Huit siècles d’histoire inuite effacés en une phrase
Avant de parler de Danemark, avant de parler d’Amérique, parlons de ceux qui sont là depuis le début. Les Inuits. Descendants du peuple Thulé, ils ont colonisé le Groenland entre le XIIIe et le XIVe siècle. Huit cents ans. Huit cents ans de présence continue sur cette terre de glace. Aujourd’hui, ils représentent 89 % de la population de l’île. Ils ont leur langue, le kalaallisut. Leur culture. Leurs traditions. Leur identité. Quand Trump parle du Groenland comme d’un « gros morceau de glace », il efface ces 57 000 personnes d’un revers de la main. Quand il confond le Groenland avec l’Islande — ce qu’il a fait au moins quatre fois lors de son discours de Davos — il montre qu’il ne sait même pas de quoi il parle.
L’histoire coloniale du Groenland est complexe et douloureuse. Les Danois sont arrivés en 1721. Ce qui a suivi n’a rien d’une romance. Conversion forcée au christianisme. Suppression des pratiques culturelles inuites. Monopole commercial étouffant. Discrimination salariale. Exclusion politique. Dans les années 1950, les politiques de « danisation » ont forcé des communautés entières à se relocaliser dans des villes. Des enfants inuits ont été arrachés à leurs familles et envoyés au Danemark. Et entre 1966 et 1975, des milliers de femmes et de filles groenlandaises — certaines âgées de seulement 12 ans — ont été forcées de recevoir des dispositifs contraceptifs sans leur consentement. C’est ce qu’on appelle le « Spiral Case ». Un scandale qui n’a été reconnu que récemment. Le Groenland connaît son histoire. Il connaît la colonisation. Il sait ce que signifie être traité comme une possession.
Le Traité de Kiel et la reconnaissance internationale
Pour ceux qui aiment les dates et les documents — et les historiens en font partie —, voici la chronologie. 1814 : le Traité de Kiel met fin aux guerres napoléoniennes dans la région. La Norvège est cédée à la Suède, mais le Danemark conserve le Groenland, l’Islande et les îles Féroé. 1916 : les États-Unis achètent les Antilles danoises (aujourd’hui les îles Vierges américaines). Dans ce même accord, Washington reconnaît par écrit que le Danemark peut étendre ses intérêts politiques et économiques à l’ensemble du Groenland. 1933 : la Norvège tente de revendiquer l’est du Groenland. La Cour permanente de Justice internationale tranche : le Danemark possède une « souveraineté valide sur l’ensemble du Groenland ». Fin de la discussion.
Mark Kawar, auteur du livre à paraître « America, but Bigger: Near-Annexations from Greenland to the Galápagos », résume parfaitement la situation dans une tribune publiée dans The Hill. Quand Trump et son conseiller Stephen Miller demandent « de quel droit le Danemark contrôle-t-il le Groenland ? », la réponse est simple : des siècles de colonisation, l’absence de revendications concurrentes, la reconnaissance explicite des grandes puissances — y compris les États-Unis — et une décision définitive d’une cour internationale. Il n’y a pas de mystère. Il n’y a pas de zone grise. Il n’y a que la volonté de réécrire l’histoire pour justifier une ambition territoriale.
Vous savez ce qui me frappe dans cette affaire ? C’est la désinvolture. La facilité avec laquelle on efface des siècles d’histoire. La nonchalance avec laquelle on traite un peuple entier comme un détail négligeable. J’ai lu les témoignages des Groenlandais. Ces gens qui se réveillent le matin en se demandant si leur pays existera encore demain. Ces parents qui expliquent à leurs enfants qu’ils ne sont pas à vendre. Cette violence symbolique, cette humiliation quotidienne — elle ne fait pas les gros titres. Mais elle est réelle. Elle fait mal.
Davos : anatomie d'un discours mensonger
Quatre fois le même lapsus, ou l’aveu d’ignorance
Le 21 janvier 2026, Donald Trump a pris la parole devant le Forum économique mondial de Davos. Pendant plus d’une heure, il a parlé de tarifs douaniers, d’énergie, de sécurité nationale. Et de Groenland. Beaucoup de Groenland. Sauf qu’à plusieurs reprises — au moins quatre fois selon les transcriptions — il a dit « Islande » au lieu de « Groenland ». « Notre marché boursier a connu sa première baisse hier à cause de l’Islande », a-t-il déclaré. Or, c’étaient bien les menaces concernant le Groenland qui avaient fait chuter les marchés de 2 %. L’Islande est un pays indépendant depuis 1944. Membre fondateur de l’OTAN. Un allié de longue date des États-Unis. Confondre les deux, c’est comme confondre le Mexique et le Canada.
