Pourquoi Davos plutôt que la Maison-Blanche ?
L’histoire aurait pu s’écrire différemment. Zelensky avait initialement prévu de se rendre à Washington mi-janvier pour signer le plan de prospérité directement à la Maison-Blanche. L’image aurait été puissante : le président ukrainien serrant la main de Trump dans le Bureau Ovale, les drapeaux des deux nations en arrière-plan, le flash des photographes immortalisant le moment. Mais les alliés européens de l’Ukraine ont freiné. Selon The Telegraph, ils ont conseillé à Zelensky de ne pas se précipiter. « Ne rush pas les négociations », lui auraient-ils dit. Le Forum économique mondial de Davos offrait un cadre plus approprié — neutre, multilatéral, où les discussions pouvaient se poursuivre sans la pression d’une cérémonie officielle.
Ce changement de lieu en dit long sur la complexité des négociations en cours. Le plan de prospérité n’est pas un simple accord bilatéral entre Kiev et Washington. C’est un « paquet de documents », comme l’a décrit Zelensky lui-même. Des dizaines de clauses à finaliser, des mécanismes financiers à calibrer, des garanties juridiques à bétonner. Le président ukrainien l’a reconnu avec une franchise inhabituelle : « Dans les années à venir, il est crucial que tout le monde — pas seulement notre équipe, mais aussi la suivante — comprenne d’où viendra l’argent, quelles seront les sources de financement, et sur quoi l’Ukraine peut réellement compter. » En d’autres termes : ce plan doit survivre aux changements de gouvernement. Il doit être blindé contre les aléas politiques. Et pour ça, chaque virgule compte.
Les secteurs prioritaires : énergie, infrastructures, industrie
Le ministre ukrainien de l’Économie, Oleksii Sobolev, a levé un coin du voile sur les priorités du plan de prospérité. Quatre secteurs émergent comme les piliers de la reconstruction : l’énergie, les infrastructures, l’industrie et le capital humain. Pas de surprise ici — ce sont précisément les domaines que la guerre a le plus dévastés. Les centrales électriques ukrainiennes ont été pilonnées méthodiquement par les frappes russes. Le réseau de transport est en lambeaux. Des usines entières ont été réduites en poussière. Quant au capital humain, des millions d’Ukrainiens ont fui le pays, emportant avec eux leurs compétences, leurs diplômes, leur force de travail.
Les outils financiers envisagés sont sophistiqués : garanties, partage des risques, financement mixte public-privé. L’idée est de créer un effet de levier massif. Chaque dollar investi par les gouvernements doit en attirer plusieurs autres du secteur privé. C’est là que BlackRock entre en jeu. Le géant de la gestion d’actifs a une expérience unique dans la mobilisation de capitaux à grande échelle. Sa présence envoie un signal clair aux investisseurs du monde entier : l’Ukraine est ouverte aux affaires. Ou du moins, elle le sera — dès que la paix sera signée.
Il y a quelque chose de presque obscène à parler de milliards pendant que les bombes tombent encore. Je le sais. Vous le savez. Et pourtant, c’est précisément cette logique qui pourrait mettre fin à la guerre. L’économie comme arme de paix. L’argent comme incitation à déposer les armes. Si Poutine comprend que l’Ukraine va devenir un eldorado économique soutenu par l’Occident — que les entreprises américaines vont s’y implanter, que les investisseurs vont affluer, que le pays va prospérer malgré tout ce qu’il lui a fait subir — alors peut-être, peut-être qu’il recalculera. Peut-être qu’il réalisera que sa guerre d’usure ne mène nulle part. C’est un pari. Un énorme pari. Mais dans cette guerre, tous les paris sont énormes.
Section 3 : BlackRock, le géant qui change la donne
Larry Fink rejoint l’équipe de négociation
Larry Fink n’est pas un homme qu’on recrute facilement. À la tête de BlackRock depuis 1988, il a transformé une petite société de gestion en un colosse financier gérant plus de 12 000 milliards de dollars d’actifs. Son pouvoir est tel que les gouvernements le consultent, que les PDG sollicitent ses conseils, que les économistes analysent ses moindres déclarations. Quand Steve Witkoff a annoncé à Davos que Fink avait accepté de devenir « conseiller en prospérité » pour l’Ukraine, les observateurs ont compris que quelque chose d’important se préparait. Witkoff a décrit Fink comme « le meilleur conseiller en prospérité possible », ajoutant qu’il « a été assez généreux pour se porter volontaire ».
