La fracture Est-Ouest : deux Europes face au danger
Les sondages révèlent une Europe profondément fracturée face à la menace russe. D’un côté, les pays qui ont connu le joug soviétique dans leur chair : la Pologne, où 84 % de la population se dit prête à combattre pour défendre son pays ; la République tchèque, avec 81 % ; la Finlande, ce pays qui partage 1 340 kilomètres de frontière avec la Russie et où 74 % des citoyens prendraient les armes. Ces nations n’ont pas besoin qu’on leur explique ce qu’est l’impérialisme russe. Leurs grands-parents l’ont vécu. Leurs parents s’en souviennent. Eux-mêmes savent que la liberté n’est jamais acquise.
De l’autre côté du spectre, l’Europe de l’Ouest semble vivre sur une autre planète. En Allemagne, seulement 16 % des citoyens se disent « certainement » prêts à défendre leur pays les armes à la main. Si l’on ajoute ceux qui répondent « probablement », on atteint péniblement 38 %. En Autriche, le chiffre est encore plus vertigineux : 16 % seulement combattraient, tandis que 62 % refusent catégoriquement cette perspective. L’Italie, l’Espagne, la Bulgarie affichent des taux similaires, tous en dessous de 50 %. Comment défendre un continent quand plus de la moitié de ses habitants refusent de le faire ? La question n’est pas rhétorique. Elle est existentielle.
La perception du risque : entre lucidité et déni
Le sondage Cluster 17 pose une autre question cruciale : estimez-vous que le risque d’une guerre avec la Russie est élevé ? Les réponses dessinent la même fracture géographique. En Pologne, 77 % des personnes interrogées jugent ce risque « élevé » ou « très élevé ». Soixante-dix-sept pour cent. Plus des trois quarts de la population d’un pays membre de l’OTAN et de l’Union européenne pensent qu’une guerre pourrait éclater. En Belgique et aux Pays-Bas, ce chiffre atteint 59 %. En France et en Allemagne, environ la moitié des citoyens partagent cette inquiétude. Mais en Italie, seulement 34 % des gens perçoivent ce danger comme imminent.
Cette disparité dans la perception du risque est peut-être le symptôme le plus préoccupant de notre état de préparation collective. Car comment mobiliser un continent pour une menace que la moitié de ses habitants refuse de voir ? Les experts du Belfer Center de l’université Harvard estiment que la Russie pourrait être prête à lancer une guerre contre l’OTAN entre 2027 et 2028. Les services de renseignement allemands évoquent l’horizon 2030. Les responsables baltes, eux, pensent que des opérations limitées pourraient survenir dans les deux à trois ans suivant la fin du conflit en Ukraine. Tous ces scénarios ont un point commun : ils ne parlent pas d’un futur lointain, mais de demain.
Il y a quelque chose de profondément troublant dans ces chiffres. Nous vivons une époque où nous pouvons commander un repas en trois clics, réserver un vol pour l’autre bout du monde en dix minutes, accéder à l’ensemble des connaissances humaines depuis notre poche. Mais quand on nous demande si nous sommes prêts à défendre notre mode de vie, notre liberté, notre droit de vivre comme nous l’entendons, nous haussons les épaules. « Quelqu’un d’autre s’en chargera. » Qui ? L’Amérique de Trump qui parle de se retirer de l’OTAN ? Les Ukrainiens qui meurent déjà pour nous depuis trois ans ? Qui va se battre pour nous si nous refusons de nous battre pour nous-mêmes ?
Section 3 : L'avertissement des généraux — « Acceptez de perdre vos enfants »
Les mots qui font mal
Novembre 2025. Le général Fabien Mandon, chef d’état-major des armées françaises, s’adresse à un congrès de maires. Sa voix est posée, mais ses mots résonnent comme des coups de tonnerre dans une salle habituée aux discours policés. « Nous devons accepter de perdre nos enfants », déclare-t-il. La phrase tombe. Un silence. Puis le général poursuit : « En vivant si longtemps en temps de paix, nous avons du mal à pleinement comprendre les dangers. » Il fixe son auditoire et ajoute : « Le premier objectif que j’ai donné aux forces armées, c’est d’être prêtes pour une confrontation dans trois ou quatre ans. » Pas dans dix ans. Pas dans une génération. Dans trois ou quatre ans.
Ces mots ne sont pas ceux d’un provocateur cherchant à faire les gros titres. Ce sont ceux d’un homme dont le métier consiste à anticiper le pire pour protéger son pays. Et le pire, selon lui, n’est plus une hypothèse d’école. « La Russie est un pays qui pourrait être tenté de poursuivre la guerre sur notre continent », précise-t-il. Le conditionnel est de rigueur, mais le message est clair : préparez-vous. Quelques jours plus tard, le 11 décembre 2025, c’est Mark Rutte, le secrétaire général de l’OTAN, qui enfonce le clou : « Nous devons nous préparer à une guerre de l’ampleur de celle qu’ont endurée nos grands-parents ou arrière-grands-parents. » Nos grands-parents. La Seconde Guerre mondiale. 60 millions de morts.
