Anatomie d’une vague de frappes
Les opérations militaires israéliennes au Liban suivent un schéma devenu tristement familier. D’abord, le porte-parole arabophone de Tsahal, le colonel Avichay Adraee, publie un message sur les réseaux sociaux. Il demande aux habitants de certains villages de s’éloigner d’au moins 300 mètres de bâtiments qu’il identifie comme des « infrastructures terroristes ». Les familles ont quelques heures pour fuir. Puis les missiles s’abattent. Le 22 janvier, Israël a bombardé quatre points de passage à la frontière syro-libanaise, affirmant qu’ils étaient utilisés pour le transfert d’armes vers le Hezbollah. Dans la région de Sidon, un « passeur d’armes clé » a été « éliminé » selon la terminologie militaire. Un homme est mort. Son nom ne sera jamais mentionné dans les communiqués officiels.
L’armée libanaise a dénoncé ces attaques qui ciblent « des bâtiments civils et des maisons » comme une « violation flagrante de la souveraineté du Liban ». Le communiqué précise que ces frappes « entravent les efforts de l’armée » pour compléter le plan de désarmement. C’est là tout le paradoxe cruel de cette situation. Israël exige le désarmement du Hezbollah. Mais chaque frappe complique le travail de l’armée libanaise chargée de cette mission. Chaque bombardement renforce ceux qui, au sein du Hezbollah, refusent de rendre les armes. Le successeur de Hassan Nasrallah, Naim Qassem, l’a dit clairement dans un discours le 3 janvier : « Exiger un contrôle exclusif des armes pendant qu’Israël commet des agressions signifie que vous ne travaillez pas dans l’intérêt du Liban mais dans celui d’Israël. »
Les chiffres qui accusent
Depuis le cessez-le-feu de novembre 2024, l’armée israélienne affirme avoir tué environ 400 combattants du Hezbollah et frappé des centaines de sites liés à l’organisation. Côté libanais, le ministère de la Santé recense plus de 350 morts — sans distinguer combattants et civils. Les Nations Unies ont rapporté qu’au moins 127 civils, dont des enfants, ont été tués depuis l’entrée en vigueur de la trêve. Cent vingt-sept civils. Des gens qui n’avaient rien à voir avec le Hezbollah. Des gens qui vivaient leur vie. Qui allaient au travail. Qui emmenaient leurs enfants à l’école. La Banque mondiale estime que la guerre a laissé le Liban avec un besoin de reconstruction d’environ 11 milliards de dollars. Onze milliards. Pour un pays déjà en faillite économique.
Le 22 janvier, la plupart des frappes ont ciblé des zones au nord de la rivière Litani — donc en dehors de la zone où le Hezbollah est censé avoir été désarmé. L’armée israélienne justifie ces opérations en invoquant les « efforts du Hezbollah pour se réarmer et reconstruire son infrastructure terroriste avec le soutien iranien ». Mais les preuves concrètes de ce réarmement restent floues. Ce qui n’est pas flou, en revanche, ce sont les images des bâtiments détruits. Des voitures calcinées. Des familles en pleurs devant les décombres de ce qui était leur maison la veille. Ces images, elles, ne mentent pas. Elles racontent une histoire que les communiqués officiels tentent d’effacer.
On me demandera peut-être pourquoi je ne suis pas « équilibré ». Pourquoi je ne cite pas davantage les arguments israéliens. La vérité, c’est que les arguments sont là, dans l’article. Mais face à 10 000 violations documentées par l’ONU, face à 350 morts sous un cessez-le-feu, face à des enfants qui meurent sous les bombes — il y a un moment où l’équilibre devient complice. Je ne suis pas anti-israélien. Je suis anti-bombes-sur-des-civils. C’est une position que je tiendrai peu importe qui les largue.
Section 3 : Le feu vert américain
Trump et Netanyahu : la rencontre qui change tout
Le 29 décembre 2025, le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’est rendu à Mar-a-Lago, la résidence du président américain Donald Trump en Floride. Selon plusieurs médias israéliens, cette rencontre a marqué un tournant. Trump aurait donné son « feu vert » à Israël pour reprendre une offensive militaire contre le Hezbollah. La chaîne israélienne Kan a rapporté que Netanyahu avait informé son cabinet de cette autorisation. Ni Jérusalem ni Washington ne seraient satisfaits des efforts libanais pour neutraliser la menace du Hezbollah. L’analyste de sécurité basé à Beyrouth, Ali Rizk, a déclaré à Al Jazeera que les attaques récentes « ne sont pas une surprise » après cette rencontre.
