Des armes qui n’existent pas encore
Les spécifications révélées lors du symposium de la Surface Navy Association en janvier 2026 ressemblent davantage à un film de science-fiction qu’à un document technique militaire. Le USS Defiant embarquerait un canon électromagnétique (railgun) de 32 mégajoules, capable de propulser des projectiles à des vitesses hypersoniques sur des distances de 200 kilomètres. Des lasers de 600 kilowatts — quatre fois plus puissants que tout ce qui existe actuellement dans l’arsenal américain. Des missiles hypersoniques Conventional Prompt Strike (CPS), capables de frapper n’importe quelle cible sur la planète en quelques minutes. Et — détail qui fait frémir les stratèges du monde entier — des missiles de croisière à tête nucléaire (SLCM-N). La marine américaine n’a pas déployé d’armes nucléaires tactiques sur ses navires de surface depuis des décennies. Le cuirassé Trump-class changerait la donne. Pour le meilleur ou pour le pire.
Le problème ? Une bonne partie de ces technologies n’existe pas. Pas encore. Peut-être jamais. Le programme de railgun de la Navy a été abandonné en 2021 après des années de développement infructueux. Les lasers de haute puissance restent expérimentaux, leurs performances dégradées par les conditions météorologiques et atmosphériques. Les missiles hypersoniques américains accusent des retards importants par rapport à leurs équivalents russes et chinois. Construire un navire autour de technologies qui n’ont pas fait leurs preuves, c’est parier des dizaines de milliards sur l’espoir que tout fonctionnera parfaitement du premier coup. L’histoire militaire américaine suggère le contraire. Le destroyer Zumwalt, conçu comme le navire le plus avancé de sa génération, a vu son programme réduit de 32 à 3 unités en raison de dépassements de coûts et de problèmes techniques. Son canon révolutionnaire ? Abandonné faute de munitions abordables. Le Littoral Combat Ship (LCS) ? Un échec retentissant que la marine retire maintenant du service après seulement quelques années. Le F-35 ? Des décennies de retard et des milliards de dépassements. Et maintenant, on nous demande de croire que le cuirassé Trump-class sera différent.
Il y a quelque chose de fascinant — et de terrifiant — dans cette foi aveugle en la technologie. Comme si le simple fait de mettre des mots sur une présentation PowerPoint suffisait à faire exister des armes. Canon électromagnétique. Laser de combat. Missile hypersonique. Les mots sonnent bien. Ils impressionnent les journalistes et les contribuables. Mais derrière les mots, il y a des ingénieurs qui se demandent comment diable ils vont faire fonctionner tout ça ensemble. Il y a des métallurgistes qui ne savent pas encore quel alliage supportera les contraintes. Il y a des informaticiens qui doivent intégrer des systèmes qui n’ont jamais été conçus pour cohabiter. Et il y a vous et moi, qui paierons la facture. Quoi qu’il arrive.
Les chiffres qui donnent le vertige
Les dimensions du USS Defiant défient l’imagination. 268 mètres de long — plus long que la plupart des porte-avions en service. 35 mètres de large. Un déplacement de plus de 35 000 tonnes, soit plus du double du destroyer Zumwalt, actuellement le plus grand navire de combat de surface de la flotte américaine. Un équipage de 850 personnes. Et un arsenal de plus de 140 missiles dans ses tubes de lancement verticaux, sans compter les projectiles du railgun, les charges des lasers, et les munitions conventionnelles. Pour mettre ces chiffres en perspective : un destroyer Arleigh Burke, l’épine dorsale de la flotte américaine actuelle, déplace environ 9 000 tonnes. Le cuirassé Trump-class serait presque quatre fois plus gros. Plus gros que les cuirassés de la classe Iowa de la Seconde Guerre mondiale, les derniers vrais cuirassés américains. Plus gros que tout ce que la marine a construit depuis 1945, à l’exception des porte-avions.
