Quand l’impensable devient réalité
Les 23 et 24 janvier 2026 resteront dans les livres d’histoire. Pour la première fois depuis l’invasion russe de l’Ukraine, des délégations de Moscou, Kiev et Washington se sont retrouvées face à face lors de pourparlers trilatéraux. Pas des discussions bilatérales où chacun parle à tour de rôle avec un médiateur. Non. Une vraie table de négociation à trois. Les Émirats arabes unis ont accueilli ce sommet dans leur capitale, confirmant leur statut de puissance diplomatique montante au Moyen-Orient. Le cheikh Abdallah ben Zayed Al Nahyan, vice-premier ministre et ministre des Affaires étrangères, a salué cet événement comme une étape majeure vers la résolution du conflit. Les mots sont pesés, calibrés, mais l’enjeu est colossal.
Côté russe, la délégation était composée de militaires de haut rang, dirigée par l’amiral Igor Kostyukov. Côté ukrainien, Rustem Oumerov, le négociateur en chef, et Kyrylo Boudanov, le patron du renseignement militaire — deux hommes qui connaissent intimement les réalités du terrain. Côté américain, Steve Witkoff et Jared Kushner, le gendre de Donald Trump, accompagnés du secrétaire à l’Armée Dan Driscoll et du général de l’US Air Force Alexus Grynkewich, le commandant suprême de l’OTAN. Un casting qui dit tout sur l’importance que Washington accorde à ces négociations. Trump veut un accord. Vite. Et il a envoyé ses meilleurs atouts pour l’obtenir. Les discussions ont été qualifiées de « positives et constructives » par les Émirats. Plus significatif encore : les délégations russe et ukrainienne ont eu des contacts directs pendant les pourparlers. Après des années de guerre et de rhétorique haineuse, se regarder dans les yeux autour d’une table, c’est déjà une victoire en soi.
Le nœud gordien : la question territoriale
Mais ne nous berçons pas d’illusions. Les sourires diplomatiques cachent un gouffre. Steve Witkoff a déclaré que les négociations en étaient réduites à « une seule question ». Cette question, c’est le Donbass. C’est Donetsk et Louhansk. C’est Zaporijjia et sa centrale nucléaire. Ce sont des territoires que la Russie occupe et réclame, que l’Ukraine refuse de céder. La ligne rouge de Poutine est claire : pas d’accord sans le contrôle total du Donbass. Après sa rencontre marathon avec les émissaires américains au Kremlin, son conseiller Iouri Ouchakov a été catégorique : « Sans résoudre la question territoriale selon la formule convenue à Anchorage, on ne doit pas s’attendre à parvenir à un règlement durable. » Traduction : la Russie ne bougera pas.
De l’autre côté, le président Volodymyr Zelensky maintient sa position. L’Ukraine ne cédera pas un centimètre carré de territoire qu’elle contrôle encore. C’est une question de principe, mais aussi de survie politique. Aucun dirigeant ukrainien ne pourrait signer un accord qui entérine les conquêtes russes sans risquer d’être balayé par son propre peuple. Les négociations se heurtent donc à ce mur : comment satisfaire un Poutine qui exige des gains territoriaux et un Zelensky qui ne peut pas se permettre des pertes territoriales ? Les experts restent sceptiques. La question territoriale n’est pas « le dernier obstacle » — c’est l’obstacle fondamental, celui sur lequel toutes les négociations précédentes ont échoué. Pourtant, le simple fait que les discussions continuent, que les parties acceptent de se revoir dès la semaine prochaine, peut-être dès le 1er février, suggère que quelque chose a changé. Ou du moins que tout le monde fait semblant d’y croire.
Il y a quelque chose de vertigineux à observer ces négociations de loin. On parle de « formules territoriales » et de « cadres de cessez-le-feu » comme s’il s’agissait d’équations mathématiques. Mais chaque kilomètre carré dont on discute, ce sont des villages, des maisons, des cimetières où reposent des générations de familles. Ce sont des gens qui se demandent s’ils pourront un jour rentrer chez eux, ou s’ils devront accepter qu’un « chez eux » n’existe plus. La diplomatie a ses exigences. La réalité humaine en a d’autres.
