Plus de morts que contre Hitler
Voici un fait qui devrait faire réfléchir chaque citoyen russe : cette guerre dure désormais plus longtemps que la Grande Guerre patriotique pour l’Union soviétique. 1431 jours contre 1418 jours entre l’invasion nazie de juin 1941 et la capitulation allemande de mai 1945. La différence? En 1941-1945, l’URSS combattait pour sa survie contre une agression extérieure. En 2022-2026, la Russie est l’agresseur. Elle attaque un pays voisin qui ne représentait aucune menace pour elle. Comme l’a souligné le président Volodymyr Zelensky : la Russie a répété le fascisme, répété presque tout le pire du XXe siècle.
Fait révélateur : les chaînes de propagande du Kremlin ont totalement ignoré ce jalon symbolique des 1418 jours. Selon le média russe indépendant Agentstvo, pas un seul canal pro-gouvernemental n’a mentionné cette coïncidence historique. Et pour cause : comment expliquer aux mères russes que leur fils meurt dans une guerre qui dure désormais plus longtemps que celle contre Hitler? Comment justifier qu’on envoie des générations entières d’hommes se faire broyer dans les tranchées du Donbass pour satisfaire les ambitions impériales d’un seul homme? Le silence du Kremlin sur ce sujet en dit plus long que tous les discours de Poutine.
Il y a des moments où les mots ne suffisent pas. Où les chiffres deviennent tellement énormes qu’ils perdent leur sens. 1 233 020. J’essaie de me représenter ce que ça signifie concrètement. C’est plus que la population de certaines grandes villes. C’est l’équivalent de vider complètement des stades entiers, encore et encore, pendant des années. Et quelque part en Russie, il y a des millions de personnes qui attendent des nouvelles d’un proche parti au front. Certaines attendent encore. D’autres ont cessé d’attendre.
Les officiers tombent comme des mouches
Le travail minutieux de Mediazona et BBC Russie révèle un autre aspect de cette hécatombe : 6 302 officiers de l’armée russe et d’autres structures de sécurité ont été confirmés morts au 16 janvier 2026. Parmi eux, deux commandants en second d’armée : le Major Général Andreï Sukhovetsky de la 41e Armée et le Major Général Vladimir Frolov de la 8e Armée. Cette saignée dans l’encadrement militaire russe explique en partie les difficultés tactiques de Moscou sur le terrain. Quand les officiers expérimentés disparaissent à ce rythme, c’est toute la chaîne de commandement qui s’effrite.
Les analystes militaires notent également un changement dans la composition des pertes au fil du temps. En mars 2023, les prisonniers recrutés par le groupe Wagner représentaient la catégorie la plus importante des morts au combat. Après la capture de Bakhmout et la disgrâce de Prigojine, ce recrutement carcéral a chuté. En septembre 2024, ce sont les volontaires qui sont devenus la catégorie la plus touchée. Ces hommes, attirés par des salaires mirobolants et des promesses de gloire, découvrent trop tard la réalité du front ukrainien. La Russie déploie actuellement 710 000 soldats en Ukraine — contre 150 000 lors du lancement de l’invasion. Elle a dû quintupler ses effectifs pour tenter de maintenir sa pression. Et malgré cela, elle avance à peine.
Une progression au compte-gouttes
Pokrovsk : le symbole d’une guerre d’usure
Regardons la réalité du terrain. À Pokrovsk, dans l’oblast de Donetsk, les forces russes sont entrées dans la ville il y a 156 jours. Elles contrôlent aujourd’hui 70% de la surface municipale. Le rythme de progression ces trente derniers jours? 100 mètres carrés par jour. Vous avez bien lu. Cent mètres carrés. C’est moins que la surface d’un appartement parisien. Pour cette avancée dérisoire, Moscou déploie jusqu’à 150 000 combattants dans ce seul secteur. Le prix payé en vies humaines pour ces quelques arpents de terre? Des milliers de soldats. Des dizaines de chars. Des centaines de véhicules blindés.
