Une capacité de frappe en profondeur inédite
Avant l’arrivée des Rodeur 330, les capacités ukrainiennes de frappe à longue portée reposaient essentiellement sur des missiles Storm Shadow britanniques, des ATACMS américains et des drones de fabrication locale. Ces systèmes ont prouvé leur efficacité — on se souvient des frappes sur le pont de Crimée, sur les dépôts de munitions russes, sur les bases aériennes de la mer Noire. Mais ils présentent des limites. Les missiles coûtent des millions d’euros pièce. Les stocks occidentaux s’épuisent. Et la production ukrainienne de drones, bien que remarquable, peine à suivre la demande. Avec le Rodeur 330, l’équation change. Ce n’est pas un missile de croisière sophistiqué. C’est une arme « low-cost » conçue pour la production de masse. Jean-Marc Zuliani parle de partenariats avec l’industrie automobile française pour atteindre des cadences de 10 000, 100 000, voire un million d’unités d’ici 2030.
La France n’est pas seule dans cette course. Le constructeur Renault a annoncé qu’il allait produire des drones dans ses usines du Mans et de Cléon, en partenariat avec la PME de défense Turgis & Gaillard. Le contrat pourrait atteindre un milliard d’euros sur dix ans. Antonov, le géant ukrainien de l’aéronautique, a signé un accord pour fabriquer localement le drone Aarok de Turgis & Gaillard — un appareil de reconnaissance et d’attaque de moyenne altitude. L’écosystème se met en place. Ce qui était une industrie artisanale il y a deux ans devient une machine industrielle. Et l’Ukraine, au cœur du conflit, devient paradoxalement le laboratoire et le client principal de cette révolution technologique.
Le test ultime du champ de bataille
Pour les industriels occidentaux, l’Ukraine représente ce que Jean-Marc Zuliani appelle « une opportunité unique de tester les systèmes sans pilote en conditions réelles ». La phrase peut choquer. Elle devrait choquer. Derrière le vocabulaire aseptisé de l’industrie de défense, il y a des villes bombardées, des familles déchirées, des vies fauchées. Mais c’est aussi une réalité stratégique : aucun exercice militaire, aucune simulation ne peut remplacer l’épreuve du feu. Les drones Shahed iraniens utilisés par la Russie ont révélé des failles dans les défenses occidentales. Les FPV ukrainiens artisanaux ont démontré l’efficacité des essaims low-cost contre des chars à plusieurs millions. Chaque engagement produit des données, des retours d’expérience, des innovations. Et les Rodeur 330 vont maintenant subir ce baptême du feu.
EOS Technologie a déjà présenté ses drones aux trois armées françaises à l’été 2025. Des unités Veloce 330 et Rodeur 330 ont été livrées à l’Armée de terre, à la Marine et à l’Armée de l’air. Mais c’est en Ukraine que leur véritable potentiel sera mesuré. Face aux systèmes de guerre électronique russes, aux brouilleurs GPS, aux missiles anti-aériens S-400. Face à un ennemi qui a appris, lui aussi, à se défendre contre les drones. La Direction générale de l’armement (DGA) française a acquis 23 unités de la famille MV-100, dont 6 Rodeur 330, pour une phase d’évaluation. La production à cadence initiale — 100 unités par an — est prévue pour 2026. Mais les besoins ukrainiens se comptent en milliers. En dizaines de milliers.
Il y a quelque chose de troublant dans cette équation. D’un côté, des ingénieurs français qui peaufinent leurs algorithmes dans des bureaux climatisés. De l’autre, des soldats ukrainiens qui meurent chaque jour sous les bombes russes. Et entre les deux, des drones qui voyagent d’une réalité à l’autre. Je ne juge pas. Je constate. La guerre moderne est aussi froide qu’elle est brutale. Et quelque part, dans cette froideur, il y a peut-être une chance pour l’Ukraine.