L’espace entre la paix et la guerre
Au Royaume-Uni, le chef d’état-major de l’armée de l’air, le maréchal Sir Richard Knighton, renchérit : « La sécurité ne peut pas être sous-traitée uniquement aux forces armées. » Autrement dit : si vous pensez que les militaires vont régler le problème pendant que vous continuez votre vie normale, vous vous trompez lourdement. Richard Moore, le directeur du MI6, les services de renseignement extérieurs britanniques, décrit la situation actuelle comme « un espace entre la paix et la guerre ». Nous ne sommes plus vraiment en paix. Nous ne sommes pas encore officiellement en guerre. Nous sommes dans ce no man’s land où les règles d’hier ne s’appliquent plus et où celles de demain restent à écrire.
Ce qui frappe dans ces déclarations, c’est leur convergence. Des généraux français, britanniques, allemands, polonais, tous disent la même chose avec des mots différents : le temps de l’insouciance est terminé. L’Europe doit se réarmer, non pas pour faire la guerre, mais pour ne pas avoir à la subir. Car la dissuasion, ce n’est pas brandir des drapeaux et prononcer des discours — c’est montrer à l’adversaire potentiel que le coût d’une agression serait supérieur aux gains espérés. Or, aujourd’hui, les simulations de la RAND montrent exactement l’inverse : une attaque russe sur les Pays baltes pourrait réussir en quelques jours, laissant l’OTAN face à des choix impossibles.
« Acceptez de perdre vos enfants. » Je tourne et retourne cette phrase dans ma tête depuis des jours. Elle me révolte et me terrifie à parts égales. Elle me révolte parce qu’aucun parent ne devrait avoir à « accepter » de perdre son enfant — c’est contre nature, c’est l’inversion de l’ordre des choses. Elle me terrifie parce que je sais que le général Mandon n’a pas prononcé ces mots à la légère. Il ne cherchait pas le buzz médiatique. Il essayait de nous réveiller. De nous faire comprendre que le monde dans lequel nous avons grandi, ce monde où la guerre était quelque chose qui arrivait « ailleurs », ce monde est peut-être en train de mourir. Et avec lui, notre innocence.
Section 4 : L'article 5, cette promesse ambiguë
Quand les mots ne suffisent plus
L’article 5 du traité de l’Atlantique Nord est souvent présenté comme la garantie ultime de sécurité pour les membres de l’OTAN. « Une attaque contre l’un est une attaque contre tous. » Cette phrase, répétée comme un mantra, est censée dissuader tout agresseur potentiel. Mais combien de personnes ont réellement lu le texte de cet article ? Aleksandr Levi nous rappelle une vérité dérangeante : l’article 5 contient un langage éminemment discrétionnaire. Il stipule que chaque État membre prendra « les mesures qu’il jugera nécessaires ». Qu’il jugera nécessaires. Pas « les mesures qui s’imposent ». Pas « une réponse militaire automatique ». Les mesures qu’il jugera nécessaires.
Cette ambiguïté n’est pas un accident. Elle a été voulue dès la rédaction du traité en 1949, pour permettre à chaque pays de conserver une marge de manœuvre. Mais cette flexibilité, qui pouvait sembler sage il y a soixante-quinze ans, devient aujourd’hui une faille potentiellement fatale. Car qui peut garantir que tous les membres de l’Alliance répondront de la même manière à une agression ? Quand l’Estonie subira ses premières « opérations hybrides » — des cyberattaques, des incursions de « petits hommes verts » sans insignes, du sabotage d’infrastructures — l’article 5 sera-t-il invoqué ? Et si oui, que fera l’Allemagne où 59 % de la population refuse de prendre les armes ?
Le précédent du mémorandum de Budapest
L’histoire récente nous offre un précédent glaçant. En 1994, l’Ukraine a accepté de se séparer de son arsenal nucléaire — le troisième plus important au monde à l’époque — en échange de garanties de sécurité. Le Mémorandum de Budapest, signé par les États-Unis, le Royaume-Uni et la Russie, promettait de respecter l’intégrité territoriale de l’Ukraine. Trente ans plus tard, nous connaissons la suite. La Russie a annexé la Crimée, envahi le Donbass, puis lancé une invasion à grande échelle. Les garants du mémorandum ? Ils ont exprimé leur « profonde préoccupation ». Ils ont imposé des sanctions. Ils ont envoyé de l’aide. Mais l’Ukraine brûle toujours.
