Les chiffres de l’horreur quotidienne
Prenons un instant pour décomposer ce que signifie vraiment une journée comme celle du 24 janvier 2026 sur le front ukrainien. Les 127 affrontements ne se sont pas concentrés uniquement autour de Pokrovsk. La guerre se déroule sur un front de plusieurs centaines de kilomètres, et chaque secteur a connu son lot de violence. Dans le sud de la Slobojanschchyna, 6 assauts ont été repoussés. À Koupiansk, les défenseurs ont fait face à 2 attaques. Le secteur de Lyman a enregistré 6 combats. Kostiantynivka a subi 13 assauts. Et dans la direction de Houliaïpole, ce sont 16 tentatives d’avancée russe qui ont été stoppées net. Chaque chiffre représente des heures de combat intense, des munitions dépensées par milliers, des vies perdues des deux côtés de la ligne de front. Les régions de Kramatorsk, Sloviansk, Oleksandrivka, Orikhiv et même les abords du fleuve Dniepr ont tous connu des engagements ce jour-là.
La région de Zaporijjia a particulièrement souffert des frappes aériennes. Les bombes guidées russes ont touché les localités de Zirnytsia, Zaliznytchne, Verkhnia Tersa, Liubytske, Vozdvyzhivka et Preobrazhenka. Ces noms ne vous disent probablement rien. Ce sont de petits villages, des hameaux parfois, où quelques centaines de personnes vivaient avant la guerre. Aujourd’hui, ceux qui y restent le font souvent par choix — des personnes âgées qui refusent de quitter la terre de leurs ancêtres, des fermiers qui continuent de cultiver leurs champs entre les explosions, des irréductibles qui croient qu’abandonner serait trahir. Chaque bombe qui tombe sur ces communautés détruit non seulement des bâtiments, mais aussi des siècles d’histoire, des générations de souvenirs, des vies entières construites pierre par pierre. Et le lendemain, les survivants ramassent les débris et recommencent, parce que c’est tout ce qu’il leur reste : la volonté de continuer.
Zirnytsia, Zaliznytchne, Verkhnia Tersa. Je prononce ces noms à voix haute et je me demande combien de personnes dans le monde ont déjà entendu parler de ces villages. Probablement très peu. Et pourtant, là-bas, des gens vivent, meurent, espèrent et désespèrent chaque jour. Leur existence est devenue invisible pour le reste du monde, noyée dans un flot de nouvelles catastrophiques. Mais chaque maison détruite avait une famille. Chaque rue bombardée avait des enfants qui y jouaient autrefois. L’oubli est peut-être la pire des violences que nous leur infligeons.
Le prix du sang : les pertes russes
Si l’Ukraine paie un tribut terrible dans cette guerre, les pertes russes atteignent des proportions qui dépassent l’entendement. Selon les données de l’état-major ukrainien, les pertes cumulées de l’armée russe depuis le 24 février 2022 s’élèveraient à environ 1 234 040 soldats tués ou blessés au 25 janvier 2026. Rien que pour la journée du 24 janvier, ce sont 1 020 soldats russes qui auraient été mis hors de combat. Ces chiffres, bien que difficiles à vérifier de manière indépendante, donnent une idée de l’ampleur du carnage. Le commandant en chef des forces armées ukrainiennes, le général Oleksandr Syrsky, a déclaré qu’en janvier 2025 seulement, 15 000 soldats russes avaient été « neutralisés » dans le secteur de Pokrovsk, dont environ 7 000 tués. Quinze mille hommes en un mois, sur un seul secteur du front. C’est l’équivalent de la population d’une petite ville qui disparaît, semaine après semaine, envoyée mourir pour quelques kilomètres carrés de terre ukrainienne.
Ces chiffres posent une question lancinante : jusqu’où la Russie est-elle prête à aller ? Combien de fils, de pères, de frères le Kremlin est-il disposé à sacrifier sur l’autel de ses ambitions territoriales ? Les témoignages qui filtrent du front russe parlent de tactiques désespérées, de ce que les soldats ukrainiens appellent des « attaques zombies » — des vagues d’assaut où des groupes de cinq ou six soldats avancent à découvert, équipés de matériel de guerre électronique et de fusils anti-drones, marchant vers des positions ukrainiennes fortifiées comme si leur vie n’avait aucune valeur. Parce que pour ceux qui les envoient, elle n’en a effectivement aucune. Ces hommes sont du « matériel consommable », des chiffres sur un tableau, des unités à déployer et à remplacer quand elles sont détruites. Quelque part en Russie, des mères attendent des nouvelles de leurs fils. Beaucoup n’en recevront jamais, ou alors un simple avis officiel, froid comme l’acier, leur annonçant que leur enfant est « mort pour la patrie » dans un endroit dont elles n’avaient jamais entendu parler.
