Ce que Moscou exige concrètement
Soyons clairs sur ce que le Kremlin demande. La Russie contrôle aujourd’hui environ 90 % du Donbas — la quasi-totalité de la région de Luhansk et environ 80 % de celle de Donetsk. Mais ce n’est pas suffisant pour Poutine. Il veut les 20 % restants. Environ 5 000 kilomètres carrés de territoire que l’armée ukrainienne défend avec acharnement. Des villes comme Pokrovsk, Kostiantynivka, Kramatorsk, Sloviansk — des noms qui, pour les Ukrainiens, évoquent la résistance, le sacrifice, l’honneur. Le Kremlin les veut toutes. Sans combattre. Par la simple force de la négociation. Comme si quatre ans de guerre n’avaient été qu’un prélude à cette exigence finale.
Vladimir Poutine a été explicite : si l’Ukraine ne cède pas ces territoires à la table des négociations, la Russie les prendra par la force. Une menace qui, dans sa bouche, n’a rien de rhétorique. Les forces russes continuent d’avancer dans le Donbas, grignotant le terrain mètre par mètre, village par village. La bataille pour Pokrovsk fait rage depuis des mois, avec des dizaines d’affrontements quotidiens. Les pertes sont colossales des deux côtés. Mais le Kremlin dispose d’un avantage que l’Ukraine n’a pas : la profondeur démographique. La Russie peut se permettre de sacrifier des hommes par dizaines de milliers. L’Ukraine, avec sa population réduite à environ 31 millions d’habitants — contre 46 millions avant la guerre — ne le peut pas.
Le calcul cynique de Poutine
Pourquoi le Kremlin exige-t-il l’intégralité du Donbas alors qu’il n’en contrôle pas la totalité ? La réponse tient en un mot : légitimation. En septembre 2022, Moscou a organisé des référendums fantoches pour annexer quatre régions ukrainiennes, dont Donetsk et Luhansk. Ces simulacres de vote, condamnés par la communauté internationale, ont permis à Poutine d’inscrire ces territoires dans la Constitution russe. Pour le Kremlin, ces régions sont désormais russes — même les parties qu’il ne contrôle pas. Céder sur cette exigence, ce serait admettre que l’annexion était illégitime. Ce serait perdre la face devant le peuple russe à qui on a promis une victoire totale.
Mais il y a autre chose. Quelque chose de plus profond, de plus stratégique. Le Donbas, c’est le cœur industriel de l’Ukraine. Les mines de charbon, les aciéries, les usines chimiques — tout ce qui faisait la puissance économique du pays se trouve là. Contrôler le Donbas, c’est amputer l’Ukraine de sa capacité à se reconstruire. C’est la condamner à rester un État faible, dépendant, incapable de rivaliser avec la Russie. Poutine ne veut pas seulement gagner cette guerre. Il veut s’assurer que l’Ukraine ne puisse jamais la reprendre. Et pour cela, il a besoin du Donbas. Tout le Donbas.
On parle de territoires, de kilomètres carrés, de pourcentages. Mais derrière ces chiffres, il y a des gens. Des familles qui vivent dans ces villes que Poutine réclame. Des enfants qui vont à l’école. Des vieillards qui refusent de quitter la maison où ils sont nés. Qu’est-ce qu’on leur dit ? « Désolé, vous êtes une monnaie d’échange » ? « Votre ville a été cédée lors d’une négociation » ? Il y a quelque chose de fondamentalement obscène dans cette diplomatie qui traite les êtres humains comme des pions sur un échiquier.
Section 3 : La position ukrainienne — le refus catégorique
Pourquoi Kyiv ne peut pas accepter
Volodymyr Zelensky l’a dit et répété : l’Ukraine ne cédera pas un centimètre de territoire que la Russie n’a pas conquis sur le champ de bataille. Cette position peut sembler intransigeante. Elle est surtout logique. Car accepter l’exigence russe, ce serait récompenser l’agression. Ce serait dire au monde entier qu’envahir un pays voisin, massacrer ses civils, détruire ses villes — et ensuite réclamer le reste par la négociation — est une stratégie qui fonctionne. Ce serait créer un précédent catastrophique pour l’ordre international. Si la Russie obtient le Donbas de cette façon, qu’est-ce qui empêchera la Chine de réclamer Taïwan demain ? Qu’est-ce qui arrêtera d’autres puissances de grignoter leurs voisins, morceau par morceau ?
