Les premières négociations directes depuis Istanbul
Il faut mesurer ce que représentent ces pourparlers d’Abou Dhabi. Ce sont les premières négociations directes connues entre Moscou et Kiev autour du plan de paix américain depuis le cycle d’Istanbul en juillet 2025, qui n’avait débouché que sur des échanges de prisonniers et de dépouilles. Cette fois, le format est différent. Plus complet. Plus ambitieux. Les délégations comprenaient non seulement des diplomates, mais aussi des représentants militaires des trois parties. Côté ukrainien, Roustem Oumerov, secrétaire du Conseil de sécurité, était accompagné de Kyrylo Boudanov, chef du renseignement militaire, et du chef d’état-major, le général Andriï Gnatov. Côté russe, la délégation était composée exclusivement de militaires, ce qui en dit long sur la façon dont Moscou perçoit ces discussions.
Selon plusieurs sources américaines citées par Axios, à la fin du deuxième jour de négociations, les trois équipes se sont réunies pour déjeuner. Un responsable américain a confié : « À un moment donné, tout le monde semblait presque ami. J’ai eu un sentiment d’espoir. » Ces mots peuvent sembler naïfs au regard de ce qui se passe sur le terrain. Mais ils traduisent quelque chose de réel : la possibilité, même infime, d’un dialogue. Zelensky a confirmé que les discussions ont porté sur « les paramètres possibles pour mettre fin à la guerre » et sur « les conditions de sécurité nécessaires ». La question des garanties de sécurité américaines pour l’Ukraine a été soulevée par la délégation de Washington. Un accord serait « 100% prêt » à être signé, selon le président ukrainien, qui attend désormais que ses partenaires fixent une date.
Je veux y croire. Sincèrement. Je veux croire que ces négociations peuvent aboutir à quelque chose. Mais comment ne pas être méfiant quand, au moment même où ces « amis » déjeunaient ensemble à Abou Dhabi, des sirènes hurlaient dans le ciel de Kiev ? Quand des familles couraient se réfugier dans le métro pendant que des missiles illuminaient la nuit ? La Russie négocie comme elle combat : sans honneur, sans parole, sans limite.
Le Donbass, le nœud gordien
Le blocage principal reste le même depuis des mois : la question territoriale. Dmitri Peskov l’a répété clairement avant même le début des pourparlers : « Les forces armées ukrainiennes doivent quitter le Donbass, elles doivent s’en retirer. C’est une condition très importante. » Le Donbass, ce bassin minier et industriel de l’est de l’Ukraine, incluant les régions de Donetsk et Louhansk, est l’épicentre des combats depuis le début du conflit en 2014. La Russie en contrôle aujourd’hui une grande partie, mais pas la totalité. Moscou exige un retrait ukrainien de ces zones qu’elle a annexées illégalement mais jamais totalement conquises. Kiev refuse catégoriquement.
« La question du Donbass est clé », a reconnu Zelensky. Mais il a aussi été clair sur la position ukrainienne : « Sous aucune circonstance… Ma position sur nos territoires reste inchangée. » Lors de sa conférence de presse à Vilnius avec les présidents lituanien et polonais, il a affirmé que « ce sont deux positions fondamentalement différentes — celle de l’Ukraine et celle de la Russie. Les Américains essaient de trouver un compromis. » Mais quel compromis est possible quand l’un veut tout et l’autre refuse de tout perdre ? L’Ukraine contrôle encore environ 22% de la région de Donetsk, soit plus de 6000 kilomètres carrés incluant l’agglomération urbaine de Kramatorsk, Sloviansk, Druzhkivka et Kostiantynivka. Pour Poutine, obtenir ces territoires « sans combat » fait partie de ses exigences de paix. Pour l’Ukraine, c’est abandonner des millions de citoyens.