Ce précédent hante les discussions actuelles sur la sécurité européenne. Si les grandes puissances n’ont pas tenu leurs engagements envers l’Ukraine, pourquoi tiendraient-elles ceux qu’elles ont pris envers l’Estonie, la Lettonie ou la Lituanie ? La question n’est pas de savoir si l’article 5 serait formellement invoqué — il le serait probablement. La vraie question est de savoir ce qui se passerait ensuite. Une consultation ? Une condamnation solennelle ? Des sanctions supplémentaires ? Ou une véritable réponse militaire capable de repousser l’agresseur ? Les 60 heures de la simulation RAND ne laissent pas beaucoup de temps pour les débats parlementaires et les réunions de crise.
Section 5 : Le cas polonais — quand un missile tue et que rien ne se passe
Przewodów, 15 novembre 2022
Przewodów. Un village polonais de 413 habitants, à quelques kilomètres de la frontière ukrainienne. Le 15 novembre 2022, un missile s’abat sur une exploitation agricole. Deux personnes sont tuées : Bogusław Wos, 62 ans, et Bogdan Ciupek, 60 ans. Deux agriculteurs polonais. Deux citoyens d’un pays membre de l’OTAN. Deux vies fauchées par un engin de mort tombé du ciel. Pour la première fois depuis la création de l’Alliance atlantique, un projectile lié au conflit ukrainien tue des ressortissants d’un État membre sur son propre territoire.
La réaction ? La Pologne invoque l’article 4 du traité de l’OTAN. Pas l’article 5. L’article 4. Celui qui prévoit des « consultations » quand un membre estime que son intégrité territoriale est menacée. Des consultations. Deux hommes sont morts, et la réponse est une réunion. Il s’avérera plus tard que le missile était probablement un projectile de défense aérienne ukrainien égaré, ce qui complique évidemment l’analyse. Mais le message envoyé à Moscou est limpide : même quand des citoyens de l’OTAN meurent, l’Alliance préfère la prudence à la confrontation. Vladimir Poutine a certainement pris des notes.
Septembre 2025 : 19 drones, zéro réponse
Trois ans plus tard, en septembre 2025, la Pologne enregistre 19 incursions de drones dans son espace aérien. Dix-neuf. En un seul mois. La réaction du Premier ministre Donald Tusk ? Il qualifie ces incidents de « provocation » mais nie qu’ils constituent un acte de guerre. « Ce n’est pas la guerre », déclare-t-il. Techniquement, il a raison. Légalement, des drones de reconnaissance non armés ne déclenchent probablement pas l’article 5. Mais stratégiquement, le message est désastreux. La Russie peut violer impunément l’espace aérien d’un membre de l’OTAN, et la réponse sera une conférence de presse qualifiant l’incident de « provocation ».
Ce pattern de non-réponse dessine une carte de la faiblesse européenne que Moscou lit avec attention. Chaque incident sans conséquence repousse la ligne rouge un peu plus loin. Chaque « provocation » sans réponse devient un nouveau test. Jusqu’où peuvent-ils aller avant que l’Occident réagisse vraiment ? C’est la question que se pose le Kremlin depuis des années. Et jusqu’ici, la réponse a toujours été la même : plus loin que vous ne le pensez. Aleksandr Levi le résume brutalement : nous prétendons refuser d’envoyer nos fils mourir en Ukraine, mais la vraie question n’est pas celle-là. La vraie question est : serons-nous capables de les envoyer mourir pour l’Estonie ? Pour la Lettonie ? Pour la Lituanie ?
Bogusław Wos avait 62 ans. Il s’occupait de sa ferme à Przewodów depuis des décennies. Ce mardi 15 novembre, il faisait probablement ce qu’il faisait tous les jours : travailler la terre, s’occuper de ses bêtes, vivre sa vie d’agriculteur polonais à quelques kilomètres d’une guerre qui ne devait pas le concerner. Et puis le ciel lui est tombé sur la tête. Littéralement. Deux ans plus tard, qui se souvient de son nom ? Qui se souvient qu’un citoyen de l’OTAN est mort sur le sol de l’OTAN à cause de cette guerre ? L’Alliance a « consulté ». La vie a repris. Et Bogusław est toujours mort.
Section 6 : Les outils qu'on refuse d'utiliser
Un arsenal de dissuasion dormant
L’ironie cruelle de la situation, c’est que l’Europe possède des outils considérables qu’elle refuse d’employer. Aleksandr Levi en dresse la liste : des capacités de cyberguerre qui pourraient perturber les infrastructures russes ; une application stricte des sanctions qui stopperait les flux financiers vers Moscou ; des blocus navals qui empêcheraient la « flotte fantôme » russe — ces tankers vétustes qui contournent l’embargo pétrolier — d’opérer. Ces mesures ne nécessitent pas d’envoyer des soldats au front. Elles ne tuent personne directement. Mais elles démontreraient une volonté de résister, une détermination à ne pas se laisser intimider.
