Une capitale sous le feu
Kyiv s’est réveillée dans le chaos. Le maire Vitali Klitschko a publié les premiers bilans à l’aube : des immeubles touchés dans plusieurs districts, des incendies maîtrisés par les pompiers qui travaillaient depuis des heures, des ambulances qui sillonnaient les rues à la recherche de blessés. Dans le district de Holosiivskyi, les débris d’un missile intercepté — ou peut-être d’un drone — ont frappé une confiserie. Une femme s’y trouvait. Elle n’a pas survécu. On ne connaît pas son nom. On ne sait pas si elle était employée ou cliente. On sait juste qu’elle était là, au mauvais endroit, au mauvais moment, dans une ville qui n’aurait jamais dû être un champ de bataille. À Bucha, dans la banlieue nord-ouest, un homme de 50 ans est mort lui aussi. Bucha. Cette ville où, en avril 2022, le monde a découvert les corps de civils exécutés dans les rues par les troupes russes. Presque quatre ans plus tard, la mort continue de frapper.
Les dégâts matériels sont considérables. 17 emplacements ont été touchés à travers le pays. À Kyiv, les services municipaux ont travaillé toute la journée pour rétablir les services essentiels. 6 000 foyers privés de chauffage en plein hiver — des familles entières grelottant dans des appartements glacés, enveloppées dans des couvertures, attendant que les techniciens réparent ce qui peut l’être. 88 000 foyers sans électricité — des réfrigérateurs qui s’arrêtent, des téléphones qui ne se rechargent plus, des ascenseurs bloqués pour les personnes âgées coincées dans les étages supérieurs. Dans le quartier populaire de Troieshchyna, 600 bâtiments ont perdu simultanément l’eau, l’électricité et le chauffage. 600 immeubles. Des dizaines de milliers de personnes plongées dans l’obscurité et le froid.
Une confiserie. Elle est morte dans une confiserie. Je ne sais pas pourquoi ce détail me hante autant. Peut-être parce qu’une confiserie, c’est censé être un endroit de douceur, de petits plaisirs, de gâteaux qu’on achète pour un anniversaire ou un dimanche en famille. Pas un endroit où on meurt sous les bombes. Pas un endroit où la guerre vous rattrape. Cette femme avait une vie. Elle avait peut-être des enfants, des amis, des projets pour le week-end. Et maintenant elle n’est plus qu’un chiffre dans un bilan. « 1 morte à Holosiivskyi. » C’est tout ce qu’il reste d’elle dans les rapports officiels.
Chernihiv dans le noir
Plus au nord, Chernihiv a subi le même sort. Cette ville de 280 000 habitants, située à moins de 100 kilomètres de la frontière russe, a été frappée de plein fouet. Des centaines de milliers de personnes se sont retrouvées sans électricité. Les autorités locales ont ouvert des points de réchauffement — ces centres d’accueil improvisés où les habitants peuvent venir se réchauffer, recharger leurs appareils, boire un thé chaud. C’est devenu une routine en Ukraine. Chaque attaque massive crée une vague de réfugiés intérieurs, des gens qui quittent leurs appartements glacés pour chercher un peu de chaleur collective. Les équipes de DTEK, le principal opérateur énergétique privé du pays, ont été mobilisées immédiatement. Mais réparer des infrastructures sous la menace constante de nouvelles frappes, c’est comme essayer de vider l’océan avec une cuillère.
Le gouverneur de la région a appelé les habitants au calme et à la patience. Facile à dire quand on a de l’électricité. Plus difficile quand on grelotte dans son salon, quand les enfants pleurent parce qu’ils ont froid, quand le réfrigérateur commence à dégeler et que toute la nourriture qu’on avait achetée va pourrir. L’hiver ukrainien n’est pas un hiver clément. Les températures peuvent descendre à -20°C. Sans chauffage, un appartement devient une glacière en quelques heures. Et c’est ça, la stratégie russe. Pas seulement détruire des cibles militaires — il n’y en avait probablement aucune parmi les 17 emplacements touchés cette nuit-là. Non. L’objectif est de geler la population. De la pousser à bout. De la faire craquer. De transformer chaque hiver en arme de guerre.