La course aux drones : une bataille industrielle
La Russie produit, la France rattrape
Les chiffres donnent le vertige. La Russie produit actuellement 1 000 drones par jour. Mille. Par jour. Cela représente 30 000 unités par mois, 365 000 par an. Face à cette avalanche, l’Ukraine prévoit de recevoir 4 millions de drones en 2025, soit environ 10 000 par jour. Mais tous ne sont pas des appareils de frappe longue portée. La majorité sont des micro-drones FPV utilisés sur la ligne de front, des engins jetables qui coûtent quelques centaines d’euros et détruisent des équipements valant des millions. Le Rodeur 330, lui, joue dans une autre catégorie. Il ne vise pas un char isolé. Il vise les noeuds logistiques, les centres de commandement, les infrastructures énergétiques. Il frappe là où ça fait vraiment mal.
Le général Breton, cité par le ministère des Armées français, décrit ces drones d’attaque à longue portée comme des « missiles de croisière low-cost ». La comparaison est pertinente. Un missile de croisière Tomahawk américain coûte environ 1,5 million de dollars. Un Storm Shadow britannique, autour de 2 millions. Le prix exact du Rodeur 330 n’a pas été communiqué, mais les munitions rôdeuses de cette catégorie se situent généralement entre 50 000 et 200 000 euros. Dix à quarante fois moins cher qu’un missile conventionnel. Pour un État comme l’Ukraine, dont le budget de défense est sous perfusion occidentale, cette différence est existentielle. Chaque euro économisé sur un système d’arme peut être réinvesti ailleurs. Et dans une guerre d’attrition, c’est souvent celui qui tient le plus longtemps qui gagne.
L’industrie automobile entre dans la danse
La nouvelle la plus surprenante de ces derniers mois n’est pas venue d’un salon de l’armement, mais d’un constructeur automobile. Renault, le géant français aux losanges, va fabriquer des drones militaires. L’annonce a fait l’effet d’une bombe dans l’industrie. Des chaînes de montage habituées aux Clio et aux Mégane vont désormais assembler des engins de mort télécommandés. Le partenariat avec Turgis & Gaillard prévoit l’installation de lignes de production dans les usines du Mans et de Cléon. Plus audacieux encore : Renault prévoit d’ouvrir des sites en Ukraine même, à quelques dizaines ou centaines de kilomètres du front. La logique est implacable : réduire les délais de livraison, impliquer l’industrie locale, créer des emplois dans un pays en guerre. Mais aussi, soyons honnêtes, tester en temps réel les produits sur le terrain.
Jean-Marc Zuliani d’EOS Technologie confirme cette tendance : « On nous demande une production de masse, et les industriels automobiles peuvent faire de la très grande série dans des délais beaucoup plus courts. » Il évoque un partenariat avec « un grand acteur de l’industrie automobile » capable de produire jusqu’à un million de drones d’ici 2030. Un million. Le chiffre semble délirant, mais il reflète une prise de conscience : la guerre en Ukraine a révélé que les stocks d’armements conventionnels des pays occidentaux sont insuffisants pour un conflit de haute intensité. Les réserves de missiles s’épuisent. Les capacités industrielles sont saturées. Et les drones, avec leur coût réduit et leur production modulable, apparaissent comme la solution. La France, longtemps à la traîne dans ce domaine, accélère désormais à marche forcée.
Renault fabrique des drones. Je relis la phrase et elle me semble encore surréaliste. La marque de ma première voiture, celle qui m’a emmené en vacances, va maintenant produire des machines conçues pour détruire. Il n’y a pas de jugement moral ici. Juste un constat sur la façon dont le monde change. Et change vite. Tellement vite que parfois, on n’a pas le temps de réaliser ce qui se passe.
