Des négociations sous les bombes
Les 23 et 24 janvier 2026, Abu Dhabi est devenu le théâtre d’une farce diplomatique sans précédent. Pour la première fois depuis le début de l’invasion russe, les délégations de Russie, d’Ukraine et des États-Unis se sont retrouvées autour d’une même table. L’envoyé spécial de Donald Trump, Steve Witkoff, et Jared Kushner, le gendre du président, représentaient Washington. Du côté ukrainien, le négociateur en chef Rustem Umerov et le chef du renseignement militaire Kyrylo Budanov portaient les espoirs d’un peuple épuisé par près de quatre ans de guerre. La Russie avait envoyé des représentants du renseignement militaire et de l’armée. Sur le papier, c’était historique. Dans les faits, c’était un piège. Un piège dont les mâchoires s’étaient déjà refermées avant même que les discussions ne commencent.
La veille du deuxième jour de négociations, Moscou a lancé une attaque d’une ampleur terrifiante. 375 drones kamikazes. 21 missiles. Une pluie de feu et d’acier sur les infrastructures énergétiques ukrainiennes. Le timing n’était pas une coïncidence — il était un message. « Ses missiles n’ont pas seulement frappé notre peuple », a déclaré le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Andrii Sybiha. « Ils ont aussi frappé la table des négociations. » Il a qualifié les attaques de Poutine de « barbares ». Le mot est faible. Que faut-il de plus pour qualifier l’acte de bombarder des civils pendant qu’on prétend négocier la paix ? La vice-première ministre ukrainienne a précisé que 800 000 habitants de Kyiv s’étaient retrouvés sans électricité. La température extérieure : moins 10 degrés Celsius. Imaginez. Imaginez vos enfants, vos parents, dans le noir et le froid, pendant que quelque part à des milliers de kilomètres, des hommes en costume discutent de leur avenir.
Il y a des moments où les mots deviennent dérisoires. Où toute tentative d’analyse, de mise en perspective, de nuance intellectuelle, semble obscène face à la brutalité des faits. C’est un de ces moments. 375 drones. 21 missiles. 800 000 personnes sans chauffage par moins 10 degrés. Et de l’autre côté, des propagandistes qui se réjouissent publiquement que l’Amérique leur ait donné « une opportunité ». Je ne sais pas comment on appelle ça dans les manuels de relations internationales. Moi, j’appelle ça de la complicité. De la complicité par l’indifférence. De la complicité par le silence. De la complicité par l’abandon.
Le bilan humain de la nuit de terreur
Cette nuit-là, pendant que les diplomates dormaient dans leurs hôtels climatisés d’Abu Dhabi, l’Ukraine brûlait. L’armée de l’air ukrainienne a confirmé les chiffres : 375 drones de type Shahed, ces engins iraniens que la Russie utilise en masse pour terroriser les civils, accompagnés de 21 missiles ciblant spécifiquement les installations énergétiques. Au moins une personne a été tuée. Plus de 30 ont été blessées. À Kharkiv, 27 civils ont été touchés par les éclats. Des vies brisées. Des corps déchirés. Des traumatismes qui ne guériront jamais. Et ce ne sont que les victimes directes. Les victimes indirectes — celles qui mourront de froid dans les prochains jours, celles dont les équipements médicaux cesseront de fonctionner, celles dont les maladies chroniques s’aggraveront faute de chauffage — ne seront jamais comptabilisées. Elles n’existent pas dans les statistiques. Elles n’existent que dans la douleur de leurs proches.
