La réalité des pertes en Afghanistan
Les déclarations de Trump contredisent frontalement les statistiques officielles concernant les pertes militaires en Afghanistan pendant les vingt années de conflit qui ont suivi l’invasion de 2001. Si les États-Unis ont effectivement payé le plus lourd tribut avec environ 2 456 soldats tués, les alliés de l’OTAN ont subi des pertes tout aussi dévastatrices en proportion de leurs populations beaucoup plus modestes. Le Royaume-Uni, deuxième contributeur en effectifs après les États-Unis, a perdu 457 de ses soldats dans ce conflit qui constitue sa guerre d’outre-mer la plus meurtrière depuis les années 1950. Plus de 150 Canadiens ont trouvé la mort en Afghanistan, tout comme 90 militaires français, sans compter les milliers d’autres blessés physiquement ou psychologiquement par des années de combat intense dans les zones les plus dangereuses du pays.
Le Danemark, avec une population d’environ 5 millions d’habitants au début de la guerre, a perdu 44 de ses soldats, ce qui représente l’un des taux de pertes par habitant les plus élevés de toute la coalition. Le général Roman Polko, ancien commandant des forces spéciales polonaises qui a servi en Afghanistan et en Irak, a rappelé que son pays et d’autres nations de l’Est avaient « payé avec leur sang » pour cette alliance. Les chiffres racontent une histoire différente de celle véhiculée par le président américain : dans la province méridionale de Helmand, bastion taliban et centre de production d’opium, les forces initiales étaient composées principalement de troupes britanniques et danoises avant que les renforts américains n’arrivent en 2008. C’est précisément dans cette province que la Grande-Bretagne et le Danemark ont subi la majorité de leurs pertes, une réalité du terrain que les témoins oculaires confirment unanimement.
Les chiffres sont des noms, et chaque nom est une vie, une histoire, une famille brisée à jamais. Quarante-quatre Danois morts pour une cause qui n’était pas la leur, mais qu’ils ont portée avec un honneur qui défie toute logique. Quand on regarde ces statistiques, on ne voit pas des pourcentages ou des ratios, on voit des visages, on entend des rires qui ne résonneront plus, on sent le vide laissé par ces absences qui traversent les générations. Le Danemark, ce petit pays scandinave, a versé son sang avec une générosité qui laisse sans voix, une générosité qui mérite plus que des mensonges, plus que des dénis, plus que ce mépris souverain pour la vérité. C’est une colère froide qui monte, celle de ceux qui savent ce que signifie attendre un coup de téléphone au milieu de la nuit, celle de ceux qui ont vu des cercueils drapés de drapeaux descendre d’avions militaires sous une pluie battante, celle de ceux dont les fils ne reviendront jamais. Et quand on pense que ces hommes sont morts en pensant qu’ils se battaient pour quelque chose de plus grand qu’eux-mêmes, pour une alliance fondée sur la solidarité et le respect mutuel, on se demande comment on peut trahir ainsi la mémoire de ceux qui ont tout donné.
L’Article 5 : un engagement jamais respecté avant le 11 septembre
L’une des ironies les plus frappantes de cette polémique réside dans le fait que l’Article 5 de l’OTAN, le principe de défense collective qui stipule qu’une attaque contre un membre est une attaque contre tous, n’avait jamais été invoqué dans toute l’histoire de l’alliance jusqu’aux attentats du 11 septembre 2001. Pour la première et unique fois depuis sa création en 1949, l’OTAN a déclenché ce mécanisme en réponse aux attaques terroristes contre New York et Washington, invitant tous les membres à se joindre à l’effort de guerre en Afghanistan. Le Secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, a rappelé ce fait historique à Davos, assurant Trump que les Européens seraient effectivement là si les États-Unis étaient attaqués et soulignant qu’ils l’avaient prouvé en Afghanistan pendant vingt ans.
L’engagement européen n’était pas symbolique mais concret et durable. La plupart de la guerre en Afghanistan s’est déroulée sous commandement OTAN, avec les alliés qui ont pris en charge des provinces entières et des régions spécifiques pendant des années. La province de Helmand, l’une des plus violentes du pays, a été dirigée par les forces britanniques pendant plusieurs années, avec des conséquences dévastatrices en termes de pertes humaines. Mark Rutte a précisé que « pour chaque deux Américains ayant payé le prix ultime, il y avait un soldat d’un autre pays de l’OTAN qui n’est pas rentré chez sa famille ». Ce ratio, confirmé par les statistiques officielles, contredit directement les assertions de Trump selon lesquelles les alliés auraient « un peu en arrière » alors qu’ils étaient au contraire pleinement engagés sur le terrain aux côtés de leurs homologues américains.