Mais au-delà des principes géopolitiques, il y a une réalité plus viscérale. Les Ukrainiens qui défendent le Donbas ne se battent pas pour des abstractions. Ils se battent pour leurs maisons, leurs familles, leur dignité. Chaque mètre de terrain défendu représente le sacrifice d’un soldat, la douleur d’une mère, le deuil d’une épouse. Comment Zelensky pourrait-il regarder ces familles en face et leur dire : « Votre fils est mort pour rien, nous avons cédé le terrain qu’il défendait » ? Comment pourrait-il expliquer aux survivants de Bakhmout, de Marioupol, de Boutcha, que leurs souffrances n’auront servi qu’à acheter un peu de temps avant la capitulation ?
Les sondages qui parlent
Les enquêtes d’opinion en Ukraine sont sans appel : la population refuse massivement toute concession territoriale. Malgré la fatigue, malgré les pertes, malgré le froid et les coupures d’électricité, les Ukrainiens restent déterminés. « Pas un pouce de notre terre » — c’est le sentiment qui domine. Et Zelensky le sait mieux que personne. Tout accord de paix devra être soumis à un référendum populaire. Un dirigeant qui signerait une capitulation déguisée serait balayé par la colère de son peuple. La démocratie ukrainienne, aussi imparfaite soit-elle, impose des limites à ce que les négociateurs peuvent accepter.
Cette réalité politique explique pourquoi Kyiv ne bouge pas sur la question territoriale. Ce n’est pas de l’entêtement. C’est de la survie politique — et peut-être de la survie tout court. Car céder le Donbas aujourd’hui, ce serait peut-être céder Kharkiv demain, et Odessa après-demain. La Russie a montré maintes fois qu’elle ne respectait pas les accords signés. Les accords de Minsk ? Violés. Le Mémorandum de Budapest ? Piétiné. Pourquoi un nouvel accord serait-il différent ? Les Ukrainiens ont appris à la dure que la parole du Kremlin ne vaut rien. Et cette leçon guide leur refus de négocier sur les territoires.
Section 4 : Les tentatives de compromis américaines
La proposition de zone économique libre
Face à l’impasse, l’administration Trump a avancé une idée audacieuse : transformer les zones contestées du Donbas en « zone économique libre ». Un territoire avec un statut juridique spécial, d’où les forces militaires des deux camps se retireraient à égale distance. L’idée rappelle certains arrangements historiques — la zone démilitarisée coréenne, le nord de Chypre — mais pose d’énormes questions pratiques. Qui administrerait cette zone ? Quelle serait la citoyenneté de ses habitants ? Comment garantir que la Russie ne profite pas d’un retrait ukrainien pour avancer ses pions, comme elle l’a fait tant de fois par le passé ?
Zelensky s’est montré ouvert à discuter de cette proposition, qu’il a qualifiée de « difficile mais équitable ». Avec des conditions claires : tout arrangement devrait être soumis à un référendum auprès du peuple ukrainien. Une démilitarisation symétrique — si les Ukrainiens se retirent d’un côté, les Russes doivent se retirer de l’autre. Et le déploiement d’une force internationale pour garantir la stabilité. « Si quelqu’un se retire d’un côté, pourquoi l’autre camp ne se retirerait-il pas à la même distance dans l’autre direction ? », a-t-il interrogé avec une logique imparable. La question reste sans réponse du côté russe.
Une zone économique libre. Sur le papier, ça sonne bien. Propre. Équitable. Mais dans la réalité ? Je pense à ces habitants du Donbas qui vivent sous les bombes depuis quatre ans. Qui ont vu leurs voisins partir, leurs maisons détruites, leur monde s’effondrer. Et on leur proposerait quoi ? Un statut juridique « spécial » ? Une citoyenneté « à définir » ? Ces gens ne sont pas des lignes sur une carte. Ce sont des êtres humains qui méritent mieux que d’être transformés en cobayes d’une expérience diplomatique.
