La vision grandiose de Jared Kushner
Pendant que Netanyahou jouait les absents, Jared Kushner — gendre de Trump et architecte du plan de paix — présentait sa vision pour la « Nouvelle Gaza ». Des images de synthèse défilaient sur les écrans de Davos : des gratte-ciel étincelants le long de la côte méditerranéenne, un complexe balnéaire de luxe, des centres de données ultramodernes, un aéroport international, un port maritime. 100 000 unités de logement à construire dans la région de Rafah. Une reconstruction qui transformerait ce territoire ravagé par la guerre en « Singapour de la Méditerranée ». Le coût estimé par les Nations Unies : plus de 50 milliards de dollars. Le montant actuellement engagé : proche de zéro. L’écart entre le rêve et la réalité n’a jamais semblé aussi vertigineux.
Le Conseil de paix lui-même fonctionne selon un modèle inédit dans l’histoire de la diplomatie internationale. Pour devenir membre permanent, un pays doit débourser 1 milliard de dollars. Trump préside le conseil et peut, selon un responsable américain, « conserver la présidence jusqu’à sa démission » — potentiellement à vie. Lors de la cérémonie, le président américain n’a pas mâché ses mots : « Ce n’est pas les États-Unis — c’est pour le monde. Une fois ce conseil complètement formé, nous pourrons faire à peu près tout ce que nous voulons, en coordination avec les Nations Unies. » Une déclaration qui a fait bondir plusieurs diplomates européens. La France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Italie et le Canada ont tous décliné l’invitation. Trump a même retiré l’invitation du Canada après coup, visiblement vexé par le refus d’Ottawa.
Il y a quelque chose de surréaliste dans cette scène. D’un côté, des images de Gaza en ruines — les décombres, les corps, les familles déplacées. De l’autre, des rendus 3D de tours de verre et de complexes hôteliers. Comme si on pouvait effacer l’horreur avec un PowerPoint bien léché. Je ne dis pas que la reconstruction n’est pas nécessaire. Elle l’est, désespérément. Mais qui a consulté les Palestiniens ? Amjad Shawa, directeur du réseau des ONG palestiniennes à Gaza, l’a dit clairement : « Nous avons été surpris, en tant qu’acteurs palestiniens sur le terrain, après dix ans de travail et surtout les deux dernières années à Gaza, que personne ne nous ait consultés sur les plans pour Gaza et son avenir. » Voilà. Tout est dit.
Les technocrates qui doivent reconstruire Gaza
Le 14 janvier 2026, un nom est apparu dans les communiqués officiels : Ali Shaath. Cet ingénieur civil palestinien, diplômé de Queen’s University au Royaume-Uni, ancien vice-ministre des Transports de l’Autorité palestinienne, a été désigné président du Comité national pour l’administration de Gaza (NCAG). Un comité de 15 technocrates palestiniens politiquement indépendants, supervisé par le Conseil de paix, chargé de gérer les affaires civiles de l’enclave. Parmi eux, Sami Nisman, ancien responsable des renseignements généraux palestiniens emprisonné par le Hamas, et Hana Tarazi, seule femme du comité, avocate chrétienne spécialisée en droit islamique. Les membres ont été sélectionnés conjointement par les factions palestiniennes — y compris le Hamas et le Fatah — et validés par Israël.
Le problème ? Ce comité existe sur le papier, mais pas sur le terrain. Selon Haaretz, Israël refuse de laisser les technocrates entrer dans la bande de Gaza via le passage de Rafah. Ces experts, censés prendre en charge l’administration civile du territoire, sont bloqués de l’autre côté de la frontière. Shaath lui-même a dû intervenir par visioconférence depuis l’extérieur lors de l’événement de Davos. Il a annoncé que le passage de Rafah devrait rouvrir « la semaine prochaine », mais cette promesse reste suspendue aux décisions du cabinet de sécurité israélien. En attendant, les Gazaouis continuent de suffoquer sous le blocus. L’aide humanitaire arrive au compte-gouttes. Et les mêmes personnes censées reconstruire sont empêchées d’y mettre les pieds.