Au lieu de cela, que faisons-nous ? L’Union européenne continue d’acheter du gaz naturel liquéfié russe. En 2024, les importations européennes de GNL russe ont même augmenté par rapport à l’année précédente. Nous finançons activement la machine de guerre qui menace notre existence. C’est comme si, pendant le siège de Leningrad, les Soviétiques avaient vendu du blé aux Allemands. L’absurdité de la situation devrait nous faire bondir de nos sièges. Au lieu de cela, nous haussons les épaules. Le gaz coûte cher. L’hiver est froid. Les entreprises doivent tourner. Et tant pis pour les Ukrainiens qui meurent sous les bombes achetées avec notre argent.
Le mirage de la neutralité économique
Cette schizophrénie stratégique repose sur une illusion dangereuse : l’idée qu’on peut séparer l’économie de la géopolitique, que les affaires sont les affaires et que le commerce transcende les conflits. Cette vision du monde a peut-être été vraie dans les années 1990, quand on croyait que le capitalisme mondial allait démocratiser la Chine et pacifier la Russie. Elle s’est fracassée contre le mur de la réalité le 24 février 2022. Vladimir Poutine n’a pas lu les mêmes livres d’économie que nos élites. Pour lui, l’énergie est une arme, le commerce est un levier de puissance, et l’interdépendance est une faiblesse à exploiter.
L’Europe découvre aujourd’hui, avec un retard stupéfiant, que la paix n’est pas un état naturel mais un équilibre précaire qui se maintient par la force autant que par le droit. Les nations qui prospèrent dans un monde dangereux sont celles qui combinent puissance économique et capacité militaire, soft power et hard power. Nous avons misé tout sur le premier et négligé le second. Résultat : nous sommes riches mais vulnérables, prospères mais incapables de défendre notre prospérité. C’est comme construire une maison magnifique dans un quartier dangereux sans penser à installer une porte blindée.
Section 7 : Le scénario balte — anatomie d'un désastre annoncé
Deux cents kilomètres vers l’apocalypse
Les simulations de guerre de la RAND Corporation sont glaçantes de précision. Depuis la frontière russe jusqu’à Tallinn, la capitale de l’Estonie, il y a environ 200 kilomètres par les autoroutes principales. Jusqu’à Riga, en Lettonie, entre 210 et 275 kilomètres selon l’itinéraire. Ces distances, qui semblent considérables pour un promeneur du dimanche, sont dérisoires pour des colonnes blindées modernes. Dans tous les scénarios testés par les chercheurs de RAND, avec des participants experts militaires et civils jouant les deux camps, les forces russes atteignent les faubourgs des capitales baltes en maximum 60 heures.
Le rapport est sans équivoque : « Les conclusions des jeux sont sans ambiguïté : dans sa posture actuelle, l’OTAN ne peut pas défendre avec succès le territoire de ses membres les plus exposés. » Les forces légères et mobiles de l’Alliance, celles qui sont effectivement déployées dans la région, ne peuvent pas « substantiellement ralentir les blindés lourds russes ». L’OTAN n’a pas de chars lourds positionnés dans les Pays baltes ni capables d’y arriver rapidement. L’aviation alliée pourrait infliger des dégâts significatifs aux forces russes, mais pas assez pour stopper leur avance. Les forces aéromobiles pourraient tenir dans les zones urbaines, mais au prix de « dommages collatéraux élevés ».
Les options après la défaite : toutes mauvaises
Que se passe-t-il après ces 60 heures fatidiques ? Le rapport RAND énumère les options qui s’offrent à l’OTAN après une défaite rapide dans les Pays baltes. Première option : une contre-offensive sanglante, avec tous les risques d’escalade que cela comporte — y compris l’escalade nucléaire. Deuxième option : escalader nous-mêmes, comme l’Alliance menaçait de le faire pendant la Guerre froide pour compenser son infériorité conventionnelle. Troisième option : accepter la défaite, au moins temporairement, avec des « conséquences incertaines mais prévisiblement désastreuses pour l’Alliance ».
Aucune de ces options n’est acceptable. Toutes sont le résultat d’une erreur stratégique fondamentale : avoir laissé le flanc oriental de l’OTAN dangereusement sous-protégé pendant des décennies. Les chercheurs de RAND estiment qu’une force d’environ sept brigades, dont trois brigades blindées lourdes, correctement soutenues par l’aviation et l’artillerie, suffirait à empêcher la chute rapide des Pays baltes. Sept brigades. Pas une armée entière. Pas une mobilisation générale. Sept brigades bien équipées et bien positionnées. Mais ces brigades n’existent pas. Pas encore. Pas là où elles devraient être.
