Une visite historique dans l’empire du Milieu
Mi-janvier 2026. Mark Carney monte à bord de l’avion gouvernemental canadien. Direction : Pékin. C’est la première visite d’un premier ministre canadien en Chine depuis 2017. Neuf ans de gel diplomatique, de tensions autour de l’affaire Meng Wanzhou, de représailles commerciales chinoises sur le canola canadien. Et voilà que Carney, le technocrate devenu politicien, décide de franchir le pas. Pendant quatre jours, il négocie avec le président Xi Jinping. Le résultat ? Un accord qualifié de « historique » par Ottawa. Le Canada accepte de réduire ses tarifs sur les véhicules électriques chinois de 100 % à 6,1 %, dans la limite d’un quota annuel de 49 000 unités. En échange, la Chine s’engage à ramener ses droits de douane sur l’huile de canola canadienne de niveaux prohibitifs à 15 %, et à supprimer totalement les tarifs sur le homard, le crabe et les pois canadiens.
Pour les agriculteurs des Prairies, c’est une bouffée d’oxygène. Depuis des années, la Chine leur fermait ses portes en représailles aux tensions diplomatiques. Des familles entières ont vu leurs revenus s’effondrer. Des exploitations centenaires ont frôlé la faillite. Et voilà qu’un premier ministre vient leur ouvrir le plus grand marché du monde. Carney rentre au pays en héros. Du moins, c’est ce qu’il croit. Car à Washington, quelqu’un regarde. Quelqu’un calcule. Et ce quelqu’un n’aime pas ce qu’il voit. Le 16 janvier, quand on demande à Trump ce qu’il pense de l’accord sino-canadien, sa réponse surprend : « C’est ce qu’il devrait faire. C’est une bonne chose pour lui de signer un accord commercial. Si vous pouvez obtenir un accord avec la Chine, vous devriez le faire. » Une approbation claire. Sans équivoque. Qui va voler en éclats en moins d’une semaine.
Je m’arrête sur cette date. Le 16 janvier. Trump approuve l’accord. Le 24 janvier, il menace de tarifs de 100 %. Qu’est-ce qui a changé en huit jours ? La réponse tient en un mot : Davos. Carney est allé sur la scène mondiale et a refusé de jouer le rôle du vassal reconnaissant. Il a parlé d’égal à égal. Pire : il a été applaudi. Standing ovation. Trump, lui, a été accueilli avec la politesse froide qu’on réserve aux autocrates. Et ça, visiblement, c’était impardonnable.
Les véhicules électriques au cœur de la tempête
Parlons chiffres, parce que les chiffres ne mentent pas. 49 000 véhicules électriques chinois par an. C’est le quota négocié par Carney. Pour mettre ça en perspective : le Canada vend environ 1,7 million de véhicules neufs chaque année. 49 000, c’est 2,9 % du marché. Moins de trois pour cent. Les véhicules concernés seraient principalement des modèles abordables, autour de 35 000 dollars. Des voitures accessibles pour les familles de classe moyenne qui veulent passer à l’électrique sans se ruiner. Le tarif de 6,1 % reste nettement supérieur au tarif standard de 0 % appliqué aux véhicules américains sous l’ACEUM. Autrement dit, les constructeurs américains garderaient un avantage compétitif majeur. Mais Trump ne voit pas les nuances. Il voit des voitures chinoises qui entrent en Amérique du Nord. Point final.
Le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, partage les craintes américaines — pour des raisons différentes. « En abaissant les tarifs sur les véhicules électriques chinois, cet accord déséquilibré risque de fermer la porte aux constructeurs automobiles canadiens sur le marché américain », a-t-il déclaré. Il a même appelé les Canadiens à boycotter les véhicules chinois. La logique de Ford : si le Canada importe des VE chinois, les États-Unis pourraient considérer les voitures assemblées au Canada comme « contaminées » par des composants chinois et leur fermer l’accès au marché américain. Une peur pas totalement infondée. Mais une peur qui sert aussi les intérêts de Trump. Car plus les Canadiens se divisent sur cette question, plus la pression américaine devient efficace. Diviser pour régner. La recette est vieille comme le monde.
