Le massacre d’al-Hawija : quand le gouvernement tire sur son peuple
23 avril 2013. Al-Hawija, une petite ville au nord de l’Irak. Depuis des semaines, des manifestants sunnites protestent pacifiquement contre les politiques discriminatoires du gouvernement al-Maliki. Ils dénoncent les arrestations arbitraires, les lois de débaassification utilisées pour les exclure de la vie politique, le mépris systématique dont ils sont victimes. Ce matin-là, juste avant l’aube, les forces spéciales envoyées depuis Bagdad attaquent le campement. Pas de sommation. Pas de négociation. Juste des balles.
Le bilan officiel parlera de 44 civils tués et de 153 blessés. Mais les témoignages racontent une histoire plus sombre encore. Des manifestants blessés, exécutés à terre après leur arrestation. Des tirs à balles réelles sur des hommes désarmés. Des corps criblés de projectiles. Le ministre de l’Éducation, Mohammed Tamim, démissionne en signe de protestation. Son collègue des Sciences et Technologies, Abd al-Karim al-Samarrai, le suit. Mais al-Maliki reste. Il reste toujours. Dans les jours qui suivent, plus de 300 personnes perdent la vie dans les violences qui embrasent le pays. Ramadi, Falloujah, Mossoul s’enflamment. Le massacre d’al-Hawija deviendra le terreau sur lequel Daech fera germer sa terreur.
Quarante-quatre morts. Ce chiffre, je l’ai relu plusieurs fois. Quarante-quatre personnes qui ne demandaient qu’à être traitées comme des citoyens à part entière. Quarante-quatre vies fauchées parce qu’elles osaient protester. Et l’homme qui a ordonné cette opération — ou qui l’a laissée se produire, ce qui revient au même — s’apprête à reprendre le pouvoir. Comment voulez-vous que les Sunnites irakiens croient encore en la démocratie ? Comment voulez-vous qu’ils fassent confiance à un système qui récompense celui qui les a massacrés ?
La politique de la division : exclure pour mieux régner
Le massacre d’al-Hawija n’était pas un accident. Il était le symptôme d’une politique délibérée. Sous couvert de débaassification — cette loi censée empêcher les anciens partisans de Saddam Hussein de revenir au pouvoir — al-Maliki a systématiquement exclu la communauté sunnite de la vie politique irakienne. En 2010, il utilise cette même loi pour interdire neuf partis politiques et plus de 450 candidats — majoritairement sunnites — de participer aux élections législatives. La démocratie irakienne devient une farce dont seuls les chiites proches du pouvoir tirent les ficelles.
Le vice-président Tariq al-Hashimi, figure sunnite majeure, est accusé de terrorisme et condamné à mort par contumace. Il s’enfuit du pays. Le ministre des Finances Rafi al-Issawi subit le même sort un an plus tard. Les accusations se multiplient contre quiconque ose contester l’hégémonie du parti Dawa et de son chef. Al-Maliki ne gouverne pas. Il divise. Il marginalise. Il punit. Et chaque exclusion, chaque humiliation, chaque injustice creuse un peu plus le fossé entre les communautés. Ce fossé dans lequel Daech s’engouffrera avec une facilité terrifiante.
Section 3 : Les soldats fantômes et la chute de Mossoul
380 millions de dollars pour des soldats qui n’existent pas
L’armée irakienne, sur le papier, était une force redoutable. Des dizaines de milliers d’hommes équipés et entraînés grâce à près de 100 milliards de dollars d’aide américaine depuis 2003. La réalité était tout autre. Quand Haidar al-Abadi succède à al-Maliki en 2014, il découvre l’ampleur de la catastrophe : 50 000 soldats fantômes figurent sur les registres de l’armée. 50 000. Des noms sans corps. Des salaires versés à des hommes qui n’ont jamais porté l’uniforme. Le coût annuel de cette fraude monumentale ? 380 millions de dollars. Certains officiers supérieurs américains estiment que le chiffre réel était bien plus élevé encore.