Rafah : le verrou que Netanyahou refuse d'ouvrir
Un passage fermé depuis mai 2024
Le passage de Rafah. Ce nom revient sans cesse dans les négociations, comme un fantôme qui hante chaque discussion. En mai 2024, les forces israéliennes ont pris le contrôle du côté palestinien de ce point de passage vital entre Gaza et l’Égypte. Depuis, plus rien. Les bâtiments détruits. Les voyages impossibles. Une crise humanitaire aggravée de jour en jour, particulièrement pour les malades qui ne peuvent plus être évacués vers les hôpitaux égyptiens. La réouverture de Rafah était pourtant une condition explicite de la première phase du cessez-le-feu entré en vigueur le 10 octobre 2025. Mais Israël a maintenu le verrou. Arguant d’une raison : le corps de Ran Gvili.
Ran Gvili. Ce nom, vous ne le connaissez peut-être pas. Il avait 24 ans le 7 octobre 2023. Sergent-chef dans l’unité antiterroriste Yasam de la police israélienne, il était en congé médical ce jour-là, attendant une opération à l’épaule. Quand l’attaque du Hamas a commencé, il a enfilé son uniforme et s’est précipité pour défendre le kibboutz Alumim. Il y a été tué. Son corps a été emporté à Gaza. Depuis, 27 des 28 dépouilles d’otages ont été restituées par le Hamas. Toutes sauf la sienne. Ran Gvili est le dernier. Et Israël refuse de rouvrir Rafah tant que ses restes ne seront pas rendus. Le dimanche 19 janvier, le cabinet de sécurité israélien a voté contre la réouverture du passage. Malgré les accords signés. Malgré la pression américaine.
Je comprends la famille Gvili. Je comprends cette mère, Talik, qui a dit : « J’espère vraiment qu’ils n’ouvriront pas le passage de Rafah. » Son fils est mort en héros. Son corps n’est toujours pas rentré. Comment lui en vouloir de vouloir le ramener avant tout le reste ? Mais en même temps, de l’autre côté de cette frontière fermée, des centaines de milliers de Gazaouis survivent à peine. Des malades qui ne peuvent pas être soignés. Des familles qui n’ont plus de toit. La douleur d’une mère contre la souffrance d’un peuple entier. Comment on tranche ? Qui décide de la hiérarchie des tragédies ?
Les accusations croisées et la recherche des restes
Où est le corps de Ran Gvili ? Le Hamas affirme avoir transmis toutes les informations en sa possession. L’organisation terroriste accuse même Israël d’entraver les recherches dans les zones sous contrôle militaire israélien. De son côté, Tsahal — l’armée israélienne — pointe du doigt le Jihad islamique palestinien, accusé de détenir les restes et de refuser de les remettre malgré les pressions du Hamas. Le Jihad islamique nie, affirmant avoir rendu tous les corps en sa possession. Un ballet de dénégations pendant que la famille attend. Le dimanche 25 janvier, Tsahal a lancé une « opération de grande envergure » pour localiser les restes. Selon les renseignements israéliens, Gvili pourrait être enterré dans un cimetière de Shujaiyya, à l’est de la ligne jaune qui sépare les zones de contrôle.
La famille Gvili — les parents Itzik et Talik, les frères et sœurs Omri, Sharon et Shira — a rencontré Trump et Netanyahou à Mar-a-Lago en Floride fin décembre. Leur demande : ne pas passer à la phase II du cessez-le-feu tant que les restes de Ran ne seront pas rapatriés. Trump a affirmé que les États-Unis savent où se trouvent les restes. Mais la pression monte. L’administration américaine a déjà déclaré que la deuxième phase était « en cours ». Le temps joue contre tout le monde. Sauf peut-être contre ceux qui veulent que rien n’avance.