Cette taille pose des défis logistiques considérables. Quels ports pourront accueillir ces géants ? Quels chantiers pourront les entretenir ? La marine américaine peine déjà à maintenir sa flotte actuelle. Les sous-marins nucléaires attendent des mois — parfois des années — avant d’entrer en cale sèche pour maintenance. Les porte-avions accumulent les retards de révision. Et on veut ajouter 20 à 25 cuirassés de 35 000 tonnes chacun à cette équation déjà impossible ? Carl Schuster, ancien capitaine de l’US Navy devenu analyste, pose le diagnostic froidement : « Nous n’avons plus l’infrastructure industrielle et maritime pour faire ça rapidement. » Les chantiers navals américains sont à bout de souffle. Ils ne peuvent pas répondre à la demande actuelle. Comment pourraient-ils absorber le plus ambitieux programme de construction navale depuis la Seconde Guerre mondiale ?
Section 3 : Le mirage des délais et des coûts
Construction dans les années 2030, livraison dans les années 2040
Les contrats de conception émis par la Navy prévoient des périodes d’exécution de six ans. Ce qui signifie que le premier cuirassé Trump-class ne pourrait pas être commandé avant le début des années 2030. Avec plusieurs années de construction prévues, le USS Defiant n’entrerait en service qu’à la fin des années 2030 — voire autour de 2040. Donald Trump aura 94 ans. S’il est encore de ce monde, il pourra peut-être assister à la mise à l’eau du navire qui porte son nom. Peut-être. Car entre l’annonce et la réalité, il y a un gouffre que l’histoire militaire américaine connaît bien. Combien de programmes ont été annoncés avec fanfare, puis discrètement abandonnés quelques administrations plus tard ? Le Comanche. Le Crusader. Le Future Combat System. Des milliards engloutis, des décennies perdues, et au final… rien.
Le CSIS estime que le risque d’annulation est considérable. Mark Cancian prédit que « quand le coût réel et le calendrier seront connus, le programme sera presque certainement annulé — mais ce sera peut-être après avoir dépensé plusieurs années et plusieurs milliards de dollars. » C’est le pire des scénarios : suffisamment d’argent dépensé pour créer des emplois et des intérêts politiques, pas assez pour produire quoi que ce soit d’utile. Le cuirassé Trump-class pourrait devenir le plus coûteux programme fantôme de l’histoire navale américaine. Des milliards pour des études. Des milliards pour des prototypes. Des milliards pour des contrats de conception. Et à la fin ? Un changement de majorité, un nouveau président, et l’annulation discrète d’un projet devenu politiquement indéfendable.
C’est peut-être ça qui me révolte le plus. Pas l’argent. L’argent n’est qu’une abstraction. Ce qui me révolte, c’est le cynisme. Tout le monde sait — les analystes, les amiraux, les politiciens, les industriels — tout le monde sait que ce programme a très peu de chances d’aboutir. Mais tout le monde joue le jeu. Parce qu’il y a des contrats à décrocher. Des emplois à créer dans des circonscriptions clés. Des donateurs à satisfaire. Et tant pis si, dans dix ans, on aura dépensé des milliards pour rien. Quelqu’un d’autre paiera. Une autre génération. D’autres contribuables. C’est toujours comme ça que ça marche.
L’équation industrielle impossible
Le président Trump a annoncé que les cuirassés Trump-class seraient construits au chantier Hanwha Philly Shipyard, propriété du conglomérat sud-coréen Hanwha Group. Un chantier qui n’a jamais construit de navire de guerre. Un chantier principalement spécialisé dans les cargos et les tankers. La symbolique est cruelle : pour construire le navire le plus américain qui soit — celui qui porte le nom du président « America First » — on fait appel à des capitaux étrangers et à une expertise qui reste à prouver. Les chantiers navals traditionnels américains — Huntington Ingalls, General Dynamics Bath Iron Works — sont engorgés. Ils peinent à livrer les sous-marins classe Virginia et les destroyers Arleigh Burke dans les temps. Leur imposer un nouveau programme de cette envergure serait irréaliste. D’où le recours à Hanwha.
