De l’alliance à la solitude
À Bruxelles, au siège de l’OTAN, les téléphones n’ont pas arrêté de sonner depuis l’annonce. Le secrétaire général Mark Rutte multiplie les déclarations rassurantes, parle de « dialogue constructif » et de « partenariat durable ». Mais derrière les portes closes, l’atmosphère est tout autre. Les diplomates européens ne cachent plus leur inquiétude. La stratégie américaine est claire : l’Europe doit assumer la « responsabilité principale de sa propre défense ». Ces mots, imprimés dans le document officiel du Pentagone, sonnent comme un divorce après 80 ans de mariage stratégique. L’Europe, habituée à vivre sous le parapluie américain, se retrouve soudain sous la pluie. Et il fait froid.
Les chiffres donnent le vertige. Actuellement, environ 85 000 soldats américains sont stationnés en Europe. La nouvelle stratégie ne fixe pas d’objectif de réduction, mais le Congrès américain, anticipant le pire, a inclus dans la loi de défense 2026 (NDAA) une clause interdisant de descendre en dessous de 76 000 hommes sans consultation préalable des alliés et évaluation d’impact. 76 000. C’est la ligne rouge que les élus américains ont tracée, conscients que l’administration Trump pourrait aller beaucoup plus loin si on la laissait faire. Cette bataille entre la Maison-Blanche et le Congrès dit tout de la fracture qui traverse Washington sur la question européenne. D’un côté, une administration qui veut se désengager. De l’autre, des élus qui tentent de limiter les dégâts. Entre les deux, les alliés européens regardent, impuissants, leur destin se jouer dans les couloirs du pouvoir américain.
Il y a quelque chose de profondément humiliant dans cette situation. L’Europe, berceau de la civilisation occidentale, puissance économique de premier plan, se retrouve à supplier qu’on ne l’abandonne pas. À négocier des clauses de protection minimum. À espérer que le Congrès américain soit plus raisonnable que le président. Nous avons vécu pendant des décennies dans le confort d’une protection garantie, et nous avons oublié ce que signifie être seul face au danger. Aujourd’hui, le réveil est brutal. Et la question n’est plus de savoir si nous devons nous défendre nous-mêmes, mais si nous en sommes encore capables.
La crise du Groenland : quand l’allié devient menace
Comme si le désengagement ne suffisait pas, l’administration Trump a ajouté l’insulte à l’abandon. Les déclarations répétées du président américain sur le Groenland — territoire autonome du Danemark, pays membre fondateur de l’OTAN — ont provoqué une onde de choc sans précédent dans l’alliance. Donald Trump a réitéré son intention d’acquérir ce territoire arctique stratégique, allant jusqu’à refuser d’exclure l’usage de la force militaire ou de la coercition économique pour y parvenir. La Première ministre danoise Mette Frederiksen a répondu avec une clarté glaçante : une attaque contre le Groenland signifierait la fin de l’OTAN. Fin de l’OTAN. Ces mots, prononcés par la dirigeante d’un allié historique, mesurent l’abîme dans lequel l’alliance est en train de sombrer.
La réponse européenne a été immédiate et coordonnée. L’Allemagne, la Suède, la Norvège, la France, le Royaume-Uni et les Pays-Bas ont annoncé le renforcement de leur présence militaire au Groenland, officiellement pour des « exercices d’entraînement en conditions arctiques ». Personne n’est dupe. Ces manœuvres sont un message clair à Washington : l’Europe n’acceptera pas qu’un allié menace un autre allié. C’est une situation surréaliste, presque absurde : des membres de l’OTAN déployant des troupes pour dissuader les États-Unis — le leader de l’alliance — d’attaquer un autre membre de l’alliance. On croirait lire un scénario de fiction dystopique. C’est pourtant la réalité de janvier 2026.
Le prix de la protection : l'ère du chantage stratégique
Alliés modèles et alliés punis
Pete Hegseth n’a pas mâché ses mots. Lors de sa présentation de la stratégie, il a établi une distinction brutale entre ce qu’il appelle les « alliés modèles » et les autres. « Les alliés modèles qui font leur part, comme Israël, la Corée du Sud, la Pologne, de plus en plus l’Allemagne, les pays baltes et d’autres, recevront notre faveur spéciale », a-t-il déclaré. Et d’ajouter, dans une formulation qui ressemble à une menace à peine voilée : « Les alliés qui ne font pas leur part pour la défense collective subiront des conséquences. » Des conséquences. Le mot est lâché. L’alliance atlantique, fondée sur le principe de solidarité mutuelle, devient une transaction commerciale où les bons payeurs sont récompensés et les mauvais payeurs sont punis.
