Quatre heures avec Poutine
Tout a commencé dans la nuit du 22 au 23 janvier, au cœur du Kremlin. Vladimir Poutine a reçu Steve Witkoff, Jared Kushner — le gendre de Donald Trump — et Josh Gruenbaum, conseiller principal du « Board of Peace » trumpiste. La réunion a duré près de quatre heures, jusqu’aux premières lueurs de l’aube. Côté russe, Youri Ouchakov, conseiller en politique étrangère de Poutine, et Kirill Dmitriev, l’émissaire économique, étaient présents. Les discussions ont été qualifiées de « franches, constructives et fructueuses » par le Kremlin. Mais le message de fond n’a pas changé : sans résolution de la « question territoriale », aucun règlement durable n’est envisageable.
Ouchakov a été clair dans ses déclarations post-réunion : « Il a été réaffirmé qu’un règlement à long terme ne peut être attendu sans résoudre la question territoriale selon la formule convenue à Anchorage. » Il faisait référence au sommet de l’été dernier entre Trump et Poutine en Alaska, dont les détails restent largement confidentiels. La Russie exige le contrôle total de la région du Donbass — les oblasts de Donetsk et Louhansk qu’elle a illégalement annexés en 2022 mais qu’elle ne contrôle pas entièrement. L’Ukraine refuse de céder le moindre territoire qu’elle contrôle encore. Voilà l’impasse. Voilà pourquoi, malgré les communiqués optimistes, rien n’est résolu.
« Un compromis n’a pas encore été trouvé », a admis Ouchakov. Ces mots résonnent étrangement après quatre heures de discussion au Kremlin. Qu’ont-ils fait pendant quatre heures ? Se regarder dans les yeux ? Échanger des documents que personne ne lira ? Je me souviens de cette phrase de Witkoff à Davos : « Nous en sommes à une seule question. » Une seule question. Comme si le sort de millions de personnes, la souveraineté d’une nation, la vie ou la mort de dizaines de milliers de soldats pouvaient se résumer à « une seule question ». C’est d’un cynisme qui me glace. Et pourtant, c’est peut-être vrai. Une seule question : qui aura le Donbass ?
Trump entre en scène
Le même jour, à Davos, Donald Trump rencontrait Volodymyr Zelensky en marge du Forum économique mondial. Une heure de discussion. Le président ukrainien en est sorti avec un mélange de prudence et d’optimisme. « C’est la dernière ligne droite, et c’est la plus difficile », a-t-il déclaré. « Le dialogue n’est pas facile, mais il a été positif. » Zelensky a confirmé que la question du Donbass était « clé » et qu’elle serait au centre des discussions d’Abu Dhabi. Il s’est dit ouvert à l’idée d’établir une zone de libre-échange dans l’est de l’Ukraine sous contrôle de Kyiv — une proposition qu’il a soumise à Trump.
Mais le président ukrainien a également adressé un reproche cinglant à l’Europe. Trop lente. Trop fragmentée. Trop timorée. « L’Ukraine a été laissée à la merci de Poutine », a-t-il lancé, critiquant la réponse européenne qu’il juge insuffisante face à l’agression russe. Cette sortie intervient alors que les négociations américano-russes s’accélèrent et que l’administration Trump semble déterminée à parvenir à un accord, avec ou sans les Européens. Pour Zelensky, l’enjeu est clair : obtenir des garanties de sécurité solides — « légales », a-t-il insisté — de la part des États-Unis et de l’Europe. Sans ces garanties, tout cessez-le-feu serait une invitation à une nouvelle invasion russe.