Mais construire un cuirassé de 35 000 tonnes bourré de technologies expérimentales n’est pas comme construire un cargo. Les compétences ne sont pas les mêmes. Les processus ne sont pas les mêmes. Les exigences de qualité ne sont pas les mêmes. Il faudra des années — et des milliards supplémentaires — pour que Hanwha Philly acquière l’expertise nécessaire. Si tant est que ce soit possible. Les échecs passés de conversion de chantiers civils en chantiers militaires ne sont pas encourageants. Chaque nouveau programme naval apporte son lot de surprises. Et les surprises, en matière de défense, se comptent toujours en milliards.
Section 4 : La doctrine en question
Masse contre dispersion : un débat stratégique fondamental
Au cœur de la controverse sur le cuirassé Trump-class se trouve un désaccord stratégique fondamental. D’un côté, les partisans de la « masse » — ceux qui croient que la marine américaine a besoin de navires imposants, capables de projeter une puissance de feu écrasante contre la Chine ou la Russie. De l’autre, les tenants des « opérations distribuées » — ceux qui préconisent une flotte composée de nombreuses plateformes plus petites, plus difficiles à cibler, plus résilientes face aux pertes. La doctrine actuelle de l’US Navy penche clairement vers la seconde option. Les missiles hypersoniques et les drones ont changé la donne. Un gros navire, aussi puissant soit-il, reste une cible. Et dans la guerre moderne, les cibles sont détruites. Bernard Loo l’exprime crûment : le cuirassé Trump-class serait un « aimant à bombes ».
Pourtant, Benjamin Jensen, chercheur au CSIS, offre une perspective différente. Selon lui, « une grande partie de cette inquiétude passe à côté du besoin d’accroître la puissance de feu navale pour soutenir la doctrine existante. » L’argument est subtil : les cuirassés Trump-class ne remplaceraient pas la doctrine de dispersion, ils la compléteraient. Ils fourniraient le punch massif dont la flotte a besoin dans les confrontations décisives, pendant que les navires plus petits assureraient la présence et la résilience. C’est une vision séduisante. Mais elle se heurte à une réalité arithmétique : chaque cuirassé Trump-class construit, c’est plusieurs frégates Constellation ou destroyers Arleigh Burke qui ne le seront pas. Les ressources ne sont pas infinies. Choisir le gigantisme, c’est renoncer à la multiplication.
Le précédent nucléaire : un retour controversé
L’inclusion de missiles de croisière à tête nucléaire (SLCM-N) dans l’arsenal du cuirassé Trump-class marque une rupture avec des décennies de politique navale américaine. Depuis les années 1990, l’US Navy a retiré les armes nucléaires tactiques de ses navires de surface, les réservant aux sous-marins lance-missiles balistiques (SSBN). Réintroduire le nucléaire sur les navires de surface change l’équation stratégique. Cela signifie que chaque cuirassé Trump-class devient une cible prioritaire pour les adversaires — et un risque d’escalade nucléaire en cas de conflit. Imaginez la scène : un missile chinois touche un cuirassé américain équipé d’armes nucléaires en mer de Chine méridionale. Que se passe-t-il ensuite ? Personne ne le sait vraiment. Et personne ne veut le savoir.
Le secrétaire de la Navy, John Phelan, a confirmé que les navires sont prévus pour embarquer des « canons conventionnels et des missiles de croisière à armement nucléaire. » Les implications sont considérables. En temps de paix, ces navires devront être surveillés en permanence pour prévenir tout incident. En temps de crise, leur simple présence dans une zone de tension pourrait déclencher une escalade incontrôlée. Les partisans du programme arguent que la dissuasion exige de montrer des capacités crédibles. Les critiques répondent qu’on ne dissuade pas avec des armes qu’on ne peut pas utiliser sans provoquer l’apocalypse. Le débat est ancien. Le cuirassé Trump-class le ramène sur le devant de la scène.
Section 5 : Les voix critiques s'élèvent
Le verdict des experts : projet de prestige ou nécessité stratégique ?