La phase II : démilitarisation, retrait et questions sans réponse
Ce que prévoit le plan Trump en 20 points
Le plan de paix en 20 points de Trump — officiellement appelé « Plan global pour mettre fin au conflit de Gaza » — a été annoncé le 29 septembre 2025 lors d’une conférence de presse conjointe avec Netanyahou à la Maison-Blanche. Il a été signé le 9 octobre, est entré en vigueur le lendemain, et a été approuvé par le Conseil de sécurité de l’ONU le 17 novembre. La première phase prévoyait un cessez-le-feu immédiat, la libération progressive des otages, et la réouverture de Rafah. La deuxième phase, celle qui fait l’objet de toutes les tensions actuelles, est autrement plus ambitieuse : la démilitarisation complète de Gaza sous supervision internationale, le déploiement d’une Force internationale de stabilisation (FIS), le retrait progressif des troupes israéliennes jusqu’à l’ancienne frontière Israël-Gaza, et la mise en place d’un gouvernement civil technocratique.
Sur le papier, c’est un plan audacieux. Dans la réalité, les obstacles s’accumulent. Le Hamas n’a donné aucun signe qu’il accepterait de se désarmer volontairement — une condition centrale du plan — sans négociations sur la création d’un État palestinien. Khalid Mechaal, l’un des principaux dirigeants politiques du mouvement, l’a réaffirmé publiquement début décembre. Israël, de son côté, ne montre aucun intérêt à se retirer de Gaza ni à s’engager sur la voie d’un État palestinien. Quant à la Force internationale de stabilisation, elle reste un concept flou dont personne ne sait exactement qui y participera ni avec quelles règles d’engagement. Des responsables internationaux rapportent que le Hamas a largement réaffirmé son contrôle politique et sécuritaire dans les zones évacuées par Tsahal. Le groupe a même renforcé sa présence de son côté de la ligne jaune pour montrer qu’il reste le seul garant de la sécurité.
Vous voulez savoir ce qui me frappe dans tout ça ? C’est l’écart entre les déclarations et les faits. Trump dit que la phase II est « en cours ». Netanyahu dit qu’Israël a « respecté le plan à 100% ». Mais sur le terrain, le passage de Rafah reste fermé, les technocrates ne peuvent pas entrer à Gaza, et le Hamas contrôle toujours la sécurité. On se demande de quel plan on parle. De celui qui existe sur le papier à Washington ? Ou de celui qui n’existe pas dans les ruines de Gaza City ?
Witkoff et Kushner à Jérusalem : la pression monte
Le samedi 25 janvier 2026, Steve Witkoff et Jared Kushner ont atterri en Israël. Mission : rencontrer Netanyahou et faire avancer la phase II. La délégation américaine comprenait également Aryeh Lightstone, conseiller principal, et Josh Gruenbaum, conseiller de la Maison-Blanche. Selon le communiqué officiel de Witkoff sur X (anciennement Twitter), les discussions ont porté sur « les progrès continus et la planification de la mise en œuvre de la Phase 2 du Plan en 20 points du Président Trump pour Gaza ». Un responsable américain a précisé que les échanges avaient abordé « les prochaines étapes pour travailler sur la démilitarisation de la bande de Gaza » et la récupération du corps de Ran Gvili. Witkoff a qualifié les discussions de « constructives et positives ».
Mais derrière le langage diplomatique, les tensions sont palpables. Selon Ynet, des responsables israéliens décrivent la création du Comité administratif de Gaza — qui inclut la Turquie et le Qatar — comme une « revanche de Witkoff et Kushner » contre Netanyahou pour son refus de rouvrir Rafah avant la restitution du corps de Gvili. Un sondage de Channel 13 révèle que 53% des Israéliens considèrent l’implication turco-qatarie dans le Conseil de paix comme un « échec israélien ». La visite des émissaires américains intervient deux jours seulement après l’inauguration du Board of Peace à Davos — une coïncidence de calendrier qui ressemble fort à un message : Washington n’attendra pas éternellement que Tel-Aviv se décide.