Section 3 : L'obstination russe sur le terrain
Pokrovsk, le symbole d’une guerre d’usure
Pendant que les diplomates parlent, la guerre continue. Et elle est particulièrement féroce autour de Pokrovsk, cette ville du Donbass devenue le symbole de la résistance ukrainienne. La bataille dure depuis plus de dix-huit mois. L’armée russe a commencé son offensive en juin-juillet 2024. Depuis, la ville a été réduite en ruines. Mais elle tient. Selon le commandement opérationnel « Est » de l’Ukraine, les forces de défense maintiennent leurs positions dans le nord de Pokrovsk au 14 janvier 2026. Un groupement russe d’environ 150 000 hommes est positionné autour de la ville. 150 000. Et pourtant, Pokrovsk n’est pas tombée.
Le coût humain de cette obstination est effroyable. Selon l’état-major ukrainien, les pertes russes totales depuis le 24 février 2022 s’élèvent à environ 1 230 810 personnes, dont 1 070 pour la seule journée du 21 janvier 2026. Dans la direction de Pokrovsk, les estimations parlent de 7 000 morts et 15 000 blessés russes pour le seul mois de janvier 2025. Les analystes de l’Institute for the Study of War évaluent les pertes russes à environ 78 morts ou blessés par kilomètre carré conquis. En 2025, la Russie a gagné 4 831 kilomètres carrés en Ukraine, soit 0,8% du territoire total du pays. Pour cela, elle a perdu plus de 400 000 soldats. L’Ukraine, de son côté, paie aussi un prix terrible. Donald Trump a estimé en décembre 2024 les pertes ukrainiennes à 400 000 tués ou blessés. Zelensky a parlé de 100 000 morts en avril 2025.
400 000 d’un côté. Plus d’un million de l’autre. Des chiffres qui dépassent l’entendement. Derrière chaque unité de ce décompte macabre, il y a un fils, une fille, un père, une mère. Des familles détruites à jamais. Et pour quoi ? Pour quelques centaines de kilomètres carrés de terre ravagée ? Pour l’ego d’un autocrate qui se rêve en tsar ? Je ne comprends pas. Je refuse de comprendre. Comment peut-on sacrifier autant de vies pour si peu ?
L’Europe exclue, l’Europe inquiète
Ces négociations se déroulent loin de l’Europe. Sans participation des pays de l’Union européenne. Et cela inquiète profondément les capitales du continent. Berlin a exprimé ses doutes dès avant le début des pourparlers, affirmant « douter que la Russie fasse des compromis et renonce à ses revendications maximalistes ». La cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, a prévenu qu’« il est clair que la Russie ne veut pas la paix, et donc nous devons rendre l’Ukraine aussi forte que possible ». Elle a aussi souligné que toute proposition de paix réussie devrait avoir « les Ukrainiens et les Européens à bord ». Or, pour l’instant, les Européens regardent de loin, inquiets de voir Washington pousser Kiev à accepter un accord trop favorable à Moscou.
La Russie, de son côté, n’a eu de cesse de critiquer ce qu’elle appelle « l’ingérence des Européens » dans les négociations. Peskov a même fait référence aux réactions européennes à la publication de correspondances entre Trump et Macron sur l’Ukraine, parlant de dirigeants qui se sont « cabrés ». Le message est clair : pour Moscou, les discussions doivent se tenir entre grandes puissances — États-Unis et Russie — avec l’Ukraine en position de simple figurant. C’est exactement ce que redoutent les Européens. Lors du Forum de Davos, Zelensky a d’ailleurs tenu un discours très dur envers ses principaux soutiens, dénonçant une Europe « fragmentée » et « perdue » quand il s’agit d’influer sur les positions de Trump, et manquant de « volonté politique » face à Poutine.
Section 4 : Zelensky à Vilnius, entre espoir et réalisme
Une visite symbolique au cœur de l’histoire
Le président Zelensky s’est rendu à Vilnius ce week-end pour participer aux commémorations du 163e anniversaire de l’insurrection de janvier 1863 contre l’Empire russe. Un symbole fort. Il y a 163 ans, Lituaniens, Polonais et Ukrainiens se sont soulevés ensemble contre l’oppression tsariste. Aujourd’hui, les trois nations se retrouvent à nouveau unies face à l’impérialisme russe. Le président lituanien Gitanas Nausėda a accueilli son homologue ukrainien avec ces mots : « Comme à l’époque, aujourd’hui, les trois nations sont unies par le même engagement pour la liberté. » Le président polonais Karol Nawrocki s’est joint à cette rencontre trilatérale, renforçant le message de solidarité régionale.