Davos : le discours qui a mis le feu aux poudres
Quand Carney a déclaré la fin de l’ordre américain
20 janvier 2026. Davos, Suisse. Les sommets enneigés des Alpes surplombent le Forum économique mondial. L’élite planétaire est réunie. Et Mark Carney monte sur scène pour prononcer un discours intitulé « Principled and Pragmatic: Canada’s Path ». Ce qui va suivre restera dans les annales. Pendant quarante-cinq minutes, l’ancien banquier central démonte méthodiquement l’ordre international que les États-Unis ont construit depuis 1945. « Nous sommes au cœur d’une rupture, pas d’une transition », déclare-t-il. Les mots sont choisis avec une précision chirurgicale. Rupture. Pas évolution, pas adaptation. Rupture. Le système post-Guerre froide fondé sur les règles, le libre-échange et l’hégémonie bienveillante américaine ? Terminé. Fini. Enterré.
Carney continue, implacable. Il dénonce « les grandes puissances qui ont commencé à utiliser l’intégration économique comme arme, les tarifs douaniers comme levier, l’infrastructure financière comme coercition, les chaînes d’approvisionnement comme vulnérabilités à exploiter ». Sans jamais prononcer le nom de Trump, tout le monde comprend. Le président américain est dans la salle. Il écoute. Son visage se ferme. La phrase qui va résonner dans toutes les chancelleries du monde tombe : « Si nous ne sommes pas à table, nous sommes au menu. » Standing ovation. Le président finlandais Alexander Stubb qualifiera ce discours de « l’un des meilleurs entendus à Davos cette semaine ». L’ancien ambassadeur canadien aux Nations Unies, Bob Rae, dira n’avoir « jamais vu une telle réaction mondiale à un discours ». Carney vient d’éclipser Trump sur la scène internationale. L’humiliation est totale.
La réponse furieuse de Washington
Le lendemain, 21 janvier, Trump prend la parole au même forum. Et il ne cache pas sa colère. « Le Canada vit grâce aux États-Unis. Ils devraient nous être reconnaissants, le Canada… J’ai regardé votre premier ministre hier. Il n’était pas si reconnaissant… Souvenez-vous de ça, Mark, la prochaine fois que vous ferez vos remarques. » Le ton est celui d’un patron qui rappelle un employé insolent à l’ordre. Le message est clair : tu existes parce que je le permets. La menace, à peine voilée, rappelle d’autres déclarations de Trump : « Beau pays, Mark. Ce serait dommage qu’il lui arrive quelque chose. » Le secrétaire américain au Commerce, Howard Lutnick, enfonce le clou sur Bloomberg TV : « Laissez-moi tranquille. Ils ont le deuxième meilleur accord commercial au monde et tout ce que j’ai à faire c’est écouter ce gars se plaindre et geindre. »
Les représailles ne tardent pas. Trump révoque l’invitation de Carney au « Board of Peace », un conseil consultatif que le président américain avait créé pour réunir les dirigeants mondiaux autour de ses initiatives diplomatiques. L’exclusion est publique, humiliante. Un message envoyé à tous les dirigeants du monde : critiquez-moi et vous serez punis. Le professeur de science politique Daniel Béland, de l’Université McGill, analyse la situation : « Il y avait un sentiment que Trump montrait plus de respect pour Carney que pour Trudeau. Maintenant, après la visite de Carney en Chine et, plus encore, son discours célébré à Davos qui a clairement éclipsé et contrarié Trump, les gants sont tombés. » La guerre est déclarée. Et elle ne fait que commencer.
