Une économie déjà à genoux
Si Trump croit pouvoir faire tomber Cuba, c’est parce que l’île traverse la pire crise économique de son histoire récente. Les chiffres sont accablants. Le PIB cubain a chuté de 15% au cours des six dernières années. Rien qu’en 2025, le président Díaz-Canel a reconnu une baisse de 4% supplémentaires. L’inflation dévore le pouvoir d’achat. Les rayons des magasins sont vides. Les files d’attente pour acheter du pain ou de l’huile s’étirent pendant des heures. Et plus des trois quarts des Cubains déclarent vouloir quitter le pays, selon les sondages les plus récents. Des millions ont déjà émigré depuis 2020, fuyant les pénuries alimentaires, les coupures de courant et la pauvreté croissante. L’hémorragie démographique vide littéralement l’île de sa substance.
La cause principale de cet effondrement ? La perte du soutien vénézuélien. Pendant des décennies, Cuba a survécu grâce aux livraisons de pétrole subventionné de Caracas. En échange, La Havane envoyait des médecins et des enseignants. Un accord de coopération qui représentait jusqu’à 70% des importations pétrolières cubaines. Avec la chute de Maduro, ce robinet s’est brutalement fermé. Au dernier trimestre de 2025, le Venezuela livrait encore entre 30 000 et 35 000 barils par jour. Aujourd’hui, plus rien. Ou presque. Et les alternatives sont quasi inexistantes. La Russie n’envoie qu’environ 6 000 barils quotidiens. Le Mexique a drastiquement réduit sa contribution, passant de 23 000 barils par jour l’année dernière à seulement 2 500 actuellement. Cuba est en train de se vider de son sang énergétique.
Je regarde ces chiffres et je vois des vies. Des familles qui cuisinent à la bougie. Des hôpitaux qui fonctionnent au ralenti. Des personnes âgées qui suffoquent dans la chaleur tropicale sans ventilateur. Quand on parle de « pression économique » depuis Washington, on parle de ça. D’une grand-mère à La Havane qui compte les heures avant la prochaine coupure. D’une mère qui ne sait pas comment nourrir ses enfants demain. La géopolitique a toujours des visages. Et ces visages-là, personne ne les montre dans les briefings de la Maison Blanche.
Dix heures sans électricité : le quotidien des Cubains
La Havane plonge dans le noir. La capitale, autrefois relativement épargnée par les coupures, subit désormais plus de dix heures sans électricité chaque jour. Dans les provinces, c’est pire encore. Les blackouts peuvent s’étendre jusqu’à vingt heures. Les réfrigérateurs ne fonctionnent plus. L’eau ne monte plus dans les étages. Les ventilateurs restent immobiles dans la moiteur tropicale. Les Cubains vivent au rythme des coupures, organisent leur existence autour de ces fenêtres d’électricité de plus en plus rares. Le déficit quotidien oscille entre 1 400 et 1 800 mégawatts. Ce ne sont pas des chiffres techniques. Ce sont des heures sans pouvoir cuisiner. Des nuits sans lumière. Des journées sans eau pompée.
Les réserves de carburant sont à des niveaux historiquement bas. Les analystes indépendants estiment qu’elles représentent environ 360 000 barils, soit l’équivalent de quatre jours de consommation. Quatre jours. C’est tout ce qui sépare Cuba d’un effondrement total de son réseau électrique. Et l’administration Trump le sait parfaitement. C’est précisément pour cela qu’elle envisage un blocus total des importations pétrolières. Couper les dernières artères. Étouffer l’île jusqu’à ce qu’elle capitule. La stratégie est aussi simple que cruelle. Et elle pourrait avoir des conséquences humanitaires catastrophiques pour les 9,6 millions d’habitants de l’île.
Marco Rubio : le faucon cubano-américain aux commandes
Un secrétaire d’État en mission personnelle
Derrière la stratégie cubaine de Trump, il y a un homme. Marco Rubio, secrétaire d’État, fils d’immigrés cubains, faucon anti-castriste depuis le premier jour de sa carrière politique. Pour lui, faire tomber le régime de La Havane n’est pas seulement une question de politique étrangère. C’est une affaire personnelle. Familiale. Existentielle. « Je pense que Cuba va être quelque chose dont on va finir par parler », a-t-il déclaré récemment. « Parce que Cuba est une nation en train d’échouer. Une nation qui échoue très gravement. Et nous voulons aider le peuple. » Des mots qui sonnent comme une promesse. Ou comme une menace.
