5 002 vies fauchées
Le chiffre vient de l’Agence de presse des militants des droits humains, basée aux États-Unis. 5 002 morts depuis le début des manifestations. Décomposons ce nombre, parce qu’il le mérite. 4 716 manifestants. Des gens qui avaient simplement décidé qu’ils en avaient assez. Assez de la misère. Assez des mensonges. Assez de ce régime qui leur vole leur avenir depuis des décennies. Parmi eux, 43 enfants. Des gamins. Des adolescents. Des jeunes qui n’auront jamais l’occasion de grandir, d’aimer, de construire leur vie. Quarante-trois familles qui ont enterré ce qu’elles avaient de plus précieux. Et puis il y a les 40 civils qui ne participaient même pas aux manifestations. Qui passaient par là. Qui ont eu le malheur de se trouver au mauvais endroit, au mauvais moment. Victimes collatérales d’une violence aveugle qui ne fait plus de distinction entre cibles et innocents.
De l’autre côté du bilan, 203 personnes affiliées au gouvernement ont également perdu la vie. Des Bassidjis, ces miliciens paramilitaires qui servent de bras armé au régime. Des policiers. Des fonctionnaires. Des êtres humains aussi, avec des familles, des histoires, des rêves peut-être. La violence engendre la violence, dans une spirale qui semble ne plus avoir de fin. Mais attention : mettre ces chiffres sur le même plan serait une obscénité morale. D’un côté, des citoyens désarmés qui réclament leurs droits fondamentaux. De l’autre, des agents d’un appareil répressif qui tirent sur leur propre peuple. L’équivalence n’existe pas. Elle n’a jamais existé. Ce que nous voyons en Iran, c’est un régime qui massacre ses enfants pour survivre. Et qui, en les massacrant, signe peut-être son arrêt de mort.
Quarante-trois enfants. J’ai relu ce chiffre plusieurs fois, espérant une erreur. Un zéro de trop. Une coquille. Non. Quarante-trois. Quelque part en Iran, quarante-trois chambres d’enfants resteront vides pour toujours. Quarante-trois cartables qu’on ne remplira plus. Quarante-trois voix qu’on n’entendra plus rire, crier, rêver tout haut. Et je me demande : quel genre de régime tire sur des enfants ? Quel genre d’idéologie justifie qu’on abatte des gamins dans la rue ? Je n’ai pas de réponse. Peut-être qu’il n’y en a pas. Peut-être que certaines questions ne méritent que le silence. Et l’indignation.
La réponse du régime : entre déni et menaces
Face à cette hémorragie, que fait le régime iranien ? Il nie. Il menace. Il accuse. Le Guide suprême Ali Khamenei, dans ses premières déclarations publiques depuis le début de la crise, a tracé une ligne entre ce qu’il appelle les « revendications légitimes » du bazar et la « rébellion pure » dans le reste du pays. Traduction : on peut écouter les commerçants qui se plaignent de l’économie, mais les autres — les étudiants, les femmes, les travailleurs — ce sont des « émeutiers » qu’il faut « remettre à leur place ». « Nous parlons aux manifestants », a-t-il déclaré. « Les officiels doivent leur parler. Mais il n’y a aucun bénéfice à parler aux émeutiers. Les émeutiers doivent être matés. » Le ton est donné. La nuance entre manifestant et émeutier ? Elle dépend entièrement du bon vouloir du régime. Et dans la pratique, elle se traduit par des balles.
Le président Massoud Pezeshkian, figure réformiste arrivée au pouvoir avec des promesses de changement, tente une approche différente. Il a reconnu le « droit du peuple à manifester pacifiquement » et ordonné au ministère de l’Intérieur d’engager le dialogue avec les manifestants. Un geste rare, presque révolutionnaire dans le contexte iranien. Mais Pezeshkian n’est pas le vrai pouvoir. Le vrai pouvoir, c’est Khamenei. C’est les Gardiens de la Révolution. C’est cette structure parallèle qui contrôle l’économie, l’armée, les services de renseignement. Et cette structure-là n’a qu’un seul mode opératoire face à la contestation : l’écrasement. Le général Mohammad Pakpour, commandant des Gardiens de la Révolution, l’a dit clairement ce samedi : « Les Gardiens de la Révolution islamique et l’Iran bien-aimé se tiennent plus prêts que jamais, le doigt sur la gâchette, pour exécuter les ordres du Commandant en chef. » Le doigt sur la gâchette. Face à son propre peuple. Face à l’Amérique. Face au monde entier.
