1898 : l’Amérique découvre le goût de l’empire
Tout a commencé avec William McKinley et la guerre hispano-américaine de 1898. Une guerre « courte et glorieuse », disaient-ils. L’Espagne vaincue en quelques mois, Cuba « libérée », Porto Rico annexé, les Philippines conquises. Les Américains ont découvert ce jour-là une sensation enivrante : celle d’être une puissance mondiale. Les journaux titraient sur la « destinée manifeste » de l’Amérique. Les politiciens parlaient de « civiliser » les peuples conquis. Personne ne mentionnait les 200 000 Philippins qui allaient mourir dans l’insurrection qui suivrait, ni les décennies d’occupation coloniale qui transformeraient l’Amérique en exactement ce contre quoi elle prétendait s’être rebellée en 1776.
McKinley fut réélu triomphalement en 1900. La guerre payait. La leçon fut retenue par tous ses successeurs. Son vice-président, Theodore Roosevelt, héros de la charge de San Juan Hill, comprit mieux que quiconque le pouvoir politique de la victoire militaire. Quand il accéda à la présidence après l’assassinat de McKinley, il avait déjà un plan : faire de l’Amérique une puissance navale capable de projeter sa force aux quatre coins du globe. « Parlez doucement et portez un gros bâton », disait-il. En pratique, l’Amérique parlait fort et frappait plus fort encore.
Theodore Roosevelt : le premier président « amoureux » de la guerre
Theodore Roosevelt ne cachait pas son obsession pour la guerre. Il la considérait comme « la plus haute forme d’activité humaine », un test de virilité nationale. Sous sa présidence, les États-Unis ont intimidé la Colombie pour s’emparer du Panama, envoyé leur flotte faire le tour du monde pour impressionner les autres puissances, et posé les bases d’un interventionnisme qui allait définir le siècle américain. Roosevelt a reçu le prix Nobel de la paix en 1906 pour sa médiation dans la guerre russo-japonaise. L’ironie serait comique si elle n’était pas tragique.
Ce qui caractérisait Roosevelt, c’était cette conviction profonde que la guerre ennoblissait les nations. Que sans elle, les peuples devenaient « mous » et « décadents ». Cette philosophie allait contaminer des générations de dirigeants américains. On la retrouve dans les discours de Kennedy sur le Vietnam, dans les justifications de Bush pour l’Irak, et aujourd’hui dans les tweets de Trump célébrant ses frappes « magnifiques » sur l’Iran. La guerre comme spectacle, comme démonstration de puissance, comme validation de la masculinité nationale. Un siècle plus tard, rien n’a changé.
Quand je lis les discours de Roosevelt sur la « vie strenuous » et les vertus guerrières, j’ai envie de lui demander : avez-vous déjà tenu dans vos bras un enfant dont les parents venaient d’être tués par vos « glorieux » soldats ? Avez-vous vu ce que vos bombes font aux corps humains ? Cette romantisation de la guerre me révulse. Elle ne coûte rien à ceux qui la prêchent depuis leurs bureaux climatisés. Elle coûte tout à ceux qui la subissent.
Wilson et l'invention du « gendarme du monde »
1917 : la rupture avec l’isolationnisme
Woodrow Wilson avait été élu en 1916 sur une promesse de neutralité. « Il nous a gardés hors de la guerre », scandaient ses partisans. Quelques mois plus tard, les soldats américains débarquaient en France. Wilson avait découvert ce que tous ses successeurs découvriraient : une fois au pouvoir, la tentation de la guerre devient irrésistible. Il fallait « rendre le monde sûr pour la démocratie », disait-il. Il fallait que cette guerre soit « la dernière des guerres ». On connaît la suite. Le traité de Versailles a semé les graines de la Seconde Guerre mondiale. La « dernière guerre » n’était que la première d’une série interminable.
Mais Wilson a laissé un héritage plus pernicieux encore : l’idée que l’Amérique avait une mission morale dans le monde. Que ses interventions n’étaient pas de l’impérialisme mais de la philanthropie armée. Que ses bombes apportaient la liberté et la démocratie. Cette rhétorique, on l’entend encore aujourd’hui. Quand Trump bombarde la Somalie, c’est pour « combattre le terrorisme ». Quand il frappe l’Iran, c’est pour « empêcher la prolifération nucléaire ». Les justifications changent, la réalité reste la même : des corps déchiquetés, des familles détruites, des pays ravagés.
