Une charte sans mention de Gaza
Le 22 janvier 2026, au Forum économique mondial de Davos, Donald Trump a signé la charte de son « Board of Peace », son Conseil de la Paix. L’ironie commence dès le document lui-même : les 11 pages de la charte ne mentionnent pas une seule fois Gaza. Pas une fois. Le projet, présenté initialement comme un mécanisme de supervision du cessez-le-feu et de la reconstruction de l’enclave palestinienne, s’est transformé en quelque chose de bien plus ambitieux — et de bien plus inquiétant. Trump préside le conseil avec un droit de veto. Les membres fondateurs du comité exécutif incluent le secrétaire d’État Marco Rubio, Steve Witkoff, Jared Kushner, l’ancien premier ministre britannique Tony Blair, le président de la Banque mondiale Ajay Banga, et Marc Rowan, le PDG d’Apollo Global Management, l’une des plus grandes sociétés de capital-investissement américaines. Des hommes d’affaires. Des financiers. Des politiciens. Pour obtenir un siège permanent au conseil, il faut payer 1 milliard de dollars. Un milliard. La paix a un prix, et ce prix ressemble étrangement à celui d’une entrée dans un club très exclusif.
Le comité exécutif dédié à Gaza comprend également le ministre turc des Affaires étrangères Hakan Fidan, le diplomate qatarien Ali Al-Thawadi, le directeur des services de renseignement égyptiens Hassan Rashad, la ministre émiratie Reem Al-Hashimy, et l’homme d’affaires israélien Yakir Gabay. Netanyahu a finalement accepté de rejoindre le conseil, malgré les réserves initiales de son bureau concernant la présence de la Turquie et du Qatar, qui ont soutenu le Hamas. Mais Netanyahu n’était pas à Davos pour la signature. La Suisse est partie à la Cour pénale internationale, qui a émis un mandat d’arrêt contre lui. Le président israélien Isaac Herzog, lui, était présent à Davos. Il n’a pas assisté à la cérémonie. Selon la chaîne israélienne, Netanyahu aurait empêché Herzog d’y participer, créant des tensions entre leurs bureaux respectifs — et avec la Maison-Blanche.
Un milliard de dollars pour un siège à la table. C’est le prix de la paix selon Trump. Pas le prix de la reconstruction. Pas le prix de l’aide humanitaire. Le prix pour avoir le droit de décider du sort de millions de gens. Et pendant ce temps, les ONG internationales qui fournissent plus de la moitié de l’aide alimentaire à Gaza risquent de cesser leurs opérations parce qu’Israël leur refuse le renouvellement de leurs accréditations. L’aide bloquée vaut 50 millions de dollars. C’est 5 % d’un siège au Board of Peace.
La Norvège et la Suède disent non
Tous les pays n’ont pas accepté l’invitation américaine. La Norvège et la Suède ont décliné, rejoignant la France qui avait exprimé des inquiétudes que le conseil puisse chercher à remplacer l’ONU comme médiateur dans les conflits mondiaux. Le secrétaire d’État norvégien Kristoffer Thoner a déclaré que son pays ne rejoindrait pas le conseil parce qu’il « soulève un certain nombre de questions qui nécessitent un dialogue plus approfondi avec les États-Unis ». Des questions. Comme celle de savoir pourquoi aucun Palestinien ne siège au comité exécutif chargé de décider de l’avenir de Gaza. Comme celle de savoir comment un conseil présidé par Trump avec un droit de veto peut prétendre à l’impartialité. Comme celle de savoir si la reconstruction d’un territoire détruit par des bombes israéliennes peut vraiment être supervisée par un conseil où siège un homme d’affaires israélien.
New Gaza : le projet immobilier le plus obscène de l'histoire récente
Des gratte-ciels sur des cimetières
Jared Kushner, promoteur immobilier devenu conseiller présidentiel, a présenté sa vision pour Gaza avec des diapositives dignes d’un prospectus de vente de condos de luxe. « New Rafah » comprendrait plus de 100 000 logements, 200 écoles et plus de 75 établissements médicaux. « New Gaza » deviendrait un centre industriel avec des centres de données et des infrastructures numériques. Un aéroport remplacerait celui détruit par Israël il y a plus de 20 ans. Un nouveau port. Une zone de « tourisme côtier » capable d’accueillir jusqu’à 180 gratte-ciels, dont beaucoup seraient des hôtels. Le PIB de Gaza atteindrait 10 milliards de dollars d’ici 2035, contre 362 millions en 2024 après l’effondrement économique causé par la guerre. 500 000 nouveaux emplois. Un revenu moyen par foyer de plus de 13 000 dollars. 25 à 30 milliards de dollars d’investissements. Kushner n’a pas précisé qui financerait tout ça. Il a juste dit qu’il y aurait « d’incroyables opportunités d’investissement ». Que c’était « un peu risqué » d’investir dans un endroit comme Gaza, mais qu’il fallait « avoir la foi ».