Le rejet catégorique de Moscou
La réponse du Kremlin à ces propositions a été sans ambiguïté. Le conseiller Iouri Ouchakov a suggéré que Moscou contrôle un Donbas « démilitarisé » avec l’aide de sa Garde nationale et de sa police. Autrement dit : l’Ukraine se retire, la Russie reste. Ce n’est pas un compromis. C’est une reddition déguisée. Le Kremlin refuse toute présence militaire étrangère sur ce qu’il considère désormais comme son territoire. Il refuse tout référendum qui pourrait remettre en question l’annexion. Il refuse même l’idée d’une administration partagée. Pour Moscou, le Donbas est russe. Point final. Fin de la discussion.
Cette intransigeance révèle une vérité que beaucoup refusent d’admettre : la Russie ne négocie pas pour trouver un compromis. Elle négocie pour obtenir ce qu’elle veut sans avoir à le prendre par la force. Les pourparlers d’Abou Dhabi ne sont pas, aux yeux du Kremlin, une recherche sincère de la paix. Ce sont un outil de plus dans l’arsenal de la guerre. Une façon de gagner du temps, de diviser les alliés de l’Ukraine, de créer l’illusion d’un processus diplomatique tout en continuant l’offensive militaire. Poutine veut le beurre et l’argent du beurre. Et pour l’instant, personne ne semble capable de l’en empêcher.
Section 5 : Le coût humain derrière les négociations
Les millions de déplacés et de réfugiés
Pendant que les diplomates discutent à Abou Dhabi, la catastrophe humanitaire continue. Depuis le début de l’invasion en février 2022, environ 13 millions d’Ukrainiens ont été déplacés — plus d’un quart de la population du pays. 6,3 millions ont fui à l’étranger, principalement en Pologne, en Allemagne et en République tchèque. 3,7 millions restent déplacés à l’intérieur de l’Ukraine, entassés dans des hébergements provisoires, séparés de leurs familles, privés de leurs repères. La population du pays est passée de 46 millions avant la guerre à environ 31 millions aujourd’hui. Quinze millions de personnes en moins. Certaines sont mortes. D’autres ont fui. Toutes ont été traumatisées.
Le Donbas, au cœur des exigences russes, était autrefois une région de 6,5 millions d’habitants. Aujourd’hui ? Personne ne sait exactement. Les estimations varient de 2 à 3 millions de personnes vivant encore dans les zones contrôlées par la Russie. Des villes entières ont été vidées. Marioupol, qui comptait 400 000 habitants avant la guerre, n’en compte plus que quelques dizaines de milliers. Bakhmout, détruite à 95 %, n’est plus qu’un champ de ruines. Et ce sont ces terres-là, ces villes fantômes, ces cimetières à ciel ouvert, que Poutine réclame comme « russes ».
Les victimes civiles qui s’accumulent
Plus de 53 000 victimes civiles ont été documentées par l’ONU depuis le début de l’invasion — morts et blessés confondus. Le chiffre réel est probablement beaucoup plus élevé. Des milliers de corps restent sous les décombres, non identifiés, non comptabilisés. Des fosses communes ont été découvertes à Izioum, à Boutcha, à Marioupol. Des témoignages de torture, de viols, d’exécutions sommaires ont été recueillis par des enquêteurs internationaux. La Cour pénale internationale a émis un mandat d’arrêt contre Vladimir Poutine pour crimes de guerre. Et c’est avec cet homme, accusé de crimes contre l’humanité, que l’on négocie la paix.
Chaque jour de guerre ajoute des noms à la liste des victimes. Chaque nuit de bombardement détruit des vies, des familles, des rêves. La veille même du deuxième jour des pourparlers d’Abou Dhabi, une attaque massive de drones et de missiles russes a plongé des millions d’Ukrainiens dans le noir et le froid. Des infrastructures énergétiques critiques ont été touchées. Des hôpitaux se sont retrouvés sans électricité. Des nouveau-nés en couveuse ont dû être transférés en urgence. C’est ça, la réalité de cette guerre. Pas les poignées de main et les communiqués optimistes. Les bébés qu’on évacue dans le noir pendant que les négociateurs dorment à l’hôtel.
53 000 victimes civiles. Je relis ce chiffre et j’essaie de le rendre concret. C’est l’équivalent d’une ville moyenne rayée de la carte. C’est 53 000 familles endeuillées. 53 000 histoires interrompues. 53 000 avenirs volés. Et derrière ce chiffre, il y a tous ceux qu’on n’a pas comptés. Les corps sous les décombres. Les disparus dont on ne retrouvera jamais la trace. Les survivants qui porteront leurs blessures à vie. Comment peut-on négocier avec ceux qui ont causé tout ça ? Comment peut-on leur serrer la main ?