Section 3 : L'armada américaine en mouvement
Le USS Abraham Lincoln et sa puissance de feu
Pendant que l’Iran brûle, la machine de guerre américaine se met en branle. Le groupe aéronaval du USS Abraham Lincoln constitue le fer de lance de cette « armada » dont parle Trump. Un porte-avions de classe Nimitz, long de 333 mètres, propulsé par deux réacteurs nucléaires, capable d’emporter jusqu’à 90 aéronefs. À son bord et autour de lui, près de 5 000 marins et Marines. Des escadrons de chasseurs F/A-18 Super Hornet. Des hélicoptères d’attaque. Des avions de guerre électronique EA-18G Growler. Une ville flottante dédiée à la projection de puissance. Selon les officiels de la Défense américaine, le groupe était dans l’océan Indien vendredi matin et pourrait atteindre le Moyen-Orient « dans les jours qui viennent ».
Mais le Lincoln ne sera pas seul. Deux destroyers lance-missiles, l’USS McFaul et l’USS Mitscher, sont déjà sur zone. Trois navires de combat littoral complètent le dispositif. Au total, une force capable de frapper n’importe quelle cible en Iran en quelques minutes. Trump affirme que ce déploiement est préventif, qu’il préférerait « que rien ne se passe ». Mais l’histoire récente suggère autre chose. En juin 2025, les États-Unis ont participé aux côtés d’Israël à une guerre de 12 jours contre l’Iran, frappant ses installations nucléaires lors de l’opération Midnight Hammer. Natanz, Fordow, Ispahan — les joyaux du programme nucléaire iranien — ont été pilonnés par des bombes anti-bunker GBU-57 et des missiles Tomahawk. Le message est clair : Washington n’hésitera pas à frapper. La question n’est plus de savoir si les États-Unis en sont capables. C’est de savoir s’ils le feront à nouveau.
L’avertissement de Trump depuis Air Force One
C’est à 35 000 pieds d’altitude, quelque part entre Davos et Washington, que Donald Trump a lancé son avertissement le plus direct. « J’ai dit : si vous pendez ces gens, vous serez frappés plus durement que vous ne l’avez jamais été », a-t-il raconté aux journalistes présents dans Air Force One. Selon lui, cet ultimatum aurait forcé Téhéran à annuler l’exécution de plus de 800 manifestants « une heure avant » qu’elle ne soit programmée. L’Iran a immédiatement démenti, qualifiant ces affirmations de « complètement fausses ». Qui croire ? Trump est connu pour ses exagérations. Mais le régime iranien est connu pour ses mensonges. Dans ce brouillard de désinformation, une chose est certaine : des vies humaines sont en jeu, et la parole du président américain a des conséquences réelles sur le terrain.
Ce que Trump n’a pas dit, c’est ce qui se passera si l’Iran continue sa répression. Si d’autres manifestants meurent. Si d’autres exécutions ont lieu. L’armada restera-t-elle une simple démonstration de force, ou passera-t-elle à l’action ? La guerre de juin 2025 a montré que Washington était prêt à employer la force massive. Les frappes américaines avaient alors tué 30 généraux iraniens en quelques minutes, ainsi que 9 scientifiques nucléaires. Le bilan total du conflit : plus de 1 000 morts côté iranien. Si une nouvelle escalade se produit, elle pourrait être infiniment plus meurtrière. Car cette fois, l’Iran n’a plus rien à perdre. Son programme nucléaire est en ruines. Ses alliés régionaux — le Hezbollah, le régime Assad — sont « en miettes » selon les analystes. Son économie s’effondre. Son peuple se soulève. Un animal acculé est toujours le plus dangereux.