Le système fonctionnait comme une machine à corruption parfaitement huilée. Des officiers inscrivaient des soldats fictifs sur leurs listes, empochaient leurs salaires, et partageaient le butin avec leurs supérieurs. Pendant ce temps, les unités réellement déployées manquaient d’effectifs, d’équipement, de motivation. Le général Gharawi, chargé de défendre Mossoul, pensait commander 2 500 soldats en première ligne. La réalité ? Environ 500. Comment défendre une ville d’un million d’habitants avec des forces réduites à un cinquième de leur effectif annoncé ? On ne le peut pas. Et on ne l’a pas fait.
Juin 2014 : trois mille combattants de Daech font fuir trente mille soldats
Entre le 4 et le 10 juin 2014, l’État islamique s’empare de Mossoul, la deuxième ville d’Irak. Sur le papier, les forces irakiennes comptaient 30 000 soldats et 30 000 policiers fédéraux. Face à eux, environ 3 000 combattants de Daech. Le rapport de force aurait dû être écrasant en faveur de l’armée régulière. Ce qui s’est passé restera comme l’une des plus grandes humiliations militaires du XXIe siècle.
Les soldats irakiens ont abandonné leurs armes, retiré leurs uniformes, et fui déguisés en civils. Des chars, des véhicules blindés, des arsenaux entiers sont tombés entre les mains des terroristes. En quelques jours, Daech contrôlait un territoire plus grand que la Belgique. L’ancien commandant des forces terrestres irakiennes, Ali Ghaidan, a accusé al-Maliki d’avoir personnellement ordonné le retrait. Qu’il l’ait ordonné ou simplement toléré, le résultat est le même : des années de corruption, de sectarisme et de négligence ont créé une armée de papier qui s’est effondrée au premier coup de vent.
Tu te souviens de ces images ? Ces convois de pick-up noirs surmontés du drapeau noir de Daech, paradant dans les rues de Mossoul ? Ces soldats irakiens désarmés, exécutés par centaines dans des fosses communes ? Moi, je ne peux pas les oublier. Et je me demande : est-ce que Nouri al-Maliki les voit encore, ces images, quand il ferme les yeux ? Est-ce qu’il pense aux milliers de femmes yézidies réduites en esclavage parce que son armée s’est volatilisée ? Est-ce qu’il ressent quelque chose ? Ou bien a-t-il depuis longtemps fait la paix avec ses fantômes ?
Section 4 : L'homme de l'ombre et ses structures parallèles
Une prison personnelle et trois mille soldats loyaux
La commission de transparence du Parlement irakien estime que 320 milliards de dollars ont disparu dans les méandres de la corruption depuis l’invasion américaine de 2003. Nouri al-Maliki a supervisé huit de ces quinze années de pillage systématique. Mais sa méthode allait bien au-delà du simple détournement de fonds. Selon diverses sources, l’ancien Premier ministre dirigeait sa propre prison secrète et commandait une force personnelle de 3 000 soldats loyaux à lui seul, pas à l’État irakien.
Pendant son second mandat, al-Maliki cumulait les fonctions de ministre de la Défense, ministre de l’Intérieur, ministre d’État pour la Sécurité nationale et commandant en chef des forces armées. Une concentration de pouvoirs sans précédent. Il a réorganisé l’appareil sécuritaire pour en faire une source de patronage, neutralisé le Parlement, et politisé la justice. L’International Crisis Group a documenté comment il a méthodiquement détruit l’indépendance judiciaire pour transformer les tribunaux en instruments de répression politique.
Le parrain des milices pro-iraniennes
Mais le legs le plus dangereux de Nouri al-Maliki reste peut-être les Forces de Mobilisation Populaire, connues sous leur acronyme arabe PMF ou Hachd al-Chaabi. Ces milices paramilitaires, formées officiellement pour combattre Daech en 2014, sont devenues un État dans l’État. Composées d’environ 67 factions, majoritairement chiites et soutenues par l’Iran, elles répondent officiellement au Premier ministre. Dans les faits, leurs chefs prêtent allégeance au guide suprême iranien Ali Khamenei.
En 2024, les PMF ont reçu un budget de 3,4 milliards de dollars — plus que le budget total du Liban. Le chef d’état-major des PMF, Abu Fadak al-Mohammadawi, a publiquement déclaré que ses forces obéissent aux ordres de Khamenei. Al-Maliki est considéré comme le « parrain » de ces structures parallèles qui échappent au contrôle de l’État. Son retour au pouvoir garantirait leur pérennité et leur renforcement. Pour Washington, c’est un cauchemar. Pour Téhéran, c’est une bénédiction.
