Washington abandonne ses alliés européens
Le Pentagone vient de franchir un Rubicon stratégique qui laissera des cicatrices durables dans l’ordre mondial établi depuis 1945. Cette nouvelle doctrine de défense américaine, centrée sur la sécurité intérieure et le repli stratégique, constitue bien plus qu’un simple ajustement budgétaire : c’est un revirement idéologique qui expose les failles profondes de l’engagement américain envers ses partenaires historiques. Pendant soixante-dix-neuf années, l’OTAN a reposé sur une prémisse simple mais fondamentale : l’Amérique garantissait la sécurité collective du bloc occidental. Or, cette garantie implicite s’évapore. Les capitales européennes, de Paris à Berlin, en passant par Varsovie, mesurent soudain l’ampleur de leur vulnérabilité. Comment peuvent-elles envisager leur défense face à Moscou sans le parapluie nucléaire américain ? Cette question, autrefois impensable, devient obsédante. Le Pentagone privilégie désormais une stratégie indo-pacifique centrée sur la Chine, reléguant les menaces européennes au second plan. Ce n’est pas de la stratégie militaire rationnelle : c’est un abandon diplomatique. Les alliés européens ne sont plus des partenaires de confiance, mais des responsabilités financières dont Washington entend se délester. Cette décision provoque une onde de choc comparable à celle de 1956, lors de la crise de Suez. Sauf qu’à l’époque, les Américains intervenaient pour préserver l’ordre mondial. Aujourd’hui, ils se retirent de lui.
L’indignation qui monte à Bruxelles et dans les capitales européennes n’est pas théâtrale : elle est existentielle. Le réarmement européen devient une nécessité brutale, non un choix stratégique réfléchi. L’Allemagne, traditionnellement pacifiste, doit accélérer son réarmement. La France, dotée de l’arme nucléaire, doit envisager seule sa dissuasion. La Pologne, aux portes de la Russie, doit se préparer à une confrontation pour laquelle elle n’est pas équipée. Les budgets de défense s’envolent, les tensions internes au sein de l’UE resurgiront, car chaque nation cherchera à maximiser sa propre sécurité au détriment de la cohésion collective. Le Pentagone ne voit pas ces conséquences : il voit des économies budgétaires et une concentration de ressources vers le Pacifique. Mais cette vision étroite ignore que la stabilité européenne était elle-même un investissement américain rentable. Une Europe fragmentée, réarmée mais divisée, n’est pas une Europe stable. C’est une Europe qui redevient le théâtre des rivalités de puissance qu’elle avait cessé d’être. La nouvelle stratégie du Pentagone ne crée pas seulement une inquiétude : elle crée les conditions d’une instabilité systémique dont personne ne maîtrisera les contours.
La Russie et la Chine respirent d’aise
À Moscou et Pékin, on doit savourer cette nouvelle stratégie américaine comme une victoire sans combat. Le Kremlin, engagé depuis trois ans dans un conflit d’usure en Ukraine, voit soudain son principal adversaire stratégique se retirer du jeu européen. Plus de garanties américaines pour Kyiv. Plus de présence militaire robuste en Europe de l’Est. Plus de certitude que Washington intervendra en cas de nouvelle agression russe. Cette fenêtre d’opportunité que le Pentagone vient d’ouvrir pourrait s’avérer décisive. Vladimir Poutine ne rêvait pas mieux : une Amérique repliée, une Europe divisée, et un continent eurasien où la Russie peut imposer sa domination régionale sans risque d’affrontement direct avec Washington. De son côté, la Chine observe avec satisfaction cette démonstration de priorités réalignées. Certes, le Pentagone prétend se concentrer sur l’Indo-Pacifique pour contenir Pékin, mais sans engagement européen robuste, sans alliances transatlantiques fortes, l’Amérique s’affaiblit globalement. Une puissance qui abandonne ses partenaires historiques perd de la crédibilité auprès de ses nouveaux alliés. Le Japon, la Corée du Sud, Taïwan doivent se demander : si Washington lâche l’Europe, combien de temps avant qu’elle ne nous lâche aussi ? Cette corrosion de la confiance est le vrai prix de cette stratégie.
Ce qui rend cette situation particulièrement troublante, c’est le timing. Le Pentagone ne procède pas à un ajustement graduel : il procède à un pivot brutal alors que les tensions géopolitiques atteignent des niveaux jamais vus depuis la Guerre froide. En Ukraine, le conflit s’éternise. En Mer de Chine méridionale, les tensions sino-taïwanaises s’intensifient. Au Moyen-Orient, les proxy-guerres se multiplient. Et c’est précisément à ce moment que Washington décide de se replier sur la sécurité intérieure et les frontières terrestres. Le cynisme stratégique est saisissant. Le Pentagone calcule que les crises externes sont trop coûteuses, trop imprévisibles, trop loin des intérêts directs américains. Mieux vaut construire un château fort américain, contrôler les frontières, et laisser le reste du monde se débrouiller. Mais l’histoire géopolitique enseigne une leçon simple : les crises externes ne restent jamais externes. Elles irradient, s’étendent, créent des chocs systémiques qui finissent par atteindre les forteresses qu’on croyait inexpugnables. Le Pentagone prépare une Amérique sécurisée pour une époque qui n’existe plus.
Je mesure la profondeur du tournant que nous vivons. Pendant des décennies, l’ordre mondial libéral reposait sur une certitude : l’Amérique, malgré ses défauts, maintenait les équilibres. Cette certitude s’évapore. Ce qui m’indigne, ce n’est pas que l’Amérique se demande si elle doit rester impliquée globalement. C’est qu’elle abandonne ses alliés sans leur donner le temps de construire des alternatives crédibles. L’Europe ne peut pas se réarmer en quelques mois. Les alliances asiatiques ne peuvent pas se consolider du jour au lendemain. Nous entrons dans une période de transition dangereuse où l’ancien ordre s’effondre sans que le nouveau soit établi. C’est dans ces vides géopolitiques que germent les conflits.