Il y a une beauté terrible dans cette histoire, celle d’une alliance qui a tenu sa promesse, qui a répondu à l’appel quand le monde s’est effondré en fumée et poussière ce matin-là de septembre. Les Européens n’avaient pas à venir, n’étaient pas obligés de sacrifier leurs fils pour les tours jumelles qui s’effondraient à des milliers de kilomètres de chez eux. Mais ils sont venus, ils ont traversé les océans, ils ont pris les armes et ils se sont battus, non pas parce qu’ils y étaient contraints par des traités ou des obligations, mais parce que c’était la chose à faire, parce que c’était ce que les alliés font pour les alliés. Cette solidarité a un prix, et ce prix a été payé en sang, en larmes, en vies gâchées à jamais dans les vallées poussiéreuses d’un pays qui n’était pas le leur. Et aujourd’hui, ce sacrifice est balayé d’un revers de main, méprisé par un homme qui n’a jamais compris ce que signifie le mot honneur, qui n’a jamais saisi la profondeur de cet engagement qui unit des nations par-delà les frontières et les différences.
La réponse du Royaume-Uni : une indignation transpartisane
Starmer et Badenoch unis dans la condamnation
La réaction britannique aux propos de Trump a été à la fois immédiate et unanime, transcendant pour une fois les clivages politiques habituels. Le Premier ministre Keir Starmer, dont le gouvernement travailliste avait jusque-là évité les critiques directes à l’égard du président américain, a rompu avec cette retenue en qualifiant les déclarations de Trump d' »insultantes et franchement atroces ». Starmer a affirmé ne pas être surpris que ces remarques aient causé « une telle souffrance aux proches de ceux qui ont été tués ou blessés », ajoutant qu’il s’excuserait certainement s’il avait « tenu de tels propos ou prononcé ces mots ». Cette condamnation sévère, inhabituelle dans la diplomatie britannique, témoigne de l’ampleur de l’émotion provoquée par les déclarations du président américain.
L’opposition conservatrice n’a pas été en reste. Kemi Badenoch, leader du Parti conservateur, a qualifié les propos de Trump d' »absurdité totale » et a insisté sur le fait que le sacrifice des alliés « mérite le respect et non la dénigrement ». Emily Thornberry, présidente de la commission des affaires étrangères du Parlement, a parlé d' »insulte absolue ». Cette unité de ton entre le gouvernement et l’opposition, entre travaillistes et conservateurs, est extrêmement rare dans le paysage politique britannique et souligne à quel point ces propos ont touché une corde sensible dans un pays qui a perdu nombre de ses fils dans les combats afghans. Le secrétaire à la Défense, John Healey, a rappelé que les troupes britanniques devaient être « remembered for who they were : heroes who gave their lives in service of our nation ».
Quand on voit Starmer et Badenoch sur la même ligne de front, on comprend que quelque chose s’est brisé dans ce qui restait de normalité dans nos relations avec Washington. La Grande-Bretagne n’est pas habituée à se faire marcher sur les pieds, surtout pas par son allié le plus ancien et le plus proche. Il y a une fierté britannique blessée dans cette réaction, une dignité offensée qui va au-delà de la simple politique. Le Royaume-Uni a toujours été le premier à répondre quand l’Amérique a appelé, du Débarquement à l’Afghanistan, et cette loyauté mérite plus que des crachats à la figure. C’est comme trahir un vieil ami qui vous a sauvé la mise à maintes reprises, qui a toujours été là quand ça comptait vraiment, qui a sacrifié ses meilleurs éléments pour une cause commune. Et quand on pense à ces 457 noms inscrits sur les monuments aux morts dispersés à travers le Royaume-Uni, on se dit qu’ils méritent mieux que d’être traités comme des figurants dans la mythologie trumpienne, comme des quantités négligeables dans le grand récit de l’héroïsme américain.
