24 janvier 2026, 2h47 du matin
Les sirènes ont déchiré le silence de Kyiv à 2h47. Dans les appartements glacés, des millions de personnes ont ouvert les yeux, le cœur battant. Encore. Encore une nuit. Encore des explosions. Encore cette peur qui ne vous quitte plus après quatre ans de guerre. Les premiers drones sont apparus sur les écrans radar quelques minutes plus tard. Puis les missiles. 375 drones Shahed de fabrication iranienne. 21 missiles, dont deux Tsirkon hypersoniques — ces armes que la défense aérienne peine à intercepter. L’attaque a duré des heures. Jusqu’à l’aube. Et quand le soleil s’est levé sur Kyiv, la ville était méconnaissable. Des quartiers entiers plongés dans le noir. Des immeubles sans chauffage alors que le thermomètre affichait moins quatorze degrés. Des canalisations qui gelaient, qui éclataient. L’eau qui ne coulait plus.
Les équipes de secours se sont déployées avant même la fin de l’alerte. Des hommes et des femmes en combinaisons orange, épuisés après des semaines de ce régime, qui couraient vers les infrastructures touchées. Une centrale thermique en flammes. Une sous-station électrique éventrée. Des câbles haute tension arrachés, pendant dans le vide comme des artères sectionnées. Quatre techniciens sont morts cette nuit-là, tués par une frappe secondaire alors qu’ils tentaient de réparer les dégâts d’une première. La Russie a développé cette tactique : frapper une fois, attendre que les secours arrivent, frapper à nouveau. Ça s’appelle le double tap. C’est un crime de guerre. Et ça se produit chaque nuit au-dessus de l’Ukraine. Les Nations Unies condamnent. La Russie nie. Les techniciens meurent. Et le froid continue de s’installer dans les appartements de Kyiv.
Il y a quelque chose d’obscène dans cette mécanique de la terreur. Frapper les centrales électriques en plein hiver, c’est viser délibérément les civils. Ce n’est pas un dommage collatéral. Ce n’est pas une erreur de calcul. C’est une stratégie assumée : faire souffrir la population pour briser sa résistance. Poutine l’a dit lui-même : il veut que les Ukrainiens supplient pour la paix. Alors il les congèle. Il les affame de lumière et de chaleur. Et chaque nuit, les drones décollent, les missiles s’élèvent, et quelque part à Kyiv, une grand-mère de quatre-vingts ans se demande si elle va survivre jusqu’au matin.
Les visages derrière les chiffres
Olena a 67 ans. Elle vit seule au neuvième étage d’un immeuble du quartier Obolon, au nord de Kyiv. Depuis trois jours, son appartement n’a plus de chauffage. L’ascenseur ne fonctionne plus. Elle ne peut pas descendre — ses genoux ne le permettent plus. Alors elle reste là, emmitouflée dans trois couches de vêtements, une bouillotte contre le ventre, à attendre. Attendre que le courant revienne. Attendre que quelqu’un pense à elle. Attendre que cette guerre finisse. Son fils est au front, quelque part dans le Donbass. Elle n’a pas de nouvelles depuis deux semaines. Le réseau téléphonique est instable. L’angoisse la ronge autant que le froid. Elle a survécu à l’ère soviétique, à la catastrophe de Tchernobyl, à l’effondrement économique des années 90. Elle se demande si elle survivra à cet hiver.
À quelques kilomètres de là, dans un centre d’hébergement chauffé installé par la municipalité de Kyiv, Maria berce son fils de deux ans. Elle est arrivée hier soir, après avoir passé trente-six heures dans un appartement où la température était descendue à cinq degrés. Le petit Danylo toussait, ses lèvres viraient au bleu. Elle a pris la décision de partir. De tout laisser. De marcher dans la neige jusqu’au point de collecte le plus proche. Maintenant, elle est au chaud. Son fils dort. Mais elle ne sait pas quand elle pourra rentrer chez elle. Si elle pourra rentrer chez elle. L’immeuble a été endommagé par une frappe la semaine dernière. Les fenêtres sont brisées, couvertes de plastique. Ce n’est plus un foyer. C’est une ruine qui attend d’être officiellement condamnée. Maria a 28 ans. Elle rêvait d’ouvrir une pâtisserie. Maintenant, elle rêve juste d’un appartement chauffé où son fils pourrait grandir en sécurité.