Je pense à cette famille estonienne qui vit à Narva, à quelques kilomètres de la frontière russe. Le père travaille à l’usine. La mère enseigne à l’école. Les enfants jouent au foot le week-end. Une vie normale. Une vie européenne. Et si les simulations de RAND se réalisaient, cette vie pourrait basculer en 60 heures. Soixante heures entre leur quotidien et l’occupation. Soixante heures entre la liberté et… quoi exactement ? Nous ne savons pas. Nous ne voulons pas savoir. C’est plus confortable de ne pas y penser. De se dire que ça n’arrivera pas. Que quelqu’un fera quelque chose. Mais qui ? Et quand ? Avant ou après les 60 heures ?
Section 8 : L'horizon 2027-2030 — le compte à rebours
Les services de renseignement tirent l’alarme
Les estimations des services de renseignement occidentaux convergent vers une fenêtre temporelle inquiétante. Le BND, les services secrets allemands, estime que la Russie pourrait être prête pour une guerre à grande échelle contre l’OTAN d’ici 2030. Les analystes du Belfer Center de Harvard identifient 2027-2028 comme les années les plus souvent mentionnées dans les avertissements d’experts. Les responsables baltes sont encore plus pessimistes : ils estiment que des opérations limitées pourraient survenir dans les deux à trois ans suivant la fin du conflit en Ukraine. Si ce conflit se termine en 2026, cela nous amène à 2028-2029.
Ces échéances ne sont pas des prédictions certaines — personne ne peut lire l’avenir. Mais elles représentent le consensus des professionnels dont le métier consiste à anticiper les menaces. Et ce consensus dit la même chose : nous n’avons plus une génération devant nous. Nous n’avons même plus une décennie. Nous avons quelques années, peut-être moins, pour transformer radicalement notre posture de défense. Le général Mandon parle de « trois ou quatre ans » pour préparer l’armée française à une confrontation. Quatre ans, c’est demain à l’échelle des transformations militaires. C’est le temps de commander du matériel, de former des soldats, de repenser des doctrines.
L’écart qui se creuse
Pendant que l’Europe hésite et tergiverste, la Russie se réarme à marche forcée. L’économie russe tourne en mode guerre. Les usines d’armement fonctionnent 24 heures sur 24. Des centaines de milliers d’hommes ont été mobilisés et formés. Moscou dépense désormais plus de 6 % de son PIB en défense, contre une moyenne d’environ 2 % pour les pays européens de l’OTAN. Certes, le PIB russe est plus petit. Mais la volonté politique de s’armer est incomparablement plus forte. Et à terme, cette volonté fait la différence.
L’Institut d’études de sécurité de l’Union européenne identifie les principaux risques pour 2026 : « une attaque perturbatrice sur les infrastructures critiques de l’UE, la poursuite de l’agression russe en Europe et contre ses voisins, le retrait des États-Unis de leurs garanties de sécurité aux alliés européens, et un conflit militaire entre la Chine et Taïwan. » Quatre menaces majeures, potentiellement simultanées. L’image qui émerge pour 2026 est « plutôt sombre », selon les experts : « L’Europe fait face à un long concours d’attrition, pas à un affrontement décisif unique. »
Section 9 : Que faudrait-il faire ? Les solutions qui font peur
Le réarmement massif
Les experts militaires s’accordent sur une liste de mesures nécessaires. Premièrement, augmenter drastiquement les budgets de défense. L’objectif de 2 % du PIB, longtemps considéré comme ambitieux, est désormais jugé insuffisant. Certains parlent de 3 %, voire de 5 %. Le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, évoque un nouvel engagement de 5 % de dépenses de défense. Pour donner un ordre de grandeur, cela représenterait pour la France un budget militaire d’environ 140 milliards d’euros par an, contre 47 milliards actuellement. Où trouver cet argent ? En le prenant quelque part ailleurs. En faisant des choix. En acceptant que la sécurité a un prix.
Deuxièmement, reconstituer les stocks. Des décennies de « dividendes de la paix » ont vidé les arsenaux européens. Les munitions, les missiles, les pièces détachées manquent cruellement. L’aide fournie à l’Ukraine a mis en lumière cette pénurie : certains pays ont donné ce qu’ils pouvaient, se retrouvant ensuite incapables de remplacer rapidement ce qu’ils avaient cédé. Troisièmement, réindustrialiser le secteur de la défense. L’Europe a largement délocalisé sa production industrielle, y compris dans des secteurs stratégiques. Il faut relocaliser, sécuriser les chaînes d’approvisionnement, garantir l’autonomie en cas de conflit prolongé.
Le tabou du service militaire
Quatrièmement — et c’est peut-être le sujet le plus explosif — repenser la question du service militaire. Un sondage multi-pays publié avant le sommet de l’OTAN de 2025 montre un soutien répandu en Europe pour la réintroduction du service militaire obligatoire. La plupart des pays européens l’ont abandonné après la fin de la Guerre froide, considérant qu’une armée professionnelle suffirait. Cette hypothèse se révèle aujourd’hui dangereusement optimiste. Une guerre moderne, surtout contre un adversaire comme la Russie, nécessite des réserves massives, pas seulement une poignée de professionnels ultra-entraînés.