Section 3 : Abu Dhabi — quand les ennemis déjeunent ensemble
Face à face historique
C’est la première fois depuis le début de la guerre que des officiels russes et ukrainiens se retrouvent autour de la même table pour des négociations directes sous médiation américaine. Les dernières rencontres connues remontaient à l’été dernier, à Istanbul, et elles n’avaient abouti qu’à des accords d’échange de prisonniers. Cette fois, les délégations étaient composées de hauts responsables militaires. Côté russe, l’amiral Igor Kostioukov, chef du renseignement militaire (GRU), menait les discussions. Côté ukrainien, Roustem Umerov, secrétaire du Conseil de sécurité nationale et de défense, et Kyrylo Boudanov, directeur du renseignement militaire ukrainien, étaient présents. Côté américain, Witkoff était accompagné de Kushner et du secrétaire à l’Armée Dan Driscoll.
Un responsable américain a décrit la scène avec une certaine stupéfaction : « Nous avions quatre généraux russes dans la pièce, dont le chef du renseignement militaire. L’atmosphère a dépassé nos attentes. » Le déjeuner du samedi a réuni l’ensemble des participants — Russes, Ukrainiens, Américains. « Tout le groupe a déjeuné ensemble », a confirmé un officiel américain. « On a vu beaucoup de respect dans la salle entre les parties, parce qu’ils cherchaient vraiment à trouver des solutions. » Les Émirats arabes unis, hôtes de ces pourparlers, ont souligné leur rôle dans la promotion du dialogue. Abu Dhabi a déjà facilité plus de 17 échanges de prisonniers entre la Russie et l’Ukraine depuis le début du conflit. Cette expertise en diplomatie discrète a joué en faveur du choix de la ville comme lieu de rencontre.
Quatre généraux russes qui déjeunent avec des généraux ukrainiens. J’essaie d’imaginer la scène. Ces hommes qui, quelques heures plus tôt, ordonnaient peut-être des frappes les uns contre les autres, passent le sel et discutent de « paramètres ». Il y a quelque chose de profondément surréaliste dans tout ça. Et en même temps, c’est peut-être ainsi que finissent les guerres. Non pas par des batailles décisives, mais par des repas partagés dans des palais dorés, loin du sang et de la boue. Je ne sais pas si je dois y voir de l’espoir ou du dégoût.
Ce qui a été discuté — et ce qui ne l’a pas été
Selon les différentes sources officielles, les discussions ont porté sur les « paramètres possibles pour mettre fin à la guerre », la « logique du processus de négociation » et les « conditions de sécurité » nécessaires. L’agence TASS a rapporté que l’agenda incluait des discussions sur d’éventuelles zones tampons et des mécanismes de surveillance. Mais sur le fond — le Donbass —, rien n’a filtré. Peskov a réaffirmé que le retrait des troupes ukrainiennes de l’est du pays reste une « condition importante » pour la Russie. D’autres « nuances » seraient également sur la table, sans plus de précisions.
À l’issue des deux jours de pourparlers, aucun accord concret n’a été annoncé. Mais les deux parties ont accepté de faire rapport dans leurs capitales respectives et de coordonner les prochaines étapes avec leurs dirigeants. Une nouvelle réunion est prévue dès le 1er février — soit dans moins d’une semaine. « Si toutes les parties sont prêtes à avancer, d’autres réunions auront lieu, potentiellement dès la semaine prochaine », a déclaré Zelensky. « L’Ukraine est prête. » Cette accélération du calendrier est remarquable. Elle suggère que, malgré les positions officiellement irréconciliables, quelque chose bouge en coulisses.
Section 4 : Le Donbass — la question qui hante toutes les négociations
Un territoire, un million de destins
Le Donbass. Deux syllabes qui concentrent toute la tragédie de cette guerre. Cette région industrielle de l’est de l’Ukraine, composée des oblasts de Donetsk et Louhansk, est en guerre depuis 2014, quand des séparatistes soutenus par Moscou ont pris le contrôle de certaines zones. L’invasion de février 2022 a transformé ce conflit larvé en guerre totale. Aujourd’hui, la Russie occupe environ 20 % du territoire ukrainien, mais elle n’a jamais réussi à s’emparer de l’ensemble du Donbass malgré des pertes colossales. Les villes de Pokrovsk et Myrnohrad sont partiellement tombées fin 2025, mais l’Ukraine tient encore des positions stratégiques.