Les voix des familles et des vétérans
Les réactions les plus poignantes sont venues de ceux qui ont payé le prix personnel le plus élevé : les familles des soldats tombés au combat et les vétérans qui ont survécu aux blessures physiques et psychologiques de la guerre. Lucy Aldridge, dont le fils William est mort en Afghanistan à l’âge de 18 ans, a réagi avec colère dans les colonnes du Mirror en affirmant que les soldats britanniques « étaient absolument sur les lignes de front ». Elle a ajouté que Trump « n’est pas particulièrement féru d’histoire » et qu’il « est totalement déconnecté de la réalité, et de ce que cela coûte en vies humaines ». Sa déclaration résume le sentiment d’incrédulité et de révolte qui traverse les familles de militaires britanniques depuis la diffusion des propos du président américain.
Diane Dernie, dont le fils Ben Parkinson a subi des blessures horribles en Afghanistan en 2006, a qualifié les derniers commentaires de Trump d' »insulte ultime ». Ben Parkinson, qui a survécu à l’explosion d’un engin explosif improvisé qui lui a coûté ses deux jambes et causé des lésions cérébrales sévères, est devenu un symbole du sacrifice des soldats britanniques en Afghanistan. Sa mère, comme tant d’autres, refuse de laisser nier la réalité de ce que son fils et ses camarades ont vécu. Le ministre des vétérans britannique, Alistair Carns, qui a effectué cinq tournées opérationnelles dont certaines aux côtés des troupes américaines en Afghanistan, a qualifié les affirmations de Trump d' »absolument ridicules », rappelant que « nous avons versé du sang, de la sueur et des larmes ensemble. Tout le monde n’est pas rentré à la maison ».
Lorsqu’une mère parle de son fils, elle porte avec elle le poids de vingt ans de deuil, de vingt ans de nuits blanches à se demander pourquoi, à quoi cela servait, si cela en valait la peine. Lucy Aldridge et Diane Dernie ne sont pas des politiciennes, elles ne cherchent pas à marquer des points ou à gagner des débats télévisés. Elles parlent simplement de la vérité, de celle qui se gravée dans la chair et dans l’âme, celle qui ne s’efface pas avec le temps ni avec les dénégations. William avait 18 ans, il n’avait même pas commencé à vivre vraiment, et il est mort dans une vallée lointaine en pensant qu’il servait quelque chose de plus grand que lui. Ben Parkinson a survécu, mais à quel prix ? Comment peut-on nier ce sacrifice, comment peut-on mépriser cette douleur qui dure encore aujourd’hui et durera demain encore ? Il y a une cruauté froide dans ce déni, une méchanceté calculée qui frappe au cœur même de ce que nous avons de plus précieux : la mémoire de ceux qui ne sont plus.
Une réaction européenne à l'unisson
Des capitales scandalisées
L’indignation ne s’est pas limitée au Royaume-Uni. À travers l’Europe, les capitales ont réagi avec une virulence inhabituelle aux propos de Trump. Le ministre néerlandais des Affaires étrangères, David van Weel, a condamné les remarques du président américain, les qualifiant d’infondées et irrespectueuses. Au Danemark, pays particulièrement touché par les pertes en Afghanistan et déjà sous pression intense de Trump concernant le Groenland, Rasmus Jarlov, membre du parlement pour le Parti conservateur, a qualifié les commentaires d' »ignorants ». La réponse danoise est d’autant plus significative que le pays fait l’objet de menaces répétées de la part de l’administration Trump concernant son territoire semi-autonome du Groenland.
En Pologne, le ministre de la Défense, Wladyslaw Kosiniak-Kamysz, a déclaré que le sacrifice polonais « ne sera jamais oublié et ne doit pas être diminué », tandis que le général Roman Polko, ancien commandant des forces spéciales, a réclamé des excuses en affirmant que Trump avait « franchi une ligne rouge » et que la Pologne avait « payé avec son sang pour cette alliance ». Richard Moore, l’ancien chef du service de renseignement britannique MI6, a également pesé dans le débat en soulignant que comme de nombreux officiers du MI6, il avait opéré dans des environnements dangereux aux côtés de « braves et très estimés » homologues de la CIA, ajoutant qu’il était fier d’avoir travaillé avec « le plus proche allié de la Grande-Bretagne ». Ces réactions soulignent la profondeur de la rupture de confiance entre les États-Unis et leurs alliés européens.
