Les yeux dans le ciel : comment les drones ont percé le brouillard
La guerre moderne se gagne d’abord dans les airs. Pas avec des avions de chasse — avec des drones. Ces petits engins bourdonnants qui voient tout, qui transmettent tout, qui frappent parfois eux-mêmes. Ce matin du 25 janvier, les opérateurs de drones de la 46e Brigade étaient à leur poste bien avant l’aube. Leurs appareils, équipés de caméras thermiques, ont détecté la colonne russe alors qu’elle se formait encore à plusieurs kilomètres des lignes ukrainiennes. Le brouillard ? Un obstacle pour les yeux humains. Pas pour les capteurs infrarouges qui repèrent la chaleur des moteurs de chars à travers n’importe quelle purée de pois.
« Les mouvements de l’ennemi avaient été détectés à l’avance », a confirmé le commandement de la brigade dans son communiqué. À l’avance. C’est tout le génie de cette embuscade. Les Russes croyaient avoir l’avantage de la surprise. En réalité, ils étaient suivis depuis le début. Chaque véhicule, chaque groupe d’infanterie, chaque mouvement — tout était cartographié en temps réel. Quand la colonne s’est engagée dans la zone de frappe, les artilleurs ukrainiens connaissaient déjà la position exacte de chaque cible. Les premiers obus sont tombés avec une précision chirurgicale. Le char de tête a explosé. Puis le deuxième véhicule. Puis le troisième. En quelques minutes, l’assaut russe s’est transformé en chaos total.
Il y a quelque chose de fascinant et de terrifiant dans cette guerre des drones. Des opérateurs assis dans un bunker, à des kilomètres du front, qui regardent des écrans et guident des missiles vers des cibles qui ne les voient jamais venir. C’est clinique. C’est efficace. C’est aussi profondément déshumanisant. Les soldats russes dans ces blindés n’étaient pas des pixels sur un écran. C’étaient des êtres humains. Mais dans le brouillard de cette guerre, on finit par l’oublier. Des deux côtés.
La coordination mortelle : ingénieurs, artilleurs et drones
Ce qui a fait la différence ce matin-là, c’est la coordination. Les Forces d’assaut aérien ukrainiennes ont déployé ce qu’elles appellent une « défense en profondeur intégrée ». Traduction : plusieurs lignes de destruction successives, chacune conçue pour éliminer les survivants de la précédente. Les ingénieurs de combat avaient préparé le terrain — mines, obstacles antichars, zones de canalisation qui forcent l’ennemi à emprunter des corridors prédéfinis. Les artilleurs avaient pré-enregistré ces corridors comme zones de tir. Les opérateurs de drones guidaient le feu en temps réel, ajustant les coordonnées au mètre près.
Quand les blindés russes se sont engagés dans le piège, ils n’avaient aucune chance. Le premier char a sauté sur une mine ou a été touché par un obus guidé — les rapports divergent. Le véhicule de tête neutralisé, la colonne s’est retrouvée coincée. Impossible d’avancer sur la carcasse fumante. Impossible de reculer sous le feu de l’artillerie ukrainienne. Impossible de se disperser dans un terrain miné. Les soldats russes qui ont tenté de fuir à pied ont été fauchés par les drones FPV — ces petits engins kamikazes qui coûtent quelques centaines de dollars et qui transforment chaque fantassin en cible. Vingt morts. Trois blessés capturés. Et une leçon de tactique moderne écrite dans le sang.
Section 3 : Pokrovsk, le verrou qui refuse de céder
Pourquoi cette ville compte autant
Pokrovsk n’est pas une grande ville. Avant la guerre, elle comptait environ 60 000 habitants. Mais sa position géographique en fait un enjeu stratégique majeur. C’est un nœud ferroviaire crucial, par lequel transite une grande partie du ravitaillement des forces ukrainiennes dans le Donbass. C’est aussi la porte vers Dnipro et le cœur industriel de l’Ukraine. Si Pokrovsk tombe, toute la logistique ukrainienne dans la région s’effondre. Les Russes le savent. C’est pourquoi ils jettent des vagues d’hommes et de blindés contre ses défenses depuis des mois.