Les Émirats : le nouveau pivot de la diplomatie mondiale
Comment Abu Dhabi est devenu incontournable
Il y a vingt ans, personne n’aurait imaginé les Émirats arabes unis comme médiateurs dans un conflit majeur entre grandes puissances. Aujourd’hui, c’est une évidence. Le pays a construit méthodiquement sa crédibilité diplomatique, investissant dans des relations tous azimuts. Avec Moscou, les liens économiques sont solides — pétrole, investissements, tourisme de luxe pour oligarques. Avec Kiev, les Émirats ont maintenu des canaux ouverts, accueillant des Ukrainiens fortunés et participant à des initiatives humanitaires. Avec Washington, c’est une alliance stratégique de longue date, renforcée par les Accords d’Abraham et les contrats d’armement. Cette position unique permet à Abu Dhabi de parler à tout le monde sans être suspect aux yeux de personne.
Les 17 échanges de prisonniers facilités par les Émirats depuis le début de la guerre illustrent cette capacité d’action discrète mais efficace. 4 641 personnes libérées — des soldats, des civils, des combattants étrangers. Chaque échange a nécessité des mois de négociations secrètes, de garanties données et reçues, de confiance construite brique par brique. C’est ce capital de confiance que les Émirats mettent maintenant au service d’un objectif plus ambitieux : mettre fin à la guerre elle-même. Le cheikh Mohamed ben Zayed, connu sous ses initiales MBZ, joue personnellement un rôle actif. Sa rencontre avec Dmitriev ce dimanche n’est pas un hasard de calendrier. C’est un message : les Émirats sont prêts à continuer d’accueillir les négociations, aussi longtemps qu’il le faudra.
La diplomatie du Golfe face aux géants
Cette montée en puissance diplomatique des Émirats s’inscrit dans une transformation plus large du Moyen-Orient. Les pays du Golfe ne veulent plus être de simples fournisseurs de pétrole ou des clients pour l’industrie de l’armement occidentale. Ils veulent être des acteurs, des décideurs, des faiseurs de paix. L’Arabie Saoudite a tenté de jouer ce rôle en accueillant des discussions sur l’Ukraine. Le Qatar médiatise régulièrement entre Israël et le Hamas. Les Émirats, eux, ont choisi de se positionner comme le terrain neutre par excellence, le Genève du XXIe siècle dans le désert. Cette stratégie n’est pas désintéressée. Être au cœur des négociations mondiales confère une influence disproportionnée par rapport à la taille du pays.
Mais il y a aussi un calcul plus pragmatique. Les Émirats ont besoin de stabilité pour prospérer. Leur économie, de plus en plus diversifiée, dépend des flux commerciaux mondiaux, du tourisme, de la finance internationale. Une guerre prolongée en Europe perturbe tout cela. Les sanctions contre la Russie compliquent certaines transactions. L’incertitude géopolitique fait fuir les investisseurs. Abu Dhabi a donc un intérêt direct à voir ce conflit se terminer. Pas n’importe comment — d’une manière qui préserve ses relations avec toutes les parties. C’est un équilibre délicat, mais les Émirats ont montré qu’ils savaient marcher sur cette corde raide. La question est de savoir si leur influence suffira à faire bouger des acteurs aussi têtus que Poutine et aussi désespérés que Zelensky.
Trump et la course contre la montre
L’obsession de l’accord
Donald Trump veut mettre fin à la guerre en Ukraine. Pas par humanisme — il l’a rarement montré. Pas par conviction géopolitique — ses positions ont varié au gré des vents. Non. Trump veut un accord parce qu’un accord, c’est une victoire. C’est une image. C’est quelque chose qu’il peut brandir devant les caméras, quelque chose qui le distingue de ses prédécesseurs, quelque chose qui renforce sa légende d’homme d’affaires capable de conclure n’importe quel « deal ». Peu importe le contenu réel de l’accord. Ce qui compte, c’est de pouvoir dire : « J’ai fait ce qu’Obama n’a pas fait, ce que Biden n’a pas fait, ce que personne n’a fait. » Cette logique explique l’intensité des efforts diplomatiques américains ces dernières semaines.