Bernard Loo n’y va pas par quatre chemins : les navires proposés par Trump sont « un projet de prestige plus qu’autre chose. » L’analyse est sévère mais cohérente avec l’histoire récente de la construction navale américaine. Les grands programmes ambitieux — Zumwalt, LCS, Ford — ont tous souffert de dépassements de coûts, de retards, et de problèmes techniques persistants. Rien ne suggère que le cuirassé Trump-class échapperait à cette malédiction. Au contraire : son ambition technologique sans précédent garantit pratiquement des difficultés sans précédent. Chaque innovation — le railgun, les lasers haute puissance, l’intégration des systèmes d’intelligence artificielle — représente un risque technique. Empiler tous ces risques sur une seule plateforme, c’est multiplier les chances d’échec.
Le Washington Monthly a titré sans détour : « Le cuirassé Trump-class : la pire idée de tous les temps. » L’article détaille les nombreuses raisons pour lesquelles le programme est voué à l’échec — techniques, budgétaires, stratégiques, politiques. Mais les voix critiques, si nombreuses soient-elles, se heurtent à une réalité politique : Donald Trump est président. Son parti contrôle le Congrès. Et les contrats de défense créent des emplois dans les États clés. Tant que l’équation politique favorise le programme, les objections des experts resteront lettre morte. La question n’est pas de savoir si le cuirassé Trump-class est une bonne idée. La question est de savoir combien de milliards seront dépensés avant que quelqu’un admette que ce n’en était pas une.
Vous savez ce qui me frappe dans ce débat ? Le silence des amiraux en service actif. Ceux qui devront commander ces navires — s’ils sont un jour construits. Ceux qui devront envoyer leurs marins sur ces « aimants à bombes » face aux missiles chinois. Ils ne disent rien. Ou plutôt, ils ne peuvent rien dire. Le système ne le permet pas. On conteste le président en privé, jamais en public. On exprime ses réserves dans des mémos classifiés, pas dans les journaux. Et quand le désastre arrive — parce qu’il finit toujours par arriver — on se retrouve avec des commissions d’enquête et des officiers à la retraite qui expliquent qu’ils « avaient des doutes depuis le début. » Mais à ce moment-là, les milliards sont dépensés. Et les marins, parfois, sont morts.
Common Dreams et l’opposition citoyenne
Le site progressiste Common Dreams a résumé les critiques dans un titre acerbe : « La « flotte aimant à bombes » de Trump pourrait « ne jamais naviguer » et gaspiller des milliards de dollars. » L’opposition au cuirassé Trump-class ne vient pas seulement des cercles de réflexion stratégique. Elle vient aussi des citoyens ordinaires qui voient dans ce programme le symbole de priorités nationales dévoyées. Pendant que Washington débat de cuirassés à 22 milliards, des villes comme Flint, Michigan, luttent encore pour avoir de l’eau potable. Des écoles ferment. Des hôpitaux ruraux font faillite. Et on trouve l’argent pour des jouets militaires géants dont l’utilité stratégique est contestée par les experts mêmes qui devraient les défendre.
L’argument selon lequel la défense nationale justifie tous les sacrifices ne convainc plus comme avant. Surtout quand les projets de défense en question ressemblent davantage à des monuments égotiques qu’à des réponses aux menaces réelles. Le cuirassé Trump-class — ou plutôt la « classe Trump », puisque c’est ainsi qu’on l’appellera — incarne cette déconnexion. Un président qui veut graver son nom dans l’histoire. Des industriels qui veulent des contrats juteux. Des politiciens qui veulent des emplois dans leurs circonscriptions. Et au milieu de tout ça, une question stratégique — comment contrer la Chine ? — qui se perd dans les calculs électoraux et les ambitions personnelles.
Section 6 : L'armement détaillé du USS Defiant
La batterie principale : puissance de feu dévastatrice
Le USS Defiant (BBG-1) embarquerait, selon les documents officiels, une puissance de feu sans équivalent dans l’histoire navale moderne. 128 cellules de lancement vertical (VLS) pour missiles conventionnels — Tomahawk, SM-6, missiles anti-sous-marins. 12 tubes dédiés aux missiles hypersoniques Conventional Prompt Strike (CPS), capables de frapper des cibles à des milliers de kilomètres en quelques minutes, à des vitesses supérieures à Mach 5. Et 12 cellules pour les missiles de croisière nucléaires SLCM-N, le retour de l’arme nucléaire tactique sur les navires de surface américains. Au total, plus de 140 missiles — bien au-delà des capacités de tout navire de combat actuel. Un seul cuirassé Trump-class disposerait de la puissance de feu d’une petite flottille.