La stratégie russe : geler l'Ukraine pour la faire plier
Un changement de tactique calculé
Les analystes militaires l’ont remarqué dès le début de l’hiver : la Russie a modifié son approche. Les années précédentes, les frappes ciblaient principalement les centrales électriques — des installations massives, visibles, mais réparables. L’Ukraine avait développé une capacité de résilience remarquable, remettant en service des infrastructures qu’on pensait détruites en quelques semaines. Mais cet hiver, tout a changé. Les missiles russes visent désormais les sous-stations électriques, ces nœuds du réseau qui distribuent l’électricité vers les foyers et les entreprises. Il y en a environ 3 500 à travers le pays. Chacune est une cible potentielle. Et contrairement aux centrales, ces équipements sont presque impossibles à remplacer rapidement. Les transformateurs haute tension sont des pièces rares, fabriquées sur commande, avec des délais de livraison de plusieurs mois.
Le résultat est dévastateur. Même quand les centrales fonctionnent, l’électricité ne peut plus atteindre les consommateurs. Les réseaux sont fragmentés, instables, incapables de supporter la demande hivernale. En décembre 2025, les habitants de Kyiv ont subi en moyenne 9,5 heures de coupure par jour. En janvier, c’est pire. Certains quartiers restent sans électricité pendant vingt heures d’affilée. Les réfrigérateurs ne fonctionnent plus. Les pompes à eau sont à l’arrêt. Les ascenseurs sont bloqués, piégeant les personnes âgées et handicapées dans leurs appartements des étages supérieurs. C’est une forme de siège médiéval adaptée au XXIe siècle. On n’encercle plus les villes avec des armées. On coupe leur électricité en plein hiver. Et on attend que le froid fasse le travail.
Comment qualifier une stratégie qui consiste à congeler des millions de civils ? Crime de guerre ? Crime contre l’humanité ? Les mots semblent faibles face à la réalité. Ce que fait la Russie en Ukraine cet hiver, c’est utiliser l’hiver lui-même comme une arme. Le général Hiver, disaient les historiens, avait vaincu Napoléon et Hitler. Poutine veut qu’il vainque les Ukrainiens. Sauf que cette fois, ce n’est pas une armée d’invasion qui gèle dans les steppes. Ce sont des familles, des enfants, des personnes âgées, dans leurs propres maisons, dans leur propre pays. C’est une perversion de l’histoire. C’est une obscénité.
Les chiffres de l’effondrement énergétique
Avant l’invasion de février 2022, l’Ukraine disposait d’une capacité de production électrique de 33,7 gigawatts. De quoi alimenter le pays entier avec une marge confortable. Aujourd’hui, après quatre ans de bombardements systématiques, cette capacité est tombée à 14 gigawatts. Moins de la moitié. Et la demande hivernale dépasse régulièrement les 18 gigawatts. Le déficit est structurel, permanent, insoluble à court terme. L’Ukraine importe de l’électricité de ses voisins européens — Pologne, Slovaquie, Roumanie — mais les interconnexions ont leurs limites. Et chaque nouvelle attaque russe aggrave la situation. Le 9 janvier 2026, une frappe massive a détruit trois centrales thermiques d’un coup. Le 20 janvier, ce sont les sous-stations de la région de Kyiv qui ont été pulvérisées. Le 24 janvier, rebelote.
L’Agence internationale de l’énergie a tiré la sonnette d’alarme. Sans aide massive et immédiate, l’Ukraine risque un effondrement total de son réseau électrique avant la fin de l’hiver. Un blackout national. Des semaines, peut-être des mois, sans électricité. Dans un pays en guerre, où les hôpitaux fonctionnent avec des générateurs de secours, où les systèmes de communication dépendent du courant, où le chauffage est électrique dans la plupart des immeubles modernes. Les conséquences seraient catastrophiques. Des morts par milliers. Un exode massif vers l’Europe occidentale. L’effondrement de la capacité de résistance ukrainienne. C’est exactement ce que veut Vladimir Poutine. Et c’est exactement ce que Zelenskyy tente désespérément d’éviter en réclamant plus de défense aérienne.