Avant les pourparlers d’Abu Dhabi, Witkoff et Kushner se sont rendus à Moscou pour des discussions marathon avec Poutine au Kremlin. À Davos, ils ont rencontré Dmitriev pendant plus de deux heures en marge du Forum économique mondial. Trump lui-même a parlé d’une « zone franche tarifaire » pour l’Ukraine comme incitation à accepter un accord. L’administration américaine multiplie les signaux : les négociations « n’en sont plus qu’à une seule question », un accord est « proche », la fin est « en vue ». Witkoff s’est montré « optimiste ». Ces déclarations créent une dynamique, une pression sur toutes les parties pour ne pas être celle qui fait échouer le processus. Mais elles créent aussi des attentes qui pourraient être cruellement déçues si les réalités du terrain rattrapent l’optimisme des communiqués.
Je ne peux pas m’empêcher de penser que Trump voit cette guerre comme une transaction immobilière. Un problème de « land deals », comme l’a dit Witkoff. Sauf que les terres dont on parle sont imbibées de sang. Sauf que les « parties » à cette transaction sont des nations entières avec leur histoire, leur fierté, leur douleur. On peut négocier le prix d’un gratte-ciel. Peut-on négocier le prix d’un pays ?
Les calculs de Moscou
Poutine joue un autre jeu. Le président russe sait que le temps joue en partie pour lui. Plus la guerre dure, plus l’Ukraine s’épuise. Plus les soutiens occidentaux s’effritent. Plus les opinions publiques européennes se lassent. Accepter des négociations maintenant, c’est montrer une ouverture sans rien céder sur l’essentiel. C’est aussi tester la nouvelle administration Trump, voir jusqu’où elle est prête à aller pour obtenir son « deal ». Les déclarations de Iouri Ouchakov après la rencontre au Kremlin sont révélatrices : la Russie ne bougera pas sur les territoires. C’est à prendre ou à laisser. Cette rigidité apparente cache peut-être une marge de manœuvre, mais Moscou n’a aucun intérêt à le montrer maintenant.
L’envoi de Dmitriev aux Émirats s’inscrit dans cette stratégie. Remercier Abu Dhabi, c’est consolider une alliance précieuse dans un monde où les sanctions occidentales ont réduit les options russes. Discuter d’économie et d’investissements avec MBZ, c’est rappeler que la Russie n’est pas isolée, qu’elle a des partenaires, des alternatives. C’est aussi signaler à Washington que Moscou a d’autres cartes à jouer si les négociations échouent. Dmitriev, avec son profil hybride mi-russe mi-occidental, est l’émissaire parfait pour ce genre de message. Il parle aux Américains comme un Américain, aux Émiratis comme un homme d’affaires, et à Poutine comme un fidèle serviteur. Cette polyvalence fait de lui l’un des acteurs clés de cette phase diplomatique.
Ce que veut vraiment l'Ukraine
Entre survie et dignité
Volodymyr Zelensky marche sur un fil. D’un côté, l’Ukraine a désespérément besoin d’un cessez-le-feu. Presque quatre ans de guerre ont saigné le pays. Les infrastructures sont dévastées, l’économie en ruines, la population épuisée. Les jeunes hommes sont mobilisés par centaines de milliers, les familles séparées, les villes transformées en champs de ruines. Continuer indéfiniment n’est pas une option viable. De l’autre côté, accepter un accord qui entérine les conquêtes russes serait perçu comme une capitulation. Des millions d’Ukrainiens ont fui leurs maisons dans les territoires occupés. Des milliers sont morts pour les défendre. Comment leur dire que tout cela n’aura servi à rien ?
Après les pourparlers d’Abu Dhabi, Zelensky a écrit que « le cœur des discussions a été les paramètres possibles pour mettre fin à la guerre ». Il a ajouté que toutes les parties avaient accepté de faire un rapport à leurs capitales respectives et de coordonner les prochaines étapes. Des mots prudents, mesurés, qui ne laissent rien transparaître des tensions sous-jacentes. L’Ukraine veut des garanties de sécurité solides — une adhésion à l’OTAN, ou au moins un engagement américain comparable à celui envers Israël. Elle veut des moyens pour reconstruire — des centaines de milliards de dollars d’aide. Elle veut la justice — que les responsables des crimes de guerre soient jugés. Rien de tout cela n’est acquis. Tout doit être négocié, arraché, obtenu face à une Russie qui n’a aucun intérêt à faciliter les choses.
