Steve Witkoff, le promoteur devenu diplomate
Steve Witkoff n’est pas un diplomate de carrière. C’est un promoteur immobilier new-yorkais, ami proche de Donald Trump. Nommé envoyé spécial, il se retrouve propulsé au cœur de la crise géopolitique la plus grave depuis des décennies. Son style? Direct, transactionnel, business. Il parle de la guerre comme d’un deal à conclure. « On a réduit ça à un seul problème », a-t-il déclaré à Davos. « Et si les deux parties veulent le résoudre, on va le résoudre. »
Jared Kushner, le gendre omnipotent
Jared Kushner revient sur la scène internationale. Le gendre de Trump avait déjà négocié les accords d’Abraham au Moyen-Orient lors du premier mandat. Cette fois, l’enjeu est encore plus grand. Sa présence envoie un signal : Trump prend cette négociation au sérieux. Il envoie sa famille. Son cercle le plus intime. Ceux en qui il a une confiance absolue.
Il y a quelque chose de fascinant et d’inquiétant dans ce casting. Des hommes d’affaires, des proches, pas des diplomates chevronnés. Trump dirige la politique étrangère comme il dirigeait ses entreprises : avec ses loyalistes, ses intuitions, son mépris pour les protocoles. Ça a marché pour les accords d’Abraham. Mais l’Ukraine, ce n’est pas le Moyen-Orient. Poutine, ce n’est pas Netanyahou. Et je me demande si cette équipe mesure vraiment dans quoi elle met les pieds.
La nuit de négociations
Des heures dans le bureau de Poutine
Les discussions ont commencé vers 23h heure locale et se sont poursuivies jusqu’au petit matin. Côté russe, Poutine était accompagné de son conseiller Youri Ouchakov et de l’envoyé spécial Kirill Dmitriev. Pas de ministres. Pas de généraux. Un cercle restreint pour des discussions qu’on devine intenses. Les journalistes ont attendu dehors dans le froid, guettant le moindre signe.
Le verdict russe : « utile à tous égards »
Au petit matin, Youri Ouchakov est sorti pour faire une déclaration aux médias. Les discussions ont été « utiles à tous égards », a-t-il dit. Mais il a immédiatement ajouté une condition : « Un règlement durable ne peut être attendu sans résoudre la question territoriale. » En clair : la Russie veut garder ce qu’elle a conquis. Et peut-être plus encore.
Ces mots me glacent. « La question territoriale. » Derrière ce langage diplomatique aseptisé, il y a des villes ukrainiennes occupées. Des gens qui vivent sous occupation russe depuis des années. Des familles séparées par des lignes de front. Et maintenant, on parle de « résoudre » cette question. Comme si c’était un problème mathématique. Comme si des millions de vies humaines pouvaient se résumer à des lignes sur une carte qu’on efface et qu’on redessine selon le rapport de force du moment.
Trump : "On est raisonnablement proches"
L’optimisme présidentiel
Depuis Washington, Donald Trump a affiché son optimisme habituel. « On est raisonnablement proches d’un accord », a-t-il déclaré. Pour Trump, cette guerre doit se terminer rapidement. Chaque jour de conflit est un jour de trop. Un drain sur les ressources américaines. Une distraction des priorités domestiques. Et une tache sur son image de « faiseur de paix ».
La méthode Trump
La stratégie est claire : forcer les deux parties à négocier en menaçant de retirer le soutien américain si elles refusent. L’Ukraine sait qu’elle dépend de l’aide militaire américaine. La Russie sait que les sanctions peuvent être renforcées ou allégées. Trump joue sur les deux tableaux, se positionnant comme l’arbitre indispensable d’un conflit qui le dépasse mais qu’il veut résoudre coûte que coûte.
Je connais ce type d’optimisme. C’est celui des gens qui pensent que tout problème a une solution simple. Qu’il suffit de mettre les bonnes personnes dans une pièce et de trouver le « deal ». Mais la guerre en Ukraine n’est pas un deal immobilier. C’est une question d’identité nationale, de survie, de mémoire. Des choses qui ne se négocient pas avec des promesses et des poignées de main. Trump veut sa victoire diplomatique. Mais à quel prix? Et pour qui?
Le nœud du problème : le territoire
Ce que la Russie a pris
Depuis 2022, la Russie occupe environ 20% du territoire ukrainien. La Crimée, annexée en 2014. Le Donbass, partiellement conquis. Des régions entières de l’est et du sud. Poutine a déjà signé des décrets annexant ces territoires. Pour lui, ce ne sont plus des régions ukrainiennes. Ce sont des régions russes. Et il refuse de les rendre.
Ce que l’Ukraine refuse de céder
Volodymyr Zelensky l’a répété après sa rencontre avec Trump : « La question territoriale n’est pas résolue. » Pour l’Ukraine, accepter de céder officiellement ces territoires serait une capitulation. Une reconnaissance que l’agression paie. Un précédent catastrophique pour l’ordre international. Zelensky est coincé entre la pression américaine et l’opinion publique ukrainienne qui refuse tout abandon.
Voilà le cœur du problème. Ce n’est pas une question d’ego ou de fierté nationale mal placée. C’est une question de principe. Si la Russie garde ce qu’elle a conquis par la force, quel message envoie-t-on au monde? Que les frontières peuvent être redessinées par les bombes? Que l’agression militaire est récompensée? Je comprends l’urgence de Trump. Je comprends la fatigue de l’Occident. Mais je ne peux pas m’empêcher de penser que ce qu’on s’apprête à faire, c’est vendre l’Ukraine pour avoir la paix. Et que cette paix-là ne durera pas.