La présence de BlackRock dans ce dossier n’est pas nouvelle. Dès 2022, quelques mois après le début de l’invasion russe, Fink avait rencontré Zelensky pour discuter de la reconstruction. Un « fonds de développement ukrainien » avait été envisagé, avec des ambitions initiales de 50 à 80 milliards de dollars. Le projet avait ensuite été revu à la baisse — 15 milliards — avant d’être finalement mis en sommeil en 2025, faute d’investisseurs intéressés. L’incertitude était trop grande. La guerre n’avait pas de fin visible. Les risques étaient astronomiques. Mais aujourd’hui, avec des négociations de paix en cours et un soutien explicite de l’administration Trump, les conditions ont changé.
Les intérêts américains en jeu
Trump ne cache pas sa vision transactionnelle des relations internationales. Pour lui, l’aide à l’Ukraine n’est pas de la charité — c’est un investissement qui doit rapporter. Et ce rapport, il le voit dans les ressources naturelles ukrainiennes. Le pays possède d’importantes réserves de terres rares, ces minerais essentiels à la fabrication de smartphones, de véhicules électriques, d’équipements militaires. Un accord sur les minéraux critiques, signé en 2025, a déjà accordé aux investisseurs américains un accès prioritaire aux futurs projets miniers. Le plan de prospérité s’inscrit dans cette continuité : reconstruire l’Ukraine, oui, mais aussi s’assurer que les États-Unis en tirent des bénéfices tangibles.
Cette approche a ses critiques. Certains y voient une forme de néocolonialisme économique — l’Occident qui profite de la détresse d’un pays en guerre pour accaparer ses richesses. D’autres rétorquent que c’est précisément ce réalisme qui peut convaincre Trump de s’engager durablement. Le président américain a souvent critiqué l’aide inconditionnelle à Kiev, qualifiant Zelensky de « plus grand vendeur sur terre » capable d’obtenir des milliards sans contrepartie. Avec le plan de prospérité, la contrepartie est explicite. Et paradoxalement, c’est peut-être ce qui rend l’accord plus solide — parce qu’il repose sur des intérêts mutuels plutôt que sur la seule bonne volonté.
Section 4 : Les négociations de paix s'accélèrent
Abu Dhabi : première réunion trilatérale depuis le début de la guerre
Pendant que les financiers de Davos discutaient d’investissements, quelque chose d’historique se préparait à l’autre bout du monde. Les 23 et 24 janvier 2026, Abu Dhabi a accueilli les premières négociations trilatérales entre l’Ukraine, la Russie et les États-Unis depuis le début du conflit. Près de quatre ans de guerre, des centaines de milliers de morts, des millions de déplacés — et pour la première fois, les trois parties assises à la même table. Steve Witkoff et Jared Kushner représentaient Washington. Rustem Umerov, secrétaire du Conseil de sécurité nationale, dirigeait la délégation ukrainienne. Côté russe, l’amiral Igor Kostyukov, chef du renseignement militaire.
Les discussions ont été qualifiées de « constructives » par toutes les parties — un mot diplomatique qui ne veut pas dire grand-chose, mais qui indique au moins l’absence de rupture. Zelensky a tempéré les attentes : « Il est encore trop tôt pour tirer des conclusions. » Mais le simple fait que cette réunion ait eu lieu représente une avancée. Une prochaine session est prévue pour le 1er février, toujours aux Émirats arabes unis. Le rythme s’accélère. Et le plan de prospérité n’est pas étranger à cette dynamique. En mettant sur la table des centaines de milliards de dollars pour la reconstruction, l’Ukraine et ses alliés créent une incitation puissante à conclure un accord de paix.
J’ai suivi ces négociations avec un mélange d’espoir et d’appréhension. Espoir, parce qu’enfin, quelque chose bouge. Après des mois de blocage, de déclarations contradictoires, de lignes rouges brandies puis oubliées, voilà que des hommes en costume se serrent la main dans un palais émirati. Appréhension, parce que je connais l’histoire. Je sais combien de fois des « négociations constructives » ont accouché de rien. Je sais combien Poutine a menti, trompé, manipulé. Je sais que la seule chose qu’il respecte, c’est la force — militaire ou économique. Et c’est peut-être là que réside le véritable enjeu du plan de prospérité. Pas seulement reconstruire l’Ukraine. Lui donner une force que la Russie ne pourra plus ignorer.