Les absents des négociations
On parle de la Russie, de l’Ukraine, des États-Unis. Mais où est l’Europe ? Les 27 pays de l’Union européenne ont fourni une aide massive à l’Ukraine — des milliards d’euros en armes, en aide humanitaire, en soutien économique. Ils accueillent des millions de réfugiés ukrainiens. Ils subissent les contrecoups économiques des sanctions contre la Russie. Et pourtant, ils ne sont pas à la table des négociations d’Abu Dhabi. Trump négocie avec Poutine directement, comme si l’Europe n’existait pas. C’est peut-être le signe le plus révélateur de la nouvelle configuration géopolitique : les États-Unis reprennent le contrôle du dossier ukrainien, et les Européens regardent de loin.
Cette marginalisation de l’Europe inquiète à Bruxelles, à Berlin, à Paris. Si un accord est conclu entre Washington et Moscou, quelles garanties aura le continent ? Qui assurera la sécurité de l’Ukraine — et des pays baltes, de la Pologne, de la Roumanie — si la Russie décide un jour de reprendre son expansion ? Trump a montré peu d’intérêt pour l’OTAN et ses engagements collectifs. Son approche transactionnelle de la politique étrangère ne laisse pas de place aux garanties de sécurité abstraites. L’Europe pourrait se retrouver avec un accord qu’elle n’a pas négocié, qu’elle n’a pas voulu, et qu’elle devra quand même gérer. C’est une perspective qui donne des sueurs froides aux stratèges du Vieux Continent.
L’Europe silencieuse. C’est peut-être ça, la vraie leçon de ces pourparlers. Pendant des décennies, on nous a dit que l’Union européenne était une puissance, un acteur incontournable. Aujourd’hui, quand se décide le sort de son voisin immédiat, elle n’est même pas invitée. Trump et Poutine dessinent les contours d’un monde où les Européens sont spectateurs. Que ça nous plaise ou non.
Les enjeux cachés : économie, énergie et reconstruction
La guerre des sanctions et ses failles
Les discussions entre Dmitriev et le président des Émirats ont officiellement porté sur la « coopération économique et les investissements ». Derrière ce langage neutre se cache une réalité plus complexe. Depuis 2022, les sanctions occidentales ont frappé l’économie russe, gelant des avoirs, interdisant des exportations, coupant des flux financiers. Mais elles n’ont pas étranglé la Russie. Moscou a trouvé des alternatives, des contournements, des partenaires complaisants. Les Émirats font partie de ces pays qui maintiennent des relations économiques avec la Russie tout en restant alliés de l’Occident. Un équilibre délicat, mais lucratif.
Le Fonds d’investissement direct russe de Dmitriev a été sanctionné par les États-Unis. Dmitriev lui-même figure sur les listes noires. Cela ne l’a pas empêché de rencontrer des responsables américains, émiratis, et d’autres encore. Les sanctions ont des trous, des exceptions, des zones grises que les hommes d’affaires et les diplomates exploitent allègrement. La rencontre d’Abu Dhabi illustre cette réalité : même sanctionné, même sur liste noire, Dmitriev reste un interlocuteur incontournable. Parce qu’il a l’oreille de Poutine. Parce qu’il contrôle des milliards. Parce que dans le monde des affaires internationales, l’argent parle plus fort que les principes.
La reconstruction ukrainienne : qui paiera ?
Si un cessez-le-feu est signé, la prochaine bataille sera celle de la reconstruction. L’Ukraine estime ses besoins à plus de 500 milliards de dollars. Villes détruites, ponts effondrés, centrales électriques en ruines, écoles rasées, hôpitaux bombardés. Tout est à refaire. Qui paiera ? L’Occident promet une aide massive, mais les budgets sont serrés partout. L’idée de saisir les avoirs russes gelés — environ 300 milliards de dollars — fait son chemin, mais pose des problèmes juridiques considérables. La Russie, elle, ne contribuera probablement à rien. Au contraire, elle pourrait demander la levée des sanctions comme condition à tout accord.
Trump a évoqué une « zone franche tarifaire » pour l’Ukraine comme incitation économique. C’est une idée intéressante sur le papier : faire de l’Ukraine une zone d’investissement privilégiée pour les entreprises américaines. Mais cela ne répond pas à l’urgence immédiate. Les Ukrainiens ont besoin de logements maintenant, pas dans cinq ans. Ils ont besoin d’électricité cet hiver, pas d’exonérations fiscales pour des usines qui n’existent pas encore. La reconstruction sera le test ultime de la solidarité internationale. Et pour l’instant, personne ne semble vraiment savoir comment le financer.