La zone désignée pour le « tourisme côtier » dans la vision de Kushner est actuellement l’endroit où vit la majorité des Palestiniens déplacés. Le plan ne mentionne pas où ces familles iraient pendant la reconstruction. Les versions antérieures du projet incluaient leur « déplacement temporaire ». Temporaire. Comme ces « camps de réfugiés » palestiniens qui existent depuis 1948. Nomi Bar-Yaacov, juriste internationale et experte en résolution de conflits, a qualifié le projet de « totalement irréaliste », ajoutant qu’il montrait que Trump voit Gaza « du point de vue d’un promoteur immobilier, pas d’un artisan de la paix ». Ramy Abu, fondateur de l’Euro-Mediterranean Human Rights Monitor, a été plus direct : « Les Palestiniens font face à un plan pour éliminer leur présence même, basé sur la domestication, la soumission et le contrôle. »
J’ai regardé les images de « New Gaza » présentées par Kushner. Des rendus numériques parfaits, avec des gens souriants sur des plages immaculées, des tours de verre reflétant le soleil méditerranéen. Pas une seule image de ce qui existe aujourd’hui. Pas une photo des tentes déchirées par le vent. Pas un visage d’enfant émacié par la malnutrition. C’est comme si on avait effacé 2,3 millions de personnes d’un coup de Photoshop pour les remplacer par des touristes virtuels. Et Kushner qui sourit en disant « il n’y a pas de Plan B ». Non. Il n’y a jamais eu de Plan A pour les Palestiniens. Juste un plan pour leurs terres.
La condition impossible : le désarmement du Hamas
Toute la vision de Kushner repose sur une condition : la démilitarisation complète du Hamas. « Sans sécurité, personne ne va investir », a-t-il répété. La reconstruction ne commencera que dans les zones où le Hamas aura été désarmé. Certains membres du Hamas qui accepteraient de déposer les armes se verraient offrir l’amnistie et pourraient intégrer un nouvel appareil de sécurité à Gaza. Le Hamas, de son côté, a déclaré qu’il était prêt à « geler » ses armes dans le cadre d’un processus menant à la création d’un État palestinien. Mais le chef du Hamas Khaled Mashal a ouvertement rejeté le désarmement en décembre, déclarant que « la résistance et ses armes sont notre honneur et notre gloire ». Trump a averti : « Le Hamas a accepté de rendre ses armes. S’ils ne le font pas, ils seront balayés très rapidement. » Entre la menace américaine et la position du Hamas, les Palestiniens de Gaza sont pris en étau. Une fois de plus.
La réalité sur le terrain : un cessez-le-feu qui n'en est pas un
463 morts depuis octobre 2025
Le cessez-le-feu est entré en vigueur le 10 octobre 2025. Depuis, 463 Palestiniens ont été tués. 1 269 blessés. 710 corps retrouvés sous les décombres. L’armée israélienne continue de bombarder Gaza presque quotidiennement. Les frappes, les tirs et les explosions sont signalés sur l’ensemble du territoire. L’armée reste déployée sur plus de 50 % de la bande de Gaza, au-delà de la « ligne jaune ». L’accès à la mer est interdit aux Palestiniens. Des pêcheurs sont tués ou détenus en mer. Deux pêcheurs ont été tués le 4 janvier. Cinq ont été arrêtés le 6 janvier. Les démolitions de bâtiments résidentiels se poursuivent. Les bulldozers sont à l’œuvre près de la ligne jaune et à l’est de celle-ci. Le 6 janvier, quatre écoles de l’UNRWA dans le camp de Jabalia ont été détruites par les forces israéliennes à l’aide d’explosifs et de bulldozers.