Les négociations d'Abu Dhabi : espoir ou illusion ?
Premiers pourparlers trilatéraux depuis quatre ans
Le 23 janvier 2026, quelque chose d’historique s’est produit à Abu Dhabi. Pour la première fois depuis le début de l’invasion russe, des représentants de l’Ukraine, de la Russie et des États-Unis se sont assis autour de la même table. Pas des diplomates de second rang. Des envoyés de haut niveau. Du côté américain, Steve Witkoff, l’envoyé spécial du président Trump, accompagné de Jared Kushner et du secrétaire à l’Armée Dan Driscoll. Du côté russe, l’amiral Igor Kostyukov et une délégation militaire. Du côté ukrainien, des négociateurs mandatés directement par Zelenskyy. Deux jours de discussions intenses dans un palace des Émirats arabes unis, loin des projecteurs, loin des déclarations fracassantes. L’objectif affiché : trouver les paramètres d’un cessez-le-feu.
Les pourparlers ont commencé quelques heures après la visite de Witkoff et Kushner au Kremlin, où ils avaient passé quatre heures avec Vladimir Poutine. Une rencontre qui avait fait couler beaucoup d’encre. Que s’était-il dit ? Quelles garanties avaient été échangées ? Witkoff s’était montré optimiste à Davos, affirmant que les négociations étaient « réduites à une seule question » et que cette question était « soluble ». Mais quelle question ? Le territoire, évidemment. Les quatre régions ukrainiennes que la Russie a annexées illégalement en 2022 — Donetsk, Louhansk, Zaporizhzhia et Kherson — sans jamais les contrôler entièrement. Moscou exige que l’Ukraine reconnaisse ces annexions. Kyiv refuse catégoriquement. Entre les deux, un gouffre qui semble infranchissable.
Négocier le jour, bombarder la nuit
La coïncidence est trop grossière pour être fortuite. La nuit même où les négociateurs ukrainiens et russes échangeaient des propositions à Abu Dhabi, la Russie lançait l’une de ses attaques les plus massives de l’hiver contre les infrastructures énergétiques ukrainiennes. 375 drones. 21 missiles. 1,2 million de foyers plongés dans le noir. Zelenskyy a dénoncé une « nuit de terreur russe » et accusé Moscou de saboter délibérément les pourparlers. Le message était limpide : même en négociant, la Russie continue de frapper. Elle ne négocie pas de bonne foi. Elle négocie avec un pistolet sur la tempe de l’Ukraine. Et le pistolet tire pendant les discussions.
Cette tactique n’est pas nouvelle. Elle a un nom : la diplomatie coercitive. On négocie tout en maintenant la pression militaire maximale, pour forcer l’adversaire à accepter des conditions qu’il refuserait autrement. La Russie veut que l’Ukraine arrive à la table des négociations épuisée, affaiblie, prête à tout accepter pour que les bombardements cessent. Et l’hiver est l’arme parfaite pour ça. Chaque jour qui passe sans accord, c’est un jour de plus dans le froid pour les Ukrainiens. Chaque semaine de négociations qui traînent, c’est des centaines de morts supplémentaires — de froid, d’épuisement, de maladies liées aux conditions de vie dégradées. Poutine joue la montre. Il parie que le temps travaille pour lui. Et il utilise l’hiver comme un allié.
Je me demande ce que ça fait d’être négociateur ukrainien à Abu Dhabi. De s’asseoir en face de représentants russes, de discuter de « paramètres » et de « cadres », de chercher des formulations diplomatiques — et de savoir que pendant ce temps, des missiles russes tombent sur ton pays. Sur ta ville. Peut-être sur ta rue. Comment tu fais pour garder ton calme ? Comment tu fais pour ne pas hurler ? Comment tu fais pour croire encore que ces gens en face de toi veulent vraiment la paix ? Ils ne veulent pas la paix. Ils veulent la capitulation. Et ils bombardent jusqu’à l’obtenir.
