni, seules puissances nucléaires européennes, ne pouvaient à elles seules compenser la faiblesse collective. Résultat : une dépendance quasi-totale vis-à-vis de la puissance militaire américaine.
Cette dépendance n’était pas seulement militaire. Elle était aussi psychologique. Pendant des décennies, les Européens ont intériorisé l’idée que les États-Unis seraient toujours là. Que l’alliance atlantique était éternelle. Que Washington ne les abandonnerait jamais. Cette certitude permettait de dormir tranquille. De consacrer des budgets colossaux aux retraites, à la santé, à l’éducation. De construire des sociétés plus égalitaires, plus apaisées que la société américaine rongée par les inégalités. Mais cette tranquillité avait un prix : l’infantilisation stratégique. L’Europe a délégué sa souveraineté de défense. Elle a accepté de ne pas grandir. De rester sous tutelle. Et maintenant, le tuteur en a assez. Il veut partir. Il veut que l’Europe se débrouille seule. Et l’Europe découvre, terrifiée, qu’elle ne sait plus comment faire.
Je dois l’admettre : il y a quelque chose de pathétique dans notre situation. Nous, Européens, sommes 500 millions d’habitants. Nous représentons la deuxième économie mondiale. Nous avons produit certaines des plus grandes civilisations de l’histoire humaine. Et pourtant, nous sommes incapables de nous défendre sans l’aide de Washington. Nous avons choisi le confort plutôt que la responsabilité. La sécurité déléguée plutôt que l’autonomie stratégique. Et maintenant, nous payons le prix de cette lâcheté collective. Trump nous humilie ? Peut-être. Mais nous avons passé des décennies à nous humilier nous-mêmes.
Les réveils douloureux de Berlin et Paris
L’invasion de l’Ukraine en février 2022 aurait dû être le signal d’alarme ultime. Poutine venait de démontrer que la guerre territoriale n’avait pas disparu en Europe. Que les frontières pouvaient encore être redessinées par la force. Que l’ordre de sécurité européen était fragile. La réaction initiale fut spectaculaire. L’Allemagne annonça un plan de réarmement de 100 milliards d’euros. Olaf Scholz parla d’un « tournant historique ». Les budgets de défense européens augmentèrent. Les livraisons d’armes à l’Ukraine se multiplièrent. Pendant quelques mois, il sembla que l’Europe avait enfin compris. Qu’elle était prête à assumer ses responsabilités. Mais l’élan retomba. Les livraisons d’armes ralentirent. Les restrictions sur l’utilisation des armements occidentaux par l’Ukraine persistèrent. Les débats budgétaires internes reprirent leurs droits. Et surtout, la dépendance vis-à-vis de Washington resta intacte.
Aujourd’hui, en janvier 2026, la situation est critique. L’Ukraine tient toujours, mais à quel prix. Des centaines de milliers de morts. Des villes entières réduites en cendres. Une économie exsangue. Et face à elle, une Russie qui a transformé son économie en machine de guerre, produisant des missiles et des obus à un rythme que l’Occident ne parvient pas à égaler. Les États-Unis fournissent toujours l’essentiel de l’aide militaire. Les Européens ? Ils discutent. Ils débattent. Ils organisent des sommets. Mais les chars, les missiles, les munitions viennent majoritairement d’outre-Atlantique. Et maintenant, Trump revient. Trump qui a clairement signalé qu’il négocierait avec Poutine par-dessus la tête des Européens. Trump qui envisage d’abandonner l’Ukraine si Moscou accepte un accord favorable aux intérêts américains. L’Europe découvre qu’elle n’a aucun contrôle sur son propre destin sécuritaire. Que sa voix ne compte pas vraiment. Que sans les États-Unis, elle n’existe pas stratégiquement.
Section 4 : L'OTAN est-elle vraiment morte ?
Les symptômes d’une agonie institutionnelle
Alors, l’OTAN est-elle morte ? Pas formellement. Pas encore. Les structures existent toujours. Le secrétariat général à Bruxelles continue de fonctionner. Les commandements militaires intégrés sont en place. Les exercices conjoints se poursuivent. Les 30 pays membres n’ont pas dénoncé le traité. Mais une organisation peut être morte sans avoir été formellement enterrée. Elle peut continuer à exister administrativement tout en ayant perdu son essence, sa raison d’être, sa crédibilité. C’est exactement ce qui arrive à l’OTAN. L’article 5, cette garantie de défense mutuelle qui constituait le cœur de l’alliance, est devenu une coquille vide. Qui peut encore croire sérieusement que les États-Unis de Trump iraient en guerre pour défendre l’Estonie contre une agression russe ? Qui imagine Washington risquer New York pour sauver Tallinn ?
Les alliés européens eux-mêmes commencent à en douter. Les déclarations publiques restent fermes, diplomatiquement correctes. Mais en privé, dans les ministères de la défense, dans les états-majors, dans les cercles stratégiques, les conversations ont changé. On parle d’autonomie stratégique européenne. De capacités de défense indépendantes. De coopération militaire bilatérale ou régionale qui contournerait les structures de l’OTAN. La France de Macron avait lancé le débat il y a quelques années en parlant de « mort cérébrale » de l’OTAN. À l’époque, les partenaires européens avaient protesté. Aujourd’hui, beaucoup admettent en privé que Macron avait vu juste. L’OTAN fonctionne encore mécaniquement, mais son cerveau politique est mort. Elle est devenue un zombie institutionnel. Une coquille sans âme. Une bureaucratie sans direction stratégique.
Il y a quelque chose de profondément triste dans cette fin annoncée. L’OTAN a incarné pendant des décennies l’idéal d’une alliance démocratique, d’une communauté de valeurs, d’une solidarité transatlantique. Elle a gagné la Guerre froide sans tirer un coup de feu. Elle a permis la réunification allemande. Elle a stabilisé l’Europe de l’Est après la chute du communisme. Mais elle n’a pas su se réinventer. Elle n’a pas su évoluer. Elle est restée prisonnière de sa matrice originelle. Et maintenant, elle meurt. Pas dans la gloire. Dans l’indifférence et le mépris d’un président américain qui la considère comme une arnaque. C’est une fin misérable pour une grande institution.