La question territoriale : le nœud gordien
Steve Witkoff l’a dit clairement à Davos : « On en est à un seul problème. » Ce problème, tout le monde le connaît — c’est le territoire. La Russie occupe environ 20 % de l’Ukraine, incluant la Crimée annexée en 2014 et de larges portions du Donbass. Moscou exige que Kiev reconnaisse ces conquêtes. Zelensky refuse de céder un centimètre carré de souveraineté. Entre les deux positions, un gouffre qui semble infranchissable. Et pourtant, Witkoff affirme que « si les deux côtés veulent résoudre ça, on va y arriver ». L’optimisme américain face au cynisme russe — qui l’emportera ?
La réponse pourrait venir de l’économie. Trump, lors d’une conférence de presse, a affirmé que Poutine « fera des concessions ». Sans préciser lesquelles. Mais l’idée flotte : si la Russie veut accéder aux marchés occidentaux, si elle veut lever les sanctions qui étranglent son économie, elle devra donner quelque chose en échange. Le plan de prospérité joue ici un rôle de carotte géante. Il montre ce que l’Ukraine pourrait devenir avec le soutien de l’Occident. Un partenaire économique majeur. Une puissance régionale. Un succès visible que Poutine n’aura pas réussi à détruire malgré toutes ses bombes. C’est un message. Et les messages, en géopolitique, comptent autant que les armées.
Section 5 : L'Europe dans l'équation
L’Union européenne à la table des négociations
Le plan de prospérité n’est pas une initiative américaine unilatérale. L’Union européenne et les partenaires du G7 sont partie prenante. La veille de la rencontre Trump-Zelensky à Davos, le Premier ministre hongrois Viktor Orbán — pourtant réputé proche du Kremlin — a révélé l’existence d’un document confidentiel européen prévoyant l’adhésion de l’Ukraine à l’UE d’ici 2027 et un financement pouvant atteindre 1 600 milliards de dollars. Si ces chiffres sont exacts, ils dépassent même les ambitions affichées du plan de prospérité américain. L’Europe, malgré ses divisions, mettrait la main à la poche de façon massive.
Cette convergence transatlantique est remarquable. Pendant des mois, les observateurs ont craint un découplage entre Washington et Bruxelles sur le dossier ukrainien. Trump, avec son scepticisme affiché envers l’OTAN et ses appels à un deal rapide avec Poutine, semblait prêt à lâcher l’Ukraine. Les Européens, plus attachés au respect du droit international et à la souveraineté ukrainienne, paraissaient sur une autre planète. Mais le plan de prospérité offre un terrain d’entente. Il répond aux exigences de Trump — un accord transactionnel avec des retours sur investissement — tout en satisfaisant les principes européens — un soutien massif à un pays victime d’agression.
Zelensky veut une armée européenne avec l’Ukraine en son cœur
À Davos, Zelensky a fait une déclaration qui a fait réagir : l’Ukraine devrait former le « cœur » d’une future armée européenne. « Sans un million d’Ukrainiens, vous n’y arriverez pas », a-t-il lancé. L’argument est imparable. L’armée ukrainienne est aujourd’hui la force de combat la plus expérimentée d’Europe. Ses soldats ont affronté pendant près de quatre ans la deuxième armée du monde. Ils maîtrisent la guerre de drones, la guerre électronique, le combat urbain. Cette expertise a un prix — en sang, en sueur, en larmes. Mais elle a aussi une valeur stratégique que l’Europe serait folle d’ignorer.
Cette proposition lie directement le plan de prospérité aux questions de sécurité. L’argent ne suffit pas. L’Ukraine a besoin de garanties que la guerre ne reprendra pas une fois le cessez-le-feu signé. Elle a besoin de savoir que si la Russie attaque à nouveau, ses alliés seront là. Les discussions sur une « force de réassurance » composée de troupes britanniques et françaises vont dans ce sens. Zelensky a confirmé avoir discuté avec le Royaume-Uni du déploiement d’un contingent aux côtés des forces françaises si la diplomatie réussit. L’Europe se prépare — lentement, maladroitement peut-être, mais elle se prépare.
Section 6 : Le coût de la guerre, le prix de la paix
800 milliards : d’où vient ce chiffre ?