La correspondante d’Al Jazeera à Gaza, Hind Khoudary, rapporte que le cessez-le-feu n’a apporté « aucun changement sur le terrain ». « On entend toujours le bruit des drones au-dessus de nous, et il y a eu quelques explosions tôt ce matin pendant que les démolitions se poursuivent dans tout Gaza. » Alors que Witkoff affirmait que la première phase de l’accord avait apporté une « aide humanitaire historique » à l’enclave, Khoudary contredit : « Pas un seul jour 600 camions d’aide humanitaire n’ont pu entrer dans la bande de Gaza » — le minimum fixé par l’accord négocié par les États-Unis. « On voit des gens perdre leurs tentes après chaque tempête, et la majorité de la population de Gaza est actuellement sans abri. »
Un cessez-le-feu. C’est censé vouloir dire quoi, exactement? Que les armes se taisent. Que les gens peuvent sortir sans craindre de mourir. Que les enfants peuvent aller à l’école — s’il en reste. Mais à Gaza, le cessez-le-feu ressemble à une pause entre deux bombardements. Une accalmie pendant laquelle on compte les morts au lieu des survivants. Et pendant ce temps, à Davos, on parle de « progrès continus » et de « discussions constructives ». Constructives pour qui?
800 000 personnes dans des zones inondables
L’hiver a frappé Gaza avec une brutalité que les tentes de fortune ne peuvent pas arrêter. Selon l’OCHA, 800 000 personnes — près de 40 % de la population — vivent désormais dans des zones sujettes aux inondations. Les tempêtes et les pluies torrentielles ont rendu les abris inhabitables. Entre le 8 et le 15 janvier, près de 3 500 abris ont été endommagés ou détruits, affectant plus d’un million de personnes. Ahmad, un homme déplacé du nord de Gaza, témoigne à l’UNRWA : « Je suis pris entre deux peurs — le froid qui s’infiltre dans le petit corps de ma fille la nuit, et la peur pour ma propre vie quand la pluie arrive et que la tente ne peut plus nous protéger. » L’estimation la plus récente indique qu’un million de personnes à travers Gaza ont toujours un besoin urgent d’aide d’urgence pour se loger. L’UNRWA est bloquée par les autorités israéliennes depuis mars 2025 et ne peut plus faire entrer directement du personnel humanitaire ni de l’aide dans la bande de Gaza. Pourtant, l’agence a pré-positionné à l’extérieur de Gaza assez de colis alimentaires pour 1,1 million de personnes, de la farine pour 2,1 millions d’individus, et des fournitures d’abris pour des centaines de milliers de personnes. Tout ça attend. Bloqué.
Le dernier otage : Ran Gvili et le marchandage des corps
Netanyahu refuse d’avancer sans les restes d’un homme
Ran Gvili était policier israélien. Ses restes sont toujours à Gaza. Netanyahu a déclaré que sa « priorité absolue » était le retour de cette dernière dépouille, et qu’il ne rouvrirait pas le passage de Rafah — la seule voie d’entrée et de sortie pour les 2,3 millions de Gazaouis — tant que le corps de Gvili ne serait pas rendu. L’accord de cessez-le-feu exigeait que le Hamas rende tous les otages dans les 72 heures. En octobre 2025, 20 otages vivants ont été libérés et les restes de 4 captifs sur 28 ont été remis à Israël. Mais Gvili manque toujours. Witkoff a prévenu : « Les États-Unis s’attendent à ce que le Hamas respecte pleinement ses obligations, y compris le retour immédiat du dernier otage décédé. Le non-respect aura de graves conséquences. »
L’administration Trump a cependant fait savoir à Netanyahu qu’elle ne conditionnerait pas le début de la phase 2 au retour du corps de Gvili ni au désarmement complet du Hamas. Washington veut avancer. Les parents de Gvili, Talik et Itzik, ont déclaré après un appel avec Netanyahu : « L’annonce concernant l’établissement d’un comité technocratique et toute autre initiative ne contredira ni n’affectera les efforts pour ramener Rani en Israël pour l’enterrer. Le passage de Rafah reste aussi fermé malgré les pressions, parce que nous insistons sur le retour de Rani. » Un corps contre un passage. Un homme mort contre l’accès à l’aide humanitaire pour des millions de vivants. C’est l’équation actuelle.
