Première rencontre trilatérale depuis le début de l’invasion
Le 23 janvier 2026, quelque chose d’inédit s’est produit au palais Al Shati d’Abou Dhabi. Pour la première fois depuis que la Russie a lancé son invasion à grande échelle le 24 février 2022, des représentants de Moscou, de Kyiv et de Washington se sont retrouvés face à face autour d’une table de négociation. Steve Witkoff, envoyé spécial du président Donald Trump, et Jared Kushner, gendre et conseiller du président américain, ont conduit la délégation américaine. Côté ukrainien, Rustem Umerov, secrétaire du Conseil de sécurité nationale et de défense de l’Ukraine. Côté russe, Igor Kostyukov, chef de la Direction principale de l’état-major général des forces armées russes. Le cheikh Abdullah bin Zayed Al Nahyan, vice-premier ministre et ministre des Affaires étrangères des Émirats arabes unis, a accueilli les délégations et salué le rôle de son pays comme médiateur.
Les Émirats ne sont pas des novices dans ce rôle. Ils ont déjà facilité 17 efforts de médiation pour des échanges de prisonniers entre la Russie et l’Ukraine, aboutissant à la libération de 4 641 détenus. Un bilan concret. Mesurable. Des vies sauvées. Mais les pourparlers de cette semaine portaient sur quelque chose de bien plus complexe que des échanges de prisonniers. Ils portaient sur la question qui empoisonne toute tentative de paix depuis près de quatre ans : le territoire. Le Donbass. Cette région de l’est ukrainien que Vladimir Poutine exige tout entière, y compris les 20 % que la Russie n’a jamais réussi à conquérir militairement — environ 5 000 kilomètres carrés. Volodymyr Zelensky refuse catégoriquement de céder un centimètre de terre que les troupes russes n’ont pas pu prendre en quatre années de guerre d’usure.
Je reste perplexe devant cette exigence russe. Poutine demande qu’on lui offre ce qu’il n’a pas été capable de prendre par la force. Comme si les négociations devaient récompenser l’échec militaire. Comme si perdre des centaines de milliers de soldats donnait droit à des bonus territoriaux. Il y a quelque chose de profondément cynique dans cette posture. Et quelque chose de profondément inquiétant dans le fait que des négociateurs américains semblent considérer cette demande comme un « point de départ » raisonnable pour la discussion.
« Nous sommes réduits à des transactions foncières »
Steve Witkoff s’était montré optimiste avant les pourparlers. À Davos, le 22 janvier, il avait déclaré que les négociations en étaient « à un seul point de litige ». Dans un entretien, il avait lâché : « Nous sommes réduits à des transactions foncières maintenant — c’est l’éléphant de 400 kilos dans la pièce. » Une formule qui dit tout. Des « transactions foncières ». Comme s’il s’agissait d’un deal immobilier. Comme si des régions entières, avec leurs villes, leurs villages, leurs habitants, leurs cimetières, leurs écoles, leurs hôpitaux, pouvaient se troquer comme des parcelles de terrain dans une négociation commerciale. Witkoff et Kushner s’étaient rendus à Moscou le 22 janvier, où ils avaient passé quatre heures avec Vladimir Poutine au Kremlin, jusqu’au petit matin du vendredi. Puis ils avaient filé vers Abou Dhabi.
Dans un groupe WhatsApp avec des journalistes ukrainiens, Zelensky a écrit que « la question du Donbass est centrale ». Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a confirmé vendredi que l’insistance russe sur la cession totale du Donbass était « une condition très importante ». Youri Ouchakov, conseiller en politique étrangère de Poutine, qui a participé aux discussions avec Witkoff et Kushner, a martelé qu’« un règlement durable ne peut être envisagé sans résoudre la question territoriale ». Traduction : pas de paix sans capitulation ukrainienne sur le Donbass. L’administration Trump affichait sa confiance, estimant que le contrôle territorial de l’est de l’Ukraine constituait le dernier obstacle. Mais cet obstacle est sans doute le plus insurmontable. Et de nombreux experts demeurent sceptiques quant à la possibilité d’un accord à ce stade.