Section 3 : Pokrovsk, la ville fantôme qui résiste
De 60 000 habitants à quelques milliers d’irréductibles
Avant la guerre, Pokrovsk était une ville industrielle typique du Donbass. 60 000 habitants y vivaient, travaillaient, élevaient leurs enfants. La ville possédait des écoles, des hôpitaux, des commerces, une vie culturelle. La mine de charbon de Pokrovsk, unique productrice de charbon à coke encore sous contrôle ukrainien, faisait vivre une grande partie de la population. Aujourd’hui, cette mine a cessé ses opérations à cause de l’approche des combats. Les rues autrefois animées sont devenues des couloirs de mort, où chaque mouvement peut être repéré par un drone, où chaque bruit peut annoncer l’arrivée d’un obus. En novembre 2025, selon les autorités ukrainiennes, il ne restait plus que 11 000 adultes et 49 enfants dans la ville. Quarante-neuf enfants. Moins que dans une école primaire moyenne. Ces enfants grandissent au son des explosions, apprennent à distinguer le bruit d’un drone de celui d’un missile, savent qu’il faut courir vers l’abri le plus proche dès que la sirène retentit. C’est leur normalité. C’est l’enfance qu’on leur vole, jour après jour.
L’évacuation obligatoire de Pokrovsk a été décrétée le 20 août 2024, s’appliquant aux enfants, aux familles, aux personnes âgées et aux personnes à mobilité réduite. À ce moment-là, les combats se déroulaient à moins de 10 kilomètres de la ville. Mais partir n’est jamais simple. Où aller quand on a passé toute sa vie au même endroit ? Comment abandonner la maison où l’on a grandi, où l’on s’est marié, où l’on a vu naître ses enfants ? Certains sont restés par choix, d’autres par impossibilité — trop vieux pour entreprendre le voyage, trop pauvres pour recommencer ailleurs, trop attachés à leur terre pour la laisser aux envahisseurs. Le 5 septembre 2024, la gare de Pokrovsk a dû fermer définitivement, les risques étant devenus trop élevés pour les trains d’évacuation. Depuis, ceux qui veulent partir doivent rejoindre Pavlohrad, à des dizaines de kilomètres, sur des routes régulièrement bombardées. L’organisation Anges du Salut continue d’évacuer les habitants en minibus, parce que les gros véhicules attirent trop l’attention des drones russes. En octobre 2025, ils ont réussi à sortir environ 1 200 personnes de la région de Donetsk.
Les derniers soignants de l’apocalypse
Médecins Sans Frontières maintient une présence à Pokrovsk aussi longtemps que les conditions de sécurité le permettent. Leurs ambulances sillonnent les routes défoncées pour évacuer les blessés, transporter les patients entre les installations médicales, apporter un minimum de soins à ceux qui n’ont nulle part où aller. L’équipe médicale soutient le dernier hôpital civil encore en fonctionnement dans la zone, un établissement qui manque de tout — médicaments, équipements, personnel — mais qui continue d’opérer parce que la population a besoin de soins, guerre ou pas. Les médecins et les infirmières qui travaillent là-bas le font en sachant qu’un missile peut frapper à tout moment, que les prochains patients pourraient être leurs propres collègues. Ce courage silencieux ne fait pas la une des journaux. Il ne mérite pas de médailles dans les capitales occidentales. Mais c’est peut-être la forme la plus pure d’héroïsme : rester quand tout vous dit de partir, soigner quand tout s’effondre autour de vous.
