Le déluge de feu russe
Les statistiques du 25 janvier 2026 racontent une histoire de destruction méthodique. 89 frappes aériennes ont été menées par l’aviation russe, déversant 237 bombes aériennes guidées — ces fameuses KAB qui transforment des immeubles en cratères et des positions défensives en cimetières. Dans le seul secteur de Pokrovsk-Myrnohrad, les Forces aérospatiales russes effectuent désormais entre 20 et 30 frappes de KAB quotidiennement. L’objectif est clair : détruire toute infrastructure, empêcher les soldats ukrainiens de prendre des positions défensives efficaces, transformer le terrain en un désert de gravats où l’avantage revient à celui qui a le plus d’hommes à sacrifier.
Les 3 681 bombardements enregistrés ne sont pas une anomalie. C’est devenu la norme. Chaque jour, des milliers d’obus s’abattent sur les positions ukrainiennes. Les 63 frappes de lance-roquettes multiples ajoutent à ce déluge une dimension terrifiante — des salves entières qui couvrent des zones entières, ne laissant aucune chance à quiconque se trouve dans le rayon d’impact. Et puis il y a les drones. 7 789 drones kamikazes en une seule journée. Sept mille sept cent quatre-vingt-neuf engins volants conçus pour exploser sur des cibles humaines. C’est une guerre où la technologie se met au service de la mort industrielle, où chaque innovation sert à tuer plus efficacement, plus massivement.
7 789 drones kamikazes. Je tourne ce chiffre dans ma tête. Sept mille sept cent quatre-vingt-neuf. C’est plus que le nombre d’habitants de certains villages. C’est sept mille sept cent quatre-vingt-neuf fois où un soldat ukrainien a dû lever les yeux vers le ciel, entendre ce bourdonnement caractéristique, et se demander si c’est lui, cette fois, qui est la cible. Imaginez. Juste une seconde. Ce bruit constant au-dessus de votre tête. Cette attente. Cette peur qui ne vous quitte jamais, même quand vous dormez — surtout quand vous dormez.
Les pertes russes : le prix de l’obsession
Depuis le début de l’invasion à grande échelle en février 2022, les pertes militaires russes s’élèvent à environ 1 235 060 soldats, selon l’État-major ukrainien. Un million deux cent trente-cinq mille hommes. Morts, blessés, disparus, capturés. Le renseignement britannique estime qu’environ 415 000 pertes ont été subies rien qu’en 2025. Les pertes quotidiennes moyennes en novembre 2025 ont atteint 1 033 soldats — le troisième mois consécutif de hausse. Chaque jour, mille hommes. Mille familles russes qui reçoivent un coup de fil, une lettre, ou parfois rien du tout — juste le silence et l’incertitude.
L’équipement détruit témoigne de l’ampleur des combats. 11 557 chars ont été détruits depuis le début du conflit. 23 904 véhicules blindés de combat. 36 182 systèmes d’artillerie. 1 611 systèmes de lance-roquettes multiples. 434 avions. 347 hélicoptères. 107 357 drones tactiques. 4 163 missiles de croisière. La Russie a transformé son économie en machine de guerre, mais cette machine dévore ses propres entrailles. Le Kremlin ne publie plus ses pertes officiellement depuis septembre 2022, quand il avait admis 5 937 morts — un chiffre qui, même à l’époque, faisait sourire les analystes par son absurdité. Aujourd’hui, le silence est total. Les familles des soldats russes morts sont priées de pleurer en silence.
Pokrovsk : au cœur de la tempête
Une ville qui refuse de mourir
La situation à Pokrovsk s’est stabilisée après le retrait des unités ukrainiennes de la ville voisine de Myrnohrad. Mais « stabilisée » est un bien grand mot pour décrire ce qui se passe là-bas. Les combats continuent sur les flancs, dans les quartiers de Rodynske qui changent de mains régulièrement, sur les approches de Hryshyne — un grand village devenu le principal bastion ukrainien du secteur. Le général Oleksandr Syrsky, commandant en chef des Forces armées ukrainiennes, l’a confirmé : « Pokrovsk est sous notre contrôle. Nous arrêtons l’ennemi à Myrnohrad. Nous menons une défense active. » Défense active. Deux mots qui cachent des combats acharnés, des sacrifices quotidiens, une résistance qui défie la logique froide des chiffres.