Lors de la conférence de presse qui a suivi, Zelensky a livré une analyse sans concession de la situation. Il a mis en garde l’Europe contre toute complaisance : « La Russie continue de considérer le continent comme une cible. » Il a réclamé davantage de systèmes de défense anti-aérienne, soulignant que les attaques russes rendent cette nécessité encore plus criante, même pendant les négociations de cessez-le-feu. « Cette semaine seulement, les Russes ont lancé plus de 1700 drones d’attaque, plus de 1380 bombes guidées et 69 missiles de différents types », a-t-il rappelé. La Lituanie a annoncé qu’elle fournirait près de 100 générateurs aux villes et communautés ukrainiennes, une aide concrète et immédiate face à la crise énergétique.
Il y a quelque chose de profondément émouvant dans cette image : trois présidents, trois nations autrefois écrasées par l’Empire russe, debout ensemble devant la cathédrale de Vilnius. L’histoire bégaie, dit-on. Elle recommence, plutôt. Avec les mêmes oppresseurs, les mêmes victimes, les mêmes résistants. Mais cette fois, le monde regarde. Cette fois, personne ne pourra dire qu’il ne savait pas.
L’adhésion à l’UE comme garantie de sécurité
Zelensky a également réaffirmé l’objectif ukrainien d’adhérer à l’Union européenne d’ici 2027, qualifiant cette adhésion de « garantie de sécurité économique ». Il a demandé que cette date soit inscrite dans l’accord de paix. « Nous voulons 2027, quand l’Ukraine sera prête. Techniquement, l’Ukraine sera prête au premier semestre 2026 pour l’ouverture de tous les chapitres de négociation », a-t-il affirmé. Le président lituanien Nausėda a suggéré 2030 comme objectif plus réaliste, tout en soulignant que l’adhésion ukrainienne est une priorité pour la génération actuelle. Le président polonais Nawrocki s’est montré plus prudent, refusant de donner un calendrier et rappelant que le processus d’adhésion de la Pologne elle-même avait pris des années.
Ces discussions sur l’UE révèlent une divergence importante entre Kiev et ses partenaires européens les plus proches. Zelensky pousse pour une intégration rapide, voyant dans l’appartenance à l’Union une protection contre de futures agressions russes. Les Européens, tout en soutenant cette perspective, restent conscients des défis techniques et politiques que pose l’intégration d’un pays en guerre. Par ailleurs, le président serbe Aleksandar Vučić a affirmé que l’adhésion ukrainienne à l’UE en 2027 ferait partie du plan de paix, mais que plusieurs pays européens s’y opposeraient. Autant d’obstacles sur un chemin déjà semé d’embûches.
Section 5 : La stratégie russe du double langage
Négocier en bombardant : la doctrine Poutine
La séquence de cette dernière semaine illustre parfaitement la stratégie russe. Mercredi 22 janvier, Vladimir Poutine reçoit au Kremlin les émissaires américains Steve Witkoff et Jared Kushner pour un entretien marathon de plus de trois heures et demie. Jeudi 23 janvier, Zelensky rencontre Trump à Davos. Vendredi et samedi 24-25 janvier, les négociations tripartites se tiennent à Abou Dhabi. Et pendant tout ce temps, les missiles et drones russes n’ont jamais cessé de frapper. La nuit de vendredi à samedi a été particulièrement brutale. Comme si Moscou voulait rappeler qui détient le rapport de force, même à la table des négociations.