Je comprends la douleur d’une famille qui veut enterrer son fils. Je la comprends profondément. Mais je ne comprends pas qu’on puisse bloquer l’unique passage permettant à 2,3 millions de personnes d’accéder à l’aide — nourriture, médicaments, tentes — pour un seul corps. Que vaut une vie? Que vaut une mort? À Gaza, cette question n’est pas philosophique. Elle est comptable. Et le compte ne tombe jamais du bon côté pour les Palestiniens.
Le National Committee for the Administration of Gaza
La Phase 2 prévoit l’établissement d’un « Comité national pour l’administration de Gaza » (NCAG), un organe de 15 technocrates palestiniens chargés de gérer les affaires quotidiennes de l’enclave pendant la période de transition. Le comité sera dirigé par Ali Shaath, ancien vice-ministre de l’Autorité palestinienne. Une liste de 12 noms de personnalités politiquement non affiliées a été soumise au Shin Bet, le service de sécurité intérieure israélien, qui en a approuvé huit. L’Égypte a dirigé les efforts pour établir ce comité, en consultation avec les États-Unis, Israël et les différentes factions palestiniennes. Les médiateurs — Qatar, Turquie et Égypte — ont salué la formation du comité, déclarant qu’ils espéraient qu’elle « ouvrirait la voie à la mise en œuvre de la deuxième phase de l’accord de cessez-le-feu ». Mais Netanyahu s’est fermement opposé à toute proposition d’après-guerre impliquant l’Autorité palestinienne. Et même en Cisjordanie, où elle gouverne, l’Autorité palestinienne est largement impopulaire en raison de la corruption et de sa collaboration perçue avec Israël.
Les voix qui manquent : où sont les Palestiniens?
Aucun siège à la table des décisions
Reprenons. Le Board of Peace est présidé par Trump. Le comité exécutif fondateur comprend des Américains, un Britannique, le président de la Banque mondiale, et le PDG d’une société de capital-investissement. Le comité exécutif pour Gaza comprend des représentants de la Turquie, du Qatar, de l’Égypte, des Émirats arabes unis, et un homme d’affaires israélien. Le plan de reconstruction a été conçu par Jared Kushner, promoteur immobilier, avec l’aide de Yakir Gabay, magnat de l’immobilier israélo-chypriote. Pas un seul Palestinien ne siège au comité exécutif du Board of Peace. Pas un seul. Kushner a félicité le travail d’Ali Shaath, le Palestinien nommé à la tête du NCAG. Mais Shaath dirige un comité séparé, chargé de la gestion quotidienne. Pas des décisions stratégiques. Pas de la vision. Pas du financement.
L’analyste politique senior d’Al Jazeera, Marwan Bishara, a mis en doute la réussite du plan : « Le processus est truqué en faveur d’Israël. Comment peut-on avoir une paix juste quand une partie impose ses conditions? » Khalil Jahshan, analyste, a qualifié le projet de « projet de relations publiques immobilières dépourvu de toute participation palestinienne significative ». Les Palestiniens ont été consultés pour valider des noms. Pas pour définir leur avenir. Pas pour décider où ils vivraient pendant que leurs maisons seraient démolies pour faire place à des gratte-ciels. Pas pour choisir s’ils voulaient des centres de données ou retrouver leurs oliviers.
On parle d’eux. On parle pour eux. On parle sur eux. Mais on ne leur parle jamais. C’est peut-être ça, le plus violent. Pas les bombes — celles-là, on peut les voir, les compter, les documenter. Mais cette violence silencieuse qui consiste à décider du sort de millions de gens sans jamais leur demander ce qu’ils veulent. Kushner montre des images de tours scintillantes. Les Palestiniens cherchent leurs enfants sous les décombres. Il n’y a pas de dialogue. Il n’y a qu’un monologue de promoteur avec des clients qu’on n’a pas invités à la visite.
