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La Russie a remplacé plus de 9 000 véhicules détruits en puisant dans ses réserves soviétiques — elle ne pourra pas recommencer
Crédit: Adobe Stock

De 63 900 chars à la portion congrue

Pour mesurer l’ampleur du gâchis, il faut remonter à 1990. L’Union soviétique, à son apogée militaire, possédait 63 900 chars de combat. 76 500 véhicules blindés de tous types. 66 900 pièces d’artillerie. Un arsenal qui faisait trembler l’OTAN. Une force de frappe capable, sur le papier, de déferler sur l’Europe occidentale en quelques semaines. Cet héritage titanesque, la Russie l’a reçu presque intact à la dissolution de l’URSS. Des décennies de production industrielle socialiste, des millions d’heures de travail ouvrier, des ressources colossales transformées en acier blindé. Et en trois ans de guerre contre l’Ukraine, Moscou a consumé plus de la moitié de ce legs historique.

Le processus de cannibalisation est fascinant dans son cynisme. Pour remettre un seul véhicule en état de marche, les techniciens russes doivent en dépecer deux à trois autres. Un moteur ici, une tourelle là, des chenilles ailleurs. Les dépôts de stockage sont devenus des banques d’organes mécaniques. Chaque char qui reprend la route vers le front est un Frankenstein de pièces récupérées sur ses frères immobilisés. L’analyste militaire Andriy Tarasenko prévient : les réserves de matériel réparable seront « complètement épuisées dans 12 à 18 mois ». À moins que la Russie ne lance la production de masse de 700 à 1 000 nouveaux véhicules blindés par an dans les 12 à 18 prochains mois, ses stocks pour la réparation et la modernisation s’épuiseront. La production actuelle? Un dixième de ce qui serait nécessaire.

Il y a quelque chose de profondément ironique dans cette situation. L’Union soviétique s’est effondrée en partie à cause de la course aux armements qui a épuisé son économie. Et voilà que son héritière, la Russie de Poutine, reproduit exactement la même erreur. Elle brûle en quelques années ce que le régime soviétique avait mis des décennies à construire. Pour conquérir quoi? Quelques centaines de kilomètres carrés de territoire ukrainien dévasté. L’histoire ne se répète pas, dit-on. Elle bégaie. Et parfois, elle ricane.

Les usines qui ne suivent plus

L’usine UralVagonZavod, la plus grande fabrique de chars au monde, travaille à plein régime. Deux lignes de production capables théoriquement de sortir 20 chars T-90M par mois chacune. Mais la théorie se heurte à la réalité des sanctions occidentales. Les viseurs optiques manquent. Les composants électroniques sont introuvables ou doivent être contournés via des réseaux clandestins. Selon les renseignements militaires ukrainiens (GUR), l’usine produit depuis un an et demi des chars incomplets, entreposés en attente de pièces qui n’arrivent pas. L’analyste de défense Viktor Kevliuk résume la situation : « Les capacités de l’industrie russe à produire des chars modernes sont extrêmement limitées, avec 100 à 200 chars par an. » Pas 1 000. Pas 500. 100 à 200.

La situation n’est guère meilleure pour les autres véhicules blindés. Le BMP-3, seul véhicule de combat d’infanterie russe encore en production de masse, sort des chaînes de Kurganmashzavod à raison de 460 à 500 unités par an. L’usine tourne six jours sur sept, en équipes de 12 heures, depuis l’été 2022. Les ouvriers sont épuisés. Les machines aussi. La fabrique d’Arzamas produit les BTR-82A, 300 à 400 par an, dont une bonne partie sont en réalité des véhicules anciens modernisés plutôt que des unités neuves. Face aux 9 000 véhicules détruits annuellement, cette production industrielle ressemble à une goutte d’eau dans un océan de feu.

Sources

Sources primaires

Oryx Project — Attack On Europe: Documenting Russian Equipment Losses — Données continues 2022-2026
Institute for the Study of War (ISW) — Évaluation des pertes russes et capacité de maintien — Janvier 2025
État-major général des Forces armées ukrainiennes — Statistiques de pertes russes 2024 — 1er janvier 2025
International Institute for Strategic Studies (IISS) — Rapport sur les capacités militaires russes — 2025
OSINT @Jonpy99 — Analyse satellite des bases de stockage russes — Juin 2025
OSINT HighMarsed et CovertCabal — Inventaire des réserves blindées russes — 2025

Sources secondaires

The Insider (theins.ru) — Disarmed forces: Putin has « ground down » nearly all Soviet military stockpiles — Janvier 2026
Euromaidan Press — The Insider: As Russia depletes Soviet tanks and artillery, Putin’s war drive to end by 2026 — Février 2025
Euromaidan Press — Russia has more armored vehicles now than in 2022. The math is ugly — Décembre 2025
Obozrevatel — Minus 3000 tanks and almost 9000 armored vehicles: ISW assessed sustainability — Janvier 2025
Defence Express — Another 9,000 Armored Vehicles Could be Resting in Russian Storage — 2025
Militarnyi — CIT Analysts: Russia Capable of Producing Up to 300 T-90M Tanks Per Year — 2025
Newsweek — Putin « ground down » Russia’s Soviet-era stockpiles: report — Janvier 2026
Kyiv Independent — Russia facing equipment shortages, media reported — 2025
iStories Media — The Russian Army is Losing Way Less Equipment Now. What’s the Reason? — Septembre 2025

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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