Bilan des deux jours de négociations : pas d'accord, mais pas de rupture
Des déclarations prudentes et des portes entrouvertes
Les 23 et 24 janvier, les délégations ont multiplié les sessions de travail, y compris des réunions « militaire à militaire ». Samedi soir, à la clôture des discussions, aucun accord n’avait été signé. Aucune déclaration commune n’a annoncé de percée majeure. Mais aucune porte n’a claqué non plus. Steve Witkoff a publié sur X (anciennement Twitter) une photo des négociations, accompagnée d’un commentaire : « Les discussions ont été très constructives et se poursuivront la semaine prochaine. Le président Trump et toute son équipe sont dévoués à ramener la paix dans cette guerre. » Zelensky, de son côté, a qualifié les échanges de « constructifs » et indiqué que le prochain cycle de négociations pourrait avoir lieu « dès la semaine prochaine ». Toutes les parties s’attendent à se retrouver aux Émirats arabes unis pour une nouvelle session dès le 1er février.
Mais le Kremlin a immédiatement douché les espoirs. Après les pourparlers, Moscou a indiqué qu’il n’y avait eu aucune percée et réaffirmé son intention de poursuivre les combats tant que l’Ukraine ne céderait pas l’intégralité de la région du Donbass et n’accepterait pas une série d’autres exigences lourdes. En clair : les discussions continuent, mais la guerre aussi. Les missiles continueront de tomber. Les infrastructures énergétiques continueront d’être ciblées. Les civils continueront de geler. La diplomatie et la destruction avancent en parallèle, comme deux trains sur des voies différentes qui ne se croiseront peut-être jamais. Zelensky a tout de même révélé qu’un accord sur des garanties de sécurité américaines pour l’Ukraine était prêt, et qu’il attendait seulement que Trump fixe une date et un lieu pour le signer. Un signe d’espoir ? Peut-être. Ou peut-être juste une carotte pour maintenir Kyiv à la table des négociations.
J’aimerais être optimiste. Vraiment. Voir dans ces pourparlers le début de la fin de ce cauchemar. Mais je ne peux m’empêcher de penser à cette mère avec son bébé de trois semaines, emmitouflés dans un appartement à quinze degrés. À Kateryna qui dort habillée comme pour une expédition polaire. Pendant que les négociateurs parlent de « discussions constructives », ces femmes, ces hommes, ces enfants survivent. Et la question qui me hante : combien d’hiver faudra-t-il encore avant que les mots deviennent des actes ?
Les garanties de sécurité : le nœud gordien
Trump aurait évoqué l’idée d’une « zone sans tarifs douaniers » pour l’Ukraine afin de relancer son économie, selon Witkoff à Davos. Une initiative économique qui pourrait faire partie d’un package plus large. Mais la vraie question reste celle des garanties de sécurité. Que se passe-t-il après un éventuel cessez-le-feu ? Qui protège l’Ukraine d’une nouvelle invasion dans cinq ans, dans dix ans ? L’OTAN ? Les États-Unis seuls ? Une force de maintien de la paix européenne ? Personne ne le sait encore clairement. Zelensky réclame des garanties en béton. Poutine exige que l’Ukraine renonce à toute aspiration à rejoindre l’Alliance atlantique. Entre ces deux positions, le fossé semble infranchissable. Et pourtant, les négociateurs continuent de se parler. C’est peut-être le seul motif d’espoir : tant qu’on parle, on ne tire pas. Enfin, pas complètement.