L'Europe seule face au danger
L’Amérique se replie, l’Europe mesure l’ampleur de l’abandon
Pendant que Donald Trump et ses conseillers redéfinissent les priorités stratégiques américaines, l’Europe occidentale découvre brutalement qu’elle ne peut plus compter sur le parapluie de sécurité qui l’a protégée pendant trois quarts de siècle. Le Pentagone a clairement énoncé sa nouvelle doctrine : sécurité intérieure d’abord, engagement mondial ensuite. Ce n’est pas une simple réorientation tactique, c’est un séisme géopolitique dont les répercussions vont redessiner le continent européen. Depuis 1945, l’OTAN a fonctionné selon un contrat implicite mais fondamental : les États-Unis garantissaient la défense européenne en échange d’une influence politique et économique majeure. Ce contrat, signé dans le blessures de la Seconde Guerre mondiale et scellé par la Guerre froide, vient de voler en éclats. Les dirigeants européens, de Berlin à Paris, en passant par Varsovie, mesurent soudain l’ampleur du vide qui s’ouvre devant eux. Comment construire une défense crédible face à la menace russe quand votre principal allié vous annonce qu’il se concentre sur ses frontières sud et son affrontement avec la Chine ? C’est cette question qui hante désormais les salles de crise européennes. Les responsables politiques européens ne peuvent s’empêcher de se demander : pendant combien de temps encore pourrons-nous compter sur l’engagement américain en cas de crise ? La réponse qui émerge des nouvelles directives du Pentagone est glaçante : beaucoup moins longtemps qu’on ne l’imaginait.
Sur le terrain, cette réalité se traduit de manière immédiatement tangible. Les États-Unis, qui maintenaient depuis des décennies une présence militaire massive en Europe, commencent à redéployer leurs forces vers l’Indo-Pacifique. Les bases américaines qui jalonnent le continent, de Ramstein en Allemagne à Rota en Espagne, voient leurs effectifs réduits ou réorientés. Ce n’est pas un retrait complet, mais c’est un signal aussi clair qu’un coup de tonnerre : l’Amérique compte sur l’Europe pour assurer sa propre défense. Or, l’Europe n’est pas préparée à cette responsabilité. Ses budgets militaires, bien qu’en augmentation, restent fragmentés entre vingt-sept États membres incapables de coordonner efficacement leurs efforts. L’industrie de défense européenne, autrefois florissante, s’est atrophiée, dépendant largement de la technologie et des systèmes d’armes américains. Pire encore, il n’existe aucun commandement militaire unifié capable de rivaliser avec la sophistication et la réactivité de l’armée américaine. Pendant que ces réalités s’imposent, la Russie ne reste pas inerte. Moscou observe avec satisfaction cette fracture transatlantique grandissante, conscient que chaque mois qui passe sans coordination transatlantique forte affaiblit la position européenne. Les dirigeants européens commencent à comprendre qu’ils ont peut-être perdu les années précieuses où ils auraient pu construire une défense commune vraiment robuste.
Vers une Europe armée mais isolée
La réaction européenne à cette nouvelle stratégie américaine se cristallise autour d’une prise de conscience douloureuse : il faut se préparer à l’autonomie stratégique, qu’on le veuille ou non. Les investissements militaires européens augmentent, certes, mais cette augmentation cache une angoisse profonde. L’Europe ne veut pas devenir une puissance militaire de premier plan ; elle préférerait rester ce qu’elle a toujours été : un partenaire prospère et sécurisé de l’Amérique. Mais les dés sont jetés. La France envisage un renforcement de sa capacité nucléaire, l’Allemagne accélère ses investissements en défense aérienne, la Pologne renforce ses frontières orientales. Chaque nation européenne se prépare, en silence, à la possibilité que l’aide américaine ne vienne pas au moment critique. Cette fragmentation des efforts de défense révèle une vérité inconfortable : l’Europe unie politiquement n’existe que sur le papier. Quand il s’agit de défense, chaque État national revient à ses intérêts propres, à ses peurs spécifiques, à ses alliances historiques. La Suède et la Finlande, récemment entrées à l’OTAN, regardent vers le nord avec inquiétude. Les pays baltes, petits et vulnérables, se demandent comment survivre si le parapluie américain se retire. L’Ukraine, déjà abandonnée à une guerre d’usure, devient le symbole vivant de ce que signifie être européen sans garantie de protection américaine.
Cette transition vers une Europe militairement autonome ne se fera pas sans douleur, ni sans coûts considérables. Les budgets sociaux européens, déjà sous tension, devront être réduits pour financer une défense crédible. Les économies européennes, habituées à un dividende de paix depuis les années 1990, devront s’ajuster à une réalité où les ressources militaires consomment une part croissante du PIB. Les citoyens européens, qui ont grandi dans l’illusion de la fin de l’histoire et de la paix perpétuelle, doivent soudain accepter que la géopolitique classique est de retour. Ce n’est pas seulement une question de budgets et de technologies : c’est une transformation psychologique majeure. L’Europe doit redevenir une puissance capable de défendre ses intérêts, une notion que le continent avait presque oubliée. Les décisions qui se prennent maintenant, dans les ministères de la Défense européens, détermineront si le continent peut se transformer assez rapidement pour rester pertinent dans un monde où l’Amérique se retire. Le temps presse. Chaque mois qui passe sans intégration militaire européenne réelle est un mois de perdu, un mois où l’équilibre des forces continue de se modifier en défaveur de l’Europe.
Je mesure la profondeur du choc que traverse l’Europe en ce moment. Ce n’est pas un simple changement de politique étrangère américaine, c’est la fin d’une époque, celle où le continent pouvait déléguer sa sécurité à un allié puissant. Pendant des décennies, les Européens ont pu se concentrer sur la prospérité, l’intégration, les valeurs communes, pendant que l’Amérique montait la garde. Cette époque s’achève. Et contrairement à ce qu’on pourrait croire, cette rupture n’est pas libératrice : elle est terrifiante. Parce que l’Europe n’est pas prête. Ses institutions sont fragmentées, ses budgets militaires dispersés, sa volonté politique incertaine. On peut débattre des responsabilités, des erreurs passées, mais une vérité demeure : le continent doit grandir, et vite. Lhistoire ne pardonne pas les atermoiements.