Cette alliance renouvelée entre Washington et Tel-Aviv place le Liban dans une position impossible. D’un côté, les États-Unis exigent le désarmement du Hezbollah. De l’autre, ils autorisent Israël à bombarder le pays pendant que ce désarmement est en cours. Le ministre libanais des Affaires étrangères Youssef Rajji a fait une déclaration stupéfiante lors d’une interview avec Sky News Arabia. Il a reconnu qu’Israël « conservait le droit » de frapper le Liban tant que le Hezbollah ne serait pas totalement désarmé. Cette concession extraordinaire illustre à quel point Beyrouth est pris en étau. Accepter les bombardements comme prix à payer pour éviter une escalade encore plus dévastatrice.
L’Iran dans l’équation
Le 9 janvier 2026, le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi s’est rendu à Beyrouth. Une visite qui n’a pas manqué de faire réagir. Le ministre libanais Rajji lui a demandé de trouver « une nouvelle approche sur la question des armes du Hezbollah » en utilisant la « relation de l’Iran avec le parti ». C’est une demande remarquable de la part du Liban — demander à Téhéran d’aider à convaincre le Hezbollah de désarmer. L’Iran, de son côté, a exprimé son opposition aux plans de désarmement. En août 2025, lors de la visite du chef de la sécurité iranien Ali Larijani, les dirigeants libanais avaient fermement rejeté toute ingérence étrangère. Le Premier ministre avait déclaré que Beyrouth ne tolérerait « ni tutelle ni diktat ».
Selon des sources britanniques du journal Asharq al-Awsat, le Hezbollah aurait reçu un « dernier avertissement » de l’Égypte, du Qatar et de la Turquie pour qu’il remette ses armes au gouvernement libanais. La pression internationale s’intensifie. Mais le Hezbollah reste ancré dans sa position de « résistance ». Pour l’organisation, rendre les armes équivaudrait à une capitulation face à l’ennemi israélien — surtout alors que ce même ennemi continue de bombarder le pays. C’est un cercle vicieux dont personne ne semble pouvoir sortir. Israël frappe parce que le Hezbollah garde ses armes. Le Hezbollah garde ses armes parce qu’Israël frappe. Et entre les deux, le peuple libanais paie le prix du sang.
Section 4 : L'armée libanaise au cœur de la tempête
La mission impossible du général Haikal
Le général Rodolph Haikal, commandant de l’armée libanaise, est devenu l’homme le plus sollicité du Moyen-Orient. Le 19 décembre 2025, il était à Paris pour rencontrer des responsables américains, français et saoudiens. L’objectif : discuter des moyens d’aider l’armée dans sa mission d’extension de son autorité dans la zone frontalière. Lors de ses entretiens avec le général Fabien Mandon, chef d’état-major des armées françaises, Haikal a réaffirmé l’engagement du Liban à mettre en œuvre la première phase du cessez-le-feu « dans les délais impartis ». Le gouvernement libanais s’était fixé fin 2025 comme échéance pour nettoyer la zone sud du Litani de toute présence armée du Hezbollah.
L’annonce du 8 janvier 2026 concernant l’achèvement de cette première phase était censée être une victoire. Une preuve que le Liban pouvait tenir ses engagements. Mais les officiels militaires libanais ont été contraints d’admettre que les seules zones où ils n’avaient pas pu opérer pour retirer les armes du Hezbollah se trouvaient près des cinq points toujours occupés par les forces israéliennes. L’ironie est cruelle. Israël critique le Liban pour ne pas avoir complètement désarmé le Hezbollah. Mais Israël lui-même empêche l’armée libanaise d’accéder à certaines zones en les occupant militairement. Les capacités de l’armée libanaise font l’objet de nombreuses inquiétudes. Des décennies de crise économique et de faiblesse institutionnelle l’ont rendue structurellement plus faible que le Hezbollah lui-même.