L’exigence financière est vertigineuse : 5 % du PIB consacré à la défense, dont 3,5 % pour les dépenses militaires de base. Pour mettre ce chiffre en perspective, la plupart des pays européens peinent encore à atteindre l’objectif de 2 % fixé par l’OTAN il y a des années. L’Allemagne, qui a longtemps traîné des pieds, vient d’annoncer un budget de défense de plus de 108 milliards d’euros pour 2026, avec l’objectif d’atteindre 3,5 % d’ici 2029. C’est une transformation colossale pour un pays qui, depuis 1945, avait fait de la retenue militaire un pilier de son identité nationale. Mais pour beaucoup d’autres pays européens, ces objectifs sont tout simplement inatteignables à court terme. Et la question se pose : que se passe-t-il quand on ne peut pas payer ? Que signifient ces « conséquences » dont parle Hegseth ?
L’Ukraine, variable d’ajustement
Au milieu de ce bouleversement, l’Ukraine reste le point de cristallisation de toutes les tensions. La loi de défense américaine 2026 prévoit 400 millions de dollars d’aide militaire pour Kyiv pour chacune des deux prochaines années fiscales. C’est à la fois beaucoup et dérisoire. Beaucoup, parce que cela représente un engagement concret dans un contexte de désengagement général. Dérisoire, parce que l’Ukraine a besoin de milliards, pas de centaines de millions, pour tenir face à la machine de guerre russe. Et surtout, la nouvelle stratégie nationale de sécurité affirme qu’il est « un intérêt fondamental » des États-Unis de « rétablir la stabilité stratégique avec la Russie ». Stabilité stratégique. Avec un pays qui bombarde des maternités, qui déporte des enfants, qui viole quotidiennement le droit international.
Cette formulation fait bondir les analystes des pays de la « ligne de front » — Pologne, pays baltes, Finlande. Pour eux, la Russie n’est pas un partenaire avec lequel on stabilise quoi que ce soit. C’est un adversaire qui reconstruit ses capacités militaires et se prépare à une confrontation prolongée. Le décalage entre la vision américaine et la réalité vécue par ces pays est abyssal. Washington voit un problème à gérer de loin. Varsovie et Tallinn voient une menace existentielle à leur porte. Et désormais, ils savent que face à cette menace, ils devront compter d’abord sur eux-mêmes.
Je pense à ces soldats ukrainiens dans les tranchées de l’Est. Ils se battent depuis presque quatre ans maintenant, avec des armes occidentales, en croyant que l’Occident était derrière eux. Que se passe-t-il dans leur tête quand ils lisent que Washington veut « stabiliser » ses relations avec Moscou ? Que ressent-on quand on réalise que son sacrifice pourrait être négocié par-dessus sa tête, dans des bureaux climatisés où l’on parle de « réalisme géopolitique » ? Il y a des mots qui tuent autant que les balles. « Stabilité stratégique avec la Russie » en fait partie.
L'Asie sous tension : le pivot qui déstabilise
Taïwan, le silence qui fait peur
L’absence de Taïwan dans la stratégie américaine est peut-être le signal le plus inquiétant de tout le document. L’île, revendiquée par Pékin comme partie intégrante de son territoire, est au cœur de toutes les projections de conflit majeur dans la région Indo-Pacifique. Les analystes militaires s’accordent à dire qu’une invasion chinoise de Taïwan pourrait se produire d’ici la fin de la décennie. La Chine multiplie les exercices militaires autour de l’île, teste les réactions internationales, prépare le terrain. Et que dit la nouvelle stratégie américaine sur la défense de Taïwan ? Rien. Absolument rien. Ce silence est d’autant plus troublant que le document désigne explicitement la Chine comme la menace principale dans la région Indo-Pacifique.