Section 3 : Les gardiens invisibles
Ceux qui veillent dans la nuit
On ne parle jamais assez d’eux. Les opérateurs de la défense aérienne ukrainienne sont les héros anonymes de cette guerre. Ils travaillent dans des bunkers, devant des écrans radar, dans des véhicules mobiles qui changent de position toutes les quelques heures pour éviter d’être repérés. Quand une attaque commence, ils n’ont pas le luxe de la panique. Chaque seconde compte. Un missile balistique Iskander met environ 4 à 5 minutes pour atteindre sa cible depuis son lancement. Un drone Shahed est plus lent, mais il y en a des dizaines, parfois des centaines, qui arrivent en même temps. Il faut prioriser. Il faut décider, en une fraction de seconde, quelle menace neutraliser en premier. Le missile qui fonce vers une centrale électrique ? Le drone qui se dirige vers un immeuble résidentiel ? Un autre qui semble viser un hôpital ? Ces décisions, ils les prennent des dizaines de fois par nuit. Et ils vivent avec les conséquences de chaque choix.
Cette nuit du 23 au 24 janvier, ils ont fait 372 bons choix. Ils ont abattu 357 drones et 15 missiles. Chaque interception est une victoire. Chaque drone qui explose en l’air au lieu de frapper un immeuble, c’est potentiellement des dizaines de vies sauvées. Mais ils savent aussi qu’ils n’ont pas tout arrêté. Les 2 Zircon sont passés — et contre les missiles hypersoniques, ils ne peuvent rien. Les 18 drones qui ont atteint leurs cibles, ils les ont vus sur leurs écrans, ils ont essayé, ils ont échoué. Et quelque part, une femme est morte dans une confiserie. Un homme est mort à Bucha. Ces morts-là, ils les portent aussi. Pas officiellement. Pas dans les rapports. Mais dans leur tête, dans leurs nuits d’insomnie, dans cette question qui ne les quitte jamais : « Est-ce que j’aurais pu faire mieux ? »
L’équation impossible
La défense aérienne est un jeu d’équilibre permanent. L’Ukraine dispose de systèmes performants — les Patriot américains sont parmi les meilleurs au monde — mais ils sont en nombre limité. Chaque missile Patriot coûte environ 4 millions de dollars. Un drone Shahed iranien coûte entre 20 000 et 50 000 dollars. Faites le calcul. Utiliser un Patriot pour abattre un Shahed, c’est économiquement absurde. Mais si ce Shahed frappe un hôpital ou une école, le coût humain est incalculable. Alors les Ukrainiens innovent. Ils utilisent des systèmes moins chers quand c’est possible. Ils ont même recours à des mitrailleuses montées sur des pick-up pour abattre les drones à basse altitude. Ils font avec ce qu’ils ont. Et ce qu’ils ont n’est jamais suffisant.
Je pense souvent à ces opérateurs. À leur quotidien. Ils ne dorment pas pendant les attaques. Ils enchaînent parfois des shifts de 12, 15, 18 heures. Et quand l’attaque est terminée, quand les bilans tombent, ils savent exactement combien ils ont réussi et combien ils ont raté. Chaque échec est un échec personnel, même si ce n’est pas leur faute, même si personne au monde ne pourrait arrêter un Zircon à Mach 9. Ils vivent avec ça. Nuit après nuit. Semaine après semaine. Depuis bientôt quatre ans. Comment fait-on pour tenir ? Je ne sais pas. Mais ils tiennent.
Section 4 : La stratégie de la terreur
Pourquoi les civils ?
Il faut poser la question clairement : pourquoi la Russie cible-t-elle les infrastructures civiles ? La réponse est aussi simple que révoltante. Parce que ça marche. Pas militairement — détruire une confiserie ou priver Troieshchyna de chauffage ne change rien à l’équilibre des forces sur le front. Mais psychologiquement, c’est dévastateur. L’objectif est d’épuiser la population ukrainienne. De la pousser à exiger la paix à n’importe quel prix. De transformer chaque hiver en cauchemar, chaque nuit en angoisse, chaque alerte aérienne en traumatisme supplémentaire. C’est une guerre d’usure menée contre des civils. Et c’est un crime de guerre. L’ONU l’a dit. La Cour pénale internationale l’a dit. Le monde entier le sait. Mais les missiles continuent de tomber.
