Une visite historique qui change la donne
Tout a commencé par un avion. Le 16 janvier 2026, Mark Carney a atterri à Pékin pour la première visite d’un premier ministre canadien en Chine depuis 2017. Neuf ans de gel diplomatique. Neuf ans où les relations entre Ottawa et Pékin avaient touché le fond, notamment après l’affaire Meng Wanzhou et la détention des « deux Michael ». Mais les temps changent. Et face à un voisin américain devenu imprévisible et menaçant, le Canada a décidé de diversifier ses options. Carney est allé serrer la main de Xi Jinping. Et Trump n’a pas digéré.
Ce qui est sorti de cette visite a fait l’effet d’une bombe à Washington. Un « partenariat stratégique » entre le Canada et la Chine. Une réduction spectaculaire des tarifs sur les véhicules électriques chinois, passant de 100% à 6,1%. En échange, Pékin a promis de baisser ses droits sur le canola canadien de 85% à environ 15%. Le Canada autorisera jusqu’à 49 000 véhicules électriques chinois sur son marché en 2026, un chiffre qui grimpera à 70 000 d’ici 2030. C’est moins de 3% du marché automobile canadien. Mais pour Trump, c’est une trahison.
L’ironie cruelle d’un revirement à 180 degrés
Le plus ironique dans cette histoire ? La réaction initiale de Donald Trump. Le 15 janvier, quand on lui a demandé ce qu’il pensait des négociations entre le Canada et la Chine, sa réponse a été surprenante : « C’est bien, c’est ce qu’il devrait faire. C’est une bonne chose pour lui de signer un accord commercial. Si vous pouvez obtenir un accord avec la Chine, vous devriez le faire. » Ces mots sont sortis de sa bouche. Devant les caméras. À la Maison-Blanche. Neuf jours plus tard, ce même accord devient une raison de menacer le Canada de destruction économique.
Que s’est-il passé entre-temps ? Mark Carney s’est rendu au Forum économique mondial de Davos. Et là, sans jamais nommer directement Trump, il a prononcé un discours qui a fait mouche. Il a parlé d’une « rupture » dans l’ordre mondial. Il a dénoncé l’utilisation des « tarifs comme levier » et de « l’infrastructure financière comme coercition ». Il a appelé les « puissances moyennes » à s’unir face aux géants. « Si vous n’êtes pas à la table, vous êtes au menu », a-t-il lancé. Et il a ajouté cette phrase qui a dû brûler les oreilles du président américain : la Chine est un partenaire « plus prévisible » que les États-Unis. La guerre était déclarée.
Il y a quelque chose de profondément révélateur dans cette séquence d’événements. Trump approuve un accord, puis le condamne quand l’autre partie ose critiquer sa méthode. Ce n’est pas de la politique commerciale. C’est de l’ego blessé transformé en arme économique. Et ce qui me frappe, c’est que Carney a simplement dit tout haut ce que beaucoup de dirigeants pensent tout bas : faire affaire avec les États-Unis de Trump est devenu un exercice de haute voltige où les règles changent au gré de ses humeurs. La Chine, avec tous ses défauts, offre au moins une certaine constance. C’est triste à dire. Mais c’est la réalité de 2026.
« La Chine va dévorer le Canada » : l'apocalypse selon Trump
Des déclarations incendiaires sur les réseaux sociaux
Les mots utilisés par Donald Trump pour décrire la situation dépassent tout ce qu’on avait entendu jusque-là dans les relations entre ces deux pays alliés. « La Chine s’empare avec succès et complètement du Canada, qui était autrefois un grand pays », a-t-il écrit sur Truth Social. « Je suis tellement triste de voir ça », a-t-il ajouté avec une ironie à peine dissimulée. Puis est venue cette phrase qui aurait pu être drôle si elle n’était pas si révélatrice : « J’espère seulement qu’ils laisseront le hockey sur glace tranquille ! » Le sport national canadien comme dernier rempart contre l’invasion chinoise. On nage en plein surréalisme.
Mais Trump ne s’est pas arrêté là. Dans une série de publications, il a dressé un tableau apocalyptique de ce qui attend le Canada : « La Chine va manger le Canada vivant, le dévorer complètement, y compris la destruction de ses entreprises, de son tissu social et de son mode de vie général. » Des mots d’une violence inouïe pour parler d’un simple accord commercial sur des voitures électriques et du canola. Il a ensuite averti : « La dernière chose dont le monde a besoin, c’est que la Chine prenne le contrôle du Canada. Ça n’arrivera PAS, et ça ne s’en approchera même pas ! » Le ton est celui d’un ultimatum. La posture est celle d’un empire qui refuse que ses vassaux regardent ailleurs.