L'immigration, nouvelle menace pour l'Amérique
Un repli américain qui redessine l’ordre mondial
La nouvelle stratégie de défense du Pentagone marque un tournant historique qui devrait préoccuper chaque citoyen démocratique. Pour la première fois depuis la fin de la Guerre froide, Washington abandonne explicitement son rôle de garant de l’ordre international libéral pour se concentrer sur une sécurité intérieure définie de manière extraordinairement restrictive. Ce qui frappe, c’est la brutalité intellectuelle du changement: fini le discours sur les valeurs universelles, fini la prétention à défendre la démocratie mondiale. À la place, une doctrine de repli où l’immigration devient un enjeu de sécurité nationale au même titre que les menaces militaires conventionnelles. Les chiffres sont éloquents: 37 milliards de dollars réorientés vers le renforcement des frontières terrestres et maritimes américaines, tandis que les engagements en Europe et en Asie-Pacifique sont réduits de 23%. Pendant ce temps, nos alliés historiques découvrent qu’ils ne peuvent plus compter sur le parapluie américain avec la même certitude qu’hier. La Pologne, la Corée du Sud, le Japon réalisent soudainement qu’ils doivent envisager leur propre arsenal nucléaire. C’est une rupture civilisationnelle, pas simplement une réorientation tactique. Depuis 1945, le monde occidental a reposé sur ce contrat implicite: l’Amérique fournit la sécurité, les alliés acceptent l’hégémonie américaine. Ce contrat vient de voler en éclats. Et nous ne savons pas encore ce qui le remplacera.
Ce qui rend cette stratégie particulièrement troublante, c’est la fusion entre sécurité militaire et contrôle migratoire. Le Pentagone ne dit plus que l’immigration pose des défis économiques ou culturels: il affirme désormais que les flux migratoires constituent une menace existentielle équivalente à celle posée par la Russie ou la Chine. Cette équation révèle une peur profonde chez les décideurs américains. Pas seulement la peur de l’autre, mais la peur du déclin, la peur que l’Amérique ne soit plus capable de maintenir sa domination. Et cette peur se traduit en politique de fermeture. Soixante-dix kilomètres de murs supplémentaires sont programmés le long de la frontière mexicaine. Quinze mille soldats seront redéployés de Corée du Sud et d’Europe pour renforcer la surveillance des côtes. Les centres de détention pour migrants verront leur capacité augmentée de 45%. Pendant ce temps, l’OTAN se demande comment assurer sa défense face à une Russie agressive sans le soutien américain inconditionnel. Le Royaume-Uni et la France accélèrent leurs dépenses militaires, conscients qu’elles ne peuvent plus compter sur Washington. C’est un moment de profonde incertitude géopolitique, où chacun comprend que les certitudes d’hier ne valent plus.
L’Europe face à son destin solitaire
Pour les Européens, cette annonce est un choc émotionnel majeur. Pendant soixante-quinze ans, l’alliance transatlantique a été le fondement de la stabilité européenne. Certes, cette alliance était inégale, certes les Américains imposaient leurs vues, mais elle existait. Elle rassurait. Elle permettait aux Européens de se concentrer sur la construction de l’Union, sur la prospérité, sur la paix interne. Aujourd’hui, cette certitude s’effondre. Emmanuel Macron a déclaré que l’Europe doit réarmer massivement, que le temps de la dépendance est révolu. Mais comment? Avec quels moyens? L’Allemagne, qui dépense déjà 80 milliards d’euros par an en défense, peut-elle vraiment tripler ce budget? La France, avec sa dissuasion nucléaire, peut-elle vraiment devenir le protecteur de l’Europe? Et pendant ce temps, la Russie accumule les troupes à la frontière ukrainienne, testant la détermination européenne. Poutine a probablement compris que le moment était venu: l’Amérique se retire, l’Europe est divisée, c’est le moment d’agir. La Pologne s’arme frénétiquement. La Suède et la Finlande, qui ont rejoint l’OTAN précisément pour se protéger de la Russie, découvrent que cette protection n’est peut-être pas aussi solide qu’elles l’espéraient. L’Ukraine, elle, se retrouve dans une position apocalyptique: sans soutien américain inconditionnel, comment continuer la résistance? Comment financer la reconstruction? Comment négocier avec un agresseur qui sait que l’Occident se désunit?
Ce qui est véritablement révoltant, c’est la manière dont cette stratégie américaine abandonne les valeurs que l’Occident prétendait défendre. La démocratie, l’État de droit, les droits humains: tout cela était censé être le ciment de l’alliance occidentale. Mais quand l’Amérique déclare que l’immigration est une menace existentielle équivalente à l’autoritarisme russe, elle envoie un signal clair: les valeurs n’importent plus, seul compte l’intérêt national brut. Et cet intérêt national brut, c’est de se fermer, de se replier, de se barricader. Pour les réfugiés syriens qui fuyaient la Russie et l’Iran, pour les dissidents chinois, pour tous ceux qui comptaient sur l’Occident comme dernier rempart de la liberté, c’est une trahison profonde. Le Pentagone ne le dit pas explicitement, mais le message est clair: nous ne sommes plus en mesure ou en volonté de défendre les valeurs universelles. Nous nous replions sur nous-mêmes. Et si vous êtes en danger ailleurs, c’est votre problème. Cette abdication morale est peut-être aussi importante que la réorientation militaire elle-même. Car elle signale que l’ordre international libéral, fondé sur des valeurs partagées, est en train de décéder. Et nous entrons dans une ère où seule compte la force brute.
Je mesure l’ampleur du basculement qui s’opère sous nos yeux. Ce n’est pas simplement une réorientation tactique des priorités militaires américaines, c’est l’effondrement d’un système qui a structuré le monde depuis 1945. Et ce qui me trouble profondément, c’est que personne ne semble avoir de réponse claire à la question qui se pose désormais: comment maintenir la paix, la stabilité, les valeurs démocratiques dans un monde où l’Amérique ne joue plus ce rôle? L’Europe peut-elle vraiment se défendre seule? Peut-on vraiment demander à la Pologne de faire face à la Russie sans parapluie américain? Et les millions de personnes qui dépendent de l’ordre international pour leur sécurité, que leur advient-il? Je refuse le cynisme, mais je ne peux pas fermer les yeux sur cette réalité: nous entrons dans une période de profonde incertitude, et nul ne sait comment elle se terminera.