Depuis le début de l’année 2026, l’efficacité de la défense aérienne ukrainienne contre les missiles a chuté. Selon le Kyiv Independent, le taux d’interception est passé de 60 % en moyenne depuis octobre 2022 à seulement 36 % entre le 1er et le 14 janvier 2026. Sur 73 missiles lancés pendant cette période, seuls 26 ont été interceptés. Les raisons sont multiples : stocks de missiles intercepteurs qui s’épuisent, usure des systèmes, tactiques russes qui évoluent. Moscou a appris. Ils lancent des attaques combinées — missiles et drones en même temps — pour saturer les défenses. Ils utilisent des leurres. Ils varient les trajectoires. Et ils ont ces nouveaux missiles hypersoniques contre lesquels il n’existe tout simplement pas de parade.
Les armes de l’impossible
Le Zircon est l’arme ultime de Poutine. Un missile hypersonique capable d’atteindre Mach 9 — environ 11 000 km/h. À cette vitesse, un missile lancé depuis la mer Noire peut frapper Kyiv en moins de 10 minutes. Les systèmes de défense actuels ne peuvent pas suivre. Le temps de détection, de calcul de trajectoire et de réaction est tout simplement insuffisant. Le 9 janvier 2026, lors d’une attaque massive similaire, la Russie avait déjà utilisé un autre missile hypersonique : l’Oreshnik, un missile balistique à portée intermédiaire capable de transporter des ogives nucléaires. Ce jour-là, Moscou avait officiellement confirmé son utilisation — une première depuis le début de la guerre. Le message était clair : « Nous avons des armes contre lesquelles vous ne pouvez rien. »
Face à cette menace, l’Ukraine réclame depuis des mois des systèmes de défense supplémentaires. Le président Zelensky a demandé au moins 25 systèmes Patriot pour couvrir l’ensemble du territoire. L’Ukraine en possède actuellement moins de 10. Les États-Unis, l’Allemagne, les Pays-Bas ont promis des livraisons. Mais les délais sont longs, les stocks occidentaux limités, et chaque Patriot envoyé en Ukraine est un Patriot en moins pour la défense de l’Europe. En attendant, les Ukrainiens font avec. Ils se débrouillent. Ils abattent 94 % des menaces avec des moyens insuffisants. Mais les 6 % qui passent tuent quand même.
Section 5 : Les survivants de l'hiver
Vivre sans chauffage à -15°C
Olena a 67 ans. Elle vit seule dans un appartement du 5e étage d’un immeuble de Troieshchyna. Quand l’électricité a été coupée cette nuit-là, elle dormait. Elle s’est réveillée vers 4 heures du matin, grelottant sous ses couvertures. La température dans son appartement avait déjà chuté. Elle a enfilé tous les vêtements qu’elle pouvait — deux pulls, un manteau, des chaussettes épaisses, un bonnet — et elle a attendu. Elle ne pouvait pas descendre : l’ascenseur ne fonctionnait plus, et ses genoux ne lui permettent plus de prendre les escaliers. Elle a attendu 14 heures avant que l’électricité ne revienne. 14 heures dans le froid, dans le noir, sans pouvoir se faire un thé chaud, sans pouvoir appeler sa fille parce que son téléphone était déchargé. « J’ai cru que j’allais mourir », dira-t-elle plus tard aux journalistes locaux. Elle n’est pas morte. Mais combien d’autres, dans la même situation, n’ont pas eu cette chance ?
Les autorités ukrainiennes ont mis en place un système d’« invincibilité points » — des centres d’accueil chauffés, équipés de prises électriques, de Wi-Fi, de thé et de café gratuits. Il y en a des centaines à travers le pays. Quand une attaque frappe, ils s’ouvrent immédiatement. Les gens viennent y passer quelques heures, parfois la nuit entière, le temps que les réparations soient effectuées. C’est devenu un rituel. Une adaptation à l’horreur. Les Ukrainiens ont appris à vivre avec les coupures de courant comme d’autres vivent avec la pluie. On s’équipe. On prévoit des bougies, des batteries externes, des couvertures supplémentaires. On survit. Mais ce n’est pas une vie. C’est une existence suspendue, rythmée par les alertes aériennes et les compteurs de victimes.