Kyiv, la capitale, a été particulièrement visée. Les défenses antiaériennes ukrainiennes ont fait ce qu’elles ont pu — abattre une partie des projectiles, limiter les dégâts, sauver des vies. Mais face à un déluge de cette ampleur, aucun système de défense n’est parfait. Des quartiers entiers se sont retrouvés plongés dans l’obscurité. Des hôpitaux ont basculé sur les générateurs de secours. Des écoles ont fermé. Des usines se sont arrêtées. L’économie ukrainienne, déjà mise à genoux par près de quatre ans de guerre, a pris un nouveau coup. C’est précisément l’objectif de Moscou : briser la résistance ukrainienne non pas sur le champ de bataille, mais dans le quotidien des civils. Faire de chaque hiver un enfer. Transformer chaque foyer en front. Épuiser. User. Détruire, lentement mais sûrement. Et pendant ce temps, à la télévision russe, on parle d’« opportunité ».
L'Europe humiliée : exclue de son propre destin
Le fantôme à la table des négociations
Pendant que Washington, Moscou et Kyiv négociaient à Abu Dhabi, l’Europe brillait par son absence. Le plus grand donateur de l’Ukraine — car oui, c’est l’Europe, pas les États-Unis, qui a fourni le plus d’aide à Kyiv — n’avait pas de siège à la table. Pas de voix. Pas d’influence. Le continent qui partage une frontière avec la zone de conflit, dont la sécurité dépend directement de l’issue de cette guerre, a été traité comme un spectateur. Un spectateur qu’on informe après coup. Un spectateur qui paiera les factures mais qui n’aura pas son mot à dire sur le menu. Le European Policy Centre a résumé la situation en une phrase cinglante : « L’Europe n’a pas planifié, donc d’autres l’ont fait à sa place. » Le plan de paix de Trump pour l’Ukraine n’est pas une négociation — c’est un verdict géopolitique.
Kaja Kallas, la cheffe de la diplomatie européenne, n’a pas mâché ses mots après avoir appris les détails de l’appel téléphonique entre Trump et Poutine. Elle a qualifié les récentes manœuvres américaines d’« appeasement » — un terme lourd de sens historique, qui renvoie aux politiques d’apaisement face à Hitler dans les années 1930. Elle a condamné l’exclusion de l’Europe et de l’Ukraine des négociations avec la Russie. Mais ses mots, aussi justes soient-ils, sonnent creux. Que peut faire l’Europe ? Sanctionner les États-Unis ? Menacer Washington de représailles économiques ? L’impuissance européenne n’est pas nouvelle. Elle est structurelle. Elle est le résultat de décennies de sous-investissement dans la défense, de divisions internes, de naïveté stratégique. Aujourd’hui, l’Europe récolte ce qu’elle a semé. Ou plutôt, ce qu’elle n’a pas semé.
La peur des États de première ligne
Pour la Pologne, la Finlande, les pays baltes — ces nations qui partagent une frontière avec la Russie ou la Biélorussie — la situation est existentielle. Le président polonais Karol Nawrocki l’a dit sans détour : « Peu importe qu’un accord de paix soit signé ou non — malgré les meilleurs efforts du président Trump — la Russie restera une menace pour l’Europe. » Cette phrase mérite qu’on s’y arrête. Un dirigeant européen qui déclare publiquement que même un accord de paix ne résoudra rien. Que la menace russe est permanente, structurelle, indépendante des traités et des promesses. C’est un aveu de défiance total envers le processus diplomatique en cours. C’est aussi un cri d’alarme. Les Polonais savent de quoi ils parlent. Ils ont été envahis, occupés, trahis par leurs alliés à de multiples reprises dans leur histoire. Ils voient ce qui se profile. Et ils n’aiment pas ce qu’ils voient.
Emmanuel Macron, le président français, a tenté de maintenir une ligne ferme. Il a insisté sur le fait que l’Europe ne cautionnerait pas un accord « injuste et fragile » entre la Russie et les États-Unis qui minerait la sécurité ukrainienne et européenne. Mais que valent ces déclarations face à la réalité des rapports de force ? La France seule ne peut pas grand-chose. L’Europe unie pourrait peut-être peser dans la balance — mais l’Europe n’est pas unie. L’Allemagne est paralysée par ses contradictions internes. L’Italie joue sa propre partition. La Hongrie de Viktor Orbán sert ouvertement de cheval de Troie à Moscou. Dans ce chaos, les propagandistes russes ont raison de ricaner. L’Europe est une géante économique aux pieds d’argile stratégiques. Et tout le monde le sait.
