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Documents accablants : l’administration Trump a traqué des étudiants pour avoir critiqué Israël
Crédit: Adobe Stock

Une liste noire numérique sans contrôle

Canary Mission se présente comme un site web qui documente l’activisme anti-israélien sur les campus américains. Dans les faits, c’est une plateforme de harcèlement anonyme qui publie des profils détaillés d’étudiants, de professeurs et d’activistes, avec leurs photos, leurs universités, leurs réseaux sociaux. Le site ne révèle pas qui le finance ni qui le gère. Son fonctionnement est opaque et incontrôlé. Pourtant, selon les documents judiciaires récemment déclassifiés, le gouvernement américain s’est appuyé massivement sur ces informations pour justifier des arrestations et des expulsions. Dans le cas de Rümeysa Öztürk, le profil Canary Mission est apparu en février 2025, soit un mois avant son arrestation. Le rapport gouvernemental citait spécifiquement sa participation à la tribune du Tufts Daily comme motif de retrait de visa. Aucune preuve d’activité antisémite n’a jamais été trouvée contre elle. Aucune preuve de soutien à une organisation terroriste. Juste des opinions politiques.

L’utilisation de Canary Mission par les agences gouvernementales pose des questions fondamentales sur les standards de preuve en matière de sécurité nationale. Peter Hatch, lors du procès fédéral AAUP v. Rubio, a expliqué sous serment que sa direction lui avait explicitement demandé de se baser sur ce site web. Son équipe a produit plus de 100 rapports de renseignement sur des individus. Ces rapports ont été utilisés pour justifier la révocation de visas, les détentions et les procédures d’expulsion. Le problème ? Les informations sur Canary Mission ne sont pas vérifiées. N’importe qui peut suggérer un profil. Le site ne procède à aucune enquête indépendante. Il ne donne pas la parole aux personnes qu’il cible. C’est l’accusation sans défense. La présomption d’innocence, pilier du système judiciaire américain, semble n’avoir aucune place dans ce processus de visa. Le gouvernement a admis dans des mémos internes qu’il n’avait trouvé aucune preuve concrète d’antisémitisme ou de soutien au terrorisme chez les étudiants ciblés. Malgré cela, les visas ont été révoqués quand même, « en raison de la totalité des circonstances ». Une formule vague qui cache mal l’absence de fondement légal réel.

Le mécanisme de la peur

L’effet de ce système dépasse largement les cas individuels. Il crée un climat de terreur dans les campus universitaires américains. Les étudiants internationaux, déjà vulnérables en raison de leur statut précaire, doivent maintenant ajouter la peur d’être fichés, arrêtés et expulsés pour leurs opinions politiques. Nadia Abu El Hajj, professeure d’anthropologie à l’université Columbia et Barnard, témoigne de l’impact concret de cette campagne. Elle explique que les étudiants palestiniens et pro-palestiniens vivent désormais avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Chaque post sur les réseaux sociaux, chaque participation à un événement, chaque prise de parole publique peut potentiellement se retourner contre eux. Certains choisissent de s’autocensurer. D’autres renoncent tout simplement à s’engager. L’activisme sur campus s’en trouve considérablement affaibli. C’était probablement l’objectif. La peur est un outil de contrôle politique redoutablement efficace.

Canary Mission représente tout ce qui est toxique dans l’ère numérique. Un groupe anonyme qui collecte des informations personnelles, qui les diffuse publiquement, sans aucun recours possible pour les victimes. C’est du doxxing institutionnalisé. Pire encore, ce sont les contribuables américains qui financent indirectement cette opération. Le gouvernement utilise ce site comme source officielle de renseignement. C’est absolument scandaleux. Imaginez si les services secrets français se basaient sur des blogs anonymes pour décider qui a le droit de séjourner dans le pays. Il y aurait un scandale national. Pourtant aux États-Unis, ça semble accepté dès lors que ça touche la question israélo-palestinienne. Ce double standard flagrant révéle les priorités réelles de certains dans cette administration. Ce n’est pas la sécurité qui les motive. C’est le silence des critiques. Et c’est d’autant plus révoltant que ça vise spécifiquement des gens qui sont déjà dans une position de faiblesse, des étudiants qui sont loin de leur famille, dans un pays étranger, sans les mêmes protections juridiques que les citoyens. C’est le gros poisson qui mange le petit. C’est l’intimidation systémique.

Sources

Sources primaires

Mother Jones, « Documents Prove The Trump Administration Arrested Students for Criticizing Israel », 23 janvier 2026. CNN, « Unsealed court documents suggest Trump admin detained Tufts student for writing op-ed critical of Israel », 23 janvier 2026. Knight First Amendment Institute, « Federal Court Restricts Trump Administration’s Ability to Deport Noncitizens for Pro-Palestinian Advocacy », 22 janvier 2026. ACLU, « Writing an Op-Ed is Not Grounds for Deportation », 14 avril 2025. Déclaration du juge William G. Young, AAUP v. Rubio, Cour de district des États-Unis pour le district du Massachusetts, 22 janvier 2026. Témoignage de Peter Hatch, ICE/HSI, procès AAUP v. Rubio, été 2025.

Sources secondaires

The New York Times, « Judge Rebukes Trump Administration Over Targeting of Pro-Palestinian Students », 23 janvier 2026. ABC News, « Judge warns administration against changing immigration status of students who sued », 23 janvier 2026. USA Today, « Trump can’t deport foreign students based on speech critical of Israel, judge rules », 23 janvier 2026. Washington Post, « Tufts student detained after writing op-ed critical of Israel », 13 avril 2025. ProPublica, « Inside Rümeysa Öztürk’s Journey From Scholar to Trump Target », 2025. Tufts Daily, op-ed co-écrit par Rümeysa Öztürk et trois autres étudiants, mars 2024. Wikipédia, « Detention of Rümeysa Öztürk » et « Detention of Mahmoud Khalil », consulté en janvier 2026.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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