Olena, 67 ans, seule dans le noir et le froid pendant 14 heures. C’est ça, la réalité de cette guerre pour des millions de personnes. Pas les grandes batailles, pas les stratégies géopolitiques. Juste une vieille dame qui grelotte dans son appartement en attendant que quelqu’un répare ce que d’autres ont détruit. Et le pire, c’est qu’elle s’est habituée. Que c’est devenu normal. Que demain, ou la semaine prochaine, ça recommencera, et elle sortira à nouveau ses deux pulls et son bonnet, et elle attendra à nouveau. Comment un être humain peut-il infliger ça à un autre être humain ? Je ne comprends pas. Je ne comprendrai jamais.
Les enfants de la guerre
Il y a une génération entière qui ne connaît que ça. Les enfants nés en 2022 ont 4 ans maintenant. Ils n’ont jamais connu un Ukraine en paix. Pour eux, les alertes aériennes sont aussi normales que le lever du soleil. Ils savent, dès l’âge de 3 ans, qu’il faut descendre au sous-sol quand la sirène retentit. Ils ont des « sacs d’urgence » préparés avec leurs jouets préférés, au cas où il faudrait fuir. Leurs dessins montrent des avions, des explosions, des soldats. Les psychologues ukrainiens parlent d’une épidémie de stress post-traumatique chez les enfants. Troubles du sommeil, cauchemars, anxiété, régression comportementale. Une génération traumatisée avant même d’avoir eu le temps de vivre.
Dans les écoles de Kyiv, on a installé des abris anti-bombes. Les cours sont régulièrement interrompus par les alertes. Les enseignants ont été formés pour calmer les enfants pendant les attaques, pour transformer la descente au sous-sol en « jeu », pour masquer leur propre terreur derrière des sourires rassurants. C’est héroïque. C’est aussi profondément injuste. Ces enfants devraient apprendre à lire, à compter, à jouer avec leurs amis. Pas à reconnaître le bruit d’un Shahed ou d’un Iskander. Pas à courir vers un abri au milieu de la nuit. Pas à vivre avec la peur constante que leur maison soit la prochaine cible.
Section 6 : Le prix de chaque interception
L’économie de la défense
Chaque missile Patriot tiré coûte environ 4 millions de dollars. Chaque missile IRIS-T coûte environ 400 000 euros. Chaque drone Shahed abattu par ces systèmes représente une victoire militaire mais une défaite économique. La Russie l’a compris. C’est pour ça qu’elle envoie des vagues de drones bon marché — pour épuiser les stocks de missiles intercepteurs ukrainiens, pour forcer l’Ukraine à dépenser des millions pour détruire des engins qui en coûtent quelques dizaines de milliers. C’est une guerre d’attrition menée avec des calculatrices autant qu’avec des armes. Et sur ce terrain-là, la Russie a l’avantage. Elle produit des Shahed sous licence iranienne dans ses propres usines. Elle peut en fabriquer des milliers. L’Ukraine, elle, dépend des livraisons occidentales.
Les Ukrainiens ont trouvé des parades créatives. Ils utilisent des systèmes moins chers quand c’est possible — des canons anti-aériens de l’ère soviétique, des mitrailleuses lourdes, même des drones intercepteurs développés localement. Ils ont mis au point des tactiques de brouillage électronique qui font dévier certains drones de leur trajectoire. Ils ont formé des équipes de « chasseurs de drones » qui patrouillent la nuit avec des armes légères, prêts à abattre les engins volant à basse altitude. C’est du bricolage de génie. C’est aussi un aveu de faiblesse. Quand on en est réduit à tirer sur des drones avec des fusils de chasse, c’est qu’on manque de tout le reste.
L’aide internationale en question
Les alliés de l’Ukraine ont promis de l’aide. Beaucoup d’aide. Des milliards de dollars en équipements militaires. Mais entre la promesse et la livraison, il y a un gouffre. Les systèmes Patriot supplémentaires demandés par Zelensky tardent à arriver. Les stocks de missiles intercepteurs s’épuisent plus vite qu’ils ne sont remplacés. Et chaque jour, chaque nuit, les attaques continuent. L’Ukraine ne peut pas se permettre d’attendre. Elle ne peut pas dire à ses citoyens : « Désolé, les missiles de défense sont en retard, revenez le mois prochain. » Elle doit défendre son ciel avec ce qu’elle a. Et ce qu’elle a diminue.