La France, en collaboration avec le G7, les pays nordiques et baltes, multiplie les initiatives pour renforcer la résilience ukrainienne. L’Allemagne a qualifié les frappes hivernales russes contre les infrastructures énergétiques de « crimes de guerre ». Mais les mots ne réchauffent pas les appartements. Les condamnations ne rallument pas les centrales électriques. Et tandis que l’Europe fait ce qu’elle peut — et c’est beaucoup — le poids de la négociation repose désormais sur les épaules de l’administration Trump, avec ses méthodes transactionnelles, sa vision du monde comme un vaste marché où tout s’achète et se vend. Y compris, apparemment, des régions entières et les gens qui y vivent.
L'offensive russe contre l'énergie : une stratégie de terreur hivernale
Des infrastructures systématiquement ciblées
« Il n’existe pas une seule centrale électrique en Ukraine qui n’ait été frappée par les Russes pendant cette guerre. » Ces mots du ministre de l’Énergie Denys Shmyhal, prononcés devant les parlementaires le 16 janvier, résument quatre années d’acharnement méthodique. La Russie ne se contente pas de combattre sur le front. Elle mène une guerre parallèle contre les infrastructures civiles. Une guerre contre le chauffage. Contre l’électricité. Contre l’eau chaude. Contre tout ce qui permet à une population de survivre en hiver. Les 3 et 4 octobre 2025, Moscou a lancé sa plus grande attaque contre l’infrastructure gazière ukrainienne depuis le début de l’invasion, endommageant gravement des installations de production dans les régions de Kharkiv et de Poltava. Selon des sources gouvernementales, près de 60 % de la production gazière a été mise hors service.
Entre le 8 et le 9 janvier 2026, une nouvelle salve massive : 242 drones et 36 missiles lancés en une seule nuit. À Kyiv, au moins quatre personnes ont été tuées et 25 blessées, dont un ambulancier mort en intervenant sur une frappe précédente. Le maire de Kyiv, Vitali Klitschko, a annoncé que la moitié des immeubles d’habitation de la capitale s’étaient retrouvés sans chauffage après ces frappes. Et ce n’était qu’une attaque parmi d’autres. Le 20 janvier, nouvelle salve. Nouveaux dégâts. Nouveaux morts. Nouveaux appartements plongés dans le froid et l’obscurité. Un cycle infernal qui se répète, semaine après semaine, dans l’indifférence croissante du monde. La stratégie est limpide : si on ne peut pas conquérir l’Ukraine sur le champ de bataille, on peut la briser par le froid. Transformer l’hiver en arme de destruction massive.
Je repense à ce mot : « crimes de guerre ». L’Allemagne l’a dit. D’autres aussi. Mais les mots ont-ils encore un sens quand les bombes continuent de tomber ? Quand un ambulancier meurt en faisant son travail ? Quand des familles entières dorment tout habillées parce que leur chauffage a été délibérément détruit ? On documente. On condamne. On archive pour de futurs tribunaux. Mais pendant ce temps, le froid tue. Lentement. Silencieusement. Sans tribunal pour le juger.
La survie comme mode de vie quotidien
L’UNICEF a publié un rapport glaçant — c’est le cas de le dire. « Les enfants et leurs familles sont en mode survie permanent. Sans chauffage par moins dix-huit degrés, la vie dans un appartement en immeuble consiste à rester en sécurité face aux attaques incessantes et à survivre aux températures extrêmes. » Survivre. Le mot revient sans cesse. Pas vivre. Survivre. Dans certains immeubles, la température intérieure est descendue à 10 degrés Celsius — soit huit degrés en dessous du minimum recommandé par l’OMS pour un logement sain. Les Ukrainiens ne se plaignent pas. Ils s’organisent. Depuis 2022, le gouvernement a créé des « Points d’invincibilité » — des tentes ou bâtiments publics comme des écoles et des bibliothèques — où les gens peuvent se réchauffer, recharger leurs appareils électroniques et recevoir de l’aide de base.