Poutine exige le contrôle total de cette région comme condition préalable à tout accord de paix. Il veut que l’Ukraine retire ses troupes de tous les territoires qu’il a illégalement annexés — y compris ceux qu’il ne contrôle pas militairement. C’est une demande que Kyiv considère inacceptable. « Les Ukrainiens sont encore prêts à se battre pour le Donbass, et il est peu probable que les Russes puissent le prendre militairement sans un coût énorme », analyse Natia Seskuria, du think tank britannique Rusi. La région est fortement fortifiée et dispose de points défensifs solides. Un cessez-le-feu maintenant pourrait même donner un avantage à l’Ukraine, ce que Moscou veut éviter à tout prix.
Les lignes rouges de chacun
Un officiel russe, s’exprimant sous couvert d’anonymat, a résumé les « trois piliers » sur lesquels Moscou ne transigera pas : le territoire du Donbass, une limitation des forces armées ukrainiennes (rendant le pays essentiellement sans défense), et la reconnaissance de ces concessions par les États-Unis et l’Europe dans le droit international. Sur les questions secondaires — comme les centaines de milliards d’actifs russes gelés en Europe —, la Russie serait prête à faire preuve de flexibilité. L’Ukraine et ses alliés européens ont demandé que ces fonds soient utilisés pour reconstruire l’économie ukrainienne dévastée.
De son côté, l’Ukraine a posé ses propres conditions. Zelensky exige des garanties de sécurité « légales » de la part des États-Unis et de l’Europe — quelque chose qui irait au-delà des vagues promesses du passé. Sans ces garanties, tout accord serait perçu comme une invitation pour Moscou à relancer son agression dans quelques années, une fois ses forces reconstituées. L’administration Trump semble confiante qu’un accord est à portée de main. « Tout le monde fait des concessions pour conclure », a déclaré le président américain. Mais quand on lui a demandé quelles concessions Poutine devrait faire, il est resté vague : « Il en fera. »
« Il en fera. » C’est tout ? Après quatre ans de guerre, plus d’un million de victimes, des villes entières rasées, des millions de réfugiés, c’est tout ce qu’on obtient comme réponse ? Je comprends la diplomatie, je comprends qu’on ne peut pas tout dire en public. Mais cette légèreté me révolte. Derrière chaque « concession », il y a des vies. Derrière chaque kilomètre carré de territoire « négocié », il y a des familles qui ne reverront jamais leur maison. On parle de « paramètres » et de « mécanismes », mais on devrait parler de justice. De réparation. De vérité. Ces mots-là, je ne les entends nulle part.
Section 5 : L'hiver de tous les dangers — quand les missiles visent les radiateurs
La stratégie du froid
La Russie a fait de l’infrastructure énergétique ukrainienne une cible prioritaire. L’objectif est clair : « weaponiser l’hiver », selon l’expression des officiels ukrainiens. Priver les civils de chauffage, d’électricité et d’eau courante pour briser le moral de la population. Depuis octobre 2025, les frappes se sont intensifiées de manière dramatique. La capacité de production électrique de l’Ukraine est passée de 33,7 GW au début de l’invasion à environ 14 GW en janvier 2026, selon The Economist. 90 % de la production thermique a été détruite. 50 % des installations hydroélectriques ont été endommagées, 40 % détruites.
Les conséquences pour les civils sont catastrophiques. À Kyiv, les résidents subissent jusqu’à 16 heures de coupures par jour. Certaines régions de l’est du pays ont connu des blackouts de quatre jours consécutifs. Après l’attaque du 25 janvier, près de 1 700 immeubles résidentiels — soit environ 15 % du parc immobilier de la capitale — étaient encore sans chauffage plusieurs jours plus tard. Le PDG d’Ukrenergo, l’opérateur du réseau national, a qualifié la situation sur la rive gauche du Dniepr de « désastreuse ». Les équipes d’urgence travaillent jour et nuit, mais chaque nouvelle attaque annule les réparations précédentes.