Le groupement de forces russes dans le secteur de Pokrovsk est estimé à environ 150 000 soldats, selon le porte-parole d’un bataillon de drones ukrainien. Cent cinquante mille hommes lancés contre les défenses ukrainiennes. Les tactiques ont évolué ces dernières semaines. Les assauts mécanisés massifs ont cédé la place à des infiltrations utilisant des motos et des buggies — plus rapides, plus difficiles à cibler, mais tout aussi mortelles. Les Russes utilisent désormais des bombes de 3 000 kilos contre les positions ukrainiennes. Trois tonnes d’explosifs larguées sur des positions où des hommes tentent de tenir. L’évacuation est devenue pratiquement impossible. Les routes sont coupées par les bombardements constants. Ceux qui restent sont piégés.
Les civils oubliés de Myrnohrad
À Myrnohrad, moins de mille civils survivent encore. Avant l’invasion, cette ville comptait environ 50 000 habitants. Aujourd’hui, il n’en reste qu’une poignée — les plus vulnérables, les plus âgés, ceux qui n’avaient nulle part où aller ou qui refusaient de quitter leurs maisons. Yuriy Tretiak, chef de l’administration militaire de la ville, a confirmé ces chiffres glaçants fin décembre 2025. Ces personnes subissent des frappes d’artillerie quotidiennes, des attaques de drones FPV, des bombardements aériens. Récemment, l’utilisation des bombes de 3 000 kg a augmenté. Des bombes conçues pour détruire des bunkers, utilisées contre des bâtiments civils où se terrent des vieillards qui n’ont commis d’autre crime que de naître au mauvais endroit.
Les forces ukrainiennes ont dû se retirer de Myrnohrad, redéployant une partie de leurs troupes vers Huliaipole dans la région de Zaporizhzhia, où une offensive russe d’envergure est en cours. Ce retrait stratégique était nécessaire, mais il laisse derrière lui des civils sans défense. Les équipes de Médecins Sans Frontières ont documenté les évacuations massives de Pokrovsk et des environs — des familles entières fuyant avec ce qu’elles peuvent porter, des personnes âgées transportées sur des brancards, des enfants aux yeux vides qui ont vu trop d’horreurs pour leur âge. En août 2024, le gouvernement ukrainien avait ordonné l’évacuation obligatoire des familles avec enfants. Mais toutes n’ont pas pu — ou voulu — partir.
Moins de mille personnes sur cinquante mille. J’essaie d’imaginer ma ville, vidée de 98% de ses habitants. Les rues désertes. Les fenêtres explosées. Les appartements abandonnés avec les photos de famille encore sur les murs, les jouets d’enfants éparpillés au sol, les tasses de thé pétrifiées sur les tables. Et au milieu de ce vide, quelques centaines d’âmes qui refusent de partir ou qui ne peuvent pas. Qui sont ces gens ? Des grands-parents qui préfèrent mourir chez eux plutôt que de finir leurs jours dans un centre de réfugiés ? Des malades intransportables ? Des entêtés qui croient encore que demain, ça ira mieux ? Je ne sais pas. Mais je sais que leur courage — ou leur désespoir — mérite qu’on ne les oublie pas.