Vous savez ce qui me frappe dans cette histoire ? Carney a fait exactement ce que tout le monde réclamait depuis des années. Un dirigeant qui parle vrai. Qui refuse de se soumettre. Qui défend la souveraineté de son pays. Et qu’est-ce qu’il récolte ? Des menaces de destruction économique. Des insultes publiques. Une humiliation calculée. Ça pose une question inconfortable : dans un monde dominé par Trump, est-ce qu’un petit pays peut encore avoir une voix ? Ou est-ce que le prix de la parole libre est devenu trop élevé ?
La réponse canadienne : entre défiance et pragmatisme
Ottawa refuse de plier
Face à la tempête, le gouvernement Carney tente de naviguer entre fermeté et apaisement. Le ministre du Commerce Canada-États-Unis, Dominic LeBlanc, monte au créneau pour clarifier la situation : « Il n’y a pas de poursuite d’un accord de libre-échange avec la Chine. Ce qui a été obtenu, c’est la résolution de plusieurs problèmes tarifaires importants. » Une tentative de désamorcer la crise en jouant sur les mots. L’accord avec Pékin n’est pas un « libre-échange » au sens formel. C’est un arrangement tarifaire limité. Une nuance que Trump refuse de voir — ou choisit d’ignorer. La stratégie canadienne est claire : ne pas provoquer davantage, mais ne pas reculer non plus. Marcher sur un fil au-dessus du précipice.
Mais tous les Canadiens ne partagent pas cette prudence. Le premier ministre du Manitoba, Wab Kinew, explose sur les réseaux sociaux : « Le Canada ne sera jamais pris. Ni par la Chine. Ni par Trump. Nous serons toujours le VRAI NORD fort et libre. » Les mots font référence à l’hymne national canadien. Ils résonnent comme un cri de ralliement patriotique. Partout au pays, des voix s’élèvent pour défendre la souveraineté canadienne. Des manifestations spontanées éclatent devant les consulats américains. Des hashtags comme #NotFor Sale et #TrueNorth envahissent les réseaux sociaux. Pour la première fois depuis des décennies, l’antiaméricanisme devient un sentiment acceptable, presque encouragé, dans la politique canadienne. Trump voulait isoler Carney. Il est en train d’unifier le pays derrière lui.
La stratégie de diversification s’accélère
Ce que Trump ne semble pas comprendre — ou refuse d’admettre — c’est que ses menaces poussent le Canada exactement là où il ne veut pas le voir aller : vers la Chine, vers l’Europe, vers l’Asie. Chaque tarif imposé, chaque insulte lancée renforce la conviction à Ottawa qu’il faut réduire la dépendance envers les États-Unis. Carney l’a dit clairement dans son discours de Davos : le Canada doit se préparer à un monde où les alliances traditionnelles ne tiennent plus. La visite à Pékin n’était que la première étape. Des discussions sont en cours avec l’Union européenne pour renforcer l’Accord économique et commercial global (AECG). Des missions commerciales sont prévues au Japon, en Corée du Sud, en Inde. Le Canada cherche à multiplier ses options.
Sur le plan militaire aussi, les lignes bougent. Carney a annoncé son intention de réduire la dépendance du Canada envers les États-Unis en matière de défense. De nouveaux contrats d’armement sont négociés avec des fournisseurs européens. Les discussions sur l’augmentation du budget de défense canadien — une revendication de longue date de Washington — prennent une tournure inattendue : le Canada augmentera ses dépenses militaires, mais pas pour plaire aux États-Unis. Pour s’en protéger. C’est un renversement historique. Pendant soixante-dix ans, la défense canadienne était pensée en symbiose avec celle de son voisin du sud. Aujourd’hui, elle commence à être pensée contre. Le mot est fort. Mais les actes de Trump l’imposent.