Mais la puissance brute ne fait pas tout. L’intégration de ces systèmes représente un défi technique colossal. Comment faire cohabiter des missiles nucléaires et des armes conventionnelles sur le même navire sans risque de confusion en combat ? Comment gérer les flux de données entre les radars, les systèmes de commandement, les calculateurs de tir et les plateformes de lancement ? Comment former les équipages à utiliser des technologies dont certaines n’existent pas encore ? Ces questions restent sans réponse. Les ingénieurs les résoudront — peut-être. Ou peut-être pas. Le destroyer Zumwalt devait lui aussi révolutionner la guerre navale. Trois exemplaires ont été construits. Aucun n’a encore démontré ses capacités opérationnelles complètes.
La batterie secondaire : science-fiction ou réalité prochaine ?
C’est dans la batterie secondaire que le cuirassé Trump-class bascule le plus clairement dans la science-fiction. Un canon électromagnétique (railgun) de 32 mégajoules, pièce maîtresse de l’armement non-missile du navire. Contrairement aux canons conventionnels qui utilisent des propulseurs chimiques, le railgun accélère ses projectiles par force électromagnétique à des vitesses hypersoniques. Les projectiles hypervelocité (HVP) pourraient frapper des cibles à 200 kilomètres, bien au-delà de la portée de n’importe quel canon naval actuel. Le problème ? Le programme de railgun de la Navy a été abandonné en 2021. Les défis techniques — l’usure des rails, la génération de puissance, la cadence de tir — se sont révélés insurmontables avec les technologies disponibles. Ressusciter le programme pour le cuirassé Trump-class prendrait des années et des milliards.
Ajoutez à cela deux canons de 127 mm (5 pouces) conventionnels — une technologie éprouvée, celle-là — et deux lasers de 600 kilowatts. Les lasers de combat représentent l’avenir de la défense navale, permettant théoriquement d’engager des cibles à la vitesse de la lumière avec un « chargeur infini » tant que le navire dispose d’électricité. Mais les systèmes actuels plafonnent autour de 150 kilowatts. Quadrupler cette puissance demandera des avancées technologiques significatives. Et les lasers restent sensibles aux conditions atmosphériques — humidité, brouillard, pluie — qui dégradent leur efficacité. Dans les eaux brumeuses de l’Atlantique Nord ou les moussons du Pacifique, leur utilité opérationnelle reste à prouver.
Section 7 : La défense du géant
Un navire de 35 000 tonnes peut-il se protéger ?
Aussi impressionnante que soit la batterie offensive du cuirassé Trump-class, sa survie dépendra de ses capacités défensives. Les spécifications prévoient 2 lanceurs RAM (Rolling Airframe Missile) pour la défense rapprochée contre les missiles, 4 canons Mark 38 de 30 mm contre les menaces de surface, 4 systèmes laser ODIN pour neutraliser les drones et les missiles, et 2 systèmes anti-drones non spécifiés. L’ensemble forme un bouclier multicouche théoriquement capable de repousser les attaques saturantes que la Chine pourrait lancer contre un navire américain. Théoriquement. Car personne n’a jamais testé ces systèmes contre une attaque réelle d’une puissance militaire de premier rang.
La vulnérabilité fondamentale du cuirassé Trump-class reste sa taille. 35 000 tonnes de navire ne peuvent pas manœuvrer comme une frégate. Un missile hypersonique DF-21D chinois — surnommé le « tueur de porte-avions » — arrive sur sa cible à des vitesses supérieures à Mach 10. Aucun système défensif actuel ne peut garantir l’interception à ces vitesses. Les systèmes Aegis ont été conçus pour des menaces subsoniques ou supersoniques modestes. Face à l’hypersonique, ils atteignent leurs limites. Un seul impact suffirait à mettre hors combat — voire à couler — un navire de 22 milliards de dollars avec 850 marins à bord. L’équation risque-bénéfice devient vertigineuse.