Les chiffres donnent le vertige. En janvier 2026 seulement, les forces russes auraient perdu 15 000 soldats dans la direction de Pokrovsk — dont 7 000 tués au combat, selon le commandant en chef ukrainien Oleksandr Syrsky. Quinze mille hommes en un mois. Pour des gains territoriaux qui se mesurent en centaines de mètres. Chaque jour, des assauts comme celui de ce matin se brisent contre les défenses ukrainiennes. Chaque jour, des blindés brûlent et des soldats meurent. Et chaque jour, Pokrovsk tient. Le verrou refuse de céder.
La stratégie russe du rouleau compresseur
La doctrine russe n’a pas changé depuis le début de cette guerre. Elle repose sur un principe simple : submerger l’ennemi par le nombre. Peu importe les pertes. Peu importe le coût humain. L’objectif est d’épuiser les défenses ukrainiennes par des vagues successives d’assauts. Si le premier échoue, on en lance un deuxième. Puis un troisième. Puis un dixième. Jusqu’à ce que les défenseurs n’aient plus de munitions, plus de forces, plus de volonté. C’est une stratégie de la Première Guerre mondiale appliquée au XXIe siècle. Et elle coûte des vies à un rythme effroyable.
Selon un officier du renseignement ukrainien opérant dans le secteur de Pokrovsk, les forces russes subissent jusqu’à 400 pertes par jour dans cette seule direction. Quatre cents. Chaque jour. C’est l’équivalent d’un bataillon entier rayé de la carte toutes les deux semaines. Et pourtant, les renforts continuent d’arriver. Le Kremlin puise dans les régions les plus pauvres de Russie — le Daghestan, la Bouriatie, les villages de Sibérie où les primes d’engagement représentent plusieurs années de salaire. Il recrute dans les prisons, promettant la liberté à ceux qui survivront six mois au front. La plupart ne survivent pas.
Quatre cents pertes par jour. Je laisse ce chiffre résonner. Quatre cents familles qui reçoivent la nouvelle. Quatre cents mères qui s’effondrent. Quatre cents cercueils — quand il y a des cercueils. Souvent, il n’y en a pas. Les corps restent sur le champ de bataille, impossibles à récupérer sous le feu ukrainien. Ou ils sont enterrés dans des fosses communes improvisées, sans nom, sans croix, sans rien. Juste des hommes qui ont cessé d’exister, engloutis par une guerre qu’ils n’ont pas choisie.
Section 4 : Les chars russes, espèce en voie d'extinction
L’hémorragie blindée qui ne s’arrête pas
Le char détruit ce matin près de Pokrovsk n’est qu’un de plus dans une liste qui s’allonge chaque jour. Depuis le 24 février 2022, l’Ukraine a détruit plus de 11 600 chars russes. Onze mille six cents. C’est plus que les stocks combinés de la plupart des armées occidentales. C’est plus que ce que la Russie possédait officiellement au début de la guerre. Les analystes militaires ont d’abord cru à une erreur. Puis ils ont compris : les chiffres annoncés par Moscou sur ses réserves de blindés étaient largement gonflés. Des généraux corrompus avaient empoché les budgets de maintenance pendant des années, laissant des milliers de chars pourrir dans des dépôts.
Aujourd’hui, la Russie ressort des T-62 des années 1960 et même des T-54 des années 1950. Des antiquités face aux missiles Javelin américains et aux drones ukrainiens. Les équipages de ces vieux chars le savent : leur blindage ne les protégera pas. Un seul missile antichar moderne traverse un T-62 comme du beurre. Les images satellites des dépôts de blindés russes montrent des parcs de plus en plus vides. La Russie perd ses chars plus vite que ses deux usines — Uralvagonzavod et Omsk — ne peuvent en produire. C’est une guerre d’attrition, et côté blindés, la Russie est en train de la perdre.
Le piège de la guerre mécanisée moderne
Les deux véhicules de combat blindés détruits ce matin illustrent un autre problème russe : l’obsolescence de leur doctrine. L’armée russe a été conçue pour des offensives blindées massives à travers les plaines d’Europe. Des colonnes de chars fonçant à travers les lignes ennemies, appuyés par l’infanterie mécanisée. Cette doctrine fonctionnait dans les années 1970. Elle est suicidaire en 2026. Les drones, les missiles guidés, les munitions rôdeuses ont transformé chaque blindé en cercueil roulant. Un char moderne coûte plusieurs millions de dollars. Un drone FPV capable de le détruire coûte 500 dollars.