L’héritage empoisonné de l’interventionnisme moral
Après Wilson, chaque président a pu draper ses aventures militaires dans le manteau de la vertu. Truman a bombardé Hiroshima et Nagasaki pour « sauver des vies américaines ». Johnson a envoyé 500 000 soldats au Vietnam pour « contenir le communisme ». Bush fils a envahi l’Irak pour « éliminer les armes de destruction massive » qui n’existaient pas. À chaque fois, la même structure narrative : nous sommes les gentils, ils sont les méchants, notre violence est justifiée, la leur est barbare. Cette mythologie permet tout. Elle absout tout. Elle transforme les crimes de guerre en « dommages collatéraux » et les invasions en « opérations de libération ».
Trump s’inscrit parfaitement dans cette tradition. Ses frappes sur l’Iran en juin 2025 ont été présentées comme une action défensive pour protéger Israël et empêcher Téhéran d’obtenir l’arme nucléaire. Les bombardiers B-2 ont largué des bombes de 30 000 livres sur les installations de Fordo et Natanz. Trump a célébré « l’oblitération totale » des capacités iraniennes. Personne n’a mentionné les civils qui travaillaient dans ces installations. Personne n’a parlé des familles qui vivaient à proximité. La victoire était « totale ». La morale était sauve. L’Amérique avait encore une fois « protégé le monde ».
Le Vietnam : le premier avertissement ignoré
L’escalade fatale de Johnson à Nixon
S’il y a une leçon que l’histoire américaine aurait dû graver dans le marbre, c’est celle du Vietnam. Lyndon Johnson y a envoyé des troupes en 1964 sur la base d’un incident fabriqué dans le golfe du Tonkin. Au début, c’était censé être rapide. Quelques conseillers militaires, un peu de soutien aérien, et le Vietnam du Sud tiendrait face aux communistes. Dix ans plus tard, 58 000 soldats américains étaient morts. Des millions de Vietnamiens avaient péri. Le pays était dévasté par le napalm et l’agent orange. Et l’Amérique avait perdu.
L’offensive du Têt en janvier 1968 a porté le coup fatal. Les images de Saïgon attaquée, de l’ambassade américaine assiégée, ont détruit le mythe de la victoire imminente. Johnson a renoncé à se représenter. Nixon a été élu sur la promesse du désengagement. Mais avant de partir, il a bombardé le Cambodge et le Laos, élargissant secrètement une guerre qu’il prétendait terminer. Le pattern était établi : promettre la paix, faire la guerre. Annoncer le retrait, intensifier les frappes. Les mots disent une chose, les bombes en disent une autre.
58 000 noms gravés sur un mur noir à Washington. Je les ai vus, ces noms. J’ai touché la pierre froide. Et je me suis demandé : pour quoi sont-ils morts ? Pour arrêter le communisme ? Le Vietnam est communiste aujourd’hui et c’est un partenaire commercial des États-Unis. Leur sacrifice n’a servi à rien. Rien du tout. Sauf à enrichir les fabricants d’armes et à gonfler l’ego de politiciens qui n’ont jamais mis les pieds sur un champ de bataille. Cette guerre était un mensonge du début à la fin. Et nous continuons à mentir.
La « leçon du Vietnam » : une pause, pas une guérison
Après le Vietnam, l’Amérique a connu une brève période d’introspection. Le « syndrome du Vietnam » paralysait les ardeurs interventionnistes. Reagan, malgré sa rhétorique musclée, est resté relativement prudent dans l’usage de la force directe. L’invasion de la Grenade en 1983 et le bombardement de la Libye en 1986 étaient des opérations limitées, calibrées pour éviter l’enlisement. Même la tragédie de Beyrouth, où 241 Marines ont péri dans un attentat en 1983, n’a pas déclenché d’escalade majeure. Reagan a préféré retirer ses troupes plutôt que de s’enfoncer dans un nouveau bourbier.
Mais cette prudence n’était qu’un interlude. La tentation de la guerre facile n’avait pas disparu ; elle attendait simplement le bon moment pour ressurgir. Ce moment est venu avec la chute du mur de Berlin et l’effondrement de l’Union soviétique. Soudain, l’Amérique était seule au sommet du monde. Plus de rival à sa mesure. Plus de risque d’escalade nucléaire. La voie était libre pour une nouvelle ère d’interventionnisme, cette fois sans les contraintes de la Guerre froide. La « leçon du Vietnam » allait être oubliée aussi vite qu’elle avait été apprise.