À Kyiv, plus de 1 200 espaces chauffés sécurisés fonctionnent actuellement, auxquels s’ajoutent 68 points de chauffage supplémentaires installés par les services d’urgence et les partenaires humanitaires. L’Union européenne a fourni plus de 12 000 générateurs et des millions d’ampoules LED à faible consommation pour réduire la pression sur le système énergétique. Selon les estimations des Nations Unies, 10,8 millions de personnes en Ukraine ont besoin d’assistance humanitaire. L’ONU et ses partenaires ont lancé un appel de 2,31 milliards de dollars pour 2026, visant à soutenir 4,12 millions de personnes confrontées aux besoins les plus graves. Des chiffres vertigineux. Des besoins immenses. Et une question qui me revient : combien de temps peut-on demander à un peuple de « survivre » sans lui offrir l’horizon d’une vie normale ?
Le bilan humain : des chiffres qui donnent le vertige
1 234 040 soldats russes hors de combat
Selon les données ukrainiennes, les pertes totales des forces armées russes en personnel, du 24 février 2022 au 25 janvier 2026, ont atteint environ 1 234 040 soldats — tués ou blessés. Rien que dans les dernières 24 heures, 1 020 militaires russes supplémentaires ont été mis hors de combat. Le ministère britannique de la Défense estimait en décembre 2025 que les pertes russes totalisaient environ 1 168 000 tués et blessés. Le projet d’investigation de BBC News Russian et du site Mediazona avait documenté, au 13 janvier 2026, 165 661 soldats et contractuels russes dont le décès a été confirmé, dont 3,9 % (6 302) étaient des officiers. « L’ennemi a perdu plus de 33 000 hommes en décembre », ont déclaré les officiels ukrainiens. « Ce chiffre n’inclut que les cas confirmés par vidéo, mais les pertes réelles des occupants sont supérieures. » Décembre 2025 est devenu « le premier mois où les unités de systèmes non pilotés des Forces de défense ukrainiennes ont neutralisé approximativement autant de militaires de l’armée d’occupation que la Russie en a conscrit en un mois ».
Ces chiffres sont contestés. Les sources indépendantes ne peuvent pas les vérifier entièrement. Les estimations varient considérablement entre les sources ukrainiennes, russes et occidentales. Mais même en prenant les estimations les plus conservatrices, la réalité est accablante : des centaines de milliers de jeunes hommes russes sont morts ou ont été grièvement blessés dans cette guerre. Des fils, des frères, des pères. Envoyés dans un hachoir à viande par un régime qui refuse d’admettre l’échec de son « opération spéciale ». Poutine continue de parler de « dénazification » et de « protection des populations russophones ». Mais les seules populations qu’il protège désormais sont celles des cimetières militaires qui se multiplient à travers la Russie. Quelque part dans un village russe, une mère attend des nouvelles de son fils. Elle ne sait pas encore qu’il ne reviendra jamais. Ou peut-être qu’au fond d’elle, elle le sait déjà.
Je n’ai aucune sympathie pour l’armée d’invasion russe. Aucune. Mais je pense aux mères. À ces femmes qu’on n’entend pas, qu’on ne voit pas, qui reçoivent un télégramme ou un appel — ou pire, rien du tout — et qui comprennent que leur enfant a été sacrifié pour les délires impériaux d’un autocrate. La tragédie de cette guerre, c’est qu’elle broie des vies des deux côtés. Des victimes ukrainiennes qui n’ont rien demandé. Et des soldats russes envoyés à l’abattoir par un pouvoir qui les considère comme de la chair à canon. 1 234 040. Derrière ce chiffre, autant de drames individuels qu’on ne racontera jamais.