Selon l’Institute for the Study of War, la Russie a gagné en moyenne 171 kilomètres carrés par mois en 2025. Pour mettre ce chiffre en perspective : au rythme actuel, il faudrait encore des années à Moscou pour contrôler ne serait-ce que les quatre régions qu’elle prétend avoir annexées — Donetsk, Luhansk, Kherson et Zaporizhia. Entre le 16 décembre 2025 et le 13 janvier 2026, les forces russes n’ont conquis que 79 kilomètres carrés. Moins que la superficie de certains arrondissements parisiens. La guerre d’attrition que mène Poutine consume ses ressources humaines à une vitesse vertigineuse pour des gains territoriaux microscopiques.
Je me suis arrêté longtemps sur ces chiffres de progression. 100 mètres carrés par jour. J’ai fait le calcul : pour conquérir l’équivalent d’un terrain de football, l’armée russe a besoin de presque deux mois. Deux mois pendant lesquels des centaines de soldats meurent. Des centaines de familles sont détruites. Pour un terrain de football. Est-ce que Poutine réalise ce qu’il fait? Est-ce qu’il s’en soucie seulement? Ou bien les Russes ne sont-ils pour lui que de la chair à canon, des chiffres dans une équation géopolitique dont il est le seul à connaître le résultat souhaité?
Les drones ukrainiens, cauchemar des lignes russes
La défense ukrainienne a trouvé dans les drones FPV une arme redoutablement efficace. 772 appareils russes abattus en 24 heures — un record qui témoigne de l’intensité des combats aériens. Mais surtout, les drones ukrainiens traquent sans relâche les lignes logistiques russes. Convois de ravitaillement, dépôts de munitions, concentrations de troupes : rien n’échappe à ces sentinelles du ciel. L’arrivée de l’hiver complique encore la situation pour Moscou. Le froid exige un approvisionnement accru en carburant et en vivres, ce qui surcharge des réseaux logistiques déjà fragilisés.
Les défenseurs ukrainiens ont également reçu des renforts significatifs. 12 chars Abrams supplémentaires livrés par l’Australie sont entrés en action début janvier à Pokrovsk, portant le total à 49 blindés. Ces mastodontes américains contribuent à neutraliser les points de tirs russes à l’intérieur de la ville. Le maintien d’une présence ukrainienne dans Pokrovsk et Myrnohrad est vu comme un objectif prioritaire par Kiev, alors que le Kremlin cherche à obtenir la totalité du Donbass dans le cadre d’éventuelles négociations de paix. Chaque mètre carré défendu coûte cher à l’agresseur.
Le mensonge institutionnalisé
Quand Moscou efface ses morts
La Russie ne compte plus ses morts. Littéralement. Depuis l’été dernier, l’Institut de statistique russe ne publie plus aucun chiffre sur la mortalité dans le pays. Un moyen cynique de camoufler les pertes humaines liées à la guerre. Vladimir Poutine reste vague à chaque intervention sur le sujet. Nos pertes sont bien moindres que du côté ukrainien, déclarait-il en juin 2024. Un mensonge éhonté que démentent toutes les sources indépendantes. Le travail de Mediazona est à cet égard exemplaire : depuis trois ans, ils recensent méticuleusement chaque soldat tué au front, en vérifiant chaque nom via des sources ouvertes.
Comment font-ils? En épluchant les messages publiés par les administrations locales dans les petites villes et villages russes. En scrutant les publications sur les réseaux sociaux de proches évoquant la mort d’un être cher. Certaines personnes se rendent même dans les cimetières russes pour photographier les tombes mentionnant des soldats tombés récemment au combat. Sur le site de Mediazona, chaque soldat est répertorié avec son identité, son âge, la région où il est tombé, et un lien vers la source confirmant son décès. Un travail de fourmi contre l’omerta du Kremlin. Une mémoire collective que Poutine voudrait effacer.
Il y a quelque chose de profondément révoltant dans cette entreprise de falsification de l’histoire en temps réel. Des milliers de familles russes pleurent leurs morts dans le silence, sans même avoir le droit de savoir où et comment leur fils, leur frère, leur père est tombé. Les cercueils arrivent scellés — quand ils arrivent. On leur demande de ne pas poser de questions. De ne pas faire de vagues. De souffrir en silence pendant que Poutine parade à la télévision. C’est une double peine. D’abord perdre quelqu’un qu’on aime. Ensuite se voir interdire de le pleurer publiquement.