Il y a quelque chose de surréaliste à écrire ces mots. Une armada. Des menaces d’exécution. Des ultimatums lancés depuis un avion présidentiel. On se croirait dans un film. Sauf que ce n’est pas un film. Ce sont des vraies vies, des vraies morts, des vraies bombes. Et moi, je suis là, à essayer de donner un sens à cette folie. Parfois, je me demande si le monde a conscience de ce qui se joue. Si les gens réalisent qu’on est peut-être à quelques décisions, quelques erreurs de calcul, d’une guerre qui pourrait embraser toute la région. J’espère que non. J’espère qu’il reste des adultes dans la pièce. Quelque part.
Section 4 : Le fantôme de juin 2025
12 jours de guerre, des cicatrices pour des décennies
Pour comprendre ce qui se joue aujourd’hui, il faut revenir en arrière. 13 juin 2025, 4h30 du matin. L’armée de l’air israélienne lance la plus grande opération militaire de son histoire. Plus de 200 chasseurs. Cinq vagues de frappes. 330 munitions larguées sur une centaine de cibles iraniennes. En quelques heures, le programme nucléaire iranien — des décennies de travail, des milliards de dollars investis — est réduit en cendres. Natanz, la fierté nationale, ce complexe souterrain que les Iraniens pensaient invulnérable : détruit. Les États-Unis rejoignent le combat le 22 juin avec l’opération Midnight Hammer. Des bombardiers furtifs B-2 Spirit larguent 14 bombes anti-bunker de 13 tonnes sur les installations restantes. La directrice du Renseignement national Tulsi Gabbard annoncera plus tard que les sites nucléaires iraniens ont été « détruits » et qu’il faudrait « des années » pour les reconstruire.
Le bilan humain de ces 12 jours de guerre reste gravé dans les mémoires. 1 062 morts côté iranien selon le ministère iranien de la Santé. Parmi eux, 30 généraux éliminés dans les premières minutes du conflit, ainsi que 9 scientifiques nucléaires. En Israël, 29 personnes ont péri sous les missiles de représailles iraniens. L’Iran avait riposté, bien sûr. Lancé ses missiles balistiques et ses drones sur l’État hébreu. Mais les défenses anti-missiles israéliennes et américaines ont intercepté la majorité des projectiles. Seuls quelques-uns ont atteint leurs cibles. Téhéran a même frappé une base américaine au Qatar, sans faire de victimes américaines. Le cessez-le-feu du 24 juin a mis fin aux hostilités, mais pas aux conséquences. L’Iran est sorti de cette guerre brisé, humilié, mais pas vaincu. Et la colère, elle, n’a fait que grandir.
Un régime affaibli mais pas fini
Sept mois plus tard, les cicatrices de juin 2025 sont encore béantes. Le directeur général de l’AIEA Rafael Grossi a nuancé les déclarations américaines : oui, les installations iraniennes ont été « gravement endommagées », mais l’Iran possède les « capacités industrielles et technologiques » pour reconstruire. L’enrichissement d’uranium pourrait reprendre « en quelques mois », pas en années. La course contre la montre continue. Mais ce n’est pas le nucléaire qui menace le plus le régime aujourd’hui. C’est son propre peuple. Les manifestations actuelles sont les plus importantes depuis le mouvement « Femme, Vie, Liberté » de 2022. Et contrairement à 2022, elles touchent le cœur économique du système. Quand les bazaris se retournent contre le régime, c’est tout l’édifice qui tremble.