Cette tactique n’est pas nouvelle. Elle s’inscrit dans une longue tradition de négociation russe que les analystes qualifient de « parler en tirant ». L’objectif est double : maintenir la pression militaire pour affaiblir la position de l’adversaire, et montrer qu’on peut frapper à tout moment, négociations ou pas. Le message adressé aux Américains est clair : vous pouvez organiser toutes les rencontres que vous voulez, nous continuerons à faire ce que nous voulons sur le terrain. Kiev l’a dénoncé explicitement, accusant Moscou de « saper les négociations » en lançant « une nouvelle nuit de terreur russe ». Mais Washington, focalisé sur l’obtention d’un accord, semble prêt à fermer les yeux.
Quelqu’un m’explique comment on peut négocier avec un partenaire qui vous bombarde pendant les pourparlers ? Comment fait-on confiance à un État qui parle d’« esprit constructif » le matin et lance des missiles le soir ? Je ne comprends pas l’optimisme de certains responsables américains. Ou plutôt si, je le comprends : ils veulent un accord, n’importe quel accord, pour pouvoir dire qu’ils ont ramené la paix. Mais la paix, ce n’est pas signer un papier. C’est arrêter les bombes. Et les bombes n’ont jamais cessé de tomber.
L’utilisation du missile Oreshnik : un message nucléaire
Au-delà des drones et des missiles conventionnels, la Russie a franchi un nouveau palier en janvier. Le 9 janvier 2026, pour la deuxième fois seulement depuis le début du conflit, Moscou a utilisé son nouveau missile hypersonique Oreshnik. Cette arme, capable de voyager à dix fois la vitesse du son et présentée par le Kremlin comme « inarrêtable » par les défenses anti-aériennes, peut porter des ogives nucléaires. Son utilisation, même avec des charges conventionnelles, constitue un message clair adressé aux alliés occidentaux de l’Ukraine : la Russie dispose d’une capacité de frappe que rien ne peut arrêter. Les États-Unis ont qualifié cette utilisation d’« escalade dangereuse et inexplicable » de la guerre. Les dirigeants britannique, français et allemand ont dénoncé une action « escalatoire et inacceptable ».
Le ministère russe de la Défense a justifié cette frappe comme une réponse à une prétendue attaque de drones ukrainiens contre une résidence de Poutine dans la région de Novgorod. Kiev a nié toute attaque de ce type. Les États-Unis ont qualifié l’accusation russe d’« inexacte ». Aucune preuve — images géolocalisées, rapports locaux, débris — n’a confirmé une frappe ukrainienne. Pour de nombreux analystes, cette accusation fabriquée servait à justifier une démonstration de force destinée à faire pression sur les négociations. Le message de Moscou : nous pouvons escalader quand nous voulons, et personne ne peut nous arrêter.
Section 6 : Le front, réalité brutale derrière les négociations
Une guerre d’usure sans fin apparente
Pendant que les diplomates discutent, les soldats meurent. Le front s’étend sur environ 1000 kilomètres, des régions de Kharkiv au nord à celles de Zaporizhzhia au sud. Les combats les plus intenses se concentrent dans le Donbass, autour de Pokrovsk, Kramatorsk et Vovchansk. Les gains russes sont réels mais modestes : selon les analystes de l’Institute for the Study of War, la Russie a conquis 79 miles carrés (environ 200 km²) au cours des quatre dernières semaines (du 16 décembre 2025 au 13 janvier 2026), en baisse par rapport aux 215 miles carrés de la période précédente. En 2025, la moyenne mensuelle était de 171 miles carrés. Des avancées, certes, mais à quel prix.
Les forces ukrainiennes, bien que sous pression, continuent de résister. La « Ceinture de forteresses » autour de Pokrovsk et Myrnohrad ralentit les avancées russes à un « pas de tortue », selon les termes d’un analyste. L’armée russe a dû abandonner ses tactiques de manœuvre mécanisée au profit d’assauts d’infanterie en petits groupes et d’opérations d’infiltration. Les pertes sont colossales. Selon l’état-major ukrainien, les pertes russes dépassent les 1000 hommes par jour. Les analystes britanniques estiment les pertes totales russes à plus d’un million de tués et blessés depuis le début de l’invasion. La Russie peut-elle maintenir ce rythme ? Son économie, malgré sa résistance aux sanctions, montre des signes de fragilité. Mais Poutine semble prêt à payer n’importe quel prix.