La porte-parole de la Maison-Blanche, Karoline Leavitt, a tenté de minimiser l’affaire sur X, affirmant que Trump avait qualifié le Groenland de « gros morceau de glace » parce que « c’est ce que c’est ». Sauf que Trump a bien prononcé le mot « Iceland » — Islande — séparément et distinctement. Les journalistes présents dans la salle l’ont noté. Une personne se présentant comme danoise, assise dans l’audience, a murmuré : « C’est ridicule. » L’ignorance géographique d’un président serait anecdotique si elle ne concernait pas un territoire qu’il menace d’annexer. Comment peut-on vouloir « acquérir » un pays dont on ne connaît même pas le nom ?
Le mensonge central : « Nous l’avons rendu »
Mais le lapsus géographique n’est rien comparé au mensonge historique central. « Après la Seconde Guerre mondiale, nous avons rendu le Groenland au Danemark », a affirmé Trump. « Tout ce que les États-Unis demandent, c’est un endroit appelé Groenland, que nous avions déjà en tant que dépositaire, mais que nous avons respectueusement rendu au Danemark il n’y a pas si longtemps. » Chaque mot de cette phrase est contestable. Les États-Unis n’ont jamais été « dépositaires » du Groenland. Ils ont assuré sa défense pendant la guerre, avec l’accord du gouvernement danois en exil. Ils n’ont rien « rendu » parce qu’ils n’ont jamais rien possédé. Et ce n’était pas « il n’y a pas si longtemps » — l’accord de défense de 1941 a été renouvelé en 1951 et est toujours en vigueur aujourd’hui.
L’historien David Murphy de l’Université de Maynooth en Irlande a rappelé un fait que Trump semble ignorer : le Danemark a été l’un des alliés les plus fidèles des États-Unis. En Afghanistan, 44 soldats danois sont morts au combat — le taux de mortalité par habitant le plus élevé parmi les membres de la coalition. Huit autres sont morts en Irak. Ce sont des Danois qui sont allés mourir pour défendre l’Amérique après le 11 septembre. Et aujourd’hui, on leur dit qu’ils ne savent pas défendre leur propre territoire ? Qu’ils n’ont qu’un « deux traîneaux à chiens » pour protéger le Groenland ? C’est insultant. C’est faux. Et c’est dangereux.
La réponse du Groenland : « Nous ne sommes pas à vendre »
Nuuk, 17 janvier : quand un quart de la capitale descend dans la rue
Il faisait froid ce samedi 17 janvier 2026 à Nuuk. Moins de zéro degré. Un vent glacial venu de l’Arctique. Et pourtant, ils étaient là. Des milliers de Groenlandais — près d’un quart de la population de la capitale — marchant du centre-ville jusqu’au consulat américain. Des familles entières. Des enfants emmitouflés dans des parkas. Des anciens sur des traîneaux. Des drapeaux groenlandais — blanc et rouge, avec le soleil couchant — flottant dans le vent arctique. « Greenland is not for sale ! » scandaient-ils. « Le Groenland n’est pas à vendre ! » C’était la plus grande manifestation de l’histoire de l’île. Un pays de 57 000 habitants où les gens vivent éparpillés sur un territoire grand comme quatre fois la France, et pourtant, ce jour-là, ils étaient unis.
Tillie Martinussen, ancienne membre du Parlement groenlandais, était présente. « Ils ont commencé par se présenter comme nos amis et alliés », a-t-elle déclaré aux journalistes. « Ils disaient qu’ils voulaient améliorer le Groenland pour nous, mieux que les Danois. Et maintenant, ils nous menacent ouvertement. » C’est la trahison qui fait le plus mal. Pendant 80 ans, les Groenlandais ont considéré les Américains comme des alliés. La base de Thulé — aujourd’hui Pituffik Space Base — est sur leur territoire depuis 1951. Ils ont accueilli les radars, les satellites, les soldats. Et voilà comment on les remercie. En les traitant comme une propriété. En menaçant de les envahir.