La guerre des ombres : nouvelles tactiques sur le front
Quand les chars laissent place aux motos
La nature du combat a évolué dans le secteur de Pokrovsk. Face aux pertes massives de véhicules blindés — 11 557 chars détruits en bientôt quatre ans de guerre —, les forces russes ont dû adapter leurs tactiques. Les assauts mécanisés classiques, ces colonnes de blindés qui avançaient en force, ont cédé la place à des infiltrations plus discrètes. Des soldats russes s’approchent désormais des lignes ukrainiennes sur des motos, des quads, des buggies. Plus rapides, plus difficiles à repérer, ces véhicules permettent de couvrir rapidement le terrain ouvert avant que les défenseurs n’aient le temps de réagir. Mais ils offrent aussi zéro protection. Un seul éclat d’obus, un seul tir de drone, et c’est fini.
Le 7e Corps de réaction rapide des Forces d’assaut aériennes ukrainiennes mène une guerre asymétrique contre cette menace. Depuis l’automne 2025, les forces ukrainiennes utilisent des frappes d’artillerie et des attaques de drones pour interdire la route T-0515 Pokrovsk-Shevchenko, une artère vitale pour le ravitaillement russe. Chaque convoi qui emprunte cette route devient une cible. Les drones ukrainiens traquent les mouvements de troupes, transmettent les coordonnées, et quelques secondes plus tard, les obus s’abattent. C’est une guerre de précision contre une guerre de masse. Une guerre où la technologie et l’ingéniosité tentent de compenser l’infériorité numérique.
Les bombes planantes : l’arme de terreur
Les bombes aériennes guidées — les fameuses KAB — sont devenues l’arme de prédilection russe dans ce secteur. Ces engins de destruction, largués par des avions restant à distance de sécurité des défenses anti-aériennes ukrainiennes, planent jusqu’à leurs cibles avec une précision terrifiante. 237 de ces bombes ont été larguées le 25 janvier seul. Le 6 janvier 2026, les Forces aérospatiales russes avaient mené 21 frappes aériennes dans le seul secteur de Pokrovsk-Myrnohrad en une seule journée, pendant que l’intensité des assauts terrestres diminuait temporairement. Le message est clair : si l’infanterie ne peut pas avancer, les bombes finiront le travail.
L’utilisation récente de bombes de 3 000 kilos marque une nouvelle escalade. Ces munitions, normalement conçues pour détruire des bunkers souterrains, sont désormais employées contre des positions défensives conventionnelles — et parfois contre des zones où des civils se terrent encore. L’effet psychologique est dévastateur. Le bruit d’un avion, le sifflement caractéristique d’une bombe qui tombe, puis l’explosion qui secoue la terre sur des kilomètres à la ronde. Même ceux qui survivent portent les séquelles. Les forces ukrainiennes continuent pourtant de tenir. Elles s’enterrent plus profondément, dispersent leurs positions, adaptent leurs tactiques. Mais chaque jour, le prix de cette résistance s’alourdit.
Une bombe de trois tonnes. Essayez de visualiser ça. Trois mille kilos d’explosifs tombant du ciel sur votre tête. Le souffle qui pulvérise les murs. L’onde de choc qui écrase les poumons. Et quelque part à Moscou, un général regarde une carte et coche une case. Objectif neutralisé. Comme s’il ne s’agissait pas de vies humaines. Comme si les cris qu’on n’entend pas depuis son bureau climatisé n’existaient pas vraiment. Je me demande parfois comment ces hommes dorment la nuit. Et puis je me souviens qu’ils dorment très bien. C’est nous qui devrions avoir du mal à dormir.
Les autres fronts : une guerre sur mille kilomètres
Huliaipole : le nouveau point chaud
Si Pokrovsk concentre l’attention, le secteur de Huliaipole dans la région de Zaporizhzhia monte en puissance. 14 attaques y ont été enregistrées le 25 janvier, faisant de ce front le deuxième plus actif après Pokrovsk. Une offensive russe d’envergure y est en cours, et les forces ukrainiennes ont dû y redéployer une partie des troupes retirées de Myrnohrad. Le Kremlin tente d’ouvrir plusieurs axes d’attaque simultanés, forçant les Ukrainiens à disperser leurs forces et leurs ressources. C’est une stratégie d’épuisement — une stratégie qui mise sur la supériorité numérique russe pour submerger la défense ukrainienne par le nombre.