L’Ukraine entre épuisement et résistance
L’Ukraine, de son côté, fait face à des défis existentiels. La population s’épuise après quatre ans de guerre. Les effectifs militaires manquent. Malgré une augmentation significative de sa production d’armements, le pays reste dépendant des livraisons occidentales. Les infrastructures énergétiques, pilonnées sans relâche, ne tiennent que par la résilience de techniciens qui réparent sous les bombes. La capacité de production électrique a chuté de plus de 50% depuis le début de l’invasion. Certaines régions subissent jusqu’à 16 heures de coupures par jour. Et l’hiver n’est pas fini.
Pourtant, la résistance tient. Zelensky maintient sa ligne : pas de concessions territoriales. Les sondages montrent qu’une majorité d’Ukrainiens reste opposée à céder des territoires à la Russie. L’armée, malgré ses pertes, continue de se battre. Le commandant en chef Oleksandr Syrskyi a déclaré que Moscou ne montre aucun signe d’intérêt réel pour des négociations menant à la paix, préférant au contraire augmenter sa production d’armements, avec un objectif de 1000 drones par jour. C’est dans ce contexte que les pourparlers d’Abou Dhabi prennent leur véritable dimension : non pas comme le début de la fin de la guerre, mais comme une étape de plus dans un conflit qui semble n’avoir pas de fin.
Quatre ans. Quatre ans de guerre. Quatre ans de morts, de destructions, de souffrances indicibles. Et on en est encore à discuter si l’Ukraine doit abandonner ses territoires à l’agresseur. À négocier avec celui qui bombarde des immeubles d’habitation en plein hiver. Il y a quelque chose de profondément dérangeant dans cette situation. Quelque chose qui ressemble à un abandon. Pas un abandon de l’Ukraine par ses alliés — pas encore — mais un abandon de l’idée même que l’agresseur doit être puni, que le droit international a un sens, que les frontières ne se changent pas par la force. Si la Russie obtient ce qu’elle veut par les armes, quel message envoie-t-on au reste du monde ?
Section 7 : Les garanties de sécurité américaines, la clé de l'accord ?
Un document « 100% prêt » selon Zelensky
Au cœur des négociations actuelles se trouve la question des garanties de sécurité américaines pour l’Ukraine. Zelensky a annoncé à Vilnius qu’un document était « 100% prêt » et attendait une date de signature. « Pour nous, les garanties de sécurité sont avant tout des garanties de sécurité de la part des États-Unis. Le document est 100% prêt, et nous attendons que nos partenaires confirment la date et le lieu de signature », a-t-il déclaré. Une fois signé, l’accord devrait être soumis au Congrès américain et au Parlement ukrainien pour ratification. Selon un document vu par le Wall Street Journal, il s’agirait de garanties sur dix ans, sans toutefois inclure d’assistance militaire directe.
Ces garanties sont cruciales pour l’Ukraine. Sans elles, un cessez-le-feu ne serait qu’une pause permettant à la Russie de se réarmer avant de reprendre l’offensive. C’est ce qui s’est passé après les accords de Minsk en 2014-2015. Kiev veut cette fois des engagements concrets, contraignants, qui dissuaderaient Moscou de toute nouvelle agression. La proposition française et britannique de déployer des troupes en Ukraine va dans ce sens, mais la Russie a immédiatement réagi en qualifiant ces soldats de « cibles militaires légitimes ». La partie américaine semble chercher une voie médiane : des garanties suffisantes pour rassurer Kiev, mais pas assez engageantes pour provoquer une confrontation directe avec Moscou.
L’ombre des concessions territoriales
La grande question reste : quel sera le prix de ces garanties ? Washington a averti qu’il pourrait réduire son soutien en renseignement et en armements si Kiev n’accepte pas les grandes lignes du plan de paix, selon Reuters. Ce plan, dont les détails commencent à émerger, semble impliquer des concessions territoriales importantes de la part de l’Ukraine. Les analystes estiment qu’il est « largement favorable à la Russie ». La Russie contrôle actuellement environ 20% du territoire ukrainien, soit à peu près 110 000 kilomètres carrés. Reconnaître ce fait accompli, même temporairement, serait un séisme politique pour Zelensky et une victoire stratégique pour Poutine.