J’essaie d’imaginer ce que ça fait. Se réveiller un matin et entendre le président de la plus grande puissance militaire du monde dire qu’il va « faire quelque chose » avec ton pays, « que ça leur plaise ou non ». Ne pas savoir si demain, des soldats débarqueront sur ton île. Expliquer à tes enfants pourquoi un homme à des milliers de kilomètres veut leur prendre leur maison. Alaska, la fille de Marie Pedersen, a 9 ans. Elle a passé sa soirée à découper du carton pour faire sa pancarte de protestation. Neuf ans. À cet âge, on devrait jouer dans la neige. Pas défendre son droit d’exister.
Les cinq partis unis : « Nous voulons être Groenlandais »
Fait rare dans la politique groenlandaise : les cinq partis représentés au Parlement ont publié une déclaration commune. « Nous ne voulons pas être Américains. Nous ne voulons pas être Danois. Nous voulons être Groenlandais. » Ces mots, signés par le Premier ministre Jens-Frederik Nielsen et tous les leaders de l’opposition, résument tout. Le Groenland a son propre mouvement d’indépendance. Il rêve de devenir une nation souveraine. Mais ce rêve, c’est leur rêve. Pas celui de Washington. Pas celui de Copenhague. Le leur. « Aucun autre pays ne peut se mêler de cela. Nous devons décider de l’avenir de notre pays nous-mêmes — sans pression pour prendre une décision hâtive, sans procrastination, et sans ingérence d’autres pays. »
Les sondages sont sans appel. 84 % des Groenlandais soutiennent l’indépendance vis-à-vis du Danemark. Mais quand on leur demande de choisir entre les États-Unis et le Danemark, 85 % préfèrent rester avec le Danemark. Seulement 6 % voudraient devenir américains. Six pour cent. C’est moins que la marge d’erreur statistique. Naaja Nathanielsen, ministre des Affaires et des Ressources minérales du Groenland, a décrit la réaction de son peuple : « Les gens sont inquiets. Les gens ont peur. Les gens sont déconcertés. » Elle a ajouté : « Nous nous sommes toujours considérés comme des alliés des États-Unis. Nous avons essayé de répondre à leurs besoins au fil des années, et nous l’avons fait avec plaisir. Et soudain, nous nous retrouvons au milieu d’une tempête où l’on parle de nous acquérir comme un produit ou une propriété. C’est vraiment difficile pour nous. »
Les enjeux réels derrière la rhétorique
Minerais rares, routes arctiques et bases militaires
Pourquoi Trump veut-il le Groenland ? La réponse officielle est la « sécurité nationale ». La réponse réelle est plus complexe. Le réchauffement climatique fait fondre les glaces arctiques. De nouvelles routes maritimes s’ouvrent. Des ressources auparavant inaccessibles deviennent exploitables. Le Groenland possède des gisements de terres rares — ces minéraux essentiels aux batteries des voitures électriques, aux smartphones, aux technologies militaires. Un rapport du gouvernement danois de 2023 détaille 25 des 30 matières premières critiques listées par l’Union européenne comme présentes au Groenland. Aujourd’hui, la Chine contrôle plus de 60 % de la production mondiale de ces minerais.
Géographiquement, le Groenland est stratégique. Entre l’Amérique du Nord et l’Europe. Entre l’Arctique et l’Atlantique Nord. Le trajet le plus court pour un missile entre Moscou et Washington passe directement au-dessus de l’île. La base de Pituffik, dans le nord-ouest, est cruciale pour la surveillance spatiale et l’alerte missile de l’OTAN. Mais voici le paradoxe que Trump refuse d’admettre : les États-Unis ont déjà accès à tout cela. L’accord de défense de 1951 leur permet de construire des installations militaires au Groenland et d’y opérer librement. Ils n’ont qu’à demander poliment. Alors pourquoi vouloir posséder l’île ? La question reste ouverte.
La Chine, la Russie et la compétition arctique
Trump invoque souvent la menace russe et chinoise pour justifier ses ambitions. Il n’a pas entièrement tort sur ce point. La Russie renforce sa présence militaire dans l’Arctique. La Chine a lancé sa « Route de la Soie Polaire » et tente d’établir des contrats miniers au Groenland. Pékin avait même proposé de financer la construction d’aéroports sur l’île — une offre que le Danemark a finalement contrée en fournissant lui-même les fonds. L’Arctique est devenu un nouveau théâtre de compétition géopolitique. C’est un fait. Mais cette compétition ne justifie pas l’annexion d’un territoire souverain. Le Groenland fait partie du Royaume du Danemark. Le Danemark est membre de l’OTAN. Une attaque contre le Groenland déclencherait l’Article 5 — la clause de défense collective de l’alliance.