Les risques d'un accord précipité
Gagner la paix ou perdre l’avenir
Tout le monde veut la paix. Mais quelle paix ? Un cessez-le-feu qui gèle les positions actuelles donnerait à la Russie le contrôle d’environ 20% du territoire ukrainien. Crimée incluse. Des millions d’Ukrainiens vivraient sous occupation, sans garantie de pouvoir un jour rentrer chez eux. Un tel accord récompenserait l’agression, établirait un précédent dangereux : envahissez votre voisin, tenez bon assez longtemps, et vous garderez ce que vous avez pris. C’est exactement ce que Poutine avait calculé en février 2022. Si son pari s’avère gagnant, d’autres pourraient être tentés de l’imiter.
Les critiques d’un accord précipité pointent aussi les risques pour l’Ukraine elle-même. Sans garanties de sécurité solides, rien n’empêcherait la Russie de reprendre son offensive dans quelques années, une fois ses forces reconstituées. Le conflit serait gelé, pas résolu. La menace russe pèserait toujours sur Kiev, décourageant les investissements, freinant la reconstruction, maintenant le pays dans une forme de limbes géopolitiques. C’est le scénario du Donbass après 2014, étendu à une échelle beaucoup plus grande. Une paix qui ne serait qu’une pause avant la prochaine guerre.
Les faucons et les colombes
Dans les capitales concernées, les débats font rage. À Washington, certains conseillers de Trump poussent pour un accord rapide, quel qu’en soit le contenu. D’autres, plus proches du Pentagone, s’inquiètent des conséquences pour la crédibilité américaine et la stabilité de l’OTAN. À Moscou, les « siloviki » — les hommes forts des services de sécurité — voient dans les négociations une faiblesse, une occasion manquée de pousser l’avantage militaire. À Kiev, les partisans de la résistance à tout prix s’opposent à ceux qui estiment qu’un mauvais accord vaut mieux qu’une guerre sans fin.
Ce qui se joue à Abu Dhabi et dans les capitales dépasse la simple fin des combats. C’est l’architecture de sécurité européenne pour les décennies à venir. C’est la place de la Russie dans l’ordre international. C’est la crédibilité des États-Unis comme garant de leurs alliés. C’est l’avenir de l’Ukraine comme nation souveraine. Les négociateurs portent sur leurs épaules un poids immense. Chaque mot prononcé, chaque concession faite ou refusée, aura des répercussions que personne ne peut pleinement anticiper. L’histoire jugera. Mais pour l’instant, l’histoire s’écrit dans des salons feutrés d’Abu Dhabi, loin des tranchées et des bombes.
Je pense souvent à ces soldats ukrainiens dans le froid des tranchées du Donbass. Ils savent que des hommes en costume négocient leur avenir à des milliers de kilomètres. Ils n’ont pas voix au chapitre. Ils tiennent, jour après jour, nuit après nuit, en espérant que ceux qui décident de leur sort ne les trahiront pas. C’est peut-être la chose la plus injuste dans toute cette histoire : ceux qui se battent et ceux qui meurent ne sont jamais ceux qui signent les accords.
Et maintenant ?
Le calendrier de l’incertitude
Les discussions doivent reprendre « dès la semaine prochaine », peut-être dès le 1er février 2026. Toutes les parties ont accepté de faire un rapport à leurs dirigeants et de revenir avec de nouvelles instructions. C’est le langage diplomatique classique pour dire : on n’a rien conclu, mais on continue de parler. C’est déjà quelque chose. Les canaux restent ouverts. Les émissaires continuent de se rencontrer. L’espoir, même ténu, subsiste. Mais personne ne devrait s’attendre à une percée rapide. Les questions territoriales qui divisent les parties ne se résoudront pas en quelques réunions.