Mourir de froid en attendant la paix
En décembre 2025, la Russie a lancé 5 649 drones contre l’Ukraine — trois fois plus qu’en décembre 2024. L’Ukraine a réussi à en intercepter 82,5 %, mais les 17,5 % restants suffisent à causer des dégâts considérables. Les pertes civiles sont en hausse constante : au moins 2 514 civils tués et 12 142 blessés en 2025, soit une augmentation de 31 % par rapport à 2024 et de 70 % par rapport à 2023, selon l’ONU. 97 % de ces victimes se trouvaient en territoire contrôlé par le gouvernement ukrainien et ont été tuées par des forces russes.
Le jour même où les négociations reprenaient à Abu Dhabi, des drones russes frappaient Mykolaïv, blessant quatre enfants. À Soumy, quatre personnes, dont deux enfants, ont été blessées. À Droujkivka, dans le Donetsk, une femme a été tuée et trois civils blessés. Un drone a même frappé un bureau de poste mobile d’Ukrposhta dans un village de la région de Kherson. La guerre ne fait pas de pause pour les négociations. Elle continue, implacable, pendant que les diplomates parlent de « progrès ».
Quatre enfants blessés à Mykolaïv. Je m’arrête sur ce chiffre. Quatre enfants. Pendant que des généraux déjeunent ensemble à Abu Dhabi, quatre enfants ukrainiens sont à l’hôpital parce qu’un drone a frappé leur quartier. C’est ça, le contexte des négociations de paix. C’est ça, la réalité que les communiqués officiels ne mentionnent pas. On nous parle d’« atmosphère constructive » et de « respect mutuel », mais on ne nous parle pas de ces quatre enfants. Ni de la femme tuée à Droujkivka. Ni des millions de personnes qui grelottent dans le noir. La paix, si elle vient, aura un prix. Et ce prix est payé chaque jour par des gens dont on ne prononcera jamais les noms.
Section 6 : Les pertes russes — un carnage insoutenable ?
Le prix du sang pour Moscou
Les pertes militaires russes atteignent des niveaux vertigineux. Selon les données de l’état-major ukrainien au 26 janvier 2026, les pertes totales russes depuis le début de l’invasion s’élèvent à environ 1,235 million de soldats — tués, blessés et disparus confondus. Rien qu’en décembre 2025, 35 000 soldats russes auraient été « éliminés », selon Zelensky, avec confirmation vidéo. En novembre, le chiffre était de 30 000. En octobre, 26 000. La courbe est ascendante. Les estimations occidentales sont plus conservatrices mais tout aussi alarmantes : 1,1 million de victimes selon l’ex-directeur de la CIA William Burns, 1,168 million selon le ministère britannique de la Défense en décembre 2025.
Le général ukrainien Oleksandr Syrsky a souligné que décembre 2025 était « le premier mois où les unités de drones des forces de défense ukrainiennes ont neutralisé environ autant de militaires russes » que les moyens conventionnels. La guerre des drones a transformé le champ de bataille. L’Ukraine a développé des unités spécialisées qui comptent désormais des dizaines de milliers de personnels. La Russie a suivi : 80 000 soldats dans ses unités de drones actuellement, avec un objectif de 165 500 en 2026 et 210 000 d’ici 2030. Cette course aux armements technologiques ne fait qu’augmenter la létalité du conflit.
Une armée qui recrute pour mourir
Selon le chef du renseignement militaire ukrainien Kyrylo Boudanov, la Russie a atteint son quota de 403 000 recrues en 2025 — soit une moyenne de 33 583 par mois. Le plan pour 2026 prévoit d’augmenter légèrement ce chiffre à 34 083 par mois. Mais si les estimations ukrainiennes de pertes sont exactes — plus de 30 000 par mois ces derniers temps —, le rythme de recrutement ne suffit plus à compenser les pertes. L’Institut pour l’étude de la guerre (ISW) de Washington a observé que des unités de réserve dans la région de Belgorod commençaient à recevoir de l’équipement lourd — obusiers, armes thermobariques, véhicules tout-terrain — inapproprié pour des missions de défense arrière.