La riposte aux Shahed : du bouclier au glaive
Contrer la menace iranienne
Depuis le début de l’invasion russe à grande échelle en février 2022, les drones Shahed-136 de fabrication iranienne sont devenus l’une des armes les plus redoutées par l’Ukraine. Ces engins, surnommés « mobylettes de la mort » en raison de leur bruit caractéristique, volent à basse altitude et à vitesse réduite, mais ils sont produits en masse et lancés par dizaines, voire par centaines, lors d’attaques coordonnées. Leur objectif principal : les infrastructures énergétiques ukrainiennes. Centrales électriques, postes de transformation, réseaux de chauffage. En plein hiver, chaque frappe réussie plonge des villes entières dans le noir et le froid. La défense antiaérienne ukrainienne intercepte une grande partie de ces drones, mais pas tous. Et ceux qui passent causent des dégâts considérables.
EOS Technologie a annoncé le développement d’une capacité spécifique d’interception des drones Shahed, prévue pour le début 2026. L’idée est de retourner l’arme contre l’agresseur : utiliser des munitions rôdeuses comme le Rodeur non pas pour frapper des cibles au sol, mais pour détruire des drones ennemis en vol. C’est le versant « bouclier » dont parle Jean-Marc Zuliani. En Europe, où la menace de frappes directes russes reste théorique mais pas impossible, le Rodeur pourrait servir à protéger les infrastructures critiques. En Ukraine, où cette menace est quotidienne, il ajoute une couche supplémentaire à la défense aérienne. Mais c’est bien le versant « glaive » qui fait la différence stratégique. Frapper en profondeur le territoire russe pour détruire les sites de lancement, les dépôts de Shahed, les usines qui les produisent.
Une symétrie retrouvée
Pendant des mois, l’asymétrie était flagrante. La Russie pouvait frapper n’importe où en Ukraine avec ses missiles et ses drones. L’Ukraine, elle, devait se contenter de cibles proches de la ligne de front, sauf opérations spéciales spectaculaires mais ponctuelles. Les restrictions imposées par les alliés occidentaux sur l’utilisation des armes fournies contre le territoire russe limitaient encore davantage les options de Kyiv. Mais la donne a changé. Les États-Unis ont finalement autorisé l’utilisation d’ATACMS contre certaines cibles en Russie. Le Royaume-Uni a suivi avec les Storm Shadow. Et maintenant, la France livre des drones capables de parcourir 500 km. La géographie du conflit se rééquilibre.
Avec une portée de 500 kilomètres, le Rodeur 330 peut théoriquement atteindre Moscou depuis les régions ukrainiennes les plus proches de la frontière russe. Il peut cibler les bases aériennes de Voronej ou d’Engels, d’où décollent les bombardiers stratégiques Tu-95 qui lancent les missiles de croisière sur l’Ukraine. Il peut frapper les raffineries, les dépôts de carburant, les nœuds ferroviaires qui alimentent l’effort de guerre russe. Bien sûr, ces frappes seraient soumises aux mêmes contraintes politiques que les autres armements occidentaux. Mais la capacité existe désormais. Et dans la grammaire de la dissuasion, avoir la capacité de frapper est déjà un message en soi. Poutine ne peut plus ignorer que ses arrières ne sont plus intouchables.
500 kilomètres. J’ai ouvert une carte. Depuis Kharkiv, c’est Belgorod, Koursk, Voronej, Lipetsk qui sont à portée. Depuis Soumy, on atteint Orel, Briansk, Toula. Et depuis l’ouest de l’Ukraine, on touche les bases arrière russes en Biélorussie. Soudain, ce petit drone de 25 kilos change les calculs stratégiques de tout un état-major. C’est ça, la guerre moderne. Une PME française dans un bureau de Toulouse qui redessine les lignes rouges du Kremlin.
Le forum de l'Élysée : la diplomatie des drones
Macron et Zelensky main dans la main
Le 17 novembre 2025, l’Élysée a accueilli un événement inédit : le premier forum franco-ukrainien sur la production conjointe de drones. Emmanuel Macron et Volodymyr Zelensky étaient présents, entourés de ministres, de généraux et surtout d’industriels. L’objectif affiché était clair : « aider les Ukrainiens à passer à l’échelle » dans la production de drones. Mais derrière les discours officiels, c’est une véritable alliance industrielle qui se dessine. La France apporte sa technologie, ses capacités de production de masse, son expertise en électronique et en intelligence artificielle. L’Ukraine apporte son expérience opérationnelle, sa connaissance du terrain, ses retours d’expérience inestimables sur ce qui fonctionne — et ce qui ne fonctionne pas — face à l’armée russe.