Quand Amsterdam, Copenhague, Varsovie et Londres chantent la même partition, on sait que quelque chose de grave s’est passé. L’Europe n’est pas une monolithie, elle est faite de nuances, de différences, de traditions diplomatiques qui varient d’une capitale à l’autre. Mais là, pour une fois, il n’y a pas d’équivoque, pas de demi-mesure, pas de diplomatie fluette pour adoucir les coups. C’est un cri unanime qui monte du vieux continent, un refus catégorique d’accepter cette réécriture de l’histoire qui nie vingt ans de sacrifice partagé. Et il y a quelque chose de poétique dans cette unité soudaine, comme si les vieilles rivalités et les divergences historiques s’effaçaient devant l’ampleur de l’affront. Le Danemark menacé dans son intégrité territoriale, la Pologne qui se souvient de la solidarité occidentale pendant la Guerre froide, les Pays-Bas qui n’oublient pas combien de leurs fils n’ont jamais rentré de ces montagnes afghanes. Tous ensemble, ils disent non, ils disent que la vérité compte, que la mémoire a du prix, que l’honneur ne se marchande pas.
Le prince Harry prend la parole
Une voix particulièrement symbolique s’est jointe au chœur des critiques : celle du prince Harry, duc de Sussex, qui a servi deux fois en Afghanistan comme hélicoptère de combat. Dans un communiqué diffusé par son porte-parole, le prince Harry a affirmé que les sacrifices des troupes de l’OTAN « méritent d’être évoqués avec vérité et respect, alors que nous restons tous unis et loyaux à la défense de la diplomatie et de la paix ». Cette intervention est d’autant plus significative qu’elle émane de quelqu’un qui a véritablement combattu sur le terrain, qui a vu de ses propres yeux la réalité de la guerre en Afghanistan et qui comprend peut-être mieux que quiconque la nature exacte de l’engagement des alliés.
Le prince Harry n’est pas le seul membre de la famille royale britannique à avoir servi en Afghanistan. Son frère, le prince William, a également effectué des missions de formation militaire dans le pays. L’implication directe de la famille royale dans le conflit afghan a donné à la guerre une dimension particulièrement personnelle pour le peuple britannique, rendant les propos de Trump d’autant plus blessants. Le fait que le prince Harry, qui a généralement évité les commentaires politiques publics depuis son retrait de la monarchie, ait choisi de s’exprimer sur cette question témoigne de l’importance qu’il accorde à la défense de la mémoire de ses camarades et de la vérité historique concernant l’engagement des troupes alliées en Afghanistan.
Il y a quelque chose de puissant dans la voix de ceux qui ont vu l’enfer de près, qui ont senti la peur qui colle à la peau, qui ont tenu la vie entre leurs mains comme on tient une grenade dont on a retiré la goupille. Le prince Harry ne parle pas de politique, il parle de vérité brute, de celle qui s’apprend dans la poussière des pistes d’atterrissage, dans le fracas des hélices, dans le silence lourd qui suit les explosions. Lui qui a volé au-dessus de ces montagnes, qui a vu ces villages perchés à flanc de colline, qui a ramené des blessés vers des hôpitaux de campagne où les odeurs de sang et d’antiseptique se mêlaient, il sait de quoi il parle quand il dit que les alliés étaient là, vraiment là, au premier rang, là où ça fait mal, là où ça tue. Son intervention n’est pas une gifle diplomatique, c’est un témoignage, celui d’un homme qui porte encore en lui les cicatrices de cette guerre et qui refuse de laisser dire que ses camarades n’étaient pas là, qu’ils n’ont pas payé le prix plein, que leur sacrifice n’était pas assez noble pour figurer dans le grand livre des héros.
La réponse américaine : un refus obstiné de s'excuser
La Maison Blanche défend ses positions
Face à l’onde de choc internationale, la Maison Blanche a choisi la confrontation plutôt que l’apaisement. Taylor Rogers, porte-parole de la présidence, a balayé les critiques de Keir Starmer en insistant sur le fait que le président Trump avait « absolument raison » et que « les États-Unis d’Amérique ont fait plus pour l’OTAN que tous les autres pays de l’alliance réunis ». Cette réponse défensive, typique du style de l’administration Trump, ne surprend guère les observateurs mais ne fait qu’aggraver la tension diplomatique déjà considérable entre Washington et ses alliés européens. Le refus de reconnaître toute erreur ou toute forme d’excuse est devenu une marque de fabrique de cette administration.