La centrale de Zaporijjia : l'autre enjeu
La plus grande centrale nucléaire d’Europe
Il y a un autre sujet sur la table : la centrale nucléaire de Zaporijjia. La plus grande d’Europe, occupée par les forces russes depuis 2022. Six réacteurs. Une capacité de production massive. Et un risque permanent d’accident. Qui va la contrôler dans l’après-guerre? La Russie refuse de la rendre. L’Ukraine refuse de l’abandonner.
Un symbole de la guerre
Cette centrale est devenue le symbole des absurdités de cette guerre. Une installation nucléaire utilisée comme bouclier militaire. Des combats à quelques kilomètres des réacteurs. Le monde retient son souffle à chaque alerte. Et maintenant, elle fait partie des « points de négociation ». Comme si on pouvait marchander avec le risque nucléaire.
Chaque fois que je lis quelque chose sur Zaporijjia, j’ai la nausée. On parle d’une centrale nucléaire comme d’un pion sur un échiquier. D’un actif à négocier. D’une monnaie d’échange. Mais ce n’est pas un terrain vague ou un immeuble de bureaux. C’est une bombe potentielle au cœur de l’Europe. Et le fait qu’on en soit à discuter de « qui la garde » montre à quel point cette guerre nous a fait perdre tout sens des proportions.
Les prochaines étapes : le sommet trilatéral
Rendez-vous aux Émirats
Selon Zelensky, les Émirats arabes unis accueilleront le premier sommet trilatéral entre les États-Unis, la Russie et l’Ukraine. Une première depuis le début de la guerre. L’Ukraine sera enfin à la table. Mais dans quelles conditions? Avec quelle marge de manœuvre? Les discussions Poutine-Witkoff ont peut-être déjà défini les grandes lignes.
La délégation russe : un général du renseignement
Le Kremlin a annoncé que la délégation russe sera dirigée par Igor Kostyukov, le chef du renseignement militaire russe (GRU). Pas un diplomate. Un militaire. Un homme du renseignement. Le choix en dit long sur la façon dont Moscou aborde ces négociations : comme une opération stratégique, pas comme une recherche de compromis.
Ce détail me frappe. Envoyer le chef du GRU pour négocier la paix, c’est un message. C’est dire : « Nous ne sommes pas ici pour faire des concessions. Nous sommes ici pour obtenir ce que nous voulons. » La Russie entre dans ces négociations en position de force perçue. Elle contrôle le terrain. Elle a le temps. Elle sait que l’Occident est fatigué. Et elle compte bien en profiter.
L'Europe spectatrice
Où sont les Européens?
Pendant que les Américains négocient avec Poutine, l’Europe brille par son absence. Pas d’envoyés européens à Moscou. Pas de place à la table des discussions. Après deux ans à financer l’effort de guerre ukrainien, à accueillir des millions de réfugiés, l’Europe se retrouve sur la touche au moment décisif. Spectatrice de son propre avenir sécuritaire.
Le réveil brutal
Les dirigeants européens commencent à réaliser ce qui se passe. La guerre en Ukraine se terminera selon les termes américano-russes. Pas selon les termes européens. Toutes les déclarations de soutien, tous les milliards d’aide, n’ont pas suffi à garantir une place à la table. L’Europe paie mais ne décide pas. C’est la leçon cruelle de cette crise.
Je suis Européen. Et cette situation me révolte. Pendant des années, on nous a dit que l’Europe devait parler d’une seule voix, devenir une puissance géopolitique, assumer ses responsabilités. Et au moment de vérité? On regarde Trump et Poutine décider du sort du continent depuis l’autre bout du monde. C’est pathétique. C’est humiliant. Et c’est entièrement notre faute. On a voulu jouer dans la cour des grands sans accepter d’en payer le prix.
Conclusion : L'aube d'une nouvelle ère?
Ce qui se joue vraiment
Cette nuit au Kremlin dépasse largement l’Ukraine. C’est l’ordre mondial qui est en jeu. Les règles établies depuis 1945 — l’inviolabilité des frontières, l’interdiction de l’annexion par la force — sont remises en question. Si Poutine obtient ce qu’il veut, ces règles seront mortes. Et le monde de demain sera un monde où la force prime sur le droit.
L’espoir fragile
Mais il y a aussi un espoir. L’espoir que ces négociations aboutissent à une paix réelle. Que les armes se taisent. Que les familles se retrouvent. Que l’Ukraine puisse se reconstruire. Cet espoir est fragile, ténu, presque naïf vu les circonstances. Mais il existe. Et parfois, c’est tout ce qu’on a.
Je termine cet article dans l’incertitude. La nuit au Kremlin a posé les bases de quelque chose. Mais de quoi exactement? D’une paix juste ou d’une capitulation déguisée? D’un nouveau départ ou d’un précédent catastrophique? Je ne sais pas. Personne ne sait. Ce que je sais, c’est que les prochaines semaines vont façonner le monde dans lequel nous vivrons pendant des décennies. Et que les décisions qui se prennent en ce moment, dans des bureaux lambrissés loin des bombes, auront des conséquences que nous ne mesurons pas encore. Prions pour que ceux qui décident aient la sagesse que l’histoire exige d’eux.
Sources
Sources primaires
Bloomberg – Putin to Meet US Envoys as Trump Pushes for Ukraine Peace Deal
Euronews – Ukraine peace deal hinges on territory, Kremlin says
Al Jazeera – Ukraine, Russia, US to meet for ‘first trilateral’ talks
Sources secondaires
RTE – Putin meets US envoys for late-night talks on Ukraine
Modern Diplomacy – Putin to Hold Ukraine Peace Talks with U.S. Envoys
Military.com – US Envoys to Meet Putin on Ukraine Peace Plan
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