Hadrien Canter, un responsable du secteur, résume l’ampleur du défi : « Les Ukrainiens ont besoin d’environ 20 000 drones par mois. C’est énorme. » Énorme, mais pas impossible. Le forum a vu la présentation de plusieurs systèmes français, dont le Rodeur 330 d’EOS Technologie, le drone Aarok de Turgis & Gaillard, et les micro-drones Anafi UKR de Parrot. Des accords ont été signés. Des calendriers établis. Des financements discutés. La France ne se contente plus d’envoyer des armes déjà produites. Elle investit dans la capacité de production ukrainienne elle-même. C’est un changement de paradigme. L’Ukraine ne sera plus seulement un client. Elle devient un partenaire industriel.
Une filière française qui émerge
La guerre en Ukraine a agi comme un révélateur pour l’industrie de défense française. Pendant des années, la France a excellé dans les systèmes sophistiqués : avions de combat Rafale, sous-marins nucléaires, porte-avions. Mais les drones ? Le retard était criant. Les États-Unis dominaient avec leurs Predator et Reaper. Israël était le leader mondial des drones tactiques. La Turquie avait surpris tout le monde avec ses Bayraktar TB2. Et la France ? Elle achetait des Reaper américains faute de mieux. Cette époque est révolue. Sous l’impulsion de la guerre ukrainienne et des investissements massifs du ministère des Armées, une véritable filière française du drone militaire émerge enfin.
EOS Technologie, Turgis & Gaillard, Parrot, Delair, Survey Copter — les noms se multiplient. Le Salon du Bourget 2025 a été l’occasion de découvrir une nouvelle génération de systèmes sans pilote « made in France ». Le drone Aarok de Turgis & Gaillard a effectué son premier vol le 9 septembre 2025 depuis l’aérodrome de Blois-Le Breuil. Ce MALE (Medium Altitude Long Endurance) français est présenté comme une alternative aux Reaper américains, avec une capacité d’emport d’armements et une endurance de plusieurs dizaines d’heures. Le système Foudre, également de Turgis & Gaillard, est un lance-munitions monté sur camion capable de tirer des projectiles guidés jusqu’à 1 000 km — un rival direct du HIMARS américain. La France ne comble pas seulement son retard. Elle innove.
Les enjeux éthiques et stratégiques
Tester sur le terrain ukrainien
Les mots de Jean-Marc Zuliani résonnent : l’Ukraine offre « une opportunité unique de tester les systèmes sans pilote en conditions réelles ». La phrase est clinique, professionnelle. Mais elle soulève des questions éthiques profondes. L’Ukraine est-elle devenue le terrain d’essai de l’industrie de défense occidentale ? Les soldats ukrainiens sont-ils, d’une certaine manière, les cobayes de technologies que nous préférons ne pas tester nous-mêmes ? La réponse est complexe. D’un côté, oui, les systèmes livrés à l’Ukraine sont souvent des versions récentes, parfois expérimentales, dont on ne connaît pas parfaitement les performances en combat. De l’autre, ces mêmes systèmes sauvent des vies ukrainiennes, détruisent des cibles russes, et contribuent à la défense d’un pays souverain agressé.
Le dilemme est réel, mais il ne doit pas masquer l’essentiel : l’Ukraine n’est pas un laboratoire passif. C’est un partenaire actif qui demande ces armes, qui les utilise selon sa propre doctrine, et qui contribue à leur amélioration par ses retours d’expérience. Les ingénieurs français d’EOS Technologie ne décident pas où le Rodeur 330 va frapper. Ce sont les commandants ukrainiens qui le font. Et ces commandants ont une motivation que personne en Occident ne peut vraiment comprendre : ils défendent leur terre, leurs familles, leur existence même en tant que nation. Si les drones français peuvent les aider dans ce combat, alors les questions éthiques, aussi légitimes soient-elles, passent au second plan.
