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Le Pentagone abandonne ses alliés : l’Amérique se replie sur elle-même
Crédit: Adobe Stock

Washington abandonne ses alliés européens

Le Pentagone vient de franchir un Rubicon stratégique qui laissera des cicatrices durables dans l’ordre mondial établi depuis 1945. Cette nouvelle doctrine de défense américaine, centrée sur la sécurité intérieure et le repli stratégique, constitue bien plus qu’un simple ajustement budgétaire : c’est un revirement idéologique qui expose les failles profondes de l’engagement américain envers ses partenaires historiques. Pendant soixante-dix-neuf années, l’OTAN a reposé sur une prémisse simple mais fondamentale : l’Amérique garantissait la sécurité collective du bloc occidental. Or, cette garantie implicite s’évapore. Les capitales européennes, de Paris à Berlin, en passant par Varsovie, mesurent soudain l’ampleur de leur vulnérabilité. Comment peuvent-elles envisager leur défense face à Moscou sans le parapluie nucléaire américain ? Cette question, autrefois impensable, devient obsédante. Le Pentagone privilégie désormais une stratégie indo-pacifique centrée sur la Chine, reléguant les menaces européennes au second plan. Ce n’est pas de la stratégie militaire rationnelle : c’est un abandon diplomatique. Les alliés européens ne sont plus des partenaires de confiance, mais des responsabilités financières dont Washington entend se délester. Cette décision provoque une onde de choc comparable à celle de 1956, lors de la crise de Suez. Sauf qu’à l’époque, les Américains intervenaient pour préserver l’ordre mondial. Aujourd’hui, ils se retirent de lui.

L’indignation qui monte à Bruxelles et dans les capitales européennes n’est pas théâtrale : elle est existentielle. Le réarmement européen devient une nécessité brutale, non un choix stratégique réfléchi. L’Allemagne, traditionnellement pacifiste, doit accélérer son réarmement. La France, dotée de l’arme nucléaire, doit envisager seule sa dissuasion. La Pologne, aux portes de la Russie, doit se préparer à une confrontation pour laquelle elle n’est pas équipée. Les budgets de défense s’envolent, les tensions internes au sein de l’UE resurgiront, car chaque nation cherchera à maximiser sa propre sécurité au détriment de la cohésion collective. Le Pentagone ne voit pas ces conséquences : il voit des économies budgétaires et une concentration de ressources vers le Pacifique. Mais cette vision étroite ignore que la stabilité européenne était elle-même un investissement américain rentable. Une Europe fragmentée, réarmée mais divisée, n’est pas une Europe stable. C’est une Europe qui redevient le théâtre des rivalités de puissance qu’elle avait cessé d’être. La nouvelle stratégie du Pentagone ne crée pas seulement une inquiétude : elle crée les conditions d’une instabilité systémique dont personne ne maîtrisera les contours.

La Russie et la Chine respirent d’aise

À Moscou et Pékin, on doit savourer cette nouvelle stratégie américaine comme une victoire sans combat. Le Kremlin, engagé depuis trois ans dans un conflit d’usure en Ukraine, voit soudain son principal adversaire stratégique se retirer du jeu européen. Plus de garanties américaines pour Kyiv. Plus de présence militaire robuste en Europe de l’Est. Plus de certitude que Washington intervendra en cas de nouvelle agression russe. Cette fenêtre d’opportunité que le Pentagone vient d’ouvrir pourrait s’avérer décisive. Vladimir Poutine ne rêvait pas mieux : une Amérique repliée, une Europe divisée, et un continent eurasien où la Russie peut imposer sa domination régionale sans risque d’affrontement direct avec Washington. De son côté, la Chine observe avec satisfaction cette démonstration de priorités réalignées. Certes, le Pentagone prétend se concentrer sur l’Indo-Pacifique pour contenir Pékin, mais sans engagement européen robuste, sans alliances transatlantiques fortes, l’Amérique s’affaiblit globalement. Une puissance qui abandonne ses partenaires historiques perd de la crédibilité auprès de ses nouveaux alliés. Le Japon, la Corée du Sud, Taïwan doivent se demander : si Washington lâche l’Europe, combien de temps avant qu’elle ne nous lâche aussi ? Cette corrosion de la confiance est le vrai prix de cette stratégie.

Ce qui rend cette situation particulièrement troublante, c’est le timing. Le Pentagone ne procède pas à un ajustement graduel : il procède à un pivot brutal alors que les tensions géopolitiques atteignent des niveaux jamais vus depuis la Guerre froide. En Ukraine, le conflit s’éternise. En Mer de Chine méridionale, les tensions sino-taïwanaises s’intensifient. Au Moyen-Orient, les proxy-guerres se multiplient. Et c’est précisément à ce moment que Washington décide de se replier sur la sécurité intérieure et les frontières terrestres. Le cynisme stratégique est saisissant. Le Pentagone calcule que les crises externes sont trop coûteuses, trop imprévisibles, trop loin des intérêts directs américains. Mieux vaut construire un château fort américain, contrôler les frontières, et laisser le reste du monde se débrouiller. Mais l’histoire géopolitique enseigne une leçon simple : les crises externes ne restent jamais externes. Elles irradient, s’étendent, créent des chocs systémiques qui finissent par atteindre les forteresses qu’on croyait inexpugnables. Le Pentagone prépare une Amérique sécurisée pour une époque qui n’existe plus.

Je mesure la profondeur du tournant que nous vivons. Pendant des décennies, l’ordre mondial libéral reposait sur une certitude : l’Amérique, malgré ses défauts, maintenait les équilibres. Cette certitude s’évapore. Ce qui m’indigne, ce n’est pas que l’Amérique se demande si elle doit rester impliquée globalement. C’est qu’elle abandonne ses alliés sans leur donner le temps de construire des alternatives crédibles. L’Europe ne peut pas se réarmer en quelques mois. Les alliances asiatiques ne peuvent pas se consolider du jour au lendemain. Nous entrons dans une période de transition dangereuse où l’ancien ordre s’effondre sans que le nouveau soit établi. C’est dans ces vides géopolitiques que germent les conflits.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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