Certains pays n’ont jamais abandonné la conscription. La Finlande maintient un service militaire et peut mobiliser 280 000 soldats en cas de besoin, pour une population de 5,5 millions d’habitants. L’Estonie, la Lituanie ont suivi des voies similaires. Mais en France, en Allemagne, au Royaume-Uni, la simple évocation du service militaire provoque des levées de boucliers. « On ne va quand même pas forcer nos jeunes à jouer les soldats ! » Non, on ne va pas les forcer. On va juste espérer que quelqu’un d’autre se battra à leur place quand les chars arriveront. Cette stratégie fonctionne jusqu’au jour où elle ne fonctionne plus.
Je me souviens des discussions à la cantine, à l’école, quand j’étais gamin. « Le service militaire, c’est fini, on n’en aura plus jamais besoin. » On avait gagné. La Guerre froide était terminée. L’histoire était finie, comme disait Fukuyama. On allait tous devenir riches et heureux dans un monde globalisé où la guerre serait un souvenir du passé. Trente ans plus tard, je regarde mes enfants et je me demande : est-ce qu’ils devront porter l’uniforme ? Est-ce qu’on leur demandera de défendre ce que ma génération n’a même pas su protéger ? C’est une question que je n’aurais jamais pensé me poser. Et pourtant, elle est là. Elle nous regarde tous.
Section 10 : L'Amérique s'éloigne — et maintenant ?
Trump 2.0 et la fin des certitudes
Comme si la situation n’était pas assez préoccupante, l’Europe doit désormais compter avec une variable supplémentaire : le désengagement potentiel des États-Unis. Le retour de Donald Trump à la Maison Blanche en janvier 2025 a ravivé toutes les inquiétudes sur la fiabilité de l’engagement américain envers l’OTAN. Pendant sa première campagne, Trump avait suggéré qu’il pourrait ne pas défendre les alliés qui ne paient pas leur « juste part ». Pendant sa seconde campagne, il est allé plus loin, évoquant la possibilité de « laisser les Russes faire ce qu’ils veulent » aux pays qui ne respectent pas leurs engagements financiers.
L’Institut d’études de sécurité de l’UE identifie le « retrait des États-Unis de leurs garanties de sécurité aux alliés européens » comme l’un des quatre risques majeurs pour 2026. L’Eurobaromètre montre que 78 % des Européens sont préoccupés par la défense et la sécurité de l’UE pour les cinq prochaines années. Un an de Trump 2.0 n’a pas dissipé les craintes d’un retrait américain. Au contraire. L’administration Trump a clairement indiqué qu’elle n’enverrait pas de troupes au sol en Ukraine. Si les États-Unis refusent de s’engager pour l’Ukraine, s’engageront-ils vraiment pour les Pays baltes ?
L’autonomie stratégique : fantasme ou nécessité ?
Cette incertitude américaine relance un vieux débat européen : l’autonomie stratégique. L’Europe peut-elle assurer sa propre défense sans les États-Unis ? La réponse honnête, aujourd’hui, est non. L’OTAN sans les États-Unis, c’est comme une voiture sans moteur : la carrosserie est là, mais elle n’avance pas. Les capacités nucléaires européennes — française et britannique — sont réelles mais limitées. Les capacités conventionnelles sont fragmentées, sous-financées, mal coordonnées. La logistique commune est quasi inexistante. En cas de conflit majeur, l’Europe seule ne tiendrait pas longtemps.
Mais cette réponse ne peut pas être définitive. Si les États-Unis se désengagent, que ce soit sous Trump ou un successeur, l’Europe n’aura pas le choix : elle devra construire cette autonomie stratégique ou accepter de devenir un protectorat — russe, américain ou autre. C’est une question de souveraineté existentielle. Certains pays l’ont compris. La Pologne augmente massivement ses dépenses militaires. La Finlande et la Suède ont rejoint l’OTAN. L’Allemagne a annoncé un fonds spécial de 100 milliards d’euros pour la Bundeswehr. Mais ces efforts restent insuffisants face à l’ampleur du défi.
Section 11 : La vraie question — pour qui mourrons-nous ?
Le paradoxe de la défense collective
Aleksandr Levi pose une question dérangeante dans sa chronique : les Européens qui refusent d’envoyer leurs fils mourir en Ukraine seraient-ils prêts à les envoyer mourir pour l’Estonie ? Pour la Lettonie ? Pour la Lituanie ? La question n’est pas cynique. Elle est au cœur de la logique de défense collective. L’OTAN repose sur l’idée que chaque membre défendra tous les autres. Mais si 69 % des Européens ne croient pas que leur pays puisse se défendre lui-même, combien croient-ils pouvoir défendre les autres ? Et combien sont-ils prêts à le faire ?