Je n’ai pas de réponse simple à cette question. Est-ce moral de fournir des armes expérimentales à un pays en guerre ? Est-ce moral de ne pas le faire ? Ce que je sais, c’est que chaque jour qui passe, des Ukrainiens meurent sous les bombes russes. Et si un drone français peut intercepter une de ces bombes, ou détruire le site d’où elle a été lancée, alors je crois que la morale est du côté de l’action. L’inaction aussi a un coût. Et ce coût se mesure en vies humaines.
L’escalade contrôlée
Chaque nouvelle livraison d’armes à l’Ukraine suscite les mêmes craintes : et si Poutine considérait cela comme une « ligne rouge » franchie ? Et si la Russie ripostait contre les pays fournisseurs ? Ces questions sont légitimes, mais l’expérience des trois dernières années montre que les « lignes rouges » russes sont élastiques. Moscou a menacé de représailles nucléaires quand les premiers Javelin sont arrivés. Rien ne s’est passé. Elle a menacé quand les HIMARS ont été livrés. Rien ne s’est passé. Elle a menacé quand les chars Leopard et Abrams sont entrés en Ukraine. Rien ne s’est passé. À chaque étape, l’Occident a repoussé les limites de ce qui était considéré comme acceptable, et la Russie s’est contentée de protester. Les drones Rodeur 330 s’inscrivent dans cette logique d’escalade contrôlée.
Bien sûr, le risque existe toujours. Un accident, une mauvaise interprétation, une frappe qui toucherait une cible particulièrement sensible — Moscou, le Kremlin, une installation nucléaire — pourrait déclencher une réponse disproportionnée. Mais ce risque doit être mis en balance avec un autre risque, plus certain : celui d’une victoire russe. Si l’Ukraine tombe, si Poutine réussit à imposer sa volonté par la force, alors c’est toute l’architecture de sécurité européenne qui s’effondre. Les pays baltes, la Pologne, la Moldavie seraient les prochains sur la liste. Et l’Occident, ayant montré sa faiblesse, n’aurait plus aucune crédibilité pour les défendre. Dans ce contexte, fournir des drones à l’Ukraine n’est pas une escalade. C’est un investissement dans la stabilité future de l’Europe.
L'avenir de la guerre des drones
Vers une robotisation du champ de bataille
Ce qui se passe en Ukraine préfigure l’avenir de tous les conflits. Les drones ne sont plus des gadgets ou des compléments aux forces conventionnelles. Ils sont devenus des armes centrales, parfois décisives. Les images de FPV ukrainiens détruisant des chars T-90 russes à quelques centaines d’euros pièce ont fait le tour du monde. Les frappes de Shahed iraniens sur les villes ukrainiennes ont démontré l’efficacité terrifiante des essaims low-cost. Et maintenant, les munitions rôdeuses longue portée comme le Rodeur 330 ajoutent une nouvelle dimension : la capacité de frapper n’importe où, n’importe quand, avec une précision chirurgicale et un coût marginal. Les généraux du monde entier prennent des notes.
Les États-Unis, la Chine, la Russie, Israël, la Turquie — toutes les puissances militaires investissent massivement dans les drones. La prochaine grande guerre, si elle advient, sera probablement caractérisée par des essaims de milliers d’engins autonomes, coordonnés par intelligence artificielle, capables de saturer n’importe quelle défense. Les humains passeront du rôle de combattants à celui de superviseurs, prenant des décisions stratégiques pendant que les machines exécutent les missions tactiques. C’est un changement de paradigme comparable à l’introduction de l’aviation au début du XXe siècle ou des chars pendant la Première Guerre mondiale. Et la France, avec des systèmes comme le Rodeur 330, se positionne pour ne pas manquer cette révolution.