Les pertes ukrainiennes : le prix de la survie
Côté ukrainien, les chiffres sont plus difficiles à établir avec précision. Le projet UALosses avait documenté, au 26 novembre 2025, les décès de 81 768 combattants ukrainiens, ainsi que 85 906 disparus au combat, pour un total de 167 674 morts ou disparus depuis le début de l’invasion. Selon l’estimation du CSIS de juin 2025, les pertes ukrainiennes s’élevaient à 400 000 tués ou blessés, dont entre 60 000 et 100 000 tués et 300 000 à 340 000 blessés. L’estimation de la BBC de décembre 2025 situait le nombre de morts ukrainiens à 140 000. Des chiffres qui varient du simple au double selon les sources. Mais quelle que soit l’estimation retenue, la réalité est la même : l’Ukraine paie un tribut colossal pour défendre son existence.
Les Nations Unies ont enregistré, au 31 décembre 2025, 55 600 victimes civiles en Ukraine depuis le 24 février 2022 : 14 999 tués et 40 601 blessés. Mais le HCDH précise que le nombre réel est certainement plus élevé. Des civils tués par des frappes, des bombardements, des mines, des tirs. Des gens qui faisaient leurs courses, qui allaient au travail, qui jouaient avec leurs enfants. Des vies fauchées parce qu’ils avaient le malheur d’habiter un pays que Poutine a décidé d’envahir. Récemment, 119 affrontements ont été enregistrés le long de la ligne de front, l’ennemi ayant mené 42 attaques sur les positions des Forces de défense ukrainiennes dans le seul secteur de Pokrovsk. La guerre continue. Sans relâche. Jour après jour. Nuit après nuit.
L'aide humanitaire : une course contre la catastrophe
L’Europe mobilisée face à l’urgence
L’Union européenne ne reste pas les bras croisés. Les 447 générateurs d’urgence envoyés cette semaine ne sont qu’une goutte d’eau dans un océan de besoins, mais c’est une goutte d’eau qui compte. Ces générateurs proviennent des réserves stratégiques de rescEU hébergées en Pologne, un mécanisme de protection civile européen conçu précisément pour ce type de crises. Ils seront distribués par le ministère ukrainien du Développement des Communautés et Territoires en coopération avec la Croix-Rouge ukrainienne aux communautés les plus affectées. Des hôpitaux où des chirurgiens opèrent à la lampe frontale. Des refuges où des familles tentent de se réchauffer. Des services essentiels qui ne peuvent tout simplement pas s’arrêter, même quand tout s’effondre autour d’eux.
Depuis le début de l’invasion, l’Union européenne a été le plus grand contributeur à l’aide humanitaire pour l’Ukraine. Plus de 1,2 milliard d’euros alloués. Plus de 160 000 tonnes d’aide livrées via le mécanisme de protection civile. Au moins 3 milliards d’euros pour la sécurité énergétique. 927 millions d’euros mobilisés avant cet hiver pour des achats d’urgence de gaz. La capacité d’exportation d’électricité de l’UE vers l’Ukraine est au maximum. Plus de 12 000 générateurs fournis. Des millions d’ampoules LED. La Banque européenne d’investissement a approuvé un Plan de sauvetage énergétique pour l’Ukraine pouvant atteindre 600 millions d’euros de financement pour des projets énergétiques d’urgence dans les secteurs public et privé. C’est colossal. C’est insuffisant. C’est tout ce qu’on peut faire — pour l’instant.
Je me demande parfois ce que l’Europe peut faire de plus. Et puis je me rappelle que la question n’est pas ce que l’Europe peut faire, mais ce que l’Europe veut faire. Les moyens existent. Les ressources existent. La volonté politique fluctue au gré des élections, des sondages, de la « fatigue ukrainienne » dont on entend parler. Mais il n’y a pas de fatigue quand c’est ton appartement qui gèle. Pas de fatigue quand c’est ton enfant qui tousse parce qu’il fait dix degrés dans sa chambre. L’aide européenne est réelle, substantielle, vitale. Mais elle doit continuer. S’intensifier. Jusqu’à ce que cette guerre finisse.