Section 5 : L'Iran mise tout sur l'Irak
Le dernier bastion après l’effondrement de l’axe
La chute du régime Assad en Syrie a représenté le pire revers stratégique de l’Iran en deux décennies. Le corridor terrestre qui reliait Téhéran à la Méditerranée via l’Irak et la Syrie s’est effondré. Les dépôts de missiles au Liban ont été détruits. Les capacités des Forces Quds ont été décimées. Ali Vaez, de l’International Crisis Group, résume la situation : « Il n’y a pas d’axe sans accès. Perdre la capacité de soutenir logistiquement le Hezbollah signifie la perte de la profondeur stratégique de l’Iran. »
Le nouveau dirigeant syrien, Ahmed al-Sharaa (anciennement connu sous le nom d’Abu Mohammed al-Jolani), a déclaré que l’Iran et le Hezbollah avaient été « expulsés de Syrie ». Il a estimé que l’effondrement d’Assad avait « fait reculer le projet iranien de quarante ans dans la région ». Dans ce contexte de débâcle, l’Irak devient le seul pays où l’Iran conserve une influence significative. Et Nouri al-Maliki est l’homme idéal pour garantir que cette influence perdure.
Il y a quelque chose de tragiquement ironique dans cette situation. L’Irak, ce pays que l’Iran a contribué à déstabiliser pendant des décennies, devient maintenant son dernier espoir régional. Et les Irakiens, ceux qui ont payé le prix de cette ingérence — avec leur sang, leurs villes détruites, leurs communautés déchirées — sont ceux qui vont devoir supporter les conséquences de ce retour. On leur vole leur avenir pour servir les intérêts de Téhéran. Et le pire, c’est que personne ne leur demande leur avis.
Refuser la normalisation avec la nouvelle Syrie
Al-Maliki a déjà donné un aperçu de sa politique étrangère future. Il s’oppose catégoriquement à toute normalisation des relations avec le nouveau gouvernement syrien. Il a qualifié le président intérimaire Ahmed al-Sharaa de « recherché par les tribunaux irakiens pour terrorisme ». Cette position aligne parfaitement l’Irak sur les intérêts iraniens : isoler le nouveau régime de Damas, maintenir les tensions régionales, empêcher toute reconfiguration géopolitique qui pourrait affaiblir davantage Téhéran.
Avec al-Maliki aux commandes, l’Irak n’aura aucune chance de poursuivre une politique étrangère indépendante. Le pays restera un vassal de l’Iran, un instrument au service des ambitions régionales de la République islamique. Les Forces de Mobilisation Populaire continueront de servir de bras armé à Téhéran sur le sol irakien. Et tout espoir de réconciliation nationale, de reconstruction d’un État fonctionnel, de dépassement des clivages sectaires, s’éloignera un peu plus.
Section 6 : Washington contre-attaque
Mark Savaya : un envoyé spécial pour briser les milices
L’administration Trump n’a pas l’intention de laisser l’Irak sombrer définitivement dans l’orbite iranienne. Le 19 octobre 2025, le président américain a nommé Mark Savaya comme envoyé spécial pour l’Irak — la première nomination de ce type en vingt ans. Savaya, un homme d’affaires américain d’origine chaldéenne-syriaque-assyrienne né à Detroit en 1983, n’a aucune expérience diplomatique préalable. Mais il a joué un rôle clé dans la campagne de Trump au Michigan, mobilisant le vote de la communauté musulmane américaine.
Son message pour 2026 est sans équivoque. Dans sa déclaration du Nouvel An, Savaya a énuméré ce que Washington compte éradiquer en Irak cette année : les groupes miliciens, les armes non contrôlées, l’ingérence étrangère, le pillage des ressources, la contrebande, le blanchiment d’argent, les contrats frauduleux, les détournements de fonds. Une liste qui ressemble à un réquisitoire contre tout ce que Nouri al-Maliki représente.
Un bras de fer inévitable
L’objectif américain est clair : démanteler les Forces de Mobilisation Populaire et les intégrer à l’armée irakienne régulière. Savaya a affirmé que la corruption est le carburant qui finance, protège et renforce les groupes armés. Tant que les « réseaux corrompus » resteront en place, les milices prospéreront. C’est un diagnostic lucide. Mais al-Maliki est précisément l’homme qui a construit et entretenu ces réseaux pendant des années.