Section 6 : Les enjeux géopolitiques plus larges
Le précédent que le monde ne peut pas se permettre
Ce qui se joue dans ces négociations dépasse largement les frontières de l’Ukraine. Si la Russie obtient le Donbas par la négociation après avoir échoué à le conquérir entièrement par la force, le message envoyé au monde sera dévastateur. Les frontières internationales ne valent rien. Les traités peuvent être déchirés. L’agression finit toujours par payer, à condition d’être assez patient et assez brutal. La Chine observe attentivement ce qui se passe en Ukraine. Taïwan aussi. L’Iran et ses ambitions régionales. La Corée du Nord. Tous les États révisionnistes du monde prennent des notes.
L’Europe, en particulier, a tout à perdre d’un mauvais accord. Les pays baltes, la Pologne, la Finlande — tous ces États qui partagent une frontière ou une histoire douloureuse avec la Russie — savent que leur sécurité dépend de ce qui se passera en Ukraine. Si Moscou obtient ce qu’il veut par la négociation, qu’est-ce qui l’empêchera de réclamer demain les « droits » des russophones en Estonie ou en Lettonie ? Qu’est-ce qui arrêtera l’appétit territorial d’un Kremlin enhardi par sa victoire diplomatique ? La guerre en Ukraine n’est pas qu’ukrainienne. C’est la ligne de front de l’ordre international tout entier.
Le rôle ambigu de l’administration Trump
L’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche a bouleversé l’équation. Pendant sa campagne, il avait promis de mettre fin à la guerre en « 24 heures ». Un an plus tard, le conflit continue. Mais les méthodes ont changé. Là où l’administration Biden maintenait une ligne de soutien inconditionnel à l’Ukraine, Trump et son équipe adoptent une approche plus transactionnelle. Les émissaires américains — Steve Witkoff et Jared Kushner, des hommes d’affaires plus que des diplomates — cherchent un « deal ». Peu importe, semble-t-il, à quel prix pour l’Ukraine.
Zelensky a exprimé ses inquiétudes face à des négociations entre Washington et Moscou sans la présence de l’Ukraine. « Parler de l’Ukraine sans nous, c’est dangereux pour tout le monde », a-t-il averti. Une crainte légitime. L’histoire regorge d’exemples où les grandes puissances ont décidé du sort de petits pays sans leur consentement. Les accords de Munich en 1938, qui ont livré les Sudètes à Hitler, restent dans la mémoire collective comme l’archétype de cette diplomatie des grandes puissances qui sacrifie les plus faibles. L’Ukraine refuse d’être la Tchécoslovaquie de notre époque. Mais a-t-elle vraiment le choix ?
Section 7 : Ce que révèle cette impasse
Deux visions du monde irréconciliables
Au fond, ce qui bloque ces négociations, ce n’est pas une question de kilomètres carrés. C’est un affrontement entre deux visions du monde. D’un côté, la vision russe : les grandes puissances ont des « sphères d’influence ». Les petits pays doivent s’y soumettre. La force prime sur le droit. De l’autre, la vision ukrainienne — et occidentale : chaque nation a le droit de choisir son destin. Les frontières sont inviolables. L’agression doit être punie, pas récompensée. Ces deux visions sont incompatibles. Il n’y a pas de « compromis » possible entre elles. L’une doit l’emporter sur l’autre.
C’est pourquoi les pourparlers d’Abou Dhabi, malgré les sourires et les communiqués optimistes, n’ont abouti à rien de concret sur la question territoriale. Moscou ne cherche pas un accord équitable. Moscou cherche une victoire. Et cette victoire passe par l’humiliation de l’Ukraine, par la capitulation de Kyiv, par la démonstration que la Russie peut prendre ce qu’elle veut, quand elle veut, comme elle veut. Face à cette réalité, tous les plans de paix en 20 points, toutes les propositions de « zones économiques libres », tous les mécanismes de « monitoring international » ne sont que des châteaux de sable sur une plage battue par la tempête.