Les tunnels du Hezbollah
L’armée libanaise a organisé des visites de presse pour montrer son travail. Des journalistes ont pu voir des tunnels abandonnés que le Hezbollah utilisait, selon les militaires, dans une vallée montagneuse près du village de Zibqin, le 28 novembre 2025. Ces images ont fait le tour du monde — preuve tangible que quelque chose bougeait. Que le Liban prenait enfin le contrôle de territoires qui lui échappaient depuis des décennies. Mais pour chaque tunnel découvert, combien restent cachés ? Pour chaque cache d’armes saisie, combien ont été déplacées avant l’arrivée des soldats ? L’armée israélienne affirme que le Hezbollah travaille activement à « réhabiliter son infrastructure militaire ». Elle cite des opérateurs de drones, des spécialistes de l’ingénierie, des responsables de la collecte de renseignements.
Le 8 janvier, dans la région de Zaita, l’armée israélienne a frappé un véhicule, tuant un homme identifié comme Alaa Khourani. Selon Tsahal, il s’agissait d’un opérateur de drones du Hezbollah « impliqué dans la réhabilitation de l’infrastructure militaire du groupe terroriste, l’activation de forces et la tentative de collecte de renseignements sur les troupes de l’armée israélienne ». Le ministère libanais de la Santé a simplement annoncé qu’une personne avait été tuée dans la frappe sur un véhicule. Deux versions de la même mort. L’une fait d’un homme un « terroriste éliminé ». L’autre en fait un nom anonyme dans une statistique.
Qui était vraiment Alaa Khourani ? Un terroriste comme le dit Israël ? Un civil innocent comme le suggère le communiqué libanais ? Je ne sais pas. Personne ne le saura jamais avec certitude. Et c’est peut-être ça le plus troublant. Dans cette guerre des récits, chaque mort est instrumentalisée. Chaque vie effacée devient un argument. Mais quelque part, une mère a perdu son fils. Quelque part, des enfants ont perdu leur père. Cette douleur-là, elle, n’a pas de version officielle.
Section 5 : La force Radwan dans le viseur
L’élite du Hezbollah traquée
Le 2 janvier 2026, l’armée israélienne a annoncé avoir frappé un complexe d’entraînement utilisé par la force Radwan, l’unité d’élite du Hezbollah. Ce site, situé dans le district de Jezzine, était utilisé pour former des opérateurs à la planification et à l’exécution d’attaques contre les forces et les civils israéliens. Des exercices de tir réel et des formations aux armes y auraient été dispensés. La même journée, des structures militaires ayant récemment servi à stocker des armes ont également été ciblées. L’armée israélienne a qualifié cette activité de « violation des accords de cessez-le-feu ». La force Radwan représente ce que le Hezbollah a de plus redoutable. Formée pour des opérations d’infiltration en territoire israélien, elle était considérée comme la principale menace pour les communautés du nord d’Israël.
La guerre de 2024 a décimé une grande partie de son commandement. Hassan Nasrallah lui-même a été tué le 27 septembre 2024 lors d’un bombardement massif qui a détruit le quartier général du Hezbollah à Beyrouth. Mais Israël considère que la menace persiste. Que le groupe tente de se reconstituer. Que chaque jour de paix relative est utilisé pour reconstruire ce qui a été détruit. Les frappes sur les sites d’entraînement de la force Radwan s’inscrivent dans cette logique. Empêcher la renaissance. Éliminer la capacité de nuire avant qu’elle ne se matérialise. Une stratégie préventive qui, du point de vue libanais, ressemble à une guerre permanente déguisée en maintien de la paix.
Le sud-Liban entre deux feux
Plus de 60 000 habitants du nord d’Israël ont été déplacés par les attaques du Hezbollah depuis le 8 octobre 2023. Seuls 10 à 25 % d’entre eux sont rentrés chez eux depuis le cessez-le-feu. Le gouvernement israélien leur a offert des incitations financières pour un retour avant le 7 mars 2026, avec des aides réduites après cette date. Du côté libanais, la situation est encore plus dramatique. Plus de 1,2 million de personnes ont été déplacées entre septembre et novembre 2024, lors de l’intensification des hostilités. Beaucoup n’ont toujours pas pu rentrer. L’armée israélienne empêche la population de retourner dans les villages proches de la frontière.