Rubio ne s’arrête pas là. Il envoie un message direct aux dirigeants cubains : « Si je vivais à La Havane, et que j’étais au gouvernement, je serais inquiet. » La phrase est calculée. Elle vise autant l’opinion publique américaine que les cercles du pouvoir à Cuba. Elle dit : nous venons pour vous. Vous pouvez coopérer maintenant et négocier votre sortie, ou attendre que nous vous capturions comme nous avons capturé Maduro. Le secrétaire d’État incarne parfaitement la ligne dure de l’administration Trump envers Cuba. Et sa nomination à ce poste n’est pas un hasard. C’est un signal. Le signal que Washington est prête à aller jusqu’au bout.
Il y a quelque chose de troublant à voir Marco Rubio parler de « aider le peuple cubain » tout en planifiant son asphyxie économique. On peut légitimement critiquer le régime castriste. On peut dénoncer ses violations des droits humains, sa répression des dissidents, son économie planifiée dysfonctionnelle. Mais quand la « aide » consiste à affamer une population pour faire tomber ses dirigeants, on est en droit de se demander qui on aide vraiment. Les Cubains ordinaires, ou les ambitions politiques de ceux qui parlent en leur nom depuis Miami ?
La diaspora cubaine : un levier politique majeur
La communauté cubano-américaine représente un poids électoral considérable aux États-Unis, particulièrement en Floride, État pivot lors des élections présidentielles. Cette diaspora, largement hostile au régime castriste, constitue la base politique de Marco Rubio et d’une partie significative de l’électorat de Trump. Faire tomber Cuba n’est pas seulement une question de géopolitique. C’est aussi une question de politique intérieure. Une victoire symbolique qui consoliderait le soutien d’une communauté influente et passionnée. Les réunions avec les exilés cubains à Miami et à Washington témoignent de cette dimension électorale de la stratégie trumpienne.
Mais la diaspora n’est pas monolithique. Si les anciens exilés, ceux qui ont fui dans les années 1960 après la révolution de Fidel Castro, restent farouchement anti-communistes, les générations plus récentes ont souvent des positions plus nuancées. Beaucoup ont encore de la famille sur l’île. Beaucoup envoient de l’argent, les fameuses « remesas », qui constituent une bouée de sauvetage pour leurs proches restés à Cuba. Un blocus total affecterait aussi ces transferts. La question n’est pas simple. Et les divisions au sein de la communauté cubano-américaine pourraient compliquer les calculs politiques de Trump et Rubio.
Cuba résiste : la réponse de La Havane
Le refus de négocier sous la contrainte
Face aux menaces américaines, le gouvernement cubain a adopté une posture de défiance totale. Le président Miguel Díaz-Canel a rejeté toute négociation « basée sur la coercition ou l’intimidation ». Les mots sont choisis avec soin. Ils signifient : nous ne céderons pas au chantage. Nous ne deviendrons pas un nouveau Venezuela. En parallèle, les Forces armées révolutionnaires ont organisé des exercices de défense nationale, une démonstration de force destinée à montrer que Cuba est prête à résister à une éventuelle intervention militaire américaine. Le message est clair : une invasion ne serait pas une promenade de santé.
Le 15 janvier 2026, une cérémonie solennelle s’est tenue à La Havane pour rendre hommage aux 32 soldats cubains tués lors de l’intervention américaine au Venezuela. Raúl Castro, silencieux mais imposant du haut de ses 94 ans, était présent aux côtés de Díaz-Canel. Les deux hommes portaient l’uniforme militaire, veste fermée, casquette de campagne, épaulettes visibles. Pas de médailles, pas de décorations. Juste le symbole du pouvoir militaire, intact, uni, prêt au combat. Cette mise en scène n’était pas innocente. Elle disait : le régime tient. L’armée est loyale. Et nous ne nous rendrons pas.
La doctrine de résistance : soixante ans d’expérience
Si les États-Unis sous-estiment quelque chose, c’est la capacité de Cuba à survivre aux crises. Le régime castriste a traversé l’effondrement de l’Union soviétique en 1991, perdant du jour au lendemain 80% de ses échanges commerciaux. Il a survécu à la « Période spéciale », ces années de famine et de privations extrêmes qui auraient dû, selon tous les pronostics, le faire tomber. Il a enterré Fidel Castro en 2016 sans vaciller. Il a résisté au durcissement des sanctions sous la première présidence Trump. Chaque fois, les analystes américains ont prédit la chute imminente. Chaque fois, La Havane a tenu bon.