Les forces ukrainiennes l’ont compris. Elles ont adapté leur tactique. Plutôt que d’opposer blindé contre blindé, elles utilisent la défense en réseau : des équipes légères, mobiles, équipées de missiles et de drones, qui harcèlent les colonnes russes à distance. L’assaut de ce matin en est l’illustration parfaite. Pas de combat de chars héroïque. Pas de charge glorieuse. Juste une embuscade méthodique, clinique, dévastatrice. Les Russes n’ont même pas vu leurs tueurs. Ils ont juste vu leurs camarades exploser, un par un, avant de subir le même sort.
Tu sais ce qui me frappe dans ces images de chars détruits ? Le silence. Sur les vidéos des drones, on voit l’explosion, la tourelle qui s’envole, la fumée qui monte. Mais on n’entend rien. Pas de cris. Pas de hurlements. Juste le silence numérique d’un écran. Et c’est peut-être ça le plus troublant : cette mort aseptisée, vue d’en haut, sans le bruit et la fureur. Comme si ce n’était qu’un jeu vidéo. Sauf que non. Ces pixels qui brûlent, c’étaient des hommes.
Section 5 : Les héros de l'ombre — portraits de combattants
Les opérateurs de drones : la mort au bout des doigts
Quelque part dans un abri souterrain, à plusieurs kilomètres des lignes de front, un jeune homme de 24 ans fixe un écran. Ses mains reposent sur une manette de jeu modifiée. Sur l’écran, une image thermique en noir et blanc : une colonne de véhicules qui avance dans le brouillard. Il ajuste la trajectoire de son drone FPV. Corrige le vent. Calcule la distance. Et puis, d’une pression du pouce, il envoie son engin s’écraser sur le toit d’un blindé russe. L’écran devient blanc pendant une fraction de seconde. Quand l’image revient, le véhicule brûle. Trois hommes étaient à l’intérieur. Il ne les connaîtra jamais. Il ne verra jamais leurs visages. Juste des silhouettes thermiques qui ont cessé de bouger.
Ces opérateurs de drones sont les nouveaux héros de cette guerre. Anonymes, invisibles, décisifs. La 46e Brigade dispose de plusieurs équipes spécialisées, dont l’unité Garuda qui opère depuis décembre 2023 dans le secteur du Donbass. Ils travaillent par rotations de plusieurs heures, les yeux rivés sur leurs écrans, guettant le moindre mouvement ennemi. Un travail épuisant, psychologiquement éprouvant. Certains ont du mal à dormir. Ils voient des silhouettes thermiques dans leurs cauchemars. Mais ils continuent. Parce que chaque drone qui trouve sa cible, c’est peut-être un assaut avorté. Des vies ukrainiennes sauvées.
Les artilleurs : la précision qui tue
À quelques kilomètres de là, dans une position camouflée, une batterie d’obusiers attend les coordonnées. Les servants vérifient leurs pièces pour la énième fois. Tout doit être parfait. Quand l’ordre de tir arrive, ils ont moins de deux minutes pour faire feu et déplacer leur position avant que les contre-batteries russes ne ripostent. C’est une danse mortelle qu’ils répètent plusieurs fois par jour. Ce matin, les coordonnées sont arrivées des drones : une colonne blindée, position exacte au mètre près. Les obus sont partis en sifflant vers le ciel gris. Quelques secondes plus tard, ils retombaient sur les blindés russes avec une précision dévastatrice.
L’artillerie ukrainienne a fait des progrès spectaculaires depuis le début de la guerre. Grâce aux systèmes occidentaux — M777 américains, Caesar français, PzH 2000 allemands — et surtout grâce aux obus guidés de précision, chaque tir compte. Les Russes tirent des milliers d’obus pour saturer une zone. Les Ukrainiens tirent quelques obus pour détruire une cible précise. La différence de doctrine se mesure en vies. Les servants de cette batterie ne verront jamais les hommes qu’ils ont tués ce matin. Mais ils savent qu’ils ont fait leur travail. Que l’assaut a été stoppé. Que Pokrovsk tient encore.
Section 6 : Le coût humain des deux côtés
Vingt familles russes qui ne le savent pas encore
Vingt soldats russes tués ce matin. Vingt. Quelque part en Russie, vingt téléphones ne sonneront plus. Vingt profils sur les réseaux sociaux resteront figés, avec des photos de vacances, de mariages, d’anniversaires qui ne se répéteront jamais. Vingt mères attendent un appel de leur fils qui ne viendra pas. Certaines ne sauront jamais ce qui s’est passé. Le Kremlin ne communique pas les pertes. Les corps sont souvent impossibles à rapatrier. Des milliers de familles russes vivent dans cette incertitude atroce : leur proche est-il mort, blessé, prisonnier, disparu ? Personne ne leur répond.