Le 26 janvier 2025 — il y a exactement un an — le Hezbollah avait encouragé un retour précipité des villageois du sud. L’armée israélienne avait répondu par des tirs meurtriers. Le souvenir de cette journée hante les habitants de la région. Chaque annonce d’évacuation de Tsahal ravive la peur. Chaque explosion rappelle que la guerre n’est pas vraiment finie. Elle a juste changé de forme. Moins spectaculaire. Plus insidieuse. Mais tout aussi mortelle pour ceux qui vivent sous les drones et les missiles. Les villages de Qanarit, Kfour, Braiqa, Al-Khiyam, Zaita — ces noms ne vous disent probablement rien. Ce sont pourtant des lieux où des gens vivent. Où des enfants grandissent. Où des vieillards tentent de finir leurs jours en paix.
Section 6 : Le comité de surveillance impuissant
Le mécanisme qui ne fonctionne pas
L’accord de cessez-le-feu prévoyait la création d’un Mécanisme international de suivi et de mise en œuvre (IMIM), dirigé par les États-Unis avec la participation d’Israël, du Liban, de la France et de l’UNIFIL. Ce mécanisme est dirigé par le général Jasper Jeffers du Commandement central américain et le médiateur Amos Hochstein. Il comprend également le général Guillaume Ponchin pour la France, le général Edgar Lowndes pour l’armée libanaise et le général Amit Adler pour Tsahal. Ces parties se sont réunies quatre fois pour discuter de la mise en œuvre de l’accord. Mi-janvier 2026, Israël a rapporté que l’IMIM avait traité 65 % des plaintes qui lui avaient été soumises.
Mais traiter ne signifie pas résoudre. Israël affirme avoir répondu aux violations non traitées par l’armée libanaise dans un délai de 72 heures. En clair : si le Liban ne fait pas le travail assez vite, Israël se charge de le faire à sa manière. Avec des bombes. L’UNIFIL a été quelque peu marginalisée dans ce nouveau dispositif. Le centre de gravité s’est déplacé des réunions tripartites organisées par la force de l’ONU depuis 2006 vers ce nouveau mécanisme dominé par Washington. Le 15 janvier, l’UNIFIL a dénoncé un incident grave : un char Merkava israélien avait tiré 30 balles de petit calibre en direction d’une de ses positions près de Kafer Chouba. Une violation directe de la résolution 1701 du Conseil de sécurité.
Un comité de surveillance qui ne surveille rien. Des résolutions qui ne sont pas appliquées. Des mécanismes qui ne mécanisent rien. On croirait une parodie tragique de la diplomatie internationale. Mais ce n’est pas drôle. Pas drôle du tout. Parce que chaque échec de ces institutions se paie en vies humaines. Chaque résolution ignorée donne un permis de tuer. Je voudrais croire que le droit international existe. Mais ce que je vois au Liban me dit le contraire.
Section 7 : Les frontières qui brûlent
Les passages syro-libanais sous les bombes
Le 22 janvier 2026, l’armée israélienne a franchi un nouveau cap en bombardant quatre points de passage à la frontière entre le Liban et la Syrie. Ces frappes ciblaient ce qu’Israël décrit comme des routes de contrebande d’armes utilisées par le Hezbollah. L’Iran, via son territoire et la Syrie, a historiquement approvisionné le groupe en missiles, drones et équipements militaires. Couper ces lignes d’approvisionnement fait partie de la stratégie israélienne pour empêcher le réarmement. Mais bombarder des points de passage frontaliers entre deux États souverains — ni l’un ni l’autre n’étant Israël — représente une escalade significative. Cela revient à affirmer un droit d’intervention sur l’ensemble du territoire libanais et au-delà.
Le président libanais Joseph Aoun a réagi avec une rare fermeté : « Une fois de plus, Israël poursuit une politique d’agression systématique en menant des frappes aériennes sur des villages libanais habités, dans une dangereuse escalade qui cible directement les civils. Ce comportement agressif répété confirme le refus d’Israël de respecter ses obligations découlant de l’accord de cessation des hostilités. » Des mots forts. Mais des mots seulement. Le Liban n’a pas les moyens militaires de s’opposer aux opérations israéliennes. Il n’a pas non plus le soutien international suffisant pour contraindre Israël à respecter l’accord qu’il a signé. Il ne lui reste que la dénonciation. L’indignation. Et l’espoir que quelqu’un, quelque part, finira par écouter.