Ce qui me frappe, ce n’est pas tant l’arrogance des propagandistes russes. Ils font leur travail. Ils mentent, ils manipulent, ils jubilent — c’est leur fonction. Non, ce qui me frappe, c’est notre incapacité collective à leur opposer autre chose que des communiqués indignés. L’Europe parle. L’Europe condamne. L’Europe s’inquiète. Mais l’Europe n’agit pas. Ou si peu. Si mal. Si tard. On en est réduits à regarder notre propre marginalisation en direct, comme des spectateurs impuissants de notre propre déclin. Et le pire, c’est que personne ne peut dire qu’on n’a pas été prévenus. On savait. On a choisi de ne rien faire. Maintenant, on paie.
Le cynisme de Poutine : négocier et détruire simultanément
La stratégie du double jeu
La Russie de Vladimir Poutine a toujours excellé dans l’art du double jeu. Mais ces derniers jours ont porté cette stratégie à un niveau inédit de cynisme. D’un côté, des représentants russes participaient aux négociations trilatérales d’Abu Dhabi, échangeant des propositions avec leurs homologues américains et ukrainiens. De l’autre, des bombardiers russes décollaient pour lancer des centaines de drones sur les civils ukrainiens. Les deux actions étaient parfaitement coordonnées. Le timing des attaques — la veille du deuxième jour de négociations — n’était pas une erreur de communication entre différents services de l’État russe. C’était un message délibéré. Un message qui dit : « Nous négocions en position de force. Nous pouvons vous détruire quand nous voulons. Votre sort dépend de notre bon vouloir. »
Le Kremlin a réaffirmé sa position : tout accord de paix devra inclure le retrait des troupes ukrainiennes des régions orientales que la Russie a annexées illégalement. Traduit en langage clair : l’Ukraine doit céder le Donbass, y compris les territoires qu’elle contrôle encore. C’est une exigence que Kyiv a rejetée catégoriquement. Volodymyr Zelensky sait qu’accepter de telles conditions serait signer l’arrêt de mort de la souveraineté ukrainienne. Ce serait aussi envoyer un signal désastreux au reste du monde : l’agression paie. Si vous voulez un territoire, prenez-le par la force, tenez bon assez longtemps, et finalement on vous le donnera. C’est la leçon que la Chine tirerait vis-à-vis de Taïwan. C’est la leçon que tous les dictateurs en herbe de la planète prendraient bonne note.
Les « zones tampons » : l’euphémisme de la capitulation
À l’issue des deux jours de pourparlers, les parties ont évoqué des discussions sur des « zones tampons » et des « mécanismes de contrôle ». Ces termes techniques, aseptisés, masquent une réalité brutale : on parle de redessiner les frontières de l’Europe par la force. On parle de valider les conquêtes territoriales d’un agresseur. On parle de créer des « zones » qui seront, de fait, sous contrôle russe, même si on leur donne un autre nom pour sauver les apparences. Les négociateurs américains se sont dits « optimistes » à l’issue des discussions. L’ambiance était « très positive », « très constructive », ont-ils affirmé. Ces mots, dans ce contexte, sonnent comme une insulte aux 800 000 Ukrainiens qui grelottaient sans électricité au même moment.