Les « Points d’invincibilité » : la résistance quotidienne
Depuis 2022, le gouvernement ukrainien a déployé un réseau de « Points d’invincibilité » à travers le pays. Le nom dit tout. Ce ne sont pas des « centres d’accueil temporaire » ou des « refuges d’urgence ». Ce sont des points d’invincibilité. Parce que c’est de cela qu’il s’agit : refuser de céder. Refuser de s’effondrer. Refuser de laisser le froid et l’obscurité gagner. Ces points sont installés dans des tentes ou des bâtiments publics — écoles, bibliothèques, centres communautaires — où les gens peuvent venir se réchauffer, recharger leurs téléphones, recevoir des informations et de l’aide de base. À Kyiv, plus de 1 200 espaces chauffés sécurisés fonctionnent actuellement. Soixante-huit points de chauffage supplémentaires ont été mis en place par les services d’urgence et les partenaires humanitaires.
Imaginez la scène. Il fait moins vingt dehors. Votre appartement est à dix degrés parce qu’une roquette russe a touché la centrale qui alimentait votre quartier. Vous rassemblez vos enfants, vous les emmitouflés dans tout ce que vous avez, et vous marchez jusqu’au « Point d’invincibilité » le plus proche. Là, il fait chaud. Il y a du thé. Il y a des gens qui sourient malgré tout. Des bénévoles qui vous tendent une couverture. Un coin pour recharger votre téléphone et envoyer un message à vos proches pour dire que vous êtes vivant. C’est ça, la résistance ukrainienne. Pas seulement les soldats sur le front. Ces femmes, ces hommes, ces enfants qui continuent d’avancer, jour après jour, malgré tout ce que la Russie leur inflige. L’invincibilité, ce n’est pas ne jamais tomber. C’est toujours se relever.
Que nous réserve l'avenir : entre espoir fragile et réalisme brutal
Les prochaines étapes diplomatiques
Toutes les parties se sont engagées à se retrouver aux Émirats arabes unis pour un nouveau cycle de négociations dès le 1er février 2026. Moins d’une semaine après la conclusion des pourparlers d’Abou Dhabi. Le rythme s’accélère. L’administration Trump semble déterminée à avancer vite, très vite. Steve Witkoff a déclaré que « le règlement est dans ses phases finales ». Mais quand on regarde les positions respectives — Poutine exigeant tout le Donbass, Zelensky refusant de céder un centimètre de terre non conquise — on se demande ce que « phases finales » peut bien signifier. Peut-être que des progrès ont été réalisés sur d’autres fronts : échanges de prisonniers, couloirs humanitaires, corridors céréaliers. Peut-être que le terrain est préparé pour des concessions mutuelles que nous ne connaissons pas encore.
Ou peut-être que tout ceci n’est qu’un exercice de communication. Un spectacle diplomatique destiné à donner l’impression que quelque chose se passe, pendant que la guerre continue sur le terrain avec une intensité inchangée. Les Ukrainiens restent méfiants. Ils ont vu trop de promesses non tenues, trop d’accords violés, trop de « cessez-le-feu » qui n’ont duré que quelques heures. Ils savent que Poutine ne négocie pas de bonne foi — il négocie pour obtenir par la diplomatie ce qu’il n’a pas réussi à obtenir par les armes. Et ils savent que leur survie dépend de leur capacité à ne jamais baisser la garde, même quand on leur parle de paix. La confiance, dans cette guerre, est un luxe qu’on ne peut pas se permettre.
Le temps joue-t-il pour ou contre l’Ukraine ?
C’est la grande question. La Russie perd des hommes à un rythme insoutenable — 33 000 en décembre seulement. Son économie, sous le poids des sanctions, montre des signes d’essoufflement malgré les prix élevés du pétrole. Ses stocks de missiles s’épuisent, même si l’Iran et la Corée du Nord aident à les reconstituer. De l’autre côté, l’Ukraine souffre. Son infrastructure énergétique est en ruines. Sa population est épuisée par quatre hivers de guerre. Ses pertes militaires, même inférieures à celles de la Russie, sont immenses pour un pays de 40 millions d’habitants. La « fatigue ukrainienne » en Europe et aux États-Unis érode le soutien politique. Les élections changent les gouvernements. Les priorités changent.