Les déplacés sans retour
Dans les villages frontaliers du sud du Liban, la vie s’est arrêtée. Des maisons ont été détruites. Des écoles fermées. Des commerces abandonnés. Ceux qui sont restés vivent dans la peur permanente. Le bruit des drones au-dessus des têtes. Les explosions lointaines qui se rapprochent parfois. Les ordres d’évacuation qui peuvent tomber à n’importe quel moment. À Kfar Hatta, dans le district de Sidon, les habitants ont appelé l’armée libanaise et les forces de sécurité à inspecter une zone désignée par Israël comme cible. L’Agence nationale d’information libanaise a rapporté que cette zone était en fait « un complexe résidentiel comprenant au moins dix bâtiments ». Des familles. Des vies ordinaires. Transformées en « infrastructure terroriste » par un communiqué militaire.
Une patrouille de l’armée libanaise et de l’UNIFIL s’est rendue sur place. Puis les frappes d’avertissement ont commencé. Puis les vraies frappes. Plus de dix en quelques minutes. Causant des « dégâts significatifs aux bâtiments ». Combien de familles ont tout perdu ce soir-là ? Combien de souvenirs réduits en cendres ? Combien d’enfants traumatisés qui se réveilleront en hurlant pendant des années ? Ces questions ne figurent jamais dans les communiqués officiels. Elles ne font pas partie des « statistiques ». Elles sont pourtant l’essence même de ce qui se passe. La tragédie humaine derrière les chiffres. La chair et le sang derrière les « opérations militaires ».
Section 8 : Le Hezbollah affaibli mais pas vaincu
Les cicatrices de 2024
La guerre de 2024 a profondément transformé le Hezbollah. La mort de Hassan Nasrallah, le leader charismatique qui dirigeait le mouvement depuis 1992, a été un choc immense. Autour de lui, une grande partie du commandement politique et militaire a été décimée par les frappes israéliennes. En septembre 2024, deux vagues d’attaques électroniques ont ciblé les systèmes de communication du groupe — une opération sans précédent qui a exposé la vulnérabilité de l’organisation. L’invasion terrestre israélienne du 1er octobre 2024 a achevé d’affaiblir le groupe dans le sud du Liban. Pour la première fois depuis des décennies, le Hezbollah n’est plus la force dominante dans cette région. L’armée libanaise y a pris le relais — du moins sur le papier.
Mais le Hezbollah n’a pas disparu. Naim Qassem, le nouveau secrétaire général, maintient la ligne de résistance. Le groupe refuse de se désarmer, invoquant les agressions continues d’Israël. « Nous appelons à équiper l’armée libanaise pour qu’elle puisse être une armée qui protège le pays contre ses ennemis », a-t-il déclaré. Une phrase ambiguë. Qui suggère que le Hezbollah pourrait accepter de céder ses armes — mais seulement si l’armée libanaise devient capable de défendre le pays face à Israël. Une condition qui semble impossible à remplir dans le contexte actuel. L’organisation reste puissante au nord du Litani. Elle conserve des capacités de frappe. Elle peut encore mobiliser ses partisans. Elle reste un acteur politique majeur au Liban.
L’Iran en retrait ?
La position de l’Iran dans cette crise est complexe. Téhéran a été le principal soutien du Hezbollah pendant des décennies. Armes, financement, formation, guidance stratégique — tout venait d’Iran. Mais la situation a évolué. Les sanctions internationales, la crise économique iranienne, les tensions internes au régime — tout cela a limité la capacité de Téhéran à soutenir ses alliés régionaux. La visite du ministre Araghchi à Beyrouth en janvier 2026 illustre cette nouvelle dynamique. L’Iran exprime son opposition au désarmement du Hezbollah. Mais il ne peut plus garantir le soutien inconditionnel d’autrefois. Le Hezbollah doit composer avec cette nouvelle réalité. Il ne peut plus compter automatiquement sur Téhéran pour reconstituer ses capacités.
La guerre de 2024 a également montré les limites de la « doctrine de l’axe de résistance ». Le Hezbollah est entré en guerre le 8 octobre 2023 en solidarité avec le Hamas après le massacre du 7 octobre. Cette décision a coûté cher. Plus de 4 000 morts au Liban depuis le début du conflit. Des destructions massives. Une économie dévastée. Un pays qui n’en finit pas de s’effondrer. Pour quoi ? Le Hamas est lui aussi affaibli. Gaza est en ruines. La « résistance » a-t-elle accompli quoi que ce soit ? La question divise la société libanaise. Elle divise peut-être aussi le Hezbollah lui-même.