Le ministère de l’Intérieur irakien a annoncé un plan pour retirer les armes illicites du pays. Mais les récentes élections ont renforcé les blocs pro-iraniens au sein des PMF, leur donnant une influence parlementaire suffisante pour bloquer toute législation visant au désarmement. Ce qui se déroule n’est pas un véritable processus de démilitarisation, mais une manœuvre calculée des milices soutenues par l’Iran pour gagner du temps face aux pressions régionales et internationales croissantes. Avec al-Maliki à la tête du gouvernement, ces pressions risquent fort de rester lettre morte.
Je me demande parfois si Washington comprend vraiment à qui il a affaire. Mark Savaya peut multiplier les déclarations musclées, annoncer la fin des milices pour 2026, promettre la lune et les étoiles. Mais face à un homme comme al-Maliki — un survivant politique qui a traversé deux décennies de chaos en ressortant toujours debout — les bonnes intentions ne suffiront pas. Al-Maliki connaît le jeu. Il l’a inventé, en partie. Il sait comment satisfaire Washington juste assez pour éviter les sanctions, tout en servant les intérêts de Téhéran. Il l’a fait pendant huit ans. Il peut le refaire.
Section 7 : Les Sunnites face au cauchemar qui revient
Une communauté traumatisée et divisée
Pour la communauté sunnite irakienne, le retour de Nouri al-Maliki évoque les pires souvenirs. Les années de marginalisation systématique. Les arrestations arbitraires. Le massacre d’al-Hawija. L’effondrement de Mossoul et l’occupation de Daech qui a suivi. Le Conseil politique national irakien, une coalition de partis sunnites, a appelé le Cadre de Coordination à assumer une « responsabilité historique » et mis en garde contre le « recyclage de dirigeants dont les expériences passées ont échoué ».
Mais la communauté sunnite est elle-même divisée. L’Alliance Azm, un parti sunnite influent, a exprimé son soutien à al-Maliki, révélant les fractures internes au sein du bloc politique sunnite. Ces divisions reflètent une réalité plus large : après des années de guerre, de déplacement et de destruction, la communauté sunnite irakienne est fragmentée, affaiblie, incapable de présenter un front uni face au retour de son bourreau.
Le cycle infernal de la vengeance
Les analystes du Carnegie Endowment for International Peace préviennent que l’Irak reste piégé dans un cycle politique destructeur depuis 2003. L’élite politique n’a rien appris de la crise de 2014. Sans changements structurels dans les mécanismes d’incitation, les systèmes de responsabilité et la distribution sectaire du pouvoir, le pays est condamné à répéter ses erreurs les plus graves. Al-Maliki incarne précisément cette incapacité à changer.
Un troisième mandat sous sa direction risque d’aggraver les divisions sectaires et d’enraciner davantage la corruption. Les structures de pouvoir parallèles continueront à prospérer. Les loyalistes seront récompensés. Les institutions resteront faibles. Et quelque part, dans les campagnes sunnites de l’ouest irakien, la colère continuera de couver. Une colère que des groupes extrémistes sauront exploiter, comme ils l’ont fait en 2014. Le cycle de la violence n’est jamais vraiment terminé en Irak. Il attend juste le prochain déclencheur.
Section 8 : Que reste-t-il de l'espoir irakien ?
Un pays otage de ses élites
L’Irak de 2026 est un pays épuisé. Épuisé par deux décennies de guerre, d’occupation, de terrorisme et de corruption systémique. Épuisé par des dirigeants qui se succèdent sans jamais résoudre les problèmes fondamentaux. Épuisé par un système politique conçu pour maintenir au pouvoir ceux qui y sont déjà, quel que soit leur bilan. Les élections de novembre 2025 ont donné 46 sièges à la coalition d’al-Soudani, 29 à celle d’al-Maliki. Mais ces chiffres importent peu quand les alliances se font et se défont dans l’ombre, loin des urnes et des électeurs.