Le Pentagone programme "l'effacement civilisationnel
L’Amérique se replie, l’Europe reste seule
Ce qui se joue en ce moment précis dépasse largement les simples ajustements stratégiques. Le Pentagone, dans sa nouvelle doctrine de défense, opère un tournant civilisationnel d’une ampleur rarement vue depuis la fin de la Guerre froide. Pendant soixante-quinze ans, les États-Unis ont porté le poids d’une architecture de sécurité mondiale construite sur des principes d’engagement international, de garanties collectives, de responsabilités partagées. Cette architecture n’était pas parfaite, loin s’en faut, mais elle reposait sur une conviction : que la stabilité mondiale profitait à l’Amérique elle-même. Aujourd’hui, ce paradigme s’effondre. Les stratèges du Département de la Défense ont tranché : l’époque des alliances coûteuses est révolue. L’Europe, autrefois cœur battant de la stratégie américaine, devient une préoccupation secondaire, reléguée au rang de théâtre régional mineur comparé aux enjeux du Pacifique et de la sécurité intérieure américaine. Ce qui horrifie les observateurs européens, c’est moins la décision elle-même que son caractère inexorable : il n’y a pas d’appel, pas de négociation possible. C’est un diktat stratégique présenté comme une évidence incontournable. Les responsables américains affirment que cette réorientation est nécessaire, rationnelle, inévitable. Mais pour l’Union européenne et ses alliés de l’OTAN, c’est un moment de vérité glaçant : le parapluie nucléaire qui les protégeait depuis des décennies se replie, et ils doivent soudainement envisager un monde où ils ne peuvent compter que sur eux-mêmes.
Les implications de ce revirement sont vertigineuses et méritent d’être énoncées sans détour. La Russie, qui attend depuis des années une occasion de réécrire l’ordre européen, observera cette retraite américaine comme une invitation tacite à tester les limites de la résistance européenne. La Chine, quant à elle, verra dans ce repli américain une confirmation de sa stratégie de long terme : attendre que Washington s’épuise à maintenir ses engagements mondiaux avant de contester son hégémonie. Pour les démocraties européennes, l’enjeu n’est plus seulement militaire ou géopolitique, c’est existentiel. Comment maintenir l’ordre démocratique libéral face à des autocrates résolus, sans le soutien militaire de la puissance hégémonique qui en a été le garant ? Le calcul stratégique américain est brutal dans sa logique : concentrer les ressources sur la défense du territoire national et la domination du Pacifique Indo-Pacifique, où se joue la vraie bataille du siècle. L’Europe devient une variable d’ajustement, pas une priorité. Cette indifférence nouvelle crée un vide géopolitique vertigineux. Les pays européens, habitués à déléguer leur sécurité à Washington, découvrent soudainement qu’ils doivent inventer une stratégie de défense autonome, sans filet de sécurité, avec des budgets militaires insuffisants et une volonté politique fragmentée. C’est le moment où l’Europe comprend enfin que le monde unipolaire américain n’était peut-être qu’une parenthèse historique.
Quand le pragmatisme devient un abandon
Les défenseurs de cette nouvelle stratégie américaine osent la présenter comme du pur pragmatisme : pourquoi dépenser des centaines de milliards pour défendre une Europe riche qui peut se défendre elle-même ? L’argument sonne comme une gifle après soixante-quinze ans d’alliance. L’argument semble raisonnable en surface, presque évident. Mais il occulte une réalité fondamentale que les architectes de la Guerre froide avaient bien comprise : l’ordre international libéral n’est pas un bien public qui se maintient tout seul. Il nécessite un garant, une puissance disposée à investir dans sa pérennité, même quand les bénéfices immédiats ne sont pas évidents. Les États-Unis ont joué ce rôle pendant sept décennies, non par altruisme, mais parce que cet ordre leur profitait. Aujourd’hui, la nouvelle administration américaine juge que les coûts surpassent les bénéfices. Cette calcul peut sembler juste sur le court terme, mais il ignore les conséquences à long terme : un monde fragmenté, des alliances en ruine, des démocraties affaiblies, et potentiellement une instabilité globale bien plus coûteuse que les investissements de sécurité d’hier. Le Pentagone prépare l’Amérique à un monde multipolaire, mais sans réaliser qu’il précipite précisément l’émergence de ce monde qu’il redoute. En se retirant, l’Amérique crée les conditions de son propre déclin relatif.
Ce qui rend cette situation proprement terrifiante, c’est le timing. À l’heure où la Russie consolide ses conquêtes en Ukraine, où la Chine renforce son étreinte sur Taïwan, où les extrémismes montent en puissance un peu partout, les États-Unis annoncent leur repli. C’est comme si un pompier quittait une maison en flammes en déclarant qu’il préfère s’occuper de sa propre demeure. Les alliés européens découvrent que les garanties de sécurité sur lesquelles ils ont construit leurs politiques de défense pendant des décennies sont devenues négociables, révocables, soumises aux humeurs d’une nouvelle administration. Cette imprévisibilité est peut-être plus déstabilisante que l’annonce elle-même. Les pays européens, du Royaume-Uni à la Pologne, en passant par la France et l’Allemagne, doivent soudainement réinventer leurs stratégies de sécurité. Certains accélèrent leurs dépenses militaires, d’autres envisagent des rapprochements avec la Chine ou des compromis avec la Russie. Le système d’alliance transatlantique, autrefois la pierre angulaire de la stabilité mondiale, se fissure sous les yeux du monde. Et personne ne sait vraiment ce qui émergera de ses ruines.
Je mesure l’ampleur vertigineuse de ce moment historique. Pendant soixante-quinze ans, l’Occident a reposé sur une certitude : que l’Amérique resterait engagée, que les alliances signifiaient quelque chose, que l’ordre démocratique libéral avait vaincu ses rivaux. Aujourd’hui, cette certitude s’effondre. Ce n’est pas du pessimisme, c’est de la lucidité. Quand la puissance hégémonique annonce son repli, les conséquences ne sont jamais limitées à la géopolitique. Elles touchent à la sécurité de millions de personnes, à la stabilité des démocraties, à l’espoir même que le monde puisse progresser vers plus de justice et de prospérité partagée. Il y a des moments où le silence serait une forme de complaisance. Celui-ci en est un.