À Taipei, le gouvernement affiche une sérénité de façade, tout en accélérant frénétiquement ses préparatifs de défense. L’île a augmenté son budget militaire, allongé la durée du service obligatoire, multiplié les exercices de défense civile. Mais tout le monde sait que sans soutien américain, Taïwan ne pourrait pas résister longtemps à une invasion chinoise. L’île de 24 millions d’habitants face à un pays de 1,4 milliard. C’est David contre Goliath, sans la fronde. Et désormais, David n’est même plus sûr que quelqu’un viendra l’aider à ramasser les pierres.
Corée du Sud et Japon : entre peur et réarmement
La stratégie américaine est particulièrement explicite concernant la péninsule coréenne. Elle affirme que la Corée du Sud est capable d’assumer la « responsabilité principale de dissuader la Corée du Nord avec un soutien américain critique mais plus limité ». Ces mots ont provoqué une onde de choc à Séoul. La Corée du Sud vit depuis 1953 sous la menace d’une Corée du Nord nucléarisée, avec la garantie que les États-Unis interviendraient en cas d’attaque. Cette garantie vient d’être explicitement nuancée. « Soutien critique mais plus limité » — chaque mot compte. Critical but more limited. C’est le langage de quelqu’un qui prépare sa sortie en essayant de ne pas claquer la porte trop fort.
Le Japon, de son côté, navigue dans des eaux tout aussi troubles. La Première ministre Sanae Takaichi a accéléré l’effort de défense japonais, atteignant l’objectif de 2 % du PIB deux ans avant l’échéance prévue. Washington a applaudi — avant de demander plus. Toujours plus. 5 %, c’est désormais le standard exigé. Pour un pays dont la constitution pacifiste interdit théoriquement le maintien de forces armées offensives, c’est un bouleversement identitaire majeur. Le Japon d’après-guerre, celui qui avait fait de la retenue militaire une fierté nationale, est en train de se réarmer à marche forcée. Non pas parce qu’il le veut, mais parce qu’il n’a plus le choix. Quand le protecteur s’en va, il faut apprendre à se protéger soi-même.
Il y a quelque chose de tragiquement ironique dans tout cela. Le Japon, contraint au pacifisme par les États-Unis après 1945, est maintenant poussé au réarmement par ces mêmes États-Unis. L’histoire ne manque pas d’humour noir. Mais pour les millions de Japonais, de Coréens, de Taïwanais qui vivent sous la menace quotidienne de régimes autoritaires nucléarisés, ce n’est pas drôle du tout. C’est une question de vie ou de mort. Littéralement.
Le Congrès résiste : la bataille de Washington
Une loi contre une stratégie
Face à la stratégie de l’administration Trump, le Congrès américain a choisi de résister. La loi d’autorisation de la défense nationale 2026 (NDAA), adoptée avec un soutien bipartisan, contient plusieurs dispositions qui contrecarrent directement les ambitions présidentielles. L’interdiction de réduire les troupes en Europe en dessous de 76 000 sans consultation des alliés. L’obligation de maintenir le commandant des forces américaines en Europe dans le rôle de Commandant suprême des forces alliées (SACEUR). L’aide de 400 millions de dollars à l’Ukraine. Ce sont des garde-fous, des digues face à la vague de désengagement voulue par la Maison-Blanche.
Mais ces garde-fous tiendront-ils ? La bataille entre le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif sur la politique étrangère américaine est aussi vieille que la République elle-même. Le Congrès peut voter des lois, mais c’est le président qui commande les armées. Il peut traîner des pieds, interpréter les textes à sa manière, utiliser les zones grises du droit. Et surtout, le Congrès change, les majorités basculent, les priorités évoluent. Ce qui est protégé aujourd’hui peut être abandonné demain. Les alliés des États-Unis le savent : la politique américaine est devenue imprévisible, volatile, otage des cycles électoraux et des humeurs présidentielles. Construire une stratégie de défense sur de telles fondations, c’est bâtir sur du sable.
La fracture américaine
Ce que révèle cette confrontation entre l’exécutif et le législatif, c’est une Amérique profondément divisée sur son rôle dans le monde. D’un côté, les tenants du désengagement, de l’« America First », qui considèrent que les États-Unis ont trop donné, trop longtemps, pour des alliés ingrats qui ne payaient pas leur juste part. De l’autre, les internationalistes, républicains comme démocrates, qui pensent que l’engagement américain dans le monde n’est pas de la charité mais un investissement dans la sécurité américaine elle-même. Deux visions irréconciliables, deux Amériques qui ne se parlent plus.