Les enjeux économiques : ce que le Canada risque de perdre
Une économie sous perfusion américaine
Les chiffres donnent le vertige. 75 % des exportations canadiennes vont aux États-Unis. Trois quarts de tout ce que le Canada produit et vend à l’étranger traverse la frontière sud. Le pétrole albertain, le bois d’œuvre de Colombie-Britannique, les automobiles de l’Ontario, l’aluminium du Québec : tout dépend du marché américain. Un tarif de 100 % sur ces produits ne serait pas une blessure. Ce serait une amputation. Des économistes de la Banque TD estiment qu’une telle mesure pourrait faire plonger le PIB canadien de 5 à 7 % en un an. Une récession plus brutale que celle de 2008. Des centaines de milliers d’emplois menacés. Des régions entières qui verraient leurs industries s’effondrer du jour au lendemain.
Prenez l’industrie automobile. Les usines de Windsor, d’Oshawa, de Brampton produisent des véhicules qui traversent la frontière plusieurs fois avant d’être assemblés. Un châssis fabriqué en Ontario peut aller au Michigan pour la peinture, revenir au Canada pour l’installation du moteur, repartir aux États-Unis pour la finition. Les chaînes d’approvisionnement sont intégrées au point d’être inséparables. Un tarif de 100 % sur les pièces canadiennes ferait exploser les coûts pour les constructeurs américains eux-mêmes. General Motors, Ford, Stellantis : tous seraient frappés. Ce qui amène une question que Trump semble ignorer : un tarif de 100 % sur le Canada, c’est aussi un tarif sur l’économie américaine. Les deux pays sont tellement imbriqués qu’on ne peut pas frapper l’un sans blesser l’autre.
Je pense aux travailleurs. Pas aux politiciens qui font leurs discours. Pas aux économistes qui alignent des chiffres. Je pense à Michel, 52 ans, trente ans dans une usine de pièces automobiles à Windsor. Je pense à sa collègue Sandra, mère célibataire de deux enfants, qui vient d’acheter une maison avec un prêt hypothécaire sur trente ans. Qu’est-ce qu’ils vont devenir si Trump met sa menace à exécution ? Qui va leur expliquer que leur vie a été sacrifiée sur l’autel d’un conflit d’ego entre deux hommes à Davos ?
L’énergie : l’arme à double tranchant
Mais le Canada a des cartes à jouer. Et la plus puissante s’appelle énergie. Les États-Unis importent 4,3 millions de barils de pétrole canadien par jour. C’est 60 % de leurs importations pétrolières totales. Le pétrole des sables bitumineux de l’Alberta alimente les raffineries du Midwest et du Golfe du Mexique. Sans ce pétrole, les prix de l’essence aux États-Unis exploseraient. Des États comme le Montana, le Minnesota, l’Illinois verraient leurs économies vaciller. Trump peut menacer le Canada. Mais le Canada peut aussi menacer Trump. Un embargo sur les exportations énergétiques vers le sud serait dévastateur pour les deux pays. Mais plus encore pour les États-Unis à court terme.
L’électricité aussi circule dans les deux sens. Le Québec exporte massivement vers le nord-est américain. New York, le Vermont, le Massachusetts dépendent de l’hydroélectricité québécoise pour équilibrer leurs réseaux. Couper cette source ? Les pannes d’électricité se multiplieraient dans certains des États les plus riches et les plus influents politiquement. Le gouverneur de New York a déjà averti Washington en privé : une guerre commerciale totale avec le Canada serait catastrophique pour son État. La Californie a émis des réserves similaires. Trump peut rugir sur Truth Social. Mais quand les lumières s’éteignent et que les pompes à essence se tarissent, les électeurs ont tendance à se souvenir de qui est responsable.
La Chine dans l'équation : menace ou bouée de sauvetage ?
Pékin observe et calcule
À Pékin, les stratèges du Parti communiste chinois regardent le spectacle avec un mélange d’amusement et d’opportunisme. Chaque tweet rageur de Trump, chaque menace contre le Canada est une aubaine pour la Chine. Depuis des années, Xi Jinping cherche à fissurer l’alliance occidentale. Et voilà que le président américain fait le travail lui-même. En poussant le Canada dans ses bras, Trump offre à la Chine exactement ce qu’elle désirait : un allié traditionnel des États-Unis qui cherche des alternatives. Le timing de la visite de Carney à Pékin n’était pas un hasard. Les Chinois avaient senti l’opportunité dès l’arrivée de Trump au pouvoir. Ils ont attendu patiemment. Et ils récoltent maintenant les fruits de leur patience.