Les alternatives qui émergent lentement
Mais la fin de l’OTAN telle que nous la connaissons n’est pas nécessairement une catastrophe. Elle peut être une opportunité. L’opportunité pour l’Europe de grandir enfin. De devenir adulte. De prendre en main son destin stratégique. Les initiatives existent déjà, embryonnaires mais réelles. La Coopération structurée permanente (CSP) lancée en 2017 vise à renforcer les capacités de défense européennes. L’Initiative européenne d’intervention (IEI), portée par la France, rassemble une dizaine de pays européens dans une logique de coopération militaire opérationnelle. Le Fonds européen de défense finance des projets communs de recherche et développement militaire. Ces outils restent modestes, largement symboliques. Mais ils existent. Ils peuvent être développés. Transformés en véritables instruments de souveraineté stratégique européenne.
Le principal obstacle n’est pas technique ou financier. Il est politique et psychologique. L’Europe a peur. Peur de la Russie. Peur de devoir assumer seule sa défense. Peur du coût économique et budgétaire. Peur de transformer radicalement des sociétés habituées à la paix et au confort. Cette peur est compréhensible. Mais elle est aussi paralysante. Elle empêche toute décision courageuse. Elle maintient l’Europe dans une posture de dépendance infantile. Le paradoxe cruel, c’est que Trump pourrait être celui qui force l’Europe à grandir. Pas par bienveillance. Par indifférence. En abandonnant les Européens à leur sort, il les contraindrait à se prendre en charge. À investir massivement dans leur défense. À construire une véritable autonomie stratégique. À devenir une puissance géopolitique à part entière. Ce serait douloureux. Coûteux. Traumatisant. Mais peut-être nécessaire.
Section 5 : Le nouveau monde qui se dessine
La fin de l’ordre libéral international
Prenons du recul. Élargissons la perspective. La crise de l’OTAN n’est qu’un symptôme d’une transformation beaucoup plus vaste. La fin de l’ordre libéral international construit après 1945. Cet ordre reposait sur quelques piliers fondamentaux : la primauté américaine comme garant de la sécurité mondiale, le multilatéralisme institutionnel incarné par l’ONU, l’OMC, le FMI, la croyance dans la démocratie libérale comme horizon indépassable, la foi dans la mondialisation et l’interdépendance économique. Tous ces piliers sont en train de s’effondrer. Les États-Unis ne veulent plus jouer les gendarmes du monde. Ils se replient sur leurs intérêts étroits. Le multilatéralisme est paralysé par les rivalités sino-américaines. La démocratie libérale recule partout, y compris en Occident. La mondialisation heureuse des années 1990-2000 a cédé la place à une fragmentation géoéconomique brutale, avec des blocs régionaux qui se forment, des chaînes d’approvisionnement qui se régionalisent, des guerres commerciales qui se multiplient.
Dans ce nouveau monde, l’OTAN devient anachronique. Elle appartient à l’ancien paradigme. Celui de la Guerre froide. Celui du leadership américain incontesté. Celui de la division binaire du monde entre démocraties et dictatures. Mais aujourd’hui, le monde est multipolaire, fragmenté, imprévisible. La Chine émerge comme superpuissance rivale des États-Unis. L’Inde s’affirme comme acteur majeur. La Turquie, membre de l’OTAN, joue sa propre partition néo-ottomane. Les pays du Golfe mènent des politiques autonomes. L’Afrique devient un théâtre de compétition féroce entre puissances. Les alliances rigides du XXe siècle ne fonctionnent plus. Il faut de la flexibilité. Des coalitions ad hoc. Des partenariats fluides. Des arrangements pragmatiques. L’OTAN, avec sa structure lourde, ses procédures bureaucratiques, son consensus à 30, n’est plus adaptée à cette nouvelle donne géopolitique.
Je réalise en écrivant ces lignes à quel point nous sommes en train de vivre un moment charnière de l’histoire. La fin d’un monde. Le début incertain d’un autre. Mes parents ont grandi pendant la Guerre froide, avec la certitude que le monde était divisé en deux blocs, que l’Amérique était le leader du camp occidental, que l’OTAN était notre bouclier. Moi, je vais vieillir dans un monde où rien de tout cela ne sera vrai. Où l’Europe devra se débrouiller seule. Où les certitudes anciennes auront disparu. C’est terrifiant. Mais aussi excitant. Parce que pour la première fois depuis longtemps, notre génération va devoir faire des choix. Construire quelque chose de nouveau. Arrêter de vivre sur l’héritage des générations précédentes.
L’Europe peut-elle devenir une puissance ?
La question centrale devient donc celle-ci : l’Europe peut-elle se transformer en puissance géopolitique autonome ? La réponse honnête : personne ne le sait. Les atouts existent. Une population de 450 millions d’habitants (Union européenne). Un PIB combiné de 17 000 milliards de dollars, deuxième au monde. Des capacités industrielles et technologiques de premier plan. Deux puissances nucléaires (France, Royaume-Uni post-Brexit mais partenaire proche). Des armées professionnelles et équipées. Un soft power culturel considérable. Mais les obstacles sont immenses. Les divisions internes persistent. Entre Europe de l’Ouest et Europe de l’Est. Entre pays riches du Nord et pays endettés du Sud. Entre visions stratégiques divergentes. L’Allemagne reste réticente à assumer un rôle de leadership militaire. Les pays baltes et la Pologne privilégient le lien atlantique. La Hongrie de Orbán bloque régulièrement les initiatives communes.
Et puis il y a la question du coût. Construire une défense européenne autonome nécessiterait des investissements colossaux. Certaines estimations parlent de 500 milliards d’euros sur une décennie pour atteindre une capacité de défense crédible sans les États-Unis. Cela impliquerait des arbitrages budgétaires douloureux. Moins d’argent pour les systèmes sociaux. Des sacrifices pour les citoyens. Une transformation culturelle profonde de sociétés qui ont oublié ce qu’était la menace militaire existentielle. Est-ce que les opinions publiques européennes sont prêtes à accepter cela ? Est-ce que les dirigeants politiques ont le courage de le leur demander ? Pour l’instant, la réponse semble être non. Les déclarations volontaristes se multiplient. Mais les actes concrets tardent. Les budgets de défense augmentent, mais pas assez vite. L’industrie de défense européenne reste fragmentée, incapable de rivaliser avec le complexe militaro-industriel américain ou russe. Le chemin vers l’autonomie stratégique sera long. Semé d’embûches. Peut-être impossible.