Ces hommes avaient des noms. Des visages. Des histoires. L’un d’eux était peut-être un jeune conscrit de 19 ans, arraché à sa vie civile par un décret de mobilisation. Un autre était peut-être un prisonnier, libéré sous condition qu’il survive six mois au front. Un troisième était peut-être un volontaire, attiré par les primes faramineuses — jusqu’à 2 millions de roubles dans certaines régions. Tous ont fini de la même façon : dans la boue gelée d’un champ ukrainien, tués par des soldats qu’ils n’ont jamais vus. C’est ça, la guerre moderne. Impersonnelle. Industrielle. Implacable.
Je n’arrive pas à me réjouir de ces morts. Je sais que je devrais. Ces hommes venaient envahir l’Ukraine. Ils portaient les armes d’un régime qui bombarde les maternités et déporte les enfants. Mais quand je regarde leurs visages sur les photos que leurs familles postent en ligne — ces visages de gamins, souvent — quelque chose en moi résiste. Ce ne sont pas eux qui ont décidé de cette guerre. Ce sont eux qui en paient le prix. Les vrais responsables, eux, dorment bien au chaud au Kremlin.
Les défenseurs ukrainiens : vivre sous la menace constante
De l’autre côté de la ligne, les soldats de la 46e Brigade ne célèbrent pas. Ils rechargent. Ils se repositionnent. Ils attendent le prochain assaut. Car il y en aura un. Il y en a toujours un. Depuis des mois, ces hommes et ces femmes vivent dans des tranchées, des abris souterrains, des positions fortifiées qui ressemblent à celles de Verdun. Ils dorment par rotations de quelques heures. Ils mangent quand ils peuvent. Ils n’ont pas vu leurs familles depuis des semaines, parfois des mois. Mais ils tiennent. Parce que derrière eux, il y a Pokrovsk. Et derrière Pokrovsk, il y a l’Ukraine.
L’Ukraine aussi paie un tribut terrible à cette guerre. Les chiffres exacts des pertes ukrainiennes sont un secret militaire, mais les estimations occidentales parlent de centaines de milliers de morts et de blessés. Chaque victoire a un coût. Chaque assaut repoussé laisse des cicatrices. Les soldats qui ont survécu à Bakhmut, à Avdiivka, à Kourakhové, portent en eux des traumatismes qui ne guériront peut-être jamais. Mais ils continuent de se battre. Pour leur terre. Pour leur liberté. Pour le droit d’exister en tant que nation. C’est peut-être ça, finalement, la différence fondamentale entre les deux camps.
Section 7 : La guerre d'attrition et ses leçons
Quand la Russie perd plus vite qu’elle ne remplace
L’assaut raté de ce matin s’inscrit dans un schéma plus large : la Russie est en train de perdre la guerre d’attrition qu’elle a elle-même déclenchée. Les analystes militaires le répètent depuis des mois : l’armée russe perd des chars plus vite que ses usines ne peuvent en produire. Les deux principales usines de blindés russes — Uralvagonzavod à Nijni Taguil et Omsktransmash — tournent à plein régime, mais leur production combinée ne compense pas les pertes quotidiennes. En octobre 2025, la Russie aurait perdu 59 chars en deux semaines rien que dans le secteur de Pokrovsk. Ses usines en produisent environ 125 par mois. Le calcul est simple : les stocks s’épuisent.
C’est pourquoi la Russie ressort des T-54 des années 1950. Des chars conçus pour affronter les armées de l’OTAN dans les plaines d’Allemagne, envoyés aujourd’hui contre des missiles guidés du XXIe siècle. Ces antiquités n’ont aucune chance. Leur blindage est une passoire face aux Javelins. Leurs systèmes de visée sont primitifs. Leurs équipages sont des cibles ambulantes. Mais le Kremlin n’a plus le choix. Il faut remplir les rangs, quitte à envoyer des hommes dans des cercueils roulants. La quantité contre la qualité. Le nombre contre la technologie. Une stratégie de désespoir.