« Les unités de défense territoriale de réserve chargées de protéger les infrastructures critiques en arrière ne nécessitent pas un tel équipement lourd adapté aux opérations offensives », note l’ISW. La conclusion est claire : Moscou se prépare à déployer ses réservistes actifs pour des missions de combat. La Russie a également modifié ses tactiques il y a quelques mois, abandonnant les assauts mécanisés massifs — qui entraînaient des pertes énormes en personnel et en matériel — au profit de tactiques d’infiltration par petits groupes de deux soldats. Ces nouvelles méthodes lui ont permis de progresser dans l’est, mais au prix d’une attrition continue.
Section 7 : L'Ukraine sur le fil — entre résistance et épuisement
Une armée qui tient, mais pour combien de temps ?
L’Ukraine fait face à une crise de main-d’œuvre critique. Les chiffres de pertes officiels de Kyiv — plus de 46 000 morts et 380 000 blessés début 2025 — sont considérés comme sous-estimés par de nombreux analystes. Le projet UALosses, jugé fiable par plusieurs médias internationaux, avait documenté 81 768 combattants ukrainiens morts et 85 906 disparus au combat fin novembre 2025 — soit un total de 167 674 morts ou disparus. Le nombre de disparus, estimé à environ 63 000 en février 2025, suggère un bilan humain encore plus lourd qu’admis officiellement.
Sur le terrain, les troupes ukrainiennes s’accrochent aux hubs stratégiques malgré des conditions de plus en plus difficiles. Un scandale de corruption majeur a secoué le gouvernement Zelensky et forcé la démission de son négociateur principal. Les alliés occidentaux regardent l’envoyé de Trump, Witkoff, avec méfiance après la fuite d’un appel téléphonique suggérant qu’il conseillait Moscou sur la façon de traiter avec le président américain, selon une transcription publiée par Bloomberg. La position de l’Ukraine n’a jamais été aussi fragile sur le champ de bataille comme sur la scène diplomatique.
Les avancées russes — lentes mais constantes
Selon l’analyse de Russia Matters basée sur les données de l’ISW, les forces russes ont gagné 74 miles carrés de territoire ukrainien entre le 9 décembre 2025 et le 6 janvier 2026. C’est une baisse par rapport aux 243 miles carrés gagnés dans les quatre semaines précédentes, mais la tendance reste favorable à Moscou. En 2025, la Russie a progressé en moyenne de 171 miles carrés par mois. Plus inquiétant encore : l’avancée « lente mais régulière » dans l’oblast de Zaporijjia menace désormais des villages situés à seulement 7 kilomètres de la capitale régionale et de ses 670 000 habitants.
Les localités ukrainiennes tombent les unes après les autres : Siversk, Hrabovske, Pazeno, Pereizne, Kuzmynivka, Novomykolayivka… Des noms que personne en Occident ne connaît, mais qui représentent des communautés entières avalées par l’occupation russe. La stratégie de Moscou est claire : grignoter le territoire jour après jour, ville après ville, pendant que les négociations s’éternisent. Chaque kilomètre gagné renforce la position russe à la table des négociations. Chaque jour qui passe sans accord est un jour de plus pour consolider les conquêtes.
Siversk. Hrabovske. Pazeno. Des noms que je n’avais jamais entendus avant de les lire dans un rapport militaire. Des villages ukrainiens qui n’existent plus en tant que tels — ils sont maintenant « territoire occupé ». Je me demande ce que ça fait de voir son village disparaître ainsi, non pas physiquement, mais politiquement. D’être effacé d’une carte, pas par une bombe, mais par un trait de crayon sur un document de négociation. C’est ça aussi, le prix de la guerre. Pas seulement les morts, mais les vivants qui perdent tout ce qui les définissait.
