Mediazona : compter les morts un par un
Le projet Mediazona, en collaboration avec BBC Russie, effectue un travail de fourmi aussi méticuleux que glaçant. Ils comptent les morts russes un par un. Nom par nom. Visage par visage. Au 16 janvier 2026, ils avaient confirmé la mort de 163 606 soldats russes par des sources vérifiables : avis de décès, publications de familles sur les réseaux sociaux, annonces officielles, photos de tombes. Ce chiffre ne représente qu’une fraction des pertes réelles — les experts estiment qu’il pourrait correspondre à seulement 45 à 65 % du total véritable — mais il a le mérite d’être irréfutable. Chaque nom est documenté. Chaque mort est prouvée. 6 302 officiers figurent parmi ces victimes confirmées. Des capitaines, des majors, des colonels. L’ossature de commandement de l’armée russe s’effrite, une étoile à la fois.
La méthodologie de Mediazona est implacable. Ils épluchent les réseaux sociaux, les médias régionaux russes, les registres de successions. Quand un soldat russe meurt, quelqu’un quelque part publie un avis. Une mère endeuillée. Une épouse qui cherche des réponses. Un ami d’enfance qui partage une photo. Ces traces numériques deviennent des preuves. Et ces preuves s’accumulent. 2025 a été l’année la plus meurtrière de toute l’invasion, selon leurs données. Plus sanglante que 2024. Plus sanglante que 2023. Chaque année dépasse la précédente en horreur. La guerre s’intensifie. Les pertes explosent. Et le Kremlin continue de nier, de minimiser, de cacher. Mais les tombes, elles, ne mentent pas. Les cimetières russes s’étendent. Les rangées de croix fraîches s’allongent. Et Mediazona compte. Inlassablement.
Il y a quelque chose de profondément humain dans ce travail de Mediazona. Face à la machine de propagande du Kremlin qui efface, qui minimise, qui nie, ces journalistes et bénévoles redonnent une identité aux disparus. Ils refusent que ces hommes deviennent de simples statistiques. Ils disent : « Cet homme a existé. Il avait un nom. Il est mort dans cette guerre. » C’est un acte de résistance par la vérité. Et quelque part, je me dis que les familles de ces soldats méritent au moins ça. La vérité. Même si elle est insupportable.
Les sacrifiés de Pokrovsk et les fantômes de Koursk
Sur le front de Pokrovsk, la boucherie atteint des sommets. C’est la direction la plus chaude de toute la ligne de front. Le 15 janvier 2026, les défenseurs ukrainiens ont repoussé 46 assauts russes rien que dans ce secteur. 46 vagues d’hommes lancés contre des positions fortifiées. La « ceinture de forteresses » Pokrovsk-Myrnohrad a ralenti l’avance russe à un « pas de fourmi », forçant Moscou à chercher des routes de contournement. Mais chaque tentative de contournement coûte des vies. Les forces ukrainiennes ont même réussi des contre-avancées locales fin décembre 2025 et début janvier 2026, reprenant du terrain à Rodynske et Hryshyne. Les Russes avancent, reculent, avancent encore. Et meurent. Toujours.
Dans l’oblast de Koursk, sur le territoire russe lui-même, la situation est tout aussi sanglante. Les forces russes tentent de reprendre les zones conquises par l’offensive ukrainienne de 2024, mais le prix est exorbitant. Le 4 janvier 2026, le colonel ukrainien Viktor Trehubov rapportait que les Russes utilisaient des tactiques d’infiltration par petits groupes, semant des mines télécommandées pour empêcher les contre-attaques. C’est une guerre d’usure dans sa forme la plus brutale. Chaque mètre de terre est disputé. Chaque position change de mains plusieurs fois. Et à chaque changement, des hommes tombent. Le 11 janvier 2026, les forces de défense ukrainiennes ont repoussé 200 attaques russes sur l’ensemble du front. 200. En 24 heures. L’intensité des combats défie l’imagination.
Section 3 : L'équation impossible de Poutine
Une armée qui se cannibalise
La Russie fait face à un problème mathématique insoluble. Pour maintenir son offensive, elle a besoin d’environ 30 000 nouvelles recrues par mois. Mais les pertes dépassent souvent ce chiffre. Et le vivier se tarit. Les volontaires se font rares — malgré des primes qui atteignent parfois l’équivalent de deux ans de salaire moyen. Les prisonniers envoyés au front par Wagner et d’autres groupes sont décimés en quelques semaines. Les mobilisés de 2022 sont morts, blessés ou traumatisés. Alors le Kremlin élargit le recrutement. Des hommes de 50, 55, même 60 ans apparaissent désormais sur les listes de Mediazona. Des pères de famille envoyés creuser des tranchées qu’ils ne quitteront jamais. La Russie vieillit son armée parce qu’elle n’a plus assez de jeunes à sacrifier.