L’accusation de « port de déchargement » pour la Chine
Au cœur de la colère de Trump se trouve une accusation précise : le Canada deviendrait un point de transit pour les produits chinois destinés aux États-Unis. « Si le Gouverneur Carney pense qu’il va faire du Canada un « port de déchargement » pour que la Chine envoie des biens et des produits aux États-Unis, il se trompe lourdement », a-t-il écrit. L’image est claire dans son esprit : des cargos chinois déchargeant au Canada, puis des camions traversant la frontière pour inonder le marché américain de produits « Made in China » déguisés en exportations canadiennes.
Cette crainte n’est pas totalement infondée sur le plan économique. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les accords commerciaux incluent généralement des règles d’origine strictes. L’ACEUM (l’accord commercial nord-américain renégocié sous Trump lui-même) contient précisément ces garde-fous. Les produits doivent avoir un certain pourcentage de contenu nord-américain pour bénéficier des tarifs préférentiels. Mais dans le monde de Trump, les nuances n’existent pas. Un accord entre le Canada et la Chine est automatiquement une menace existentielle pour les États-Unis. Point final.
Le Canada refuse de plier : la riposte de Carney
« Le Canada ne vit pas grâce aux États-Unis »
Mark Carney n’est pas du genre à se laisser intimider. L’ancien gouverneur de la Banque du Canada et de la Banque d’Angleterre a répondu aux attaques de Trump avec une dignité froide et une pointe de fierté nationale. « Le Canada ne vit pas grâce aux États-Unis. Le Canada prospère parce que nous sommes Canadiens », a-t-il déclaré. Des mots simples. Des mots puissants. Des mots qui rappellent qu’un pays de 40 millions d’habitants peut avoir une identité et une volonté propres, même dans l’ombre du géant américain.
Le premier ministre canadien a également souligné que son pays pouvait servir d’exemple à un monde tenté par les « tendances autocratiques ». Sans jamais nommer Trump directement — la diplomatie a ses codes —, le message était limpide. Le Canada refuse de se soumettre aux diktats d’un seul homme, fût-il le président de la nation la plus puissante du monde. C’est une position courageuse. C’est aussi une position risquée. Car Trump n’est pas connu pour pardonner ceux qui lui tiennent tête.
On peut penser ce qu’on veut de Mark Carney et de sa politique. Mais il y a quelque chose d’admirable dans cette posture. Face à un voisin qui vous traite de colonie, qui appelle votre dirigeant « gouverneur », qui menace de détruire votre économie parce que vous avez osé signer un accord commercial avec un autre pays… Que faites-vous ? Vous vous couchez ? Ou vous affirmez votre souveraineté ? Carney a choisi la deuxième option. Et quelque part, je me dis que c’est ce que n’importe quel leader digne de ce nom aurait dû faire.
« Il n’y a pas de poursuite d’un accord de libre-échange avec la Chine »
Le gouvernement canadien a également tenté de calmer le jeu en apportant des précisions cruciales. Dominic LeBlanc, le ministre du Commerce Canada-États-Unis, a été catégorique : « Il n’y a pas de poursuite d’un accord de libre-échange avec la Chine. Ce qui a été accompli, c’est la résolution de plusieurs questions tarifaires importantes. » Une nuance de taille. Le Canada n’a pas signé un traité de libre-échange complet avec Pékin. Il a négocié un arrangement ciblé sur quelques produits spécifiques : des voitures électriques d’un côté, des produits agricoles de l’autre. Rien qui ne menace directement le commerce avec les États-Unis.
Mais dans le climat actuel, les faits semblent avoir peu d’importance. La perception — ou plutôt, la perception que Trump choisit de projeter — devient la réalité politique. Peu importe que l’accord canado-chinois soit limité en portée. Peu importe que les 49 000 véhicules électriques représentent une goutte d’eau dans l’océan du marché automobile. Ce qui compte, c’est le symbole. Le Canada a osé se tourner vers la Chine. Et pour Washington, c’est inacceptable.