L'extrême droite israélienne en embuscade
Smotrich : « Le plan de Trump est mauvais pour Israël »
Pendant que Netanyahou manœuvre entre les pressions américaines et ses propres réticences, une voix s’élève avec une clarté brutale au sein de son propre gouvernement. Bezalel Smotrich, ministre des Finances et figure de proue de l’extrême droite israélienne, ne mâche pas ses mots : « Il est temps d’expliquer au président que son plan est mauvais pour l’État d’Israël et de l’annuler. » Pour Smotrich, le Conseil de paix est un marché de dupes. L’inclusion de la Turquie et du Qatar — deux pays qu’il accuse d’avoir « inspiré le Hamas » — est inacceptable. Sa solution alternative ? « Gaza est à nous. Son avenir affectera notre avenir plus que celui de n’importe qui d’autre. Nous prendrons la responsabilité de ce qui s’y passe, imposerons une administration militaire et terminerons la mission. »
Smotrich va plus loin. Il réclame le démantèlement de la base américaine établie dans le sud d’Israël pour superviser le cessez-le-feu, afin d’en chasser « des pays hostiles comme l’Égypte et la Grande-Bretagne » qui, selon lui, sapent la sécurité israélienne. Il suggère même de reprendre une offensive militaire totale contre Gaza si le Hamas ne se conforme pas à un « court ultimatum pour un désarmement réel et l’exil ». Cette position place Netanyahou dans une situation impossible : d’un côté, la pression américaine pour avancer sur le plan de paix ; de l’autre, des alliés de coalition qui menacent de faire tomber le gouvernement si Israël s’engage trop loin dans les concessions. Le Premier ministre joue les équilibristes sur un fil de plus en plus tendu.
Je lis les déclarations de Smotrich et je me demande : à quel moment le discours de l’extrême droite est-il devenu le centre de gravité de la politique israélienne ? « Gaza est à nous. » Comme si on parlait d’un terrain vague à lotir. Comme si deux millions de Palestiniens n’existaient pas. Comme si des décennies de droit international n’avaient jamais été écrites. Il y a quelque chose d’effrayant dans cette assurance tranquille. Pas de doute, pas d’hésitation. Juste cette certitude que la force fait le droit. Et si c’était ça, finalement, le vrai obstacle à la paix ?
Netanyahu entre deux feux
La position de Netanyahou est un exercice d’équilibrisme permanent. En acceptant de rejoindre le Conseil de paix — après l’avoir d’abord critiqué —, il a choisi de garder un siège à la table plutôt que de se retrouver exclu des décisions. Certains analystes y voient une stratégie calculée : être présent pour mieux saboter. Bloquer de l’intérieur ce qu’il ne peut pas empêcher de l’extérieur. D’autres estiment que Netanyahou n’a tout simplement pas le choix. Face à Trump — son allié le plus précieux, celui qui a déplacé l’ambassade américaine à Jérusalem, reconnu la souveraineté israélienne sur le Golan, et déchiré l’accord nucléaire iranien —, le Premier ministre israélien ne peut pas se permettre une rupture ouverte. Alors il temporise. Il retarde. Il pose des conditions. Et il espère que le temps jouera en sa faveur.
Le problème, c’est que Trump aussi a des échéances. Le président américain a fait de la paix au Moyen-Orient l’un des piliers de son deuxième mandat. Le Conseil de paix est son projet personnel — il en est le président à vie, rappelons-le. Chaque jour de retard est un jour de moins pour engranger des succès diplomatiques avant les prochaines échéances politiques. Les conseillers de Trump commencent à perdre patience. Selon le Times of Israel, ils sont convaincus que Netanyahou « sabote l’accord de cessez-le-feu et le processus de paix ». Un responsable américain anonyme a même déclaré : « Depuis un moment, on a l’impression que les Israéliens ont des doutes sur l’accord de Gaza. » Traduction : Washington soupçonne Tel-Aviv de vouloir reprendre la guerre.