Je n’ai pas de sympathie pour le Hezbollah. C’est une organisation qui a assassiné, terrorisé, pris en otage la politique libanaise pendant des décennies. Mais je refuse aussi de voir le Liban tout entier payer pour les erreurs d’un groupe. Les enfants de Beyrouth ne sont pas responsables des missiles tirés sur Haïfa. Les commerçants de Sidon ne sont pas responsables des tunnels de Radwan. Cette guerre collective, où un peuple entier est puni pour les actes d’une faction, me révolte. Des deux côtés, d’ailleurs.
Section 9 : La communauté internationale silencieuse
Le two poids deux mesures
Imaginez un instant qu’un autre pays bombarde quotidiennement son voisin après avoir signé un cessez-le-feu. Imaginez 10 000 violations documentées par l’ONU. Imaginez 350 morts sous un accord de paix. Les sanctions pleuvraient. Les condamnations fuséraient. Les tribunaux internationaux seraient saisis. Mais quand c’est Israël qui bombarde le Liban, le monde reste muet. L’Union européenne exprime sa « préoccupation ». Les États-Unis appellent au « calme ». La France, pourtant garante du cessez-le-feu, se contente de « suivre la situation ». Ce silence est assourdissant. Il envoie un message clair : certains États peuvent violer le droit international impunément. D’autres non.
Le Liban n’a pas les moyens de se défendre. Son armée est faible. Son économie est en ruines. Sa classe politique est corrompue et divisée. Il dépend de l’aide internationale pour survivre. Cette vulnérabilité le rend otage des grandes puissances. Il ne peut pas protester trop fort contre les bombardements israéliens — sous peine de perdre le soutien américain dont il a désespérément besoin. Il ne peut pas défendre le Hezbollah — sous peine d’être traité en État voyou. Il ne peut qu’encaisser. Compter ses morts. Reconstruire ce qui peut l’être. Et attendre que l’orage passe. Sauf que l’orage ne passe jamais vraiment. Il se transforme juste en pluie continue. Moins spectaculaire. Mais tout aussi destructrice.
Le rôle de la France
La France a été ajoutée comme médiatrice de l’accord de cessez-le-feu après avoir retiré sa déclaration selon laquelle elle arrêterait Benjamin Netanyahu pour crimes de guerre présumés. Un compromis qui en dit long sur les priorités diplomatiques de Paris. Le général Guillaume Ponchin participe aux réunions du mécanisme de surveillance. Mais la France semble incapable ou peu désireuse de faire pression sur Israël pour qu’il respecte ses engagements. L’armée libanaise est pourtant un partenaire historique de la France. Paris a formé des générations d’officiers libanais. La France a des intérêts stratégiques au Liban. Mais ces liens semblent insuffisants pour peser dans la balance.
Le président Emmanuel Macron a d’ailleurs décliné une invitation à rejoindre le « Board of Peace » de Trump pour Gaza. Un geste qui pourrait être interprété comme une distance avec la politique américaine. Ou simplement comme un désintérêt pour une région où la France a perdu de son influence. Quoi qu’il en soit, le Liban ne peut pas compter sur l’Europe pour le protéger. Il ne peut compter que sur lui-même. Et sur sa capacité à naviguer entre les intérêts contradictoires qui s’affrontent sur son territoire. Une tâche titanesque pour un pays si fragile.
Section 10 : Les conséquences humaines
Les enfants de la guerre
Parmi les 127 civils tués depuis le cessez-le-feu selon l’ONU, combien d’enfants ? Les rapports ne précisent pas toujours. Mais on sait qu’il y en a. Des enfants qui n’ont jamais choisi cette guerre. Qui ne savent même pas pourquoi les bombes tombent. Qui ne comprennent pas les mots « Hezbollah », « cessez-le-feu », « infrastructure terroriste ». Qui comprennent seulement que le ciel peut exploser à tout moment. Que leur maison peut disparaître pendant qu’ils dorment. Que leurs parents peuvent ne pas revenir. Ces enfants portent des cicatrices invisibles. Des traumatismes qui les accompagneront toute leur vie. Qui façonneront leur rapport au monde. Qui feront d’eux, peut-être, les combattants de demain.