Les équipements suivent la même courbe descendante. Les chars modernes — les T-90, les T-80 — s’épuisent. La Russie ressort des T-62 des réserves, des engins conçus il y a 60 ans pour une guerre qui n’existe plus. Les stocks soviétiques, jadis considérés comme inépuisables, touchent à leur fin. Selon certaines estimations, la Russie aura épuisé ses réserves de chars utilisables d’ici 2027. Et la production ne suit pas. Les sanctions occidentales ont coupé l’accès aux composants électroniques de précision. Les usines tournent, mais à un rythme insuffisant. Poutine a hérité d’une armée pensée pour une guerre courte et massive. Il l’utilise dans une guerre longue et d’usure. C’est comme utiliser un marteau-piqueur pour sculpter du marbre. Ça casse tout. Mais surtout le marteau.
Et la question qui me hante : combien de temps encore ? Combien de mères russes devront recevoir ce coup de fil ? Combien de villages russes verront leurs hommes ne jamais revenir ? Poutine a transformé une génération entière en chair à canon. Il a vidé des régions entières de leurs fils. Et pour quoi ? Pour quelques kilomètres de ruines ? Pour un drapeau planté sur des décombres ? L’histoire jugera. Mais les morts, eux, ne verront jamais ce verdict.
Le gouffre des drones et de l’artillerie
La guerre moderne se joue aussi — surtout — dans les airs et à distance. Et là encore, les chiffres russes donnent le tournis. 114 896 drones abattus par l’Ukraine depuis le début du conflit, dont 847 en une seule journée au 25 janvier 2026. 4 205 missiles de croisière détruits. 1 624 systèmes de lance-roquettes multiples. 1 286 systèmes anti-aériens. La Russie tire, l’Ukraine intercepte, la Russie tire encore. C’est une course de consommation où les deux camps épuisent leurs arsenaux. Mais la Russie n’a pas d’alliés qui fabriquent des Patriot ou des IRIS-T. Elle dépend de l’Iran pour ses drones Shahed, de la Corée du Nord pour ses obus. Des partenaires dont les capacités industrielles ne rivalisent pas avec l’Occident.
L’artillerie reste la grande faucheuse de cette guerre. 36 612 systèmes d’artillerie russes détruits, plus 32 dans les dernières 24 heures. C’est une guerre de tubes et de barils. Qui peut tirer le plus, le plus longtemps, le plus précisément. Les Ukrainiens ont appris à utiliser leurs munitions avec parcimonie, frappant juste plutôt que fort. Les Russes, eux, inondent les positions ennemies d’obus, souvent sans coordination, souvent sans effet. Mais chaque tir russe qui rate, c’est un obus en moins dans les réserves. Et quand les réserves s’épuisent, il ne reste que les hommes. Les hommes qu’on envoie à pied, avec des fusils, contre des positions défendues par des drones FPV et des mines antipersonnel. C’est du suicide organisé. Et Moscou continue d’organiser.
Section 4 : Les yeux du monde et le silence du Kremlin
Ce que l’Occident voit
Les services de renseignement occidentaux observent cette hémorragie russe avec un mélange de stupéfaction et d’inquiétude. Stupéfaction devant l’ampleur des pertes. Inquiétude devant l’indifférence du Kremlin. L’ex-directeur de la CIA, William Burns, a été explicite : la Russie peut absorber ces pertes. Pour l’instant. Le pays compte 144 millions d’habitants. Il peut encore puiser dans ses régions les plus pauvres, les plus éloignées, les plus oubliées. Les républiques du Caucase, la Sibérie, l’Extrême-Orient russe fournissent une part disproportionnée des soldats — et des morts. Moscou et Saint-Pétersbourg sont relativement épargnées. La guerre reste lointaine pour les élites urbaines. Elle se mène avec le sang des périphéries.