L’accord sur les véhicules électriques n’est qu’un début. Des sources à Ottawa indiquent que des discussions plus larges sont en cours avec Pékin. Investissements chinois dans les infrastructures canadiennes. Coopération technologique. Accès facilité aux minerais critiques dont le Canada regorge — le lithium, le cobalt, les terres rares essentiels aux batteries et à l’électronique. Pour la Chine, le Canada représente une porte d’entrée stratégique en Amérique du Nord. Un pied sur le continent américain, juste au-dessus de l’ennemi principal. Trump prétend vouloir empêcher la Chine de « s’emparer » du Canada. En réalité, ses propres actions accélèrent ce qu’il prétend combattre.
Le piège de la dépendance
Mais Ottawa n’est pas naïf. Les dirigeants canadiens connaissent les risques d’une trop grande proximité avec Pékin. L’affaire des « deux Michael » — Michael Kovrig et Michael Spavor, détenus arbitrairement en Chine pendant près de trois ans — reste gravée dans les mémoires. La Chine n’est pas un partenaire fiable. C’est une puissance qui utilise la coercition économique avec autant de brutalité que les États-Unis — peut-être davantage. Remplacer une dépendance par une autre serait une erreur stratégique monumentale. Carney le sait. Son objectif n’est pas de troquer Washington pour Pékin. C’est de diversifier suffisamment les partenariats du Canada pour ne dépendre de personne.
La vraie question est : le Canada en a-t-il les moyens ? Diversifier une économie intégrée à celle des États-Unis depuis plus d’un siècle ne se fait pas en quelques années. Les ports canadiens ne sont pas dimensionnés pour exporter massivement vers l’Asie. Les infrastructures ferroviaires et routières sont orientées nord-sud, pas est-ouest. Construire les connexions nécessaires avec l’Europe et l’Asie prendra une génération. En attendant, le Canada reste vulnérable. Et Trump le sait. C’est précisément ce qui rend ses menaces si dangereuses. Il frappe pendant que le Canada est encore en position de faiblesse. Avant que la diversification ne devienne réalité.
Il y a quelque chose de profondément ironique dans cette situation. Trump accuse la Chine de vouloir « dévorer » le Canada. Mais qui menace qui, exactement ? Pékin propose un accord commercial. Washington menace une guerre économique totale. Pékin parle de partenariat. Washington parle d’annexion. Je ne suis pas naïf sur les intentions chinoises. Mais quand votre allié historique vous traite plus mal que votre rival supposé, peut-être que le problème n’est pas où on le pense.
Le précédent historique : quand l'Amérique intimide ses voisins
Une longue histoire de pression
Ce n’est pas la première fois que les États-Unis utilisent leur puissance économique pour plier leurs voisins. Le Mexique en sait quelque chose. Pendant les négociations de l’AEUMC en 2018-2019, Trump avait menacé de fermer complètement la frontière sud si Mexico ne cédait pas sur l’immigration et le commerce. Le Canada aussi avait été malmené, forcé d’accepter des concessions sur les produits laitiers qu’il refusait depuis des décennies. Mais jamais les menaces n’avaient atteint ce niveau d’intensité. 100 % de tarifs sur tous les produits. C’est du jamais-vu entre alliés de l’OTAN. C’est du jamais-vu entre partenaires du G7. C’est une déclaration de guerre économique sans précédent dans l’histoire moderne des relations nord-américaines.