Le retrait d’al-Soudani de la course au poste de Premier ministre illustre parfaitement cette dynamique. Un homme élu sur un programme de réformes qui cède la place à un vétéran controversé, parce que c’est ainsi que fonctionne le jeu politique irakien. Les coalitions importent plus que les votes. Le Cadre de Coordination a choisi al-Maliki pour son « expérience politique et administrative » et son « rôle dans la gestion de l’État ». Comme si ces années de gestion n’avaient pas conduit à la catastrophe.
L’expérience politique et administrative. Ces mots m’ont fait sursauter. Quelle expérience ? Celle d’avoir supervisé la plus grande débâcle militaire de l’histoire irakienne moderne ? Celle d’avoir présidé au pillage de centaines de milliards de dollars ? Celle d’avoir divisé un pays au point de le livrer aux terroristes ? Si c’est ça l’expérience qu’ils recherchent, alors oui, al-Maliki est parfaitement qualifié. Il excelle dans l’art de ruiner les nations tout en restant au pouvoir.
Les jeunes générations abandonnées
Il y a une génération d’Irakiens qui n’a connu que la guerre, l’instabilité et la corruption. Des jeunes nés après 2003 qui ont grandi sous les bombes, les couvre-feux, les coupures d’électricité et le chômage. Pour eux, le retour d’al-Maliki représente la confirmation que rien ne changera jamais. Que le système est verrouillé. Que les mêmes visages continueront de se succéder au sommet, redistribuant le pouvoir et les richesses entre eux pendant que le peuple survit comme il peut.
En 2019, ces jeunes étaient dans les rues lors du mouvement de protestation Tishreen, réclamant un changement radical du système politique. Plus de 600 manifestants ont été tués, des milliers blessés, des centaines enlevés par des milices. Le mouvement a été écrasé. Ses revendications sont restées sans réponse. Et maintenant, l’homme qui symbolise tout ce contre quoi ils se battaient s’apprête à revenir au pouvoir. Comment leur demander de croire encore en l’avenir de leur pays ?
Conclusion : L'Irak au bord du gouffre, encore
Un choix qui engage l’avenir de toute une région
Le retour de Nouri al-Maliki n’est pas seulement un problème irakien. C’est un enjeu régional majeur. Dans un Moyen-Orient en pleine recomposition, où l’Iran cherche désespérément à maintenir son influence après l’effondrement de son « axe de la résistance », où les États-Unis tentent de contenir la prolifération des milices pro-iraniennes, où la Syrie se reconstruit sous une nouvelle direction, l’Irak se trouve à la croisée des chemins. Le choix de son prochain Premier ministre aura des répercussions bien au-delà de ses frontières.
Avec al-Maliki, l’Irak restera un instrument de la politique iranienne. Les Forces de Mobilisation Populaire conserveront leur pouvoir. La corruption continuera de gangrener l’État. Les tensions sectaires s’aggraveront. Et le risque d’une nouvelle explosion — qu’elle prenne la forme d’une insurrection sunnite, d’un conflit avec les voisins, ou d’une confrontation avec les États-Unis — restera omniprésent. L’histoire bégaie, comme elle le fait souvent au Moyen-Orient.
Le silence assourdissant de la communauté internationale
Pendant que l’Irak s’apprête à remettre son destin entre les mains d’un homme au bilan désastreux, la communauté internationale observe en silence. Washington a son envoyé spécial, mais peut-il vraiment influencer le cours des événements ? L’Europe est absente, comme toujours, de ce théâtre d’opérations. Les pays arabes voisins regardent avec inquiétude, mais sans agir. Et les Irakiens eux-mêmes, ceux qui subissent les conséquences de ces choix politiques, n’ont pas voix au chapitre.
Nouri al-Maliki a 75 ans. Il a survécu à tout : aux purges de Saddam, aux années d’exil, aux complots de ses rivaux, à l’effondrement de Mossoul, aux accusations de corruption. Il est le dernier homme debout dans un jeu de massacre politique qui a consumé tant d’autres. Et maintenant, il s’apprête à reprendre le pouvoir. Pas parce qu’il le mérite. Pas parce qu’il a réussi. Mais parce que le système irakien est incapable de produire autre chose que la répétition de ses propres échecs.