Section 6 : Les leçons brutales du moment Trump
Ce que Trump nous enseigne malgré lui
Donald Trump est brutal, imprévisible, transactionnel, parfois vulgaire. Mais il a le mérite de la clarté. Il dit ce que beaucoup d’Américains pensent depuis longtemps : l’Europe profite du parapluie sécuritaire américain sans payer son juste prix. Les États-Unis n’ont plus les moyens ni l’envie de subventionner la sécurité européenne. L’Amérique doit se concentrer sur la compétition avec la Chine, véritable défi stratégique du XXIe siècle. Ces constats ne sont pas faux. Ils sont simplement exprimés avec une brutalité qui choque les sensibilités européennes habituées à la langue de bois diplomatique. Mais peut-être que cette brutalité est exactement ce dont l’Europe avait besoin. Un électrochoc. Une gifle. Un réveil violent mais salutaire. Pendant des années, les présidents américains ont poliment demandé aux Européens d’augmenter leurs budgets de défense. Les Européens ont poliment promis de le faire. Et puis rien ne changeait vraiment. Les habitudes persistaient. La complaisance s’installait.
Trump, lui, ne demande pas poliment. Il menace. Il insulte. Il provoque. Et soudain, les choses bougent. Pas assez vite. Pas assez fort. Mais elles bougent. Les budgets de défense augmentent enfin sérieusement. Les discussions sur l’autonomie stratégique européenne passent du stade des colloques universitaires à celui des sommets politiques. Les investissements dans l’industrie de défense se multiplient. Les accords de coopération bilatérale se développent. Trump force l’Europe à sortir de sa zone de confort. À affronter ses contradictions. À choisir entre la dépendance infantile et la responsabilité adulte. C’est douloureux. Humiliant même. Mais peut-être nécessaire. Parfois, il faut toucher le fond pour rebondir. L’Europe est en train de toucher le fond de sa dépendance stratégique. La question est de savoir si elle saura rebondir.
Je dois l’avouer : une partie de moi est presque reconnaissante à Trump. Pas pour ses méthodes. Pas pour son mépris. Pas pour ses menaces grotesques sur le Groenland. Mais pour la clarté brutale qu’il apporte. Pendant des décennies, nous avons vécu dans l’illusion confortable que l’Amérique serait toujours là pour nous. Trump détruit cette illusion. Il nous force à grandir. À nous regarder dans le miroir. À affronter notre faiblesse. C’est cruel. Mais peut-être que nous en avions besoin. Peut-être que sans lui, nous aurions continué à dormir. À reporter les décisions difficiles. À vivre sur l’héritage du passé. Maintenant, nous n’avons plus le choix. Il faut agir. Ou accepter de devenir insignifiants.
La tentation du repli et ses dangers
Mais attention. Il existe un autre scénario, beaucoup plus sombre. Celui où l’Europe, incapable de construire son autonomie stratégique, choisit le repli. L’accommodation avec la Russie. La neutralité de fait. L’acceptation d’une sphère d’influence russe sur l’Europe de l’Est. Ce scénario n’est pas de la science-fiction. Des voix commencent à le suggérer, prudemment, dans certains cercles politiques européens. L’argument : si les États-Unis nous abandonnent, si nous ne pouvons pas nous défendre seuls, autant négocier avec Moscou. Trouver un modus vivendi. Accepter certaines réalités géopolitiques. Sacrifier l’Ukraine et les pays baltes pour préserver la paix en Europe occidentale. Ce serait un nouveau Yalta. Une nouvelle division de l’Europe. Un nouvel abandon moral. Les conséquences seraient catastrophiques. Pour les pays abandonnés évidemment. Mais aussi pour l’Europe occidentale elle-même.
Parce qu’une Europe qui accepterait de sacrifier une partie d’elle-même pour acheter une paix précaire perdrait son âme. Elle deviendrait une zone de confort moral, dépourvue de principes, guidée uniquement par la peur et l’intérêt économique à court terme. Elle ne serait plus un projet politique. Juste un marché. Un espace économique sans colonne vertébrale. Et cette Europe-là n’aurait aucun avenir face à la Chine, à la Russie, aux nouvelles puissances émergentes. Elle serait condamnée à devenir un terrain de jeu pour les ambitions des autres. Un objet géopolitique plutôt qu’un sujet. La tentation du repli est réelle. Elle sera forte dans les années qui viennent, à mesure que les défis s’accumuleront. Il faudra y résister. Avec détermination. Parce que la seule issue viable pour l’Europe est en avant. Vers plus de souveraineté. Plus de responsabilité. Plus de courage.
Section 7 : Ukraine, le test décisif de la volonté européenne
Le symbole d’un engagement qui vacille
L’Ukraine cristallise tous les enjeux. Tous les dilemmes. Toutes les contradictions européennes. Depuis février 2022, ce pays résiste héroïquement à l’invasion russe. Au prix de sacrifices inimaginables. Des centaines de milliers de morts. Des millions de réfugiés. Une économie dévastée. Mais aussi une détermination inébranlable. Une unité nationale forgée dans le feu. Une volonté de rester libre, européenne, indépendante. L’Occident a promis de soutenir l’Ukraine « aussi longtemps qu’il le faudra ». Les États-Unis ont fourni l’essentiel de l’aide militaire. L’Europe a multiplié les déclarations de solidarité, les sanctions contre la Russie, les livraisons d’armes. Mais en janvier 2026, la réalité devient plus sombre. L’aide américaine est menacée par le retour de Trump. Les livraisons européennes restent insuffisantes. Les munitions manquent. Les restrictions sur l’utilisation des armements occidentaux entravent les opérations ukrainiennes. La fatigue de guerre commence à se faire sentir dans les opinions publiques européennes.