L’Iran se trouve aujourd’hui « à la croisée des chemins », écrivent les analystes. Son réseau d’alliés régionaux — le Hezbollah au Liban, le régime Assad en Syrie, les Houthis au Yémen — est en lambeaux après des années de conflits. Son économie est étranglée par les sanctions américaines et l’effondrement du rial. Sa population, qui a grandi avec les promesses de la Révolution islamique, ne croit plus en rien. « Le changement est inévitable », titrait Al Jazeera cette semaine. La question n’est plus de savoir si le régime peut survivre éternellement. C’est de savoir s’il choisira de mourir en entraînant tout le monde avec lui. Et c’est là que l’armada américaine entre en jeu. Car si Téhéran décide de jouer son va-tout — fermer le détroit d’Ormuz, frapper les alliés américains du Golfe, relancer son programme nucléaire — Washington a clairement fait savoir qu’il serait prêt à répondre. Avec force.
Section 5 : L'ombre du détroit d'Ormuz
20 % du pétrole mondial en otage
Si vous voulez comprendre pourquoi le monde entier retient son souffle, regardez une carte. Le détroit d’Ormuz, cette bande d’eau de 54 kilomètres de large à son point le plus étroit, est le goulot d’étranglement du commerce pétrolier mondial. 20 % du pétrole brut consommé sur la planète y transite chaque jour. Des supertankers géants qui alimentent les économies de l’Europe, de l’Asie, de l’Amérique. Et ce détroit longe les côtes iraniennes. L’Iran a les moyens de le fermer. Des missiles anti-navires. Des mines. Des vedettes rapides capables de harceler le trafic maritime. Téhéran a menacé à plusieurs reprises de bloquer ce passage vital si ses intérêts étaient attaqués. Jusqu’ici, ce n’étaient que des mots. Mais avec une armada américaine qui approche et un régime au bord du gouffre, les mots peuvent devenir des actes.
Les marchés ont déjà commencé à réagir. Les prix du pétrole ont bondi à l’annonce du déploiement naval américain. Les analystes de CNBC évoquent un scénario catastrophe où le baril pourrait atteindre des sommets historiques si le détroit était ne serait-ce que partiellement perturbé. L’économie mondiale, déjà fragilisée par des années de crises successives, pourrait basculer dans la récession. L’Europe, particulièrement dépendante du pétrole du Golfe, serait en première ligne. Et ce n’est pas tout. Les monarchies du Golfe — Arabie Saoudite, Émirats arabes unis, Qatar, Koweït — ont leurs propres raisons de s’inquiéter. Une guerre ouverte entre les États-Unis et l’Iran se déroulerait littéralement dans leur arrière-cour. Leurs infrastructures pétrolières, leurs villes, leurs populations seraient exposées aux représailles iraniennes. Selon plusieurs sources, ces pays ont d’ailleurs exhorté Trump à la retenue, craignant les conséquences d’une escalade militaire.
Vous voulez savoir ce qui me terrifie ? Ce n’est pas l’armada. Ce n’est même pas la menace d’une guerre. C’est l’impression que personne ne contrôle vraiment la situation. Trump tweete des ultimatums depuis son avion. Khamenei parle de « mater les émeutiers ». Les généraux ont le « doigt sur la gâchette ». Et au milieu de tout ça, des millions de gens ordinaires — Iraniens, Américains, Européens, Arabes — qui regardent ce spectacle en espérant que les adultes vont finir par reprendre le contrôle. Sauf qu’il n’y a peut-être pas d’adultes. Il n’y a que des hommes avec trop de pouvoir et pas assez de sagesse. Et nous, on regarde, impuissants, en priant pour que ça ne dérape pas.
Les alliés du Golfe entre deux feux
La position des pays du Conseil de coopération du Golfe est d’une complexité byzantine. D’un côté, ce sont des alliés stratégiques des États-Unis, liés par des décennies de partenariats militaires et économiques. De l’autre, ils partagent leurs eaux territoriales avec l’Iran et savent qu’ils seraient les premiers à subir les conséquences d’un conflit. L’Arabie Saoudite et les Émirats ont investi des milliards dans leurs systèmes de défense antimissile, conscients de la menace iranienne. Mais même les meilleures défenses ne peuvent pas tout arrêter. Les frappes des Houthis sur les installations pétrolières saoudiennes en 2019 l’ont prouvé. Une guerre totale avec l’Iran serait infiniment plus dévastatrice. Même le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, pourtant farouchement anti-iranien, aurait conseillé la prudence à Trump selon certaines sources.