On parle beaucoup de « compromis » ces jours-ci. De « pragmatisme ». De « réalisme ». Mais quel compromis est possible avec quelqu’un qui nie votre droit à exister ? Quel pragmatisme face à celui qui bombarde vos hôpitaux et vos écoles ? Quel réalisme quand la réalité, c’est la fosse commune de Boutcha, les caves de torture d’Izioum, les enfants déportés vers la Russie ? Il y a des situations où le compromis n’est pas de la sagesse. C’est de la lâcheté. Et l’Ukraine refuse d’être lâche.
Les prochaines étapes et leurs incertitudes
Les trois parties ont convenu de se retrouver le 1er février 2026, toujours à Abou Dhabi. Zelensky a précisé que « toutes les parties ont accepté de faire rapport à leurs capitales respectives » et de « coordonner les prochaines étapes avec leurs dirigeants ». Une formule qui, en langage diplomatique, signifie que rien n’est encore signé, mais que personne ne claque la porte. C’est déjà ça. Après quatre ans de guerre, le simple fait que les belligérants se parlent est une forme de progrès. Mais ne nous leurrons pas. Parler n’est pas résoudre. Et tant que la Russie exigera l’intégralité du Donbas, il n’y aura pas de paix.
Pendant ce temps, la guerre continue. Chaque jour apporte son lot de morts, de blessés, de déplacés. Chaque nuit, les drones survolent l’Ukraine. Chaque matin, les familles comptent leurs survivants. Les négociateurs discutent de « garanties de sécurité » et de « mécanismes de surveillance ». Les soldats, eux, discutent de munitions et de relève. Deux mondes parallèles qui ne se croisent que dans les communiqués officiels. Et au milieu, un peuple qui refuse de mourir, qui refuse de céder, qui refuse d’accepter l’inacceptable. L’Ukraine tient. Malgré tout. Contre tout. C’est peut-être la seule certitude dans ce chaos.
Conclusion : L'impasse qui définit notre époque
Ce que cette guerre dit de notre monde
Le Kremlin exige l’intégralité du Donbas. L’Ukraine refuse de céder. Les États-Unis cherchent un compromis impossible. Et la guerre continue. C’est le résumé brutal de la situation au 26 janvier 2026. Quatre ans après le début de l’invasion, nous n’en sommes pas plus proches de la paix qu’au premier jour. Peut-être même en sommes-nous plus loin. Car les positions se sont durcies, les haines se sont enracinées, les morts se sont accumulés. Chaque jour de guerre rend la réconciliation plus difficile. Chaque massacre creuse un peu plus le fossé entre les deux peuples. Comment fait-on la paix avec quelqu’un qui a tué votre famille ?
Cette guerre est le miroir de notre époque. Elle révèle la fragilité de l’ordre international, l’impuissance des institutions multilatérales, la brutalité des rapports de force. Elle montre que les beaux discours sur les « valeurs » et le « droit » ne pèsent pas lourd face aux chars et aux missiles. Elle expose l’hypocrisie des grandes puissances qui prêchent la paix tout en armant les belligérants. Elle interroge notre capacité collective à empêcher les catastrophes que nous voyons venir. Nous savions, depuis 2014, que la Russie voulait annexer l’Ukraine. Nous n’avons rien fait pour l’en empêcher. Et maintenant, nous regardons le désastre en nous demandant comment il a pu se produire.
L’horizon incertain de la paix
Y aura-t-il un jour un accord de paix ? Peut-être. Probablement même, à un horizon de temps suffisamment long. Toutes les guerres finissent par s’arrêter. Mais à quel prix ? Et pour qui ? Si la paix passe par la cession du Donbas à la Russie, ce sera une paix amère, une paix de vaincus, une paix qui portera en elle les germes du prochain conflit. Car les Ukrainiens n’oublieront pas. Ils n’oublieront jamais. Et un jour, peut-être dans dix ans, peut-être dans vingt, ils reviendront réclamer ce qu’on leur aura pris. L’histoire ne se termine jamais. Elle se contente de changer de chapitre.
Pour l’instant, nous en sommes là. Le Kremlin exige. L’Ukraine refuse. Les négociateurs négocient. Et les gens meurent. C’est la réalité crue, sans fard, sans euphémisme. Une réalité que tous les communiqués optimistes du monde ne peuvent masquer. Quelque part dans le Donbas, en ce moment même où vous lisez ces lignes, un soldat ukrainien ajuste son casque dans une tranchée gelée. Il ne sait pas ce qui se dit à Abou Dhabi. Il sait juste qu’il doit tenir jusqu’à demain. Et demain, recommencer. Encore et encore. Jusqu’à quand ? Personne ne le sait.