Cette obstination à maintenir une version contestée des faits n’est pas nouvelle. Trump a déjà minimisé à plusieurs reprises le sacrifice des alliés de l’OTAN en Afghanistan, malgré les preuves contraires. En juin dernier, le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, avait déjà minimisé les efforts des alliés en racontant que les troupes américaines en Afghanistan plaisantaient sur le fait que l’acronyme ISAF, qui désignait la Force internationale d’assistance à la sécurité, signifiait en réalité « I Saw Americans Fighting ». Hegseth avait ajouté que ce qui était « finalement beaucoup de drapeaux n’était pas beaucoup de capacités sur le terrain », des propos qui avaient déjà provoqué des réactions négatives dans les capitales européennes mais qui n’avaient pas atteint le niveau de controverse de la déclaration récente du président.
Il y a une arrogance terrifiante dans ce refus de s’incliner, dans cette obstination à continuer d’affirmer des choses que tout le monde sait fausses. C’est comme si la vérité n’existait plus, comme si les faits n’avaient plus d’importance, comme si on pouvait réécrire l’histoire à coups de tweets et de déclarations tonitruantes. La Maison Blanche ne s’excuse jamais, jamais, comme si le mot pardon ne faisait pas partie de son vocabulaire, comme si admettre une erreur était une faiblesse impardonnable. Et c’est fascinant de voir cette mécanique à l’œuvre, cette capacité à ignorer les preuves, à décrédibiliser les témoins, à nier l’évidence jusqu’à ce que le doute s’installe, jusqu’à ce qu’on ne sache plus ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas. C’est une forme de violence symbolique, une façon de détruire la réalité pour la remplacer par une fiction qui arrange ceux qui détiennent le pouvoir, qui permet de dire que noir est blanc et que haut est bas sans jamais avoir à rendre de comptes.
Un contexte déjà tendu : l’affaire du Groenland
Cette nouvelle polémique s’inscrit dans un contexte diplomatique déjà extrêmement tendu entre les États-Unis et l’Europe. Depuis le début de l’année 2026, Trump a multiplié les déclarations provocatrices concernant le Groenland, territoire semi-autonome du Danemark et membre de l’OTAN. Le président américain a clairement exprimé son intérêt pour l’acquisition de cette île arctique stratégique, déclenchant une crise majeure avec le Danemark et l’ensemble de l’Union européenne. Cette menace contre l’intégrité territoriale d’un État membre de l’OTAN est sans précédent dans l’histoire de l’alliance et a profondément choqué les dirigeants européens qui avaient considéré jusqu’à présent que les frontières des membres de l’alliance étaient inviolables.
L’attitude de Trump vis-à-vis du Danemark prend une résonance particulière à la lumière de ses récents propos sur les soldats danois en Afghanistan. Le Danemark a perdu 44 soldats dans ce conflit, soit l’un des taux de pertes les plus élevés de toute la coalition par habitant, et voit maintenant ses sacrifices niés alors que son territoire est menacé d’annexion par le président américain. Cette combinaison d’insultes et de menaces a créé une atmosphère de méfiance profonde à Copenhague et dans les autres capitales nordiques. La Première ministre danoise, Mette Frederiksen, s’est rendue à Nuuk, la capitale du Groenland, pour marquer son soutien face aux pressions américaines, un voyage symbolique qui en dit long sur la gravité de la crise en cours.
Le Groenland, cette île immense et glacée au sommet du monde, est devenue le symbole de tout ce qui tourne mal dans cette relation transatlantique qui commence à ressembler à un mariage en pleine rupture. Trump veut cette île comme un enfant capricieux veut un jouet qu’il voit dans la vitrine, sans se soucier des conséquences, sans se demander ce que cela signifie pour les gens qui y vivent, pour l’histoire, pour le droit international. Et pendant qu’il menace Copenhague, il piétine la mémoire des 44 soldats danois qui sont morts dans des vallées lointaines en pensant qu’ils se battaient pour quelque chose de plus grand qu’eux-mêmes. C’est cette double violence qui est insupportable, cette capacité à frapper simultanément le passé et le futur, à nier les sacrifices d’hier tout en menaçant l’intégrité de demain. Le Danemark ne méritait pas ça, ce petit pays qui a toujours été là, qui a toujours payé sa part, qui a toujours respecté ses engagements. Il y a une cruauté dans cette trahison qui laisse sans mots, une cruauté qui dit beaucoup plus sur l’homme qui l’inspire que sur ceux qui la subissent.