La situation humanitaire dans l’ensemble de l’Ukraine est catastrophique. Selon les Nations Unies, environ 10,8 millions de personnes auront besoin d’aide humanitaire en 2026. Le plan de réponse humanitaire pour cette année vise à atteindre 4,1 millions des plus vulnérables, avec un budget demandé de 2,3 milliards de dollars américains. L’aide se concentre sur quatre catégories de personnes : celles vivant près de la ligne de front, comme à Pokrovsk ; celles qui ont été forcées de fuir ; celles dont les maisons ont été endommagées ou qui n’ont plus accès aux services de base après les frappes ; et les personnes vulnérables, y compris les déplacés internes, risquant de passer entre les mailles des filets de protection sociale. Mais l’argent manque, les ressources humanitaires se raréfient, et l’attention du monde se détourne vers d’autres crises, d’autres urgences. L’Ukraine risque de devenir une catastrophe oubliée, une souffrance trop longue pour maintenir l’intérêt médiatique.
Quarante-neuf enfants. Je n’arrive pas à sortir ce chiffre de ma tête. Quarante-neuf gamins qui vivent dans une ville assiégée, qui entendent les bombes tomber, qui ne savent peut-être même plus ce que c’est qu’une nuit de sommeil paisible. Qu’est-ce qu’on leur raconte pour les rassurer ? Que tout ira bien ? Que les grands vont les protéger ? Comment peut-on mentir à un enfant quand l’horreur est si palpable, si proche, si quotidienne ? Ces enfants porteront ces souvenirs toute leur vie. Et nous, de loin, on regarde. On commente. On passe à autre chose.
Section 4 : La guerre d'usure qui redessine l'Europe
Un territoire qui change de mains centimètre par centimètre
Selon les analyses de l’Institute for the Study of War, les forces russes ont gagné 79 miles carrés de territoire ukrainien au cours des quatre semaines précédant le 13 janvier 2026, soit environ 205 kilomètres carrés. C’est une diminution significative par rapport aux 215 miles carrés gagnés durant la période précédente. Ces gains territoriaux, aussi modestes soient-ils, ont un coût humain astronomique. Pour chaque kilomètre carré conquis, des centaines, voire des milliers de soldats russes sont sacrifiés. Le ratio pertes/gains est absurde d’un point de vue militaire classique, mais il révèle une vérité glaçante : le Kremlin est prêt à transformer ses hommes en chair à canon aussi longtemps qu’il le faudra. La Russie contrôle actuellement environ 45 653 miles carrés de territoire ukrainien, soit 118 240 kilomètres carrés — à peu près 20 % de l’Ukraine, l’équivalent de la superficie de la Pennsylvanie ou de l’Autriche. Cette occupation représente des millions de personnes vivant sous un régime autoritaire, privées de leurs droits, coupées de leur pays.
Malgré l’intensité de l’offensive russe autour de Pokrovsk, l’Ukraine a réussi à maintenir des positions cruciales tout au long de 2025. Pokrovsk tient toujours, ainsi que Tchassiv Iar. L’avancée vers Kostiantynivka a été bloquée. Koupiansk a été presque entièrement sécurisé. Ces succès défensifs sont rarement célébrés parce qu’ils ne font pas de bonnes images télévisées — il n’y a pas de drapeau planté sur une colline, pas de soldats victorieux posant devant un monument libéré. La défense est ingrate : elle consiste à tenir, à résister, à refuser de céder un pouce de terrain supplémentaire. Mais c’est précisément cette résistance qui épuise l’offensive russe, qui transforme chaque avancée en victoire à la Pyrrhus, qui maintient vivant l’espoir d’une Ukraine souveraine et libre.
L’infrastructure énergétique sous le marteau russe
La guerre ne se joue pas seulement sur les lignes de front. Elle se joue aussi dans les centrales électriques, les réseaux de chauffage, les installations énergétiques que la Russie cible systématiquement depuis des mois. Selon The Economist, la capacité de production électrique de l’Ukraine est passée de 33,7 gigawatts au début de l’invasion à environ 14 gigawatts en janvier 2026. Une chute de plus de 58 %. Les conséquences sont dévastatrices : coupures de courant fréquentes, chauffage défaillant en plein hiver, hôpitaux fonctionnant sur générateurs, industries paralysées. À Kyiv même, après une attaque nocturne récente, plus de 3 200 immeubles d’habitation se sont retrouvés sans chauffage en plein cœur de l’hiver. Plus de 160 équipes de réparation ont travaillé jour et nuit pour rétablir le service, mais chaque réparation est suivie d’une nouvelle frappe, chaque reconstruction d’une nouvelle destruction. C’est une guerre d’usure qui vise non pas les soldats, mais les civils, qui cherche à rendre la vie quotidienne impossible pour briser la volonté de résistance.