Les officiels ukrainiens estiment que la reconstruction et la relance économique nécessiteront environ 800 milliards de dollars sur dix ans. Ce montant représente environ quatre fois le PIB d’avant-guerre de l’Ukraine. Il englobe tout : la réparation des infrastructures détruites — routes, ponts, voies ferrées, aéroports. La reconstruction du réseau énergétique systématiquement ciblé par les frappes russes. La modernisation de l’industrie. Le soutien aux millions de déplacés qui devront retrouver un logement, un emploi, une vie normale. C’est un chantier titanesque. Le plus grand projet de reconstruction depuis le Plan Marshall qui a relevé l’Europe après la Seconde Guerre mondiale.
Mais attention aux mirages. Les 800 milliards ne sont pas un chèque que l’Ukraine va recevoir. C’est un objectif de mobilisation combinant investissements publics et privés. Une partie viendra des gouvernements — États-Unis, Union européenne, Royaume-Uni, Japon, autres partenaires. Une autre partie devra être attirée du secteur privé grâce à des mécanismes de garantie et de partage des risques. C’est là que tout peut se jouer — ou se casser la figure. Les investisseurs privés ne mettent pas leur argent dans des zones de guerre. Ils ont besoin de stabilité, de visibilité juridique, de certitude que leurs investissements seront protégés. Sans un accord de paix solide, le plan de prospérité restera lettre morte.
On parle de milliards comme s’il s’agissait de chiffres abstraits. Mais derrière chaque dollar promis, il y a des vies concrètes. L’ouvrier du bâtiment qui reconstruira les écoles bombardées. L’ingénieur qui remettra en marche les centrales électriques. L’entrepreneur qui ouvrira un commerce dans une ville autrefois occupée. Le soldat démobilisé qui retrouvera un travail civil. C’est ça, au fond, le vrai enjeu du plan de prospérité. Pas les grandes déclarations à Davos. Pas les poignées de mains devant les caméras. Mais la possibilité, pour des millions d’Ukrainiens, de recommencer à vivre. De croire en l’avenir. D’espérer que tout ce qu’ils ont enduré n’aura pas été vain.
Les risques qui planent
L’histoire de BlackRock et de l’Ukraine est un avertissement. En 2023, le géant financier avait annoncé en grande pompe un « fonds de développement ukrainien ». Objectif initial : 50 à 80 milliards de dollars. Puis 15 milliards. Puis… rien. Le projet a été abandonné en 2025 « faute d’intérêt des investisseurs », selon Bloomberg. L’incertitude était trop grande. Personne ne voulait placer son argent dans un pays dont l’avenir était impossible à prédire. Ce précédent hante les négociateurs actuels. Comment convaincre les investisseurs que cette fois, c’est différent ? Comment leur prouver que l’Ukraine ne sera pas engloutie par une nouvelle offensive russe six mois après la signature ?
La réponse tient en deux mots : garanties de sécurité. Zelensky l’a répété à Davos : le volet économique et le volet sécuritaire sont indissociables. Les investisseurs ne viendront que s’ils sont certains que la paix tiendra. Et la paix ne tiendra que si les alliés occidentaux s’engagent à défendre l’Ukraine en cas de nouvelle agression. D’où l’importance cruciale des discussions sur les « protocoles de sécurité » que Witkoff décrit comme « les plus solides jamais créés ». D’où aussi le projet de force de réassurance européenne. L’argent et les armes, les dollars et les missiles défensifs, les contrats d’investissement et les accords militaires — tout est lié. Tout doit avancer ensemble.
Section 7 : Trump, l'imprévisible allié
Du scepticisme à l’engagement ?
Donald Trump a longtemps été perçu comme un allié peu fiable pour l’Ukraine. Pendant sa campagne, il a critiqué l’aide « inconditionnelle » accordée par Biden — 350 milliards de dollars selon ses calculs. Il a qualifié Zelensky de « plus grand vendeur sur terre », capable d’extorquer des milliards aux contribuables américains. Il a suggéré que l’Ukraine devrait négocier avec Poutine plutôt que de poursuivre une guerre « impossible à gagner ». Ses déclarations ont semé le doute chez les Européens et la panique à Kiev. L’arrivée de Trump au pouvoir en janvier 2025 a été vécue par beaucoup comme une menace existentielle pour l’Ukraine.