Ricardo Zúñiga, ancien responsable de l’administration Obama qui avait négocié le rapprochement historique de 2014-2017, est catégorique : « Cuba serait une noix beaucoup plus dure à casser » que le Venezuela. Il ajoute : « Il n’y a personne qui serait tenté de travailler du côté américain. » L’analyse est froide mais réaliste. Contrairement au Venezuela, où des fissures existaient au sein de l’armée et de l’élite politique, le système cubain reste remarquablement soudé. Les purges successives ont éliminé les éléments potentiellement déloyaux. La surveillance est omniprésente. Et le sentiment nationaliste, exacerbé par des décennies de conflit avec les États-Unis, cimente une forme de cohésion que les menaces extérieures ne font que renforcer.
On peut détester le régime cubain. On peut le trouver archaïque, répressif, économiquement incompétent. Mais il faut lui reconnaître une chose : une capacité de survie qui défie toute logique. Soixante ans que les Américains essaient de le faire tomber. Soixante ans d’échecs. Et Trump croit pouvoir réussir en douze mois ce que Kennedy, Johnson, Nixon, Reagan, Bush père et fils, et tous les autres n’ont pas réussi en six décennies ? L’hubris a toujours été la marque de fabrique de cette présidence. Mais là, elle atteint des sommets vertigineux.
Les experts sceptiques : pourquoi Cuba n'est pas le Venezuela
Des structures de pouvoir radicalement différentes
David Smith, expert en politique américaine au Centre d’études américaines de l’Université de Sydney, met en garde : la Maison Blanche est peut-être « trop optimiste » si elle pense que les menaces suffiront à faire tomber le gouvernement cubain. Il établit un parallèle avec l’Iran, où Trump avait également misé sur la pression maximale pour provoquer un changement de régime. Résultat ? Le régime iranien « était encore assez fort, assez répressif et certainement assez déterminé pour tenir bon ». Cuba pourrait suivre le même schéma. La répression peut être efficace. Et la détermination des régimes autoritaires à survivre ne doit jamais être sous-estimée.
Le Venezuela de Maduro présentait des vulnérabilités que Cuba n’a pas. Une armée divisée, avec des généraux qui lorgnaient vers la sortie. Une économie certes en crise, mais encore dépendante des exportations pétrolières vers les marchés internationaux, ce qui la rendait plus sensible aux sanctions. Une opposition politique organisée, avec Juan Guaidó puis d’autres figures reconnues internationalement. Rien de tout cela n’existe à Cuba. L’opposition est fragmentée, surveillée, réprimée. L’armée est le pilier du régime depuis 1959. Et l’économie, aussi délabrée soit-elle, fonctionne selon une logique de survie qui a fait ses preuves depuis des décennies.
Le précédent de la Baie des Cochons
L’histoire devrait servir de mise en garde. En avril 1961, des exilés cubains entraînés par la CIA ont tenté d’envahir Cuba à la Baie des Cochons. L’opération, approuvée par Kennedy, s’est soldée par un fiasco retentissant. Plus de 1 400 hommes capturés ou tués. Une humiliation pour les États-Unis. Et une victoire éclatante pour Fidel Castro, qui a utilisé cet épisode pour consolider son pouvoir et justifier sa rhétorique anti-impérialiste pendant des décennies. Le parallèle avec aujourd’hui est frappant. Trump veut « accomplir ce que Kennedy n’a pas réussi ». Mais il pourrait tout aussi bien reproduire son échec.
Les tentatives d’assassinat contre Fidel Castro sont devenues légendaires. Cigares empoisonnés, coquillages piégés, combinaison de plongée contaminée, stylo-seringue injectant du poison… La CIA a tout essayé. Plus de 600 tentatives selon certaines estimations cubaines. Fidel est mort de vieillesse en 2016, à 90 ans, dans son lit. L’échec systématique des États-Unis à éliminer ou renverser le régime castriste devrait inciter à l’humilité. Mais l’humilité n’a jamais été le fort de Donald Trump.
Les conséquences humanitaires : qui paie le prix ?