Il y a quelque chose d’obscène dans cette comptabilité. 4 millions de dollars pour un missile Patriot. 50 000 dollars pour un Shahed. Et au milieu, des vies humaines qu’on ne peut pas chiffrer. Une femme dans une confiserie. Un homme à Bucha. Des enfants traumatisés. Des vieillards qui gèlent dans leurs appartements. Combien ça coûte, une vie ? Combien l’Occident est-il prêt à payer pour les sauver ? La réponse, jusqu’ici, semble être : pas assez. Jamais assez.
Section 7 : La nouvelle menace
Des drones qui chassent les chasseurs
Comme si la situation n’était pas assez complexe, une nouvelle menace a émergé. Le 5 janvier 2026, des forces ukrainiennes ont découvert quelque chose d’inquiétant : des missiles Igla-S montés sous des drones russes de type Shahed. Ces missiles sol-air, normalement utilisés pour abattre des avions, ont été adaptés pour être tirés depuis des drones. L’implication est terrifiante. Jusqu’ici, les Shahed étaient des armes d’attaque au sol. Maintenant, ils peuvent aussi menacer les chasseurs et hélicoptères ukrainiens qui tentent de les intercepter. Le chasseur est devenu la proie.
Cette évolution tactique complique encore la mission des forces aériennes ukrainiennes. Envoyer un avion pour abattre un drone était déjà risqué — les drones volent bas, sont difficiles à repérer, et les pilotes s’exposent aux tirs anti-aériens russes. Maintenant, ils doivent aussi se méfier des drones eux-mêmes. C’est un changement de paradigme. La Russie teste, adapte, innove dans l’horreur. Elle trouve constamment de nouvelles façons de tuer. Et l’Ukraine doit constamment trouver de nouvelles façons de survivre.
L’escalade sans fin
Chaque mois apporte son lot de nouvelles armes, de nouvelles tactiques, de nouvelles menaces. Les Zircon hypersoniques. L’Oreshnik à capacité nucléaire. Les drones armés de missiles air-air. Les bombes planantes Kh-59 et Kh-69. La Russie puise dans son arsenal soviétique, modernise ce qui peut l’être, importe ce qui lui manque — des drones iraniens, des munitions nord-coréennes. Elle n’a aucune intention de s’arrêter. Et face à cette escalade, l’Ukraine n’a qu’une seule option : s’adapter ou mourir. Elle s’adapte. Elle survit. Mais à quel prix ?
Section 8 : Les voix de l'indignation
Le monde réagit
L’ONU a condamné. L’Union européenne a condamné. Les États-Unis ont condamné. Le Royaume-Uni, le Canada, l’Australie ont condamné. Les condamnations pleuvent comme les missiles. Elles n’arrêtent rien. Le 12 janvier 2026, la Sous-Secrétaire générale des Nations Unies pour les affaires politiques, Rosemary DiCarlo, a informé le Conseil de sécurité de l’intensification des attaques et de leur impact sur les civils. Elle a parlé de « dizaines de morts et de blessés », de « systèmes énergétiques paralysés », de « millions de personnes sans chauffage, électricité ou eau » en plein hiver. Le Conseil de sécurité a écouté. La Russie y siège. Elle a son droit de veto. Rien ne s’est passé.
Le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Andrii Sybiha, a réagi avec une colère à peine contenue. « Chaque attaque massive est un rappel que la Russie ne cherche pas la paix », a-t-il déclaré. « Elle cherche la destruction. » Il a appelé les alliés occidentaux à accélérer les livraisons d’armes, à renforcer les sanctions, à isoler Moscou encore davantage sur la scène internationale. Ces appels sont entendus. Ils sont rarement suivis d’effets immédiats. La diplomatie avance à son rythme. Les missiles, eux, n’attendent pas.
Je me demande parfois à quoi servent toutes ces condamnations. L’ONU condamne. L’UE condamne. Tout le monde condamne. Et puis ? Les mots ne protègent personne. Les résolutions ne font pas bouclier. Pendant que les diplomates débattent, des gens meurent. Des appartements gèlent. Des enfants pleurent dans des abris. Il y a quelque chose de profondément dysfonctionnel dans un système international où un agresseur peut bombarder des civils jour après jour, année après année, et où la seule réponse est une « condamnation ferme ». Ça ne suffit pas. Ça n’a jamais suffi.