Les Palestiniens : absents des discussions sur leur propre avenir
Un plan sans les premiers concernés
Il y a un absent de marque dans toutes ces négociations, ces cérémonies, ces plans grandioses : les Palestiniens eux-mêmes. Oh, bien sûr, on parle d’eux. On parle de leur territoire, de leur gouvernance, de leur reconstruction. On dessine des tours de verre sur leurs ruines. On nomme des technocrates pour administrer leur quotidien. Mais leur consulte-t-on ? Les écoute-t-on ? Les associe-t-on aux décisions qui façonneront leur avenir ? La réponse est non. Amjad Shawa, directeur du réseau des ONG palestiniennes à Gaza, l’a dit sans détour : malgré dix ans de travail sur le terrain et deux ans de guerre, personne ne les a consultés sur les plans de reconstruction. Les premiers concernés sont les derniers informés.
Le Comité national pour l’administration de Gaza est censé représenter une forme d’auto-gouvernance palestinienne. Mais ses pouvoirs se limitent aux affaires civiles. La sécurité ? Pas leur domaine. Ali Shaath l’a dit lui-même : « Les questions de sécurité et la coordination avec les factions armées ne font pas partie des tâches du comité. Le comité n’est pas une armée, mais plutôt 15 experts palestiniens en reconstruction, soutenus par une équipe, des esprits plus que des armes. » En d’autres termes, le Hamas conserve le contrôle de facto de la sécurité à Gaza. Les technocrates gèrent les décombres ; les hommes armés gardent le pouvoir réel. Et les Gazaouis ordinaires ? Ils attendent. Comme ils attendent depuis des décennies. Que quelqu’un, quelque part, décide de leur sort.
Ça me rappelle une phrase que j’ai lue quelque part : « Rien sur nous sans nous. » C’est le cri de tous les peuples qu’on a prétendu sauver sans jamais leur demander leur avis. Les Palestiniens ont survécu à des décennies d’occupation, de blocus, de guerres. Ils ont enterré leurs enfants sous les bombes. Et maintenant, on leur présente des rendus 3D de stations balnéaires en leur disant : « Voilà votre avenir. » Sans même leur demander s’ils en veulent. Sans même leur demander s’ils peuvent encore rêver après tout ce qu’ils ont vu. C’est peut-être ça, la violence la plus insidieuse : celle qui efface jusqu’à la possibilité de choisir.
L’aide humanitaire toujours bloquée
Pendant que les diplomates négocient et que les politiciens manœuvrent, la situation humanitaire à Gaza reste catastrophique. Les organisations humanitaires dénoncent les restrictions israéliennes qui continuent d’entraver les livraisons d’aide — en violation claire des termes de l’accord de cessez-le-feu. Le passage de Rafah fermé signifie que les malades ne peuvent pas être évacués vers l’Égypte pour des traitements vitaux. Les convois d’aide n’arrivent qu’au compte-gouttes. Le Qatar a accusé Israël de « chantage politique » pour empêcher la réouverture du passage et la livraison d’aide urgente à des centaines de milliers de Palestiniens. L’Égypte a rejeté les tentatives israéliennes de partager la responsabilité de la fermeture de Rafah, affirmant que « l’obstruction vient du côté israélien ».
Israël avait proposé d’ouvrir le passage dans une seule direction — permettant aux Gazaouis de sortir vers l’Égypte, mais pas d’y revenir. L’Égypte et plusieurs pays arabes ont refusé, craignant qu’il s’agisse d’un plan déguisé pour pousser les Palestiniens hors de leur territoire de façon permanente. Une crainte alimentée par les déclarations de certains ministres israéliens d’extrême droite qui ont ouvertement appelé à la « réinstallation » des Gazaouis ailleurs. Nickolay Mladenov, coordinateur spécial des Nations Unies, affirme qu’un accord de réouverture existe et que les aspects logistiques sont en cours de coordination avec les autorités israéliennes et palestiniennes. Mais tant que le cabinet de sécurité israélien ne donne pas son feu vert, les camions d’aide restent à l’arrêt. Et les Gazaouis continuent d’attendre.