Une population déjà épuisée
Derrière les calculs géopolitiques, il y a des êtres humains. 9,6 millions de Cubains qui vivent au quotidien avec les conséquences des sanctions et de la crise économique. Des familles qui rationnent chaque gramme de nourriture. Des malades qui ne trouvent plus leurs médicaments. Des personnes âgées qui souffrent de la chaleur sans climatisation ni ventilateur. Un blocus total sur les importations pétrolières aggraverait dramatiquement leur situation. Les blackouts de vingt heures deviendraient des blackouts permanents. Les hôpitaux ne pourraient plus fonctionner. L’eau ne serait plus pompée. La catastrophe humanitaire serait inévitable.
« 2026 va être dur », résument les Cubains interrogés par les journalistes. Une phrase simple qui dit tout. L’anticipation d’une souffrance qui va s’aggraver. La résignation face à des forces qui les dépassent. Ils sont les otages d’un bras de fer entre Washington et La Havane, les victimes collatérales d’une partie d’échecs où ils ne sont que des pions. Et personne, ni Trump ni Díaz-Canel, ne semble vraiment se soucier de leur sort. Les premiers veulent faire tomber un régime, coûte que coûte. Les seconds veulent survivre, coûte que coûte. Dans les deux cas, c’est le peuple qui paie.
Je pense à cette grand-mère de La Havane dont parlait un reportage récent. Elle compte les heures entre les coupures d’électricité. Elle économise l’eau pour les jours où la pompe ne fonctionne pas. Elle a vu Fidel, elle a vu Raúl, elle voit maintenant Díaz-Canel. Elle a survécu à la Période spéciale. Elle survivra peut-être à ça aussi. Ou peut-être pas. À son âge, chaque crise est peut-être la dernière. Et pendant ce temps, à Washington, des hommes en costume parlent de « changement de régime » comme s’il s’agissait d’un jeu de société. La politique étrangère a toujours un coût humain. Il serait temps qu’on s’en souvienne.
L’exode massif : une bombe à retardement
Plus des trois quarts des Cubains déclarent vouloir quitter le pays. Ce chiffre est vertigineux. Il signifie qu’une nation entière rêve d’ailleurs. Depuis 2020, des millions ont déjà émigré, par tous les moyens possibles. Les radeaux de fortune vers la Floride. La route terrestre par l’Amérique centrale et le Mexique. Les visas vers l’Espagne pour ceux qui ont la chance d’avoir des ancêtres espagnols. L’hémorragie démographique est sans précédent. Cuba se vide de sa jeunesse, de ses forces vives, de ceux qui auraient pu reconstruire le pays. Ce qui reste, ce sont les plus âgés, les plus pauvres, ceux qui n’ont pas les moyens de partir.
Un effondrement du régime cubain provoquerait vraisemblablement un exode massif supplémentaire. Des centaines de milliers de personnes se jetant sur des embarcations de fortune pour traverser les 150 kilomètres qui les séparent de la Floride. Une crise humanitaire et migratoire que les États-Unis devraient alors gérer. L’ironie serait cruelle : Trump, le président qui a fait de la lutte contre l’immigration son cheval de bataille, pourrait déclencher la plus grande vague d’immigration cubaine de l’histoire. A-t-il seulement envisagé cette possibilité ? Les experts en doutent.
La doctrine Monroe ressuscitée : l'Amérique latine dans le viseur
Le retour de l’hégémonie américaine
Cuba n’est pas un cas isolé. L’administration Trump a clairement signalé son intention de rétablir la suprématie américaine sur l’ensemble de l’hémisphère occidental. La doctrine Monroe, énoncée en 1823 — « l’Amérique aux Américains » —, est de retour. Le Venezuela est tombé. Cuba est la prochaine cible. Et après ? Le Nicaragua de Daniel Ortega ? La Bolivie ? Tout gouvernement de gauche en Amérique latine a désormais des raisons de s’inquiéter. Washington ne tolère plus la dissidence dans ce qu’elle considère comme son arrière-cour.
Cette résurgence de l’interventionnisme américain suscite des inquiétudes bien au-delà des régimes directement visés. Le Brésil, le Mexique, l’Argentine observent avec méfiance. Les principes de souveraineté nationale et de non-ingérence, fondements du droit international, semblent obsolètes aux yeux de l’administration Trump. La force fait le droit. Et les États-Unis ont la force. Cette logique, si elle se poursuit, pourrait déstabiliser l’ensemble de la région et provoquer une nouvelle course aux armements ou un rapprochement accru de certains pays avec la Chine ou la Russie.