Cette stratégie de destruction des infrastructures civiles est un crime de guerre documenté, condamné par les organisations internationales, mais qui continue néanmoins. Chaque missile qui frappe une centrale électrique ou une station de pompage d’eau ne tue pas nécessairement des gens sur le coup, mais il condamne des milliers de personnes à endurer le froid, la faim, l’obscurité. Les personnes âgées vivant seules dans des appartements non chauffés, les bébés dont les parents ne peuvent pas réchauffer le lait, les malades chroniques dont les équipements médicaux ne fonctionnent plus — ce sont les victimes invisibles de cette guerre, celles qu’on ne compte pas dans les bilans officiels mais qui meurent tout de même, lentement, dans l’indifférence générale. L’Ukraine reconstruit ce qu’elle peut, répare ce qui peut l’être, installe des générateurs et des systèmes de secours. Mais chaque hiver est plus difficile que le précédent, chaque vague de froid une épreuve supplémentaire pour une population déjà épuisée par des années de conflit.
Section 5 : Les tactiques du désespoir
Les « attaques zombies » et l’humanité sacrifiée
Les soldats ukrainiens sur le front de Pokrovsk décrivent des scènes qui défient l’imagination. Les forces russes lancent régulièrement ce qu’ils appellent des « attaques zombies » — des assauts frontaux où des groupes de soldats avancent à découvert vers les positions ukrainiennes, sans couverture aérienne, sans soutien blindé adéquat, sachant pertinemment qu’ils vont probablement mourir. Ces hommes marchent vers les mitrailleuses comme des automates, les uns après les autres, vague après vague. Quand les premiers tombent, d’autres prennent leur place. L’objectif n’est pas de survivre, mais de submerger les défenseurs par le nombre, d’épuiser leurs munitions, de créer des brèches à force de cadavres. Cette tactique aurait été impensable dans n’importe quelle armée moderne, mais elle révèle la nature profonde de ce conflit : pour le commandement russe, la vie de ses propres soldats n’a aucune valeur intrinsèque. Ce sont des ressources à dépenser, comme des obus ou des grenades.
Les témoignages des soldats ukrainiens qui font face à ces assauts sont glaçants. Ils parlent de l’horreur de devoir tirer sur des hommes qui avancent vers eux en sachant qu’ils vont mourir, de voir des corps s’empiler devant leurs positions, de comprendre que ces « ennemis » sont souvent des conscrits mal entraînés, des prisonniers enrôlés de force, des minorités ethniques envoyées au front comme de la chair à canon. La déshumanisation fonctionne dans les deux sens : les Russes déshumanisent les Ukrainiens pour justifier leurs atrocités, mais ils déshumanisent aussi leurs propres soldats en les traitant comme du matériel jetable. Cette guerre est devenue un test grandeur nature de la capacité d’un régime autoritaire à sacrifier sa propre population sur l’autel de ses ambitions géopolitiques. Et jusqu’à présent, le Kremlin semble prêt à aller jusqu’au bout, quel qu’en soit le prix humain.
« Attaques zombies ». Le terme lui-même est horrifiant. Des êtres humains réduits à l’état de projectiles biologiques, envoyés mourir en masse pour gagner quelques mètres de terrain. Quelque part, chacun de ces hommes avait une mère qui l’a bercé, des rêves d’enfant, peut-être une femme et des enfants qui l’attendent. Et ils meurent dans la boue du Donbass, pour la gloire d’un dictateur qui ne connaîtra jamais leurs noms. Je me demande ce qu’ils pensent, ces soldats russes, dans les dernières secondes avant que les balles ne les fauchent. Pensent-ils à la maison ? Au mensonge qu’on leur a raconté sur cette guerre ? À l’absurdité de leur mort ?
Les infiltrations hivernales et la guerre technologique
Les forces russes adaptent leurs tactiques aux conditions météorologiques avec une créativité morbide. Le commandant adjoint d’une brigade d’artillerie ukrainienne opérant dans la direction de Pokrovsk a rapporté que les Russes exploitent le mauvais temps — brouillard, neige, pluie — pour infiltrer les positions ukrainiennes. Par temps couvert, les drones de surveillance sont moins efficaces, et les petits groupes d’un à trois soldats peuvent se faufiler entre les lignes sans être détectés. Ces infiltrations sont suivies d’assauts mécanisés utilisant tout ce qui roule : véhicules blindés, voitures civiles, VTT, motos. La diversité des véhicules utilisés témoigne à la fois de la pénurie de matériel blindé standard et de la volonté d’utiliser tous les moyens disponibles pour avancer. Les Russes utilisent également la neige comme camouflage naturel, recouvrant leurs positions et leurs mouvements d’un voile blanc qui les rend presque invisibles depuis les airs.
