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L’armée russe a brûlé plus de la moitié de son héritage soviétique en trois ans de guerre
Crédit: Adobe Stock

Une équation impossible à résoudre

Voici le cœur du problème russe, et il est arithmétiquement implacable. L’armée russe perd des chars plus vite que ses usines ne peuvent en produire. Beaucoup plus vite. En 2023, selon les données Oryx, la Russie a perdu plus de 2 000 chars. L’année suivante, en 2024, ce chiffre était encore d’environ 1 100 unités. Or, la capacité de production russe actuelle pour les chars neufs tourne autour de 200 à 300 unités par an, essentiellement des T-90M Proryv sortis de l’usine Uralvagonzavod de Nijni Taguil. Faites le calcul. Pour chaque char neuf qui sort des chaînes de montage, trois à sept sont détruits sur le front. C’est un trou noir logistique que même les efforts titanesques de mobilisation industrielle ne parviennent pas à combler.

Le Kremlin a bien tenté de compenser en puisant dans les réserves soviétiques. Des milliers de vieux T-72, de T-62 et même de T-55 datant des années 1950 ont été sortis des dépôts, remis en état tant bien que mal et envoyés au front. Mais cette stratégie atteint ses limites. Selon l’analyste OSINT @Jonpy99, qui scrute les images satellites des bases de stockage russes, il ne restait en juin 2025 que 46 % des chars, 42 % des véhicules de combat d’infanterie et 49 % des transports de troupes blindés par rapport aux stocks d’avant-guerre. Et encore, ces chiffres ne disent pas tout. Une grande partie de ce qui reste n’est pas opérationnel. Ce sont des carcasses cannibalisées pour leurs pièces détachées, des épaves dont les moteurs sont grippés, des reliques que personne n’a entretenues depuis la chute de l’URSS.

La cannibalisation comme stratégie de survie

Un indicateur particulièrement révélateur de l’épuisement des stocks russes est l’évolution de l’origine des équipements perdus. En 2022, plus de 75 % des pertes russes en véhicules de combat d’infanterie étaient d’origine soviétique — des BMP-1, des BMP-2, des BTR-80 sortis des usines de Kourgan ou de Gorki il y a trente ou quarante ans. À la fin de l’année 2024 et au début de 2025, cette proportion est tombée sous les 50 %. Cela signifie que l’armée russe commence à perdre massivement des équipements de production récente, simplement parce que les vieux stocks se tarissent. Les T-90M flambant neufs, qui coûtent des millions de dollars pièce et représentent ce que la Russie fait de mieux en matière de blindé, finissent désormais régulièrement en torches humaines dans les rues de Bakhmout ou les champs de Pokrovsk.

La stratégie russe actuelle consiste à cannibaliser tout ce qui peut l’être. Les usines ne se contentent plus de remettre en état des chars complets. Elles désossent les épaves les plus irrécupérables pour en extraire les pièces encore utilisables — un moteur ici, une boîte de vitesses là, un système de visée ailleurs — et les greffent sur d’autres véhicules. C’est du bricolage industriel à grande échelle. Les T-64, jugés trop obsolètes pour être remis en service, sont systématiquement démontés. Les dépôts de T-72A, qui comptaient encore 900 unités en juin 2025, n’en contenaient plus que 461 quatre mois plus tard. À ce rythme, les analystes estiment que l’afflux de chars reconditionnés dans l’armée russe pourrait cesser presque entièrement d’ici 2026.

Il y a quelque chose de presque poétique dans cette ironie. L’Union soviétique a passé des décennies à accumuler le plus grand arsenal blindé de l’histoire de l’humanité, convaincu que la masse serait toujours synonyme de puissance. Et aujourd’hui, cet héritage part en fumée parce qu’un seul homme a décidé de l’utiliser pour satisfaire ses délires impériaux. Poutine est en train de faire ce qu’aucun adversaire extérieur n’avait réussi : détruire la force blindée russe. Pas les Américains. Pas l’OTAN. Lui.

Sources

Sources primaires

Oryx OSINT Project — Attack On Europe: Documenting Russian Equipment Losses — Janvier 2025
The Insider Russia — Disarmed Forces: Putin Has Ground Down Nearly All Soviet Military Stockpiles — 28 janvier 2025
CIA Declassified Report — Soviet Military Production 1975-88 — Septembre 1989
Royal United Services Institute — Russian Military Objectives and Capacity in Ukraine Through 2024 — Février 2024
Congressional Research Service — Russian Military Performance and Outlook — Mai 2025
Center for Strategic and International Studies — Russia’s Battlefield Woes in Ukraine — Août 2025

Sources secondaires

Le Grand Continent — L’armée russe aurait perdu plus de 50 % de l’équipement dont elle disposait avant 2022 — 31 janvier 2025
Frontelligence Insight — Exclusive: Inside Russia’s 2026-2036 Tank Fleet Modernization Plans — Octobre 2025
Conflict Intelligence Team — Russian T-90M Tank Production Analysis — Juin 2025
Chatham House — Russia’s Struggle to Modernize Its Military Industry — Juillet 2025
Carnegie Endowment — Russian Military Reconstitution: 2030 Pathways and Prospects — Septembre 2024

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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