Rebecca Pincus, directrice de l’Institut Polaire du Wilson Center, explique à Radio Free Europe : « Le Groenland prend de l’importance alors que nous nous trouvons dans une compétition mondiale avec la Chine et dans une nouvelle révolution technologique en matière de guerre. Le Groenland est important du point de vue de la défense antimissile, de l’espace et de la compétition mondiale. » Tout cela est vrai. Mais rien de cela ne nécessite de posséder le Groenland. Les États-Unis ont des bases au Japon, en Allemagne, en Corée du Sud, en Italie — sans posséder ces pays. La présence militaire n’exige pas la souveraineté territoriale. Sauf si l’objectif réel est autre chose.
On parle de minerais. On parle de bases. On parle de routes maritimes. Mais on ne parle pas des gens. On ne parle pas des pêcheurs de Nuuk qui se demandent si leur fjord appartiendra bientôt à quelqu’un d’autre. On ne parle pas des chasseurs de phoques qui perpétuent une tradition millénaire. On ne parle pas des enfants qui apprennent le groenlandais à l’école et qui pourraient un jour devoir apprendre l’anglais. Le Groenland n’est pas un « gros morceau de glace ». C’est une terre. Avec une âme. Avec une histoire. Avec des gens qui l’aiment.
L'Europe répond : « Les frontières sont inviolables »
La déclaration commune des sept leaders
Face aux menaces de Trump, l’Europe s’est unie — chose rare ces dernières années. Le 6 janvier 2026, sept dirigeants ont signé une déclaration commune : Emmanuel Macron (France), Friedrich Merz (Allemagne), Giorgia Meloni (Italie), Donald Tusk (Pologne), Pedro Sánchez (Espagne), Keir Starmer (Royaume-Uni) et Mette Frederiksen (Danemark). Le message était clair : « Nous soulignons la souveraineté, l’intégrité territoriale et l’inviolabilité des frontières. Le Groenland appartient à son peuple. C’est au Danemark et au Groenland, et à eux seuls, de décider des questions concernant le Danemark et le Groenland. »
Macron a qualifié les menaces de « fondamentalement inacceptables ». Starmer les a jugées « complètement erronées ». À Davos, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a déclaré que les « chocs » géopolitiques et la vision du monde de Trump exigeaient « une nouvelle forme d’indépendance européenne ». Le Premier ministre canadien, Mark Carney, est allé plus loin : « Soyons directs — nous sommes au milieu d’une rupture, pas d’une transition. » L’architecture économique et sécuritaire de l’après-guerre, celle qui a assuré la paix en Occident pendant 80 ans, vacille. Et Trump en est l’artisan.
Le droit international piétiné
Thomas Crosbie, expert militaire américain travaillant au Collège royal danois de Défense, a été catégorique : toute tentative de saisir le Groenland par la force constituerait un acte criminel. Le Danemark, avec le soutien de ses alliés, aurait le droit légal d’arrêter et de poursuivre les Américains impliqués. Les soldats danois stationnés au Groenland ont l’obligation légale de défendre le territoire. Un ordre permanent de 1952 stipule que les troupes danoises doivent « immédiatement engager le combat sans attendre d’ordres » en cas d’attaque. Le gouvernement danois a confirmé en janvier 2026 que cet ordre est toujours en vigueur. Si le Groenland est attaqué, les soldats danois riposteront.
On mesure l’absurdité de la situation. Les États-Unis, fondateurs de l’OTAN, défenseurs autoproclamés de l’ordre international, menacent d’envahir un territoire allié protégé par ce même OTAN. Un membre de l’alliance attaquant un autre membre. Du jamais-vu. Les experts en droit international sont unanimes : une telle action violerait la Charte des Nations Unies, le traité de l’Atlantique Nord, et à peu près toutes les conventions régissant les relations entre États souverains. Mais depuis quand le droit international arrête-t-il les grandes puissances déterminées à agir ?