Cette convergence inattendue — Israël et les monarchies du Golfe appelant à la modération — en dit long sur la gravité de la situation. Quand vos alliés les plus belliqueux vous demandent de ralentir, c’est que la situation est vraiment explosive. Mais Trump écoute-t-il ? Sa rhétorique depuis Davos suggère le contraire. Il semble convaincu que la menace de force est le seul langage que Téhéran comprend. Peut-être a-t-il raison. Peut-être que les mollahs ne céderont que face à une démonstration de puissance écrasante. Ou peut-être qu’ils choisiront le chaos plutôt que la capitulation. C’est le pari le plus dangereux de notre époque. Et nous sommes tous, qu’on le veuille ou non, assis à la table.
Section 6 : Le peuple iranien pris en étau
Entre la répression et la guerre
Dans cette partie d’échecs géopolitique, qui pense au peuple iranien ? Ces femmes et ces hommes qui descendent dans la rue, jour après jour, en sachant qu’ils risquent la prison, la torture, la mort ? Maryam a 23 ans. Elle étudiait l’architecture à l’université de Téhéran avant que les manifestations n’éclatent. Depuis le 28 décembre, elle n’a pas raté une seule journée de protestation. « On n’a plus le choix », dit-elle à un journaliste occidental qui a réussi à la joindre. « Vivre comme ça, ce n’est plus vivre. On préfère mourir debout que continuer à ramper. » Des mots terribles. Des mots qui résonnent avec une force particulière quand on sait que 43 enfants sont déjà morts pour avoir osé espérer un avenir différent. Maryam connaît les risques. Plusieurs de ses amis ont été arrêtés. Certains n’ont plus donné signe de vie depuis.
Et maintenant, en plus de la répression du régime, ces manifestants doivent composer avec la menace d’une guerre. Une guerre qu’ils n’ont pas choisie. Une guerre qui pourrait transformer leur pays en champ de bataille. Imaginez la situation : vous protestez contre un gouvernement qui vous opprime, et soudain, ce même gouvernement devient la cible d’une puissance étrangère. Devez-vous vous rallier à vos oppresseurs contre l’envahisseur ? Ou espérer que les bombes américaines épargneront les civils tout en détruisant le régime ? C’est un dilemme impossible. Un choix entre deux cauchemars. Certains analystes pensent que Trump espère que son armada encouragera les manifestants, leur montrera qu’ils ne sont pas seuls. D’autres craignent l’effet inverse : que la menace extérieure permette au régime de rallier la population autour du drapeau, de transformer une révolte populaire en résistance nationale contre l’Amérique. L’histoire du Moyen-Orient est pleine de ces retournements. Rien n’est jamais simple dans cette région.
Les voix qui s’élèvent malgré tout
Malgré la peur, malgré la violence, malgré l’incertitude, des voix continuent de s’élever. Sur les réseaux sociaux, là où la censure du régime n’arrive pas toujours à suivre, des vidéos circulent. Des femmes qui retirent leur voile en public. Des jeunes qui scandent des slogans contre le Guide suprême. Des ouvriers qui refusent de travailler. Des commerçants qui gardent leurs rideaux baissés. Chaque acte de défi, aussi petit soit-il, est une brèche dans le mur de la peur. Les manifestants savent que le monde les regarde. Ils savent aussi que le monde pourrait détourner le regard demain, absorbé par d’autres crises, d’autres drames. C’est pour ça qu’ils continuent. Parce que s’arrêter maintenant, ce serait accepter que ces 5 002 morts sont mortes pour rien.
