Quand le sport devient un champ de bataille politique
Le Super Bowl n’a jamais été qu’un simple match de football américain. C’est une institution nationale, un moment de communion collective où 130 millions d’Américains se retrouvent devant leur écran. Les publicités y coûtent 7 millions de dollars pour trente secondes. Le spectacle de la mi-temps est regardé par plus de téléspectateurs que n’importe quelle émission de l’année. C’est l’Amérique qui se regarde dans un miroir. Et ce miroir, Donald Trump veut le contrôler. Décider qui a le droit d’y apparaître. Qui mérite de représenter la nation. Qui doit en être exclu.
La NFL, pour sa part, ne plie pas. Le commissaire Roger Goodell a réaffirmé son soutien à Bad Bunny, soulignant « la pertinence internationale de l’artiste ». Le spectacle, intitulé « El baile inolvidable » — « La danse inoubliable » en français — reste programmé comme prévu. C’est une décision courageuse, dans un pays où les pressions politiques peuvent faire plier les plus grandes entreprises. Mais c’est aussi une décision logique : Bad Bunny n’est pas un choix politique. C’est un choix commercial. L’artiste le plus populaire de la planète sur scène pendant l’événement le plus regardé de l’année. L’équation est simple.
Et c’est peut-être ça qui dérange le plus Trump. Pas la musique. Pas la langue. Pas même la satire dans « Nuevayol ». C’est le fait que le monde continue de tourner sans lui demander la permission. Que des millions de jeunes Américains — latinos, blancs, noirs, asiatiques — vont vibrer devant Bad Bunny sans se soucier une seconde de ce que le président en pense. Il y a quelque chose de rassurant là-dedans, non ?
Green Day dans le viseur : le punk comme ennemi d’État
Green Day aussi pose problème au président. Le groupe de Berkeley, cinq fois Grammy Award et membre du Rock and Roll Hall of Fame, a été choisi pour la cérémonie d’ouverture du Super Bowl LX. Un choix symbolique : Green Day est originaire de la Bay Area, à deux pas du Levi’s Stadium. Billie Joe Armstrong, Mike Dirnt et Tré Cool joueront devant leur public. Leurs fans. Leur maison. Mais pour Trump, c’est inacceptable. Pourquoi ? Parce que Billie Joe Armstrong a récemment soutenu les manifestations contre la police de l’immigration au Minnesota.
Le punk rock a toujours été politique. « American Idiot », l’album qui a propulsé Green Day au sommet en 2004, était une critique frontale de l’administration Bush et de la guerre en Irak. Vingt ans plus tard, le groupe n’a pas changé. Et c’est précisément ce qui fait sa force. Mais dans l’Amérique de Trump, avoir une opinion politique quand on est artiste devient un crime de lèse-majesté. On peut être milliardaire et donner son avis sur tout. On peut être président et insulter la moitié du pays. Mais si on est musicien, on doit se taire et jouer.
Section 3 : La pétition des 100 000 signatures
Une mobilisation révélatrice des fractures américaines
Sur la plateforme Change.org, une pétition a dépassé les 100 000 signatures pour demander le retrait de Bad Bunny de la programmation du Super Bowl. Les arguments avancés ? Le Super Bowl devrait rester « apolitique ». L’artiste chante en espagnol. Sa musique « brouille les frontières des genres ». On est au-delà de la critique artistique. On est dans le pur ressentiment culturel. Dans l’idée qu’un Latino qui chante dans sa langue n’a pas sa place sur la scène nationale américaine. Que l’Amérique, celle du Super Bowl, doit rester blanche et anglophone.
Parmi les signataires et soutiens de cette pétition, des figures proches de Trump. Sebastian Gorka, conseiller du président. La députée Marjorie Taylor Greene, qui a relancé le débat sur la langue officielle des États-Unis — rappelons que les États-Unis n’ont pas de langue officielle au niveau fédéral. Des voix qui ne représentent pas l’Amérique dans sa diversité, mais une fraction de l’Amérique. Une fraction qui a peur. Peur de ce qu’elle ne comprend pas. Peur de ce qu’elle ne contrôle plus.
La réponse de Bad Bunny : « Une victoire pour les Latinos »
Bad Bunny n’a pas cédé. Au contraire. Dans une déclaration reprise par plusieurs médias, l’artiste a affirmé que sa présence au Super Bowl représentait « une victoire pour les Latinos américains ». Il sera le premier artiste latin masculin à être tête d’affiche du spectacle de la mi-temps. Avant lui, Shakira et Jennifer Lopez avaient partagé la scène du Super Bowl LIV en 2020. Mais jamais un homme latino n’avait porté seul ce spectacle. C’est historique. Et c’est précisément ce qui rend cette polémique si pathétique.