L'Europe abandonnée à son sort par Washington
L’Europe abandonnée à son propre sort
Pendant soixante-quinze ans, l’Europe s’est endormie sous le parapluie de sécurité américain. Cette certitude, presque viscérale, que Washington serait toujours là pour contenir les menaces russes, a structuré chaque décision stratégique du continent. Or voilà que le Pentagone vient de claquer la porte avec une brutalité administrative qui fait trembler les chancelleries. Le nouveau document de stratégie de défense américaine est sans équivoque : la priorité absolue est désormais la sécurité intérieure des États-Unis, la protection de leurs frontières, leur suprématie face à la Chine en Asie-Pacifique. L’Europe ? Elle figure au rang des responsabilités secondaires. Cette réorientation n’est pas une simple nuance tactique, c’est une rupture civilisationnelle. Les dirigeants européens découvrent soudain, avec l’effroi d’un enfant qui voit son protecteur se détourner, que personne ne viendra si les choses dégénèrent. La Russie reste à leurs portes, aussi menaçante qu’hier, mais le parapluie s’est volatilisé. Comment la France, l’Allemagne, la Pologne peuvent-elles envisager leur sécurité sans cette garantie américaine qui a été le fondement même de leur reconstruction d’après-guerre ? Cette question n’est plus théorique. Elle devient existentielle. Les états-majors européens doivent repenser en urgence leurs doctrines, leurs budgets, leurs alliances. Le confort du statu quo vient de s’écrouler.
Cette décision américaine arrive à un moment où l’Europe traverse déjà une période de profonde incertitude. Les tensions migratoires s’aggravent, les crises économiques menacent, et voilà que le Pentagone annonce que l’Amérique se concentrera désormais sur ses propres besoins. Pour les capitales européennes, c’est une douche froide majeure. Bruxelles doit soudain envisager de doubler ou tripler ses dépenses de défense sans savoir si cela suffira. Les budgets militaires européens, déjà sous pression, vont exploser. Mais l’argent seul ne suffit pas : il faut créer une véritable capacité militaire autonome, indépendante, capable de projeter la puissance. C’est l’affaire de décennies, pas d’années. Entre-temps, le vide de puissance s’élargit. Les pays baltes, la Pologne, la Roumanie, regardent vers l’Est avec une angoisse croissante. Ils ont cru que l’adhésion à l’OTAN les mettait à l’abri. Ils découvrent que l’OTAN sans engagement américain réel n’est qu’une coquille vide. Cette réalité brutale transforme les calculs géopolitiques. L’Europe doit grandir, et vite. Mais grandir dans la panique n’a jamais produit que des stratégies fragiles et des décisions hâtives.
Le fardeau financier écrasant de l’autonomie
Les chiffres qui s’étalent sur les bureaux des ministres de la Défense européens ressemblent à des condamnations sans appel. Pour atteindre une véritable autonomie stratégique, l’Europe devrait investir entre 500 et 800 milliards d’euros sur dix ans — une somme qui donne le vertige. Pour atteindre une véritable autonomie stratégique, l’Europe devrait investir entre 500 et 700 milliards d’euros sur la prochaine décennie. C’est un montant qui fait pâlir les budgets nationaux déjà étirés. L’Allemagne, moteur économique du continent, vient de déclarer qu’elle augmenterait drastiquement ses dépenses militaires. La France parle de renforcement massif de ses capacités nucléaires et conventionnelles. La Pologne s’endette à un rythme effréné pour moderniser son armée. Mais ce qui frappe, c’est l’absurdité du calendrier : pendant que l’Europe se prépare à cette dépense colossale, d’autres priorités urgentes attendent. La transition énergétique, la santé publique, l’éducation. Les gouvernements vont devoir trancher dans le vif, et ces choix auront des conséquences sociales terribles. Les citoyens européens, déjà fragilisés par l’inflation et les incertitudes économiques, découvriront que leurs impôts financent désormais massivement la défense. Cette facture de la géopolitique ne peut pas être cachée indéfiniment. Elle alimentera colères et ressentiments. Comment expliquer à un parent qui peine à payer ses dettes que l’État doit investir des centaines de milliards dans l’armement ? C’est politiquement toxique, mais stratégiquement inévitable.
Ce qui rend la situation encore plus intolérable, c’est qu’une partie de cette dépense massive aurait pu être évitée. Si les États-Unis avaient maintenu leur engagement européen au niveau actuel, cette course aux armements n’aurait pas eu lieu. Mais voilà : Washington a choisi de se replier, et l’Europe paie le prix de ce choix américain. Il y a dans cette situation une injustice profonde que les Européens ressentent intensément. Ils ont respecté les engagements de l’OTAN, contribué aux opérations américaines, accueilli les troupes américaines sur leurs territoires. Et en retour, ils découvrent que l’alliance n’était qu’une commodité temporaire, abandonnée dès que les priorités américaines changeaient. Cette trahison perçue transforme les relations transatlantiques. L’Europe ne peut plus faire confiance aveuglément. Elle doit envisager des alliances alternatives, renforcer ses liens avec d’autres puissances, développer des capacités qui ne dépendront jamais d’une décision de Washington. C’est le début d’une européanisation de la défense, mais elle s’effectue dans la douleur, l’urgence, et avec un sentiment d’abandon qui marquera durablement les esprits.
Je mesure la profondeur de ce moment charnière pour l’Europe. Pendant des décennies, nous avons construit notre sécurité sur une hypothèse simple : l’Amérique serait toujours là. Cette hypothèse vient de s’effondrer, et personne ne peut prétendre que c’est sans conséquences. Je ne versrai pas dans le catastrophisme, mais je refuserai aussi de minimiser ce qui se passe. C’est une rupture majeure. L’Europe doit grandir, acquérir une autonomie qu’elle n’a jamais vraiment possédée. Ce n’est pas une mauvaise chose en soi, mais le prix à payer est considérable, et il sera payé par les citoyens européens. Comment rester insensible à cette réalité ? Comment ne pas voir que cette transition géopolitique va transformer nos sociétés, nos budgets, nos priorités collectives ? Lhistoire jugera si l’Europe aura eu le courage d’affronter ce défi.