La communauté internationale, elle, reste étrangement silencieuse. L’Union européenne a émis des « préoccupations » — ce langage diplomatique qui ne veut rien dire et ne change rien. L’ONU a appelé à la « retenue » de toutes les parties — comme si les manifestants désarmés et les forces de sécurité qui tirent à balles réelles étaient sur un pied d’égalité. Seuls les États-Unis semblent prêts à agir. Mais leur action prend la forme d’une armada, pas d’une aide humanitaire. De bombes potentielles, pas de sanctions ciblées sur les responsables de la répression. Trump parle de sauver les Iraniens. Mais les Iraniens, les vrais, ceux qui meurent dans les rues, n’ont peut-être pas envie d’être « sauvés » par des missiles Tomahawk. Ils veulent la liberté. Pas la destruction.
Je pense à Maryam. À tous les Maryam d’Iran. Ces jeunes qui n’ont connu que ce régime, et qui pourtant refusent de s’y résigner. Ils n’ont pas d’armada. Ils n’ont pas de missiles. Ils n’ont que leur courage et leurs slogans. Et face à eux, un régime prêt à tout pour survivre et une superpuissance qui joue aux échecs avec leurs vies. C’est ça, la tragédie de l’Iran en 2026. Des gens ordinaires pris entre des forces qui les dépassent, et qui continuent malgré tout de croire qu’un autre avenir est possible. J’espère qu’ils ont raison. J’espère vraiment.
Section 7 : Les scénarios du pire
Si l’Iran ferme le détroit
Jouons au jeu des hypothèses. Supposons que le régime iranien, acculé, décide de jouer son va-tout. Que les Gardiens de la Révolution, le « doigt sur la gâchette », décident d’appuyer. Le détroit d’Ormuz se ferme. Instantanément, c’est 20 % du pétrole mondial qui disparaît du marché. Les prix explosent. Les économies vacillent. L’Europe, dépendante des hydrocarbures du Golfe, plonge dans la crise énergétique. La Chine et l’Inde, gros importateurs de pétrole iranien et saoudien, voient leur croissance s’effondrer. Les États-Unis, malgré leur indépendance énergétique relative, ne sont pas épargnés : les marchés mondiaux sont interconnectés, et le chaos se propage comme une onde de choc. En quelques semaines, une crise géopolitique régionale devient une catastrophe économique mondiale.
Mais ce n’est que le début. Une fermeture du détroit serait un acte de guerre. Les États-Unis riposteraient. Massivement. L’armada de Trump entrerait en action. Des frappes aériennes sur les installations militaires iraniennes. Des opérations navales pour rouvrir le passage par la force. L’Iran riposterait à son tour. Des missiles sur les bases américaines au Qatar, au Koweït, à Bahreïn. Des attaques contre les infrastructures pétrolières saoudiennes et émiraties. Le Hezbollah, même affaibli, pourrait lancer des roquettes sur Israël depuis le Liban. Les Houthis intensifieraient leurs frappes sur les tankers en mer Rouge. En quelques jours, tout le Moyen-Orient serait en feu. Et le bilan humain ? Incalculable. Des dizaines de milliers de morts, peut-être des centaines de milliers. Des villes détruites. Des populations déplacées. Un traumatisme qui marquerait des générations.
Si la diplomatie l’emporte
L’autre scénario, celui qu’on ose à peine espérer. L’armada américaine reste une démonstration de force, rien de plus. Le régime iranien, effrayé par la perspective d’une nouvelle guerre, choisit de négocier. Pas avec les manifestants — ça, c’est trop demander — mais avec Washington. Un accord est trouvé. Les sanctions sont assouplies en échange de garanties sur le programme nucléaire. L’économie iranienne respire un peu. Le rial se stabilise. Les manifestations perdent de leur intensité, non pas parce qu’elles sont réprimées, mais parce que les conditions de vie s’améliorent légèrement. Le régime survit, mais affaibli. Et peut-être, peut-être, que cette survie temporaire ouvre la porte à des réformes plus profondes. À une transition en douceur plutôt qu’à un effondrement violent.