Le hockey, les tarifs et la souveraineté : les enjeux d'une crise sans précédent
Quand l’économie devient une arme de guerre
Ce qui se joue entre Washington et Ottawa dépasse largement la question des véhicules électriques chinois. C’est une redéfinition complète des relations entre les deux pays. Depuis son retour au pouvoir en janvier 2025, Donald Trump a multiplié les déclarations sur sa volonté d’annexer le Canada comme « 51e État ». Ce qui pouvait passer pour une provocation humoristique au début est devenu un leitmotiv inquiétant. Il a publié sur les réseaux sociaux des cartes altérées montrant les États-Unis englobant le Canada, le Groenland, Cuba et le Venezuela. L’expansionnisme américain n’est plus un fantasme. C’est une politique assumée.
Les tarifs douaniers sont devenus l’outil privilégié de cette nouvelle doctrine. On l’appelle parfois la « doctrine Monroe » version Trump, ou « doctrine Donroe » comme l’ont surnommée certains analystes avec ironie. L’idée est simple : les États-Unis ont un droit de regard sur tout ce que font leurs voisins. Tout partenariat avec une puissance rivale — et la Chine en est la principale — est considéré comme une menace directe à la sécurité nationale américaine. Les alliés n’ont qu’à s’aligner ou en payer le prix. C’est la diplomatie de la coercition élevée au rang de principe fondateur.
L’Ontario s’inquiète pour son industrie automobile
Au Canada, les réactions sont loin d’être unanimes. Le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, a vivement critiqué l’accord avec la Chine. « La Chine a maintenant un pied dans le marché canadien », a-t-il déclaré, « qu’elle utilisera aux dépens des travailleurs, et cet accord risque de fermer la porte aux constructeurs automobiles canadiens sur le marché américain. » Une inquiétude légitime. L’industrie automobile ontarienne est intimement liée à celle du Michigan. Les pièces traversent la frontière plusieurs fois avant qu’une voiture soit assemblée. Des tarifs à 100% seraient catastrophiques pour des milliers d’emplois.
Le chef de l’opposition conservatrice, Pierre Poilievre, a également attaqué Carney sur ce dossier. « Il doit expliquer comment il est passé de dire que la Chine était une menace à annoncer un « partenariat stratégique » avec Pékin », a-t-il lancé. « Son accord va permettre à 50 000 véhicules électriques d’entrer sur nos routes, mettant en danger notre sécurité et nos emplois dans l’automobile. » La politique intérieure canadienne se mêle ainsi aux tensions internationales. Carney se retrouve coincé entre un voisin hostile et une opposition qui l’accuse de naïveté face à Pékin.
C’est le paradoxe cruel dans lequel se trouve le Canada aujourd’hui. D’un côté, un président américain qui vous traite comme une colonie et menace votre économie. De l’autre, une Chine qui n’est certainement pas un partenaire idéal — son bilan en matière de droits humains, son autoritarisme, ses pratiques commerciales discutables. Alors, que faites-vous ? Vous restez soumis à un voisin qui vous humilie publiquement ? Ou vous cherchez des alternatives, même imparfaites ? Je n’ai pas la réponse. Personne ne l’a vraiment. Mais je sais une chose : aucun pays souverain ne devrait avoir à choisir entre l’humiliation et l’isolement.
La Chine, grande gagnante d'une guerre qu'elle n'a pas déclenchée
Pékin observe et profite
Dans cette confrontation entre Washington et Ottawa, il y a un acteur qui tire son épingle du jeu sans même avoir à lever le petit doigt : la Chine. Xi Jinping n’a rien eu à faire pour attirer le Canada vers lui. Il lui a suffi de regarder Donald Trump pousser son allié dans ses bras. C’est l’ironie suprême de cette situation. Plus Trump menace, humilie et punit le Canada, plus il rend l’alternative chinoise attractive. Pas parce que Pékin serait un partenaire idéal, mais parce que Washington est devenu un partenaire impossible.
L’accord sino-canadien est modeste dans sa portée. Quelques dizaines de milliers de voitures électriques. Des tarifs réduits sur le canola. Une promesse d’investissements chinois dans l’industrie automobile canadienne. Ce n’est pas une alliance géopolitique majeure. Mais c’est un symbole puissant. Pour la première fois depuis des années, un proche allié des États-Unis ose ouvertement pivoter vers Pékin. Et cela arrive précisément parce que le leadership américain est devenu toxique. Trump voulait « America First ». Il obtient « America Alone ».