L'indépendance groenlandaise : le rêve que Trump pourrait détruire
Un mouvement vieux de décennies
Ironie cruelle de cette crise : le Groenland rêve effectivement d’indépendance. Mais pas celle que Trump propose. Depuis des décennies, les Groenlandais travaillent à construire leur propre nation. L’Acte de Home Rule de 1979 leur a donné un Parlement. L’Acte d’Autonomie de 2009 leur a accordé le contrôle de leurs affaires intérieures et le droit de déclarer leur indépendance par référendum. En 2023, une commission a présenté un projet de Constitution pour une République du Groenland indépendante, reconnaissant l’héritage inuit de l’île. C’est un processus graduel, prudent, démocratique. Le contraire exact d’une annexion forcée.
Le problème est économique. Le Groenland dépend encore largement des subventions danoises — environ 500 millions d’euros par an — pour financer ses services publics : santé, éducation, infrastructure. Sans cette aide, le niveau de vie chuterait brutalement. C’est pourquoi, malgré un soutien de 84 % pour l’indépendance en principe, 61 % des Groenlandais s’y opposent si elle implique une baisse de leur niveau de vie. Le chemin vers la souveraineté est long. Il exige de diversifier l’économie, de développer le tourisme, d’exploiter prudemment les ressources naturelles. Et maintenant, les menaces de Trump ont mis en pause ces discussions. L’indépendance dont rêvaient les Groenlandais est suspendue, éclipsée par une crise qu’ils n’ont pas choisie.
C’est peut-être ça, le plus tragique. Le Groenland était sur son propre chemin. Lentement, patiemment, il construisait son avenir. Un avenir groenlandais. Et maintenant, ce rêve est menacé non pas par le Danemark colonial, mais par l’Amérique libératrice. Ceux qui se présentaient comme des amis sont devenus des prédateurs. « Nous avons toujours connu la complexité et la controverse », a dit Naaja Nathanielsen. « Nous sommes habitués. Nous avons été une colonie du Danemark. Mais là, nous faisons face à une menace que nous n’avons jamais vue auparavant. » Huit cents ans d’histoire. Et voilà où on en est.
Les élections de mars 2025 : un message au monde
En mars 2025, le Groenland a tenu des élections générales. Le contexte était tendu : Trump avait déjà renouvelé ses menaces. Les services de renseignement danois surveillaient d’éventuelles ingérences étrangères. Les cinq leaders des partis représentés au Parlement ont tous exprimé leur méfiance envers Trump lors du débat final. Le seul parti dont le leader a exprimé sa confiance envers Trump — Qulleq — n’a obtenu que 305 voix et aucun siège. Le message était clair. Les Démocrates de centre-droit de Jens-Frederik Nielsen, qui prônent une approche graduelle de l’indépendance, ont remporté la victoire. « Nous ne voulons pas être Américains. Non, nous ne voulons pas être Danois. Nous voulons être Groenlandais. Et nous voulons notre propre indépendance dans le futur. Et nous voulons construire notre propre pays par nous-mêmes, pas avec son aide à lui. »
Le résultat électoral a été interprété comme un signe que les Groenlandais veulent d’abord résoudre leurs problèmes sociaux et économiques internes avant de se précipiter vers l’indépendance. Le taux de suicide élevé. Les problèmes de santé mentale. Le chômage. Les séquelles de la colonisation. Ce sont les priorités. Pas les jeux de pouvoir entre Washington et Copenhague. Pas les ambitions territoriales d’un milliardaire devenu président. Les Groenlandais veulent décider eux-mêmes. À leur rythme. Selon leurs termes. Est-ce trop demander ?
Un précédent dangereux pour l'ordre mondial
Quand l’Amérique se comporte comme elle accuse les autres
Pendant des décennies, les États-Unis ont dénoncé les violations de souveraineté commises par d’autres puissances. L’annexion de la Crimée par la Russie en 2014. Les revendications territoriales de la Chine en mer de Chine méridionale. L’invasion de l’Ukraine en 2022. Washington a imposé des sanctions, armé des résistants, rallié des coalitions internationales. Au nom de quoi ? Au nom de l’intégrité territoriale. Au nom du droit international. Au nom du principe que les frontières ne se changent pas par la force. Et maintenant, le même Washington menace d’annexer le territoire d’un allié. Comment condamner Poutine pour l’Ukraine quand on convoite le Groenland ? Comment critiquer Xi pour Taiwan quand on ne respecte pas la souveraineté du Danemark ?