Et surtout, le spectre d’un accord entre Trump et Poutine plane sur tout. Un accord qui se ferait par-dessus la tête de Kiev. Qui sacrifierait des territoires ukrainiens pour obtenir un cessez-le-feu. Qui validerait l’agression russe. Qui enverrait un message terrible au monde entier : la force prime sur le droit, les frontières peuvent être modifiées par la violence, les petits pays sont sacrifiables. Si l’Europe accepte un tel scénario, elle signera sa propre condamnation morale et stratégique. Elle prouvera qu’elle n’est pas capable de défendre ses valeurs. Qu’elle n’a aucune volonté politique. Qu’elle est prête à tout accepter pour préserver son confort. Mais si l’Europe refuse ce scénario, elle devra assumer. Continuer à soutenir l’Ukraine même sans les États-Unis. Augmenter massivement les livraisons d’armes. Lever les restrictions opérationnelles. Accepter les risques d’escalade. Payer le prix économique. Est-elle prête à le faire ? C’est la question à 500 milliards d’euros.
L’Ukraine me hante. Littéralement. Je pense à ces soldats ukrainiens dans les tranchées de Bakhmout, de Avdiivka, du Donbass. Je pense à ces familles qui ont tout perdu. À ces enfants qui grandissent dans les abris anti-aériens. Et je me demande : qu’est-ce que nos promesses valent ? Qu’est-ce que notre solidarité proclamée signifie concrètement ? Sommes-nous prêts à nous battre pour eux ? À risquer quelque chose de réel ? Ou est-ce que toute notre indignation morale n’est qu’un luxe de pays riches, confortables, qui regardent la guerre à la télévision comme un spectacle lointain ? Cette question me torture. Parce que je n’ai pas de bonne réponse.
Armer l’Ukraine ou l’abandonner : le choix impossible
Le débat sur l’Ukraine révèle les failles profondes de l’Europe. D’un côté, ceux qui veulent armer massivement Kiev, lever toutes les restrictions, permettre les frappes en profondeur sur le territoire russe avec des armes occidentales. Leur argument : c’est le seul moyen de faire reculer Poutine, de défendre le droit international, de protéger la sécurité européenne à long terme. De l’autre, ceux qui redoutent l’escalade, le risque d’un conflit direct avec la Russie, l’usage potentiel de l’arme nucléaire. Leur argument : il faut privilégier la désescalade, forcer la négociation, accepter un compromis territorial pour sauver des vies. Ces deux positions sont sincères. Elles reflètent des visions stratégiques divergentes. Mais elles sont aussi irréconciliables. Et cette irréconciliation paralyse l’action européenne. Résultat : l’Europe fait juste assez pour que l’Ukraine ne perde pas, mais pas assez pour qu’elle gagne. Un entre-deux mortifère qui prolonge la guerre indéfiniment.
Le retour de Trump force une décision. Si Washington coupe l’aide, l’Europe devra choisir : compenser totalement le retrait américain, ou accepter la défaite ukrainienne. Compenser impliquerait de multiplier par cinq ou six l’effort européen actuel. Des dizaines de milliards d’euros supplémentaires. Des livraisons massives de systèmes d’armes lourds. Une transformation de l’industrie de défense européenne pour produire munitions et équipements au rythme de guerre. C’est techniquement faisable. L’Europe a les capacités industrielles et financières. Mais cela nécessiterait une volonté politique extraordinaire. Un consensus européen parfait. Une mobilisation des opinions publiques. Pour l’instant, rien de tout cela n’existe. Les dirigeants européens parlent beaucoup. Mais les actes ne suivent pas. Le risque est donc réel de voir l’Ukraine sacrifiée. Non par choix délibéré. Mais par lâcheté collective. Par incapacité à agir. Par paralysie décisionnelle. Ce serait une honte historique. Une tache morale indélébile. Mais cela semble malheureusement de plus en plus probable.
Section 8 : Les architectures de sécurité alternatives
L’Europe de la défense : mythe ou projet réaliste ?
Parlons concrètement. Que faudrait-il pour construire une défense européenne autonome ? D’abord, une augmentation drastique des budgets. Passer de 1,5% du PIB en moyenne à 3-4% comme les États-Unis. Cela représenterait environ 300 à 400 milliards d’euros supplémentaires par an pour l’Union européenne. Ensuite, la consolidation de l’industrie de défense européenne. Aujourd’hui, l’Europe compte des dizaines de fabricants d’armements qui se font concurrence, produisent des systèmes incompatibles, refusent de coopérer par nationalisme industriel. Il faudrait créer des champions européens. Des consortiums transnationaux capables de rivaliser avec Lockheed Martin, Raytheon, Northrop Grumman. Des projets comme le Système de combat aérien du futur (SCAF) franco-allemand ou le char MGCS vont dans ce sens, mais avancent lentement, entravés par les querelles de leadership industriel et les réflexes nationalistes.
Il faudrait aussi standardiser les équipements. Actuellement, les armées européennes utilisent une multitude de chars, d’avions, de systèmes de communication différents qui ne peuvent pas opérer ensemble efficacement. L’interopérabilité est un cauchemar logistique. Une véritable armée européenne nécessiterait des équipements communs, des doctrines militaires harmonisées, un commandement intégré. Et puis, la question nucléaire. La France et le Royaume-Uni possèdent des arsenaux nucléaires nationaux. Mais pourraient-ils constituer la base d’une dissuasion nucléaire européenne ? Cela impliquerait un partage de souveraineté inimaginable actuellement. La France accepterait-elle de placer sa force de frappe sous contrôle européen ? Les Britanniques post-Brexit joueraient-ils le jeu ? Berlin voudrait-il d’une participation, même indirecte, à la stratégie nucléaire ? Ces questions sont explosives politiquement. Elles touchent au cœur de la souveraineté nationale. Et pour l’instant, personne n’a de réponses satisfaisantes.
Quand je liste tous ces obstacles, je me sens découragé. L’ampleur de la tâche est écrasante. Transformer 27 pays avec des histoires différentes, des intérêts divergents, des cultures stratégiques opposées en une puissance militaire cohérente ? Ça semble impossible. Utopique. Et pourtant. L’Europe a déjà réalisé l’impossible. Elle a créé une monnaie unique. Un marché commun. Une libre circulation des personnes. Des choses qui semblaient tout aussi impossibles il y a quelques décennies. Alors pourquoi pas une défense commune ? Peut-être que nous manquons juste de l’urgence nécessaire. Du sentiment existentiel de danger. Trump et Poutine nous offrent peut-être exactement ça : le danger qui force l’action.