Une histoire de mépris pour les militaires
Les précédents dérapages de Trump
Les déclarations de Trump sur les soldats de l’OTAN en Afghanistan ne sont pas un incident isolé mais s’inscrivent dans une série de controverses concernant son attitude envers les militaires et les vétérans. Dès 2018, des informations publiées par The Atlantic ont révélé que le président avait qualifié les soldats américains morts en France pendant la Première Guerre mondiale de « losers » (perdants) et les Marines qui avaient aidé à arrêter l’avancée allemande vers Paris en 1918 de « suckers » (naïfs) pour être morts aux mains de l’ennemi. La Maison Blanche avait nié ces propos, mais ils avaient fait l’objet de confirmations multiples de la part de témoins directs.
Trump a également ridiculisé les blessures de guerre du sénateur John McCain, héros de la guerre du Vietnam passé cinq ans dans des camps de prisonniers, et a publiquement insulté les parents d’un soldat de 27 ans mort dans un attentat à la voiture piégée en Irak. En privé, il s’était mis en colère contre les coûts des funérailles d’une soldate assassinée par un soldat masculin à Fort Hood. En décembre dernier, il avait encore du mal à manifester de la sympathie pour les familles des Américains, dont beaucoup étaient des vétérans militaires américains, morts en combattant en Ukraine. Ce motif récurrent de mépris pour le sacrifice militaire suggère un problème profond et structurel dans la relation que Trump entretient avec l’institution militaire et ses valeurs.
Il y a une consternante régularité dans ces propos, une sorte de mécanisme infernal qui ramène toujours Trump à nier la valeur de ceux qui ont donné leur vie, à mépriser ceux qui ont porté l’uniforme, à railler ceux qui ont souffert pour leur pays. C’est comme s’il y avait quelque chose d’incompréhensible pour lui dans l’idée de sacrifice, quelque chose d’étranger dans la notion d’honneur, quelque chose d’absurde dans le concept de devoir. Les losers et les suckers, voilà comment il voit ceux qui sont morts, comme des idiots qui auraient dû faire autre chose, qui auraient dû être plus malins, qui auraient dû être comme lui, riches, puissants, à l’abri des balles et des souffrances. C’est une vision du monde cynique à l’extrême, une vision où tout se marchande, où tout se calcule, où le courage n’est qu’une forme de bêtise et l’héroïsme qu’une aberration pour les faibles. Et c’est terrifiant de penser que l’homme qui tient ces propos est le commandant en chef des forces armées du pays le plus puissant du monde, qu’il envoie des jeunes hommes et des jeunes femmes se faire tuer en pensant qu’ils sont des losers s’ils meurent.
Les réactions du monde militaire américain
Les propos de Trump ont également provoqué des réactions au sein même de la communauté militaire américaine, bien que les chefs d’état-major aient généralement évité les critiques publiques directes pour respecter la chaîne de commandement. Cependant, de nombreux vétérans et organisations militaires ont exprimé leur désapprobation en privé, reconnaissant que les déclarations du président sapent le moral des troupes et la relation avec les alliés. Le fait que le président américain ait servi cinq fois de report pour éviter la conscription pendant la guerre du Vietnam, invoquant des éperons osseux aux pieds, a été rappelé par plusieurs critiques britanniques, dont le chef des libéraux-démocrates, Ed Davey, qui a écrit sur X : « Trump a évité le service militaire 5 fois. Comment ose-t-il remettre en question leur sacrifice. »
Les relations entre Trump et l’establishment militaire ont toujours été complexes. En tant que candidat, il avait promis de restaurer la puissance militaire américaine, mais en tant que président, il a souvent critiqué la gestion des guerres par ses prédécesseurs et minimisé l’importance des alliances internationales comme l’OTAN. Cette tension entre la rhétorique pro-militaire et les pratiques concrètes du président a créé une situation ambigüe pour les forces armées qui se retrouvent souvent prises entre leur devoir de loyauté envers le commandant en chef et leur attachement aux valeurs de l’alliance et au respect dû aux alliés. Les récentes déclarations sur l’Afghanistan ont exacerbé cette tension en plaçant les militaires américains dans une position inconfortable vis-à-vis de leurs homologues européens.