La prochaine session de négociations est prévue pour le 1er février, de nouveau à Abu Dhabi. D’ici là, combien de missiles supplémentaires tomberont sur l’Ukraine ? Combien de civils mourront de froid ou sous les bombes ? Combien de familles seront brisées ? Ces questions n’ont pas été abordées dans les communiqués officiels. Elles n’intéressent pas les diplomates. Les diplomates parlent de « paramètres pour mettre fin à la guerre ». Ils ne parlent pas des gens. Ils ne parlent pas de la grand-mère de Kyiv qui serre sa petite-fille contre elle dans un appartement glacial. Ils ne parlent pas du père de Kharkiv qui retourne les gravats à la recherche de son fils. Les gens ne sont pas des paramètres. Les gens sont des vies. Et ces vies, pour les négociateurs de tous bords, semblent terriblement accessoires.
Le vrai coût de l'abandon : ce que les chiffres ne disent pas
Derrière les statistiques, des visages
375 drones. C’est un chiffre. Un chiffre froid, abstrait, qui ne dit rien de la terreur de ces heures de nuit. Chaque drone, c’est un bruit caractéristique — un bourdonnement sinistre que les Ukrainiens ont appris à reconnaître et à redouter. Chaque drone, c’est quelques secondes ou quelques minutes d’attente angoissée : où va-t-il tomber ? Sur mon immeuble ? Sur l’hôpital ? Sur l’école de mes enfants ? 21 missiles. Vingt et un sifflement stridents suivis d’explosions qui font trembler les murs, qui brisent les vitres, qui arrachent les vies. Les Ukrainiens vivent avec cette terreur depuis près de quatre ans. Quatre ans. 1 432 jours exactement depuis le début de l’invasion à grande échelle. 1 432 nuits où chaque bruit suspect peut signifier la mort. 1 432 matins où on se demande si on verra le soir.
Olena a 67 ans. Elle vit seule dans un appartement du quartier Obolon à Kyiv. Son mari est mort l’année dernière — pas de la guerre, d’une crise cardiaque, mais le stress des bombardements n’y était pas étranger. Quand l’électricité a été coupée après l’attaque, elle a sorti les bougies qu’elle garde toujours à portée de main — les Ukrainiens ont appris à se préparer à tout. Elle s’est enveloppée dans trois couches de vêtements et une couverture, et elle a attendu. Attendu que la lumière revienne. Attendu que le chauffage se rallume. Attendu que quelqu’un, quelque part, se souvienne qu’elle existait. Elle ne connaît pas Dmitri Novikov. Elle n’a jamais entendu parler des « opportunités » que la Russie célèbre. Elle sait juste qu’elle a froid. Et qu’elle a peur. Et qu’elle ne comprend pas pourquoi le monde l’a abandonnée.
C’est là que les mots deviennent impuissants. Comment décrire ce que vit Olena ? Comment transmettre le poids de ces nuits interminables, de ce froid qui s’infiltre partout, de cette solitude face à l’immensité de l’indifférence mondiale ? Je ne peux pas. Personne ne peut. On peut aligner les chiffres — 375 drones, 800 000 personnes sans électricité, moins 10 degrés — mais les chiffres ne disent rien. Ils ne racontent pas les mains qui tremblent en allumant une bougie. Ils ne racontent pas les prières murmurées dans le noir. Ils ne racontent pas cette question, toujours la même, qui revient comme un refrain obsédant : pourquoi nous ? Pourquoi nous ?
L’économie de la destruction
Chaque attaque contre les infrastructures énergétiques ukrainiennes n’est pas seulement un acte de guerre. C’est un acte de guerre économique totale. L’objectif n’est pas simplement de tuer — bien que les morts ne dérangent certainement pas Moscou. L’objectif est de rendre l’Ukraine invivable. De pousser les Ukrainiens à l’exil. De vider le pays de sa substance. Chaque centrale électrique détruite, c’est une usine qui ferme. Chaque ligne haute tension coupée, c’est des emplois perdus. Chaque transformateur pulvérisé, c’est l’économie ukrainienne qui saigne un peu plus. La Russie ne cherche pas à vaincre l’Ukraine sur le champ de bataille — elle y a largement échoué. Elle cherche à l’épuiser. À la vider de sa population. À transformer chaque ville, chaque village, en enfer sur terre.