Section 8 : Trump et sa « Board of Peace » — que veut vraiment Washington ?
L’approche transactionnelle
Donald Trump a fait de la fin de la guerre en Ukraine une priorité de son second mandat. Mais sa méthode — pragmatique, transactionnelle, dénuée de considérations morales apparentes — inquiète autant Kyiv que les capitales européennes. Le président américain a créé une « Board of Peace » chargée de résoudre les conflits mondiaux, de l’Ukraine à Gaza. La Russie a été invitée à y participer. L’administration Trump a projeté une confiance remarquable ces derniers jours, affirmant que le contrôle territorial de l’est de l’Ukraine était « le dernier point de blocage » des négociations.
« Nous croyons que des progrès sont réalisés », a déclaré un responsable américain après les pourparlers d’Abu Dhabi. « Nous avons discuté de différentes façons de désescalader. C’était formidable de voir les deux parties interagir ; les conversations étaient très respectueuses. » Mais les experts restent sceptiques. Le « dernier point de blocage » est précisément le plus difficile à résoudre. Comment Trump compte-t-il convaincre Poutine de renoncer à ses ambitions territoriales, ou Zelensky de céder des terres que l’Ukraine contrôle encore ?
Le rôle trouble de Witkoff
Steve Witkoff, l’envoyé spécial de Trump, est au cœur de ces négociations. Promoteur immobilier new-yorkais et ami de longue date du président, il n’a aucune expérience diplomatique préalable. La fuite d’un appel téléphonique dans lequel il semblait conseiller Moscou sur la façon de gérer Trump a alimenté les soupçons de Kyiv et de ses alliés. Pourtant, c’est lui qui a passé quatre heures avec Poutine au Kremlin, lui qui mène les discussions à Abu Dhabi, lui qui a qualifié les pourparlers de « très constructifs » et promis leur poursuite la semaine prochaine.
La présence de Jared Kushner — le gendre de Trump, artisan des accords d’Abraham au Moyen-Orient — ajoute une dimension familiale et informelle à ces négociations de haute volée. Les Américains ont présenté aux Russes un document de 27 points, plus quatre documents additionnels, selon Ouchakov. « Certaines propositions américaines semblent plus ou moins acceptables », a-t-il concédé, « mais elles doivent être discutées ». Le travail continue. La question est de savoir si ce « travail » aboutira à autre chose qu’à des communiqués vagues et des poignées de main photographiées.
Section 9 : Les Émirats — le médiateur discret qui compte
Abu Dhabi, capitale de la diplomatie de l’ombre
Les Émirats arabes unis n’ont pas été choisis par hasard comme lieu de ces pourparlers historiques. Le pays entretient des relations étroites avec la Russie, les États-Unis et l’Ukraine. Depuis le début de la guerre, Abu Dhabi a facilité plus de 17 opérations d’échange de prisonniers entre les belligérants. Cette expérience en diplomatie discrète, loin des projecteurs médiatiques, en fait un acteur de confiance pour toutes les parties. Le président Cheikh Mohamed bin Zayed Al Nahyan a reçu personnellement les chefs de délégation, soulignant l’engagement au plus haut niveau de l’État émirati.
Le ministère émirati des Affaires étrangères a déclaré que les pourparlers s’inscrivaient dans « des efforts continus pour promouvoir le dialogue et identifier des solutions politiques à la crise ». Un porte-parole gouvernemental a confirmé qu’il y avait eu « un engagement direct entre l’Ukraine et la Russie » — un fait rare dans ce conflit de près de quatre ans. Les Émirats se positionnent comme un pont entre l’Occident et la Russie, refusant de s’aligner entièrement sur les sanctions occidentales tout en maintenant des liens avec Kyiv. Cette neutralité active leur permet de jouer un rôle que ni Washington, ni Bruxelles, ni Pékin ne pourraient assumer.