Le ministère britannique de la Défense publie des évaluations quotidiennes qui confirment la tendance : les pertes russes ne fléchissent pas. Elles augmentent. La Russie compense la qualité par la quantité, l’équipement par la chair humaine. C’est une doctrine militaire d’un autre âge, celle de Joukov et de Staline — « la mort d’un homme est une tragédie, la mort d’un million est une statistique ». Sauf que nous ne sommes plus en 1943. Les mères russes ont des téléphones. Les soldats ont des VPN. L’information circule, même à travers les mailles de la censure. Et lentement, imperceptiblement, la vérité s’infiltre. Pas assez pour changer le cours de la guerre. Mais assez pour que certains commencent à poser des questions.
Vous savez ce qui me frappe le plus dans cette guerre ? Le silence. Le silence assourdissant de la société russe. Oh, il y a des exceptions. Des manifestantes avec des fleurs. Des graffitis effacés. Des murmures étouffés. Mais globalement, le silence. Un million de victimes, et le silence. Comment une société entière accepte-t-elle de sacrifier ses fils sur l’autel des ambitions d’un seul homme ? Je n’ai pas de réponse. Peut-être que les Russes eux-mêmes ne l’ont pas non plus. Peut-être qu’ils préfèrent ne pas se la poser.
Le Kremlin et l’art du déni
La propagande russe a atteint des sommets d’absurdité. Les chiffres officiels du ministère de la Défense russe — quand ils daignent en publier — sont risibles. Quelques milliers de morts, tout au plus. Les chaînes de télévision d’État ne montrent jamais les cercueils. Les funérailles sont discrètes, souvent nocturnes, toujours silencieuses. Les familles qui osent parler sont intimidées, poursuivies, parfois pire. Le Kremlin a criminalisé la « discréditation de l’armée » — un euphémisme pour « dire la vérité ». Quinze ans de prison pour avoir partagé des chiffres de pertes. Quinze ans pour avoir dit ce que Mediazona documente quotidiennement. Le mensonge est devenu politique d’État. Et la vérité, un crime.
Mais la vérité a cette qualité irritante : elle finit toujours par émerger. Les cimetières s’agrandissent. Les villages se vident. Les usines manquent de bras. L’économie russe, malgré les apparences, souffre. Pas encore assez pour s’effondrer. Mais assez pour que les fissures apparaissent. L’inflation grimpe. Le rouble vacille. Les sanctions mordent, lentement mais sûrement. Et Poutine, coincé dans sa logique de guerre totale, n’a plus de porte de sortie honorable. Reculer serait admettre l’échec. Avancer coûte des milliers de vies par semaine. Alors il avance. Il avance parce qu’il ne sait plus faire autrement. Il avance parce que s’arrêter serait mourir politiquement. Et pour Vladimir Poutine, sa survie politique vaut bien un million de vies russes.
Section 5 : Les machines de mort
Le cimetière blindé de l’armée russe
11 605 chars. Ce chiffre mérite qu’on s’y attarde. Avant la guerre, la Russie était censée posséder environ 12 000 à 13 000 chars de toutes catégories, actifs et en réserve. Nous approchons du seuil critique. Chaque jour, l’Ukraine revendique la destruction de 2 à 5 chars supplémentaires. Le 25 janvier 2026, c’était 2 de plus. Ces engins, jadis symboles de la puissance militaire soviétique puis russe, brûlent dans les champs ukrainiens. Les images de tourelles de T-72 éjectées par l’explosion des munitions internes sont devenues virales. L’« effet Jack-in-the-Box », l’appellent les analystes. La mort instantanée de l’équipage, vaporisé par la déflagration. Et un char de plus pour les statistiques.
Les 23 950 véhicules blindés de transport de troupes détruits racontent la même histoire. Les BMP, les BTR, les MT-LB improvisés — tous ces engins qui devaient protéger l’infanterie russe deviennent leurs cercueils roulants. Les drones FPV ukrainiens, ces petits quadricoptères équipés de charges explosives, ont révolutionné la guerre antichars. Pour quelques centaines de dollars, un adolescent ukrainien formé en trois semaines peut détruire un véhicule d’un million de dollars. L’asymétrie est totale. Et mortelle. Les soldats russes le savent. Ils ont peur des drones comme leurs ancêtres avaient peur des Stuka. Sauf que les drones sont partout. Toujours. Silencieux jusqu’au dernier moment. Puis — BANG.