Les sondages sur la volonté de combattre révèlent une vérité inconfortable. Dans les pays de l’ancien bloc soviétique, la motivation est là : 84 % des Polonais, 81 % des Tchèques. Mais dans les pays qui seraient appelés à voler au secours des Baltes, les chiffres s’effondrent. 38 % d’Allemands potentiellement prêts à combattre. 16 % d’Autrichiens. Moins de 50 % en Italie, en Espagne. Ces chiffres ne sont pas des sondages abstraits sur des hypothèses lointaines. Ce sont les données que les stratèges russes analysent pour évaluer la crédibilité de l’OTAN.
La solidarité à l’épreuve du feu
L’histoire de l’Europe est marquée par des moments où la solidarité collective a été mise à l’épreuve. En 1938, les démocraties occidentales ont sacrifié la Tchécoslovaquie à Munich, pensant acheter la paix. En 1939, elles ont déclaré la guerre pour la Pologne, mais la « drôle de guerre » qui a suivi montrait leur réticence à vraiment combattre. En 2014, elles ont « condamné » l’annexion de la Crimée. En 2022, elles ont soutenu l’Ukraine — mais pas assez pour lui permettre de gagner. À chaque fois, le même schéma : des principes proclamés, une solidarité affichée, et une action insuffisante quand vient l’heure de vérité.
La question qui se pose aujourd’hui est simple : avons-nous appris quelque chose ? Sommes-nous capables de briser ce cycle de demi-mesures et de reculades ? Ou allons-nous regarder les Pays baltes tomber comme nous avons regardé la Crimée être annexée, en exprimant notre « profonde préoccupation » et en imposant des sanctions qui n’ont jamais fait plier personne ? La réponse à cette question déterminera le visage de l’Europe pour les décennies à venir. Et cette réponse ne peut pas venir des politiques seuls. Elle doit venir des citoyens. De nous. De vous.
Conclusion : L'heure des choix
Ce que nous risquons de perdre
Ce qui est en jeu dépasse largement la question militaire. C’est notre mode de vie, notre façon d’être au monde, notre conception de la liberté qui sont menacés. L’Europe que nous connaissons — avec ses frontières ouvertes, ses droits garantis, sa prospérité partagée — n’est pas un état naturel de l’humanité. C’est une construction fragile, édifiée sur les ruines de deux guerres mondiales, maintenue par des institutions que nous avons le tort de considérer comme éternelles. Si nous ne la défendons pas, elle disparaîtra. Pas d’un coup, peut-être. Par morceaux. D’abord les Baltes. Puis les Polonais. Puis nous.
Le général Mandon nous demande d’« accepter de perdre nos enfants ». C’est une phrase brutale, presque insoutenable. Mais l’alternative est pire encore : perdre nos enfants ET leur avenir. Car un continent qui refuse de se défendre ne survivra pas longtemps dans un monde où d’autres sont prêts à tout pour s’imposer. La Russie de Poutine ne partage pas nos valeurs, ne respecte pas nos principes, ne craint pas nos condamnations. Elle ne comprend qu’un langage : celui de la force. Et si nous refusons de parler ce langage, elle parlera à notre place.
Le moment de vérité
Nous sommes arrivés à un carrefour. D’un côté, le chemin de la facilité : continuer comme avant, espérer que les choses s’arrangent d’elles-mêmes, déléguer notre sécurité à une Amérique incertaine, financer discrètement la machine de guerre russe tout en prétendant la combattre. De l’autre, le chemin de la responsabilité : regarder la réalité en face, accepter les sacrifices nécessaires, réarmer nos pays, reconstruire notre solidarité, et démontrer à Moscou que l’Europe n’est pas une proie facile. Le premier chemin mène à la servitude. Le second à la survie.
En terminant cette chronique, je pense à cette phrase qu’on attribue à Edmund Burke : « Pour que le mal triomphe, il suffit que les hommes de bien ne fassent rien. » Nous sommes ces hommes de bien. Nous avons construit des sociétés ouvertes, tolérantes, prospères. Nous avons cru que la guerre appartenait au passé. Nous avions tort. La guerre est revenue frapper à notre porte. Elle a déjà tué des dizaines de milliers d’Ukrainiens. Elle menace maintenant les Baltes, les Polonais, nous tous. La question n’est plus de savoir si nous sommes prêts à envoyer nos fils mourir. La question est de savoir si nous sommes prêts à faire le nécessaire pour qu’ils n’aient pas à mourir. Pour qu’ils puissent vivre. Libres. En paix. Dans une Europe qui aura su se défendre. C’est ça, l’enjeu. C’est ça, le choix. Et ce choix, c’est maintenant.