Le prochain round de pourparlers sera crucial. Si les positions n’ont pas bougé, le processus risque de s’enliser. Trump, impatient, pourrait perdre intérêt et passer à autre chose. Poutine, calculateur, pourrait conclure que l’Occident n’est pas prêt à faire les concessions nécessaires et reprendre son offensive. Zelensky, sous pression de toutes parts, devrait trouver un équilibre impossible entre les demandes américaines, les attentes de son peuple et les réalités du terrain. Les Émirats continueront d’offrir leur hospitalité, mais même le meilleur médiateur ne peut pas forcer des parties à s’entendre si elles ne le veulent pas vraiment.
Les signaux à surveiller
Plusieurs indicateurs permettront de jauger l’évolution de la situation dans les semaines à venir. D’abord, le ton des déclarations officielles : restent-elles « constructives » ou virent-elles à l’accusation mutuelle ? Ensuite, l’intensité des combats sur le terrain : un vrai processus de paix s’accompagne généralement d’une réduction des hostilités, ou au moins d’un gel tacite des grandes offensives. Enfin, les mouvements diplomatiques : qui rencontre qui, où, et avec quel message ? Dmitriev aux Émirats aujourd’hui, Witkoff à Moscou demain peut-être, Zelensky quelque part entre les deux.
Ce qui est certain, c’est que la guerre en Ukraine est entrée dans une nouvelle phase. Après des années de combats acharnés et de rhétorique maximaliste, les parties parlent. Elles ne s’entendent pas, mais elles dialoguent. C’est un changement qualitatif, même si personne ne sait encore où il mènera. L’histoire de cette guerre n’est pas terminée. Elle s’écrit jour après jour, dans la boue des tranchées et dans les salons climatisés des palais du Golfe. Kirill Dmitriev, en transmettant les salutations de Poutine au cheikh Mohamed, a joué son rôle dans ce grand théâtre. D’autres acteurs entreront en scène. Le dénouement reste à écrire.
Conclusion : L'espoir fragile
Une lueur dans l’obscurité
Il serait facile de céder au cynisme. De dire que ces négociations ne sont qu’un spectacle, que rien ne changera, que les puissants jouent et que les peuples paient. Et pourtant. Le simple fait que des délégués russes et ukrainiens se soient regardés dans les yeux à Abu Dhabi est significatif. Après des années où chaque camp déshumanisait l’autre, ce contact direct réintroduit une once d’humanité dans le processus. Ce n’est pas grand-chose. Mais c’est quelque chose. Une graine qui pourrait, avec le temps et la bonne volonté, germer en quelque chose de plus grand.
Les Émirats ont prouvé qu’un petit pays pouvait jouer un rôle majeur dans les affaires du monde. Trump a montré qu’il était prêt à investir du capital politique pour obtenir un accord. Poutine a accepté de négocier, même si ses conditions restent maximales. Zelensky a envoyé ses meilleurs négociateurs malgré les risques politiques. Tous ces éléments, réunis, créent une fenêtre d’opportunité. Elle peut se refermer à tout moment. Mais pour l’instant, elle reste ouverte. Et c’est dans ces interstices de l’histoire que les changements se produisent parfois.
Je n’ai pas de boule de cristal. Je ne sais pas si ces pourparlers aboutiront à quelque chose, ou s’ils rejoindront la longue liste des tentatives avortées. Ce que je sais, c’est que quelque part en Ukraine, une mère espère que son fils reviendra vivant. Quelque part en Russie, une autre mère espère la même chose. Et quelque part à Abu Dhabi, des hommes en costume essaient de trouver une formule qui permettrait à ces espoirs de se réaliser. C’est peut-être naïf d’y croire. Mais l’alternative — ne pas y croire du tout — est pire.
Le mot de la fin
Dmitriev a transmis le message de Poutine. Les Émirats ont été remerciés. Les caméras ont capturé les poignées de mains. Et maintenant ? Maintenant, on attend. On attend la prochaine réunion, le prochain communiqué, le prochain signe que quelque chose avance — ou que tout stagne. Les diplomates retournent à leurs capitales, les analystes décortiquent chaque mot, les commentateurs spéculent. Pendant ce temps, les bombes continuent de tomber, les soldats continuent de mourir, les réfugiés continuent d’errer. La diplomatie a son rythme. La guerre a le sien. Entre les deux, il y a des millions de vies suspendues.