Les leçons tactiques d’une embuscade
Ce qui s’est passé ce matin près de Pokrovsk sera étudié dans les écoles de guerre du monde entier. La combinaison de surveillance par drones, de préparation du terrain par les ingénieurs, de frappes d’artillerie guidées et de harcèlement par drones FPV représente un modèle de défense intégrée moderne. Les forces ukrainiennes ont transformé leur infériorité numérique en avantage tactique. Elles ne peuvent pas aligner autant de chars que la Russie. Mais elles n’en ont pas besoin. Leurs systèmes de défense sont conçus pour détruire les blindés ennemis avant qu’ils n’atteignent les lignes.
Les Russes le savent. Ils continuent quand même. C’est peut-être ça le plus troublant : cette obstination suicidaire à lancer des assauts qui échouent systématiquement. Les généraux russes envoient leurs hommes dans des pièges qu’ils connaissent. Les soldats russes montent dans des blindés en sachant qu’ils ont de bonnes chances de ne pas en ressortir vivants. Et pourtant, les assauts continuent. Jour après jour. Matin après matin. Comme si la Russie avait décidé de gagner cette guerre à l’usure, en sacrifiant autant d’hommes qu’il le faudra. C’est une stratégie. C’est aussi une forme de folie.
Je me demande souvent ce qui se passe dans la tête d’un général russe quand il ordonne un assaut comme celui de ce matin. Est-ce qu’il sait que ses hommes vont probablement mourir ? Est-ce qu’il s’en soucie ? Ou est-ce qu’il a depuis longtemps cessé de voir des êtres humains derrière les chiffres ? Dans cette guerre, les soldats sont devenus des statistiques. Des « ressources humaines » à consommer. Des pions sur un échiquier. Et ceux qui les envoient mourir ne seront jamais jugés pour ça. Jamais.
Conclusion : Pokrovsk tiendra-t-elle ?
La bataille qui n’en finit pas
Ce soir, le brouillard se lèvera sur Pokrovsk. Les carcasses des blindés russes détruits ce matin fumeront encore dans les champs. Quelque part, des équipes ukrainiennes récupéreront ce qui peut l’être — munitions, équipements, renseignements. Quelque part aussi, de nouveaux blindés russes se mettront en position pour le prochain assaut. Il viendra. Il vient toujours. La 46e Brigade aéromobile de Podillie sera là pour l’accueillir. Comme elle l’a fait 1 318 fois l’an dernier. Comme elle le fera demain, et après-demain, et tous les jours suivants jusqu’à ce que cette guerre finisse.
Pokrovsk tiendra-t-elle ? Personne ne peut le garantir. La Russie dispose encore de réserves humaines considérables — quelque 165 000 soldats seraient massés dans ce secteur selon certaines estimations. Les assauts continueront. Les pertes s’accumuleront. Des deux côtés. Mais une chose est certaine : ce matin, sur ce champ boueux du Donbass, une poignée de parachutistes ukrainiens a prouvé une fois de plus que la Russie peut être battue. Que ses chars peuvent brûler. Que ses assauts peuvent échouer. Que le courage et l’intelligence tactique peuvent vaincre le nombre brut.
Et demain ?
Demain, un nouveau bilan tombera. De nouveaux chars détruits. De nouveaux morts à compter. Le compteur macabre de cette guerre continuera de tourner. Un char, deux véhicules blindés, vingt soldats — ce n’est qu’une goutte dans l’océan de sang qui inonde l’Ukraine depuis bientôt quatre ans. Mais chaque goutte compte. Chaque assaut repoussé rapproche l’Ukraine de la victoire. Chaque blindé détruit affaiblit la machine de guerre russe. Et chaque jour où Pokrovsk résiste est un jour de plus où l’espoir reste permis.
Les soldats de la 46e Brigade ne pensent pas en termes géopolitiques. Ils pensent au prochain assaut. À la prochaine nuit sans sommeil. Au prochain camarade qui ne reviendra peut-être pas. Ils se battent parce qu’ils n’ont pas le choix. Parce que derrière eux, il y a tout ce qu’ils aiment. Et devant eux, il y a un ennemi qui refuse de comprendre qu’il a déjà perdu. La Russie peut envoyer des milliers d’hommes et des centaines de chars. Elle ne pourra pas briser la volonté d’un peuple qui se bat pour sa survie. C’est peut-être ça, finalement, la leçon de ce matin brumeux près de Pokrovsk. La leçon de cette guerre tout entière.