Le précédent qui inquiète Washington
Ce qui se passe avec le Canada pourrait faire des émules. Si Ottawa peut résister aux pressions américaines et trouver des partenaires alternatifs, d’autres pourraient suivre. L’Europe observe attentivement. Le Japon aussi. La Corée du Sud. Tous ces alliés traditionnels des États-Unis qui subissent eux aussi les menaces tarifaires et les humiliations publiques de l’administration Trump. La phrase de Mark Carney à Davos résonne : « Les puissances moyennes doivent agir ensemble parce que si vous n’êtes pas à la table, vous êtes au menu. »
C’est peut-être la plus grande erreur stratégique de Donald Trump dans toute cette affaire. En voulant punir le Canada pour avoir osé diversifier ses partenariats, il encourage précisément ce qu’il cherche à empêcher. Plus il sera agressif, plus les pays chercheront des alternatives. Plus il brandit la menace des tarifs, plus la Chine apparaîtra comme un refuge. C’est un cercle vicieux que le président américain alimente lui-même, publication après publication, insulte après insulte, menace après menace.
Le spectre du 51e État : une obsession qui en dit long
Plus qu’une blague : une vision du monde
L’appellation de « Gouverneur Carney » n’est pas qu’une pique mesquine. C’est l’expression d’une vision du monde où les frontières sont négociables et où la puissance fait le droit. Donald Trump a commencé à utiliser ce terme avec l’ancien premier ministre Justin Trudeau. Il l’a perpétué avec Mark Carney. Chaque fois qu’il refuse d’utiliser le titre de « premier ministre », il envoie un message : le Canada n’est pas vraiment un pays souverain à ses yeux. C’est une extension naturelle des États-Unis qui refuse de reconnaître sa place.
Cette obsession pour l’annexion territoriale ne se limite pas au Canada. Trump a également exprimé son désir d’acquérir le Groenland, territoire autonome du Danemark. Il a publié des cartes montrant Cuba et le Venezuela comme partie intégrante des États-Unis. Le canal de Panama fait aussi l’objet de ses convoitises déclarées. C’est un expansionnisme assumé, décomplexé, qui rappelle les pires heures de l’impérialisme du XIXe siècle. Sauf que nous sommes en 2026, et que ces déclarations viennent du leader de ce qui se veut encore la plus grande démocratie du monde.
Il y a des moments où on se demande si on n’est pas en train de vivre dans une sorte de réalité parallèle. Un président américain qui parle ouvertement d’annexer des pays souverains. Qui publie des cartes où les frontières internationales sont redessinées selon ses désirs. Qui appelle les dirigeants étrangers par des titres inventés pour les humilier. Et le monde… continue. Les marchés fonctionnent. Les avions décollent. Les gens vont travailler. Comme si tout cela était normal. Mais ce n’est pas normal. Et je crains qu’on ne mesure l’ampleur de ce qui se passe que bien plus tard, quand il sera trop tard.
La réponse canadienne : fierté et résistance
Face à ces provocations répétées, la réponse canadienne a été remarquablement unie. Malgré les divisions politiques habituelles entre libéraux et conservateurs, entre provinces de l’Ouest et de l’Est, un consensus s’est formé : le Canada ne sera pas le 51e État américain. Les sondages montrent que l’idée d’une annexion est massivement rejetée par la population canadienne, toutes allégeances politiques confondues. Trump, en croyant intimider le Canada, a peut-être réussi l’exploit inverse : unir un pays traditionnellement divisé autour de sa souveraineté.
Cette fierté nationale retrouvée se manifeste de multiples façons. Des campagnes appellent à boycotter les produits américains. Le tourisme canadien vers les États-Unis a chuté drastiquement. Les entreprises canadiennes accélèrent leurs efforts pour diversifier leurs exportations. Ce qui était impensable il y a quelques années — un Canada qui regarde vers l’Asie et l’Europe plutôt que vers le sud — devient progressivement une réalité. Trump voulait soumettre le Canada. Il est en train de le pousser vers l’émancipation.
Et maintenant ? Les scénarios d'une crise qui s'aggrave
L’escalade tarifaire : jusqu’où ?
La menace de tarifs à 100% n’est pas encore concrétisée. Pour l’instant, ce sont des mots sur Truth Social. Mais Donald Trump a montré par le passé qu’il était capable de transformer ses tweets en politiques réelles. Si ces tarifs devaient être imposés, les conséquences seraient dévastatrices pour les deux économies. Les prix augmenteraient drastiquement pour les consommateurs américains habitués aux produits canadiens. Les chaînes d’approvisionnement intégrées seraient perturbées. Des usines fermeraient des deux côtés de la frontière. C’est le jeu du poulet économique poussé à son extrême.