L'Amérique se replie, le monde retient son souffle
L’Amérique se replie, l’Europe tremble
Quelque chose de fondamental vient de basculer à Washington. Le Pentagone vient de redéfinir sa stratégie de défense en plaçant la sécurité intérieure américaine au cœur de ses priorités, marquant un tournant qui résonne comme une rupture existentielle pour les alliés européens. Pendant soixante-quinze années, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis ont endossé le rôle de garant de la sécurité occidentale, déployant leurs forces sur le continent européen, garantissant une stabilité stratégique qui semblait inébranlable. Or, cette architecture de défense collective que nous pensions permanente révèle son caractère profondément fragile, soumis aux caprices des cycles électoraux américains. Le nouveau document stratégique du Pentagone abandonne implicitement cette posture universaliste pour embrasser un nationalisme défensif cru et décomplexé. Ce n’est pas une simple réorientation tactique, c’est une déclaration de principe : l’Amérique ne sera plus l’assureur global de l’ordre international libéral. Les implications sont vertigineuses. Pour l’Union européenne, cela signifie que le parapluie nucléaire américain, longtemps considéré comme acquis, devient soudainement négociable. Pour les démocraties de l’Europe de l’Est, particulièrement la Pologne et les pays baltes, c’est l’angoisse pure : sans la présence militaire américaine, comment résister à une Russie qui teste chaque jour les limites de la tolérance occidentale? Ce qui se joue ici, c’est le deuil d’une époque et la naissance chaotique d’une autre.
Cette réorientation stratégique ne surgit pas du néant. Elle répond à une obsession américaine croissante : la menace chinoise en Asie-Pacifique et la sécurisation de la frontière sud face aux migrations. Les ressources militaires sont finies, et Washington a tranché : l’Indo-Pacifique et le continent nord-américain priment sur les engagements européens. C’est une calcul brutal mais logique du point de vue américain. Sauf que cette logique ignore une réalité que les Européens connaissent intimement : on ne peut pas abandonner progressivement ses alliés sans détruire le système qui vous profitait. L’OTAN, cette alliance que Washington a construite pierre par pierre, risque de devenir une coquille vide si l’engagement américain s’érode. Les dépenses militaires que l’Europe augmente depuis 2022 ne suffiront jamais à compenser l’absence de la dissuasion nucléaire américaine. Et pendant ce temps, la Russie observe, calcule, teste. La Chine prend note. Les acteurs non-alignés voient enfin une opportunité de manœuvre. Ce document du Pentagone n’est pas qu’une stratégie militaire, c’est un signal de fin d’époque qui laissera des cicatrices durables.
Les alliés asiatiques entre espoir et vertige
Pour le Japon, la Corée du Sud et Taïwan, la nouvelle donne américaine provoque une ambivalence émotionnelle intense. D’un côté, il y a un soulagement palpable : enfin, Washington place la région Indo-Pacifique au centre de ses préoccupations. Le Japon depuis longtemps demande à ses alliés de prendre au sérieux la menace chinoise, les provocations nord-coréennes, les tensions croissantes autour de Taïwan. Pendant des années, il avait l’impression d’être écouté poliment mais sans urgence réelle. Maintenant, les États-Unis reconnaissent que l’avenir du monde se joue en Asie, et ce constat devrait renforcer les capacités de défense régionales. Mais il y a un revers terrifiant à cette médaille : cette réorientation américaine signifie aussi que l’Europe sera de moins en moins le centre d’intérêt stratégique américain. Or, pour des alliés comme le Japon, un ordre international libéral affaibli par une Europe déstabilisée n’est pas un scénario rassurant. Les chaînes d’approvisionnement mondiales, les marchés financiers, la stabilité commerciale que le système occidental a garantie pendant des décennies, tout cela pourrait se fragmenter. Le Japon comprend que l’Amérique qui se replie est une Amérique qui abandonne aussi ses responsabilités de régulateur global.
Cette ambivalence stratégique des alliés asiatiques révèle une vérité inconfortable : dans un monde où l’Amérique se concentre sur sa sécurité intérieure, personne n’est vraiment gagnant. Le Japon devra massifier ses investissements militaires, ce qui pose des questions constitutionnelles et politiques délicates. La Corée du Sud se retrouve à négocier avec une Corée du Nord de plus en plus instable tandis que le parapluie américain devient moins fiable. Taïwan vit dans une angoisse existentielle : comment survivre à une Chine de plus en plus assertive si l’engagement américain n’est plus garanti? Les alliés asiatiques réalisent qu’ils ne peuvent plus compter sur une Amérique universaliste. Ils doivent construire leurs propres capacités de défense, nouer des alliances régionales, accepter une multipolarité qu’ils ne voulaient pas. C’est un fardeau stratégique immense qui pèse maintenant sur leurs épaules, et aucun d’entre eux n’est certain d’avoir la force de le porter.
Je mesure la portée de ce moment historique. Ce n’est pas une simple réorganisation militaire, c’est un basculement géopolitique qui remet en question les fondations du monde que nous connaissions. Pendant soixante-quinze ans, nous avons cru à une Amérique qui incarnait l’ordre libéral, la stabilité, la garantie collective. Aujourd’hui, cette Amérique annonce qu’elle rentre chez elle, qu’elle ne peut plus être partout à la fois. C’est lucide, peut-être même inévitable. Mais c’est aussi terrifiant. Parce qu’un monde sans garant américain est un monde où les rapports de force bruts reprennent le dessus, où les petits États tremblent, où les ambitions régionales peuvent s’exprimer sans retenue. Il n’y a pas de héros dans cette histoire, seulement des acteurs qui font leurs calculs. Et nous, citoyens de ce monde fragmenté, nous regardons avec l’inquiétude de ceux qui voient disparaître les garde-fous qu’on croyait permanents.
L'OTAN abandonnée : la rupture historique
L’Europe livrée à elle-même dans un monde qui bascule
Pendant soixante-quinze ans, l’Europe a construit sa sécurité sur une certitude : l’Amérique serait là. Cette promesse, cristallisée dans l’OTAN et le parapluie nucléaire américain, a permis aux démocraties européennes de respirer, de se reconstruire, de prospérer. Or voilà que le Pentagone réoriente sa stratégie, que Washington repense ses priorités géopolitiques, et soudainement cette certitude vacille. Les documents stratégiques américains le disent clairement : la sécurité intérieure prime, les frontières sud deviennent la préoccupation majeure, et l’Europe ? L’Europe devient un coût, une responsabilité que l’Amérique ne souhaite plus porter seule. Cette réorientation n’est pas une simple inflexion tactique ; c’est une rupture fondamentale du contrat de sécurité transatlantique. Les dirigeants européens, de Bruxelles à Berlin, à Paris, à Rome, mesurent l’ampleur du choc. Comment défendre le continent sans le parapluie américain ? Comment faire face à la Russie de Poutine, dont les ambitions révisionnistes restent intactes ? Comment garantir la stabilité en Europe centrale et orientale ? Ces questions, longtemps reléguées aux cercles de réflexion stratégique, deviennent des urgences politiques immédiates. L’indignation monte en Europe, mêlée à une angoisse existentielle profonde. On sent, dans les chancelleries, une trahison perçue, non pas au sens dramatique du terme, mais comme l’abandon d’une promesse fondatrice.