Les experts en relations internationales sont unanimes : ce qui se passe dépasse les disputes commerciales habituelles. Il s’agit d’une tentative de coercition politique. Trump ne veut pas simplement un meilleur accord commercial. Il veut que le Canada se soumette. Qu’il abandonne sa politique étrangère indépendante. Qu’il devienne, de facto, un protectorat américain. Le « 51e État » n’est pas une blague. C’est un objectif. Et les tarifs sont l’arme choisie pour l’atteindre. Face à cette réalité, le Canada n’a que deux options : plier ou résister. Jusqu’ici, Carney a choisi la résistance. Mais à quel prix ?
Les leçons du passé
L’histoire offre des leçons pour ceux qui veulent les entendre. Dans les années 1970, le premier ministre Pierre Elliott Trudeau — le père de l’ancien premier ministre — avait lancé une politique de « troisième option » pour réduire la dépendance canadienne envers les États-Unis. Le contexte était différent, mais l’intention similaire : diversifier les partenariats, affirmer la souveraineté. Le projet avait échoué, étouffé par les réalités économiques et la pression américaine. Cinquante ans plus tard, Carney reprend le flambeau. Avec les mêmes défis. Mais dans un contexte géopolitique transformé. La Chine d’aujourd’hui n’est pas celle de 1975. L’Europe non plus. Le monde est devenu multipolaire. Et peut-être, juste peut-être, que cette fois la diversification est possible.
Mais les échecs passés hantent les couloirs d’Ottawa. Chaque tentative de s’éloigner des États-Unis s’est soldée par un rappel brutal de la réalité géographique : le Canada partage la plus longue frontière non défendue du monde avec la première puissance économique et militaire de la planète. On ne divorce pas de son voisin. On apprend à vivre avec. La question que Carney doit résoudre est peut-être insoluble : comment affirmer sa souveraineté sans provoquer une rupture catastrophique ? Comment résister sans être écrasé ? Comment diversifier sans avoir le temps de le faire ? Les prochains mois apporteront des réponses. Elles seront probablement douloureuses.
Les répercussions mondiales : un ordre international en lambeaux
L’effet domino sur les alliances occidentales
Ce qui se passe entre les États-Unis et le Canada ne concerne pas seulement ces deux pays. C’est tout l’édifice des alliances occidentales qui tremble. Si les États-Unis peuvent traiter leur plus proche allié — un pays avec lequel ils partagent l’OTAN, le NORAD, des décennies de coopération militaire et économique — comme un ennemi à soumettre, que peuvent espérer les autres ? En Europe, les dirigeants regardent avec inquiétude. Si le Canada tombe, qui est le prochain ? L’Allemagne et ses excédents commerciaux ? Le Japon et ses bases militaires américaines ? L’Australie et son alliance AUKUS ? Le message envoyé par Trump est limpide : il n’y a plus d’alliés, seulement des intérêts. Et les intérêts américains passent avant tout.
Le discours de Carney à Davos résonne d’autant plus fort. Son appel aux « puissances moyennes » à s’unir pour résister à la coercition des grandes puissances trouve un écho en Scandinavie, au Benelux, en Asie du Sud-Est. Des pays qui, comme le Canada, se retrouvent pris entre les ambitions de Washington et celles de Pékin. Des pays qui cherchent une troisième voie. Une voie qui n’existait pas il y a cinq ans. Mais que les excès de Trump rendent soudain nécessaire. L’ironie est cruelle : en voulant imposer sa domination, le président américain accélère l’émergence d’un monde multipolaire où les États-Unis ne seront qu’une puissance parmi d’autres.
La fin du « soft power » américain
Pendant des décennies, la force des États-Unis ne résidait pas seulement dans leurs missiles et leurs dollars. Elle résidait dans leur capacité à attirer, à convaincre, à séduire. Le « soft power » américain — la culture, les universités, l’idée même de démocratie libérale — faisait des États-Unis un modèle que d’autres voulaient imiter. Ce temps est révolu. Sous Trump, l’Amérique ne séduit plus. Elle menace. Elle contraint. Elle punit. Le Canada, ce voisin si semblable culturellement, ce pays qui a toujours regardé vers le sud avec un mélange d’admiration et de méfiance, se détourne. Et avec lui, une partie du monde.