Le rôle de la Russie et de la Chine
Moscou et Pékin observent la situation avec un intérêt évident. Cuba a toujours été un allié stratégique pour la Russie, depuis l’époque soviétique et la crise des missiles de 1962. Un effondrement du régime cubain signifierait la perte d’un point d’appui à quelques kilomètres des côtes américaines. Vladimir Poutine a-t-il les moyens d’intervenir pour soutenir La Havane ? Probablement pas directement, engagé qu’il est dans d’autres théâtres d’opérations. Mais la Russie pourrait intensifier ses livraisons de pétrole, actuellement limitées à environ 6 000 barils par jour. Ou fournir d’autres formes de soutien économique et militaire.
La Chine, de son côté, a considérablement renforcé sa présence en Amérique latine ces dernières années. Pékin pourrait voir dans la crise cubaine une opportunité de marquer des points contre Washington. Des investissements massifs, des prêts, des livraisons de pétrole… Les options ne manquent pas. Mais la Chine est également pragmatique. Elle ne veut pas d’une confrontation directe avec les États-Unis pour défendre un régime économiquement insignifiant. Cuba pourrait se retrouver seule, comme elle l’a été après l’effondrement de l’Union soviétique. La question est de savoir si elle peut survivre une deuxième fois à un tel abandon.
Conclusion : Un pari aux conséquences incalculables
L’hubris de Trump face à l’histoire
Donald Trump veut entrer dans l’histoire comme l’homme qui a fait tomber Cuba. L’homme qui a accompli ce que Kennedy, Reagan et tous les autres n’ont pas réussi. C’est un objectif qui parle à son ego démesuré, à sa conception de la présidence comme une série de victoires spectaculaires. Mais l’histoire ne se plie pas facilement aux ambitions personnelles. Cuba a résisté à soixante ans de pressions américaines. Elle pourrait bien résister à douze mois supplémentaires. Et si elle tombe, les conséquences seraient imprévisibles : chaos, exode massif, vide de pouvoir potentiellement rempli par des éléments incontrôlables.
Les marchés prédictifs donnent 65% de chances à Díaz-Canel d’être contraint de quitter le pouvoir avant la fin de l’année. C’est beaucoup. Mais ce n’est pas une certitude. Et même si le régime tombe, qui prendra la suite ? Les exilés de Miami rêvent d’un retour triomphal. Mais les Cubains de l’île les regardent souvent avec méfiance, comme des étrangers déconnectés de leur réalité. Une transition pacifique est loin d’être garantie. Cuba pourrait sombrer dans le chaos plutôt que dans la démocratie. Et Trump serait alors responsable d’avoir ouvert une boîte de Pandore à 150 kilomètres de la Floride.
La dernière phrase de Trump : un avertissement glaçant
Sur Truth Social, Donald Trump a publié un message destiné aux dirigeants cubains : « Je leur suggère fortement de conclure un accord, AVANT QU’IL NE SOIT TROP TARD. » Les majuscules sont de lui. Elles disent tout. La menace est explicite. Le compte à rebours est lancé. Cuba a jusqu’à la fin de l’année pour capituler ou faire face aux conséquences. Quelles conséquences exactement ? Une intervention militaire comme au Venezuela ? Un blocus total qui affamerait l’île ? Trump ne le précise pas. Mais le flou est délibéré. Il laisse planer toutes les possibilités, y compris les plus extrêmes.
En terminant cet article, je ne peux m’empêcher de penser à cette phrase de Santayana : « Ceux qui ne peuvent se souvenir du passé sont condamnés à le répéter. » Trump veut réussir là où Kennedy a échoué. Mais peut-être devrait-il se demander pourquoi Kennedy a échoué. Pourquoi tous les autres ont échoué. Cuba n’est pas un domino qui attend de tomber. C’est une nation de 9,6 millions de personnes avec soixante ans d’histoire de résistance. On peut mépriser son régime. On peut souhaiter sa chute. Mais sous-estimer sa capacité à survivre, c’est répéter l’erreur de tous ceux qui ont essayé avant. Et les erreurs en géopolitique se paient en vies humaines. Pas en tweets rageurs sur Truth Social.
Et maintenant ?
Les mois qui viennent seront décisifs. La pression américaine va s’intensifier. Les blackouts vont se multiplier. L’économie cubaine va continuer à s’effondrer. Et le monde regardera, comme il a regardé le Venezuela, comme il regarde toujours quand les États-Unis décident de remodeler une partie du globe selon leur volonté. Cuba tiendra-t-elle ? Díaz-Canel trouvera-t-il des alliés pour survivre ? Trump ira-t-il jusqu’à l’intervention militaire ? Personne ne peut répondre à ces questions aujourd’hui. Mais une chose est certaine : quoi qu’il arrive, ce sont les Cubains ordinaires qui paieront le prix. Comme toujours. Comme partout.