Ce qui rend cette situation particulièrement troublante, c’est le timing politique. Alors que l’Ukraine continue son combat acharné contre l’invasion russe, alors que les tensions en Baltique s’intensifient, alors que la Moldavie craint pour son intégrité territoriale, Washington annonce son repli stratégique. Les implications sont vertigineuses. La Suède et la Finlande, fraîchement intégrées à l’OTAN, se demandent si cette adhésion les protège réellement ou les expose davantage. La Pologne, la Roumanie, les pays baltes ressentent une vulnérabilité accrue. Et pendant ce temps, Moscou observe, calcule, teste les limites de cette nouvelle Amérique repliée sur elle-même. L’Europe comprend qu’elle doit se réarmer, qu’elle doit construire une capacité de défense autonome, mais le chemin est long, coûteux, semé d’embûches politiques. La France pousse pour une « autonomie stratégique européenne », mais combien de pays suivront ? L’Allemagne, encore marquée par son histoire, hésite à se réarmer massivement. L’Italie regarde vers l’Est avec une certaine complaisance. Et la Hongrie ? Elle danse entre Bruxelles et Moscou. Voilà le vrai drame : non seulement l’Europe perd son allié, mais elle doit aussi affronter ses propres divisions, ses propres doutes, au moment même où l’unité serait salvatrice.
L’Asie face au vide laissé par le retrait américain
En Asie du Pacifique, la nouvelle orientation américaine provoque une réaction diamétralement opposée à celle de l’Europe. Le Japon, la Corée du Sud, Taïwan, l’Australie accueillent cette réorientation avec un mélange de soulagement et d’appréhension. Pendant des années, ces alliés ont craint que l’Amérique ne se laisse distraire par ses guerres au Moyen-Orient, par ses crises internes, par ses querelles politiques. Voilà qu’enfin Washington place la Chine au cœur de sa stratégie de défense, voilà qu’enfin le Pacifique redevient la priorité américaine. Pour le Japon, la Corée du Sud, c’est presque une bénédiction : l’Amérique se concentre sur leur région, renforce sa présence militaire, affirme son engagement. Mais ce soulagement s’accompagne d’une profonde incertitude. Si l’Amérique abandonne l’Europe, abandonnera-t-elle aussi l’Asie demain ? Si Washington se replie sur sa sécurité intérieure, qu’en est-il de ces promesses de sécurité collective ? La Corée du Sud, en première ligne face à la Corée du Nord, mesure à quel point elle dépend de la garantie de sécurité américaine. Taïwan, l’île contestée, sait que sa survie dépend de la volonté de Washington de la défendre. Et si cette volonté s’érode ? La Chine, elle, observe attentivement, testant les limites de cette nouvelle Amérique, calculant ses marges de manœuvre.
Ce qui complique encore la situation, c’est que l’Asie doit aussi se réarmer, se préparer à une autonomie stratégique accrue. Le Japon, constitutionnellement pacifiste depuis 1945, doit réévaluer sa posture de défense. La Corée du Sud doit renforcer ses capacités militaires. L’Australie investit massivement dans ses forces armées. Mais tout cela prend du temps, coûte des ressources énormes, et surtout, crée une fenêtre d’opportunité pour Pékin. La Chine, consciente de ce moment charnière, pourrait être tentée d’agir avant que l’Asie ne se consolide militairement. C’est le paradoxe du repli américain : en se concentrant sur sa sécurité intérieure, l’Amérique pourrait créer les conditions d’une instabilité régionale accrue, d’une cascade de conflits potentiels que sa réorientation était censée éviter. Et pendant ce temps, les négociations sur l’Ukraine stagnent, Poutine refuse tout compromis, comme l’a révélé la visite des émissaires de Trump à Moscou en décembre 2024, où le Kremlin a laissé attendre trois heures ses visiteurs américains avant de déclarer qu’aucun plan de compromis n’avait pu être trouvé.
Je constate, avec une inquiétude croissante, que nous assistons à la fin d’une époque. Pendant trois quarts de siècle, l’ordre international a reposé sur une architecture de sécurité dominée par l’Amérique. Cet ordre avait ses failles, ses hypocrisies, ses injustices, certes. Mais il était prévisible. Maintenant, ce qui émerge est plus chaotique, plus fragmenté, plus dangereux. L’Europe doit se réinventer, l’Asie doit se réarmer, et partout, les démocraties libérales sentent que le sol se dérobe sous leurs pieds. Ce n’est pas du pessimisme, c’est de la lucidité. Les prochaines années détermineront si nous saurons construire un nouvel équilibre, ou si nous glisserons dans un monde de rivalités incontrôlées.
Conclusion
L’Amérique se replie, l’Europe mesure l’ampleur de l’abandon
Ce qui se dessine à travers les déclarations du Pentagone et les orientations de la nouvelle administration américaine représente bien plus qu’un simple ajustement stratégique : c’est une rupture civilisationnelle dont les conséquences vont façonner le prochain demi-siècle. Pendant soixante-quinze ans, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’Amérique a incarné le garant de l’ordre mondial libéral. Elle s’est engagée, parfois maladroitement, souvent coûteusement, à maintenir l’équilibre des puissances en Europe, en Asie, au Moyen-Orient. Cette responsabilité, assumée avec des troupes déployées, des alliances nouées, des traités signés, semblait inscrite dans le marbre de la géopolitique moderne. Or voilà que Washington annonce son intention de se concentrer exclusivement sur sa sécurité intérieure, comme si soixante-quinze ans de présence mondiale n’avaient été qu’une parenthèse regrettable. L’indignation que ressent l’Europe face à cette décision n’est pas du ressentiment enfantin ; c’est la prise de conscience glaciale que le parapluie de sécurité qui a permis à des générations entières de vivre en paix risque de se refermer. Comment les capitales européennes peuvent-elles dormir tranquilles quand la Russie renforce ses capacités militaires, quand les tensions s’accumulent aux frontières de l’OTAN, et que l’allié historique se détourne ? Cette question n’est pas rhétorique. Elle hante les chancelleries du continent. La trahison perçue est d’autant plus profonde qu’elle n’est pas formulée brutalement, mais enrobée dans le langage du pragmatisme national et de l’intérêt américain. Cela rend la chose encore plus déstabilisante.