Je termine cet article et je pense aux hommes des deux côtés. Aux Ukrainiens qui défendent leur terre et qui ne dormiront pas cette nuit, guettant le prochain assaut. Aux Russes qui sont morts ce matin dans des blindés en feu, envoyés au massacre par un régime qui ne les pleurera jamais. À leurs familles, qui attendent des nouvelles qui ne viendront peut-être pas. Cette guerre est une tragédie. Une tragédie que Poutine a choisie, et que des millions de gens subissent. Un char détruit, deux blindés brûlés, vingt morts. Demain, on recommencera à compter. Et après-demain. Et encore après. Jusqu’à quand ? Je ne sais pas. Personne ne sait. Mais tant que des hommes comme ceux de la 46e Brigade seront là pour résister, l’Ukraine ne tombera pas. C’est peut-être la seule certitude dans tout ce chaos.
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur et analyste. Mon expertise réside dans l’observation et l’analyse des dynamiques militaires et tactiques qui façonnent le conflit russo-ukrainien. Mon travail consiste à décortiquer les opérations sur le terrain, à comprendre leur signification stratégique, à contextualiser les événements dans l’histoire militaire contemporaine et à proposer des perspectives analytiques sur l’évolution de ce conflit.
Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. Je prétends à la lucidité analytique, à l’interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux qui nous concernent tous. Mon rôle est de donner du sens aux événements tactiques, de les situer dans leur contexte stratégique et humain, et d’offrir une lecture critique de cette guerre.
Méthodologie et sources
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et analyses interprétatives. Les informations factuelles présentées proviennent exclusivement de sources primaires et secondaires vérifiables.
Sources primaires : communiqués officiels des Forces d’assaut aérien ukrainiennes, rapports de l’État-major général des Forces armées ukrainiennes, déclarations du commandement de la 46e Brigade aéromobile de Podillie, analyses du ministère de la Défense britannique.
Sources secondaires : Defence-UA, Ukrinform, Army Inform Ukraine, Ukrainska Pravda, Institute for the Study of War, analyses de MilitaryLand.net, rapports de Mediazona sur les pertes russes.
Les données tactiques et les résultats de combat cités proviennent des communiqués officiels des forces ukrainiennes, croisés avec les analyses indépendantes et les observations des correspondants de guerre présents dans le secteur de Pokrovsk.
Nature de l’analyse
Les analyses, interprétations et perspectives présentées dans les sections analytiques de cet article constituent une synthèse critique et contextuelle basée sur les informations disponibles au 25 janvier 2026, les tendances observées depuis le début du conflit et les commentaires d’experts cités dans les sources consultées.
Mon rôle est d’interpréter ces faits, de les contextualiser dans le cadre des dynamiques tactiques et humaines de ce conflit, et de leur donner un sens cohérent. Ces analyses reflètent une expertise développée à travers l’observation continue du conflit russo-ukrainien depuis février 2022.
Toute évolution ultérieure de la situation pourrait naturellement modifier les perspectives présentées ici. Cet article sera mis à jour si de nouvelles informations officielles majeures sont publiées.
Sources
Sources primaires
Defence-UA – Ukrainian Air Assault Troops Repel Russian Offensive, Destroy Tank and Armored Vehicles Near Pokrovsk – 25 janvier 2026
État-major général des Forces armées ukrainiennes – Rapport quotidien des opérations – 25 janvier 2026
Forces d’assaut aérien ukrainiennes – Communiqué sur l’opération de la 46e Brigade – 25 janvier 2026
Commandement de la 46e Brigade aéromobile de Podillie – Déclaration officielle – 25 janvier 2026
Sources secondaires
Ukrinform – Ukrainian airborne troops repel massive Russian assault on Pokrovsk front – 25 janvier 2026
Army Inform Ukraine – Air Assault Troops destroy an Armored Column of the Russian Federation in the Pokrovsk Sector – 25 janvier 2026
Ukrainska Pravda – Footage shows Ukraine’s Air Assault Forces smashing Russian armoured convoy on Pokrovsk front – 25 janvier 2026
MilitaryLand.net – 46th Airmobile Brigade operations and history – Consulté le 25 janvier 2026
Wikipedia – 46th Airmobile Brigade (Ukraine) – Consulté le 25 janvier 2026
Institute for the Study of War – Assessment of Russian casualties in Pokrovsk direction – Janvier 2026
RBC-Ukraine – Ukrainian forces eliminate Russian troop column near Pokrovsk – Janvier 2026
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.