La France dans la course mondiale
Le chemin est encore long. La France part avec un retard certain sur les États-Unis, Israël ou la Chine dans le domaine des drones militaires. Mais elle dispose d’atouts non négligeables : une base industrielle solide, une expertise en aéronautique reconnue mondialement, des capacités en intelligence artificielle et en systèmes embarqués. Le partenariat avec l’Ukraine offre ce que l’argent ne peut pas acheter : des retours d’expérience en temps réel, dans un conflit de haute intensité, contre un adversaire technologiquement avancé. Chaque Rodeur 330 qui vole au-dessus de l’Ukraine génère des données précieuses. Chaque engagement révèle des forces et des faiblesses. Chaque itération améliore le produit.
D’ici 2030, la filière française du drone militaire pourrait représenter plusieurs milliards d’euros de chiffre d’affaires et des milliers d’emplois. Les exportations vers d’autres pays — partenaires européens, clients traditionnels au Moyen-Orient ou en Asie — ouvrent des perspectives considérables. Mais au-delà des considérations économiques, c’est une question de souveraineté. Un pays qui dépend d’autrui pour ses systèmes d’armes critiques est un pays vulnérable. La France, avec son industrie de défense nationale, a toujours refusé cette dépendance. Les drones sont la prochaine frontière de cette autonomie stratégique. Et le Rodeur 330, ce petit engin de 25 kilos capable de parcourir 500 km, en est l’un des premiers ambassadeurs.
Conclusion : Le ciel appartient aux audacieux
Un message à Moscou
La livraison des Rodeur 330 à l’Ukraine n’est pas qu’une transaction commerciale ou un geste humanitaire. C’est un acte politique, stratégique, symbolique. La France dit à Moscou : nous ne vous laisserons pas gagner. Nous armerons l’Ukraine aussi longtemps qu’il le faudra, avec des systèmes de plus en plus sophistiqués, de plus en plus létaux. Le « bouclier » peut devenir « glaive » à tout moment. Et ce glaive a désormais une portée de 500 kilomètres. Chaque base aérienne russe, chaque dépôt de munitions, chaque centre de commandement est potentiellement à portée. La géographie de cette guerre, qui avantageait jusqu’ici l’agresseur, se rééquilibre enfin.
Jean-Marc Zuliani d’EOS Technologie résume parfaitement la situation : « Les Ukrainiens ont acquis une expérience unique au monde. » Cette expérience, forgée dans le sang et les larmes, est maintenant partagée avec les industriels français. Elle nourrit des innovations, des améliorations, des nouvelles capacités. Le Rodeur 330 qui sera produit dans deux ans sera meilleur que celui d’aujourd’hui. Celui de 2030 sera probablement révolutionnaire. Et à chaque étape, l’Ukraine sera au cœur de cette évolution. Non pas comme victime passive, mais comme partenaire actif d’une alliance qui refuse de céder face à l’agression.
Je termine cet article avec un sentiment étrange. De l’espoir, peut-être. Ou de l’inquiétude. Les deux, sans doute. Un drone de 25 kilos qui peut frapper à 500 km. Des usines automobiles qui se reconvertissent en arsenaux. Des ingénieurs qui parlent d’essaims de 30 machines contrôlées par un seul opérateur. Le monde change sous nos yeux, et la guerre en Ukraine est le catalyseur de cette transformation. Dans cinq ans, dans dix ans, on se souviendra de cette période comme du moment où tout a basculé. Le moment où le ciel est devenu le nouveau champ de bataille. Et où la France a décidé de ne pas le laisser aux autres.
