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Le Yak-141, ce chasseur soviétique révolutionnaire que la Russie a offert aux Américains sur un plateau d’argent
Crédit: Adobe Stock

Trois moteurs pour défier la gravité

Le Yak-141 n’est pas un avion ordinaire. C’est une aberration magnifique, un défi lancé aux lois de l’aérodynamique. Pour comprendre son génie, il faut plonger dans ses entrailles. Au cœur de la bête, un monstre de puissance : le Soyouz/Toumanski R-79V-300. Ce turboréacteur à double flux développe une poussée colossale de 152 kilonewtons avec postcombustion — l’équivalent de la force nécessaire pour soulever 15 tonnes. Mais la vraie prouesse réside dans sa tuyère. Contrairement aux moteurs conventionnels dont l’échappement est fixe, celle du R-79 peut pivoter de 0 à 95 degrés. À l’horizontale pour le vol de croisière et le combat. À la verticale pour le décollage et l’atterrissage. Cette tuyère orientable, les ingénieurs soviétiques ont mis des années à la perfectionner. Elle représente à elle seule une révolution technologique que les Américains n’avaient pas réussi à maîtriser.

Mais un seul moteur, aussi puissant soit-il, ne suffit pas à faire décoller verticalement un chasseur de combat de 19 tonnes. Les concepteurs ont donc ajouté deux moteurs de sustentation RD-41, installés juste derrière le cockpit, inclinés à 85 degrés. Chacun développe 41 kilonewtons de poussée. Ces petits monstres de titane s’activent uniquement pendant les phases de décollage et d’atterrissage verticaux. L’air entre par huit trappes dorsales à ressort, et les gaz brûlants s’échappent par le ventre de l’appareil. La coordination des trois moteurs — un défi en soi — est assurée par un système de contrôle numérique révolutionnaire pour l’époque. Ce calculateur gère simultanément le démarrage, la modulation de poussée et l’équilibre de l’appareil pendant le vol stationnaire. Un ballet mécanique d’une précision diabolique. Pour parfaire la stabilité, des réacteurs de contrôle d’attitude sont positionnés aux extrémités des ailes et sous le nez. Le pilote peut ainsi manœuvrer avec une précision chirurgicale, même sans vitesse. Le résultat ? Une machine capable de passer du vol stationnaire au Mach 1.7 en quelques secondes.

Une cellule d’avant-garde

La motorisation du Yak-141 aurait été vaine sans une cellule à la hauteur de ses ambitions. Et là encore, les ingénieurs soviétiques ont innové. L’appareil mesure 18,36 mètres de long pour une envergure de 10,10 mètres. Sa silhouette est reconnaissable entre mille : deux dérives verticales montées sur des poutres de queue jumelles, encadrant la tuyère orientable. Cette configuration unique permet de dégager l’arrière de l’appareil pour l’orientation de la poussée tout en maintenant une excellente stabilité directionnelle à haute vitesse. La structure fait un usage intensif de matériaux composites — une première pour un chasseur soviétique de cette envergure. Pas moins de 26 % de la cellule est constituée de fibres de carbone et de graphite, principalement dans l’empennage. Les zones exposées à la chaleur intense des moteurs sont fabriquées en titane, capable de résister à des températures extrêmes. Cette combinaison de matériaux permet de maintenir un poids à vide de 11 650 kilogrammes — remarquablement contenu pour un appareil de cette complexité.

Le cockpit du Yak-141 tranche également avec les standards soviétiques de l’époque. Fini les tableaux de bord surchargés de cadrans analogiques. Place à des écrans multifonctions et à une ergonomie pensée pour le combat moderne. Le pilote dispose d’un viseur tête haute et de commandes de vol électriques, libérant ses mains pour la gestion des systèmes d’armes. Car le Yak-141 n’est pas qu’un démonstrateur technologique : c’est un véritable chasseur de combat. Son armement prévu comprend un canon GSh-30-1 de 30 mm avec 120 obus, ainsi que quatre points d’emport sous les ailes pour des missiles air-air R-77 et R-73. En configuration maximale, l’appareil peut emporter jusqu’à 2 600 kilogrammes de charge offensive. Son radar Zhuk lui permet de détecter et d’engager des cibles à plusieurs dizaines de kilomètres. Le plafond opérationnel atteint 15 500 mètres, et le rayon d’action dépasse les 900 kilomètres. Sur le papier, le Yak-141 surpasse largement le Harrier britannique sur pratiquement tous les critères. Les Soviétiques tiennent leur revanche.

Quand on examine les spécifications du Yak-141, on ne peut qu’être saisi par l’audace du projet. Ces ingénieurs ont accompli l’impossible avec des budgets qui feraient sourire leurs homologues occidentaux. Ils ont résolu des problèmes que les meilleurs cerveaux de l’OTAN jugeaient insolubles. Et tout ça pour quoi ? Pour voir leur création finir dans une vitrine de musée, pendant que leurs rivaux volent sur des machines qui leur ressemblent étrangement. Il y a quelque chose de profondément injuste dans cette histoire. Quelque chose qui me met en colère.

Sources

Sources primaires

Fédération Aéronautique Internationale (FAI) — Records homologués du Yakovlev Yak-141, avril 1991
Global Security — Yak-141 Freestyle Technical Specifications — