Pourquoi Pokrovsk est devenu l’épicentre
Pokrovsk n’est pas une grande ville. Avant la guerre, environ 60 000 personnes y vivaient, travaillant dans les mines de charbon et les industries locales. Aujourd’hui, c’est devenu le verrou stratégique de toute la région. Si Pokrovsk tombe, la route vers Dnipropetrovsk s’ouvre. Si Pokrovsk résiste, l’offensive russe dans le Donbass reste enlisée. Moscou l’a compris depuis l’automne dernier. Depuis, les attaques n’ont jamais cessé. Les forces ukrainiennes ont dû se replier de Myrnohrad, à l’est de la ville. Elles ont évacué les unités encerclées près du réservoir de Kleban-Bykske. Mais elles tiennent. Elles tiennent encore.
Le rapport de ce matin détaille la géographie de l’acharnement russe. 27 tentatives de percée sur l’axe de Pokrovsk depuis minuit. Les combats font rage autour de Rodynske et Bilytske, au nord de la ville. Les troupes russes utilisent des tactiques d’infiltration en petits groupes — un, deux, trois soldats maximum — pour s’introduire dans les positions ukrainiennes quand le mauvais temps limite la visibilité. Ils exploitent chaque tempête de neige, chaque brouillard. Et quand la météo se dégage, ce sont les assauts mécanisés qui reprennent : blindés, véhicules légers, quads, motos. Tout ce qui peut transporter un homme armé vers les lignes ennemies. Les pertes sont astronomiques des deux côtés, mais Poutine semble avoir décidé que le prix n’avait pas d’importance.
Il y a quelque chose d’obscène dans cette obstination. Envoyer des hommes par vagues successives vers une mort quasi certaine, jour après jour, nuit après nuit. Pour quoi ? Pour quelques kilomètres de terrain ravagé ? Pour un titre de victoire dans les médias d’État russes ? Je me demande ce que pensent les mères de ces soldats russes. Celles qui ont reçu un cercueil de zinc sans explication. Celles qui attendent encore des nouvelles d’un fils disparu. Est-ce qu’elles croient vraiment que leur sacrifice sert à quelque chose ? Ou est-ce qu’elles commencent à comprendre qu’ils ne sont que de la chair à canon pour un régime qui ne les a jamais considérés comme autre chose ?
Les tactiques de survie ukrainiennes
Face à cette pression incessante, les Forces de défense ukrainiennes ont dû adapter leurs stratégies. Le commandement a ordonné des raids réguliers dans les parties nord de Pokrovsk même, non pas pour reprendre du terrain, mais pour empêcher les Russes de consolider leurs positions et d’utiliser la ville comme base arrière pour de futures offensives vers Dobropillia. C’est une guerre de harcèlement, de coups de main, d’actions commando qui ne font jamais les gros titres mais qui, cumulées, font la différence entre une ligne qui tient et une ligne qui s’effondre.
Le village de Hryshyne est devenu le principal bastion ukrainien dans le secteur. Les combats s’y poursuivent aux abords, avec des unités d’assaut ukrainiennes qui mènent des opérations de contre-attaque localisées. Un porte-parole de brigade a confirmé le 13 janvier que les forces russes continuent d’utiliser des tactiques d’infiltration en petits groupes, mais qu’elles attaquent moins fréquemment en raison des conditions météorologiques défavorables. Une pause relative dans l’enfer. Mais personne ne se fait d’illusions : dès que le temps s’améliorera, les assauts reprendront de plus belle. La question n’est pas de savoir si, mais quand.
Huliaïpole : le nouveau front qui s'embrase
La surprise venue du sud
Pendant que tous les regards se concentraient sur Pokrovsk, un autre front s’est embrasé dans le sud. Huliaïpole, dans la région de Zaporijjia, est devenu le théâtre d’une offensive russe de grande envergure. Ce 25 janvier, 12 tentatives d’assaut ont été enregistrées sur cet axe — le deuxième plus actif après Pokrovsk. Mais ce chiffre ne raconte qu’une partie de l’histoire. Ces dernières semaines, Huliaïpole a parfois dépassé Pokrovsk en intensité des combats. Le 4 janvier, c’est ici que la situation était la plus critique, avec 65 attaques russes repoussées en une seule journée.
Selon le Conflict Intelligence Team, les forces ukrainiennes pourraient ne tenir plus que la partie ouest de Huliaïpole. La ville serait « effectivement capturée » dans sa majeure partie. C’est une information que Kyiv n’a pas confirmée, mais les analystes occidentaux la prennent au sérieux. La pression sur les défenseurs ukrainiens est « intense », selon CNN. Les troupes sont « largement dépassées en nombre sur certaines parties des 1 000 kilomètres de ligne de front » et peinent à mobiliser des forces supplémentaires pour compenser les pertes. C’est la réalité brutale de cette guerre d’attrition : même quand on gagne tactiquement, on peut perdre stratégiquement par simple épuisement.
Huliaïpole. Un nom que j’ai dû chercher sur une carte. Un endroit dont je n’avais jamais entendu parler avant cette guerre. Et maintenant, des hommes y meurent par dizaines chaque jour pour le défendre ou pour le prendre. C’est peut-être ça, le plus tragique de cette guerre : ces lieux inconnus qui deviennent des cimetières, ces villages dont personne ne se souviendra dans dix ans mais où des vies entières se sont arrêtées. Qui se souviendra de Huliaïpole quand tout sera fini ? Qui honorera ceux qui y sont tombés ?
Le redéploiement stratégique
Face à l’urgence de la situation à Huliaïpole, le commandement ukrainien a dû prendre des décisions difficiles. Des unités ont été redéployées depuis le secteur de Pokrovsk vers la région de Zaporijjia — un choix douloureux qui revient à déshabiller Pierre pour habiller Paul. Les Forces armées ukrainiennes ont également procédé au retrait des unités qui combattaient en quasi-encerclement au sud de Kostiantynivka, le long des rives du réservoir de Kleban-Bykske. Ces hommes ont échappé au piège, mais le territoire a été abandonné. C’est l’équation impossible de cette guerre : sauver les soldats ou tenir le terrain.
Les combats à Huliaïpole se concentrent autour de plusieurs localités : Solodke, Dorozhnianka, Uspenivka, et la ville elle-même. Les troupes russes tentent d’avancer vers Dobropillia, Olenokostiantynivka, Zelene et Varvarivka. Chaque nom est un champ de bataille. Chaque kilomètre gagné ou perdu se paie en sang. Le 5 janvier, les défenseurs ukrainiens ont repoussé 65 attaques russes sur ce seul front. Le 17 janvier, 19 affrontements armés ont été enregistrés dans le secteur. La pression ne faiblit pas. Elle ne faiblit jamais.
Les autres fronts : la guerre sur 1 000 kilomètres
Kostiantynivka et Lyman sous pression
Si Pokrovsk et Huliaïpole concentrent l’essentiel de l’attention, la guerre se poursuit sur l’ensemble de la ligne de front. L’axe de Kostiantynivka a enregistré 8 tentatives de pénétration russes ce matin, toutes repoussées par les défenseurs ukrainiens. Sur l’axe de Lyman, 6 attaques ont été signalées, avec certains engagements toujours en cours au moment de la publication du rapport. C’est la réalité de cette guerre : elle ne se résume jamais à un seul point chaud. Pendant qu’on se bat à Pokrovsk, on meurt aussi à Lyman, à Kupiansk, sur le Dnipro.
Les régions de Tchernihiv et de Soumy, au nord de l’Ukraine, continuent de subir des bombardements d’artillerie. Plusieurs localités ont été frappées depuis le début de la journée. Les habitants de ces régions frontalières vivent sous la menace permanente des obus russes, même si la ligne de front se trouve à des centaines de kilomètres. C’est une autre dimension de cette guerre : la terreur à distance, les frappes sur les civils, la volonté délibérée de Moscou de rendre la vie impossible à tous les Ukrainiens, où qu’ils se trouvent. Les bombes planantes, les missiles de croisière, les drones kamikazes — l’arsenal de la destruction ne connaît pas de limites géographiques.
Mille kilomètres de front. J’essaie d’imaginer ce que ça représente. C’est la distance entre Paris et Naples. Entre Montréal et New York aller-retour. Et sur chaque kilomètre, des hommes se font face, des armes à la main, prêts à tuer ou à mourir. On parle de cette guerre comme d’un événement lointain, quelque chose qui se passe « là-bas ». Mais mille kilomètres de souffrance, de peur, de courage aussi — ça devrait nous concerner tous. Ça nous concerne tous.
Kupiansk et Kramatorsk : les cibles permanentes
Dans le nord du Donbass, la ville de Kupiansk reste un objectif majeur pour les forces russes. Des responsables militaires russes ont prétendu que l’encerclement de la ville serait « achevé entre janvier et février 2026 ». Une affirmation démentie par les faits sur le terrain : les troupes ukrainiennes auraient au contraire libéré une grande partie de la ville et de ses environs. La guerre de l’information fait rage autant que la guerre des tranchées. Chaque camp revendique des victoires, minimise ses défaites, tente de contrôler le récit. La vérité, comme toujours, se trouve quelque part entre les communiqués officiels.
Sur les axes de Sloviansk et Kramatorsk, les combats continuent avec une intensité variable. Ces deux villes du Donbass contrôlé par l’Ukraine représentent des cibles stratégiques que la Russie rêve de capturer depuis le début du conflit. Pour l’instant, elles tiennent. Les défenseurs repoussent les assauts quotidiens, colmatent les brèches, contre-attaquent quand ils le peuvent. C’est une guerre de positions, une guerre de tranchées digne du siècle dernier, mais avec des drones et des missiles hypersoniques en plus. Le 8 janvier, la Russie a d’ailleurs tiré un missile hypersonique Orechnik sur l’ouest de l’Ukraine, près de la frontière polonaise — une première utilisation opérationnelle d’un système capable de porter une charge nucléaire.
Le coût humain : des chiffres qui donnent le vertige
Plus de 1,2 million de victimes russes
Les chiffres sont si énormes qu’ils en perdent leur sens. Selon l’État-major ukrainien, la Russie a subi environ 1 223 090 pertes — tués et blessés confondus — entre le 24 février 2022 et le 15 janvier 2026. Un million deux cent vingt-trois mille quatre-vingt-dix. Répétez ce chiffre lentement. Laissez-le résonner. C’est la population d’une grande ville. C’est plus que la population de Marseille. Et ce ne sont pas des statistiques. Ce sont des hommes — des fils, des frères, des pères — qui ne rentreront jamais chez eux, ou qui rentreront brisés, mutilés, traumatisés à vie.
Les vérifications indépendantes, notamment celles menées par Mediazona et la BBC à partir de sources ouvertes, confirment au moins 163 600 morts russes au 16 janvier 2026, dont 6 302 officiers confirmés. C’est une estimation basse, basée uniquement sur des décès vérifiables — avis d’obsèques, photos de tombes, annonces officielles. Le chiffre réel est certainement beaucoup plus élevé. L’ancien directeur de la CIA, William Burns, a évoqué le chiffre de 1,1 million de victimes russes dans une interview au Financial Times en janvier 2026. Côté ukrainien, les pertes resteraient autour de 400 000 selon les estimations occidentales — un secret d’État que Kyiv garde jalousement.
Un million deux cent mille. Je n’arrive pas à visualiser ce nombre. Alors je le ramène à quelque chose de concret. C’est comme si toute la population de la ville où j’ai grandi disparaissait. Pas une fois. Plusieurs fois. Et chaque jour, le compteur continue. Mille cent cinquante hier. Combien aujourd’hui ? Combien demain ? Combien jusqu’à ce que quelqu’un, quelque part, décide que ça suffit ? Poutine regarde ces chiffres et décide de continuer. Comment peut-on prendre cette décision ? Comment peut-on être responsable de tant de morts et dormir la nuit ?
Le rythme des pertes : 30 000 par mois
Le président Zelensky a déclaré que la Russie perd près de 30 000 soldats par mois. Le commandant des forces ukrainiennes, le général Syrskyi, a précisé que l’ennemi avait perdu « plus de 33 000 personnels en décembre », un chiffre qui « n’inclut que les cas confirmés par vidéo » et que « les pertes réelles des occupants sont plus élevées ». Trente-trois mille en un mois. Mille par jour. Quarante par heure. Un toutes les deux minutes. Pendant que vous lisez ces lignes, quelque part sur le front, un soldat russe vient probablement de tomber.
Ces pertes sont-elles « insoutenables » comme l’affirme Kyiv ? Les avis divergent. La Russie continue de recruter, de mobiliser, de puiser dans ses réserves démographiques. Des reportages évoquent des prisonniers envoyés au front, des hommes recrutés dans les régions les plus pauvres du pays, des « volontaires » attirés par des primes colossales ou contraints par la menace. Le système tient. Pour l’instant. Mais la question que tous les analystes se posent est simple : jusqu’à quand ? À quel moment le coût humain deviendra-t-il politiquement inacceptable, même dans une autocratie ? À quel moment les mères russes cesseront-elles de pleurer en silence ?
L'équipement détruit : l'autre compteur de la guerre
Des milliers de blindés en cendres
Les pertes humaines ne sont pas les seules à s’accumuler. L’État-major ukrainien tient également le compte des équipements russes détruits. Au 18 janvier 2026, les chiffres donnent le vertige : 11 571 chars, 23 919 véhicules blindés, 36 294 systèmes d’artillerie, 1 616 lance-roquettes multiples, 1 278 systèmes antiaériens, 434 avions. Derrière chaque véhicule détruit, il y a des équipages tués ou blessés. Derrière chaque avion abattu, il y a un pilote qui ne volera plus jamais. Ces machines de guerre coûtent des millions de dollars chacune, mais leur vraie valeur se mesure en vies humaines.
La Russie puise dans ses stocks soviétiques pour remplacer ses pertes, ressortant des hangars des chars T-62 vieux de cinquante ans. Elle produit de nouveaux équipements dans ses usines tournant à plein régime. Mais les analystes occidentaux estiment que ce rythme n’est pas soutenable à long terme. La qualité se dégrade à mesure que les stocks de matériel moderne s’épuisent. Les équipages expérimentés sont de plus en plus rares. La machine de guerre russe continue de fonctionner, mais elle s’use. Elle s’use chaque jour un peu plus. La question est de savoir si elle s’usera avant que l’Ukraine ne soit épuisée.
La guerre des drones : le nouveau visage du combat
Cette guerre a vu l’émergence d’une nouvelle dimension du combat : les drones. Des milliers d’engins volants, du petit quadricoptère commercial aux grands appareils de reconnaissance, sillonnent le ciel du Donbass jour et nuit. Les drones kamikazes Shahed iraniens frappent les villes ukrainiennes. Les drones FPV ukrainiens chassent les blindés russes. C’est une guerre où un opérateur avec une manette de jeu vidéo peut détruire un char de plusieurs millions de dollars. Une guerre où la technologie grand public se transforme en arme mortelle.
Selon les données ukrainiennes, plus de 700 drones russes ont été abattus rien qu’en une journée récente. Sept cents. En vingt-quatre heures. Le ciel au-dessus du front est devenu un espace aussi contesté que le sol. Les deux camps investissent massivement dans cette technologie, développent des contre-mesures, innovent sans cesse. C’est une course aux armements en temps réel, où celui qui prend du retard paie le prix en vies humaines. Les soldats ukrainiens ont appris à craindre le bourdonnement caractéristique des drones russes. Les équipages de chars russes savent qu’un petit point dans le ciel peut signifier leur mort.
La guerre des drones. Ça sonne presque propre, technologique, distant. Comme un jeu vidéo. Mais derrière chaque frappe de drone, il y a un être humain qui meurt. Souvent sans comprendre ce qui lui arrive. Un bruit, une explosion, et c’est fini. On parle de « frappes chirurgicales » et de « précision militaire », mais la réalité est beaucoup plus sale. Des corps déchiquetés. Des cris de douleur. Des hommes qui appellent leur mère en mourant. La technologie n’a pas rendu la guerre plus propre. Elle l’a juste rendue plus efficace dans sa cruauté.
Perspectives pour 2026 : quand finira cette guerre ?
L’impasse stratégique
Les analystes sont unanimes : cette guerre ne se terminera probablement pas en 2026. Dara Massicot, du Carnegie Endowment, résume la situation : « La position par défaut de Poutine reste de continuer la guerre, comme le montrent les opérations sur le terrain et les instructions à ses commandants, qui restent engagés dans des opérations offensives contre les quatre régions ukrainiennes » que la Russie revendique. La Russie veut gagner. L’Ukraine refuse de perdre. Entre les deux, pas de compromis possible. Pas encore.
Les pourparlers existent, dans l’ombre de la diplomatie internationale. Paris et Londres ont promis des garanties de sécurité et des troupes. Washington soutient mais hésite. Chaque partie jauge ses options, calcule ses intérêts, attend que l’autre s’épuise. Pendant ce temps, les hommes continuent de mourir sur le front. Chaque jour de négociation qui passe, ce sont des centaines de vies supplémentaires sacrifiées sur l’autel des calculs géopolitiques. La paix viendra peut-être. Un jour. Mais à quel prix ? Et pour qui ?
Ce que nous savons, ce que nous ignorons
La brume de guerre enveloppe beaucoup de ce conflit. Les deux camps pratiquent la désinformation, exagèrent les pertes de l’ennemi, minimisent les leurs. Un chercheur de l’Université d’Uppsala en Suède a souligné que l’Ukraine a mené une « campagne de désinformation pour maintenir le moral », tandis que la Russie « minimise probablement » ses propres pertes. La vérité est un luxe que cette guerre ne peut pas se permettre. Ce que nous savons avec certitude, c’est que des gens meurent. Beaucoup. Trop. Et que ça continue.
Ce matin, 61 affrontements ont eu lieu sur le front ukrainien. Demain, il y en aura d’autres. Et le jour d’après. Et celui d’encore après. Jusqu’à ce que l’un des deux camps s’effondre ou que quelqu’un décide que le prix est devenu trop élevé. En attendant, les soldats ukrainiens continuent de défendre leur terre. Les soldats russes continuent d’attaquer. Et le monde continue de regarder, impuissant ou indifférent, ce qui pourrait bien être la plus grande tragédie européenne depuis la Seconde Guerre mondiale.
Conclusion : Le courage face à l'impossible
Ceux qui se battent pendant que nous dormons
Quelque part dans les ruines de Pokrovsk, alors que vous lisez ces lignes, un soldat ukrainien monte la garde. Il a froid. Il est fatigué. Il n’a probablement pas dormi depuis des jours. Mais il reste debout. Parce que s’il s’assoit, s’il ferme les yeux, s’il baisse sa vigilance ne serait-ce qu’une seconde, l’ennemi pourrait passer. Et tout ce pour quoi il se bat — sa famille, sa ville, son pays, sa liberté — pourrait disparaître. C’est le poids qu’il porte sur ses épaules. C’est le poids que portent des milliers d’hommes et de femmes comme lui, chaque nuit, depuis bientôt quatre ans.
Cette guerre ne fait plus les gros titres comme avant. Elle est devenue une « situation », un « conflit en cours », quelque chose qu’on mentionne entre la météo et les résultats sportifs. Mais pour ceux qui la vivent, elle reste un enfer quotidien. 61 affrontements depuis minuit. Ce n’est pas un chiffre. C’est 61 moments où des hommes ont regardé la mort en face. C’est 61 fois où quelqu’un a dû choisir entre tuer ou être tué. C’est 61 histoires de courage, de peur, de sacrifice que personne ne racontera jamais. Sauf peut-être les survivants. S’il y en a.