La réponse humanitaire : des tentes chauffées en pleine capitale européenne
1 200 points de chaleur à Kyiv
Face à l’urgence, les autorités de Kyiv ont déployé un dispositif de survie sans précédent. Plus de 1 200 espaces chauffés ont été installés à travers la capitale ukrainienne. Des tentes, des gymnases, des stations de métro transformées en refuges. Des endroits où les habitants des quartiers sans électricité peuvent venir se réchauffer, recharger leurs téléphones, boire un thé chaud. La municipalité a même assoupli le couvre-feu militaire pour permettre aux gens de se déplacer la nuit vers ces points de chaleur. Parce que c’est ça, la réalité : des citoyens d’une capitale européenne qui doivent quitter leurs appartements en pleine nuit, en plein hiver, pour ne pas mourir de froid. En 2026. Au cœur de l’Europe.
Les organisations humanitaires sont sur le pied de guerre. L’ONU a lancé un appel de 2,31 milliards de dollars pour l’Ukraine en 2026, destiné à aider 4,12 millions de personnes en situation de besoin critique. Les Nations Unies estiment que 10,8 millions d’Ukrainiens nécessitent une aide humanitaire — près du quart de la population d’avant-guerre. La Croix-Rouge, Médecins Sans Frontières, des dizaines d’ONG locales et internationales travaillent jour et nuit pour distribuer des couvertures, des générateurs, des poêles à bois, de la nourriture chaude. Mais face à l’ampleur de la catastrophe, les moyens sont dérisoires. On colmate les brèches pendant que le navire coule. Et la Russie continue de percer de nouveaux trous chaque nuit.
Les plus vulnérables en première ligne
Dans toute catastrophe, ce sont les plus fragiles qui souffrent le plus. En Ukraine, cet hiver, ce sont les personnes âgées. Les malades. Les enfants. Les habitants des immeubles anciens mal isolés. Ceux qui n’ont pas les moyens d’acheter un générateur, une bouteille de gaz, un poêle de secours. Oleksandr a 82 ans. Il vit seul depuis la mort de sa femme, il y a trois ans. Son appartement est au sixième étage. L’ascenseur ne fonctionne plus depuis une semaine. Il n’a pas mangé chaud depuis trois jours — il n’a plus la force de descendre et de remonter les escaliers. Un voisin lui apporte de l’eau et du pain quand il peut. Mais le voisin a sa propre famille à nourrir, ses propres problèmes à gérer. Oleksandr attend. Il attend que le courant revienne. Il attend que quelqu’un se souvienne qu’il existe.
Les hôpitaux fonctionnent avec des générateurs de secours, mais le carburant coûte cher et les approvisionnements sont irréguliers. Des interventions chirurgicales ont dû être reportées. Des traitements interrompus. Des patients en soins intensifs surveillés à la lueur de lampes torches pendant les coupures. Les maternités continuent d’accueillir des naissances — la vie ne s’arrête pas pour la guerre — mais dans quelles conditions ? Des nouveau-nés qui arrivent au monde dans des salles à peine chauffées, des mères épuisées qui grelottent en tenant leur bébé contre elles pour le garder au chaud. C’est l’image de l’Ukraine en janvier 2026. Une nation qui refuse de mourir, qui continue de vivre, de naître, de résister, malgré tout ce que la Russie lui inflige.
La défense aérienne : le bouclier qui manque
Patriot, NASAMS, IRIS-T : l’alphabet de la survie
Pour comprendre l’appel de Zelenskyy, il faut comprendre comment fonctionne la défense aérienne. L’Ukraine dispose actuellement de plusieurs systèmes fournis par ses alliés occidentaux. Les Patriot américains, les plus performants, capables d’intercepter des missiles balistiques. Les NASAMS norvégiens, efficaces contre les missiles de croisière et les avions. Les IRIS-T allemands, optimisés pour la défense de zone. Et d’anciens systèmes soviétiques, les S-300, que l’Ukraine possédait avant la guerre. Ensemble, ces systèmes forment un bouclier. Mais un bouclier troué. Parce qu’il n’y en a pas assez. Parce que les munitions s’épuisent. Parce que face à des vagues de 300 ou 400 drones, même le meilleur système finit par être débordé.