Peskov a prévenu ce lundi qu’« il serait erroné d’escompter des résultats significatifs après ces premiers contacts » et qu’« un travail très sérieux reste à faire ». Traduction : la Russie ne fera pas de cadeau. Elle veut le Donbass en entier. Elle veut des garanties que l’Ukraine ne rejoindra jamais l’OTAN. Elle veut une « démilitarisation » du pays. Ce sont les mêmes exigences qu’en février 2022, avant l’invasion. Quatre ans de guerre, des centaines de milliers de morts, et Moscou n’a pas bougé d’un centimètre sur ses positions. C’est cela, l’« obstination » russe dont parlent les observateurs.
Conclusion : L'espoir fragile d'un monde qui regarde ailleurs
Le silence coupable de la communauté internationale
Au jour 1434 de cette guerre, le monde semble las. Les chaînes d’information parlent d’autres crises. Les opinions publiques occidentales se détournent. Les hommes politiques cherchent des « solutions » qui ressemblent de plus en plus à des capitulations déguisées. Et pendant ce temps, à Kiev, des familles grelottent dans des appartements sans chauffage. Des enfants grandissent au son des sirènes. Des soldats meurent sur une ligne de front qui ne bouge que de quelques centaines de mètres par semaine. Le 26 janvier 2026, le Kremlin se félicite d’un « esprit constructif ». Le 26 janvier 2026, 1676 immeubles de Kiev sont sans chauffage après une attaque de 370 drones et 27 missiles.
Les prochaines semaines seront décisives. Les négociateurs doivent se retrouver à Abou Dhabi le 1er février. La question de la centrale nucléaire de Zaporizhzhia, occupée par la Russie et la plus grande d’Europe, reste sans accord. La question territoriale demeure le principal blocage. Et sur le terrain, les combats continuent avec la même intensité meurtrière. Zelensky l’a dit clairement : « Toutes les parties doivent être prêtes au compromis. » Mais quel compromis est acceptable quand l’une des parties ne cesse de vous bombarder pendant les négociations ? Quand elle exige que vous abandonniez votre territoire et vos concitoyens ? Quand elle n’a jamais respecté un seul accord signé depuis 2014 ?
Je termine cet article avec un sentiment amer. Celui d’assister à une tragédie dont on connaît déjà l’issue, mais qu’on est impuissant à empêcher. L’Ukraine se bat seule — ou presque — contre un empire qui a décidé de l’écraser. Les États-Unis cherchent un deal, n’importe lequel. L’Europe se déchire. Et nous, spectateurs lointains, nous regardons les chiffres défiler : 1434 jours de guerre. Plus d’un million de victimes. 1676 immeubles sans chauffage. Des dizaines de milliers de missiles. Et on appelle ça un « esprit constructif ». Je ne sais pas comment cette guerre finira. Mais je sais une chose : si nous laissons la Russie gagner — pas sur le terrain, mais à la table des négociations — alors nous aurons tous perdu quelque chose. Quelque chose d’essentiel. Quelque chose qui s’appelle la dignité.
La résistance comme dernier rempart
Malgré tout, l’Ukraine tient. Zelensky refuse de céder. L’armée ukrainienne se bat avec une détermination que quatre ans de guerre n’ont pas entamée. Les civils, privés d’électricité et de chauffage, continuent de vivre, de travailler, de résister. C’est peut-être cela, le vrai « esprit constructif » : non pas les paroles creuses des diplomates, mais la résilience d’un peuple qui refuse de s’incliner. À Vilnius, devant la cathédrale, Zelensky a rappelé l’insurrection de 1863. Des Polonais, des Lituaniens, des Ukrainiens s’étaient soulevés contre l’Empire russe. Ils avaient perdu. Mais leur résistance avait planté les graines de futures libertés. Peut-être est-ce là la leçon de l’histoire. Les empires passent. Les peuples restent.