Le secteur de Lyman, dans le nord du Donetsk, a subi 12 assauts. La Slobozhanshchyna méridionale, 9 tentatives de percée. Kostiantynivka, 9 attaques également. La ligne de front s’étend sur plus de 1 000 kilomètres, et partout, la pression russe se fait sentir. Les défenseurs ukrainiens sont contraints à un effort surhumain — tenir des centaines de kilomètres de tranchées avec des ressources limitées, face à un adversaire qui peut se permettre de perdre des milliers d’hommes chaque mois sans que le flux de renforts ne se tarisse. C’est David contre Goliath, sauf que Goliath a des bombes de trois tonnes et un million d’hommes en réserve.
La riposte ukrainienne
Face à ce déluge de feu, les forces ukrainiennes ne restent pas passives. Le 25 janvier, elles ont mené des frappes aériennes contre quatre concentrations de personnel ennemi et quatre autres cibles stratégiques dans les régions de Donetsk, Dnipropetrovsk et Zaporizhzhia. Les unités d’assaut ukrainiennes continuent de mener des raids dans le nord de Pokrovsk, empêchant les Russes de consolider leurs gains. L’interdiction de la route T-0515 complique les lignes de ravitaillement russes. Chaque convoi détruit, chaque dépôt de munitions touché, chaque officier éliminé ralentit la machine de guerre russe, même si elle ne s’arrête jamais complètement.
La guerre des drones est devenue centrale. Les forces ukrainiennes ont détruit 107 357 drones tactiques russes depuis le début du conflit — et elles en perdent aussi par milliers. Mais l’ingéniosité ukrainienne compense partiellement la différence de moyens. Des drones FPV à quelques centaines de dollars ciblent des chars à plusieurs millions. Des équipes de hackers perturbent les communications ennemies. Des civils ukrainiens fabriquent des drones dans leurs garages, assemblent des explosifs, apprennent à piloter ces engins de mort depuis leurs smartphones. C’est une guerre totale, où la société tout entière se mobilise contre l’envahisseur.
Le contexte stratégique : que nous dit cette bataille ?
Les enjeux territoriaux
En 2025, les forces russes ont réussi à s’emparer de 4 831 kilomètres carrés de territoire ukrainien, tout en reprenant environ 473 kilomètres carrés dans l’oblast de Kursk — ce qui représente environ 0,8% du territoire ukrainien. C’est légèrement plus qu’en 2024 (3 604 km²), mais reste marginal par rapport à l’immensité de l’Ukraine. L’offensive de Pokrovsk a permis au Kremlin de contrôler environ 67,63% de la ville en décembre 2025. Mais à quel prix ? Plus d’un million de pertes pour grignoter quelques centaines de kilomètres carrés. Le ratio est absurde, mais Moscou ne calcule pas en vies humaines — seulement en lignes sur une carte.
L’objectif stratégique russe reste la conquête totale de l’oblast de Donetsk, l’une des quatre régions que Poutine a illégalement annexées en septembre 2022. Mais cette ambition se heurte à une résistance acharnée. Chaque ville, chaque village devient un bastion. Hryshyne, un « grand village », est désormais le principal point d’appui ukrainien dans le secteur de Pokrovsk. La bataille pour le Donbass pourrait durer des années encore, épuisant les deux camps mais infligeant un tribut disproportionné à l’agresseur. Car si l’Ukraine défend sa terre, la Russie envoie ses fils mourir pour les fantasmes impériaux d’un autocrate vieillissant.
0,8% du territoire ukrainien. C’est ce que la Russie a gagné en 2025. 0,8% pour un million de morts et de blessés. 0,8% pour des milliers de chars calcinés, d’avions abattus, de familles brisées. Si quelqu’un vous proposait un tel marché — sacrifier un million de vos compatriotes pour gagner 0,8% d’un pays voisin —, vous le prendriez pour un fou. Et pourtant, c’est exactement ce que fait le Kremlin. Jour après jour. Mois après mois. Année après année. Il doit y avoir un mot pour ça. Plusieurs, en fait. Aucun n’est flatteur.