Le problème est mathématique autant que stratégique. Un missile Patriot coûte environ 4 millions de dollars. Un drone Shahed iranien coûte environ 20 000 dollars. Pour chaque drone abattu par un Patriot, la Russie économise 3,98 millions de dollars. C’est une guerre d’usure économique autant que militaire. L’Ukraine et ses alliés ne peuvent pas se permettre de gaspiller des missiles coûteux sur des drones bon marché. Mais ils ne peuvent pas non plus laisser ces drones atteindre leurs cibles. La solution ? Plus de systèmes. Plus de munitions. Plus de radars. Plus de tout. C’est ce que réclame Zelenskyy. C’est ce que les Occidentaux tardent à fournir. Et chaque jour de retard, c’est une centrale de plus qui brûle, un quartier de plus dans le noir, des vies de plus en danger.
On parle de milliards. De systèmes d’armes. De géopolitique. Mais au fond, c’est simple. Soit on donne à l’Ukraine les moyens de se défendre, soit on la regarde geler. Il n’y a pas de troisième option. Pas de solution diplomatique miracle qui va tomber du ciel pendant que les missiles russes continuent de tomber sur les centrales. La défense aérienne, c’est la différence entre un pays qui survit et un pays qui s’effondre. Et en ce moment, l’Ukraine est au bord de l’effondrement. Pas militaire — ses soldats tiennent. Mais énergétique. Humanitaire. Existentiel.
Les promesses et les livraisons
Depuis le début de la guerre, les alliés occidentaux de l’Ukraine ont promis des montagnes de matériel. Et ils ont tenu une partie de leurs promesses. Les États-Unis ont fourni des Patriot. L’Allemagne a envoyé des IRIS-T. La France a contribué avec des SAMP/T. Mais les quantités restent insuffisantes. L’Ukraine aurait besoin d’au moins 25 systèmes Patriot supplémentaires pour couvrir ses grandes villes et ses infrastructures critiques. Elle en a reçu une poignée. Les délais de livraison sont longs. La production est lente. Les stocks occidentaux sont limités. Et pendant ce temps, la Russie produit des drones par milliers, des missiles par centaines, avec l’aide de l’Iran et de la Corée du Nord.
L’administration Trump, revenue au pouvoir en janvier 2025, a complexifié la donne. Le président américain a exprimé à plusieurs reprises son souhait de mettre fin rapidement à la guerre, quitte à faire pression sur l’Ukraine pour qu’elle accepte des compromis territoriaux. L’aide militaire américaine, si généreuse sous Biden, est devenue plus incertaine. Les livraisons de Patriot ont ralenti. Les discussions portent désormais autant sur les conditions d’un cessez-le-feu que sur le renforcement de la défense ukrainienne. Zelenskyy se retrouve pris entre deux feux : négocier sous la pression américaine tout en réclamant les armes nécessaires pour résister à la pression russe. Un équilibre impossible à tenir indéfiniment.
L'Europe face à ses responsabilités
Solidarité affichée, moyens limités
L’Union européenne a multiplié les déclarations de soutien à l’Ukraine. Les dirigeants européens ont condamné les frappes russes sur les infrastructures civiles. Ils ont promis une aide accrue. Ils ont parlé de solidarité, de valeurs, de défense de la démocratie. Mais les mots ne chauffent pas les appartements de Kyiv. Les discours ne rechargent pas les batteries des hôpitaux. Face à l’urgence humanitaire et énergétique ukrainienne, l’Europe fait ce qu’elle peut — mais ce qu’elle peut semble dérisoire face à l’ampleur de la catastrophe. L’Allemagne a envoyé des générateurs. La France a fourni des équipements de réparation. La Pologne exporte de l’électricité vers son voisin. Mais tout cela reste insuffisant.
Le vrai problème est industriel. L’Europe ne produit pas assez de systèmes de défense aérienne. Ses usines d’armement tournent en sous-régime depuis des décennies, victimes des dividendes de la paix après la fin de la guerre froide. Relancer la production prend du temps — des années, pas des mois. Et l’Ukraine n’a pas des années devant elle. Elle a des semaines. Des jours, peut-être. Avant que le réseau électrique ne s’effondre complètement. Avant que le froid ne devienne mortel à grande échelle. Avant que la population, épuisée, ne commence à fuir massivement vers l’ouest. L’Europe a les moyens financiers d’aider l’Ukraine. Elle n’a tout simplement pas les moyens matériels de le faire assez vite.