De la guerre du Golfe à l'Irak : l'hubris de la victoire
1991 : Bush père et l’illusion de la guerre propre
Quand Saddam Hussein a envahi le Koweït en août 1990, George H.W. Bush a vu une opportunité en or. Une guerre juste, sanctionnée par l’ONU, contre un dictateur clairement identifiable. La coalition était massive, les objectifs limités, la supériorité technologique écrasante. Opération Tempête du Désert : 42 jours de bombardements, 100 heures de guerre terrestre, victoire totale. Les pertes américaines se comptaient en centaines, pas en dizaines de milliers. Le « syndrome du Vietnam » semblait enfin guéri. L’Amérique pouvait à nouveau faire la guerre sans trauma national.
Cette victoire a créé un précédent dangereux. Elle a convaincu toute une génération de dirigeants américains que la guerre pouvait être « chirurgicale », « propre », presque indolore. Les images de missiles de croisière frappant Bagdad avec une précision millimétrique ont fasciné le monde. C’était la guerre comme jeu vidéo, la guerre sans sang visible, la guerre qu’on pouvait regarder en mangeant son dîner. Personne ne montrait les corps des soldats irakiens incinérés sur l’« autoroute de la mort ». Personne ne comptait les civils tués par les « frappes de précision ». La victoire était « propre ». Le mensonge aussi.
2003 : Bush fils et la catastrophe irakienne
George W. Bush a hérité de cette illusion et l’a poussée jusqu’à l’absurde. Après le 11 septembre 2001, l’invasion de l’Afghanistan semblait justifiée : les Talibans hébergeaient Al-Qaïda, Ben Laden devait être capturé. La victoire initiale fut rapide. Kaboul tombait en quelques semaines. L’ivresse du succès s’est emparée de Washington. Si l’Afghanistan avait été si facile, pourquoi pas l’Irak ? Saddam possédait des « armes de destruction massive ». Il fallait agir. La « preuve » était un flacon de poudre blanche agité par Colin Powell à l’ONU. Un mensonge qui allait coûter des centaines de milliers de vies.
L’invasion de l’Irak en mars 2003 fut un succès militaire initial. Bagdad est tombée en trois semaines. Bush a atterri sur un porte-avions sous une bannière « Mission accomplie ». Et puis l’enfer a commencé. L’insurrection, les attentats, la guerre civile entre sunnites et chiites, l’émergence de l’État islamique. Vingt ans plus tard, l’Irak ne s’en est toujours pas remis. Des centaines de milliers de morts. Des millions de réfugiés. Un pays détruit. Et pour quoi ? Les armes de destruction massive n’existaient pas. Le lien avec Al-Qaïda était inventé. Tout était mensonge.
Je me souviens du jour où les statues de Saddam sont tombées à Bagdad. Les médias célébraient. Les experts annonçaient une nouvelle ère pour le Moyen-Orient. J’avais vingt ans et je voulais y croire. Aujourd’hui, quand je regarde les images de Mossoul en ruines, des enfants yézidis réduits en esclavage par Daech, je ressens une honte profonde. Nous avons fait ça. Notre « libération » a engendré des monstres pires que celui que nous prétendions combattre. Et personne n’a payé. Bush peint des aquarelles dans son ranch texan. Blair donne des conférences à 100 000 dollars. Les morts, eux, restent morts.
Trump 2025 : l'escalade sans précédent
La Somalie : le laboratoire de la guerre permanente
118 bombardements en un an. C’est le bilan de Trump en Somalie pour la seule année 2025. À ce rythme, il aura bombardé ce pays plus que Bush, Obama et Biden réunis. En février 2025, un amiral américain s’est vanté d’avoir mené « la plus grande frappe aérienne de l’histoire du monde » sur le sol somalien. Quatorze membres de l’État islamique en Somalie ont été tués dans des complexes de grottes du nord du pays. La presse américaine a applaudi. Personne n’a demandé combien de bergers, de familles, de civils vivaient à proximité de ces grottes.
La Somalie est devenue le laboratoire parfait de la guerre américaine moderne. Pas de troupes au sol en nombre significatif. Pas de cercueils qui reviennent à Dover. Juste des drones, des missiles, des frappes « chirurgicales » contre des « terroristes ». L’Amérique peut tuer indéfiniment sans jamais avoir à expliquer, à justifier, à rendre des comptes. Les Somaliens meurent dans l’indifférence totale du monde. Leur pays est en guerre civile depuis 1991. Trente-quatre ans de chaos, alimenté en partie par des décennies d’intervention américaine. Et la solution de Washington ? Plus de bombes. Toujours plus de bombes.