Un an plus tard, le tableau est plus nuancé. Oui, Trump pousse pour un accord rapide. Oui, il a traité Zelensky et Poutine de « stupides » s’ils ne parviennent pas à un deal. Oui, il maintient une rhétorique d’homme d’affaires qui veut « conclure l’affaire » coûte que coûte. Mais paradoxalement, cette approche transactionnelle pourrait servir l’Ukraine. Trump veut un retour sur investissement. Il veut que les États-Unis profitent de la reconstruction. Il veut des contrats pour les entreprises américaines, un accès aux ressources ukrainiennes, une présence économique durable. Et pour obtenir tout ça, il a besoin d’une Ukraine stable, prospère, intégrée à l’économie occidentale. Ses intérêts et ceux de Kiev convergent — par calcul, sinon par conviction.
Les envoyés spéciaux en action
Steve Witkoff et Jared Kushner sont les deux hommes de confiance de Trump sur le dossier ukrainien. Witkoff, promoteur immobilier new-yorkais devenu diplomate, mène les négociations au quotidien. Les Européens qui l’avaient initialement soupçonné d’être « pro-russe » ont changé d’avis. Un officiel européen l’a décrit comme « un homme transformé ». Kushner, gendre de Trump et ancien conseiller à la Maison-Blanche, apporte son réseau et son expérience des négociations au Moyen-Orient. Ensemble, ils ont rencontré Poutine à Moscou le 22 janvier, puis participé aux pourparlers trilatéraux d’Abu Dhabi. Une diplomatie de l’ombre qui avance vite — peut-être trop vite au goût de certains.
À Davos, Witkoff a fait une annonce importante : Larry Fink rejoint l’équipe américaine comme « conseiller en prospérité ». Le patron de BlackRock sera chargé de mobiliser les capitaux privés pour la reconstruction ukrainienne. C’est un coup de maître diplomatique. Fink n’est pas un politicien — c’est un financier respecté par les marchés du monde entier. Sa présence crédibilise le plan de prospérité aux yeux des investisseurs. Elle envoie un message clair : les États-Unis ne jouent pas. Ils mobilisent leurs meilleurs atouts pour faire de ce plan une réalité.
Section 8 : Les obstacles sur la route
Poutine, l’inconnue majeure
Tout accord de paix suppose que Vladimir Poutine soit prêt à signer. Or rien ne l’indique pour l’instant. Après sa rencontre avec les envoyés de Trump à Moscou, le conseiller du Kremlin Yuri Ushakov a été catégorique : « Sans résoudre la question territoriale selon la formule convenue à Anchorage, il ne faut pas espérer de paix. » La « formule d’Anchorage » fait référence au sommet Trump-Poutine de l’été 2025, dont les termes exacts n’ont jamais été rendus publics. Mais tout indique qu’ils impliquaient une reconnaissance des conquêtes russes — ce que Zelensky refuse absolument.
Pire encore : pendant que les diplomates négociaient à Abu Dhabi, la Russie a lancé une attaque massive sur l’Ukraine. Dans la nuit du 23 au 24 janvier 2026, 33 missiles et 339 drones ont frappé le pays, plongeant Kiev et 80 % du territoire dans le noir. Des millions de personnes sans électricité, sans chauffage, par des températures de -18°C. Kiev a dénoncé une « nuit de terreur russe » visant à saboter les négociations. Le message de Poutine était clair : je peux continuer à vous détruire aussi longtemps que je veux. Signez à mes conditions ou subissez les conséquences.
Je n’arrive pas à me défaire d’un sentiment d’absurdité. D’un côté, des hommes en costume discutent de centaines de milliards de dollars dans des palaces climatisés. De l’autre, des familles ukrainiennes gèlent dans leurs appartements sans chauffage, leurs vitres soufflées par les explosions. Le contraste est obscène. Il résume toute l’horreur de cette guerre : la violence brute qui côtoie la diplomatie policée, les bombes qui tombent pendant que les discours s’envolent. Et au milieu de tout ça, un peuple qui endure. Qui refuse de céder. Qui continue d’espérer malgré tout. Parfois, le courage des Ukrainiens me coupe le souffle. Comment font-ils ? Comment tiennent-ils encore debout ?
La corruption, le fantôme qui hante l’Ukraine
Les investisseurs le savent : l’Ukraine traîne une réputation de corruption endémique. Avant la guerre, le pays figurait parmi les plus corrompus d’Europe. Les scandales se succédaient — marchés publics truqués, oligarques tout-puissants, justice aux ordres. Zelensky lui-même avait été élu sur la promesse de nettoyer le système. Les résultats ont été mitigés. La guerre a paradoxalement accéléré certaines réformes — sous la pression des bailleurs de fonds occidentaux — mais elle a aussi créé de nouvelles opportunités de détournement. Les contrats militaires, l’aide humanitaire, la reconstruction : autant de flux d’argent qui attirent les prédateurs.