Les Émirats arabes unis, qui accueillent les négociations, ont facilité 17 opérations de médiation pour des échanges de prisonniers entre la Russie et l’Ukraine, permettant la libération de 4 641 détenus. C’est un chiffre impressionnant, et il faut saluer ces efforts humanitaires. Mais ces échanges, aussi importants soient-ils, ne changent rien à la dynamique fondamentale. La Russie continue de bombarder. La Russie continue de tuer. La Russie continue d’occuper des territoires ukrainiens. Et maintenant, la Russie pense avoir le feu vert de Washington pour continuer. Les 4 641 détenus libérés ne compensent pas les dizaines de milliers de civils tués, les millions de déplacés, les villes entières réduites en ruines. Ils ne compensent rien. Ils sont juste un pansement sur une hémorragie.
Et maintenant ? Les questions qui hantent
Le spectre de Munich
L’histoire a un sens de l’ironie cruelle. En 1938, à Munich, les puissances occidentales ont cédé une partie de la Tchécoslovaquie à Hitler pour préserver la paix. On connaît la suite. Neville Chamberlain est rentré à Londres en brandissant son accord, proclamant « la paix pour notre temps ». Moins d’un an plus tard, la Seconde Guerre mondiale éclatait. Aujourd’hui, l’Ukraine risque de jouer le rôle de la Tchécoslovaquie. Les « zones tampons » discutées à Abu Dhabi ressemblent étrangement aux « concessions territoriales » de 1938. Les mêmes justifications — « préserver la paix », « éviter l’escalade », « être réaliste » — sont avancées. Mais l’histoire nous a appris que l’appeasement ne fonctionne pas. L’appeasement donne du temps aux agresseurs pour se renforcer. L’appeasement envoie le signal que l’agression est payante.
Winston Churchill avait prévenu ses contemporains après Munich : « Vous aviez le choix entre le déshonneur et la guerre. Vous avez choisi le déshonneur, et vous aurez la guerre. » Ces mots résonnent avec une force terrifiante aujourd’hui. Si l’Occident abandonne l’Ukraine, il aura le déshonneur. Mais aura-t-il la paix pour autant ? Poutine s’arrêtera-t-il à l’Ukraine ? Les dirigeants polonais, finlandais, baltes n’en croient rien. Et si on regarde les déclarations des propagandistes russes — leur euphorie, leur sentiment de toute-puissance, leur mépris affiché pour l’Occident — on a du mal à croire que Moscou se contentera de ce qu’elle a déjà pris. L’appétit vient en mangeant. Et Poutine a très faim.
La responsabilité de l’Histoire
Dans quelques années, dans quelques décennies, des historiens se pencheront sur cette période. Ils analyseront les décisions prises — ou non prises — par les dirigeants occidentaux. Ils jugeront. Ils condamneront, probablement. Mais leurs jugements ne ramèneront pas les morts. Ils ne reconstruiront pas les villes détruites. Ils ne guériront pas les traumatismes. L’histoire jugera, oui. Mais l’histoire ne console personne. L’histoire est un tribunal qui ne rend ses verdicts qu’une fois que le mal est fait. Aujourd’hui, maintenant, en ce janvier 2026, le mal est en train de se faire. Et ceux qui pourraient l’empêcher regardent ailleurs. Ou pire : négocient avec les bourreaux. « Trump est à nous », disent les propagandistes russes. Et chaque jour qui passe leur donne un peu plus raison.
Que restera-t-il de l’Ukraine si les « négociations » aboutissent aux termes dictés par Moscou ? Un État croupion, amputé de ses régions les plus riches, désarmé, vassalisé ? Que restera-t-il de l’Europe si elle accepte d’être écartée des décisions qui concernent sa propre sécurité ? Un continent riche mais impuissant, une zone économique sans souveraineté stratégique, un géant aux pieds d’argile que n’importe quelle puissance pourra menacer impunément ? Que restera-t-il de l’ordre international fondé sur des règles si l’agression est récompensée et la souveraineté sacrifiée sur l’autel du « réalisme » ? Rien. Il ne restera rien que la loi du plus fort. Et dans ce monde-là, l’Europe n’est pas la plus forte. L’Europe sera la proie.