La guerre électronique est devenue un élément central de ces combats. Les soldats russes qui mènent les assauts d’infanterie sont souvent équipés de brouilleurs de signaux et de fusils anti-drones, tentant de neutraliser l’avantage technologique ukrainien dans le domaine des drones de reconnaissance et d’attaque. Cette course aux armements électroniques se joue à une échelle microscopique — quelques mètres de portée peuvent faire la différence entre la vie et la mort — mais elle a des implications stratégiques majeures. L’Ukraine a développé une expertise remarquable dans l’utilisation des drones, transformant des appareils commerciaux en armes redoutables, mais la Russie s’adapte, apprend, contre-attaque. Le champ de bataille du 21e siècle est un environnement où la technologie et la barbarie coexistent, où des innovations numériques côtoient des tactiques dignes de la Première Guerre mondiale.
Section 6 : Les voix du front
Syrsky et le commandement face à l’impossible
Le général Oleksandr Syrsky, commandant en chef des forces armées ukrainiennes, a qualifié le secteur de Pokrovsk comme « l’un des plus chauds » du front. Cette litote militaire masque une réalité sanglante. Dans une déclaration publiée sur les réseaux sociaux accompagnée de vidéos de combat, Syrsky a détaillé les pertes infligées à l’ennemi : plus de 15 000 soldats russes neutralisés en janvier 2025 seulement dans ce secteur, dont environ 7 000 tués définitivement. Ces chiffres, s’ils sont exacts, représentent une saignée considérable pour les forces d’assaut russes. Mais ils ne doivent pas faire oublier les pertes ukrainiennes, qui ne sont jamais communiquées officiellement pour des raisons de moral et de sécurité opérationnelle. On sait seulement que la défense de Pokrovsk coûte cher, très cher, en vies ukrainiennes. Chaque jour de résistance supplémentaire est payé au prix du sang de jeunes hommes et femmes qui auraient dû construire leur pays, pas mourir pour le défendre.
Le commandement ukrainien mène ce qu’il appelle une « opération défensive » dont l’objectif est de détruire les forces et les réserves ennemies tout en maintenant les lignes. C’est une stratégie d’attrition, une guerre d’usure où la victoire se mesure non pas en kilomètres gagnés mais en pertes infligées à l’adversaire. L’espoir est que la Russie ne pourra pas indéfiniment remplacer les hommes qu’elle perd, que les sanctions économiques finiront par mordre, que le soutien occidental permettra à l’Ukraine de tenir suffisamment longtemps pour épuiser la machine de guerre russe. C’est un pari risqué, qui repose sur des hypothèses incertaines et qui demande aux soldats ukrainiens de tenir des positions intenables, jour après jour, semaine après semaine, mois après mois. Mais c’est le seul pari possible quand on fait face à un ennemi disposant de ressources humaines apparemment illimitées et d’une volonté de sacrifier ses propres citoyens sans état d’âme.
Les héros anonymes des tranchées
Dans les positions de défense autour de Pokrovsk, des milliers de soldats ukrainiens vivent dans des conditions que nous pouvons à peine imaginer. Les tranchées et les abris souterrains sont devenus leur maison, parfois pendant des semaines consécutives. Ils dorment — quand ils peuvent dormir — avec le bruit constant des explosions en arrière-plan, mangent des rations froides parce que la fumée d’un feu de cuisson attirerait les drones ennemis, soignent leurs blessures avec les moyens du bord en attendant une rotation qui tarde parfois à venir. Ces hommes et ces femmes ne sont pas des super-héros, pas des personnages de film d’action. Ce sont des enseignants, des mécaniciens, des informaticiens, des agriculteurs qui ont dû apprendre à manier les armes, à repérer les mines, à survivre sous le feu ennemi. Leur courage est d’autant plus remarquable qu’il n’est pas inné : il est forgé par la nécessité, par l’amour de leur pays, par le refus de voir leur terre et leur peuple engloutis par l’agresseur.