Pour que le plan de prospérité fonctionne, l’Ukraine devra prouver qu’elle peut gérer des centaines de milliards de dollars de façon transparente. C’est un défi colossal. Les mécanismes de contrôle devront être à la hauteur — audits indépendants, traçabilité des fonds, sanctions pour les fraudeurs. Les investisseurs privés, en particulier, seront intraitables. BlackRock ne mettra pas un centime dans un pays où l’argent disparaît dans des poches obscures. C’est peut-être là, au fond, le véritable test du plan de prospérité : non pas seulement reconstruire l’Ukraine, mais la transformer en une économie moderne, transparente, digne de confiance. Un chantier aussi ambitieux que la reconstruction elle-même.
Section 9 : La zone de libre-échange, un game-changer ?
Zéro tarif avec les États-Unis
Trump a confirmé à Davos une proposition qui pourrait bouleverser l’économie ukrainienne : une zone de libre-échange avec les États-Unis. Zéro tarif sur les échanges commerciaux. Zelensky a décrit cette offre comme offrant à l’Ukraine des « cartes très sérieuses » par rapport à ses voisins. L’idée est simple : en supprimant les droits de douane, les produits ukrainiens deviendraient plus compétitifs sur le marché américain. Les entreprises auraient un intérêt direct à s’implanter en Ukraine pour exporter vers les États-Unis. L’investissement suivrait. Les emplois aussi.
L’envoyé spécial Steve Witkoff a qualifié cette proposition de « game-changer ». Il n’a pas tort. Aucun autre pays de la région ne bénéficie d’un tel accès au marché américain. La Pologne, la Roumanie, les pays baltes — tous sont soumis aux tarifs standards. Une zone de libre-échange ukraino-américaine créerait un avantage compétitif majeur. Elle attirerait des investisseurs cherchant à pénétrer le marché américain depuis l’Europe de l’Est. Elle transformerait l’Ukraine en hub économique régional. À condition, bien sûr, que la paix soit signée et que les infrastructures soient reconstruites. Encore une fois, tout est lié.
Les détails restent à négocier
Zelensky a été prudent : rien n’est encore signé. Il doit « examiner les détails » avant de s’engager. Et ces détails seront cruciaux. Quels secteurs seront couverts ? Quelles exceptions seront prévues ? Quelles normes environnementales et sociales l’Ukraine devra-t-elle respecter ? Les négociations commerciales sont notoirement complexes — elles prennent des années, parfois des décennies. L’accord de libre-échange UE-Canada a mis sept ans à être finalisé. L’accord UE-Mercosur est en négociation depuis plus de vingt ans. L’Ukraine, avec tout ce qu’elle traverse, pourra-t-elle mener de front reconstruction, négociations de paix ET négociations commerciales ?
La réponse dépendra en partie de l’Union européenne. Kiev a déjà un accord d’association avec Bruxelles, incluant une zone de libre-échange approfondie. Comment s’articulera ce cadre existant avec un éventuel accord américain ? Les Européens accepteront-ils que l’Ukraine accorde aux États-Unis des conditions plus favorables qu’à eux ? Ces questions juridiques et politiques devront être tranchées. Mais l’essentiel est ailleurs : pour la première fois, l’Ukraine n’est plus seulement un récipiendaire d’aide. Elle devient un partenaire commercial courtisé. Un changement de paradigme qui pourrait transformer son destin économique — si elle survit à la guerre.
Section 10 : Et maintenant ?
Le calendrier des prochaines semaines
Les événements vont s’enchaîner rapidement. Le 1er février 2026, une nouvelle session de négociations trilatérales est prévue aux Émirats arabes unis. Les délégations russe, ukrainienne et américaine reprendront leurs discussions là où elles les ont laissées. La question territoriale restera au cœur des débats — et c’est elle qui déterminera si un accord est possible ou non. Parallèlement, les équipes techniques continueront de travailler sur le plan de prospérité. Les « documents » dont parlait Zelensky doivent être finalisés, clarifiés, rendus « transparents ». L’objectif est d’avoir un texte prêt à signer dès qu’un cessez-le-feu sera conclu.