La menace d’un exode massif
Si la situation énergétique ukrainienne continue de se dégrader, les conséquences pour l’Europe seront directes et massives. Depuis le début de la guerre, plus de six millions d’Ukrainiens ont fui vers les pays de l’Union européenne. La plupart sont des femmes et des enfants — les hommes en âge de combattre n’ont pas le droit de quitter le pays. Ces réfugiés ont été accueillis avec générosité, intégrés dans les systèmes scolaires et de santé européens, logés, nourris, accompagnés. Mais les capacités d’accueil ont leurs limites. Et si un blackout national frappait l’Ukraine, si des millions de personnes supplémentaires se retrouvaient sans chauffage, sans électricité, sans espoir de retour à la normale — combien prendraient la route de l’exil ?
Les experts évoquent des scénarios de deux à trois millions de réfugiés supplémentaires en quelques semaines. Un flux que les pays frontaliers — Pologne, Roumanie, Slovaquie, Hongrie — auraient du mal à absorber. Des tensions sociales en perspective. Des coûts budgétaires colossaux. Des répercussions politiques dans des pays où les partis eurosceptiques et anti-immigration gagnent du terrain. Aider l’Ukraine à maintenir son réseau électrique, à protéger ses infrastructures, à garder sa population sur place — ce n’est pas seulement un acte de solidarité. C’est un investissement dans la stabilité européenne. Un investissement que les dirigeants européens tardent à faire avec l’urgence requise.
L’Europe se réveille chaque matin avec la guerre en Ukraine à ses portes. Mais on dirait qu’elle n’arrive toujours pas à y croire vraiment. À comprendre que ce qui se passe à Kyiv nous concerne tous. Que chaque centrale détruite, c’est un peu de notre sécurité qui s’effrite. Que chaque réfugié qui fuit, c’est un échec collectif. On a les moyens. On a les ressources. On a la technologie. Ce qui nous manque, c’est l’urgence. Cette urgence que les Ukrainiens vivent chaque seconde, dans leurs appartements glacés, en attendant la prochaine alerte. Il serait temps qu’on la ressente aussi.
Ce que l'avenir nous réserve : scénarios et incertitudes
Le spectre du blackout national
Les ingénieurs ukrainiens travaillent jour et nuit pour maintenir le réseau électrique en vie. Ils réparent ce qui peut l’être, improvisent des solutions de contournement, cannibalisent des équipements pour en sauver d’autres. Mais ils savent que la situation est critique. Un ou deux attaques massives supplémentaires sur les bonnes cibles — les dernières sous-stations fonctionnelles de Kyiv, les interconnexions avec les pays voisins — et le réseau pourrait s’effondrer. Pas une coupure localisée. Un blackout total. Des semaines sans électricité dans tout le pays. Les experts de l’Agence internationale de l’énergie ont averti que ce scénario n’était plus hypothétique. Il est devenu probable si les attaques continuent au rythme actuel.
Un blackout national en plein hiver aurait des conséquences incalculables. Les systèmes de chauffage urbain cesseraient de fonctionner — et dans les immeubles modernes ukrainiens, chauffés centralement, il n’y a pas d’alternative. Les canalisations d’eau gèleraient et éclateraient par millions, rendant les bâtiments inhabitables même après le retour de l’électricité. Les hôpitaux, même avec leurs générateurs, ne pourraient pas fonctionner indéfiniment. Les communications s’effondreraient. Le commandement militaire serait perturbé. L’économie ukrainienne, déjà fragile, s’arrêterait net. Ce serait la catastrophe humanitaire la plus grave en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale. Et nous sommes à quelques frappes de missiles de cette réalité.
Négociations ou escalade ?
Les pourparlers d’Abu Dhabi ont pris fin le 25 janvier sans accord, mais avec une promesse de se retrouver début février. Zelenskyy a qualifié les discussions de « constructives ». Les Russes se sont dits « ouverts au dialogue ». L’administration Trump espère arracher un cessez-le-feu dans les semaines qui viennent. Mais les positions restent irréconciliables sur le fond. La Russie veut conserver les territoires qu’elle a conquis et annexés. L’Ukraine refuse de reconnaître ces annexions illégales. Entre les deux, il faudra des compromis douloureux — ou une escalade. Et pour l’instant, rien n’indique que Poutine soit prêt à faire des concessions significatives. Pourquoi le ferait-il ? Sa stratégie de terreur hivernale fonctionne. L’Ukraine souffre. L’Occident hésite. Le temps joue en sa faveur.