Les récits qui filtrent du front parlent de solidarité indestructible, de camaraderie face à la mort, mais aussi de traumatismes profonds que ces soldats porteront toute leur vie. Le syndrome de stress post-traumatique touchera des centaines de milliers de vétérans ukrainiens quand cette guerre sera finie, si elle finit un jour. Les blessures invisibles — l’anxiété, les cauchemars, l’incapacité de se réadapter à une vie normale — feront autant de victimes que les obus et les missiles. La société ukrainienne de l’après-guerre devra faire face à un défi immense : réintégrer une génération entière marquée au fer rouge par l’expérience du combat, offrir un soutien psychologique et social à des millions de personnes traumatisées. C’est un chantier qui durera des décennies, bien après que les caméras de télévision auront quitté le pays pour d’autres crises, d’autres urgences.
Section 7 : Le monde regarde-t-il encore ?
L’attention mondiale qui s’émousse
Près de quatre ans après le début de l’invasion russe à grande échelle, la guerre en Ukraine risque de devenir une « crise oubliée ». Les médias occidentaux, soumis à la loi de l’attention limitée, ont progressivement réduit leur couverture. D’autres conflits, d’autres tragédies, d’autres scandales ont pris le relais dans le cycle infernal de l’information. Le Moyen-Orient s’embrase, les catastrophes climatiques se multiplient, les crises politiques internes accaparent l’attention des opinions publiques. Et pendant ce temps, à Pokrovsk et sur tout le front ukrainien, des gens continuent de mourir chaque jour. Leur souffrance n’est pas moins réelle parce qu’elle est moins médiatisée. Leur combat n’est pas moins important parce qu’il n’est plus à la une des journaux. Mais l’indifférence du monde a des conséquences concrètes : moins de pression sur les gouvernements pour maintenir l’aide, moins de dons humanitaires, moins de soutien politique pour une cause qui semble s’éterniser sans issue claire.
Le soutien occidental à l’Ukraine reste substantiel, mais il est fragilisé par des facteurs politiques internes dans plusieurs pays clés. Les changements de gouvernement, les débats budgétaires, les priorités électorales peuvent tous affecter le flux d’aide militaire et financière dont l’Ukraine dépend pour continuer à se battre. Cette incertitude pèse sur le moral des défenseurs et des civils ukrainiens, qui se demandent si le monde les abandonnera comme il a abandonné d’autres peuples avant eux. L’histoire récente offre des précédents troublants : l’Afghanistan livré aux talibans, la Syrie laissée à son sort, tant d’autres crises où la communauté internationale a détourné le regard. L’Ukraine espère être différente, espère que son appartenance à l’Europe géographique et culturelle lui vaudra un traitement différent. Mais rien n’est garanti. Rien n’est acquis. Et chaque jour de combat est un jour de plus où cette question reste sans réponse définitive.
Je me surprends parfois à scroller sans m’arrêter quand je vois une nouvelle sur l’Ukraine. Encore une frappe. Encore des morts. Encore les mêmes images de destruction. Et je me déteste pour cette indifférence qui s’installe, malgré moi. Comment fait-on pour rester sensible à une horreur qui dure depuis près de quatre ans ? Comment garde-t-on les yeux ouverts quand les fermer serait tellement plus confortable ? Je n’ai pas de réponse. Mais je sais que détourner le regard, c’est abandonner ceux qui se battent là-bas. Et ça, je refuse de le faire. Pas aujourd’hui. Pas demain. Jamais.
L’espoir malgré tout
Et pourtant, malgré tout, l’Ukraine tient. Pokrovsk résiste. Les 127 affrontements du 24 janvier 2026 se sont soldés par autant de lignes défendues, autant de positions maintenues, autant de refus de céder un pouce de terrain supplémentaire. Cette résistance n’est pas spectaculaire au sens médiatique du terme — il n’y a pas de charge de cavalerie, pas de victoire éclatante à célébrer. Mais elle est peut-être plus héroïque encore que n’importe quelle offensive glorieuse. Tenir quand tout semble perdu, continuer quand l’épuisement gagne, espérer quand le désespoir frappe à la porte : c’est cela, le courage ukrainien. Il se manifeste dans chaque soldat qui retourne au front après une permission trop courte, dans chaque civil qui reste dans une ville bombardée pour aider ses voisins, dans chaque médecin qui soigne les blessés sous les roquettes, dans chaque enseignant qui continue les cours dans des abris souterrains.