Il y a une ironie amère à voir un homme qui a trouvé cinq excuses pour ne pas aller au Vietnam juger ceux qui sont allés en Afghanistan, en Irak, dans tous ces endroits où les États-Unis ont envoyé leurs enfants se faire tuer pendant les vingt dernières années. Les éperons osseux, quelle excuse, quelle belle excuse inventée pour éviter d’avoir à faire face à la réalité de la guerre, pour rester à l’arrière pendant que d’autres allaient au front. Et aujourd’hui, cet homme-là critique ceux qui sont allés, qui se sont battus, qui sont morts, en les traitant comme s’ils avaient fait quelque chose de mal, comme s’ils avaient eu tort d’être courageux, d’avoir été loyaux, d’avoir servi leur pays. C’est une hypocrisie à couper le souffle, une forme de cynisme qui défie toute logique, toute morale, toute décence. Les militaires américains, ces hommes et ces femmes qui portent l’uniforme avec fierté, méritent mieux que ça, méritent un commandant en chef qui comprend ce que signifie le sacrifice, qui respecte ce qu’ils ont fait, qui honore leurs morts au lieu de les mépriser.
Conclusion : Une blessure qui ne cicatrisera pas
Les conséquences pour l’alliance atlantique
Les propos de Trump sur les soldats de l’OTAN en Afghanistan risquent d’avoir des conséquences durables sur l’alliance atlantique déjà fragilisée par des années de tensions. La confiance entre les États-Unis et leurs alliés européens, construite painstakingment depuis la Seconde Guerre mondiale, a été sérieusement érodée par cette série d’insultes et de menaces. Le fait que le président américain puisse nier ouvertement le sacrifice d’alliés qui ont répondu à l’appel de l’Article 5 soulève des questions fondamentales sur l’avenir de l’alliance et sur la capacité des nations européennes à compter sur les États-Unis en cas de crise majeure. Certains observateurs suggèrent que cet incident pourrait accélérer les efforts européens vers une plus grande autonomie stratégique.
Le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, a tenté de minimiser les dégâts en rappelant l’engagement solide des alliés envers l’alliance, mais ses mots risquent de ne pas suffire à réparer la confiance brisée. Les dirigeants européens, traditionnellement prudents dans leurs critiques publiques à l’égard des États-Unis, ont cette fois-ci laissé libre cours à leur frustration et à leur colère, signe que quelque chose a changé fondamentalement dans la relation transatlantique. Le refus obstiné de Trump de s’excuser ou même de reconnaître une quelconque erreur dans ses propos suggère que cette crise pourrait durer encore longtemps, au-delà même de la durée de son mandat présidentiel. L’alliance atlantique survivra peut-être à cette épreuve, mais elle n’en sortira pas indemne.
Il y a des blessures qui laissent des cicatrices, et puis il y a celles qui changent à jamais la façon dont on voit les choses, dont on voit les gens, dont on comprend le monde. Cette crise-là est du deuxième genre. Après ça, l’Europe ne verra plus les États-Unis de la même manière, ne fera plus confiance de la même manière, ne croira plus aux mêmes promesses. Il y a quelque chose qui s’est brisé cette semaine, quelque chose qui ne se recolle pas, qui ne se répare pas, qui reste comme un éclat de verre profondément enfoncé dans la chair de l’alliance. Et c’est triste à dire, mais c’est ainsi : l’innocence est morte, cette croyance naïve que nous étions tous dans le même bateau, que nous partagions les mêmes valeurs, que nous pensions les mêmes choses. Trump a tué cette innocence, il a tué cette confiance, il a tué cette certitude que nous pouvions toujours compter sur nos amis d’outre-Atlantique. Après ça, on continuera sans doute de travailler ensemble, de coopérer, de signer des accords, mais quelque chose d’essentiel aura disparu, cette foi pure dans la solidarité qui était au cœur de l’alliance depuis 1949.