Pour Zelenskyy, le dilemme est cruel. Accepter un cessez-le-feu aux conditions russes, c’est légitimer l’agression, abandonner des millions d’Ukrainiens sous occupation, et parier que Poutine respectera un accord qu’il peut rompre dès qu’il le jugera opportun. Refuser tout compromis, c’est condamner son pays à un hiver de souffrance, peut-être à un effondrement énergétique, certainement à des morts supplémentaires. Il n’y a pas de bonne option. Seulement des options moins mauvaises que d’autres. Et des alliés qui pressent l’Ukraine de négocier tout en lui refusant les moyens de négocier en position de force. C’est la tragédie ukrainienne de janvier 2026 : un pays qui se bat pour sa survie, abandonné à demi-mot par ceux qui prétendent le soutenir.
Conclusion : Le froid, les bombes et l'espoir qui résiste
Une nation qui refuse de plier
Malgré tout — malgré le froid, malgré les bombes, malgré l’épuisement, malgré les morts, malgré les nuits sans sommeil et les jours sans chauffage — l’Ukraine tient. Ses soldats tiennent les lignes de front. Ses civils tiennent dans leurs appartements glacés. Ses ingénieurs tiennent le réseau électrique avec de la ficelle et du courage. Ses médecins tiennent les patients en vie avec des moyens de fortune. Il y a quelque chose de stupéfiant dans cette résilience. Quelque chose qui force le respect. Après quatre ans de guerre totale, après des dizaines de milliers de morts, après la destruction méthodique de tout ce qui fait fonctionner un pays moderne — l’Ukraine est toujours debout. Blessée, épuisée, saignante — mais debout.
Les Ukrainiens savent ce qui est en jeu. Ils savent que s’ils cèdent, s’ils acceptent les conditions de Poutine, leur pays cessera d’exister en tant que nation indépendante. Il deviendra un État vassal, amputé de ses territoires, vidé de sa souveraineté, condamné à vivre dans l’ombre de Moscou. C’est pour éviter ce destin qu’ils endurent l’intolérable. Qu’ils acceptent de grelotter dans le noir plutôt que de se soumettre. Qu’ils continuent d’espérer quand tout semble perdu. L’espoir, en Ukraine, n’est pas un sentiment. C’est un acte de résistance. C’est refuser de laisser la Russie dicter l’avenir. C’est croire, contre toute évidence, que demain peut être meilleur qu’aujourd’hui.
Ce que nous devons à l’Ukraine
Nous — l’Europe, l’Occident, le monde libre — avons une dette envers l’Ukraine. Pas une dette financière. Une dette morale. Les Ukrainiens se battent pour des valeurs que nous prétendons défendre : la liberté, la démocratie, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Ils paient le prix de cette défense en sang, en larmes, en vies brisées. Ils meurent pour que nous n’ayons pas à mourir. Parce que si Poutine gagne en Ukraine, il ne s’arrêtera pas là. Les pays baltes, la Moldavie, la Pologne peut-être — rien ne sera plus sûr. L’ordre international que nous avons bâti après 1945 s’effondrera. Et nous aurons laissé faire. Par lâcheté. Par calcul. Par indifférence.
Donner à l’Ukraine les systèmes de défense aérienne dont elle a besoin n’est pas un acte de charité. C’est un investissement dans notre propre sécurité. C’est la reconnaissance que la frontière ukrainienne est aussi notre frontière. Que les missiles qui tombent sur Kyiv menacent aussi Paris, Berlin, Varsovie. Que le froid qui paralyse l’Ukraine pourrait un jour nous paralyser aussi, si nous laissons la Russie gagner. Zelenskyy ne demande pas l’aumône. Il demande les moyens de défendre son pays. Les moyens de protéger son peuple. Les moyens de survivre à cet hiver. La moindre des choses serait de lui répondre. Avant qu’il ne soit trop tard.