Les analystes de Foreign Affairs ont déjà tracé une ligne directe entre la crise du Groenland et les futures ambitions territoriales d’autres puissances. Si l’Amérique peut menacer d’absorber un territoire au nom de la « sécurité nationale », pourquoi pas la Russie ? Pourquoi pas la Chine ? Le précédent est catastrophique. L’ordre international repose sur des règles. Ces règles ne valent quelque chose que si les grandes puissances les respectent aussi. Sinon, ce n’est que la loi du plus fort. Et dans un monde sans règles, les petits pays — les 57 000 habitants du Groenland — sont les premiers à souffrir.
L’avenir incertain des relations transatlantiques
La crise du Groenland a infligé des dommages durables à l’alliance transatlantique. Robert Christian Thomsen, professeur à l’Université d’Aalborg au Danemark, a décrit le sentiment dominant : « Il y a un sentiment de trahison. J’ai grandi — et la plupart des Danois ont grandi — avec l’idée que les États-Unis sont notre meilleur ami au monde. » Tillie Martinussen, l’ancienne parlementaire groenlandaise, a été plus directe : « Nous avons été de bons alliés pendant 80 ans, ce qui rend ce sentiment de traîtrise si fort en nous en ce moment. Les enfants qui naissent aujourd’hui vont grandir en ayant peur des États-Unis comme de l’agresseur dont nous nous souvenons. »
Le 21 janvier, après son discours de Davos, Trump a rencontré le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte. Il a ensuite annoncé sur les réseaux sociaux qu’un « cadre d’accord futur » avait été atteint concernant le Groenland et l’Arctique. Il a aussi retiré ses menaces de tarifs sur les pays européens. Mais les détails de cet « accord » restent flous. Le Danemark et le Groenland ont tous deux réaffirmé que l’île n’est pas à vendre. Le ministre danois des Affaires étrangères, Lars Løkke Rasmussen, a averti que si les discussions portent sur l’« acquisition » du Groenland, « ce sera une série courte ». La crise est peut-être en pause. Elle n’est pas terminée.
Conclusion : L'histoire ne s'efface pas
Les faits persistent malgré les mensonges
Les historiens continueront de corriger les erreurs. Les fact-checkers continueront de vérifier les affirmations. Les documents existent. Les traités sont archivés. La souveraineté danoise sur le Groenland est établie depuis trois siècles et confirmée par des instances internationales. Aucun discours présidentiel ne changera ces faits. Mais les mensonges répétés ont des conséquences. Ils érodent la confiance. Ils normalisent l’impensable. Ils préparent le terrain pour des actions qui semblaient impossibles hier. Si on peut réécrire l’histoire du Groenland, on peut réécrire n’importe quelle histoire. Et c’est ainsi que les démocraties vacillent.
Ce qui restera de cette crise, au-delà des manchettes et des tweets, ce sont les images de Nuuk. Des milliers de personnes marchant dans le froid pour défendre leur dignité. Des enfants tenant des pancartes faites main. Des drapeaux claquant dans le vent arctique. Un peuple de 57 000 âmes disant au monde entier qu’il n’est pas une marchandise. Ces images-là, aucun mensonge ne peut les effacer. L’histoire vraie du Groenland — celle des Inuits, celle des colonies, celle de la lutte pour l’autonomie — cette histoire appartient aux Groenlandais. Pas à Trump. Pas à l’Amérique. À eux.
Je termine cet article avec une image en tête. Alaska, 9 ans, tenant sa pancarte « Greenland is not for sale ». Sa mère lui a appris qu’elle avait le droit de s’exprimer. Que sa voix comptait. Que son pays lui appartenait. Dans quelques années, cette petite fille saura peut-être voter pour l’indépendance de son île. Ou peut-être que son île aura été absorbée par une puissance étrangère. L’avenir est incertain. Mais une chose est sûre : Alaska et son peuple se souviendront. Ils se souviendront de qui étaient leurs amis. Et de qui les a trahis. L’histoire, la vraie, finit toujours par se faire entendre.
Les questions qui demeurent
Où en serons-nous dans un an ? Dans cinq ans ? Trump a reculé sur les menaces de force et les tarifs. Mais son objectif reste inchangé : « acquérir » le Groenland. Les négociations vont-elles aboutir à un renforcement de la présence militaire américaine ? À une dépendance économique accrue ? À une « absorption » progressive que décrivent les scénarios les plus sombres de Foreign Affairs ? Personne ne sait. Ce qui est certain, c’est que 57 000 personnes attendent, inquiètes, de savoir ce que le monde va décider de leur sort. Et cette attente, cette angoisse, cette incertitude — c’est déjà une forme de violence. Une violence sans bombes. Mais une violence quand même.