Le fantôme de la Baie des Cochons plane sur Washington. Kennedy y a laissé sa crédibilité. Trump y jouera peut-être son héritage. L’ironie serait cruelle : vouloir accomplir ce que JFK n’a pas réussi, et finir par reproduire exactement son échec. L’histoire a parfois un sens de l’humour très noir. Et Cuba, cette île minuscule à 150 kilomètres de la Floride, continue de défier la superpuissance qui voudrait la soumettre. Depuis soixante ans. Et peut-être pour soixante ans encore.
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur et analyste. Mon expertise réside dans l’observation et l’analyse des dynamiques géopolitiques qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies politiques, à comprendre les mouvements de puissance, à contextualiser les décisions des acteurs internationaux et à proposer des perspectives analytiques sur les transformations qui redéfinissent les relations entre nations.
Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. Je prétends à la lucidité analytique, à l’interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux complexes qui nous concernent tous. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et stratégique, et d’offrir une lecture critique des événements.
Méthodologie et sources
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et analyses interprétatives. Les informations factuelles présentées proviennent exclusivement de sources primaires et secondaires vérifiables.
Sources primaires : déclarations publiques du président Donald Trump, du secrétaire d’État Marco Rubio, communiqués officiels du gouvernement cubain, rapports du Wall Street Journal, dépêches d’agences de presse internationales reconnues.
Sources secondaires : analyses d’experts universitaires (David Smith, Université de Sydney ; Ricardo Zúñiga, ancien responsable de l’administration Obama), publications spécialisées, médias d’information reconnus internationalement (Al Jazeera, NBC News, Politico, Fortune, The National).
Les données économiques et énergétiques citées proviennent d’analystes indépendants, d’institutions cubaines officielles et de médias spécialisés dans les questions énergétiques.
Nature de l’analyse
Les analyses, interprétations et perspectives présentées dans les sections analytiques de cet article constituent une synthèse critique et contextuelle basée sur les informations disponibles, les tendances observées et les commentaires d’experts cités dans les sources consultées.
Mon rôle est d’interpréter ces faits, de les contextualiser dans le cadre des dynamiques géopolitiques américano-cubaines, et de leur donner un sens cohérent dans le grand récit des relations entre les États-Unis et Cuba depuis 1959. Ces analyses reflètent une expertise développée à travers l’observation continue des affaires internationales et la compréhension des mécanismes stratégiques qui animent les acteurs globaux.
Toute évolution ultérieure de la situation pourrait naturellement modifier les perspectives présentées ici. Cet article sera mis à jour si de nouvelles informations officielles majeures sont publiées, garantissant ainsi la pertinence et l’actualité de l’analyse proposée.
Sources
Sources primaires
Wall Street Journal – Rapport sur les intentions de l’administration Trump concernant Cuba – Janvier 2026
Déclarations de Donald Trump – Air Force One et Truth Social – Janvier 2026
Déclarations de Marco Rubio – Secrétaire d’État américain – Janvier 2026
Gouvernement cubain – Rejet des négociations sous contrainte – Janvier 2026
Sources secondaires
Al Jazeera – Trump seeking ‘regime change’ in Cuba by end of the year – 22 janvier 2026
NBC News – Cubans brace for even more economic devastation amid threat of no Venezuelan oil – Janvier 2026
Politico – Administration Trump envisage un blocus pétrolier total sur Cuba – Janvier 2026
The National – Will Cuba be the next target in Trump’s revamp of the Western Hemisphere? – 23 janvier 2026
WION News – Cuba regime change by end of 2026? Trump wants it to cement his legacy – Janvier 2026
Le Devoir – Les Cubains craignent des jours encore plus difficiles après la chute de Maduro – Janvier 2026
Connaissance des Énergies – Les Cubains redoutent des temps encore plus difficiles après la chute de Maduro – Janvier 2026
CiberCuba – Analyses sur la crise énergétique cubaine et les réserves de pétrole – 2025-2026
David Smith – Expert, U.S. Studies Centre, Université de Sydney – Commentaires sur la stratégie américaine
Ricardo Zúñiga – Ancien responsable administration Obama – Analyse comparative Venezuela-Cuba
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