Je termine ces lignes sans illusion et sans espoir facile. Ce qui se joue en ce moment dépasse largement l’Ukraine. C’est l’architecture entière du monde d’après-guerre qui vacille. C’est l’idée même que les petits pays ont des droits face aux grands qui est remise en question. C’est notre propre avenir, notre propre sécurité, notre propre liberté qui sont sur la table de négociation à Abu Dhabi — sans que nous ayons voix au chapitre. « Trump est à nous », disent-ils. Et nous, à qui sommes-nous ? À qui appartenons-nous ? Cette question, je n’ai pas de réponse. Mais je sais une chose : le silence, aujourd’hui, est une forme de complicité. Alors je refuse de me taire. Et j’espère que vous aussi.
Conclusion : Le prix du silence
Ce que les bombes ne détruisent pas
Il y a, malgré tout, quelque chose que les 375 drones et les 21 missiles n’ont pas réussi à détruire. Quelque chose que quatre ans de guerre n’ont pas entamé. C’est la résistance du peuple ukrainien. Chaque matin, après chaque nuit de terreur, les Ukrainiens se relèvent. Ils déblaient les décombres. Ils réparent ce qui peut l’être. Ils envoient leurs enfants à l’école dans des abris souterrains. Ils continuent à vivre, à travailler, à espérer. Cette résilience extraordinaire est peut-être la seule lueur dans cette nuit interminable. Elle ne compense pas l’abandon de l’Occident. Elle ne change pas les rapports de force géopolitiques. Mais elle rappelle une vérité fondamentale : on peut bombarder un pays, on ne peut pas bombarder l’âme d’un peuple.
Zelensky a décrit les deux jours de pourparlers comme « constructifs ». Il a parlé de discussions sur des « paramètres possibles pour mettre fin à la guerre ». Ces mots de diplomate masquent une réalité plus amère : l’Ukraine négocie sous la contrainte, avec un pistolet sur la tempe. Les États-Unis, son principal soutien militaire, lui demandent de faire des concessions. L’Europe est impuissante. La Russie bombarde impunément. Dans ces conditions, que peut faire Kyiv sinon tenter de sauver ce qui peut l’être ? La prochaine session de négociations aura lieu le 1er février. D’ici là, Poutine continuera à frapper. Ses propagandistes continueront à jubiler. Et le monde continuera à regarder. Quelque part à Kyiv, Olena attendra que la lumière revienne. Elle attendra longtemps.
Le choix qui reste
Le mot de la fin n’appartient pas aux analystes, ni aux diplomates, ni même aux dirigeants. Il appartient à chacun d’entre nous. À chaque citoyen qui lit ces lignes. À chaque être humain capable d’empathie et de révolte. On peut choisir de détourner le regard. On peut choisir de se dire que c’est loin, que c’est compliqué, que ce n’est pas notre problème. On peut choisir le confort de l’indifférence. Ou on peut choisir de voir. De comprendre. De refuser. De dire non — non à l’abandon, non à la complicité, non à ce monde où les bourreaux dictent leurs conditions aux victimes pendant que les « alliés » comptent les points. Ce choix-là, personne ne peut le faire à notre place. Et ce choix-là aura des conséquences. Des conséquences sur ce que nous sommes. Sur ce que nous devenons. Sur le monde que nous laisserons à ceux qui viennent après nous.