Le Groenland existait bien avant les États-Unis. Bien avant le Danemark. Bien avant l’Europe moderne. Les Inuits y vivaient quand Erik le Rouge est arrivé avec ses mensonges publicitaires sur une « terre verte ». Ils y vivaient quand Hans Egede est venu avec sa Bible et ses maladies. Ils y vivent encore aujourd’hui, malgré tout. Malgré les colonisateurs. Malgré les politiques d’assimilation. Malgré les expériences médicales forcées. Malgré tout. Et ils y seront encore demain. Parce que le Groenland n’est pas un « gros morceau de glace ». C’est leur maison. Et personne — pas même le président des États-Unis — ne peut leur enlever ça.
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur et analyste. Mon expertise réside dans l’observation et l’analyse des dynamiques géopolitiques, historiques et stratégiques qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les déclarations officielles, à vérifier les faits contre les sources historiques, et à donner voix à ceux qu’on oublie trop souvent dans les grands récits de pouvoir — ici, le peuple groenlandais.
Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. Je prétends à la lucidité analytique, à l’interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux complexes qui nous concernent tous. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et stratégique, et d’offrir une lecture critique des événements.
Méthodologie et sources
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et analyses interprétatives. Les informations factuelles présentées proviennent exclusivement de sources primaires et secondaires vérifiables.
Sources primaires : déclarations officielles du gouvernement groenlandais, du gouvernement danois, de la Maison-Blanche, transcriptions du discours de Davos, traités historiques (Traité de Kiel 1814, accords de défense de 1941 et 1951), décisions de la Cour permanente de Justice internationale (1933).
Sources secondaires : FactCheck.org, PolitiFact, PBS, Al Jazeera, CNBC, TIME, The Washington Post, The Hill, Euronews, Council on Foreign Relations, Wikipedia (articles mis à jour janvier 2026).
Nature de l’analyse
Les analyses, interprétations et perspectives présentées dans les sections analytiques de cet article constituent une synthèse critique et contextuelle basée sur les informations disponibles, les documents historiques et les témoignages directs des acteurs concernés.
Mon rôle est d’interpréter ces faits, de les contextualiser dans le cadre des dynamiques géopolitiques contemporaines, et de leur donner un sens cohérent. Ces analyses reflètent une expertise développée à travers l’observation continue des affaires internationales et la compréhension des mécanismes stratégiques qui animent les acteurs globaux.
Toute évolution ultérieure de la situation pourrait naturellement modifier les perspectives présentées ici. Cet article sera mis à jour si de nouvelles informations officielles majeures sont publiées.
Sources
Sources primaires
Discours de Donald Trump au Forum économique mondial de Davos – 21 janvier 2026
Déclaration commune des cinq partis du Parlement groenlandais – 10 janvier 2026
Déclaration commune des sept dirigeants européens – 6 janvier 2026
Traité de Kiel – 14 janvier 1814
Décision de la Cour permanente de Justice internationale sur le Groenland – 5 avril 1933
Accord de défense États-Unis-Danemark – 1941, renouvelé 1951
Sources secondaires
Washington Post – « Trump tells one history of Greenland. Historians tell another. » – 25 janvier 2026
Al Jazeera – « Did the US give Greenland back to Denmark? Trump omits history at Davos » – 23 janvier 2026
FactCheck.org – « Trump’s Claims About Greenland » – 22 janvier 2026
PBS NewsHour – « Fact-checking Trump’s Greenland-focused Davos speech » – 21 janvier 2026
CNBC – « Why most Greenlanders favor a future without Trump — or Denmark » – 12 janvier 2026
CNBC – « Greenlanders ‘bewildered’ by Trump’s ‘devastating’ takeover threats » – 20 janvier 2026
TIME – « Inside the Danish Campaign to Keep Greenland, and Placate Trump » – 18 janvier 2026
Euronews – « Thousands march in Greenland to oppose Trump’s interest in taking over the Arctic island » – 18 janvier 2026
The Hill – « The long-established right that Denmark has to Greenland » – 23 janvier 2026
Council on Foreign Relations – « The Trump Administration’s Push for Greenland: What to Know » – 22 janvier 2026
Wikipedia – « Greenland crisis » – mis à jour 25 janvier 2026
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