Une dernière question
69 % des Européens pensent que leur pays ne peut pas se défendre contre la Russie. 60 heures suffiraient à l’armée russe pour atteindre Tallinn. 16 % des Allemands sont prêts à prendre les armes. 2027-2030 : la fenêtre estimée pour une confrontation majeure. Ces chiffres ne sont pas des abstractions. Ce sont des réalités qui dessinent notre avenir. Que ferons-nous de ces informations ? Tournerons-nous la page et passerons-nous à autre chose ? Ou commencerons-nous, enfin, à prendre au sérieux la menace qui pèse sur tout ce que nous avons construit ?
Quelque part en Europe, un jeune homme de vingt ans se lève ce matin pour aller travailler ou étudier. Il ne pense pas à la guerre. Il pense à ses projets, ses amours, son avenir. Dans quelques années, on lui demandera peut-être de porter un uniforme, de défendre son pays, de risquer sa vie pour des valeurs qu’on ne lui a jamais vraiment enseignées. Sera-t-il prêt ? Serons-nous prêts à le préparer ? Ou préférerons-nous continuer à faire semblant que tout va bien, jusqu’au jour où plus rien n’ira ? Le temps des choix est venu. Et l’histoire, elle, n’attend pas.
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur et analyste. Mon expertise réside dans l’observation et l’analyse des dynamiques géopolitiques, militaires et stratégiques qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les rapports de force internationaux, à comprendre les calculs des grandes puissances, à contextualiser les décisions des acteurs politiques et militaires, et à proposer des perspectives analytiques sur les transformations sécuritaires qui menacent ou redéfinissent nos sociétés.
Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. Je prétends à la lucidité analytique, à l’interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux qui concernent notre sécurité collective. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et stratégique, et d’offrir une lecture critique des événements. Cet article prend position en faveur d’un renforcement de la défense européenne face à la menace russe, position que j’assume pleinement.
Méthodologie et sources
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et analyses interprétatives. Les informations factuelles présentées proviennent exclusivement de sources primaires et secondaires vérifiables.
Sources primaires : rapports de la RAND Corporation sur les simulations de défense des Pays baltes, sondages Cluster 17 et Gallup International sur les attitudes européennes, déclarations officielles des responsables militaires (général Fabien Mandon, Mark Rutte, Sir Richard Knighton), données des services de renseignement allemands et britanniques.
Sources secondaires : publications de l’Institut d’études de sécurité de l’Union européenne, analyses du Belfer Center de Harvard, articles de Ukrainska Pravda, Euronews, Al Jazeera, France 24, 19FortyFive, et rapports du German Marshall Fund.
Nature de l’analyse
Les analyses, interprétations et perspectives présentées constituent une synthèse critique et contextuelle basée sur les informations disponibles, les tendances observées et les avertissements d’experts cités dans les sources consultées. Les simulations de guerre de la RAND Corporation datent de 2014-2015 mais restent pertinentes selon les experts ; les sondages cités sont de fin 2025 ; les déclarations des responsables militaires datent de novembre-décembre 2025 et janvier 2026.
Toute évolution ultérieure de la situation — notamment l’issue du conflit en Ukraine, l’évolution de la politique américaine, ou des changements dans la posture russe — pourrait modifier les perspectives présentées ici. Cet article sera mis à jour si de nouvelles informations majeures sont publiées.
Sources
Sources primaires
RAND Corporation — « Reinforcing Deterrence on NATO’s Eastern Flank: Wargaming the Defense of the Baltics » — David A. Shlapak et Michael W. Johnson — 2016
Cluster 17 pour Le Grand Continent — Sondage sur la perception de la menace russe dans 9 pays de l’UE — Décembre 2025
Gallup International — « Willingness to fight for one’s own country » — Enquête mondiale — 2024-2025
Institut Forsa — Sondage sur la volonté des Allemands de défendre leur pays — 2025
INTEGRAL Research Institute — Étude sur les attitudes autrichiennes face à la guerre — 2025
Sources secondaires
Ukrainska Pravda — Aleksandr Levi — « I wouldn’t send my son to die… Are Europeans ready to defend themselves against Russia? » — 25 janvier 2026
Euronews — « Over two-thirds of Europeans say their country cannot take Russia on militarily, new poll finds » — 4 décembre 2025
19FortyFive — « Accept Losing our Children: Europe’s Top Generals Fear War with Russia Is Coming » — Janvier 2026
Al Jazeera — « Most Germans, French see ‘high risk’ of war with Russia, survey shows » — 4 décembre 2025
Institut d’études de sécurité de l’UE — « Global Risks to the EU in 2026 » — 2025
Belfer Center, Harvard Kennedy School — Analyses sur la préparation russe à un conflit avec l’OTAN — 2025
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