Les sondages sont éloquents. Au Canada, l’opinion favorable envers les États-Unis a chuté de 30 points depuis l’arrivée de Trump au pouvoir. Pour la première fois dans l’histoire des sondages, une majorité de Canadiens considèrent leur voisin du sud comme une « menace » plutôt qu’un « allié ». En Europe, les chiffres sont similaires. En Asie aussi. Trump a accompli en quelques années ce que les ennemis de l’Amérique n’avaient pas réussi en des décennies : détruire la confiance que le monde plaçait dans les États-Unis. Le dollar reste la monnaie de réserve mondiale. Les porte-avions américains patrouillent toujours les océans. Mais quelque chose s’est brisé. Quelque chose qu’on ne répare pas facilement.
Conclusion : L'avenir incertain d'une relation fracturée
Ce qui nous attend dans les semaines à venir
Au moment où ces lignes sont écrites, les tarifs de 100 % restent une menace. Pas encore une réalité. Trump pourrait reculer, comme il l’a fait par le passé sur d’autres dossiers. Il pourrait négocier, obtenir des concessions symboliques, déclarer victoire et passer à autre chose. C’est son mode opératoire habituel. Mais il pourrait aussi aller jusqu’au bout. Frapper le Canada avec toute la puissance économique américaine. Provoquer une crise qui redéfinirait les relations nord-américaines pour des générations. Personne ne sait quelle option il choisira. Peut-être que lui-même ne le sait pas encore. C’est ce qui rend la situation si dangereuse. L’imprévisibilité est devenue une politique étrangère.
Mark Carney, lui, continue d’avancer. Sa prochaine destination : l’Europe, pour renforcer les liens avec l’Union européenne. Puis l’Asie, pour explorer de nouveaux partenariats. Puis le Royaume-Uni, son ancien pays d’adoption, pour négocier un accord commercial post-Brexit. Le premier ministre canadien joue une partie d’échecs sur plusieurs fronts. Chaque mouvement est calculé pour réduire la dépendance envers Washington. Chaque accord signé ailleurs est une assurance contre les menaces de Trump. La stratégie est claire. L’exécution sera difficile. Mais Carney n’a pas le choix. Quand votre allié historique se transforme en adversaire, vous cherchez de nouveaux alliés. C’est une loi de la survie.
Je termine cet article avec un sentiment étrange. Quelque chose entre la colère et la tristesse. La colère contre un président américain qui traite ses voisins comme des vassaux à soumettre. La tristesse de voir une relation centenaire — imparfaite, certes, mais stable — se déchirer sous nos yeux. Quelque part au Canada, des familles regardent les nouvelles ce soir avec inquiétude. Elles ne savent pas si elles auront encore un emploi dans six mois. Elles ne savent pas si leur pays sera encore souverain dans cinq ans. Elles ne savent pas ce que Trump fera demain. Personne ne le sait. Et c’est peut-être ça, le pire. Vivre dans l’incertitude permanente. Être à la merci des humeurs d’un homme à des milliers de kilomètres. Ce n’est pas une façon de vivre. Ce n’est pas une façon de gouverner un continent. Et pourtant, c’est là où nous en sommes.
La question qui reste sans réponse
Au fond, cette crise pose une question que personne n’ose vraiment affronter : qu’est-ce que signifie être voisin de la première puissance mondiale quand cette puissance est dirigée par quelqu’un qui ne reconnaît ni règles, ni limites, ni alliances ? Le Canada a cru pendant des décennies que sa proximité géographique était un avantage. Accès privilégié au marché américain. Protection implicite de l’armée américaine. Stabilité garantie par la prévisibilité américaine. Tout cela s’est effondré. La proximité n’est plus un avantage. C’est une vulnérabilité. Être le voisin des États-Unis de Trump, c’est être la première cible de ses colères. La première victime de ses caprices. La première à payer quand quelque chose le contrarie.