« Trump est à nous », ricanent-ils dans les studios de Moscou. Peut-être. Mais nous, nous n’appartenons à personne. Ou du moins, nous ne devrions appartenir à personne. L’Europe a été bâtie sur les ruines de la guerre, sur le refus du totalitarisme, sur l’idée que la liberté et la dignité humaine valent plus que tous les calculs géopolitiques. Si nous abandonnons ces valeurs aujourd’hui — si nous les troquons contre un semblant de paix avec un régime qui bombarde des civils pendant qu’il négocie — alors nous aurons perdu bien plus que l’Ukraine. Nous nous serons perdus nous-mêmes. Le silence est une forme de complicité. La parole est un début de résistance. À vous de choisir.
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur et analyste. Mon expertise réside dans l’observation et l’analyse des dynamiques géopolitiques, économiques et stratégiques qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies politiques, à comprendre les mouvements économiques globaux, à contextualiser les décisions des acteurs internationaux et à proposer des perspectives analytiques sur les transformations qui redéfinissent nos sociétés.
Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. Je prétends à la lucidité analytique, à l’interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux complexes qui nous concernent tous. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et stratégique, et d’offrir une lecture critique des événements.
Méthodologie et sources
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et analyses interprétatives. Les informations factuelles présentées proviennent exclusivement de sources primaires et secondaires vérifiables.
Sources primaires : déclarations officielles des gouvernements ukrainien, russe et américain, communiqués des ministères des Affaires étrangères, rapports de l’armée de l’air ukrainienne sur les attaques, déclarations des négociateurs à Abu Dhabi, émissions de la télévision d’État russe.
Sources secondaires : agences de presse internationales (Reuters, Associated Press, AFP), médias d’information reconnus (NBC News, CBS News, Al Jazeera, Euronews, ABC News), institutions de recherche (European Policy Centre, Atlantic Council, Carnegie Endowment for International Peace).
Les données sur les attaques, le nombre de drones et missiles, les victimes et les coupures d’électricité proviennent des communiqués officiels ukrainiens et ont été recoupées avec les rapports des agences de presse internationales présentes sur le terrain.
Nature de l’analyse
Les analyses, interprétations et perspectives présentées dans les sections analytiques de cet article constituent une synthèse critique et contextuelle basée sur les informations disponibles, les tendances observées et les commentaires d’experts cités dans les sources consultées.
Mon rôle est d’interpréter ces faits, de les contextualiser dans le cadre des dynamiques géopolitiques contemporaines, et de leur donner un sens cohérent. Les passages éditoriaux reflètent mon opinion personnelle et sont clairement identifiés comme tels. Toute évolution ultérieure de la situation pourrait modifier les perspectives présentées ici.
Sources
Sources primaires
IBTimes UK — Russian State Media Pundits Celebrate ‘Opportunity’ To Attack Ukraine Under New Trump Policy — Janvier 2026
NBC News — Russia, Ukraine to hold trilateral peace talks with U.S. for first time — Janvier 2026
CBS News — Trilateral peace talks concluded constructively, Ukraine’s Zelenskyy says — 24 janvier 2026
Al Jazeera — Russia-Ukraine war updates: Talks end in Abu Dhabi without breakthrough — 24 janvier 2026
Euronews — More talks expected next week after Ukraine, Russia and US conclude Abu Dhabi meeting — 24 janvier 2026
Sources secondaires
US News — Russian Airstrikes Pound Ukraine Amid US-Brokered Peace Talks in Abu Dhabi — 24 janvier 2026
ABC News — Russia, Ukraine and US hold 1st trilateral talks since start of war — Janvier 2026
European Policy Centre — Europe didn’t plan, so others did | Trump’s Russia–Ukraine peace plan — Janvier 2026
Atlantic Council — What Europeans think of Trump’s approach to Ukraine — Janvier 2026
CNBC — ‘Abnormal hatred’ between Putin and Zelenskyy making it hard to reach peace deal — 22 janvier 2026
Ministère des Affaires étrangères des Émirats arabes unis — Abdullah bin Zayed Welcomes UAE’s Hosting of Trilateral Talks — 23 janvier 2026
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.