Dans un contexte où Bad Bunny a annoncé que sa prochaine tournée éviterait les États-Unis — par crainte que ses fans ne soient ciblés par la police de l’immigration — son apparition au Super Bowl prend une dimension supplémentaire. Ce n’est plus seulement un concert. C’est un acte de résistance culturelle. Un message envoyé à des millions de Latinos américains : vous existez, vous comptez, vous méritez cette scène. Et aucun président, aussi puissant soit-il, ne peut vous l’enlever.
Je pense à cette phrase de Bad Bunny : « C’est pour mon peuple, ma culture, notre histoire. » Il y a quelque chose de puissant dans ces mots. Quelque chose qui dépasse largement le cadre d’un spectacle sportif. Parce que dans l’Amérique de 2026, affirmer son identité culturelle est devenu un acte politique. Chanter en espagnol devant 130 millions de personnes, c’est refuser de disparaître. C’est exister malgré tout.
Section 4 : L'ironie d'un président qui « sème la haine »
Celui qui accuse les autres de diviser
« Cela ne fait que semer la haine », a dit Trump à propos de Bad Bunny et Green Day. La phrase mérite qu’on s’y arrête. Qu’on la retourne. Qu’on l’examine sous toutes ses coutures. Parce que si quelqu’un, aux États-Unis, a fait de la division son fonds de commerce, c’est bien Donald Trump. L’homme qui a lancé sa première campagne présidentielle en 2015 en qualifiant les Mexicains de « violeurs » et de « criminels ». L’homme qui a proposé un « Muslim ban ». L’homme qui a qualifié des suprémacistes blancs de « très bons gens » après Charlottesville.
Que Trump accuse des artistes de « semer la haine » relève du comique absurde. Ou de la projection psychologique. Bad Bunny chante l’amour, la fête, la fierté latine. Green Day dénonce les injustices et questionne le pouvoir. Où est la haine là-dedans ? La haine, elle est dans les politiques de séparation des familles à la frontière. Dans les discours qui déshumanisent les immigrés. Dans cette rhétorique constante du « nous contre eux » qui empoisonne la vie politique américaine depuis dix ans.
Un homme seul face à l’évolution de son pays
Ce que révèle cette polémique, au fond, c’est le décalage croissant entre Donald Trump et l’Amérique qu’il prétend représenter. Selon le Pew Research Center, les Latinos représentent désormais près de 19% de la population américaine. C’est la minorité la plus importante du pays. Une minorité jeune, dynamique, culturellement influente. Une minorité qui vote, qui consomme, qui crée. Et qui ne va pas disparaître parce qu’un homme de 79 ans refuse d’écouter du reggaeton.
Le choix de Bad Bunny par la NFL n’est pas un accident. C’est la reconnaissance d’une réalité démographique et culturelle. L’Amérique de 2026 n’est pas celle de 1986. Elle est diverse, métissée, multilingue. Elle écoute du hip-hop, du reggaeton, du K-pop, du punk. Elle danse sur Bad Bunny autant que sur Taylor Swift. Et cette Amérique-là n’a pas besoin de la permission de Donald Trump pour exister.
Section 5 : Le précédent du Super Bowl 2025
Kendrick Lamar et la colère républicaine
Ce n’est pas la première fois que la droite américaine s’insurge contre la programmation du Super Bowl. L’année dernière, lors du Super Bowl LIX à La Nouvelle-Orléans, c’est Kendrick Lamar qui avait provoqué un tollé. Le rappeur de Compton avait livré une performance historique — 135,5 millions de téléspectateurs, record absolu pour un spectacle de mi-temps. Mais les réactions de la sphère MAGA avaient été virulentes. Charlie Kirk : « Cette musique n’est pas mon style. » George Santos : « Absolument nul. Qui a réservé cette horreur ? » Lauren Boebert : « Dites-moi que je ne suis pas la seule à avoir besoin de sous-titres ! »
Le sénateur Tommy Tuberville, lui, était allé sur Fox News pour déclarer le spectacle de mi-temps « grand perdant de la soirée » et le qualifier de « catastrophique ». Matt Gaetz avait tweeté que la performance était « clairement la réponse du régime aux gains historiques de Trump chez les hommes noirs ». X, l’ancien Twitter, avait dû ajouter un fact-check : Kendrick Lamar avait été annoncé des mois avant la victoire de Trump. Les faits, encore une fois, n’avaient pas arrêté la machine à indignation.