Huit cent cinquante marins. Je reviens sans cesse à ce chiffre. Huit cent cinquante familles qui attendraient des nouvelles. Huit cent cinquante vies suspendues à la capacité de quelques systèmes de défense à intercepter des missiles voyageant à dix fois la vitesse du son. Huit cent cinquante raisons de se demander si un président devrait avoir le droit de créer des cibles aussi monumentales simplement parce qu’il veut graver son nom dans l’histoire. Les marins font leur devoir. Ils iront où on leur dit d’aller. Mais ceux qui les envoient — ont-ils fait le leur ? Ont-ils vraiment pesé le risque contre l’orgueil ?
L’aviation embarquée : une capacité supplémentaire
Le cuirassé Trump-class disposerait également d’un hangar fermé capable d’accueillir des aéronefs à décollage vertical — hélicoptères, V-22 Osprey, et futurs drones VTOL. Cette capacité aérienne étendrait le rayon d’action du navire pour la surveillance, la guerre anti-sous-marine, et les opérations spéciales. C’est une addition sensée à une plateforme de cette taille. Les grands navires de surface embarquent traditionnellement des hélicoptères ; pourquoi pas le cuirassé Trump-class ? Mais cette capacité ajoute de la complexité — et des coûts — à un navire déjà surchargé de systèmes expérimentaux.
La vraie question reste celle de l’emploi opérationnel. Comment un navire aussi précieux — et aussi vulnérable — serait-il déployé ? On ne risque pas 22 milliards de dollars dans une zone contestée sans une escorte massive. Un cuirassé Trump-class nécessiterait probablement plusieurs destroyers, des frégates, et des sous-marins pour assurer sa protection. Une mini-flotte dédiée à la survie d’un seul navire. Les ressources consacrées à protéger le géant ne seront pas disponibles pour d’autres missions. C’est le paradoxe des grands navires : plus ils sont importants, plus ils deviennent des fardeaux logistiques et tactiques.
Section 8 : L'horizon 2040 et au-delà
Un monde qui aura peut-être changé
Si le USS Defiant entre en service vers 2040 comme prévu, quel monde l’attendra ? La Chine aura poursuivi sa modernisation militaire. Ses missiles hypersoniques seront plus performants, plus nombreux, plus précis. Ses capacités de guerre électronique auront progressé. Ses sous-marins seront plus silencieux. Dans ce contexte, un cuirassé de 35 000 tonnes — aussi puissant soit-il — représentera-t-il encore un atout stratégique ou une vulnérabilité coûteuse ? Les guerres de 2040 se joueront peut-être dans le cyberespace, dans l’espace extra-atmosphérique, avec des essaims de drones autonomes. Les cuirassés géants appartiendront peut-être au passé — comme les cuirassés de ligne sont devenus obsolètes face aux porte-avions dans les années 1940.
L’histoire militaire est jonchée de programmes conçus pour les guerres d’hier. La ligne Maginot. Les cuirassés japonais Yamato et Musashi, les plus grands jamais construits, coulés par des avions qu’ils ne pouvaient pas combattre. Les chars lourds soviétiques, rendus obsolètes par les missiles antichars portables. Le cuirassé Trump-class risque-t-il de rejoindre cette liste ? Les technologies qu’il emporte — railgun, lasers, hypersoniques — pourraient être la norme en 2040. Ou elles pourraient être dépassées par des innovations que personne n’imagine encore. Parier 22 milliards sur une vision du futur est toujours un pari. Parfois, on gagne. Souvent, on perd.