L’Iran : le pari le plus dangereux
Le 22 juin 2025, des bombardiers B-2 américains ont frappé les installations nucléaires iraniennes de Fordo et Natanz. Des bombes « bunker buster » de 30 000 livres ont pénétré les bunkers souterrains. Des missiles Tomahawk lancés depuis un sous-marin ont frappé Ispahan. Trump a annoncé « l’oblitération totale » du programme nucléaire iranien. Le Pentagone estime avoir retardé ce programme de deux ans. Deux ans. Pour combien de morts ? Pour quel risque d’escalade régionale ? L’Iran a riposté en frappant la base américaine d’Al-Udeid au Qatar. Par miracle, aucune victime américaine. Cette fois-ci.
Mais le précédent est établi. L’Amérique peut frapper un pays souverain, détruire ses infrastructures, et appeler ça de la « défense ». Trump s’est présenté comme le sauveur qui a empêché l’Iran d’obtenir la bombe. En réalité, il a peut-être simplement retardé l’inévitable tout en garantissant que Téhéran sera déterminé à se doter de l’arme nucléaire pour ne plus jamais être vulnérable. C’est la logique de toutes les escalades : chaque frappe « préventive » justifie la prochaine, chaque « victoire » sème les graines de la prochaine guerre. Le cycle ne s’arrête jamais.
Le Yémen, le Venezuela et les nouvelles frontières
Opération Rough Rider : la guerre oubliée
Pendant que le monde avait les yeux rivés sur l’Iran, Trump menait une autre guerre au Yémen. L’opération Rough Rider, lancée en mars 2025, a vu des frappes quotidiennes contre les positions houthies. Washington revendique 500 combattants houthis tués. Le ministère yéménite de la Santé parle de 123 civils morts, « pour la plupart ». Les infrastructures du pays, déjà dévastées par une décennie de guerre civile, ont été encore plus détruites. Tout ça s’est terminé en mai 2025 par une trêve négociée par Oman. Une trêve fragile, temporaire, qui ne résout rien.
Le Yémen est l’exemple parfait de la guerre américaine invisible. Pas de déclaration de guerre au Congrès. Pas de débat national. Pas de couverture médiatique significative. Juste des frappes, des morts, et le silence. Les Américains ne savent même pas que leur pays est en guerre là-bas. Ils ne connaissent pas le nom des villes bombardées. Ils ne verront jamais les visages des enfants yéménites qui meurent de faim parce que les ports sont bloqués. Cette guerre n’existe pas dans la conscience américaine. Elle n’existe que pour ceux qui la subissent.
Rough Rider. Ils ont osé nommer cette opération comme ça. Comme la cavalerie de Theodore Roosevelt chargeant à San Juan Hill. Comme si bombarder un des pays les plus pauvres du monde était un acte de bravoure. Le Yémen meurt. Ses enfants ont les os qui percent la peau tant ils sont affamés. Et Washington joue au cow-boy avec des drones. Je voudrais que chaque Américain qui a voté pour Trump passe une journée dans un hôpital de Sanaa. Juste une journée. Pour voir ce que leurs impôts financent. Pour voir le visage de la « grandeur américaine ».
Le Venezuela : l’interventionnisme à nos portes
L’Amérique latine n’est pas épargnée. Trump a fait du Venezuela une cible prioritaire. Les frappes sur le territoire vénézuélien, les pressions sur le régime de Maduro, les menaces d’intervention directe : tout indique une escalade qui rappelle les pires heures de l’interventionnisme américain dans la région. Le spectre de la guerre froide est de retour, avec Washington qui voit des menaces « communistes » ou « terroristes » dans son arrière-cour et qui se sent en droit d’y répondre par la force.
Et ce n’est pas fini. Trump a ouvertement menacé d’annexer le Groenland, territoire danois. Il a évoqué la possibilité de « reprendre » le canal de Panama. Il a multiplié les provocations envers Cuba, le Mexique, la Colombie. Chaque semaine apporte son lot de nouvelles menaces, de nouveaux ultimatums, de nouvelles démonstrations de force. L’Amérique de Trump ne connaît qu’un seul langage : celui de l’intimidation et de la violence. Et le monde retient son souffle, se demandant quelle sera la prochaine cible.