Zelensky le sait. C’est pourquoi il a appelé l’Europe à « faire plus » lors de sa rencontre avec Trump à Davos. C’est pourquoi il insiste sur des garanties de sécurité en béton, pas des promesses en l’air. C’est pourquoi il refuse de céder le Donbass sans avoir épuisé toutes les autres options. Parce qu’il sait que toute concession aujourd’hui sera perçue demain comme une invitation à en demander davantage. Et parce qu’il sait que les Ukrainiens qui vivent encore dans ces régions — sous le feu, sous le froid, sous la terreur — ne lui pardonneraient jamais de les abandonner. La paix, tout le monde la veut. Mais pas n’importe quelle paix. Pas une paix qui ressemblerait à une reddition déguisée. Pas une paix qui préparerait la prochaine guerre.
Je termine cet article comme je l’ai commencé : en pensant à Kateryna. À cette femme qui dort habillée dans un appartement glacé pendant que des diplomates négocient son avenir à des milliers de kilomètres. Je ne sais pas si ces pourparlers aboutiront. Je ne sais pas si la paix est possible avec un homme comme Poutine. Je ne sais pas combien d’hivers encore les Ukrainiens devront endurer avant de retrouver une vie normale. Ce que je sais, c’est que leur résilience force le respect. Ce que je sais, c’est que leur combat est juste. Et ce que je sais, c’est que nous — nous qui regardons de loin, bien au chaud dans nos appartements chauffés — nous avons un devoir de ne pas les oublier. De ne pas les abandonner. De continuer à exiger que nos gouvernements fassent tout ce qu’ils peuvent pour les aider. Jour 1430. Et pas un jour de plus ne devrait passer sans que nous y pensions.
Ce que cette guerre dit de nous tous
Cette guerre est un test. Pas seulement pour l’Ukraine. Pour nous tous. Pour l’Europe, qui redécouvre que la paix sur son continent n’est jamais acquise. Pour les États-Unis, qui doivent choisir entre leur rôle historique de garant de l’ordre international et la tentation du repli. Pour le monde entier, qui observe et se demande : que se passe-t-il quand on laisse un dictateur envahir son voisin ? Quelles sont les conséquences quand on ne réagit pas assez vite, assez fort, assez longtemps ? La réponse, nous la vivons en temps réel. Des millions de gens qui gèlent. Des centaines de milliers de morts. Une économie mondiale déstabilisée. Un ordre international fragilisé. Et la question qui plane : jusqu’où irons-nous pour défendre les principes que nous proclamons ?
Les pourparlers d’Abou Dhabi ne sont qu’un épisode dans une saga qui dure depuis près de quatre ans. Ils ne seront probablement pas le dernier épisode. Mais chaque jour qui passe, chaque nuit où des enfants grelottent dans des appartements sans chauffage, chaque missile qui s’abat sur une infrastructure civile — tout cela nous rappelle l’urgence d’agir. Pas demain. Maintenant. La diplomatie prend du temps. La souffrance, elle, n’attend pas. Jour 1430. Et demain sera le jour 1431. Et après-demain, le 1432. Et ainsi de suite, jusqu’à ce que quelqu’un, quelque part, trouve le moyen de mettre fin à cette folie. En attendant, nous devons continuer de regarder. De témoigner. De raconter. De ne pas oublier. C’est le minimum que nous pouvons faire pour ceux qui, eux, n’ont pas le luxe de détourner le regard.
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur et analyste. Mon expertise réside dans l’observation et l’analyse des dynamiques géopolitiques, économiques et stratégiques qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies politiques, à comprendre les mouvements diplomatiques globaux, à contextualiser les décisions des acteurs internationaux et à proposer des perspectives analytiques sur les transformations qui redéfinissent nos sociétés.
Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. Je prétends à la lucidité analytique, à l’interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux complexes qui nous concernent tous. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et stratégique, et d’offrir une lecture critique des événements.
Méthodologie et sources
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et analyses interprétatives. Les informations factuelles présentées proviennent exclusivement de sources primaires et secondaires vérifiables.
Sources primaires : communiqués officiels des gouvernements et institutions internationales, déclarations publiques des dirigeants politiques, rapports d’organisations intergouvernementales, dépêches d’agences de presse internationales reconnues (Reuters, Associated Press, Agence France-Presse, Bloomberg News, Al Jazeera).
Sources secondaires : publications spécialisées, médias d’information reconnus internationalement, analyses d’institutions de recherche établies (CNN, ABC News, NBC News, Euronews, France 24, The Washington Post, CNBC, UN News, UNICEF, Commission européenne).
Les données statistiques, militaires et humanitaires citées proviennent d’institutions officielles et de projets d’investigation reconnus : État-major général des Forces armées ukrainiennes, ministère britannique de la Défense, BBC News Russian en collaboration avec Mediazona, Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, Commission européenne, UNICEF.
Nature de l’analyse
Les analyses, interprétations et perspectives présentées dans les sections analytiques de cet article constituent une synthèse critique et contextuelle basée sur les informations disponibles, les tendances observées et les commentaires d’experts cités dans les sources consultées.
Mon rôle est d’interpréter ces faits, de les contextualiser dans le cadre des dynamiques géopolitiques et diplomatiques contemporaines, et de leur donner un sens cohérent dans le grand récit de cette guerre qui façonne l’avenir de l’Europe et du monde. Ces analyses reflètent une expertise développée à travers l’observation continue des affaires internationales et la compréhension des mécanismes stratégiques qui animent les acteurs globaux.
Toute évolution ultérieure de la situation pourrait naturellement modifier les perspectives présentées ici. Cet article sera mis à jour si de nouvelles informations officielles majeures sont publiées, garantissant ainsi la pertinence et l’actualité de l’analyse proposée.
Sources
Sources primaires
Commission européenne – EU deploys emergency generators as Russian strikes leave 1 million Ukrainians without power in -20°C – 23 janvier 2026
Ministère des Affaires étrangères des Émirats arabes unis – Abdullah bin Zayed Welcomes UAE’s Hosting of Trilateral Talks Between Russia, Ukraine, and the United States – 23 janvier 2026
UN News – Ukraine: Deadly Russian strikes push civilians deeper into winter crisis – 12 janvier 2026
UNICEF – Under fire and freezing, children in Ukraine endure the harshest winter of war – janvier 2026
État-major général des Forces armées ukrainiennes – Données sur les pertes russes – 25 janvier 2026
Sources secondaires
Al Jazeera – Ukraine-Russia-US hold talks in Abu Dhabi with territory as key issue – 23 janvier 2026
Euronews – More talks expected next week after Ukraine, Russia and US conclude Abu Dhabi meeting – 24 janvier 2026
CNN – Russian strikes and the coldest winter in years leave Ukrainians out in the cold, but defiant – 17 janvier 2026
ABC News – Russia, Ukraine and US hold 1st trilateral talks since start of war – 23 janvier 2026
France 24 – US, Ukraine and Russia meet in Abu Dhabi for first trilateral peace talks – 23 janvier 2026
NBC News – Russia, Ukraine to hold trilateral peace talks with U.S. for first time – janvier 2026
NPR – Russian strikes leave Kyiv without heat in freezing cold – 24 janvier 2026
BBC News Russian / Mediazona – Documentation des pertes militaires russes – 13 janvier 2026
Mezha – Ukraine Reports Over 1.2 Million Russian Military Losses by January 2026 – janvier 2026
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