L’avenir de cette guerre reste incertain. Les scénarios possibles vont de la victoire ukrainienne complète — improbable à court terme mais pas impossible — au conflit gelé qui laisserait une partie du pays sous occupation russe pour des décennies. Ce qui est certain, c’est que l’Ukraine a déjà gagné quelque chose d’essentiel : elle a prouvé au monde et à elle-même qu’elle était prête à se battre pour sa liberté, qu’elle n’était pas la proie facile que Poutine imaginait, qu’elle méritait sa place parmi les nations libres et souveraines. Cette victoire morale ne suffit pas à panser les plaies, à reconstruire les villes, à ramener les morts. Mais elle est le socle sur lequel l’Ukraine de demain pourra se construire, quelle que soit l’issue militaire du conflit. Et c’est peut-être cela, au fond, que Pokrovsk symbolise : la volonté d’un peuple de ne jamais se rendre, même face à l’impossible.
Conclusion : Le silence après la bataille
Ce qui reste quand la poussière retombe
Quand le soleil s’est couché sur le 24 janvier 2026, les armes ne se sont pas tues. Elles ne se taisent jamais vraiment sur le front ukrainien. Les combats nocturnes ont pris le relais des affrontements diurnes, les drones ont continué leur ballet mortel dans le ciel noir, les obus ont continué de tomber sur des positions où des hommes et des femmes épuisés essayaient de voler quelques heures de sommeil. 127 affrontements en une journée, et demain il y en aura d’autres. Et après-demain encore. Jusqu’à quand ? Personne ne le sait. Ce que l’on sait, c’est que chaque jour qui passe ajoute son lot de victimes, de traumatismes, de destructions. Chaque jour repousse un peu plus loin le moment où les Ukrainiens pourront enfin vivre en paix sur leur propre terre. Chaque jour alourdit le bilan d’une guerre que personne n’a voulue sauf celui qui l’a déclenchée.
À Pokrovsk, il ne reste presque plus personne pour se souvenir de ce qu’était la ville avant. Les rues où les enfants jouaient sont des zones de combat. Les cafés où les amis se retrouvaient sont des ruines. Les appartements où les familles vivaient sont des coquilles vides, éventrées par les obus ou abandonnées dans la précipitation de l’évacuation. Mais quelque part, dans un abri ou dans une cave, il y a encore des gens qui refusent de partir. Des vieilles femmes qui nourrissent les chats errants malgré les bombes. Des hommes qui gardent leurs magasins ouverts malgré l’absence de clients. Des enfants — ces 49 enfants — qui continuent à exister dans un monde qui ne devrait pas être le leur. C’est pour eux que les soldats ukrainiens se battent. C’est pour eux que Pokrovsk doit tenir. C’est pour eux que le monde ne devrait pas détourner le regard.
127 affrontements. Ce chiffre m’accompagnera longtemps. Il résume une journée de guerre parmi des centaines d’autres, une goutte d’eau dans un océan de violence. Mais derrière chaque affrontement, il y avait des êtres humains. Des gens avec des visages, des histoires, des rêves brisés. Des gens qui méritaient de vivre dans un monde en paix. Je ne sais pas comment cette guerre finira. Je ne sais pas si Pokrovsk tiendra, si l’Ukraine l’emportera, si la justice prévaudra un jour. Ce que je sais, c’est que nous n’avons pas le droit d’oublier. Nous n’avons pas le droit de détourner les yeux. Parce que les oublier, ce serait les tuer une deuxième fois.
Le monde qui vient
L’Ukraine de 2026 est un pays transformé par la guerre. Ses villes sont meurtries, son infrastructure est dévastée, sa population est dispersée entre l’exil et les zones encore habitables. Mais c’est aussi un pays qui a découvert une force qu’il ne soupçonnait pas, une solidarité nationale qui transcende les anciennes divisions, une détermination qui impressionne le monde entier. Quand cette guerre sera finie — dans un an, dans cinq ans, dans dix ans — l’Ukraine aura besoin de tout reconstruire. Pas seulement les bâtiments et les routes, mais aussi les vies brisées, les communautés dispersées, les traumatismes collectifs. Ce sera l’œuvre d’une génération, peut-être de plusieurs. Mais les Ukrainiens ont prouvé qu’ils en étaient capables. Ils ont prouvé que leur nation était plus forte que les bombes qui lui tombent dessus, plus résiliente que les envahisseurs qui piétinent son sol.