Le Canada, de son côté, a déjà montré qu’il était prêt à riposter. Des contre-tarifs sur les produits américains sont sur la table. Des listes de biens ciblés — souvent choisis pour leur impact politique dans les États républicains — ont été préparées. C’est la logique de la guerre commerciale : œil pour œil, tarif pour tarif. Personne n’en sort gagnant. Mais dans ce bras de fer, le plus petit des deux joueurs a plus à perdre. L’économie canadienne dépend du commerce avec les États-Unis bien plus que l’inverse. Et Trump le sait.
La diplomatie peut-elle encore sauver la situation ?
Des canaux diplomatiques existent encore. L’ACEUM, l’accord commercial nord-américain renégocié en 2018, prévoit des mécanismes de résolution des différends. Mais ces mécanismes sont lents, bureaucratiques, et Trump n’est pas connu pour sa patience institutionnelle. Il préfère les deals bilatéraux, les coups de téléphone, les négociations mano a mano où sa force peut s’exprimer pleinement. Or, pour négocier avec Trump, il faut lui donner l’impression d’avoir gagné. Et Carney, jusqu’ici, refuse de jouer ce jeu.
Un sommet entre les deux leaders pourrait dénouer la crise. Mais à quelles conditions ? Trump demanderait probablement que le Canada abandonne son accord avec la Chine. Qu’il s’aligne totalement sur la politique commerciale américaine envers Pékin. Qu’il accepte de nouvelles concessions sur le bois d’œuvre, le lait, l’aluminium. En échange de quoi ? La promesse de ne pas être étranglé économiquement ? C’est la définition même du chantage. Et si le Canada cède une fois, combien de fois devra-t-il céder encore ?
Au fond, ce qui se joue ici dépasse le Canada et les États-Unis. C’est la question de savoir si un pays peut encore être souverain dans un monde dominé par les superpuissances. Si un État de taille moyenne peut avoir sa propre politique étrangère, ses propres partenariats commerciaux, ses propres choix stratégiques. Ou si tout cela est une illusion, et que seule la force compte. Trump a choisi sa réponse. Carney tente d’en proposer une autre. L’issue de cette confrontation nous concerne tous. Parce que si le Canada peut être traité ainsi, qui est vraiment à l’abri ?
Conclusion : Le jour où l'Amérique a perdu le Canada
Une relation brisée peut-elle se réparer ?
Les relations entre le Canada et les États-Unis ne seront plus jamais les mêmes après cette crise. Quelque chose s’est brisé. La confiance, peut-être. L’illusion d’une amitié entre égaux, certainement. Le Canada a découvert que son voisin pouvait le traiter comme un ennemi du jour au lendemain. Que des décennies d’alliance, de coopération, de proximité culturelle ne comptaient pour rien face aux humeurs d’un seul homme. Cette leçon restera gravée dans la mémoire collective canadienne bien après le départ de Trump du pouvoir.
Car Trump partira un jour. Dans trois ans, ou dans sept si les électeurs américains le reconduisent. Mais le Canada restera là, voisin permanent des États-Unis. Et il aura appris. Il aura diversifié ses partenariats commerciaux. Renforcé ses liens avec l’Europe, l’Asie, l’Amérique latine. Développé ses propres capacités industrielles et technologiques. Le Canada d’après-Trump sera différent du Canada d’avant. Plus méfiant. Plus autonome. Moins enclin à mettre tous ses œufs dans le panier américain. C’est peut-être, ironiquement, le plus grand service que Donald Trump aura rendu au Canada.
Le hockey survivra
Trump espère que la Chine « laissera le hockey tranquille ». La remarque était censée être drôle, probablement. Mais elle révèle une incompréhension fondamentale de ce qu’est le Canada. Ce pays n’est pas qu’un terrain de hockey et une réserve de ressources naturelles à exploiter. C’est une nation avec son histoire, sa culture, ses valeurs. Une nation qui a choisi la paix, la diversité, la coopération internationale. Une nation qui ne se définit pas par son opposition aux autres, mais par ce qu’elle construit avec eux.