Le prix de la liberté
Chaque Rodeur 330 qui s’envole au-dessus de l’Ukraine porte en lui une part de liberté. Pas la liberté abstraite des discours politiques, mais la liberté concrète des hommes et des femmes qui refusent de vivre sous le joug russe. La liberté des enfants de Kharkiv qui pourront peut-être un jour retourner à l’école sans craindre les bombardements. La liberté des familles de Kherson qui rêvent de revoir leur ville libérée. Cette liberté a un coût. Elle se paie en technologies transférées, en budgets de défense augmentés, en risques assumés. Mais c’est un prix que l’Europe et la France ont choisi de payer. Parce que l’alternative — une Ukraine asservie, une Europe menacée, un monde où la force prime le droit — est infiniment plus coûteuse.
Le Rodeur 330 n’est qu’un outil. Une machine. Vingt-cinq kilos de métal, d’électronique et d’explosifs. Mais entre les mains des défenseurs ukrainiens, il devient bien plus que cela. Il devient l’incarnation d’une volonté collective de résister. De ne pas céder. De frapper ceux qui frappent. 500 kilomètres de portée, c’est la distance entre la peur et l’espoir. Entre la défaite et la survie. Entre un peuple écrasé et un peuple debout. La France a fait son choix. Le ciel ukrainien appartient désormais aussi à elle.
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur et analyste. Mon expertise réside dans l’observation et l’analyse des dynamiques géopolitiques, militaires et technologiques qui façonnent le conflit en Ukraine. Mon travail consiste à décortiquer les annonces officielles, à comprendre les implications stratégiques des livraisons d’armes, et à contextualiser les évolutions technologiques dans le cadre plus large de la guerre moderne.
Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. Je prétends à la lucidité analytique, à l’interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux de cette guerre qui redéfinit l’équilibre des puissances en Europe. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte stratégique, et d’offrir une lecture critique des événements.
Méthodologie et sources
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et analyses interprétatives. Les informations factuelles présentées proviennent exclusivement de sources primaires et secondaires vérifiables.
Sources primaires : communiqués officiels d’EOS Technologie, déclarations de Jean-Marc Zuliani, annonces du ministère des Armées français, informations du forum franco-ukrainien sur les drones (17 novembre 2025), données techniques issues du site officiel d’EOS Technologie.
Sources secondaires : France 24, RBC-Ukraine, Army Recognition, Militarnyi, Opex360, Defense News, AFP, L’Usine Nouvelle, Financial Times.
Nature de l’analyse
Les analyses, interprétations et perspectives présentées constituent une synthèse critique et contextuelle basée sur les informations disponibles, les tendances observées et les déclarations des acteurs impliqués.
Mon rôle est d’interpréter ces faits, de les contextualiser dans le cadre des dynamiques militaires et industrielles contemporaines, et de leur donner un sens cohérent dans le récit de la guerre en Ukraine. Ces analyses reflètent une expertise développée à travers l’observation continue du conflit et la compréhension des enjeux technologiques et stratégiques en jeu.
Toute évolution ultérieure de la situation pourrait naturellement modifier les perspectives présentées ici.
Sources
Sources primaires
EOS Technologie — Site officiel et spécifications du Rodeur 330 — Janvier 2026
Forum franco-ukrainien sur les drones — Élysée, Paris — 17 novembre 2025
Direction générale de l’armement (DGA) — Évaluation des munitions téléopérées — Novembre 2025
Ministère des Armées français — Déclarations sur la politique de drones — 2025-2026
Sources secondaires
France 24 — Livraison de drones Rodeur à l’Ukraine — Janvier 2026
RBC-Ukraine — Analyse des capacités du Rodeur 330 — Janvier 2026
Army Recognition — France’s Rodeur 330 long-range loitering munition widens 500 km deep strike options — 2025
Militarnyi — French Company EOS Technologie Delivers First Strike Drones to Ukraine — 2025-2026
Opex360 — Le ministère des Armées a évalué la munition téléopérée Rodeur 330 — Novembre 2025
Defense News — French carmaker Renault to produce long-range drones — Janvier 2026
AFP — Sous l’effet de l’Ukraine, la France passe aux drones de combat — Janvier 2026
Financial Times — French companies Renault and Turgis Gaillard partner to make drones — 2025
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.