Et nous, spectateurs lointains de ce drame, que retiendrons-nous de ces années terribles ? Aurons-nous appris quelque chose sur la nature de la guerre, sur le prix de la liberté, sur notre propre responsabilité face à l’injustice ? Ou bien refermerons-nous ce chapitre comme tant d’autres, passant à la crise suivante avec la même mémoire courte, le même oubli confortable ? L’histoire jugera. Elle jugera les agresseurs, bien sûr. Mais elle jugera aussi ceux qui ont regardé sans agir, ceux qui ont parlé sans aider, ceux qui ont promis sans tenir. Pokrovsk brûle. 127 affrontements en un jour. Le monde continue de tourner. Mais quelque part, sous les bombes, des gens attendent que nous nous souvenions d’eux. Que nous nous battions pour eux. Que nous ne les abandonnions pas à leur sort. C’est peut-être la seule chose qui nous reste à faire : ne pas oublier.
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur et analyste. Mon expertise réside dans l’observation et l’analyse des dynamiques géopolitiques, militaires et humanitaires qui façonnent le conflit russo-ukrainien. Mon travail consiste à décortiquer les données opérationnelles, à comprendre les stratégies des belligérants, à contextualiser les événements quotidiens dans le cadre plus large d’une guerre qui redéfinit l’ordre sécuritaire européen. Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel qui se limite au rapport factuel. Je prétends à la lucidité analytique, à l’interprétation rigoureuse des faits militaires et humanitaires, et à une lecture critique des événements qui tient compte de leur dimension humaine.
Méthodologie et sources
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et analyses interprétatives. Les informations factuelles présentées proviennent exclusivement de sources primaires et secondaires vérifiables.
Sources primaires : communiqués officiels de l’État-major général des Forces armées ukrainiennes, déclarations du commandant en chef Oleksandr Syrsky, rapports du ministère de la Défense ukrainien, données opérationnelles publiées par les autorités militaires ukrainiennes.
Sources secondaires : Ukrinform (agence de presse nationale ukrainienne), Kyiv Independent, Meduza, Institute for the Study of War, Critical Threats, Médecins Sans Frontières, Nations Unies (OCHA), The Economist, analyses de think tanks spécialisés dans les questions de défense.
Les chiffres concernant les pertes russes proviennent de sources ukrainiennes et ne peuvent être vérifiés de manière indépendante. Cette limitation est explicitement mentionnée dans le texte. Les données sur la situation humanitaire proviennent d’organisations internationales reconnues.
Nature de l’analyse
Les analyses, interprétations et perspectives présentées constituent une synthèse critique et contextuelle basée sur les informations disponibles, les tendances observées et les témoignages rapportés par les sources consultées. Les passages éditoriaux en italique représentent mes réflexions personnelles en tant que chroniqueur et sont clairement distingués du contenu factuel. Toute évolution ultérieure de la situation pourrait naturellement modifier les perspectives présentées ici.
Sources
Sources primaires
État-major général des Forces armées ukrainiennes — Rapport opérationnel du 25 janvier 2026 (08h00)
Ministère de la Défense ukrainien — Données sur les pertes ennemies, janvier 2026
Général Oleksandr Syrsky — Déclaration sur les opérations dans le secteur de Pokrovsk, février 2025
Sources secondaires
Ukrinform — War Update: 127 clashes on front lines over past day, over third in Pokrovsk sector — 25 janvier 2026
Kyiv Independent — 15,000 Russian troops ‘neutralized’ in Pokrovsk direction in January alone, Syrskyi says — février 2025
Institute for the Study of War / Critical Threats — Russian Offensive Campaign Assessment — janvier 2026
Médecins Sans Frontières — Ukraine: Mass evacuation from Pokrovsk as fighting approaches — 2025
Nations Unies (OCHA) — 2026 Humanitarian Needs and Response Plan for Ukraine — janvier 2026
The Economist — Ukraine’s energy infrastructure under attack — janvier 2026
Meduza — Analysis of the Pokrovsk and Kupiansk fronts — janvier 2026
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