L'Europe en retrait : le Conseil de paix sans les grandes puissances occidentales
France, Allemagne, Royaume-Uni : les grands absents
L’un des aspects les plus frappants du Conseil de paix de Trump est l’absence des principales puissances européennes. La France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Italie — tous ont décliné l’invitation. La France a exprimé des « préoccupations » sur le fait que le conseil pourrait chercher à « remplacer les Nations Unies comme médiateur dans les conflits mondiaux ». La Norvège et la Suède ont également refusé de rejoindre l’initiative à ce stade. En l’absence de ces poids lourds diplomatiques, le Board of Peace risque de manquer de légitimité internationale. Sa structure de gouvernance — un président à vie, un droit d’entrée à 1 milliard de dollars, des pouvoirs mal définis — soulève des questions fondamentales sur sa relation avec les institutions multilatérales existantes.
Les pays qui ont rejoint le conseil forment un mélange hétéroclite : des monarchies du Golfe aux républiques d’Asie centrale, en passant par des États des Balkans et d’Amérique latine. Albanie, Argentine, Arménie, Azerbaïdjan, Bahreïn, Biélorussie, Bulgarie, Égypte, Hongrie, Indonésie, Israël, Jordanie, Kazakhstan, Kosovo, Koweït, Mongolie, Maroc, Pakistan, Paraguay, Qatar, Arabie saoudite, Turquie, Émirats arabes unis, Ouzbékistan, Vietnam. Certains sont des alliés traditionnels des États-Unis, d’autres — comme la Biélorussie — sont des proches de la Russie. Cette diversité reflète peut-être l’ambition universaliste de Trump, mais elle pose aussi la question de la cohérence. Comment des pays aux intérêts si divergents pourront-ils s’entendre sur la gestion de Gaza ?
Un nouvel ordre mondial ou un club de circonstance ?
Trump a présenté le Conseil de paix comme une rupture avec l’ordre international existant. « Ce n’est pas les États-Unis — c’est pour le monde », a-t-il déclaré. Mais les sceptiques voient dans cette initiative une tentative de contourner les institutions internationales plutôt que de les réformer. L’ONU, malgré toutes ses limites, offre un cadre de légitimité que le Board of Peace ne peut pas reproduire. Le Conseil de sécurité a d’ailleurs approuvé le plan de paix initial — ce qui suggère que Washington avait besoin de cette validation. Mais le Conseil de paix lui-même fonctionne en dehors de ce cadre. Il répond à Trump et à ses règles. Et personne ne sait exactement ce qui se passera quand Trump ne sera plus au pouvoir.
Pour les Européens, le refus de participer est aussi un message politique. Une façon de dire que le multilatéralisme traditionnel — avec ses processus lents, ses compromis laborieux, mais aussi ses garde-fous — reste préférable à un club ad hoc piloté par un seul homme. Pour les pays du Sud qui ont rejoint le conseil, c’est peut-être l’occasion de peser sur une région stratégique sans passer par les filtres occidentaux. L’avenir dira si le Conseil de paix deviendra un acteur durable de la géopolitique mondiale ou s’il s’éteindra avec la fin de l’ère Trump. En attendant, Gaza reste en ruines. Et la paix — la vraie paix, celle qui permettrait aux Palestiniens et aux Israéliens de vivre sans peur — semble plus lointaine que jamais.