D’ici là, la guerre continue. Les bombardements russes n’ont pas cessé — ils se sont même intensifiés ces dernières semaines. L’attaque massive du 23 janvier a coûté plus de 130 millions de dollars à la Russie, selon les services de renseignement ukrainiens. C’est le prix que Poutine est prêt à payer pour maintenir la pression sur Kiev. Chaque jour qui passe apporte son lot de destructions supplémentaires — infrastructures énergétiques, bâtiments civils, vies humaines. Chaque jour qui passe alourdit la facture de la reconstruction. Les 800 milliards évoqués aujourd’hui seront peut-être insuffisants demain si la guerre s’éternise.
En écrivant ces lignes, je pense aux Ukrainiens qui, en ce moment même, vivent dans le froid et l’obscurité. À Kiev, à Kharkiv, à Odessa. Des gens ordinaires qui rêvaient d’une vie ordinaire et qui se sont retrouvés au cœur de la pire guerre européenne depuis 1945. Pour eux, le plan de prospérité n’est pas un concept abstrait discuté dans des forums internationaux. C’est l’espoir — fragile, lointain, incertain — que tout cela aura une fin. Que leur pays renaîtra de ses cendres. Que leurs enfants grandiront dans la paix. Cet espoir, nous n’avons pas le droit de le trahir. Nous n’avons pas le droit d’échouer.
L’enjeu historique
Ce qui se joue aujourd’hui dépasse l’Ukraine. C’est l’avenir de l’ordre international qui est en jeu. Depuis la fin de la Guerre froide, un principe fondamental régit les relations entre États : on ne change pas les frontières par la force. Poutine a violé ce principe en envahissant l’Ukraine. Si son agression est récompensée — s’il obtient les territoires qu’il a conquis — le message envoyé au monde sera dévastateur. D’autres dictateurs comprendront qu’ils peuvent envahir leurs voisins impunément. Taïwan regardera la Chine avec encore plus d’inquiétude. Les pays baltes dormiront encore moins bien la nuit.
Le plan de prospérité est une réponse à ce défi. En investissant massivement dans la reconstruction ukrainienne, l’Occident affirme que l’agression ne paie pas. Que les victimes seront soutenues. Que les agresseurs seront isolés. C’est un message autant qu’un programme économique. Il dit : nous ne vous abandonnerons pas. Il dit : la démocratie a des ressources que les autocraties n’ont pas. Il dit : l’avenir appartient à ceux qui construisent, pas à ceux qui détruisent. C’est un pari. Un énorme pari. Mais parfois, les paris les plus fous sont ceux qui changent l’histoire.
Conclusion : L'espoir au bout du tunnel
Un optimisme prudent
Volodymyr Zelensky a quitté Davos sans la signature qu’il espérait. Mais il est parti avec quelque chose de plus précieux peut-être : la certitude que le monde n’a pas oublié l’Ukraine. Que les plus grandes puissances économiques sont mobilisées pour sa reconstruction. Que BlackRock, Trump, l’Union européenne, le G7 — tous sont engagés dans un effort sans précédent. Les documents seront signés plus tard. Ce qui compte, c’est que l’architecture est en place. Les fondations sont posées. Le travail continue.
Il reste tant à faire. La paix n’est pas signée. Poutine maintient ses exigences. La guerre fait rage. Des Ukrainiens meurent chaque jour. La reconstruction elle-même sera un chantier titanesque qui prendra des décennies. Les erreurs seront inévitables. Les scandales aussi, probablement. Mais pour la première fois depuis longtemps, une lueur brille au bout du tunnel. Pas la certitude que tout ira bien — personne ne peut promettre ça. Mais la possibilité que l’Ukraine survive. Qu’elle se relève. Qu’elle prospère, un jour, malgré tout ce qu’elle a enduré.
Le dernier mot appartient aux Ukrainiens
Au bout du compte, ce ne sont pas les milliards qui sauveront l’Ukraine. Ce ne sont pas les accords signés à Davos ou les poignées de mains à Abu Dhabi. Ce sont les Ukrainiens eux-mêmes. Ceux qui se battent sur le front. Ceux qui reconstruisent leurs maisons bombardées. Ceux qui maintiennent les services essentiels malgré les coupures d’électricité. Ceux qui refusent de partir, de céder, d’abandonner. Le plan de prospérité peut fournir les ressources. Mais c’est la résilience du peuple ukrainien qui déterminera si ces ressources seront utilisées pour bâtir un avenir meilleur.