Les ratios qui contredisent la propagande
La propagande russe affirme que les pertes ukrainiennes sont cinq fois supérieures à celles de la Russie. Un ratio de 5:1 régulièrement martelé par les médias du Kremlin. La réalité est tout autre. Selon les estimations croisées de Mediazona et des bases de données comme UALosses, le ratio réel serait plus proche de 1,7:1 en faveur de l’Ukraine. Autrement dit, pour chaque soldat ukrainien tombé, ce sont près de deux Russes qui perdent la vie. Une asymétrie qui reflète la différence fondamentale entre une armée qui défend son territoire et une armée d’invasion opérant loin de ses bases.
L’ancien directeur de la CIA William Burns et le ministère britannique de la Défense convergent vers une estimation d’environ 1,1 million de pertes russes au total — tués et blessés confondus. Du côté ukrainien, les experts occidentaux comme Camille Grand estiment le bilan entre 200 000 et 300 000 morts et blessés. Des chiffres tragiques des deux côtés, mais qui démontrent que la Russie paie un prix disproportionné pour ses ambitions impériales. Une saignée qui ne pourra pas durer éternellement, même pour un pays de 145 millions d’habitants.
Une guerre sans fin?
Le piège de l’attrition
La Russie s’est enfermée dans une guerre d’usure dont elle ne sait plus comment sortir. Chaque jour qui passe, elle perd des hommes, du matériel, des ressources. Chaque jour qui passe, l’Ukraine reçoit de nouvelles armes occidentales, forme de nouveaux soldats, perfectionne ses tactiques. Le Kremlin a parié sur l’épuisement de l’adversaire, mais c’est lui qui s’épuise. 710 000 soldats déployés en Ukraine représentent un effort colossal pour l’économie russe. Les salaires attractifs proposés aux recrues grèvent le budget. L’industrie de défense tourne à plein régime mais peine à remplacer les équipements détruits.
Les négociations de paix évoquées ces derniers mois se heurtent à une réalité simple : Poutine ne peut pas accepter une défaite après avoir sacrifié plus d’un million d’hommes. Il lui faut quelque chose à montrer à son peuple, une victoire qu’il puisse vendre comme justification de cette boucherie. Mais l’Ukraine refuse de céder le Donbass. Et tant que cette impasse persiste, les compteurs continueront de tourner. 930 soldats russes par jour. 39 par heure. Un toutes les 90 secondes. Le métronome de la mort ne s’arrête pas.
Conclusion : Le silence assourdissant
Ce que disent les chiffres
Au 1431e jour de cette guerre, les chiffres parlent d’eux-mêmes. 1 233 020 soldats russes éliminés ou mis hors de combat. 11 603 chars détruits. 114 049 drones abattus. Une progression territoriale dérisoire, mesurée en mètres carrés plutôt qu’en kilomètres. Une armée qui a dû quintupler ses effectifs pour maintenir la pression. Une économie de guerre qui dévore les ressources du pays. Et au bout de tout ça? Une Ukraine qui résiste toujours. Une Ukraine qui refuse de capituler. Une Ukraine qui continue de croire en son avenir.
L’État-major ukrainien continuera de publier ses bilans quotidiens. Mediazona continuera de recenser les morts. Les familles russes continueront de pleurer en silence. Et quelque part au Kremlin, un homme regarde des cartes et planifie la suite. Combien de temps encore? Combien de vies encore? Ces questions n’ont pas de réponse aujourd’hui. Mais une chose est certaine : chaque jour qui passe rapproche un peu plus la Russie du point de rupture. Celui où même la propagande ne suffira plus à masquer l’ampleur du désastre.
Je termine cet article et je reste avec un goût amer. 1 233 020. Je n’arrive pas à oublier ce chiffre. Je pense à toutes ces vies gaspillées pour satisfaire l’ego d’un seul homme. Je pense aux mères qui n’embrasseront plus jamais leur fils. Aux enfants qui grandiront sans leur père. Aux femmes qui attendront en vain devant une porte qui ne s’ouvrira plus. Et je me demande : quand est-ce que la Russie se réveillera? Quand est-ce que les Russes réaliseront qu’on les envoie mourir pour rien? Pour des kilomètres carrés de terre qu’ils ne verront jamais? La seule certitude, c’est que ce carnage finira un jour. La question est de savoir combien de vies il aura fallu sacrifier d’ici là.