Donald Trump a dit que la Chine allait dévorer le Canada. Mais en regardant les événements des dernières semaines, une autre question s’impose : qui essaie vraiment de dévorer qui ? La Chine propose des accords commerciaux. Les États-Unis menacent d’annexion. La Chine ouvre des marchés. Les États-Unis les ferment. Dans ce monde inversé, les certitudes d’hier ne valent plus rien. Et les Canadiens, comme le reste du monde, regardent vers le sud avec un mélange de stupeur et d’appréhension. Ce qui se joue ici, ce n’est pas seulement l’avenir du Canada. C’est l’avenir de l’ordre international. Un ordre que les États-Unis ont construit. Et que les États-Unis, aujourd’hui, semblent déterminés à détruire.
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur et analyste. Mon expertise réside dans l’observation et l’analyse des dynamiques géopolitiques, économiques et stratégiques qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies politiques, à comprendre les mouvements économiques globaux, à contextualiser les décisions des acteurs internationaux et à proposer des perspectives analytiques sur les transformations qui redéfinissent les relations entre nations.
Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. Je prétends à la lucidité analytique, à l’interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux complexes qui nous concernent tous. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et stratégique, et d’offrir une lecture critique des événements.
Méthodologie et sources
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et analyses interprétatives. Les informations factuelles présentées proviennent exclusivement de sources primaires et secondaires vérifiables.
Sources primaires : déclarations officielles du président Donald Trump sur Truth Social, communiqués du bureau du premier ministre Mark Carney, transcriptions du discours de Davos 2026, déclarations des ministres canadiens.
Sources secondaires : CBC News, The Globe and Mail, The Washington Post, Reuters, Associated Press, La Presse, Le Devoir, Al Jazeera, Euronews, CNBC, analyses universitaires.
Nature de l’analyse
Les analyses, interprétations et perspectives présentées dans les sections analytiques de cet article constituent une synthèse critique et contextuelle basée sur les informations disponibles, les tendances observées et les commentaires d’experts cités dans les sources consultées.
Mon rôle est d’interpréter ces faits, de les contextualiser dans le cadre des dynamiques géopolitiques et économiques contemporaines, et de leur donner un sens cohérent. Ces analyses reflètent une expertise développée à travers l’observation continue des affaires internationales.
Toute évolution ultérieure de la situation pourrait naturellement modifier les perspectives présentées ici.
Sources
Sources primaires
Déclarations de Donald Trump sur Truth Social — 24 janvier 2026
Bureau du Premier ministre du Canada — Communiqué sur le partenariat stratégique Canada-Chine — 16 janvier 2026
Forum économique mondial — Transcription du discours de Mark Carney à Davos — 20 janvier 2026
Déclarations de Dominic LeBlanc, ministre du Commerce Canada-États-Unis — janvier 2026
Sources secondaires
CBC News — Trump threatens 100% tariffs on all Canadian goods — 24 janvier 2026
The Washington Post — Trump dominated Davos, but Carney emerged as its star — 23 janvier 2026
The Globe and Mail — What to know about the Canada-China trade deal on EVs and canola — janvier 2026
La Presse — Carney appelle les États à se regrouper face à l’intimidation américaine — 20 janvier 2026
Le Devoir — Carney appelle à moins de dépendance militaire envers les États-Unis — janvier 2026
Al Jazeera — Trump threatens 100 percent tariff on Canada over China deal — 24 janvier 2026
Euronews — Trump threatens Canada with 100% tariff over its trade deal with China — 24 janvier 2026
CNBC — Trump threatens to impose 100% tariff if Canada makes deal with China — 24 janvier 2026
The Conversation — Mark Carney à Davos : virage à 180 degrés dans les relations avec les États-Unis — janvier 2026
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