C’est le cercle vicieux de la violence au Moyen-Orient. Chaque guerre crée la suivante. Chaque orphelin d’aujourd’hui est un potentiel combattant de demain. Chaque maison détruite est une graine de haine semée. Israël pense sécuriser son avenir en frappant le Hezbollah. Mais en tuant des civils, en traumatisant des générations, il sème peut-être les germes de menaces futures. Ce n’est pas de la naïveté. C’est de l’histoire. Les 40 ans de conflit israélo-libanais le prouvent. La violence n’a jamais apporté la paix durable. Elle n’a fait qu’engendrer plus de violence. Un cycle sans fin dont personne ne semble vouloir sortir.
L’économie en ruines
Le Liban était déjà en crise avant la guerre de 2024. L’effondrement financier de 2019 avait plongé le pays dans une spirale catastrophique. L’explosion du port de Beyrouth en 2020 avait ajouté une couche de destruction. Et puis la guerre est venue parachever le désastre. Les 11 milliards de dollars de besoins de reconstruction estimés par la Banque mondiale ne tiennent même pas compte des dégâts causés depuis le cessez-le-feu. Chaque frappe ajoute à la facture. Chaque bâtiment détruit est une charge supplémentaire pour un pays qui ne peut plus payer. Le Liban n’a pas les moyens de reconstruire. Il n’a même pas les moyens de maintenir ses services de base.
L’électricité reste rationnée. L’eau potable manque dans certaines régions. Les hôpitaux fonctionnent au minimum. Les écoles publiques peinent à ouvrir. Et pendant ce temps, les bombes continuent de tomber. Détruisant ce qui restait. Creusant un peu plus le gouffre. Qui financera la reconstruction ? Les donateurs internationaux sont fatigués du Liban. Fatigués de sa corruption. Fatigués de son incapacité à se réformer. Fatigués du Hezbollah. L’aide se fait rare. Les prêts sont conditionnés à des réformes que la classe politique refuse de faire. Le pays s’enfonce. Et personne ne tend la main.
Conclusion : L'impasse permanente
Un cessez-le-feu en lambeaux
Quatorze mois après sa signature, le cessez-le-feu entre Israël et le Liban n’existe que sur le papier. Israël continue de frapper quotidiennement. Le Hezbollah refuse de désarmer complètement. L’armée libanaise fait ce qu’elle peut avec des moyens dérisoires. Et le peuple libanais paie le prix de cet échec collectif. Les 10 000 violations documentées par l’UNIFIL sont un acte d’accusation sans appel. Elles montrent qu’Israël n’a jamais eu l’intention de respecter l’accord qu’il a signé. Que la trêve n’était qu’une pause tactique. Une façon de gagner du temps tout en poursuivant les opérations sous une autre forme. Moins visible. Mais tout aussi meurtrière.
Le Hezbollah, affaibli mais pas vaincu, reste ancré dans sa posture de résistance. Tant qu’Israël bombarde, il ne rendra pas ses armes. Et tant qu’il garde ses armes, Israël invoquera ce prétexte pour continuer à bombarder. C’est un cercle vicieux dont personne ne veut sortir. Parce que sortir impliquerait des compromis. Des concessions. Une reconnaissance de l’autre. Toutes choses qui semblent impossibles dans ce conflit où chaque camp est convaincu d’avoir raison. Où chaque mort justifie la suivante. Où la paix est devenue un mot vide de sens.
Et maintenant ?
Le comité de surveillance va se réunir encore. Des communiqués seront publiés. Des appels au calme seront lancés. Et demain, les bombes tomberont à nouveau sur le sud du Liban. Des familles fuiront. Des maisons seront détruites. Des vies seront fauchées. Rien ne changera. Parce que personne n’a intérêt à ce que ça change. Pas Israël, qui veut maintenir sa supériorité militaire. Pas le Hezbollah, qui a besoin de l’ennemi extérieur pour justifier son existence. Pas les grandes puissances, qui jouent leurs propres parties sur ce terrain. Le Liban est condamné à subir. À encaisser. À pleurer ses morts. À reconstruire ce qui sera détruit le lendemain.