Pour les alliés, cette fracture est peut-être plus inquiétante encore que la stratégie elle-même. Car elle signifie qu’il n’y a plus de consensus américain sur lequel s’appuyer. Ce que promet une administration peut être défait par la suivante. Ce que garantit un président peut être renié par son successeur. L’Amérique d’autrefois, celle qui parlait d’une seule voix sur les questions de défense, cette Amérique-là n’existe plus. Et sans elle, tout l’édifice de l’ordre international d’après-guerre vacille sur ses fondations.
L'Europe se réveille : trop peu, trop tard ?
Le réarmement en marche
Face à l’abandon américain, l’Europe n’a d’autre choix que de se prendre en main. Et elle le fait, avec une rapidité qui aurait été impensable il y a encore quelques années. L’Allemagne, longtemps considérée comme le ventre mou de la défense européenne, est en train de se transformer. Le chancelier Friedrich Merz a annoncé l’objectif de 3,5 % du PIB pour la défense d’ici 2029, soit plus de 108 milliards d’euros annuels. C’est une révolution pour un pays qui, pendant des décennies, a préféré investir dans son industrie plutôt que dans ses armées. La Bundeswehr, longtemps moquée pour ses chars en panne et ses avions cloués au sol, va devenir l’une des forces armées les plus puissantes d’Europe.
Partout sur le continent, le même mouvement s’observe. La Pologne consacre déjà près de 4 % de son PIB à la défense et continue d’augmenter. Les pays baltes, qui vivent avec la Russie à leur frontière, battent tous les records de dépenses militaires proportionnelles. La France renforce son arsenal nucléaire et évoque la possibilité d’un parapluie atomique européen. Le Royaume-Uni, post-Brexit, cherche à redéfinir son rôle de puissance militaire majeure. C’est tout un continent qui se réarme, qui recrute, qui commande des chars et des avions, qui construit des usines de munitions. L’Europe de la défense, dont on parlait depuis des décennies sans jamais vraiment y croire, est en train de naître sous la contrainte de la nécessité.
Est-ce que c’est une bonne nouvelle ? Je ne sais pas. D’un côté, il était temps que l’Europe assume ses responsabilités, qu’elle cesse de vivre dans le confort d’une protection américaine qu’elle tenait pour acquise. De l’autre, voir le continent qui a inventé les deux guerres mondiales se réarmer massivement ne peut que faire frémir. L’histoire européenne est une succession de courses aux armements qui ont mal fini. Celle-ci sera-t-elle différente ? Je l’espère. Mais l’espoir n’est pas une stratégie.
L’impossible autonomie
Mais le réarmement européen se heurte à des obstacles colossaux. D’abord, le temps. Construire une armée capable de dissuader la Russie sans l’appui américain prendra des années, peut-être une décennie. Or, la menace est là maintenant. Poutine n’attendra pas poliment que l’Europe soit prête. Ensuite, la coordination. L’Europe reste un ensemble de 27 pays avec 27 armées, 27 budgets, 27 industries de défense qui se font concurrence au lieu de coopérer. Produire des munitions en commun, standardiser les équipements, créer une chaîne de commandement unifiée — tout cela relève du parcours du combattant bureaucratique. Enfin, le nucléaire. Sans la garantie nucléaire américaine, l’Europe est vulnérable au chantage atomique russe. La France dispose de la bombe, mais son arsenal est conçu pour protéger la France, pas l’Europe entière. Étendre cette protection aux autres pays européens soulève des questions politiques, stratégiques et juridiques immenses.
Et puis, il y a la question de fond : l’Europe veut-elle vraiment devenir une puissance militaire ? Les opinions publiques européennes, formatées par des décennies de paix et de prospérité, sont-elles prêtes à accepter les sacrifices que cela implique ? Les jeunes Européens accepteront-ils de faire leur service militaire, de partir au combat si nécessaire ? Les contribuables accepteront-ils de voir leurs impôts financer des missiles plutôt que des hôpitaux ? Ces questions, les dirigeants européens les évitent soigneusement. Mais elles finiront par se poser. Et les réponses détermineront si l’Europe peut vraiment devenir maîtresse de son destin sécuritaire.
Un monde sans shérif : vers le chaos ?