L’héritage politique : au-delà de la stratégie
Quelle que soit l’issue du programme, le cuirassé Trump-class restera dans l’histoire comme un symbole. Symbole de l’ambition démesurée d’un président déterminé à laisser sa marque — littéralement. Symbole des tensions entre expertise technique et volonté politique. Symbole des priorités d’une nation qui peut dépenser des centaines de milliards pour des navires de guerre tout en négligeant ses infrastructures civiles. Si le programme aboutit, Donald Trump aura réussi ce qu’aucun président n’a accompli depuis Franklin D. Roosevelt : relancer la construction de cuirassés américains. S’il échoue, il aura ajouté une ligne de plus à la liste des projets militaires pharaoniques abandonnés en cours de route.
Les prochaines élections, les prochaines administrations, les prochains Congrès décideront. Le cuirassé Trump-class survivra-t-il à son créateur politique ? L’histoire des grands programmes d’armement suggère que non. Mais l’histoire réserve parfois des surprises. Peut-être le USS Defiant naviguera-t-il un jour sous le pavillon américain, incarnation de la puissance retrouvée de la première marine du monde. Peut-être restera-t-il une note de bas de page, un monument à l’hubris présidentielle et aux milliards gaspillés. Nous le saurons dans quinze ans. Peut-être vingt. Le temps de la construction navale n’est pas celui des cycles électoraux.
Conclusion : Le pari le plus cher de l'histoire navale américaine
Entre grandeur et démesure
Vingt-deux milliards de dollars. Un navire. 850 marins. Des technologies qui n’existent pas encore. Des délais qui s’étirent jusqu’en 2040. Des critiques quasi unanimes chez les experts indépendants. Et pourtant, le programme avance. Les contrats de conception sont signés. Les chantiers se préparent. La machine bureaucratico-industrielle est en marche. Rien ne l’arrêtera — sauf peut-être un changement de majorité politique, ou l’accumulation de dépassements de coûts trop scandaleux pour être ignorés. Le cuirassé Trump-class représente le pari le plus ambitieux — et le plus risqué — de l’histoire navale américaine moderne. Un pari sur la technologie. Un pari sur la stratégie. Un pari sur la volonté politique de maintenir le cap pendant plus d’une décennie.
Contre la Chine, l’Amérique a besoin de réponses. Mais cette réponse-ci — ces géants flottants, ces « aimants à bombes » de 35 000 tonnes — est-elle la bonne ? Les experts en doutent. Les stratèges s’interrogent. Seul le temps tranchera. D’ici là, les contribuables américains financeront le rêve d’un président qui voulait voir son nom sur les plus grands navires du monde. La « classe Trump ». Pour l’éternité. Ou du moins jusqu’à ce que quelqu’un décide de débaptiser la flotte — ou de l’annuler purement et simplement.
Je termine cet article avec un sentiment étrange. Pas de la colère — même si j’en ai ressenti. Pas de la résignation — même si elle pointe. Quelque chose comme de la tristesse, peut-être. La tristesse de voir un grand pays s’enfermer dans des débats où l’ego l’emporte sur la stratégie. Où le nom d’un homme compte plus que la vie des marins. Où les milliards coulent comme l’eau pendant que les ponts s’effondrent. Le cuirassé Trump-class naviguera peut-être un jour. Ou peut-être pas. Mais quelque chose me dit que dans vingt ans, quand on fera les comptes, on se demandera comment on a pu dépenser autant pour si peu. Et personne — absolument personne — n’assumera la responsabilité.
L’avenir appartient à ceux qui le construisent
Le 22 décembre 2025, Donald Trump a annoncé son intention de construire la plus puissante flotte de surface depuis la Seconde Guerre mondiale. Des navires portant son nom. Des armes de science-fiction. Une « Golden Fleet » dorée comme les lettres sur ses tours. L’intention est là. La volonté politique est là. Reste à voir si la réalité suivra. Les chantiers navals pourront-ils relever le défi ? Les ingénieurs maîtriseront-ils des technologies encore balbutiantes ? Les contribuables accepteront-ils des dépassements de coûts inévitables ? Les futurs présidents maintiendront-ils le cap ? Autant de questions sans réponse. Autant d’inconnues dans l’équation la plus coûteuse de l’histoire navale américaine.