En écrivant ces dernières lignes, je ressens cette fatigue familière. Celle du chroniqueur qui sait que ses mots ne changeront rien. Que demain, d’autres articles seront écrits sur d’autres frappes. Que les mêmes communiqués seront publiés. Que les mêmes condamnations hypocrites seront prononcées. Mais je continue d’écrire. Parce que le silence serait pire. Parce que nommer les choses, c’est déjà leur donner une existence. Parce que quelque part, peut-être, quelqu’un lira ces lignes et comprendra que derrière les chiffres, il y a des êtres humains. Des gens comme vous et moi. Qui méritent de vivre en paix. C’est tout ce que je demande. La paix. Pour tout le monde. Est-ce vraiment trop demander ?
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur et analyste. Mon expertise réside dans l’observation et l’analyse des dynamiques géopolitiques, des conflits armés et des enjeux stratégiques qui façonnent le Moyen-Orient. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies militaires, à comprendre les mouvements diplomatiques, à contextualiser les décisions des acteurs régionaux et à proposer des perspectives analytiques sur les transformations qui redéfinissent cette région.
Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. Je prétends à la lucidité analytique, à l’interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux complexes qui nous concernent tous. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et stratégique, et d’offrir une lecture critique des événements.
Méthodologie et sources
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et analyses interprétatives. Les informations factuelles présentées proviennent exclusivement de sources primaires et secondaires vérifiables.
Sources primaires : communiqués officiels de l’armée israélienne (Tsahal), déclarations du gouvernement libanais, rapports de l’UNIFIL, données du ministère libanais de la Santé, communiqués du bureau du Premier ministre israélien.
Sources secondaires : The Times of Israel, Al Jazeera, Jerusalem Post, Al-Monitor, ABC News, NBC News, Agence France-Presse (AFP), National News Agency (NNA) du Liban, Washington Institute for Near East Policy, Foundation for Defense of Democracies (FDD).
Les statistiques sur les violations du cessez-le-feu proviennent des rapports de l’UNIFIL. Les chiffres de victimes sont issus du ministère libanais de la Santé et des compilations de l’AFP. Les estimations économiques proviennent de la Banque mondiale.
Nature de l’analyse
Les analyses, interprétations et perspectives présentées dans les sections analytiques de cet article constituent une synthèse critique et contextuelle basée sur les informations disponibles, les tendances observées et les commentaires d’experts cités dans les sources consultées.
Mon rôle est d’interpréter ces faits, de les contextualiser dans le cadre des dynamiques du conflit israélo-libanais, et de leur donner un sens cohérent. Ces analyses reflètent une expertise développée à travers l’observation continue des affaires régionales et la compréhension des mécanismes stratégiques qui animent les acteurs impliqués.
Toute évolution ultérieure de la situation pourrait naturellement modifier les perspectives présentées ici. Cet article sera mis à jour si de nouvelles informations officielles majeures sont publiées.
Sources
Sources primaires
Israel Defense Forces (IDF) – Communiqués officiels sur les frappes au Liban – Janvier 2026
Bureau du Premier ministre Benjamin Netanyahu – Déclarations sur le désarmement du Hezbollah – 8 janvier 2026
UNIFIL – Rapports sur les violations du cessez-le-feu – Janvier 2026
Ministère libanais de la Santé – Statistiques des victimes – Janvier 2026
Présidence libanaise – Déclarations du président Joseph Aoun – 22 janvier 2026
Armée libanaise – Communiqués sur le désarmement du Hezbollah – 8 janvier 2026
Sources secondaires
The Times of Israel – Couverture des opérations militaires israéliennes – Janvier 2026
Al Jazeera – Analyse des frappes israéliennes au Liban – 7-22 janvier 2026
Jerusalem Post – Rapports sur les activités de Tsahal – Janvier 2026
Al-Monitor – Couverture des frappes du 22 janvier 2026
ABC News – Mises à jour en direct sur le conflit – 8 janvier 2026
NBC News – Analyse des frappes avant la réunion sur le désarmement – 6 janvier 2026
Foundation for Defense of Democracies (FDD) – Analyse détaillée des opérations israéliennes – 5-18 janvier 2026
Washington Institute for Near East Policy – Analyse du cessez-le-feu – Janvier 2026
Agence France-Presse (AFP) – Compilation des victimes depuis le cessez-le-feu – Janvier 2026
Banque mondiale – Estimation des besoins de reconstruction du Liban – 2025
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.