Les prédateurs à l’affût
Le retrait américain crée un vide. Et dans le monde des relations internationales, les vides se remplissent toujours. La Russie observe, la Chine calcule, l’Iran complote, la Corée du Nord provoque. Tous ces régimes autoritaires partagent un point commun : ils ont toujours considéré l’hégémonie américaine comme le principal obstacle à leurs ambitions. Cet obstacle est en train de s’effriter. La tentation de tester les nouvelles limites sera irrésistible. Une incursion ici, une provocation là, une annexion ailleurs — pour voir jusqu’où on peut aller sans réaction. C’est ainsi que commencent les catastrophes.
Poutine a déjà montré la voie en Ukraine. Il a parié que l’Occident ne réagirait pas vraiment à l’annexion de la Crimée en 2014. Il avait raison. Il a ensuite parié que l’invasion de 2022 serait une affaire de quelques semaines, que Kyiv tomberait et que le monde passerait à autre chose. Il s’est trompé sur ce point, mais pas totalement — l’Ukraine résiste, mais l’Occident se fatigue. Aujourd’hui, avec la nouvelle stratégie américaine, Poutine peut se dire que sa patience paie. Que le temps joue pour lui. Que les démocraties, avec leurs élections et leurs opinions publiques versatiles, finiront toujours par se lasser avant les autocraties.
Le précédent qui fait peur
Ce que les États-Unis viennent de faire, c’est envoyer un message au monde entier : les alliances américaines ne sont pas gravées dans le marbre. Elles sont conditionnelles, transactionnelles, révocables. Ce message sera entendu partout. Par les alliés qui se demandent s’ils peuvent encore compter sur Washington. Par les adversaires qui se demandent jusqu’où ils peuvent aller. Par les pays non-alignés qui cherchent à comprendre de quel côté souffle le vent. Le système d’alliances américain, patiemment construit depuis 1945, reposait sur une promesse simple : si vous êtes avec nous, nous serons avec vous. Cette promesse vient d’être brisée. Et une promesse brisée ne se répare pas facilement.
Les conséquences se feront sentir pendant des décennies. Des pays qui envisageaient de se rapprocher des États-Unis y réfléchiront à deux fois. Des pays qui comptaient sur la protection américaine chercheront d’autres protecteurs — ou développeront leurs propres capacités nucléaires. La prolifération atomique, contenue tant bien que mal depuis des décennies, pourrait reprendre. L’Arabie saoudite, la Corée du Sud, le Japon, Taïwan — tous ces pays ont les moyens techniques de développer la bombe s’ils le décident. Jusqu’ici, ils ne l’ont pas fait parce qu’ils se sentaient protégés. Demain ?
Nous vivons un de ces moments où l’histoire bascule. Pas dans le fracas d’une guerre, mais dans le silence d’un document administratif. Ce qui se joue aujourd’hui, ce n’est pas seulement la politique de défense américaine. C’est l’architecture de sécurité mondiale construite depuis 80 ans. C’est la paix relative dont nous avons bénéficié, nous les Occidentaux, pendant des décennies. C’est l’idée même qu’il existe des règles, des alliances, des engagements qui tiennent. Tout cela vacille. Et je ne suis pas sûr que nous mesurions encore l’ampleur de ce qui est en train de se passer.
Conclusion : Le monde d'après
Une ère nouvelle, et dangereuse
Le 23 janvier 2026 restera comme une date charnière dans l’histoire des relations internationales. Le jour où les États-Unis ont officiellement annoncé qu’ils ne voulaient plus être le gendarme du monde. Le jour où l’ordre international d’après-guerre a commencé à se fissurer pour de bon. Ce qui vient après, personne ne le sait vraiment. Un monde multipolaire où plusieurs puissances s’équilibrent ? Un chaos où chacun est livré à lui-même ? Une nouvelle guerre froide, ou pire ? Les scénarios les plus optimistes parlent de transition ordonnée. Les plus pessimistes évoquent l’effondrement.
Pour les millions de gens qui vivent sous la menace — les Ukrainiens qui se battent pour leur survie, les Taïwanais qui regardent la Chine avec angoisse, les Baltes qui entendent les bruits de bottes russes, les Sud-Coréens qui vivent avec une dictature nucléarisée à leur frontière —, ces questions abstraites ont une résonance très concrète. Leur sécurité, leur vie, leur avenir dépendent des décisions prises dans des capitales lointaines par des gens qui ne les rencontreront jamais. Et ces décisions viennent de changer.