Le 1er février, les négociateurs se retrouveront. Des poignées de mains seront échangées. Des communiqués seront publiés. Et cette nuit-là, probablement, des drones et des missiles frapperont à nouveau l’Ukraine. C’est la réalité de cette guerre. Une réalité que les mots diplomatiques ne peuvent effacer. Une réalité que nous ne devons jamais oublier.
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur et analyste. Mon expertise réside dans l’observation et l’analyse des dynamiques géopolitiques qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies politiques, à comprendre les mouvements diplomatiques et militaires, à contextualiser les décisions des acteurs internationaux et à proposer des perspectives analytiques sur les transformations qui redéfinissent nos sociétés.
Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. Je prétends à la lucidité analytique, à l’interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux complexes qui nous concernent tous. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et stratégique, et d’offrir une lecture critique des événements.
Méthodologie et sources
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et analyses interprétatives. Les informations factuelles présentées proviennent exclusivement de sources primaires et secondaires vérifiables.
Sources primaires : communiqués officiels des gouvernements ukrainien, russe et américain, déclarations publiques des présidents Zelensky, Poutine et Trump, rapports de l’état-major ukrainien, dépêches des agences de presse internationales reconnues (Reuters, Associated Press, Agence France-Presse).
Sources secondaires : analyses de l’Institute for the Study of War, rapports du ministère britannique de la Défense, publications spécialisées (The Economist, Wall Street Journal, Al Jazeera, Euronews, La Presse, Radio-Canada, France Info, PBS News).
Nature de l’analyse
Les analyses, interprétations et perspectives présentées dans les sections analytiques de cet article constituent une synthèse critique et contextuelle basée sur les informations disponibles, les tendances observées et les commentaires d’experts cités dans les sources consultées.
Mon rôle est d’interpréter ces faits, de les contextualiser dans le cadre des dynamiques géopolitiques contemporaines, et de leur donner un sens cohérent. Ces analyses reflètent une expertise développée à travers l’observation continue des affaires internationales et la compréhension des mécanismes stratégiques qui animent les acteurs globaux.
Toute évolution ultérieure de la situation pourrait naturellement modifier les perspectives présentées ici. Cet article sera mis à jour si de nouvelles informations officielles majeures sont publiées.
Sources
Sources primaires
La Presse — Les pourparlers à Abou Dhabi se sont tenus dans un « esprit constructif », selon le Kremlin — 26 janvier 2026
Euronews — More talks expected next week after Ukraine, Russia and US conclude Abu Dhabi meeting — 24 janvier 2026
Radio-Canada — Ukraine : frappes russes à Kiev et pourparlers à Abou Dhabi — 24 janvier 2026
Al Jazeera — Russia-Ukraine war: List of key events, day 1,432 — 26 janvier 2026
France Info — Guerre en Ukraine : les pourparlers à Abou Dabi se sont déroulés dans un « esprit constructif » — 26 janvier 2026
PBS News — Zelenskyy says U.S. security agreement for Ukraine is ‘100% ready’ to be signed — 25 janvier 2026
Sources secondaires
Le Temps — Guerre en Ukraine : les négociations « tripartites » se terminent sur une note d’espoir à Abu Dhabi — 25 janvier 2026
RTS — L’Ukraine et la Russie entament des pourparlers sous l’égide des États-Unis à Abou Dhabi — 23 janvier 2026
LRT — Zelensky warns Europe against complacency during visit to Vilnius — 26 janvier 2026
Ukrinform — Russian troops lost another 1,070 invaders in day in war against Ukraine — 22 janvier 2026
Russia Matters — The Russia-Ukraine War Report Card, Jan. 14, 2026
Critical Threats/ISW — Russian Offensive Campaign Assessment, January 7, 2026
UNITED24 Media — Russia’s 2025: Three False Claims on Kupiansk, 0.72% of Ukraine Seized, Over 400,000 Troops Lost — 6 janvier 2026
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