Les coalitions régionales et les partenariats flexibles
Face à la lourdeur institutionnelle de l’Union européenne, certains pays explorent des formats plus restreints et plus flexibles. L’Initiative européenne d’intervention (IEI), lancée par la France en 2018, rassemble dix pays européens (France, Royaume-Uni, Allemagne, Espagne, Pays-Bas, Belgique, Portugal, Danemark, Estonie, Norvège) dans une logique de coordination opérationnelle rapide. Contrairement aux structures de l’OTAN ou de l’UE, l’IEI ne nécessite pas de consensus à 27 ou 30. Elle permet à un groupe de pays partageant une vision commune d’agir rapidement. C’est un modèle intéressant. Pragmatique. Adapté au nouveau monde multipolaire où la vitesse et la flexibilité comptent plus que les grandes structures bureaucratiques. On voit aussi émerger des coopérations bilatérales renforcées. France-Allemagne sur les programmes d’armement. Royaume-Uni-Pologne sur la sécurité de l’Europe de l’Est. Pays nordiques et baltes face à la menace russe.
Ces formats « à la carte » ont l’avantage de contourner les blocages institutionnels. Ils permettent aux pays les plus volontaristes d’avancer sans attendre les réticents. Mais ils ont aussi des limites. Ils fragmentent encore plus la défense européenne. Ils créent des cercles concentriques, des clubs exclusifs, des tensions entre membres et non-membres. Ils n’offrent pas la masse critique nécessaire pour véritablement rivaliser avec les grandes puissances. Une véritable autonomie stratégique européenne nécessitera in fine une approche globale. Pas seulement des initiatives dispersées. Mais un projet politique commun. Une vision partagée de la place de l’Europe dans le monde. Une volonté collective de peser sur les affaires internationales. Cela suppose un leadership politique fort. Actuellement absent. Macron essaie. Mais la France seule ne peut pas porter l’Europe. L’Allemagne hésite encore. Les petits pays se divisent. Le chemin sera long. Semé d’embûches. Mais il n’y a pas d’alternative.
Section 9 : La Russie, la Chine et le grand jeu géopolitique
Poutine observe et capitalise
Pendant que l’OTAN implose et que l’Europe hésite, Vladimir Poutine observe. Attentivement. Patiemment. Avec une satisfaction évidente. Tout ce qu’il a espéré depuis des années est en train de se réaliser. La division de l’Occident. L’affaiblissement de l’alliance atlantique. Le doute semé dans l’esprit des alliés européens. La possibilité d’un accord direct avec Washington qui marginalise Bruxelles. Poutine a toujours considéré l’expansion de l’OTAN comme une menace existentielle pour la Russie. Il a toujours voulu rétablir une sphère d’influence russe sur l’ancien espace soviétique. Il a toujours rêvé d’un monde multipolaire où Moscou serait un pôle de puissance respecté et craint. Trump lui offre tout cela sur un plateau d’argent. Sans même avoir à le demander. Juste par le chaos et l’imprévisibilité de la politique américaine. L’invasion de l’Ukraine devait initialement durer quelques jours. Elle dure maintenant depuis presque quatre ans. Mais Poutine peut se permettre d’attendre. La Russie a transformé son économie en économie de guerre. Elle produit des armements à un rythme soutenu. Elle compense les pertes humaines par la mobilisation et le recours aux mercenaires et aux troupes nord-coréennes.
Et surtout, Poutine parie sur la fatigue occidentale. Sur la lassitude des opinions publiques. Sur les divisions politiques. Sur le retour de Trump. Et ce pari semble en passe de réussir. Si l’Occident abandonne l’Ukraine, Poutine aura gagné. Pas une victoire totale. Mais une victoire suffisante. Il aura démontré que les frontières européennes peuvent être modifiées par la force. Que l’OTAN n’est qu’un tigre de papier. Que les démocraties occidentales sont incapables de tenir leurs engagements. Que la Russie reste une grande puissance qui fait plier les autres. Les conséquences seront immenses. Les pays baltes, la Pologne, la Roumanie se sentiront directement menacés. Ils chercheront des garanties de sécurité alternatives. Peut-être des armes nucléaires. Peut-être des alliances régionales. Peut-être des accords avec d’autres puissances. La prolifération nucléaire pourrait s’accélérer. La Pologne a déjà évoqué cette possibilité. Le Japon et la Corée du Sud également face à la menace nord-coréenne et à l’incertitude du parapluie américain. Le monde deviendrait beaucoup plus dangereux. Instable. Imprévisible.
Poutine me fascine et me terrifie à la fois. Fascine parce que c’est un stratège patient, méthodique, qui joue le long terme pendant que l’Occident court après les cycles électoraux de quatre ans. Terrifie parce que je réalise qu’il a peut-être raison. Que son pari sur la faiblesse occidentale est peut-être justifié. Que nous sommes peut-être trop divisés, trop confortables, trop lâches pour vraiment résister. Cette pensée me donne la nausée. Parce qu’elle signifierait que le monde que nous avons construit après 1945, ce monde imparfait mais globalement pacifique et prospère, serait condamné. Remplacé par un retour à la loi du plus fort. À l’empire. À la domination brutale. Je refuse d’accepter ça. Mais je ne sais pas comment l’empêcher.
La Chine regarde et apprend
Et pendant ce temps, à Pékin, Xi Jinping observe également. Avec un intérêt stratégique immense. Parce que ce qui se passe avec l’OTAN et l’Ukraine préfigure ce qui pourrait se passer avec Taïwan. Si les États-Unis abandonnent l’Ukraine, quelle crédibilité auront leurs engagements envers Taïwan ? Si l’Europe est incapable de défendre son propre voisinage, comment pourrait-elle aider à défendre une île à 10 000 kilomètres ? Trump a déjà suggéré que Taïwan devrait payer pour sa protection américaine. Qu’il n’était pas certain que les États-Unis interviendraient militairement en cas d’invasion chinoise. Ces déclarations sont autant de signaux pour Pékin. Autant d’encouragements à tenter le coup. La Chine se prépare méthodiquement à une éventuelle opération militaire contre Taïwan. Elle construit sa marine de guerre à un rythme effréné. Elle modernise son armée. Elle développe des capacités de débarquement amphibie. Elle mène des exercices militaires de plus en plus agressifs autour de l’île.