Et maintenant ?
La vraie question, celle que personne ne veut poser, c’est celle-ci : étions-nous préparés à ce moment ? Avions-nous un plan B pour le jour où l’Amérique déciderait qu’elle en avait assez de nous protéger ? La réponse, pour l’Europe comme pour l’Asie, est clairement non. Nous avons vécu dans l’illusion que les garanties américaines étaient éternelles, que le parapluie serait toujours là, que demain ressemblerait à hier. Cette illusion est morte. Il nous reste à construire autre chose, et vite. Avant que les prédateurs ne décident que le moment est venu de frapper.
Je termine cet article avec un sentiment étrange. Pas vraiment de la peur, plutôt une forme de lucidité douloureuse. Le monde dans lequel j’ai grandi, celui des certitudes occidentales et des alliances inébranlables, ce monde-là s’efface. Ce qui le remplacera dépend de ce que nous ferons maintenant. De notre capacité à nous réveiller, à nous organiser, à assumer enfin nos responsabilités. Pendant des décennies, nous avons sous-traité notre sécurité aux Américains. Ils viennent de nous rendre le contrat. À nous de voir ce que nous en faisons. L’histoire nous regarde. Et elle ne pardonne pas aux peuples qui n’ont pas su saisir l’instant.
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur et analyste. Mon expertise réside dans l’observation et l’analyse des dynamiques géopolitiques, stratégiques et militaires qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies de défense, à comprendre les mouvements des grandes puissances, à contextualiser les décisions qui redéfinissent l’équilibre mondial et à proposer des perspectives analytiques sur les transformations sécuritaires en cours.
Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. Je prétends à la lucidité analytique, à l’interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux complexes qui nous concernent tous. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et stratégique, et d’offrir une lecture critique des événements qui transforment l’ordre international.
Méthodologie et sources
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et analyses interprétatives. Les informations factuelles présentées proviennent exclusivement de sources primaires et secondaires vérifiables.
Sources primaires : documents officiels du Pentagone (Stratégie nationale de défense 2026, Stratégie nationale de sécurité), déclarations publiques du secrétaire à la Défense Pete Hegseth, texte de la loi d’autorisation de la défense nationale (NDAA) 2026, déclarations du secrétaire général de l’OTAN Mark Rutte, communications officielles des gouvernements alliés.
Sources secondaires : analyses du German Marshall Fund, de Chatham House, du Council on Foreign Relations, de l’Atlantic Council, du Carnegie Endowment for International Peace, de l’International Centre for Defence and Security. Couverture médiatique du Washington Post, d’Axios, d’Anadolu Agency, d’Al Jazeera.
Nature de l’analyse
Les analyses, interprétations et perspectives présentées constituent une synthèse critique et contextuelle basée sur les informations disponibles, les tendances observées et les commentaires d’experts cités dans les sources consultées. Toute évolution ultérieure de la situation pourrait naturellement modifier les perspectives présentées. Cet article reflète l’état des connaissances au 25 janvier 2026.
Sources
Sources primaires
Pentagone – Stratégie nationale de défense 2026 – Janvier 2026
Congrès américain – National Defense Authorization Act 2026 – Décembre 2025
OTAN – Déclarations du secrétaire général Mark Rutte – Janvier 2026
Gouvernement danois – Déclaration de la Première ministre Mette Frederiksen – Janvier 2026
Sources secondaires
German Marshall Fund – The 2026 National Defense Authorization Act: What Europeans Need to Know – Janvier 2026
Chatham House – US intentions towards Greenland threaten NATO’s future – Janvier 2026
Atlantic Council – US strategy is leading to a Europe squeezed from the east and the west – Janvier 2026
Carnegie Endowment – Europe Needs to Hear What America is Saying – Décembre 2025
International Centre for Defence and Security – What the New US National Security Strategy Really Signals for Europe – Janvier 2026
Washington Post – Pentagon moves to cut U.S. participation in some NATO advisory groups – Janvier 2026
Anadolu Agency – US rolls out 2026 defense strategy – Janvier 2026
Al Jazeera – What’s behind the recent shift in US defence strategy? – Janvier 2026
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