Où mène cette route : les leçons que l'Amérique refuse d'apprendre
Le pattern de l’échec répété
L’histoire est claire, pour qui veut la lire. Chaque victoire militaire américaine « facile » a engendré une catastrophe plus grande. La victoire de 1898 a mené à l’occupation sanglante des Philippines. La victoire de 1991 en Irak a mené à l’invasion désastreuse de 2003. Le succès initial en Afghanistan a mené à vingt ans d’enlisement et à un retrait humiliant en 2021. Le pattern est toujours le même : le succès initial engendre l’hubris, l’hubris engendre l’escalade, l’escalade engendre le désastre. Trump en 2025 reproduit exactement ce schéma.
Ses succès apparents — les frappes « réussies » en Somalie, la « neutralisation » du programme nucléaire iranien, la « victoire » au Yémen — créent l’illusion que la guerre fonctionne. Que l’Amérique peut bombarder son chemin vers la paix. Que la force résout les problèmes. Cette illusion est mortelle. Elle prépare le terrain pour des aventures encore plus risquées, des escalades encore plus dangereuses. Quand on croit que chaque problème peut être résolu par une bombe, on finit par bombarder des problèmes qui n’ont pas de solution militaire. Et c’est là que les empires s’effondrent.
Le coût humain que personne ne compte
Derrière les statistiques, il y a des êtres humains. Fatima, 8 ans, qui ne comprend pas pourquoi sa maison n’existe plus. Ahmed, 45 ans, qui a perdu sa femme et ses trois enfants dans une frappe « de précision ». Mariam, qui accouche dans un hôpital sans électricité parce que les infrastructures ont été détruites. Ces noms sont inventés, mais les vies qu’ils représentent sont réelles. Des milliers, des dizaines de milliers, des centaines de milliers de vies brisées par la machine de guerre américaine. Des vies qui ne comptent pas dans les calculs de Washington.
Le Pentagone parle de « dommages collatéraux ». Les politiciens parlent de « sacrifices nécessaires ». Les médias passent aux informations suivantes. Mais les morts restent morts. Les orphelins restent orphelins. Les pays dévastés restent dévastés. Et la haine que ces guerres engendrent, la rage des survivants, le désir de vengeance — tout cela couve, grandit, et finit par exploser. Le « terrorisme » que l’Amérique prétend combattre est en grande partie le produit de ses propres guerres. Chaque bombe crée de nouveaux ennemis. Chaque frappe recrute pour les organisations que Washington veut détruire.
Je termine cet article avec un sentiment de colère froide. Pas de la rage aveugle. Juste cette certitude glacée que nous regardons l’histoire se répéter et que nous ne faisons rien pour l’arrêter. Trump n’est pas une anomalie. Il est le produit logique d’un siècle d’impérialisme américain. Il est ce que l’Amérique devient quand elle cesse de se poser des questions sur elle-même. Et la question que je me pose, celle qui me hante, c’est : combien de guerres encore ? Combien de pays dévastés ? Combien de millions de morts avant que quelqu’un dise « assez » ? Ou bien est-ce que ce cycle de violence est simplement devenu ce que l’Amérique est ?
Conclusion : L'empire et ses fantômes
Le choix qui n’est jamais fait
L’Amérique a toujours eu le choix. Elle aurait pu être la puissance qui aide plutôt que celle qui domine. Elle aurait pu utiliser sa richesse pour construire plutôt que pour détruire. Elle aurait pu être l’exemple que ses fondateurs prétendaient créer. Au lieu de cela, elle a choisi l’empire. Elle a choisi la guerre. Elle a choisi de croire que sa violence était vertueuse et que ses victimes le méritaient. Ce choix, fait et refait à chaque génération, a un coût. Un coût que l’Amérique ne paie pas directement, mais que le reste du monde paie en sang.
Trump en 2025 n’est que le dernier chapitre d’une histoire qui dure depuis 1898. Ses 626 frappes aériennes, ses menaces contre le Groenland et le Panama, son mépris pour la souveraineté des autres nations — tout cela s’inscrit dans une continuité parfaite avec McKinley, Roosevelt, Wilson, Johnson, Bush. La seule différence, c’est l’échelle. Les bombes sont plus grosses. Les drones sont plus précis. La destruction est plus efficace. Mais la logique reste exactement la même : l’Amérique a le droit de tuer parce qu’elle est l’Amérique.
Et maintenant ?