Je termine cet article avec un sentiment étrange. Pas de la colère — même si elle est là, tapie au fond. Pas du désespoir — même s’il frappe à la porte. Quelque chose comme de la fatigue. Une fatigue immense face à cette guerre qui n’en finit pas, face à ces négociations qui tournent en rond, face à ce monde qui semble incapable de faire mieux. Et pourtant. Pourtant, quelque part en Ukraine, des gens se lèvent chaque matin et continuent de vivre. De travailler. D’aimer. D’espérer. Malgré les bombes. Malgré le froid. Malgré tout. C’est ça, au fond, la vraie leçon de cette guerre. L’humanité peut supporter l’insupportable. Et refuser de céder. Même quand tout semble perdu.
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur et analyste. Mon expertise réside dans l’observation et l’analyse des dynamiques géopolitiques qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies politiques, à comprendre les mouvements diplomatiques, à contextualiser les décisions des acteurs internationaux et à proposer des perspectives analytiques sur les transformations qui redéfinissent nos sociétés.
Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. Je prétends à la lucidité analytique, à l’interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux complexes qui nous concernent tous. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et stratégique, et d’offrir une lecture critique des événements.
Méthodologie et sources
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et analyses interprétatives. Les informations factuelles présentées proviennent exclusivement de sources primaires et secondaires vérifiables.
Sources primaires : communiqués officiels des gouvernements ukrainien, russe et américain, déclarations publiques de Volodymyr Zelensky, Dmitri Peskov et des représentants de l’administration Trump, dépêches d’agences de presse internationales reconnues (Reuters, Associated Press, Agence France-Presse, TASS).
Sources secondaires : publications spécialisées, médias d’information reconnus internationalement, analyses d’institutions de recherche établies (The Straits Times, Al Jazeera, Euronews, ABC News, CBS News, NBC News, The Moscow Times, CNBC).
Les données statistiques sur les déplacements de population et les victimes civiles proviennent du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) et des rapports de l’ONU.
Nature de l’analyse
Les analyses, interprétations et perspectives présentées dans les sections analytiques de cet article constituent une synthèse critique et contextuelle basée sur les informations disponibles, les tendances observées et les commentaires d’experts cités dans les sources consultées.
Mon rôle est d’interpréter ces faits, de les contextualiser dans le cadre des dynamiques géopolitiques contemporaines, et de leur donner un sens cohérent dans le grand récit des transformations qui façonnent notre époque. Ces analyses reflètent une expertise développée à travers l’observation continue des affaires internationales et la compréhension des mécanismes stratégiques qui animent les acteurs globaux.
Toute évolution ultérieure de la situation pourrait naturellement modifier les perspectives présentées ici. Cet article sera mis à jour si de nouvelles informations officielles majeures sont publiées.
Sources
Sources primaires
The Straits Times — Kremlin sticks to demand that Ukraine cede all of Donbas in talks — 26 janvier 2026
TASS (agence russe) — Déclarations de Dmitri Peskov sur les exigences territoriales russes — 24-26 janvier 2026
Présidence ukrainienne — Déclarations de Volodymyr Zelensky sur les pourparlers d’Abou Dhabi — 23-25 janvier 2026
Sources secondaires
Al Jazeera — US-brokered Russia-Ukraine talks close with no breakthrough — 24 janvier 2026
Euronews — More talks expected next week after Ukraine, Russia and US conclude Abu Dhabi meeting — 24 janvier 2026
CBS News — Russia reiterates demand for Ukraine to abandon territory as first trilateral talks with U.S. begin — 23 janvier 2026
ABC News — Russia, Ukraine and US hold 1st trilateral talks since start of war — 23 janvier 2026
The Moscow Times — Ukraine, Russia, U.S. Agree to More Talks Next Week in UAE — 24 janvier 2026
CNBC — Russia and Ukraine sit for tense talks on thorny territorial issue — 24 janvier 2026
Modern Diplomacy — Russia Draws Red Line on Territory as Peace Talks Yield No Breakthrough — 26 janvier 2026
UNHCR — Données sur les réfugiés et déplacés ukrainiens — 2025-2026
Nations Unies — Rapports sur les victimes civiles en Ukraine — 2022-2026
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