Une diplomatie qui refuse la guerre
« Les Émirats abordent la diplomatie avec une conviction claire : les conflits ne peuvent être résolus sans dialogue, et le progrès se construit par un engagement soutenu », a déclaré un porte-parole officiel. Cette philosophie contraste avec l’approche occidentale, souvent perçue comme trop polarisée, et avec celle de la Russie, accusée de négocier de mauvaise foi. Abu Dhabi a également déclaré qu’elle ne permettrait pas l’utilisation de son espace aérien ou de son territoire pour des attaques contre l’Iran — un signal clair de son indépendance stratégique.
La prochaine réunion est prévue le 1er février. Les délégations retourneront à Abu Dhabi pour poursuivre les discussions. Le rythme accéléré des rencontres — deux sessions en moins de deux semaines — suggère une volonté commune d’avancer, au moins sur la forme. Mais la substance reste à déterminer. Les Émirats peuvent fournir le cadre et l’hospitalité ; ils ne peuvent pas résoudre la question du Donbass à la place des belligérants.
Conclusion : Et maintenant ?
L’espoir fragile d’une paix possible
Les négociations continuent. C’est la seule certitude au milieu de tant d’incertitudes. Moscou confirme, Kyiv confirme, Washington confirme. Les délégations se retrouveront à Abu Dhabi cette semaine, puis le 1er février. Des généraux qui se tiraient dessus il y a quelques jours déjeuneront à nouveau ensemble dans un palais émirati. Les communiqués parleront de « progrès » et d’« atmosphère constructive ». Les missiles continueront de tomber sur l’Ukraine. Les soldats continueront de mourir dans les tranchées du Donbass. La vie continuera, si on peut appeler ça vivre.
Personne ne sait si ces pourparlers aboutiront à quoi que ce soit de concret. Les positions officielles restent irréconciliables. La Russie veut le Donbass. L’Ukraine refuse de céder. Trump veut un accord, n’importe quel accord, qu’il puisse brandir comme une victoire. L’Europe regarde, impuissante, craignant d’être marginalisée dans des négociations qui décideront de l’avenir de son continent. Et au milieu de tout ça, des millions de personnes ordinaires — Ukrainiens, Russes — attendent de savoir si elles vivront ou mourront, si elles retrouveront leur maison ou resteront réfugiées pour toujours.
Je termine cet article sans conclusion satisfaisante, parce qu’il n’y en a pas. Les négociations « continuent ». Les bombes « continuent ». Les morts « continuent ». Et nous, qu’est-ce qu’on fait ? On regarde, on commente, on analyse. On compte les morts comme on compte les points d’un match. Mais ce n’est pas un match. C’est la vie de millions de gens, suspendus à des décisions prises par des hommes qu’ils ne connaîtront jamais, dans des palais qu’ils ne verront jamais. Je ne sais pas si la paix est possible. Je sais qu’elle est nécessaire. Et je sais que chaque jour qui passe sans elle est un jour de trop.
La question qui reste
Le Kremlin a parlé. Les négociations continuent. Mais la vraie question n’est pas de savoir si elles continuent — c’est de savoir ce qu’elles produiront. Un accord qui gèle le conflit sans le résoudre ? Une paix qui récompense l’agression ? Des garanties de sécurité qui ne garantissent rien ? Ou, contre toute attente, un chemin vers une paix juste et durable ? Personne ne le sait. Pas Poutine, pas Zelensky, pas Trump. Peut-être que la réponse n’existe pas encore. Peut-être qu’elle est en train de s’écrire, négociation après négociation, compromis après compromis, vie après vie.
En attendant, Olena à Kyiv entendra encore le cri de cet homme qui brûlait. Les enfants de Mykolaïv guériront de leurs blessures, ou pas. Les soldats du Donbass continueront de mourir pour des kilomètres carrés dont le sort se décide dans des salons dorés à Abu Dhabi. La guerre continue. Les négociations continuent. Le monde continue de tourner, indifférent aux tragédies qu’il engendre. Et nous, quelque part entre l’espoir et le désespoir, nous continuons de regarder.