L’aviation décimée et la flotte humiliée
434 avions. 347 hélicoptères. L’armée de l’air russe, la VKS, a perdu une part significative de sa flotte. Pas suffisamment pour être neutralisée, mais assez pour être prudente. Les pilotes russes volent à distance, lâchent leurs bombes planantes FAB depuis l’espace aérien russe, évitent de s’approcher des systèmes de défense antiaérienne ukrainiens. Chaque sortie est un risque. Chaque Su-34 abattu coûte 50 millions de dollars et des années de formation. Les avions ne se remplacent pas comme les chars. La Russie produit peut-être 20 à 30 avions de combat par an. Elle en perd autant en quelques mois. L’équation, encore une fois, ne balance pas.
Et puis il y a la marine. 28 navires coulés ou gravement endommagés. 2 sous-marins. La flotte de la mer Noire, jadis fierté de la Russie impériale puis soviétique, a été chassée de Crimée. Les missiles ukrainiens Neptune, les drones navals, les frappes sur Sébastopol ont forcé les navires russes à se replier vers Novorossiisk. Le croiseur Moskva, navire amiral, repose au fond de la mer depuis avril 2022. Symbole parfait d’une guerre où les géants tombent face aux innovations des plus petits. La Russie contrôle toujours la mer — techniquement. Mais elle n’ose plus s’en servir. Ses navires restent au port, vulnérables et inutiles. L’Ukraine, nation sans marine de guerre significative, a gagné la bataille navale. L’histoire retiendra cette ironie.
Quand j’étais enfant, je jouais avec des modèles réduits de chars soviétiques. Le T-34, le légendaire. Le char qui avait gagné la guerre. Mon père me racontait Stalingrad, Koursk, Berlin. La puissance de l’Armée rouge. Et aujourd’hui, je regarde ces mêmes chars — enfin, leurs descendants — brûler dans les champs ukrainiens. Transformés en cercueils d’acier par des drones pilotés par des gamins de 20 ans. La roue de l’histoire tourne. Et parfois, elle écrase ceux qui pensaient la contrôler.
Section 6 : Le front qui ne dort jamais
180 combats par jour, chaque jour
Le 20 janvier 2026, l’État-Major ukrainien rapportait 165 affrontements en 24 heures. Quelques jours plus tard, ce chiffre atteignait 180. La ligne de front s’étend sur près de 1 000 kilomètres. Chaque kilomètre est disputé. Chaque position est attaquée et défendue plusieurs fois. Pokrovsk et Huliaïpole restent les secteurs les plus actifs, véritables fournaises où les hommes meurent par dizaines chaque jour. Les forces russes lancent des assauts mécanisés, se font repousser, reforment leurs unités, attaquent à nouveau. C’est une guerre d’attrition dans sa forme la plus pure. Pas de manœuvres brillantes. Pas de percées décisives. Juste la pression constante, l’usure méthodique, la mort quotidienne.
Les troupes ukrainiennes tiennent. Elles plient parfois, reculent sur certains secteurs, mais ne craquent pas. La « ceinture de forteresses » autour de Pokrovsk absorbe les vagues d’assaut comme une éponge absorbe l’eau. Les Russes gagnent un village, perdent un bataillon. Ils avancent de 500 mètres, laissent 200 corps derrière eux. C’est la définition même de la victoire à la Pyrrhus. Pokrovsk finira peut-être par tomber. Mais à quel prix ? Et surtout : pour quoi faire ? Derrière Pokrovsk, il y a d’autres villes. D’autres forteresses. D’autres lignes de défense. Et toujours moins de soldats russes pour les prendre.
Le calcul macabre des kilomètres carrés
Selon l’Institute for the Study of War, les forces russes ont conquis 4 831 kilomètres carrés en Ukraine et repris environ 473 kilomètres carrés dans l’oblast de Koursk en 2025. Cela représente environ 0,8 % du territoire ukrainien. Moins d’un pour cent. En une année entière. Au prix d’environ 78 victimes par kilomètre carré gagné. Faisons le calcul : pour conquérir 1 % de l’Ukraine, la Russie devrait perdre environ 390 000 hommes supplémentaires, au rythme actuel. Pour conquérir 10 %, ce serait 3,9 millions. Pour conquérir tout le pays — l’objectif initial de Poutine — les pertes se chiffreraient en dizaines de millions. C’est évidemment impossible. Et c’est précisément pour cela que cette guerre n’a pas de fin en vue.