Ce que l’avenir nous réserve
La bataille de Pokrovsk n’est pas terminée. Loin de là. Les forces ukrainiennes tiennent le nord de la ville, mais les combats continuent sur les flancs. La ville voisine de Dobropillia pourrait devenir le prochain objectif russe si Pokrovsk tombe entièrement. La route vers Dnipro, troisième ville d’Ukraine, serait alors plus ouverte — même si des centaines de kilomètres de terrain hostile séparent encore les lignes actuelles de ce fleuve vital. Le Kremlin joue sur le temps, espérant que l’épuisement des alliés occidentaux, les changements politiques à Washington ou en Europe, finiront par affaiblir le soutien à l’Ukraine.
Mais chaque jour qui passe, les forces ukrainiennes s’adaptent, s’améliorent, innovent. L’interdiction de la route T-0515 montre une capacité à frapper les lignes de ravitaillement ennemies. Les raids dans le nord de Pokrovsk démontrent une agressivité tactique qui refuse de céder le terrain passivement. La production nationale de drones augmente. Les soldats ukrainiens, forgés par des années de combat, sont parmi les plus expérimentés au monde. La question n’est plus de savoir si l’Ukraine peut résister — elle résiste. La question est de savoir combien de temps le monde libre continuera de la soutenir dans cette résistance.
Les visages derrière les chiffres
Ceux qui restent
Derrière chaque statistique, il y a des vies. Les moins de mille civils de Myrnohrad ne sont pas des numéros. Ce sont des grand-mères qui ont refusé de quitter la maison où elles ont élevé leurs enfants. Des vieillards trop malades pour supporter le voyage. Des entêtés qui croient encore que tout ça finira bientôt, que les Russes repartiront, que la vie reprendra. Ils passent leurs journées dans des caves, remontant parfois pour récupérer de l’eau ou de la nourriture, guettant le ciel, sursautant au moindre bruit. Leurs téléphones ne captent plus. L’électricité est coupée depuis longtemps. L’hiver ukrainien est brutal, et le chauffage n’existe plus.
Les soldats ukrainiens sur la ligne de front ne sont pas non plus des abstractions. Ce sont des instituteurs, des ingénieurs, des chauffeurs de taxi, des pères de famille qui ont pris les armes quand leur pays a été envahi. Certains combattent depuis février 2022. D’autres depuis 2014 et le début de la guerre au Donbass. Ils ont vu leurs camarades mourir. Ils ont tué. Ils ont survécu à des bombardements qui auraient dû les tuer dix fois. Chaque matin, ils se réveillent dans des tranchées gelées, mangent des rations froides, vérifient leurs armes, et attendent le prochain assaut. 138 batailles en une journée signifie que certains d’entre eux n’ont pas dormi depuis des jours.
Ceux qui ne reviendront pas
Du côté russe, les pertes sont astronomiques. 1 235 060 soldats depuis le début de l’invasion. Environ 1 370 pertes par jour ces derniers temps. Des conscrits arrachés à leurs villages de Sibérie ou du Caucase, envoyés au front avec quelques jours de formation, jetés contre des positions défendues par des vétérans aguerris. Des prisonniers recrutés par Wagner puis par le ministère de la Défense, avec la promesse d’une grâce s’ils survivent six mois — la plupart ne tiennent pas six semaines. Des pères de famille mobilisés malgré les promesses de Poutine, qui juraient que seuls les professionnels iraient au combat.