Je termine cet article avec un mélange de gravité et d’espoir. Gravité, parce que la route sera longue et semée d’embûches. Parce que des vies continueront d’être brisées avant que la paix ne vienne. Parce que rien n’est garanti, jamais. Espoir, parce que j’ai vu ce dont les Ukrainiens sont capables. J’ai vu leur courage, leur détermination, leur refus de plier. S’il y a un peuple au monde capable de se relever de cette épreuve, c’est bien celui-là. Et s’il y a un moment où le monde peut montrer que la solidarité n’est pas un vain mot, c’est maintenant. 800 milliards de dollars. C’est le prix de la reconstruction. Mais c’est aussi le prix de notre humanité.
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur et analyste. Mon expertise réside dans l’observation et l’analyse des dynamiques géopolitiques, économiques et stratégiques qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies politiques, à comprendre les mouvements économiques globaux, à contextualiser les décisions des acteurs internationaux et à proposer des perspectives analytiques sur les transformations qui redéfinissent nos sociétés.
Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. Je prétends à la lucidité analytique, à l’interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux complexes qui nous concernent tous. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et stratégique, et d’offrir une lecture critique des événements.
Méthodologie et sources
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et analyses interprétatives. Les informations factuelles présentées proviennent exclusivement de sources primaires et secondaires vérifiables.
Sources primaires : communiqués officiels des gouvernements ukrainien et américain, déclarations publiques des présidents Zelensky et Trump, rapports du Forum économique mondial de Davos, dépêches d’agences de presse internationales reconnues (Reuters, Associated Press, Agence France-Presse).
Sources secondaires : publications spécialisées, médias d’information reconnus internationalement (The Kyiv Independent, The Telegraph, Bloomberg, Financial Times, Al Jazeera, ABC News, NBC News, Euronews), analyses d’institutions de recherche établies.
Nature de l’analyse
Les analyses, interprétations et perspectives présentées dans les sections analytiques de cet article constituent une synthèse critique et contextuelle basée sur les informations disponibles, les tendances observées et les commentaires d’experts cités dans les sources consultées.
Mon rôle est d’interpréter ces faits, de les contextualiser dans le cadre des dynamiques géopolitiques et économiques contemporaines, et de leur donner un sens cohérent dans le grand récit des transformations qui façonnent notre époque. Ces analyses reflètent une expertise développée à travers l’observation continue des affaires internationales et la compréhension des mécanismes stratégiques qui animent les acteurs globaux.
Toute évolution ultérieure de la situation pourrait naturellement modifier les perspectives présentées ici. Cet article sera mis à jour si de nouvelles informations officielles majeures sont publiées, garantissant ainsi la pertinence et l’actualité de l’analyse proposée.
Sources
Sources primaires
The Kyiv Independent – « Zelensky optimistic $800 billion US prosperity plan will be signed after Davos delay » – 23 janvier 2026
Déclarations officielles du président Zelensky – Forum économique mondial de Davos – 22-23 janvier 2026
Déclarations de Steve Witkoff, envoyé spécial des États-Unis – Ukraine House Davos – 22 janvier 2026
Communiqué du ministère des Affaires étrangères des Émirats arabes unis – Négociations trilatérales d’Abu Dhabi – 23-24 janvier 2026
Sources secondaires
The Telegraph – « US and Ukraine plan to sign $800 billion deal at Davos » – 9 janvier 2026
Bloomberg – Couverture des négociations Zelensky-Trump et projet de zone de libre-échange – janvier 2026
Al Jazeera – « Ukraine-Russia-US hold talks in Abu Dhabi with territory as key issue » – 23 janvier 2026
ABC News – « Russia, Ukraine and US hold 1st trilateral talks since start of war » – 23-24 janvier 2026
NBC News – « Russia, Ukraine to hold trilateral peace talks with U.S. for first time » – 23 janvier 2026
Euronews – « Abu Dhabi hosts Russia-Ukraine peace talks » – 24 janvier 2026
Euromaidan Press – « The Telegraph: Zelenskyy and Trump to finalize $800 bn Ukraine reconstruction deal in Davos » – 10 janvier 2026
RT – « BlackRock boss working on $800 billion plan for Ukraine’s economy – Witkoff » – 24 janvier 2026
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