Je termine cet article avec un sentiment étrange. De la colère, certainement. De la tristesse, évidemment. Mais aussi une forme d’admiration que je n’arrive pas à nommer. Ces hommes et ces femmes qui se battent à Pokrovsk, à Huliaïpole, sur les mille kilomètres de ce front maudit — ils font quelque chose que la plupart d’entre nous ne ferons jamais. Ils défendent quelque chose de plus grand qu’eux-mêmes. Au prix de leur vie, de leur santé, de leur âme peut-être. Et nous, ici, dans nos vies confortables, qu’est-ce qu’on fait ? On lit un article. On secoue la tête. On passe à autre chose. Est-ce que c’est suffisant ? Non. Clairement non. Mais au moins, maintenant, on sait. On ne pourra plus dire qu’on ne savait pas.
La question qui reste
À quoi ressemblera l’Ukraine quand cette guerre sera finie ? Personne ne peut le dire. Peut-être un pays victorieux, reconstruit, membre de l’Union européenne et de l’OTAN. Peut-être un pays amputé, traumatisé, qui mettra des générations à se relever. Peut-être quelque chose entre les deux. Ce qui est certain, c’est que ce pays ne sera plus jamais le même. Et que ceux qui l’auront défendu — les vivants comme les morts — méritent qu’on se souvienne d’eux. Pas comme des statistiques. Comme des êtres humains qui ont choisi de se battre pour ce en quoi ils croyaient.
61 affrontements depuis minuit. 27 sur l’axe de Pokrovsk. 12 à Huliaïpole. Des milliers de soldats engagés. Des centaines de morts probables. Et demain, ça recommencera. Parce que la guerre, elle, ne dort jamais.
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur et analyste. Mon expertise réside dans l’observation et l’analyse des dynamiques géopolitiques et militaires qui façonnent le conflit en Ukraine. Mon travail consiste à décortiquer les rapports de l’État-major ukrainien, à contextualiser les informations des correspondants de guerre, et à proposer des perspectives analytiques sur cette tragédie qui se déroule aux portes de l’Europe.
Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. Je prétends à la lucidité analytique, à l’interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux de ce conflit qui concerne l’ensemble du monde démocratique. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte stratégique, et d’offrir une lecture critique des événements.
Méthodologie et sources
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et analyses interprétatives. Les informations factuelles présentées proviennent exclusivement de sources primaires et secondaires vérifiables.
Sources primaires : communiqués officiels de l’État-major ukrainien, rapports du General Staff of the Armed Forces of Ukraine, dépêches d’agences de presse internationales reconnues (Ukrinform, Reuters, Associated Press, Agence France-Presse).
Sources secondaires : analyses de l’Institute for the Study of War (Critical Threats), rapports de Mediazona et de la BBC sur les pertes russes, publications de CNN, Al Jazeera, Meduza, et du Carnegie Endowment for International Peace.
Nature de l’analyse
Les analyses, interprétations et perspectives présentées dans les sections analytiques de cet article constituent une synthèse critique et contextuelle basée sur les informations disponibles au 25 janvier 2026. Les estimations de pertes proviennent de sources officielles ukrainiennes et de vérifications indépendantes, avec les réserves méthodologiques qui s’imposent.
Toute évolution ultérieure de la situation pourrait naturellement modifier les perspectives présentées ici. Cet article sera mis à jour si de nouvelles informations officielles majeures sont publiées.
Sources
Sources primaires
Ukrinform – War update: 61 clashes on front lines since midnight, nearly half on Pokrovsk axis – 25 janvier 2026
General Staff of the Armed Forces of Ukraine – Rapport opérationnel matinal – 25 janvier 2026
État-major ukrainien – Données sur les pertes russes – 18 janvier 2026
Sources secondaires
Critical Threats / Institute for the Study of War – Russian Offensive Campaign Assessment – Janvier 2026
Meduza – Analysis of Pokrovsk and Kupyansk fronts – 16 janvier 2026
Mediazona / BBC – Verified Russian casualties count – 16 janvier 2026
CNN – Ukrainian forces under intense pressure in south – Janvier 2026
Al Jazeera – Russian war fatalities rising to unsustainable levels – 8 janvier 2026
Carnegie Endowment – Analyse de Dara Massicot sur les perspectives 2026
Financial Times – Interview de William Burns sur les pertes russes – Janvier 2026
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