Le cuirassé Trump-class est un rêve. Un rêve de puissance, de grandeur, de domination maritime. Un rêve qui coûte 22 milliards par exemplaire. Un rêve que certains qualifient de nécessité stratégique et d’autres de folie mégalomane. La vérité se trouve probablement quelque part entre les deux — dans cette zone grise où la politique rencontre la stratégie, où l’ambition se heurte aux réalités industrielles, où les noms gravés dans l’acier finissent parfois rouillés au fond des casses. D’ici 2040, nous saurons. D’ici là, le débat continue. Et les milliards s’accumulent.
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur et analyste. Mon expertise réside dans l’observation et l’analyse des dynamiques géopolitiques, stratégiques et militaires qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les programmes d’armement, à comprendre les enjeux industriels et politiques qui les sous-tendent, à contextualiser les décisions des acteurs internationaux et à proposer des perspectives analytiques sur les transformations qui redéfinissent l’équilibre des puissances.
Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. Je prétends à la lucidité analytique, à l’interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux complexes qui nous concernent tous. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et stratégique, et d’offrir une lecture critique des événements.
Méthodologie et sources
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et analyses interprétatives. Les informations factuelles présentées proviennent exclusivement de sources primaires et secondaires vérifiables.
Sources primaires : communiqués officiels de la Maison-Blanche, du Département de la Défense et de l’US Navy, rapports du Congressional Budget Office (CBO), analyses du Congressional Research Service, déclarations publiques des responsables politiques et militaires.
Sources secondaires : publications spécialisées en défense (Breaking Defense, Defense One, USNI News), médias d’information reconnus internationalement (Bloomberg, CNN, ABC News), analyses d’institutions de recherche établies (CSIS, S. Rajaratnam School of International Studies).
Les données techniques, financières et programmatiques citées proviennent de documents officiels et d’analyses d’experts reconnus dans le domaine de la défense navale.
Nature de l’analyse
Les analyses, interprétations et perspectives présentées dans les sections analytiques de cet article constituent une synthèse critique et contextuelle basée sur les informations disponibles, les tendances observées et les commentaires d’experts cités dans les sources consultées.
Mon rôle est d’interpréter ces faits, de les contextualiser dans le cadre des dynamiques stratégiques et politiques contemporaines, et de leur donner un sens cohérent. Ces analyses reflètent une expertise développée à travers l’observation continue des affaires militaires et la compréhension des mécanismes qui animent les grands programmes d’armement.
Toute évolution ultérieure du programme BBG(X) pourrait naturellement modifier les perspectives présentées ici. Cet article sera mis à jour si de nouvelles informations officielles majeures sont publiées.
Sources
Sources primaires
Navy.mil – President Trump Announces New Battleship – Décembre 2025
Congressional Budget Office (CBO) – Analyse des coûts du programme BBG(X) – Janvier 2026
Congressional Research Service – Navy Guided Missile Battleship (BBG[X]) Program: Background and Issues for Congress – Janvier 2026
US Navy – Présentation au Surface Navy Association Symposium – Janvier 2026
Sources secondaires
19FortyFive – The Navy’s New Trump-Class Battleship Could Be the Most Expensive Warship Ever Built – Janvier 2026
Breaking Defense – First Trump-class battleship could cost over $20 billion: CBO – Janvier 2026
Bloomberg – Trump-Class Warship May Be Among Costliest Ever Military Vessels – Janvier 2026
CSIS – The Golden Fleet’s Battleship Will Never Sail (Mark Cancian) – Janvier 2026
CSIS – Why the Golden Fleet Will Sail (Benjamin Jensen) – Janvier 2026
USNI News – Trump Battleship Will be Largest Surface Combatant Since WWII – Décembre 2025
CNN – Analysis: Trump’s new battleship plan could transform the US Navy – or sink it – Décembre 2025
Stars and Stripes – Congress gets first internal analysis of proposed Trump-class battleship – Janvier 2026
The War Zone – What We Know About The Trump Class Battleship – Janvier 2026
South China Morning Post – Golden Fleet: will Trump’s battleship plan deter China or is it just pipe dream? – Janvier 2026
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