L'aide bloquée : 50 millions de dollars qui attendent
Les ONG menacées d’expulsion
Pendant que Davos parlait de milliards d’investissements, 45 ONG internationales et palestiniennes ont compilé un rapport révélant que près de 50 millions de dollars d’aide vitale sont bloqués à l’entrée de Gaza. Ce chiffre n’inclut même pas les colis alimentaires, la farine et les fournitures d’abris de l’UNRWA pré-positionnés à l’extérieur de l’enclave. 53 ONG internationales ont averti que les récentes mesures d’enregistrement israéliennes — y compris les notifications à 37 ONG que leurs accréditations expireraient fin 2025 — pourraient forcer les organisations à cesser leurs opérations dans les 60 jours. Les conséquences seraient catastrophiques. Ces ONG fournissent plus de la moitié de l’aide alimentaire à Gaza. Elles soutiennent environ 60 % des hôpitaux de campagne. Elles mettent en œuvre trois quarts des activités d’hébergement et de fourniture de biens non alimentaires. Elles assurent 100 % du traitement des enfants souffrant de malnutrition aiguë sévère.
Le 2 janvier 2026, le secrétaire général de l’ONU a exprimé sa « profonde préoccupation » face à l’annonce israélienne de suspendre les opérations de plusieurs ONG internationales dans le territoire palestinien occupé, appelant à l’annulation de cette mesure. Le 12 janvier, les forces israéliennes sont entrées dans le Centre de santé de Jérusalem de l’UNRWA, exigeant le retrait de la signalétique ONU. Le même jour, un ordre de fermeture temporaire de 30 jours a été émis contre le centre. Simultanément, l’UNRWA a reçu des avis indiquant que l’électricité et l’eau de ses installations à Jérusalem-Est occupée seraient coupées dans les 15 jours.
La famine évitée, mais à peine
Une analyse de l’IPC (Integrated Food Security Phase Classification) publiée le 19 décembre a révélé que les conditions de famine ont été atténuées mais que l’insécurité alimentaire aiguë et la malnutrition restent à des niveaux « critiquement élevés ». Environ 1,6 million de personnes continueront de faire face à des niveaux de crise ou pires d’insécurité alimentaire jusqu’en avril 2026, dont environ 571 000 personnes en situation d’urgence et quelque 1 900 personnes en situation de catastrophe. D’ici octobre 2026, au moins 101 000 enfants de 6 à 59 mois souffriront de malnutrition aiguë, dont plus de 31 000 cas sévères. Près de 37 000 femmes enceintes et allaitantes auront besoin d’un soutien nutritionnel urgent. Aucun enfant de 6 à 23 mois ne répond aux normes minimales de diversité alimentaire. 71,5 % continuent de souffrir de pauvreté alimentaire sévère — ne consommant que deux groupes alimentaires ou moins par jour.
Conclusion : La question que personne ne pose
Qui a le droit de rêver?
Kushner parle de « catastrophic success » — un succès catastrophique. C’est le terme qu’il utilise. L’administration a décidé de « planifier pour un succès catastrophique », rejetant les approches progressives ou de repli. « Pas de Plan B », répète-t-il. Pas de plan B. Juste un master plan avec des gratte-ciels, des aéroports, et des zones touristiques. Le mot « catastrophe » est approprié. Mais pas dans le sens où Kushner l’entend. La catastrophe, elle est là. Elle porte les noms de 71 439 morts. Elle a le visage de Shatha Abu Jarad, trois mois, morte de froid. Elle ressemble à 60 millions de tonnes de décombres qu’il faudra plus de sept ans à déblayer. Elle se mesure en 800 000 personnes vivant dans des zones inondables, en 463 morts depuis un cessez-le-feu qui n’en est pas un.
Et la question que personne ne pose, la voici : qui a le droit de rêver à Gaza? Kushner rêve de gratte-ciels. Netanyahu rêve de sécurité. Trump rêve d’un Board of Peace qui porterait son nom. Mais les Palestiniens, eux, ont-ils le droit de rêver? De rêver de retrouver leurs enfants sous les décombres? De rêver d’une nuit sans le bruit des drones? De rêver d’un passage ouvert, d’un camion d’aide qui arrive, d’une école qui tient debout? Personne ne leur a demandé ce qu’ils voulaient reconstruire. On leur a montré des images générées par IA de leur futur. Un futur décidé par des promoteurs, des financiers, des hommes d’affaires. Un futur où ils ne figurent que comme main-d’œuvre pour leurs propres terres.
Le silence qui dit tout
La réunion du 24 janvier a été qualifiée de « constructive et positive ». Les deux parties sont « alignées sur les prochaines étapes ». Le partenariat est « productif ». Les mots sont choisis avec soin. Ils ne disent rien des enfants qui meurent de froid. Rien des corps qu’on déterre chaque jour. Rien des 382 employés de l’UNRWA tués depuis le début du conflit. Rien des pêcheurs abattus en mer. Rien des écoles démolies au bulldozer.