Section 9 : Tenir, encore et toujours
La résilience comme arme
Les Ukrainiens ont un mot pour ça : « nezlamna » — l’indomptable, l’incassable. C’est devenu un slogan national, imprimé sur des t-shirts, tagué sur les murs, scandé dans les manifestations. Ce n’est pas de la propagande. C’est une réalité. Après presque quatre ans de guerre, après des milliers de morts civils, après des villes entières rasées, après des millions de réfugiés, le pays tient. Les gens vont travailler le matin après une nuit passée dans les abris. Les écoles rouvrent après les attaques. Les techniciens réparent les lignes électriques sous la menace de nouvelles frappes. C’est une forme de courage quotidien, ordinaire, extraordinaire.
Mais la résilience a ses limites. On ne peut pas demander aux gens de tenir éternellement. La fatigue s’accumule. Le traumatisme s’incruste. Les nerfs s’usent. Chaque nouvelle attaque, même repoussée, laisse des traces. Les psychologues parlent d’épuisement collectif. Les sondages montrent une population toujours déterminée à résister, mais de plus en plus épuisée, de plus en plus anxieuse, de plus en plus désespérée. Jusqu’où peut-on pousser des êtres humains ? Jusqu’à quel point peut-on leur demander de vivre dans la peur permanente ? L’Ukraine teste ces limites chaque jour. Et chaque jour, elle trouve en elle des ressources qu’elle ne savait pas posséder.
Les héros du quotidien
Il y a les soldats sur le front. Il y a les opérateurs de défense aérienne. Mais il y a aussi tous les autres. Les pompiers qui éteignent les incendies causés par les frappes. Les médecins qui soignent les blessés dans des hôpitaux parfois eux-mêmes touchés. Les techniciens de DTEK et Ukrenergo qui travaillent jour et nuit pour rétablir le courant. Les bénévoles qui distribuent de la nourriture et des couvertures dans les centres d’accueil. Les enseignants qui continuent à faire classe entre deux alertes. Les parents qui rassurent leurs enfants en leur disant que tout ira bien, même quand ils n’y croient plus eux-mêmes. Tous ces gens sont des héros. Pas au sens hollywoodien du terme. Au sens le plus simple, le plus profond : ils font ce qu’il faut faire, quand il faut le faire, même quand c’est difficile, même quand c’est dangereux, même quand c’est désespérant.
Conclusion : 372 victoires et une question
Ce que disent les chiffres
372 sur 396. C’est le bilan de cette nuit du 23 au 24 janvier 2026. 372 armes neutralisées. 357 drones abattus. 15 missiles détruits. Un taux de réussite de 94 % qui forcerait l’admiration dans n’importe quel manuel militaire. Les hommes et les femmes de la défense aérienne ukrainienne ont fait leur travail. Ils l’ont fait avec des moyens insuffisants, dans des conditions impossibles, face à une menace qui se renouvelle et s’intensifie chaque semaine. Ils ont sauvé des milliers de vies. Des dizaines de milliers peut-être. Ils ont empêché des hôpitaux, des écoles, des immeubles d’être pulvérisés. Ils ont gagné, cette nuit-là. Mais les 24 armes qui ont passé rappellent une vérité cruelle : on peut gagner 372 fois et perdre quand même.
Une femme est morte dans une confiserie. Un homme est mort à Bucha. 6 000 foyers ont grelotté sans chauffage. 88 000 ont perdu l’électricité. Des centaines de milliers à Chernihiv ont passé la journée dans le noir. Ce sont les 6 % d’échec. Ce sont les marges de la défense. Ce sont les vies que même le meilleur système, même les meilleurs opérateurs, n’ont pas pu sauver. Et demain, ou après-demain, ou la semaine prochaine, tout recommencera. Les sirènes hurleront. Les écrans radar s’illumineront. Les missiles partiront de Bryansk, de Koursk, de Crimée. Et les gardiens invisibles de l’Ukraine reprendront leur veille. Encore une fois. Comme ils le font depuis presque quatre ans.