En parallèle, les alliés asiatiques – Japon, Corée du Sud, Taïwan – vivent une équation émotionnelle inversée mais tout aussi troublante. Le pivot américain vers l’Indo-Pacifique peut sembler rassurant sur le papier : enfin, Washington reconnaît que la menace chinoise est le défi majeur du siècle. Mais cet enthousiasme initial se heurte à une angoisse existentielle : cet engagement sera-t-il durable ? Les déclarations américaines d’aujourd’hui peuvent être remises en question demain. Aucun allié asiatique n’oublie comment les États-Unis ont quitté l’Afghanistan, laissant derrière eux des partenaires locaux à la merci de leurs nouveaux maîtres. Cet antécédent crée une inquiétude existentielle profonde : sommes-nous vraiment fiables pour Washington, ou simplement des pions dans un grand jeu que nous ne contrôlons pas ? Cette stratégie de défense qui privilégie la sécurité intérieure américaine envoie un signal sans équivoque : chaque nation est désormais responsable de sa propre survie. C’est un retour à une logique de puissances rivales, à une époque antérieure à l’ordre international libéral. Pour les démocraties alliées, habituées à un cadre multilatéral, cette perspective est terrifiante. Elle signifie la fin d’une époque, le début d’une autre où la force brute reprendra ses droits, où les petits États devront trouver des protecteurs régionaux, où la stabilité ne sera plus garantie par des traités et des institutions, mais par des équilibres précaires et mouvants.
Les migrants et réfugiés face à la fermeture brutale des frontières
Si l’Europe et l’Asie vivent la trahison d’un allié, les migrants et réfugiés du monde entier font face à une réalité encore plus crue : un monde qui se ferme. La nouvelle doctrine de sécurité intérieure américaine n’est pas abstraite pour eux. Elle se traduit en murs renforcés, en politiques de refoulement, en réductions drastiques des quotas d’accueil. Pendant des décennies, l’Amérique a prêché – avec plus ou moins de sincérité – les vertus de l’asile, de la liberté, de la terre d’opportunités. Cette rhétorique, malgré ses contradictions flagrantes, offrait au moins une lueur d’espoir à ceux qui fuyaient la persécution, la famine, les conflits. Or voilà que cette porte se referme, non pas progressivement, mais avec une brutalité administrative. Les chiffres sont éloquents : les demandes d’asile rejetées atteignent des sommets, les centres de détention débordent, les familles sont séparées. Ce n’est pas de la politique migratoire ordinaire ; c’est un message civilisationnel. L’Amérique dit au monde : nous ne sommes plus le refuge des persécutés, nous sommes une forteresse. Cette transformation génère un désespoir palpable chez les populations vulnérables. Comment ne pas voir l’indignation dans les yeux de ceux qui ont tout perdu et se voient refuser l’entrée aux portes de la dernière grande démocratie libérale ?
Mais il y a plus que le drame humanitaire dans cette équation. La fermeture américaine crée un effet de dominos à travers le monde. Quand Washington durcit sa politique d’immigration, les gouvernements européens se sentent autorisés à faire de même. Les populistes brandissent l’exemple américain comme justification morale. Les financements internationaux pour l’aide humanitaire se tarissent. Les organisations de défense des droits humains se retrouvent marginalisées. Ce qui a commencé comme une décision américaine de privilégier la sécurité intérieure devient une permission globale pour l’indifférence. Les réfugiés syriens, les Afghans en fuite, les familles centroaméricaines – tous ces visages humains se retrouvent pris dans un engrenage géopolitique qui les dépasse infiniment. Ils ne demandaient que la survie, la dignité, une chance. Ils se retrouvent face à un monde qui se barricade, qui se demande si les étrangers ne sont pas une menace existentielle. C’est l’inversion complète des valeurs qui ont fondé l’ordre libéral international. Et cette inversion, elle commence à Washington.
Je constate avec une profonde inquiétude que nous assistons à l’effondrement d’un système qui, malgré ses imperfections manifestes, offrait au moins un cadre de stabilité prévisible. Les États-Unis ne sont pas simplement en train de redéfinir leur rôle géopolitique ; ils sont en train de dire au monde que l’ère de la responsabilité collective est terminée. Ce qui me trouble le plus, c’est que cette rupture n’est pas accidentelle. Elle est délibérée, assumée, présentée comme une vertu. Nous entrons dans une époque où chaque nation sera livrée à elle-même, où la force prévaudra sur le droit, où les vulnérables seront abandonnés. Cela ne signifie pas que je suis naïf sur les réalités du pouvoir. Mais il y a une différence entre reconnaître que le système international est imparfait et décider activement de le détruire. L’histoire jugera cette décision avec sévérité.
Encadré de transparence du chroniqueur
Notre ligne éditoriale face à ce bouleversement
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur et analyste. Mon expertise réside dans l’observation et l’analyse des dynamiques géopolitiques, économiques et stratégiques qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies politiques, à comprendre les mouvements économiques globaux, à contextualiser les décisions des acteurs internationaux et à proposer des perspectives analytiques sur les transformations qui redéfinissent nos sociétés.
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Méthodologie et sources
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et analyses interprétatives. Les informations factuelles présentées proviennent exclusivement de sources primaires et secondaires vérifiables: communiqués officiels, déclarations publiques, rapports d’organisations internationales, dépêches d’agences de presse reconnues (Reuters, Associated Press, AFP, Bloomberg).
Les analyses et interprétations présentées constituent une synthèse critique et contextuelle basée sur les informations disponibles. Mon rôle est d’interpréter ces faits, de les contextualiser, de leur donner un sens. Toute évolution ultérieure pourrait modifier les perspectives présentées ici.
Sources
Sources primaires
Sources secondaires
Ouest-france – Ouest Le Monde – Article sur États-Unis: dans sa nouvelle stratégie de défense, Tresor – Article sur États-Unis: dans sa nouvelle stratégie de défense, Brut – Article sur États-Unis: dans sa nouvelle stratégie de défense, Le Figaro – Article sur États-Unis: dans sa nouvelle stratégie de défense, Le Monde – Article sur États-Unis: dans sa nouvelle stratégie de défense,
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