Je termine cet article le cœur lourd. Lourd de toutes ces histoires — Olena au neuvième étage, Maria et son bébé dans le centre chauffé, les techniciens morts en réparant ce que les missiles avaient détruit. Lourd de cette impuissance qui me saisit chaque fois que j’écris sur l’Ukraine. On sait ce qu’il faut faire. On a les moyens de le faire. Et pourtant, on hésite. On calcule. On tergiverse. Pendant que des gens gèlent. Pendant que des enfants grandissent dans le noir. Pendant qu’une nation entière se demande si le monde va la laisser tomber. La réponse à cette question, c’est nous qui l’écrivons. Chaque jour. Par nos choix. Par nos silences. Par nos actes ou notre absence d’actes. L’Ukraine attend. L’hiver n’attend pas.
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur et analyste. Mon expertise réside dans l’observation et l’analyse des dynamiques géopolitiques, militaires et humanitaires qui façonnent le conflit russo-ukrainien. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies des belligérants, à comprendre les enjeux énergétiques et leurs impacts sur les populations civiles, à contextualiser les négociations diplomatiques et à proposer des perspectives analytiques sur cette guerre qui redéfinit l’ordre sécuritaire européen.
Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. Je prétends à la lucidité analytique, à l’interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux complexes qui nous concernent tous. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et stratégique, et d’offrir une lecture critique des événements.
Méthodologie et sources
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et analyses interprétatives. Les informations factuelles présentées proviennent exclusivement de sources primaires et secondaires vérifiables.
Sources primaires : communiqués officiels du gouvernement ukrainien et de la présidence Zelenskyy, déclarations du Kremlin, rapports des Nations Unies, données de l’Agence internationale de l’énergie, communiqués de l’administration américaine.
Sources secondaires : Euronews, CNN, NPR, Al Jazeera, NBC News, ABC News, CNBC, The Spokesman-Review, UN News, OSW Centre for Eastern Studies, Meduza.
Les données statistiques sur les infrastructures énergétiques, les températures et les impacts humanitaires proviennent des rapports officiels des autorités ukrainiennes et des organisations internationales présentes sur le terrain.
Nature de l’analyse
Les analyses, interprétations et perspectives présentées dans les sections analytiques de cet article constituent une synthèse critique et contextuelle basée sur les informations disponibles, les tendances observées et les déclarations officielles des parties impliquées.
Mon rôle est d’interpréter ces faits, de les contextualiser dans le cadre de la guerre russo-ukrainienne et de la crise énergétique hivernale, et de leur donner un sens cohérent. Ces analyses reflètent une expertise développée à travers le suivi continu de ce conflit depuis février 2022.
Toute évolution ultérieure de la situation — nouveaux pourparlers, nouvelles frappes, livraisons d’armements — pourrait naturellement modifier les perspectives présentées ici. Cet article sera mis à jour si de nouvelles informations officielles majeures sont publiées.
Sources
Sources primaires
UN News – Ukraine: Deadly Russian strikes push civilians deeper into winter crisis – Janvier 2026
Euronews – Almost half of Kyiv without heat and power as Russia batters Ukraine’s energy grid – 20 janvier 2026
NPR – Russian strikes leave Kyiv without heat in freezing cold – 24 janvier 2026
Al Jazeera – Russian attacks cause energy emergency in freezing Ukraine, says Zelenskyy – 15 janvier 2026
Sources secondaires
CNN – Bitter winter cold bites for Kyiv’s residents as Russia steps up attacks – 11 janvier 2026
CNN – Trump’s NATO remarks; US, Russia and Ukraine war talks – 23 janvier 2026
NBC News – Russia, Ukraine to hold trilateral peace talks with U.S. for first time – Janvier 2026
ABC News – Russia, Ukraine and US hold 1st trilateral talks since start of war – Janvier 2026
Al Jazeera – Ukraine-Russia-US hold talks in Abu Dhabi with territory as key issue – 23 janvier 2026
CNBC – U.S.-brokered peace talks break off without a deal after overnight Russian bombardment – 24 janvier 2026
Military.com – Zelenskyy Says Trilateral Talks Ended Constructively – 25 janvier 2026
OSW Centre for Eastern Studies – Russia destroys energy infrastructure in Kyiv and Dnipro – 13 janvier 2026
Meduza – How Russia’s winter attack campaign threatens to fracture Ukraine’s power grid – 19 janvier 2026
The Spokesman-Review – Russian air attack knocks out power for over a million Ukrainians – 23 janvier 2026
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