C’est un scénario optimiste, presque naïf. Il suppose que Trump soit prêt à négocier plutôt qu’à bombarder. Que Khamenei soit prêt à céder plutôt qu’à mourir en martyr. Que les « adultes dans la pièce » — s’ils existent encore — reprennent le contrôle. L’histoire récente du Moyen-Orient ne plaide pas en faveur de l’optimisme. Mais l’histoire n’est pas une science exacte. Des surprises sont toujours possibles. Des hommes qui semblaient irréconciliables ont parfois trouvé des terrains d’entente. Des guerres qui semblaient inévitables ont été évitées à la dernière minute. Peut-être que ce sera le cas cette fois. Peut-être que dans quelques semaines, on regardera cette crise comme un moment de tension qui s’est résolu pacifiquement. J’aimerais y croire. Vraiment.
Conclusion : L'heure des choix
Ce que l’histoire retiendra
Nous sommes le 25 janvier 2026. Une armada américaine se dirige vers l’Iran. 5 002 personnes sont mortes dans les rues de ce pays. Un régime acculé a le « doigt sur la gâchette ». Et le monde regarde, impuissant, en attendant de voir qui tirera le premier. Ce que l’histoire retiendra de ces jours, nul ne le sait encore. Peut-être le début d’une guerre dévastatrice. Peut-être le moment où une superpuissance a su faire reculer une dictature sans tirer un coup de feu. Peut-être le sacrifice de ces milliers d’Iraniens qui ont osé rêver d’un autre avenir. Les historiens de demain trancheront. Nous, aujourd’hui, nous ne pouvons que constater. Et témoigner. Et espérer que les décisions prises dans les prochains jours, les prochaines heures peut-être, seront les bonnes.
Car au bout du compte, derrière les « armadas » et les « gâchettes », derrière les acronymes militaires et les analyses géopolitiques, il y a des êtres humains. Des marins américains qui se demandent s’ils reverront leurs familles. Des soldats iraniens qui reçoivent des ordres qu’ils n’ont peut-être pas envie d’exécuter. Des manifestants qui savent que chaque jour de protestation pourrait être le dernier. Des enfants — 43 déjà, combien d’autres demain ? — qui ne comprennent pas pourquoi le monde des adultes est si violent. C’est à eux que je pense en écrivant ces lignes. C’est pour eux que ces mots comptent. Parce que l’information, la vraie, celle qui ne ment pas et ne manipule pas, est peut-être la seule arme qui peut encore faire la différence. Si assez de gens savent. Si assez de gens comprennent. Si assez de gens refusent.
Je termine cet article avec un nœud dans l’estomac. Pas parce que j’ai peur — enfin si, un peu, mais ce n’est pas ça. C’est cette impression d’assister à quelque chose d’immense, de potentiellement catastrophique, sans pouvoir rien y faire. On peut informer. On peut analyser. On peut même s’indigner. Mais on ne peut pas arrêter les navires de guerre. On ne peut pas ressusciter les morts. On ne peut pas forcer les puissants à être sages. Alors on fait ce qu’on peut. On écrit. On témoigne. On refuse le silence complice. Et on espère — parce que l’espoir, lui, ne demande pas de preuves — que quelque part, quelqu’un de décisif lit ces mots et comprend. Comprend que ce ne sont pas des chiffres. Pas des pions sur un échiquier. Des vies. Des vraies vies. Qui méritent mieux que ça.
L’avenir s’écrit maintenant
Dans les prochains jours, l’USS Abraham Lincoln atteindra les eaux du Golfe. Le régime iranien devra choisir entre la répression totale et une ouverture — aussi minime soit-elle — vers ses citoyens. Donald Trump devra décider si son « armada » reste un bluff ou devient une réalité meurtrière. Et le peuple iranien continuera de descendre dans la rue, parce qu’il n’a plus d’autre choix. Chacune de ces décisions aura des conséquences. Sur la région. Sur le monde. Sur des millions de vies. Nous vivons un de ces moments où l’histoire bascule. Où ce qui semble stable peut s’effondrer en quelques heures. Où les certitudes d’hier deviennent les illusions d’aujourd’hui. Le seul luxe que nous n’avons pas, c’est celui de l’indifférence. Parce que ce qui se joue en Iran, ce n’est pas « leur » problème. C’est le nôtre. À tous.