Le devoir de mémoire : ne pas oublier
Au-delà des considérations géopolitiques et diplomatiques, cette affaire pose la question fondamentale du devoir de mémoire envers les soldats morts au combat. Les familles des victimes, les vétérans et les sociétés qui ont perdu leurs fils dans les conflits de ces vingt dernières années se battent pour que le sacrifice de leurs proches ne soit pas effacé ou minimisé par la politique. La vérité historique concernant l’engagement des troupes alliées en Afghanistan doit être préservée, non pas pour servir des agendas politiques, mais pour honorer ceux qui ont donné leur vie dans le cadre de l’Article 5 de l’OTAN. Les 3 500 soldats alliés morts en Afghanistan, dont 2 456 Américains et 457 Britanniques, méritent que leur sacrifice soit reconnu et respecté, quelles que soient les fluctuations de la politique internationale.
Les monuments aux morts dispersés à travers l’Europe et les États-Unis, les noms gravés dans la pierre, les cérémonies du souvenir qui ont lieu chaque année, tout cela témoigne de l’importance que nos sociétés accordent au devoir de mémoire envers ceux qui sont tombés pour nous. Les propos de Trump, en niant ou minimisant cet engagement, menacent ce devoir de mémoire et risquent d’effacer une partie importante de notre histoire commune. C’est pourquoi les réactions indignées des familles, des vétérans et des dirigeants européens sont si importantes : elles représentent une défense de la vérité historique et un refus de laisser la politique instrumentaliser la mémoire des morts. L’histoire ne peut pas être réécrite pour satisfaire les ego des dirigeants du moment, et le sacrifice de ceux qui sont tombés en Afghanistan mérite mieux que d’être relégué au rang de fiction politique.
Et c’est peut-être ça, au fond, la plus grande leçon de cette sombre histoire : la mémoire nous appartient à tous, elle n’appartient à personne, elle est ce qui nous relie à ceux qui nous ont précédés, ce qui nous donne une place dans la longue chaîne des générations. Quand Trump essaie de réécrire l’histoire, de nier ce qui s’est passé, de minimiser ce qui a été vécu, il ne s’attaque pas seulement aux faits, il s’attaque à notre identité collective, à cette mémoire partagée qui nous fait ce que nous sommes. Nous ne pouvons pas le laisser faire, nous ne pouvons pas accepter que les morts soient effacés, que les sacrifices soient niés, que la vérité soit piétinée. Parce que si nous laissons faire ça, qu’est-ce qui restera ? Qu’est-ce qui nous reliera encore à ces 457 Britanniques, à ces 44 Danois, à ces 150 Canadiens qui sont morts si loin de chez eux ? Si nous laissons leur mémoire être détruite par le cynisme politique, alors nous perdrons quelque chose d’essentiel en nous, quelque chose qui nous rend humains, quelque chose qui nous permet de regarder l’avenir en sachant d’où nous venons. La vérité vaut la peine d’être défendue, la mémoire vaut la peine d’être protégée, et le sacrifice de ces hommes vaut la peine d’être honoré, quoi qu’on en dise, quoi qu’on en pense, quoi qu’il arrive.
Sources
Sources primaires
Yahoo News / The Daily Beast, « Trump Faces Furious Backlash After Fresh Insult to Fallen Soldiers », 23 janvier 2026
Reuters, « UK’s Starmer calls Trump’s remarks on allies in Afghanistan ‘frankly appalling' », 23 janvier 2026
CNN, « Trump angers allies with claim NATO troops ‘stayed a little back’ from front lines in Afghanistan », 23 janvier 2026
ABC News, « UK PM, others outraged at Trump’s comments downplaying NATO allies », 23 janvier 2026
The Guardian, « Trump claims Nato troops ‘stayed a little off the frontlines’ in Afghanistan », 22 janvier 2026
Sources secondaires
The Telegraph, « Badenoch accuses Trump of denigrating Britain’s war dead », 23 janvier 2026
The Mirror, « Mum’s outrage at Trump’s vile slur », 23 janvier 2026
BBC News, « Harry says sacrifices by Nato troops in Afghanistan deserve ‘respect' », 23 janvier 2026
Global News Canada, « No standing back in Afghanistan, minister says after Trump remarks », 23 janvier 2026
Military Times, « Trump remarks on NATO troops in Afghanistan spark global indignation », 23 janvier 2026
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