Le silence dit tout.
Je termine cet article avec une image en tête. D’un côté, un écran géant à Davos avec des rendus 3D de « New Gaza » — des tours brillantes, des plages propres, des gens virtuels qui sourient. De l’autre, un oncle qui porte le corps de Shatha Abu Jarad, trois mois, morte de froid dans une tente trempée. Entre ces deux images, il y a un gouffre. Et dans ce gouffre, il y a 71 439 morts, 171 324 blessés, 2,3 millions de personnes à qui on n’a jamais demandé ce qu’elles voulaient. On leur a promis des gratte-ciels. Elles voulaient juste vivre.
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur et analyste. Mon expertise réside dans l’observation et l’analyse des dynamiques géopolitiques et humanitaires qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies politiques, à contextualiser les décisions des acteurs internationaux et à proposer des perspectives analytiques sur les crises qui redéfinissent l’ordre mondial.
Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel. Je prétends à la lucidité analytique, à l’interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux complexes qui nous concernent tous. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et stratégique, et d’offrir une lecture critique des événements.
Méthodologie et sources
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et analyses interprétatives. Les informations factuelles présentées proviennent exclusivement de sources primaires et secondaires vérifiables.
Sources primaires : communiqués officiels de l’envoyé spécial américain Steve Witkoff, rapports de l’OCHA (Bureau de la coordination des affaires humanitaires), rapports de l’UNRWA, déclarations officielles de la Maison-Blanche, communiqués du bureau du premier ministre israélien.
Sources secondaires : Al Jazeera, NBC News, The Times of Israel, The National, TASS, Associated Press, Reuters, Jewish Telegraphic Agency.
Les données statistiques sur les victimes proviennent du ministère de la Santé de Gaza, relayées par l’OCHA et l’UNRWA. Les informations sur la situation humanitaire proviennent des rapports de situation de l’UNRWA (numéros 202 à 205) et des bulletins de l’OCHA.
Nature de l’analyse
Les analyses et perspectives présentées constituent une synthèse critique et contextuelle basée sur les informations disponibles et les tendances observées. Ces analyses reflètent une expertise développée à travers l’observation continue des affaires internationales et la compréhension des mécanismes stratégiques qui animent les acteurs globaux.
Toute évolution ultérieure de la situation pourrait naturellement modifier les perspectives présentées ici. Cet article sera mis à jour si de nouvelles informations officielles majeures sont publiées.
Sources
Sources primaires
Steve Witkoff (X/Twitter) – Publication sur la réunion du 24 janvier 2026 avec Netanyahu – 25 janvier 2026
OCHA – Humanitarian Situation Update #353 Gaza Strip – 14 janvier 2026
UNRWA – Situation Report #205 – 20 janvier 2026
UNRWA – Situation Report #204 – 13 janvier 2026
IPC (Integrated Food Security Phase Classification) – Analyse Gaza Strip – 19 décembre 2025
Sources secondaires
TASS – US, Israel discuss Trump’s plan for Gaza, envoy says – 25 janvier 2026
Al Jazeera – Imperial agenda: What’s Trump’s Gaza development plan, unveiled in Davos? – 23 janvier 2026
Al Jazeera – US envoy announces launch of phase two of plan to end Gaza war – 14 janvier 2026
NBC News – Trump’s Gaza peace plan enters second phase – 14 janvier 2026
NBC News – Jared Kushner’s vision for Gaza as a gleaming port city clashes with reality – 24 janvier 2026
The Times of Israel – US plans to start 2nd phase of Gaza deal before Hamas disarmed – 15 janvier 2026
The National – US officials in Israel to discuss next steps in demilitarising Gaza – 25 janvier 2026
The National – New Gaza, new Rafah and a free market economy: Inside Kushner’s $30bn reconstruction plan – 22 janvier 2026
TIME – Trump Unveils Gaza Board of Peace at Davos – 22 janvier 2026
NPR – Israel agrees to join Trump’s Board of Peace as some European nations say no – 21 janvier 2026
Associated Press – US envoys urge Netanyahu to move into Gaza ceasefire’s second phase – 25 janvier 2026
Wikipedia – Gaza peace plan – Consulté le 25 janvier 2026
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.