5 002 morts. Une armada en route. Un régime aux abois. Un peuple debout. Et nous, spectateurs d’un drame dont personne ne connaît la fin. L’avenir de l’Iran se décide maintenant. L’avenir du Moyen-Orient aussi. Et peut-être, d’une certaine façon, le nôtre. Parce que dans un monde interconnecté, il n’y a plus de crises lointaines. Il n’y a que des crises qui ne nous ont pas encore atteints. Aujourd’hui l’Iran. Demain, qui sait ? La seule chose certaine, c’est que le silence n’est pas une option. Pas quand des enfants meurent. Pas quand des armadas naviguent. Pas quand l’histoire frappe à notre porte avec cette insistance terrible. Reste à savoir si quelqu’un ouvrira. Et ce qu’il trouvera de l’autre côté.
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur et analyste. Mon expertise réside dans l’observation et l’analyse des dynamiques géopolitiques et stratégiques qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies politiques internationales, à comprendre les mouvements de puissance régionaux, à contextualiser les décisions des acteurs étatiques et à proposer des perspectives analytiques sur les crises qui redéfinissent l’équilibre mondial.
Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel. Je prétends à la lucidité analytique, à l’interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux complexes qui nous concernent tous. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et stratégique, et d’offrir une lecture critique des événements.
Méthodologie et sources
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et analyses interprétatives. Les informations factuelles présentées proviennent exclusivement de sources primaires et secondaires vérifiables.
Sources primaires : déclarations officielles du président Donald Trump, communiqués des autorités iraniennes, rapports d’organisations de défense des droits humains (Human Rights Activists News Agency), données du ministère iranien de la Santé, déclarations des commandants des Gardiens de la Révolution, informations du Département de la Défense américain.
Sources secondaires : couverture en temps réel par Al Jazeera, NBC News, CBS News, CNBC, Bloomberg, The Hill, Euronews, analyses d’experts en géopolitique du Moyen-Orient.
Nature de l’analyse
Les analyses et perspectives présentées dans les sections analytiques constituent une synthèse critique et contextuelle basée sur les informations disponibles au 25 janvier 2026. Mon rôle est d’interpréter ces faits et de leur donner un sens cohérent dans le cadre des dynamiques géopolitiques contemporaines.
Toute évolution ultérieure de la situation pourrait modifier les perspectives présentées. Cet article sera mis à jour si de nouvelles informations majeures sont publiées.
Sources
Sources primaires
NBC News – Trump warns U.S. ‘armada’ heading to Iran; death toll in protest crackdown tops 5,000 – 25 janvier 2026
Al Jazeera – Trump says US still ‘watching Iran’ as ‘massive’ fleet heads to Gulf region – 23 janvier 2026
Al Jazeera Video – Trump says ‘US armada’ moving towards Iran as tensions escalate – 25 janvier 2026
CBS News – Trump says « armada » of warships is headed toward Iran « just in case » – 24 janvier 2026
Bloomberg – Trump Renews Iran Threats, Says Navy ‘Armada’ Heading to Mideast – 23 janvier 2026
Sources secondaires
The Hill – Donald Trump: U.S. ‘armada’ en route to Iran amid protests – 24 janvier 2026
The Hill – Iran Revolutionary Guard commander says ‘finger on the trigger’ – 25 janvier 2026
Euronews – Death toll in Iran’s protest crackdown reaches 5,002 – 23 janvier 2026
CNBC – What Trump’s renewed attack on Iran could mean for oil prices – 23 janvier 2026
Al Jazeera – ‘Change is inevitable’: What is next for Iran? – 24 janvier 2026
NPR – Security forces clash with protesters in Iran’s main market – 7 janvier 2026
Foreign Policy – Will Iran’s Protests Finally Topple the Government? – 9 janvier 2026
Arms Control Association – Israel and U.S. Strike Iran’s Nuclear Program – Juillet 2025
Council on Foreign Relations – U.S., Israel Attack Iranian Nuclear Targets—Assessing the Damage – Juin 2025
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