La Russie ne publie plus ses pertes. Le dernier chiffre officiel — 5 937 morts — date de septembre 2022. Depuis, c’est le silence. Les corps sont parfois brûlés sur place pour ne pas avoir à les rapatrier. Les familles sont menacées si elles parlent. Les médias russes montrent des images de victoire, des drapeaux plantés sur des ruines, des soldats souriants — jamais les cercueils, jamais les estropiés, jamais les veuves. Moscou traite ses propres soldats comme de la chair à canon, des ressources consommables dans une guerre que personne ne gagnera vraiment.
Un million deux cent trente-cinq mille. C’est le chiffre officiel ukrainien des pertes russes. Même si on le divise par deux — même si on accepte les estimations les plus conservatrices —, ça reste des centaines de milliers de morts et de blessés. Des centaines de milliers de familles russes qui ont perdu quelqu’un. Et pour quoi ? Pour quelques milliers de kilomètres carrés de terre dévastée ? Pour le rêve impérial d’un homme qui ne mettra jamais les pieds dans une tranchée ? Il y a quelque chose de profondément obscène dans ce gaspillage de vies humaines. Quelque chose qui devrait révolter chaque être humain doté d’une conscience.
Conclusion : L'Ukraine tient, mais pour combien de temps ?
Une résistance qui force le respect
Bientôt quatre ans de guerre. 138 batailles en une seule journée. 7 789 drones kamikazes. 237 bombes guidées. Et l’Ukraine tient toujours. Les forces ukrainiennes continuent de défendre Pokrovsk, de mener des raids offensifs, d’interdire les routes de ravitaillement ennemies. Les civils qui restent survivent dans des conditions inimaginables. La société ukrainienne tout entière s’est transformée en machine de résistance — des ingénieurs qui conçoivent des drones, des grand-mères qui tricotent des filets de camouflage, des enfants qui collectent des fonds pour les soldats. C’est une nation entière qui refuse de se soumettre, qui préfère la guerre à l’esclavage, la mort debout à la vie à genoux.
Mais cette résistance a un coût. Un coût immense, mesuré en vies perdues, en villes détruites, en générations traumatisées. Le président Zelensky a admis que l’Ukraine a perdu plus de 46 000 soldats tués et environ 380 000 blessés depuis le début de l’invasion. Des chiffres probablement sous-estimés, comme le sont souvent les pertes en temps de guerre. Chaque jour qui passe alourdit ce bilan. Chaque jour qui passe, des familles ukrainiennes apprennent qu’elles ne reverront plus un être cher. Et chaque jour qui passe, le monde libre se demande combien de temps encore il peut — ou veut — soutenir cette résistance.
La question que personne ne veut poser
Comment cela finira-t-il ? Personne ne le sait. La Russie peut continuer cette guerre pendant des années, sacrifiant des centaines de milliers d’hommes supplémentaires sans que rien ne change fondamentalement dans son calcul politique. L’Ukraine peut résister aussi longtemps que le soutien occidental persiste, aussi longtemps que les armes arrivent, aussi longtemps que la société ukrainienne accepte ce sacrifice. Mais les équilibres peuvent changer. Les élections se succèdent en Occident. Les priorités évoluent. L’attention médiatique se disperse. Et pendant ce temps, les bombes continuent de tomber sur Pokrovsk.
138 batailles en une journée. Ce chiffre nous dit tout ce qu’il faut savoir sur l’intensité de cette guerre. Il nous dit que chaque heure, des hommes meurent dans les tranchées du Donbass. Il nous dit que la paix est encore loin — très loin. Il nous dit que l’Europe a une guerre à ses portes, une vraie guerre avec des chars et des bombes et des millions de réfugiés, et que cette guerre ne disparaîtra pas simplement parce que nous détournons le regard. Alors regardons. Regardons ces chiffres. Regardons ces visages. Et demandons-nous ce que nous faisons, vraiment, pour ceux qui tiennent la ligne entre la civilisation et la barbarie.