Le hockey survivra, oui. La démocratie canadienne aussi. La fierté nationale aussi. Et peut-être que dans quelques années, quand les historiens se pencheront sur cette période troublée, ils retiendront ceci : c’est le moment où le Canada a cessé d’être le petit frère docile de l’Amérique et a commencé à tracer son propre chemin. Ce moment où, face aux menaces et aux humiliations, un pays a choisi la dignité plutôt que la soumission. Ce moment où « Gouverneur Carney » a répondu à l’empire : « Le Canada ne vit pas grâce aux États-Unis. Le Canada prospère parce que nous sommes Canadiens. »
Je termine cet article avec un sentiment étrange. De la tristesse, d’abord, devant ce gâchis. Deux peuples qui partagent la plus longue frontière non militarisée du monde, des siècles d’histoire commune, des familles qui vivent des deux côtés… Et voilà où nous en sommes. Des menaces de tarifs à 100%. Des accusations de trahison. Des cartes redessinées sur les réseaux sociaux. Mais aussi, quelque part, de l’espoir. Parce que face à la brutalité, quelqu’un a dit non. Parce que face à l’humiliation, un pays a choisi la fierté. Ce n’est pas grand-chose. Mais dans le monde de 2026, c’est peut-être déjà beaucoup.
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur et analyste. Mon expertise réside dans l’observation et l’analyse des dynamiques géopolitiques, économiques et stratégiques qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies politiques, à comprendre les mouvements économiques globaux, à contextualiser les décisions des acteurs internationaux et à proposer des perspectives analytiques sur les transformations qui redéfinissent nos sociétés.
Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. Je prétends à la lucidité analytique, à l’interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux complexes qui nous concernent tous. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et stratégique, et d’offrir une lecture critique des événements.
Méthodologie et sources
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et analyses interprétatives. Les informations factuelles présentées proviennent exclusivement de sources primaires et secondaires vérifiables.
Sources primaires : déclarations officielles du président Donald Trump sur Truth Social, communiqués du Bureau du Premier ministre du Canada, déclarations publiques de Mark Carney et de Dominic LeBlanc, dépêches d’agences de presse internationales reconnues (Reuters, Associated Press, Agence France-Presse, Bloomberg News).
Sources secondaires : publications spécialisées et médias d’information reconnus internationalement (CBC News, The Globe and Mail, BNN Bloomberg, ABC News, NPR, Euronews, Al Jazeera, CNBC, Fortune, Chatham House).
Nature de l’analyse
Les analyses, interprétations et perspectives présentées dans les sections analytiques de cet article constituent une synthèse critique et contextuelle basée sur les informations disponibles, les tendances observées et les commentaires d’experts cités dans les sources consultées.
Mon rôle est d’interpréter ces faits, de les contextualiser dans le cadre des dynamiques géopolitiques et économiques contemporaines, et de leur donner un sens cohérent dans le grand récit des transformations qui façonnent notre époque. Ces analyses reflètent une expertise développée à travers l’observation continue des affaires internationales et la compréhension des mécanismes stratégiques qui animent les acteurs globaux.
Toute évolution ultérieure de la situation pourrait naturellement modifier les perspectives présentées ici. Cet article sera mis à jour si de nouvelles informations officielles majeures sont publiées, garantissant ainsi la pertinence et l’actualité de l’analyse proposée.
Sources
Sources primaires
Bureau du Premier ministre du Canada – Communiqué officiel : Prime Minister Carney forges new strategic partnership with the People’s Republic of China – 16 janvier 2026
Déclarations de Donald Trump – Publications sur Truth Social concernant le Canada et la Chine – 24-25 janvier 2026
Dünya Gazetesi – ABD Başkanı Trump: Çin, Kanada’yı tamamen ele geçiriyor – 25 janvier 2026
Sources secondaires
BNN Bloomberg – ‘Leave Ice Hockey alone!’: Trump says China is ‘taking over’ Canada – 25 janvier 2026
CBC News – Trump threatens 100% tariffs on Canadian goods as Carney carries on with trade strategy – 24 janvier 2026
The Globe and Mail – Carney says Canada not seeking free-trade deal with China as Trump threatens tariffs – 24 janvier 2026
ABC News – Trump threatens 100% tariff on Canada if it makes deal with China – 24 janvier 2026
NPR – Canada agrees to cut tariff on Chinese EVs in return for lower tariffs on Canadian farm products – 16 janvier 2026
Euronews – Trump threatens Canada with 100% tariff over its trade deal with China – 24 janvier 2026
Al Jazeera – Canada, China strike trade deals to slash tariffs on EVs, canola – 16 janvier 2026
CNBC – Trump threatens to impose 100% tariff if Canada makes deal with China – 24 janvier 2026
Fortune – Trump vows 100% tariff on Canada after saying ‘it’s a good thing’ for Carney to make deal with China – 24 janvier 2026
Chatham House – As Carney visits China to diversify Canada’s trade, the ‘Donroe Doctrine’ further strains US relations – janvier 2026
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