C’est toujours le même schéma. Un artiste noir, latino, ou simplement progressiste monte sur scène. La droite s’indigne. On parle de « politisation ». On crie à l’attaque contre les « vraies valeurs américaines ». Mais quelles sont ces valeurs, exactement ? L’exclusion ? Le monolinguisme ? La conformité idéologique ? Si c’est ça l’Amérique qu’ils défendent, alors oui, Bad Bunny et Kendrick Lamar sont des menaces. Des menaces pour un monde qui n’existe plus.
Trump avait pourtant assisté au Super Bowl 2025
L’ironie supplémentaire, c’est que Donald Trump avait fait le déplacement pour le Super Bowl LIX en 2025. Il était devenu le premier président en exercice à assister à un Super Bowl de la NFL. Mais selon plusieurs témoignages, il aurait quitté sa loge avant la fin de la performance de Kendrick Lamar. Le rappeur avait lancé, sur scène : « Vous avez choisi le bon moment, mais le mauvais gars. » Une phrase largement interprétée comme une pique directe au président. Trump n’avait pas commenté publiquement. Mais on peut imaginer que la blessure était là, quelque part.
Un an plus tard, le président a appris la leçon. Plutôt que de risquer une nouvelle humiliation télévisée, il préfère ne pas venir. « C’est trop loin », dit-il. Mais tout le monde comprend. Ce n’est pas la distance géographique qui pose problème. C’est la distance culturelle. Ce fossé grandissant entre un homme et l’époque dans laquelle il vit.
Section 6 : Ce que cette polémique dit de l'Amérique
Un pays fracturé jusque dans ses divertissements
Il fut un temps où le Super Bowl rassemblait. Où démocrates et républicains, libéraux et conservateurs, pouvaient s’asseoir ensemble devant un match et oublier leurs différends pendant quelques heures. Ce temps semble révolu. Aujourd’hui, même le choix d’un chanteur pour le spectacle de mi-temps devient un sujet de guerre culturelle. On ne peut plus écouter de la musique sans que ce soit un acte politique. On ne peut plus regarder du sport sans que ce soit une déclaration idéologique.
C’est fatigant. C’est triste, aussi. Parce que la culture, normalement, c’est ce qui nous unit. Ce qui transcende les frontières, les langues, les opinions. Quand Bad Bunny remplit des stades partout dans le monde, il ne demande pas à ses fans leur carte d’électeur. Quand Green Day joue « Basket Case » ou « American Idiot », des millions de gens chantent ensemble sans se soucier de savoir si leur voisin a voté Trump ou Biden. C’est ça, la magie de la musique. Et c’est précisément cette magie que certains veulent détruire.
La résistance par la culture
Mais il y a aussi de l’espoir dans cette histoire. Parce que malgré les pétitions, malgré les déclarations présidentielles, malgré la pression politique, Bad Bunny montera sur scène le 8 février 2026. Green Day jouera devant son public de la Bay Area. La NFL n’a pas cédé. Apple Music non plus. Et 130 millions d’Américains regarderont, dont une immense majorité se fichera éperdument de ce que Trump en pense.
C’est peut-être ça, la vraie victoire. Pas seulement pour Bad Bunny ou pour les Latinos. Mais pour tous ceux qui croient encore que l’art et la culture ne devraient pas être otages de la politique. Que la diversité n’est pas une menace mais une richesse. Que l’Amérique, dans toute sa complexité, mérite mieux qu’un président qui boude parce que la musique ne lui plaît pas.
Au fond, cette histoire me rend presque optimiste. Pas à cause de Trump — il est ce qu’il est, et il ne changera pas. Mais à cause de la réaction de la NFL. À cause de Bad Bunny qui refuse de s’excuser. À cause de ces millions de gens qui vont danser devant leur télé le 8 février sans se soucier des tweets rageurs. Il y a des batailles qu’on gagne simplement en continuant à exister. En continuant à chanter. En refusant de disparaître.
Conclusion : Le spectacle doit continuer
Un président absent, une Amérique présente
Le 8 février 2026, Donald Trump ne sera pas dans les tribunes du Levi’s Stadium. Il regardera peut-être le match depuis la Maison Blanche, peut-être pas. Cela n’a pas vraiment d’importance. Parce que le Super Bowl aura lieu quand même. Bad Bunny chantera quand même. Green Day jouera quand même. Charlie Puth interprétera l’hymne national. Brandi Carlile chantera « America the Beautiful ». Coco Jones entonnera « Lift Every Voice and Sing ». L’Amérique, dans toute sa diversité, sera représentée sur cette scène.
Et quelque part, dans un bar de Los Angeles, une famille mexicaine-américaine regardera Bad Bunny monter sur scène et ressentira quelque chose de puissant. De la fierté. De l’appartenance. La certitude que cette scène nationale est aussi la leur. Que l’espagnol a sa place dans le Super Bowl. Que leurs enfants peuvent rêver grand, rêver sans limite, rêver en deux langues.