La question qui reste
Combien de temps encore ? C’est la question que tout le monde se pose, en Ukraine et ailleurs. Combien de nuits comme celle-là faudra-t-il encore endurer ? Combien de missiles abattus, combien de drones détruits, combien de victimes civiles ? Combien d’Olena grelottant dans leurs appartements, combien d’enfants grandissant dans les abris, combien de familles brisées ? La guerre n’a pas de date de fin. Les négociations piétinent. Le front bouge à peine. Et les attaques continuent, nuit après nuit, dans une routine de l’horreur qui n’en finit pas. L’Ukraine tient. Elle tiendra peut-être encore longtemps. Mais à quel prix ? Et qui, finalement, paiera la facture de cette interminable destruction ?
357 drones. 15 missiles. 372 victoires dans la nuit. Et deux morts quand même. Une femme. Un homme. Deux vies qui valaient autant que toutes les autres, mais qui n’ont pas pu être sauvées. Je pense à eux ce soir. À elle, dans sa confiserie. À lui, à Bucha. Je pense aux opérateurs qui ont fait tout ce qu’ils pouvaient, qui ont réussi 372 fois, et qui portent quand même le poids de ces deux échecs. Je pense à Olena, seule dans le froid. Aux enfants qui dessinent des explosions. Aux techniciens qui réparent ce qui sera détruit demain. Je pense à tout ça et je me demande : est-ce que le monde mesure vraiment ce qui se passe là-bas ? Est-ce qu’on comprend que chaque nuit, des gens ordinaires font des choses extraordinaires pour survivre ? Est-ce qu’on réalise que derrière les chiffres, il y a des vies ? Je l’espère. J’en doute parfois. Mais je continue d’écrire. Parce que quelqu’un doit raconter. Parce qu’on n’a pas le droit d’oublier.
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur et analyste. Mon expertise réside dans l’observation et l’analyse des dynamiques géopolitiques et militaires qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les rapports de situation, à comprendre les enjeux stratégiques, à contextualiser les témoignages des acteurs sur le terrain et à proposer des perspectives analytiques sur ce conflit qui redéfinit l’ordre international.
Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. Je prétends à la lucidité analytique, à l’interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux humains et militaires qui se jouent sur le front ukrainien. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte, et d’offrir une lecture qui va au-delà des chiffres.
Méthodologie et sources
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et analyses interprétatives. Les informations factuelles présentées proviennent exclusivement de sources primaires et secondaires vérifiables.
Sources primaires : communiqués de l’état-major ukrainien via Ukrinform, déclarations du maire de Kyiv Vitali Klitschko, rapports des forces aériennes ukrainiennes, données officielles sur les interceptions et les dégâts.
Sources secondaires : analyses du Kyiv Independent, reportages de UN News, Al Jazeera, Euronews, CNEWS France, rapports du Conseil de sécurité de l’ONU.
Nature de l’analyse
Les analyses, interprétations et perspectives présentées dans les sections analytiques de cet article constituent une synthèse critique et contextuelle basée sur les informations disponibles, les tendances observées et les témoignages recueillis par les médias internationaux.
Mon rôle est d’interpréter ces faits, de les contextualiser dans le cadre des dynamiques militaires contemporaines, et de leur donner un sens humain dans ce conflit qui dure depuis bientôt quatre ans. Toute évolution ultérieure de la situation pourrait naturellement modifier les perspectives présentées ici.
Sources
Sources primaires
Ukrinform – Air Defense Forces destroy 15 Russian missiles and 357 drones – 24 janvier 2026
Forces aériennes ukrainiennes – Rapport quotidien d’interception – 24 janvier 2026
Maire Vitali Klitschko – Déclarations sur les dégâts à Kyiv – 24 janvier 2026
Administration militaire de Kyiv – Bilan des victimes et dégâts – 24 janvier 2026
Sources secondaires
Kyiv Independent – Analyse de l’efficacité de la défense aérienne – janvier 2026
UN News – Deadly Russian strikes push civilians deeper into winter crisis – janvier 2026
Al Jazeera – Russian attacks amid peace talks – 24 janvier 2026
Euronews – At least two killed in Russian strike on Kharkiv – janvier 2026
CNEWS France – La Russie lance missiles et drones sur l’Ukraine – janvier 2026
ABC News – Russia uses nuclear-capable missile in massive strike – janvier 2026
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