Entre le 16 décembre 2025 et le 13 janvier 2026, les forces russes n’ont conquis que 79 kilomètres carrés. L’offensive ralentit. L’hiver mord. Les lignes de ravitaillement s’étirent. Et les hommes s’épuisent. Chaque avancée coûte plus cher que la précédente. Chaque position défendue par les Ukrainiens exige plus de vies russes pour être prise. C’est la logique implacable de la guerre d’usure : celui qui tient le plus longtemps gagne. Et la Russie, malgré ses ressources, malgré sa profondeur stratégique, malgré son indifférence aux pertes, commence à montrer des signes de fatigue. Pas encore assez pour s’effondrer. Mais assez pour que l’issue ne soit plus certaine.
Section 7 : La guerre des drones, nouvelle donne
847 drones en 24 heures
Le 25 janvier 2026, l’Ukraine a abattu 847 drones russes en une seule journée. 847. C’est un record qui illustre la transformation de cette guerre. Les drones sont partout. Ils observent, ils frappent, ils terrorisent. Les Shahed iraniens, rebaptisés Geran-2 par la propagande russe, s’écrasent sur les infrastructures ukrainiennes nuit après nuit. Les FPV de fabrication artisanale traquent les soldats jusque dans leurs tranchées. Les drones kamikazes Lancet chassent les blindés. C’est une guerre où le ciel n’appartient plus à personne — ou plutôt à tout le monde. Chaque camp déploie des milliers de ces engins chaque jour. Et chaque jour, des centaines sont détruits.
Le total cumulé de 114 896 drones opérationnels-tactiques russes détruits depuis le début de la guerre donne le vertige. Presque 115 000 engins. La Russie a dû adapter toute son industrie pour alimenter cette consommation frénétique. Les usines travaillent 24 heures sur 24. Les composants chinois affluent malgré les sanctions. L’Iran fournit des Shahed par lots de centaines. Mais l’Ukraine aussi s’est adaptée. Ses défenses antidrones s’améliorent. Ses brouilleurs électroniques neutralisent une part croissante des attaquants. Et ses propres drones frappent de plus en plus profondément en territoire russe. Moscou, Saint-Pétersbourg, des raffineries à 1 000 kilomètres du front — nulle part n’est plus à l’abri. La guerre des drones n’a pas de front. Elle est partout.
Conclusion : L'équation sans solution
Un million de raisons de s’arrêter, une seule volonté de continuer
1 234 040 soldats russes. Un chiffre qui continuera de grimper demain. Et après-demain. Et la semaine prochaine. Parce que Vladimir Poutine a décidé que cette guerre valait ce prix. Parce que le Kremlin a transformé la Russie en machine de guerre permanente. Parce que reculer maintenant serait admettre que tout cela — toutes ces morts, toutes ces souffrances, toutes ces vies brisées — n’aurait servi à rien. Alors la guerre continue. Les chars brûlent. Les drones bourdonnent. Les obus s’écrasent. Et les corps s’accumulent dans ces champs gelés où plus rien ne pousse depuis longtemps.
L’Ukraine tient. Contre toute attente, contre toute logique, l’Ukraine tient. Ses villes sont bombardées mais pas conquises. Ses soldats meurent mais ne fuient pas. Son peuple souffre mais ne se soumet pas. Et face à cette résistance, la Russie se vide de son sang. Pas assez vite pour s’effondrer. Mais assez pour que la victoire promise devienne de plus en plus improbable. Quelque part, un stratège russe regarde une carte et compte les divisions disponibles. Quelque part, une mère russe regarde une photo et compte les jours depuis le dernier message. Quelque part, un soldat ukrainien regarde l’horizon et compte les drones qui arrivent. Et nous, nous comptons les jours. 1432. 1433. 1434. Combien encore ?
Je termine cet article comme je l’ai commencé : avec un chiffre. 1 234 040. Dans quelques heures, il sera obsolète. Demain, il aura augmenté de mille, peut-être plus. Et je me retrouve face à cette question qui me hante depuis le premier jour de cette guerre : à quoi ça sert ? Pas la résistance ukrainienne — ça, je le comprends. On défend sa terre, sa famille, sa liberté. Mais côté russe ? À quoi servent ces morts ? Pour quelques hectares de boue ? Pour la gloire d’un autocrate vieillissant ? Pour prouver que la Russie est encore une grande puissance ? Si c’est ça le prix de la grandeur, alors je préfère la petitesse. Je préfère un pays modeste dont les fils reviennent vivants. Les fantômes de cette guerre hanteront la Russie pendant des générations. Et quelque part, je me dis que c’est peut-être la seule justice qu’ils obtiendront jamais.