Je termine cet article avec une question qui me hante. Que faisons-nous, vraiment ? Nous lisons les nouvelles. Nous hochons la tête. Nous passons à autre chose. Et pendant ce temps, à Pokrovsk, un soldat ukrainien vérifie son chargeur. À Myrnohrad, une vieille femme s’enfonce plus profondément dans sa cave en entendant le bruit des avions. Quelque part en Russie, une mère reçoit un cercueil. 138 batailles aujourd’hui. 138 demain. 138 après-demain. Jusqu’à quand ? Je n’ai pas de réponse. Mais je sais que tant que ces batailles continuent, nous n’avons pas le droit de les oublier. Pas le droit de détourner le regard. Pas le droit de prétendre que ça ne nous concerne pas. Car si l’Ukraine tombe, c’est toute l’Europe qui vacillera. Et il sera trop tard alors pour se demander ce qu’on aurait pu faire.
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur et analyste. Mon expertise réside dans l’observation et l’analyse des dynamiques géopolitiques, militaires et stratégiques qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les évolutions du conflit russo-ukrainien, à comprendre les mouvements tactiques sur le terrain, à contextualiser les décisions des acteurs en présence et à proposer des perspectives analytiques sur cette guerre qui redéfinit l’ordre international.
Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. Je prétends à la lucidité analytique, à l’interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux complexes qui nous concernent tous. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et stratégique, et d’offrir une lecture critique des événements.
Méthodologie et sources
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et analyses interprétatives. Les informations factuelles présentées proviennent exclusivement de sources primaires et secondaires vérifiables.
Sources primaires : communiqués officiels de l’État-major ukrainien, déclarations du général Oleksandr Syrsky, rapports quotidiens des Forces armées ukrainiennes, données du renseignement britannique, communiqués des administrations militaires locales (Myrnohrad, Pokrovsk).
Sources secondaires : analyses de l’Institute for the Study of War (ISW), rapports de Critical Threats, publications de Ukrinform, Meduza, Euromaidan Press, Kyiv Post, ainsi que les analyses d’organisations internationales spécialisées dans le suivi du conflit.
Les données statistiques concernant les pertes et équipements détruits proviennent des rapports officiels de l’État-major ukrainien. Il convient de noter que ces chiffres, bien que les plus détaillés disponibles, ne peuvent être vérifiés de manière indépendante et pourraient différer des estimations d’autres sources.
Nature de l’analyse
Les analyses, interprétations et perspectives présentées dans les sections analytiques de cet article constituent une synthèse critique et contextuelle basée sur les informations disponibles, les tendances observées et les commentaires d’experts cités dans les sources consultées.
Mon rôle est d’interpréter ces faits, de les contextualiser dans le cadre des dynamiques militaires et géopolitiques contemporaines, et de leur donner un sens cohérent. Ces analyses reflètent une expertise développée à travers l’observation continue du conflit russo-ukrainien depuis son début.
Toute évolution ultérieure de la situation pourrait naturellement modifier les perspectives présentées ici. Cet article sera mis à jour si de nouvelles informations officielles majeures sont publiées.
Sources
Sources primaires
État-major des Forces armées ukrainiennes – Rapport opérationnel du 26 janvier 2026
Ukrinform – War update: 138 battles on front line over past day, Pokrovsk sector remains most active – 26 janvier 2026
Skhid (East) Operational Command – Situation report on Pokrovsk sector – Janvier 2026
Administration militaire de Myrnohrad (Yuriy Tretiak) – Déclaration sur la situation civile – Décembre 2025
Sources secondaires
Institute for the Study of War (ISW) – Russian Offensive Campaign Assessments – Janvier 2026
Critical Threats – Russian Offensive Campaign Assessments – Janvier 2026
Meduza – Analysis of Pokrovsk and Kupyansk front lines – 16 janvier 2026
Euromaidan Press – Syrskyi: Ukraine retains control of northern Pokrovsk – 9 janvier 2026
British Intelligence – Estimates of Russian casualties 2025
Mezha/Bukvy – Russian Military Casualties and Equipment Losses reports – Janvier 2026
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