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur et analyste. Mon expertise réside dans l’observation et l’analyse des dynamiques géopolitiques et stratégiques qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies politiques, à comprendre les mouvements diplomatiques et militaires, à contextualiser les décisions des acteurs internationaux et à proposer des perspectives analytiques sur les transformations qui redéfinissent nos sociétés.
Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. Je prétends à la lucidité analytique, à l’interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux complexes qui nous concernent tous. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et stratégique, et d’offrir une lecture critique des événements.
Méthodologie et sources
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et analyses interprétatives. Les informations factuelles présentées proviennent exclusivement de sources primaires et secondaires vérifiables.
Sources primaires : communiqués officiels du Kremlin et du gouvernement ukrainien, déclarations publiques des dirigeants politiques, rapports des ministères des Affaires étrangères concernés, dépêches d’agences de presse internationales reconnues (Reuters, Associated Press, Agence France-Presse).
Sources secondaires : publications spécialisées, médias d’information reconnus internationalement (ABC News, NBC News, Euronews, Al Jazeera, The National, Bloomberg, PBS, The Irish Times, The Kyiv Independent), analyses d’institutions de recherche établies (ISW, CSIS, RUSI), rapports d’organisations sectorielles.
Les données statistiques sur les pertes militaires et civiles proviennent de multiples sources croisées : état-major ukrainien, ministère britannique de la Défense, estimations de la communauté du renseignement américain, projets de vérification indépendants (Mediazona, Meduza, UALosses), rapports des Nations Unies.
Nature de l’analyse
Les analyses, interprétations et perspectives présentées dans les sections analytiques de cet article constituent une synthèse critique et contextuelle basée sur les informations disponibles au 26 janvier 2026, les tendances observées et les commentaires d’experts cités dans les sources consultées.
Mon rôle est d’interpréter ces faits, de les contextualiser dans le cadre des dynamiques géopolitiques contemporaines, et de leur donner un sens cohérent. Ces analyses reflètent une expertise développée à travers l’observation continue des affaires internationales. Toute évolution ultérieure de la situation pourrait naturellement modifier les perspectives présentées ici.
Sources
Sources primaires
Report.az — « Kremlin confirms continuation of talks among Russia, US, and Ukraine » — 26 janvier 2026
Déclarations officielles de Dmitri Peskov, porte-parole du Kremlin — 26 janvier 2026
Déclarations officielles de Volodymyr Zelensky, président de l’Ukraine — 24-26 janvier 2026
État-major des forces armées ukrainiennes — Données sur les pertes militaires russes — 26 janvier 2026
Ministère des Affaires étrangères des Émirats arabes unis — Communiqué sur les pourparlers — 24 janvier 2026
Sources secondaires
ABC News — « Russia, Ukraine and US hold 1st trilateral talks since start of war » — 24 janvier 2026
Euronews — « More talks expected next week after Ukraine, Russia and US conclude Abu Dhabi meeting » — 24 janvier 2026
NBC News — « Russia, Ukraine to hold trilateral peace talks with U.S. for first time » — 23 janvier 2026
Al Jazeera — « Ukraine-Russia-US hold talks in Abu Dhabi with territory as key issue » — 23 janvier 2026
The National (UAE) — « US hails progress at ‘historic’ talks with Russia and Ukraine in Abu Dhabi » — 24 janvier 2026
Bloomberg — « Putin Starts Kremlin Talks With US Envoys Witkoff and Kushner » — 22 janvier 2026
Russia Matters — « Russia-Ukraine War Report Card » — 14 janvier 2026
The Kyiv Independent — Couverture des attaques russes — Janvier 2026
Ukrinform — Données sur les pertes et les frappes — 26 janvier 2026
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