Le dernier mot
Cette polémique, au fond, ne concerne pas vraiment Bad Bunny ou Green Day. Elle concerne l’Amérique elle-même. Ce qu’elle veut être. Ce qu’elle est en train de devenir. Donald Trump représente une vision de l’Amérique — blanche, anglophone, nostalgique d’un passé mythifié. Bad Bunny incarne une autre vision — diverse, multilingue, tournée vers l’avenir. Le 8 février, sur la scène du Super Bowl, c’est cette deuxième vision qui triomphera.
Le président peut bouder. Les pétitions peuvent circuler. Les tweets rageurs peuvent se multiplier. Mais la musique, elle, ne s’arrête jamais. Et quand Bad Bunny entonnera les premières notes de « El baile inolvidable » devant 130 millions de téléspectateurs, une chose sera claire : l’Amérique n’appartient à personne. Elle appartient à tous ceux qui la font vivre. Même — surtout — à ceux que certains voudraient réduire au silence.
Je ne sais pas si Bad Bunny lira jamais ces lignes. Probablement pas. Mais s’il le faisait, je voudrais lui dire une chose : merci. Merci de ne pas céder. Merci de monter sur cette scène. Merci de chanter en espagnol devant le monde entier. Parce que chaque fois qu’un artiste refuse de plier face à la pression politique, quelque chose de précieux est préservé. La liberté de créer. La liberté d’exister. La liberté, tout simplement.
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur et analyste. Mon expertise réside dans l’observation et l’analyse des dynamiques culturelles, politiques et sociales qui façonnent notre époque. Mon travail consiste à décortiquer les polémiques, à comprendre les enjeux de pouvoir qui les sous-tendent, à contextualiser les déclarations des acteurs publics et à proposer des perspectives analytiques sur les transformations qui redéfinissent nos sociétés.
Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. Je prétends à la lucidité analytique, à l’interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux complexes qui nous concernent tous. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et culturel, et d’offrir une lecture critique des événements.
Méthodologie et sources
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et analyses interprétatives. Les informations factuelles présentées proviennent exclusivement de sources primaires et secondaires vérifiables.
Sources primaires : déclarations officielles de Donald Trump au New York Post et sur NewsMax, communiqués de la NFL et d’Apple Music, annonces officielles concernant la programmation du Super Bowl LX.
Sources secondaires : publications spécialisées et médias d’information reconnus internationalement (Fox News, Yahoo News, NME, Billboard, ABC7, CBS News, Rolling Stone, franceinfo).
Nature de l’analyse
Les analyses, interprétations et perspectives présentées dans les sections analytiques de cet article constituent une synthèse critique et contextuelle basée sur les informations disponibles, les tendances observées et les commentaires d’experts cités dans les sources consultées.
Mon rôle est d’interpréter ces faits, de les contextualiser dans le cadre des dynamiques culturelles et politiques américaines contemporaines, et de leur donner un sens cohérent. Ces analyses reflètent une expertise développée à travers l’observation continue des affaires politiques et culturelles américaines.
Toute évolution ultérieure de la situation pourrait naturellement modifier les perspectives présentées ici. Cet article sera mis à jour si de nouvelles informations officielles majeures sont publiées.
Sources
Sources primaires
franceinfo – « Je suis contre eux » : Donald Trump n’assistera pas à la finale du Super Bowl et critique la programmation musicale – 24 janvier 2026
New York Post – Interview de Donald Trump sur le Super Bowl 2026 – 24 janvier 2026
NFL / Apple Music – Annonce officielle de Bad Bunny comme tête d’affiche du Super Bowl LX Halftime Show – 28 septembre 2025
NFL – Annonce de Green Day pour la cérémonie d’ouverture du Super Bowl LX – janvier 2026
Sources secondaires
Fox News – Trump says he won’t attend this year’s Super Bowl in California after going in 2025 – 24 janvier 2026
Yahoo News Canada – Trump confirms he will not attend Super Bowl because of music acts: ‘I’m anti-them’ – 24 janvier 2026
NME – Donald Trump won’t attend Super Bowl, says booking Bad Bunny and Green Day is a « terrible choice » – 24 janvier 2026
ABC7 San Francisco – Super Bowl 2026: What to know about SB 60 at Levi’s Stadium – janvier 2026
Billboard – Green Day to Kick Off 2026 Super Bowl With Opening Ceremony Performance – janvier 2026
Rolling Stone – Right-Wingers Really Didn’t Like Kendrick Lamar’s Super Bowl Halftime Show – février 2025
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.