L’histoire nous montre où cette route mène. Elle mène au Vietnam. Elle mène à l’Irak. Elle mène à l’Afghanistan. Elle mène à des décennies de chaos, de souffrance, de haine accumulée. Elle mène à des empires qui s’effondrent sous le poids de leurs propres contradictions. L’Amérique n’est pas éternelle. Aucun empire ne l’est. Et chaque bombe larguée, chaque pays envahi, chaque souveraineté violée rapproche le jour où le monde dira « assez ». Ce jour viendra. La seule question est : combien de morts encore avant qu’il arrive ?
Quelque part en Somalie, une mère serre ses enfants contre elle. Le bruit des drones s’éloigne. Pour cette nuit, ils sont vivants. Demain, peut-être pas. Elle ne sait pas pourquoi l’Amérique la bombarde. Elle ne sait pas qui est Trump. Elle sait juste que le ciel peut tuer, et que personne ne viendra l’aider. C’est ça, la « grandeur américaine ». C’est ça, le « président de la paix ». C’est ça, l’héritage d’un siècle de présidents « amoureux » de la guerre.
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur et analyste. Mon expertise réside dans l’observation et l’analyse des dynamiques géopolitiques, des politiques étrangères américaines et des conséquences humaines des conflits armés. Mon travail consiste à décortiquer les patterns historiques, à comprendre les mécanismes de l’interventionnisme militaire, à contextualiser les décisions des administrations américaines successives et à proposer des perspectives critiques sur les transformations qui redéfinissent l’ordre mondial.
Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. Je prétends à la lucidité analytique, à l’interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux complexes qui nous concernent tous. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et stratégique, et d’offrir une lecture critique des événements.
Méthodologie et sources
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et analyses interprétatives. Les informations factuelles présentées proviennent exclusivement de sources primaires et secondaires vérifiables.
Sources primaires : communiqués officiels du Pentagone, de l’U.S. Africa Command, déclarations de la Maison-Blanche, rapports de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), données du Armed Conflict Location and Event Data Project (ACLED), analyses du think tank New America.
Sources secondaires : Council on Foreign Relations, Al Jazeera, Washington Examiner, Military Times, CBC News, Reason, Newsweek, Fox News, The Guardian, Herodote.net, Pressenza, Le Temps.
Nature de l’analyse
Les analyses, interprétations et perspectives présentées dans les sections analytiques de cet article constituent une synthèse critique et contextuelle basée sur les informations disponibles, les tendances historiques observées et les commentaires d’experts cités dans les sources consultées.
Mon rôle est d’interpréter ces faits, de les contextualiser dans le cadre des dynamiques géopolitiques et des patterns historiques de l’interventionnisme américain, et de leur donner un sens cohérent. Ces analyses reflètent une expertise développée à travers l’observation continue des affaires internationales et la compréhension des mécanismes stratégiques qui animent les acteurs globaux.
Toute évolution ultérieure de la situation pourrait naturellement modifier les perspectives présentées ici. Cet article sera mis à jour si de nouvelles informations officielles majeures sont publiées.
Sources
Sources primaires
Council on Foreign Relations – A Guide to Trump’s Second-Term Military Strikes and Actions – Janvier 2026
Armed Conflict Location and Event Data Project (ACLED) – Données sur les frappes aériennes américaines – 2025
U.S. Africa Command – Communiqués sur les opérations en Somalie – Février 2025
New America Foundation – Rapport sur les opérations antiterroristes américaines – 2025
Pentagone – Déclarations sur les frappes en Iran – Juin 2025
Sources secondaires
Al Jazeera – How many countries has Trump bombed in 2025? – Décembre 2025
Washington Examiner – Trump bombed as many countries in 2025 as in his entire first term – 2025
Military Times – A year of strikes: US military operations surge under Trump – Décembre 2025
CBC News – Trump claims he’s the ‘president of peace’ — so why is he bombing so many overseas hotspots? – 2025
Reason – Here are 5 wars Trump started or expanded in 2025 – Décembre 2025
Newsweek – Map shows countries bombed under Trump, Biden and Obama – 2025
Herodote.net – Les présidents des États-Unis d’Amérique – 2024
Pressenza – De nombreux présidents américains déclenchent une guerre pour se faire réélire – Octobre 2023
Le Temps – Il était une fois. Des présidents en guerre – 2024
The Guardian (via Danas.rs) – Article source sur l’histoire des présidents américains et la guerre – Janvier 2026
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.