Le moment n’est peut-être pas encore venu. Mais il se rapproche. Et l’effondrement de l’OTAN, la paralysie européenne, le retrait américain constituent autant de facteurs qui rendent l’option militaire plus tentante pour Pékin. Une invasion de Taïwan serait d’une toute autre ampleur que l’invasion de l’Ukraine. Elle impliquerait probablement les États-Unis, le Japon, peut-être d’autres puissances régionales. Elle pourrait dégénérer en conflit mondial. Mais si Xi calcule que l’Occident est trop divisé, trop faible, trop concentré sur ses problèmes internes pour réagir efficacement, il pourrait tenter le coup. Et là, nous serions face à une catastrophe géopolitique d’une ampleur inimaginable. Une guerre majeure en Asie. Un effondrement de l’économie mondiale. Une rupture complète des chaînes d’approvisionnement. Peut-être même une guerre nucléaire. Ce n’est pas de la science-fiction. C’est un scénario plausible. Et il devient plus plausible chaque jour que l’Occident démontre sa faiblesse.
Section 10 : Les choix qui s'offrent à nous
Scénario 1 : L’effondrement et le chacun pour soi
Imaginons le pire. L’OTAN se dissout formellement ou devient une coquille vide. Les États-Unis se retirent militairement d’Europe. L’Ukraine tombe. Poutine impose sa loi à l’Europe de l’Est. L’Union européenne, incapable de s’unir sur la défense, éclate en coalitions régionales rivales. Chaque pays cherche son propre accord avec les grandes puissances. La Hongrie et la Slovaquie se rapprochent de Moscou. La Pologne et les pays baltes cherchent désespérément des garanties de sécurité ailleurs, peut-être en développant des armes nucléaires. L’Allemagne tente un grand accommodement avec la Russie et la Chine pour préserver ses intérêts économiques. La France et le Royaume-Uni, puissances nucléaires isolées, tentent de maintenir une posture de puissance mais sans moyens réels. L’Europe redevient un terrain de jeu pour les grandes puissances. Un espace fragmenté, faible, incapable de peser sur son propre destin. Ce scénario est cauchemardesque. Mais il n’est pas impossible.
Les conséquences seraient dramatiques. Économiquement, l’instabilité géopolitique détruirait la prospérité européenne. Les investissements fuiraient. Les entreprises se délocaliseraient. Le chômage exploserait. Politiquement, la montée des extrémismes s’accélérerait. Les régimes illibéraux se multiplieraient. Les démocraties européennes, déjà fragiles, pourraient basculer vers l’autoritarisme. Moralement, l’Europe perdrait son âme. Elle abandonnerait les valeurs qui ont fait sa grandeur. Elle deviendrait un espace cynique, guidé uniquement par la peur et l’intérêt à court terme. Pour moi, ce scénario est inacceptable. Il ne doit pas se réaliser. Mais pour l’éviter, il faut des choix courageux. Maintenant.
Ce scénario me glace le sang. Parce que je le vois se dessiner. Lentement. Inexorablement. Chaque jour qui passe sans décision forte nous rapproche de ce précipice. Et je me demande : est-ce que nous allons vraiment laisser ça se produire ? Est-ce que nous allons laisser mourir le projet européen par lâcheté collective ? Par incapacité à choisir ? Par paralysie devant l’ampleur de la tâche ? Je veux croire que non. Je veux croire que quelque part, il y a encore des dirigeants capables de voir au-delà du prochain cycle électoral. Capables de prendre des risques. De dire la vérité aux citoyens. De demander des sacrifices. Mais je commence à en douter. Vraiment.
Scénario 2 : Le sursaut et la refondation
Mais il existe un autre scénario. Celui du sursaut. L’Europe, confrontée à la menace existentielle, se réveille enfin. Les dirigeants européens comprennent que c’est maintenant ou jamais. Ils lancent un grand projet de refondation de la défense européenne. Avec des objectifs clairs, des échéances précises, des moyens colossaux. Doublement des budgets de défense sur cinq ans. Création d’une industrie de défense européenne intégrée. Mise en place d’un commandement militaire européen opérationnel. Développement d’une doctrine stratégique commune. Et surtout, engagement clair de défendre l’Ukraine jusqu’à la victoire, avec ou sans les États-Unis. Ce projet nécessiterait un leadership politique exceptionnel. Une coalition de pays volontaristes. France, Allemagne, Pologne, pays nordiques et baltes, Espagne, Italie. Un noyau dur capable d’entraîner les autres. Il faudrait aussi convaincre les opinions publiques. Expliquer pourquoi c’est nécessaire. Pourquoi ça vaut le coût. Pourquoi l’alternative est pire.
Ce n’est pas impossible. L’histoire européenne est pleine de moments où, dos au mur, les Européens ont su se surpasser. Après la Seconde Guerre mondiale, ils ont construit la réconciliation franco-allemande et les débuts de l’intégration européenne. Après la chute du mur de Berlin, ils ont réussi la réunification allemande et l’élargissement à l’Est. Face à la crise de l’euro, ils ont sauvé la monnaie unique malgré les prédictions catastrophistes. Peut-être que la crise actuelle sera le déclencheur d’un nouveau saut fédéral. D’une véritable souveraineté européenne en matière de défense. Ce serait douloureux. Coûteux. Politiquement risqué. Mais aussi libérateur. L’Europe sortirait enfin de l’adolescence géopolitique. Elle deviendrait adulte. Responsable. Capable de défendre ses intérêts et ses valeurs sans tutelle extérieure. Ce serait la véritable fin de la Seconde Guerre mondiale. La fin de la division du continent. La naissance d’une Europe puissante et souveraine. Un beau rêve. Peut-être réalisable. Si nous en avons le courage.
Section 11 : Et maintenant ? Le moment de vérité approche
Les décisions des prochains mois seront décisives
Nous sommes en janvier 2026. Trump vient de revenir au pouvoir. Les premiers signaux sont catastrophiques. Menaces sur le Groenland. Mépris pour l’OTAN. Perspective d’un accord avec Poutine sur l’Ukraine. Les prochains mois seront décisifs. Soit l’Europe réagit maintenant, massivement, courageusement. Soit elle accepte sa marginalisation. Il n’y a pas de milieu. Pas de demi-mesure possible. Les signaux à surveiller sont clairs. Première question : les budgets de défense européens vont-ils vraiment exploser, ou est-ce qu’après quelques annonces tonitruantes, tout retombera comme un soufflé ? Deuxième question : l’aide à l’Ukraine va-t-elle se maintenir, voire augmenter, pour compenser le retrait américain ? Troisième question : les projets de coopération en matière de défense européenne vont-ils enfin se concrétiser, ou rester des vœux pieux ? Quatrième question : les opinions publiques européennes sont-elles prêtes à accepter les sacrifices nécessaires ?