Le compteur qui ne s’arrête jamais
Au moment où vous lisez ces lignes, le chiffre a changé. 1 234 040 est déjà le passé. Le présent, c’est 1 235 000. Ou 1 236 000. Ou plus encore. Le compteur tourne. Il tournera demain. Il tournera l’année prochaine. Jusqu’à ce que quelqu’un — Poutine, son successeur, ou l’histoire elle-même — décide enfin d’appuyer sur stop. En attendant, nous continuerons de compter. Parce que chaque chiffre est une vie. Et que ces vies méritent au moins d’être comptées.
La guerre en Ukraine n’est pas près de se terminer. Mais une chose est certaine : elle a déjà changé le monde. Elle a révélé les limites de la puissance russe. Elle a prouvé que la résistance d’un peuple peut tenir tête à un empire. Elle a montré que les chars du XXe siècle meurent sous les drones du XXIe. Et elle a rappelé au monde entier le prix terrible, obscène, insupportable de la guerre. 1 234 040. N’oubliez jamais ce chiffre. Parce que derrière lui, il y a des noms. Des visages. Des vies qui ne seront plus jamais vécues. Et ça, c’est impardonnable.
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur et analyste. Mon expertise réside dans l’observation et l’analyse des dynamiques géopolitiques et militaires qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies militaires, à comprendre les mouvements de forces, à contextualiser les décisions des acteurs internationaux et à proposer des perspectives analytiques sur les transformations qui redéfinissent nos sociétés.
Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. Je prétends à la lucidité analytique, à l’interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux complexes qui nous concernent tous. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et stratégique, et d’offrir une lecture critique des événements.
Méthodologie et sources
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et analyses interprétatives. Les informations factuelles présentées proviennent exclusivement de sources primaires et secondaires vérifiables.
Sources primaires : communiqués officiels de l’État-Major des Forces Armées d’Ukraine, données du projet Mediazona en collaboration avec BBC Russie, rapports de l’Institute for the Study of War, déclarations officielles de l’OTAN et des gouvernements occidentaux.
Sources secondaires : analyses du ministère britannique de la Défense, estimations des services de renseignement occidentaux (CIA), publications de Defence-UA, Ukrinform, RBC-Ukraine, et travaux de recherche indépendants.
Nature de l’analyse
Les analyses, interprétations et perspectives présentées dans les sections analytiques de cet article constituent une synthèse critique et contextuelle basée sur les informations disponibles, les tendances observées et les commentaires d’experts cités dans les sources consultées.
Mon rôle est d’interpréter ces faits, de les contextualiser dans le cadre des dynamiques militaires et géopolitiques contemporaines, et de leur donner un sens cohérent dans le grand récit du conflit russo-ukrainien. Ces analyses reflètent une expertise développée à travers l’observation continue des opérations militaires et la compréhension des mécanismes stratégiques qui animent les belligérants.
Toute évolution ultérieure de la situation pourrait naturellement modifier les perspectives présentées ici. Cet article sera mis à jour si de nouvelles informations officielles majeures sont publiées, garantissant ainsi la pertinence et l’actualité de l’analyse proposée.
Sources
Sources primaires
État-Major des Forces Armées d’Ukraine — Données officielles sur les pertes russes — 25 janvier 2026
Defence-UA — « 1432 Days of Russia-Ukraine War: Russian Casualties in Ukraine » — 25 janvier 2026
Mediazona / BBC Russie — Projet de documentation des pertes russes confirmées — Mise à jour 16 janvier 2026
Institute for the Study of War (ISW) — Évaluations des opérations offensives russes — Janvier 2026
Sources secondaires
Ministère britannique de la Défense — Estimations des pertes russes — Décembre 2025
William Burns (ex-directeur CIA) — Interview Financial Times sur les pertes russes — Janvier 2026
Mark Rutte (Secrétaire général OTAN) — Déclarations sur les pertes mensuelles russes — Janvier 2026
Ukrinform — Rapports quotidiens sur les engagements au front — Janvier 2026
RBC-Ukraine — Mises à jour sur la situation aux fronts de Pokrovsk et Koursk — Janvier 2026
Critical Threats / American Enterprise Institute — Analyses des opérations offensives russes — Janvier 2026
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