Conclusion : La diplomatie sans pression, c'est la capitulation déguisée
Un cessez-le-feu qui tient par un fil
Nous sommes en janvier 2026. Plus de deux ans après l’attaque du 7 octobre 2023 qui a déclenché la guerre la plus meurtrière de l’histoire du conflit israélo-palestinien. Un cessez-le-feu est en vigueur depuis octobre 2025. Mais ce cessez-le-feu tient par un fil. Israël refuse d’ouvrir Rafah. Le Hamas refuse de désarmer. Les technocrates ne peuvent pas entrer à Gaza. Les émissaires américains multiplient les allers-retours sans résultat tangible. Netanyahou bloque la présence israélienne au Conseil de paix tout en y adhérant officiellement. L’extrême droite israélienne réclame l’annexion de Gaza. Les Européens observent de loin. Et les Gazaouis survivent au jour le jour dans les décombres d’une vie qui n’existe plus.
En mars 2025, rappelons-le, Israël a lancé une attaque surprise sur Gaza, mettant fin au cessez-le-feu initial. Washington et Tel-Aviv ont accusé le Hamas d’avoir provoqué cette rupture en refusant de libérer des otages supplémentaires. Le Hamas a accusé Israël de l’avoir causée. Le nouveau cessez-le-feu d’octobre 2025 est censé être plus solide. Mais les mêmes dynamiques sont à l’œuvre. Les mêmes acteurs. Les mêmes calculs. Les mêmes méfiances. La seule question est : combien de temps avant que tout recommence ?
Il y a une phrase qu’on attribue au président ukrainien Zelensky, prononcée dans un tout autre contexte : « La diplomatie sans pression, c’est la capitulation déguisée. » Je ne peux pas m’empêcher d’y penser en regardant ce qui se passe entre Trump et Netanyahou. Trump veut son Conseil de paix. Sa photo historique. Son prix Nobel peut-être. Netanyahou veut garder le contrôle. Satisfaire son extrême droite. Survivre politiquement. Et entre les deux, personne n’exerce de vraie pression. Pas le genre de pression qui change les comportements. Pas le genre qui force à choisir. Alors les négociations patinent. Les échéances glissent. Et Gaza reste ce qu’elle est devenue : un immense cimetière à ciel ouvert où deux millions de personnes attendent qu’on décide de leur sort. La diplomatie avance. La paix, elle, reste immobile.
Ce qui reste à décider
Dans les semaines à venir, plusieurs échéances cruciales se profilent. Le cabinet de sécurité israélien doit se prononcer sur la réouverture de Rafah et la poursuite des recherches du corps de Ran Gvili. Les technocrates du Comité national pour l’administration de Gaza attendent de pouvoir entrer dans le territoire qu’ils sont censés administrer. Le Hamas doit décider s’il accepte de se désarmer — une perspective hautement improbable sans contrepartie politique majeure. Israël doit décider s’il commence à retirer ses troupes — une perspective tout aussi improbable tant que l’extrême droite tient les rênes de la coalition. Et Trump doit décider jusqu’où il est prêt à aller pour obtenir ce qu’il veut de son allié le plus proche.
Le Conseil de paix existe maintenant. Sur le papier, c’est un mécanisme international inédit. Dans les faits, c’est une coquille dont le contenu reste à définir. Netanyahou y siège sans y croire. Les Européens l’observent sans y participer. Les Palestiniens en sont les sujets sans en être les acteurs. Et les Gazaouis — les deux millions de personnes dont l’avenir est censé être décidé par ce conseil — continuent de vivre dans les ruines, entre l’espoir d’une reconstruction qui ne vient pas et la peur d’une guerre qui pourrait reprendre à tout moment. Quelque part dans un cimetière de Shujaiyya, le corps de Ran Gvili attend d’être retrouvé. Quelque part dans une salle de réunion à Washington, des diplomates tracent des lignes sur une carte. Entre les deux, il y a Gaza. Et le silence. Ce silence-là.
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur et analyste. Mon expertise réside dans l’observation et l’analyse des dynamiques géopolitiques, diplomatiques et stratégiques qui façonnent le Moyen-Orient contemporain. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies politiques des différents acteurs — États-Unis, Israël, Hamas, puissances régionales — à comprendre les mouvements diplomatiques complexes, à contextualiser les décisions des dirigeants et à proposer des perspectives analytiques sur les transformations qui redéfinissent cette région cruciale.
Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. Je prétends à la lucidité analytique, à l’interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux complexes qui concernent des millions de vies humaines. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et stratégique, et d’offrir une lecture critique des événements qui dépassent les communiqués officiels.
Méthodologie et sources
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et analyses interprétatives. Les informations factuelles présentées proviennent exclusivement de sources primaires et secondaires vérifiables.
Sources primaires : communiqués officiels du Département d’État américain, déclarations publiques des dirigeants politiques (Donald Trump, Benjamin Netanyahou, Steve Witkoff), rapports des Nations Unies, dépêches d’agences de presse internationales reconnues (Reuters, Associated Press, Agence France-Presse).
Sources secondaires : publications spécialisées et médias d’information reconnus internationalement (Axios, The Times of Israel, Haaretz, Al Jazeera, The Jerusalem Post, NPR, Bloomberg, The National), analyses d’institutions de recherche établies.
Les données statistiques, diplomatiques et géopolitiques citées proviennent de sources officielles et de médias vérifiés. Toute information non confirmée par au moins deux sources indépendantes a été présentée avec les réserves appropriées.
Nature de l’analyse
Les analyses, interprétations et perspectives présentées dans les sections analytiques de cet article constituent une synthèse critique et contextuelle basée sur les informations disponibles au 25 janvier 2026, les tendances observées et les commentaires d’experts cités dans les sources consultées.
Mon rôle est d’interpréter ces faits, de les contextualiser dans le cadre des dynamiques géopolitiques du conflit israélo-palestinien et des relations américano-israéliennes, et de leur donner un sens cohérent. Ces analyses reflètent une expertise développée à travers l’observation continue des affaires internationales et la compréhension des mécanismes stratégiques qui animent les acteurs impliqués.
Toute évolution ultérieure de la situation pourrait naturellement modifier les perspectives présentées ici. Cet article sera mis à jour si de nouvelles informations officielles majeures sont publiées, garantissant ainsi la pertinence et l’actualité de l’analyse proposée.
Sources
Sources primaires
Axios – Scoop: Netanyahu rejects WH request for Israel president to attend Board of Peace ceremony – 24 janvier 2026
The Times of Israel – Netanyahu said to have barred Herzog from appearing at Trump’s Board of Peace unveiling – 24 janvier 2026
Al Jazeera – Trump launches Board of Peace at signing ceremony in Davos – 22 janvier 2026
NPR – Trump signs Board of Peace charter at Davos as allies split on Gaza plan – 22 janvier 2026
Bloomberg – Witkoff, Kushner to Meet With Netanyahu in Israel Saturday – 24 janvier 2026
Sources secondaires
Haaretz – Trump Sent Envoys Witkoff and Kushner to Ensure Netanyahu Doesn’t Delay Opening Rafah – 25 janvier 2026
The Times of Israel – Witkoff, Kushner in Israel to meet Netanyahu with focus on Gaza – 25 janvier 2026
Al Jazeera – US envoys meet Netanyahu as Israel continues to bomb Gaza – 25 janvier 2026
The National – US officials hold ‘positive’ talks with Netanyahu on second phase of Gaza peace plan – 25 janvier 2026
Haaretz – ‘Trump’s Plan Is Bad for Israel’: Minister Smotrich Calls to End U.S. Involvement in Gaza – 19 janvier 2026
The Times of Israel – Hamas, Red Cross resume search for last hostage’s remains in Gaza City – 25 janvier 2026
Al Jazeera – Gaza’s Rafah crossing with Egypt to open next week: Palestinian official – 22 janvier 2026
Wikipedia – National Committee for the Administration of Gaza – janvier 2026
The Jerusalem Post – Who is Ali Shaath, leader of Gaza’s new technocratic committee? – janvier 2026
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