Sur ce dernier point, je suis partagé entre pessimisme et espoir. Pessimisme parce que les sociétés européennes sont vieillissantes, fatiguées, divisées. Elles ont perdu l’habitude du sacrifice collectif. Elles privilégient le confort à court terme. Espoir parce que l’histoire montre que face au danger immédiat, les peuples savent se mobiliser. Les Ukrainiens l’ont prouvé. Pourquoi pas les Européens ? Mais il faut que le danger soit perçu comme réel. Immédiat. Existentiel. Pour l’instant, beaucoup d’Européens vivent encore dans l’illusion que tout cela ne les concerne pas vraiment. Que la guerre en Ukraine est lointaine. Que les menaces de Trump sont du bluff. Que tout finira par s’arranger. Cette illusion doit être brisée. Par des dirigeants politiques courageux. Par des médias responsables. Par un débat public honnête sur les enjeux. Le temps du déni est terminé. Le temps de la lucidité est venu.
Je termine l’écriture de cet article avec un sentiment étrange. Un mélange de colère, de tristesse, mais aussi d’excitation. Colère contre notre aveuglement collectif. Tristesse face à la fin d’un monde que j’ai connu. Mais excitation aussi. Parce que pour la première fois depuis longtemps, l’Europe est face à un choix existentiel. Grandir ou disparaître. Devenir adulte ou rester un nain géopolitique. Et les choix existentiels, aussi terrifiants soient-ils, sont aussi des opportunités. Des moments fondateurs. Notre génération a la responsabilité de décider ce que l’Europe sera dans cinquante ans. Une puissance souveraine. Ou un musée à ciel ouvert. Je sais ce que je veux. Reste à savoir si nous serons assez nombreux à le vouloir aussi.
Un appel à la lucidité et au courage
Alors oui, l’OTAN telle que nous l’avons connue touche à sa fin. Et non, ce n’est pas nécessairement une catastrophe. À condition que l’Europe saisisse cette opportunité pour enfin construire son autonomie stratégique. Pour sortir de la dépendance infantile. Pour assumer ses responsabilités. Le confort de la Guerre froide est terminé. Le parapluie américain se referme. L’Europe se retrouve seule. Mais seule ne signifie pas faible. 500 millions d’habitants. 17 000 milliards de dollars de PIB. Des capacités technologiques et industrielles de premier plan. Deux puissances nucléaires. Des armées professionnelles. L’Europe a tous les atouts pour devenir une puissance géopolitique majeure. À condition d’en avoir la volonté. Le courage. La détermination. À condition d’accepter de payer le prix. En argent. En risques. En sacrifices. À condition de croire encore que certaines valeurs — la liberté, la démocratie, le droit international, la dignité humaine — valent la peine d’être défendues.
La fin de l’OTAN peut être le début de quelque chose de nouveau. De meilleur même. Une Europe souveraine, responsable, puissante. Une Europe qui ne dépend plus du bon vouloir de Washington. Une Europe capable de défendre ses intérêts et ses alliés. Une Europe qui compte vraiment sur la scène mondiale. Ce rêve est à portée de main. Mais il faut le saisir. Maintenant. Avec urgence. Avec détermination. Sans céder à la peur. Sans se réfugier dans le déni. Sans attendre que quelqu’un d’autre agisse à notre place. L’histoire nous regarde. Elle nous juge déjà. Dans cinquante ans, nos enfants liront ce moment dans les livres. Soit comme le moment où l’Europe a su se réinventer. Soit comme le moment où elle a définitivement basculé dans l’insignifiance. À nous de choisir. Le temps presse. Les décisions ne peuvent plus attendre. L’OTAN se meurt. Vive l’Europe souveraine. Si nous en avons le courage.
Conclusion : La fin d'une ère, le début d'une autre
Ce que nous laisserons derrière nous
L’OTAN aura duré 77 ans quand elle rendra son dernier souffle. Peut-être pas formellement. Mais dans les faits. Dans les esprits. Dans la crédibilité qu’elle aura définitivement perdue. 77 ans, c’est long pour une alliance militaire. Plus long que la plupart des empires de l’histoire. Elle aura rempli sa mission originelle : contenir le communisme soviétique, protéger l’Europe occidentale, permettre la reconstruction d’après-guerre. Elle aura même gagné sa guerre sans la faire, puisque l’URSS s’est effondrée sans affrontement direct. Mais elle n’aura pas su se réinventer après la victoire. Elle se sera dilatée jusqu’à perdre son sens. Elle aura survécu à sa raison d’être. Et maintenant, elle meurt. Pas dans la gloire. Dans le mépris et l’indifférence. Tuée non par un ennemi extérieur, mais par la lassitude de son principal garant. C’est une mort triste. Indigne. Mais peut-être inévitable. Les institutions humaines sont mortelles. Elles naissent, vivent, et meurent. L’OTAN ne fait pas exception.
Ce que nous laisserons derrière nous avec la fin de l’OTAN, c’est aussi un certain type de relation transatlantique. Celle qui existait depuis 1945. Asymétrique certes, mais relativement prévisible. Les États-Unis protégeaient. L’Europe suivait. Washington décidait. Bruxelles exécutait. C’était infantilisant pour l’Europe. Mais aussi confortable. Rassurant. Cette époque est révolue. La nouvelle relation transatlantique, si elle existe encore, sera transactionnelle, imprévisible, guidée par les intérêts immédiats plutôt que par les valeurs communes. L’Amérique de Trump ne veut plus être le gendarme du monde. Elle veut faire des affaires. Négocier. Prendre. L’Europe devra s’adapter ou périr. Apprendre à vivre dans un monde où les alliances sont fluides. Où la loyauté se monnaye. Où la force prime sur le droit. C’est brutal. Cynique. Mais c’est la réalité du monde qui vient.