Ce qui restera de cette journée du 25 janvier 2026, nul ne le sait encore. Peut-être sera-t-elle oubliée, noyée dans le flot des événements. Peut-être sera-t-elle vue, avec le recul, comme un tournant — le moment où quelque chose a basculé. L’histoire tranchera. Pour l’instant, nous ne pouvons que regarder, analyser, espérer peut-être. Et nous souvenir que derrière les acronymes, les pourcentages et les déclarations officielles, il y a des êtres humains. Des êtres humains qui voudraient simplement vivre en paix.
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur et analyste. Mon expertise réside dans l’observation et l’analyse des dynamiques géopolitiques, économiques et stratégiques qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies diplomatiques, à comprendre les mouvements des acteurs internationaux, à contextualiser les décisions des négociateurs et à proposer des perspectives analytiques sur les transformations qui redéfinissent l’ordre mondial.
Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. Je prétends à la lucidité analytique, à l’interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux complexes qui nous concernent tous. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et stratégique, et d’offrir une lecture critique des événements.
Méthodologie et sources
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et analyses interprétatives. Les informations factuelles présentées proviennent exclusivement de sources primaires et secondaires vérifiables.
Sources primaires : communiqués officiels des gouvernements russe, ukrainien, américain et émirati, déclarations publiques des dirigeants politiques et de leurs représentants, dépêches d’agences de presse internationales reconnues (Reuters, Associated Press, Agence France-Presse, Bloomberg News, TASS).
Sources secondaires : publications spécialisées, médias d’information reconnus internationalement, analyses d’institutions de recherche établies (The Washington Post, The New York Times, Al Jazeera, CNN, NBC News, ABC News, The National, Euronews, CNBC, PBS, The Moscow Times, Kyiv Independent).
Nature de l’analyse
Les analyses, interprétations et perspectives présentées dans les sections analytiques de cet article constituent une synthèse critique et contextuelle basée sur les informations disponibles, les tendances observées et les commentaires d’experts cités dans les sources consultées.
Mon rôle est d’interpréter ces faits, de les contextualiser dans le cadre des dynamiques géopolitiques et diplomatiques contemporaines, et de leur donner un sens cohérent dans le grand récit des transformations qui façonnent notre époque. Ces analyses reflètent une expertise développée à travers l’observation continue des affaires internationales et la compréhension des mécanismes stratégiques qui animent les acteurs globaux.
Toute évolution ultérieure de la situation pourrait naturellement modifier les perspectives présentées ici. Cet article sera mis à jour si de nouvelles informations officielles majeures sont publiées, garantissant ainsi la pertinence et l’actualité de l’analyse proposée.
Sources
Sources primaires
Sputnik Globe – Dmitriev Delivers Putin’s Greeting, Thanks UAE President for Abu Dhabi Trilateral Talks – 25 janvier 2026
Ministry of Foreign Affairs UAE – Abdullah bin Zayed Welcomes UAE’s Hosting of Trilateral Talks Between Russia, Ukraine, and the United States – 23 janvier 2026
The National (UAE) – President Sheikh Mohamed meets Russian presidential envoy in Abu Dhabi – 25 janvier 2026
The National (UAE) – US-Ukraine-Russia talks in Abu Dhabi conclude – 24 janvier 2026
Sources secondaires
Al Jazeera – Ukraine-Russia-US hold talks in Abu Dhabi with territory as key issue – 23 janvier 2026
Al Jazeera – Russia-Ukraine war updates: Talks end in Abu Dhabi without breakthrough – 24 janvier 2026
CNN – Ukraine hails first trilateral talks with Russia and US – 23 janvier 2026
ABC News – Russia, Ukraine and US hold 1st trilateral talks since start of war – 23 janvier 2026
NBC News – Russia, Ukraine to hold trilateral peace talks with U.S. for first time – 23 janvier 2026
Bloomberg – Steve Witkoff, Jared Kushner Set for Moscow Talks With Putin on Ukraine – 21 janvier 2026
Euronews – More talks expected next week after Ukraine, Russia and US conclude Abu Dhabi meeting – 24 janvier 2026
PBS News – Who is Kirill Dmitriev, the Russian envoy who helped craft the Ukraine peace proposal? – 2025
Kyiv Independent – Who’s Kirill Dmitriev, Putin’s Trump-whisperer – 2025
Wikipedia – Kirill Dmitriev – Consulté le 25 janvier 2026
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