Je termine cet article avec un goût amer dans la bouche. Un goût d’échec collectif. L’Irak mérite mieux que ça. Son peuple — chiites, sunnites, kurdes, chrétiens, yézidis — mérite mieux que la énième version du même cauchemar. Mais les méritants n’obtiennent pas toujours ce qu’ils méritent. Parfois, l’histoire se répète non pas comme une farce, mais comme une tragédie sans fin. Nouri al-Maliki revient. Et quelque part, dans les ruines de Mossoul, dans les fosses communes d’al-Hawija, dans les maisons vides des familles déplacées, cette nouvelle résonne comme un coup de plus porté à l’espoir. Un coup de plus. Un de trop, peut-être.
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur et analyste. Mon expertise réside dans l’observation et l’analyse des dynamiques géopolitiques et stratégiques qui façonnent le Moyen-Orient. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies politiques, à comprendre les mouvements de pouvoir, à contextualiser les décisions des acteurs régionaux et à proposer des perspectives analytiques sur les transformations qui redéfinissent cette région du monde.
Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. Je prétends à la lucidité analytique, à l’interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux complexes qui nous concernent tous. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et stratégique, et d’offrir une lecture critique des événements.
Méthodologie et sources
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et analyses interprétatives. Les informations factuelles présentées proviennent exclusivement de sources primaires et secondaires vérifiables.
Sources primaires : communiqués officiels des gouvernements et institutions, déclarations publiques des dirigeants politiques, rapports d’organisations intergouvernementales, dépêches d’agences de presse internationales reconnues (Reuters, Associated Press, Agence France-Presse).
Sources secondaires : publications spécialisées, médias d’information reconnus internationalement, analyses d’institutions de recherche établies, rapports d’organisations sectorielles (Al Jazeera, The National, The Washington Post, Foreign Policy, Carnegie Endowment for International Peace, International Crisis Group, Human Rights Watch).
Les données statistiques et politiques citées proviennent d’institutions officielles et de commissions parlementaires irakiennes, ainsi que de rapports militaires américains et britanniques.
Nature de l’analyse
Les analyses, interprétations et perspectives présentées constituent une synthèse critique et contextuelle basée sur les informations disponibles, les tendances observées et les commentaires d’experts cités dans les sources consultées.
Mon rôle est d’interpréter ces faits, de les contextualiser dans le cadre des dynamiques géopolitiques contemporaines, et de leur donner un sens cohérent. Ces analyses reflètent une expertise développée à travers l’observation continue des affaires moyen-orientales et la compréhension des mécanismes stratégiques qui animent les acteurs régionaux.
Toute évolution ultérieure de la situation pourrait naturellement modifier les perspectives présentées ici. Cet article sera mis à jour si de nouvelles informations officielles majeures sont publiées.
Sources
Sources primaires
Al Jazeera — Iraq Shia alliance nominates former PM Nouri al-Maliki as its candidate — 24 janvier 2026
Al Jazeera — What al-Maliki’s return would mean for Iraq and the region — 25 janvier 2026
The National — Nouri Al Maliki nominated to form next Iraq government as prime minister — 24 janvier 2026
ABC News / Associated Press — Iraq’s dominant political bloc nominates former prime minister al-Maliki as its candidate — 24 janvier 2026
The Washington Post — Iraq’s dominant political bloc nominates former prime minister al-Maliki as its candidate — 24 janvier 2026
Sources secondaires
Human Rights Watch — Iraq: Investigate Deadly Raid on Protest (massacre d’al-Hawija) — 24 avril 2013
Foreign Policy — How Maliki Ruined Iraq — 19 juin 2014
Carnegie Endowment for International Peace — Toward a New Compromise in Iraq? — décembre 2025
The Brookings Institution — The Popular Mobilization Force is turning Iraq into an Iranian client state — 2024
The Washington Institute — Bringing Iraq’s ‘Ghost’ Forces Back to Life — 2014
RAND Corporation — The Future of the Iraqi Popular Mobilization Forces — 2024
The National — US envoy says 2026 to mark end of militias in Iraq — 1er janvier 2026
The New Arab — Who is Mark Savaya, Trump’s special envoy to Iraq? — octobre 2025
Radio Free Europe — Fall Of Assad Unravels Iran’s Decades-Old ‘Axis Of Resistance’ — décembre 2024
The Soufan Center — Iran Struggles with Assad’s Collapse — janvier 2025
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