Je pense à mes grands-parents. Ils ont vécu la Seconde Guerre mondiale. Ils ont vu l’Europe se déchirer. Puis se reconstruire sous protection américaine. Puis se pacifier. Puis prospérer. Pendant toute leur vie, l’alliance atlantique était une certitude. Un pilier immuable. Ils ne verront pas sa fin. Ils sont partis avant. Peut-être est-ce mieux ainsi. Parce que cette fin aurait brisé quelque chose en eux. Une croyance fondamentale. L’idée que l’Occident était uni. Que certaines choses ne changeaient pas. Moi, je vais vivre dans le monde d’après. Le monde sans OTAN. Le monde où l’Europe sera seule. J’ignore si ce sera mieux ou pire. Mais ce sera différent. Profondément différent.
L’héritage que nous construirons
Mais une fin est aussi un commencement. La page qui se tourne libère l’espace pour en écrire une nouvelle. L’Europe a devant elle une opportunité historique. Celle de devenir enfin ce qu’elle aurait toujours dû être : une puissance souveraine. Capable de se défendre. De défendre ses valeurs. De peser sur les affaires du monde. De proposer un modèle alternatif au capitalisme sauvage américain et à l’autoritarisme chinois ou russe. Un modèle qui concilie prospérité économique et protection sociale. Liberté individuelle et solidarité collective. Puissance militaire et soft power culturel. C’est possible. Nous avons les moyens. Nous avons les talents. Nous avons l’histoire. Il ne nous manque qu’une chose : la volonté politique. Le courage de nos dirigeants. Et la mobilisation de nos citoyens. Ces trois éléments peuvent émerger. Si la prise de conscience est assez forte. Si le sentiment de danger est assez aigu. Si l’indignation est assez profonde.
L’héritage que nous construirons dépendra des choix des prochains mois. Des prochaines années. Si nous choisissons le courage, nous léguerons à nos enfants une Europe forte, souveraine, capable de se tenir debout dans un monde dangereux. Une Europe qui n’a plus besoin de tuteur. Qui parle d’égal à égal avec les États-Unis, la Chine, la Russie. Une Europe qui défend ses frontières, ses alliés, ses valeurs. Si nous choisissons la lâcheté, nous léguerons un continent fragmenté, faible, insignifiant. Un terrain de jeu pour les ambitions des autres. Un musée à ciel ouvert visité par les touristes chinois. Je sais quel héritage je veux laisser. Et vous ? La fin de l’OTAN n’est pas une tragédie. C’est un test. Un test de notre maturité collective. Un test de notre volonté de survie. Un test de notre capacité à nous réinventer. Nous pouvons le réussir. Ou le rater. Tout est encore ouvert. Tout reste à jouer. L’histoire n’est pas écrite. Nous tenons encore le stylo. Pour combien de temps ? Ça dépend de nous.
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur et analyste géopolitique. Mon expertise réside dans l’observation et l’analyse des dynamiques qui façonnent l’architecture de sécurité internationale, les alliances stratégiques, et les transformations des équilibres de pouvoir mondiaux. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies politiques, à comprendre les mouvements géopolitiques majeurs, à contextualiser les décisions des acteurs internationaux et à proposer des perspectives analytiques sur les transformations qui redéfinissent l’ordre mondial.
Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. Je prétends à la lucidité analytique, à l’interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux complexes qui concernent notre sécurité collective. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et stratégique, et d’offrir une lecture critique des événements. Cet article exprime des opinions personnelles fortes sur l’avenir de l’OTAN et de l’Europe, basées sur une analyse des tendances observables en janvier 2026.
Méthodologie et sources
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et analyses interprétatives. Les informations factuelles présentées proviennent exclusivement de sources primaires et secondaires vérifiables consultées en janvier 2026.
Sources primaires : déclarations publiques de Donald Trump, communiqués du secrétariat général de l’OTAN, positions officielles des gouvernements européens, rapports d’organisations intergouvernementales, dépêches d’agences de presse internationales reconnues (Reuters, Associated Press, Agence France-Presse).
Sources secondaires : analyses publiées dans The New York Times, Financial Times, Foreign Affairs, Le Monde, The Economist, rapports de centres de recherche spécialisés en relations internationales et études stratégiques.
Nature de l’analyse
Les analyses, interprétations et perspectives présentées dans les sections analytiques et les passages éditoriaux de cet article constituent une synthèse critique et contextuelle basée sur les informations disponibles, les tendances observées depuis le retour de Donald Trump à la présidence américaine, et les débats en cours au sein des cercles stratégiques européens et transatlantiques.
Mon rôle est d’interpréter ces faits, de les contextualiser dans le cadre des dynamiques géopolitiques contemporaines, et de leur donner un sens cohérent dans le grand récit des transformations de l’ordre international post-Guerre froide. Ces analyses reflètent une expertise développée à travers l’observation continue des affaires de sécurité transatlantiques et la compréhension des mécanismes stratégiques qui animent les grandes puissances.
Les scénarios prospectifs présentés (effondrement, sursaut européen) constituent des hypothèses analytiques basées sur l’extrapolation des tendances actuelles. Toute évolution ultérieure de la situation pourrait naturellement modifier les perspectives présentées ici. Cet article reflète l’état des connaissances et des débats en janvier 2026.
Sources
Sources primaires
The New York Times Opinion – « NATO as We Know It Is Coming to an End, and That’s OK » – 23 janvier 2026
Déclarations publiques de Donald Trump – Concernant le Groenland, le canal de Panama, et l’OTAN – Janvier 2026
Secrétariat général de l’OTAN – Communiqués officiels et positions sur les budgets de défense – Janvier 2026
Reuters, Associated Press, Agence France-Presse – Dépêches sur les tensions transatlantiques et la situation en Ukraine – Janvier 2026
Sources secondaires
Financial Times – Analyses sur l’avenir de l’alliance atlantique et les budgets de défense européens – Janvier 2026
Foreign Affairs – Débats stratégiques sur l’autonomie européenne de défense – 2025-2026
Le Monde – Couverture des réactions européennes aux déclarations de Trump – Janvier 2026
The Economist – Analyses sur la transformation de l’ordre libéral international – Janvier 2026
Instituts de recherche en relations internationales – Rapports sur les capacités de défense européennes et les scénarios géopolitiques – 2025-2026
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