Le compteur tourne encore
Demain, l’État-major ukrainien publiera de nouveaux chiffres. Le compteur passera la barre symbolique de tel ou tel nombre. Et la guerre continuera. Car c’est la nature même de ce conflit : une guerre d’usure où chaque camp espère épuiser l’autre. Mais à ce jeu macabre, la Russie perd. Elle perd en hommes. Elle perd en matériel. Elle perd en crédibilité internationale. Elle perd son avenir pour s’accrocher à un passé impérial révolu. Et pendant ce temps, l’Ukraine se bat. L’Ukraine résiste. L’Ukraine vit.
1 233 020. Retenez ce chiffre. Car il continuera de grimper. Jour après jour. Heure après heure. Minute après minute. Jusqu’à ce que quelqu’un, quelque part, décide enfin que ça suffit.
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur et analyste. Mon expertise réside dans l’observation et l’analyse des dynamiques géopolitiques et militaires qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies militaires, à comprendre les mouvements sur le terrain, à contextualiser les décisions des acteurs internationaux et à proposer des perspectives analytiques sur les transformations qui redéfinissent l’ordre mondial.
Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. Je prétends à la lucidité analytique, à l’interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux complexes qui nous concernent tous. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et stratégique, et d’offrir une lecture critique des événements.
Méthodologie et sources
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et analyses interprétatives. Les informations factuelles présentées proviennent exclusivement de sources primaires et secondaires vérifiables.
Sources primaires : communiqués officiels de l’État-major des Forces armées ukrainiennes, données publiées par Defence Express, rapports du ministère britannique de la Défense, déclarations de responsables américains dont l’ancien directeur de la CIA William Burns.
Sources secondaires : Mediazona et BBC Russie (projet de recensement des pertes russes), Le Grand Continent (analyse de la situation à Pokrovsk), Institute for the Study of War (données de progression territoriale), Franceinfo (contexte des pertes humaines).
Nature de l’analyse
Les analyses, interprétations et perspectives présentées dans les sections analytiques de cet article constituent une synthèse critique et contextuelle basée sur les informations disponibles, les tendances observées et les commentaires d’experts cités dans les sources consultées.
Mon rôle est d’interpréter ces faits, de les contextualiser dans le cadre des dynamiques géopolitiques et militaires contemporaines, et de leur donner un sens cohérent dans le grand récit de ce conflit qui façonne l’ordre mondial du XXIe siècle. Ces analyses reflètent une expertise développée à travers l’observation continue des affaires militaires internationales.
Toute évolution ultérieure de la situation pourrait naturellement modifier les perspectives présentées ici. Cet article sera mis à jour si de nouvelles informations officielles majeures sont publiées, garantissant ainsi la pertinence et l’actualité de l’analyse proposée.
Sources
Sources primaires
État-major des Forces armées ukrainiennes – Bilan quotidien des pertes russes – 24 janvier 2026
Defence Express – 1431 Days of Russia-Ukraine War – Russian Casualties In Ukraine – 24 janvier 2026
Ministère britannique de la Défense – Intelligence Update on Ukraine – Décembre 2025
William Burns, ancien directeur de la CIA – Déclarations publiques sur les pertes russes – Janvier 2026
Sources secondaires
Mediazona & BBC Russie – Projet de recensement des pertes militaires russes – Mise à jour 16 janvier 2026
Le Grand Continent – À Pokrovsk et Myrnohrad, la progression russe ne cesse de ralentir – 3 janvier 2026
Institute for the Study of War – Données de progression territoriale en Ukraine – Janvier 2026
Franceinfo – Guerre en Ukraine : les pertes de l’armée russe dévoilées – Janvier 2026
La Vigie – Bilan n°127 du 11 janvier 2026 (guerre d’Ukraine) – 11 janvier 2026
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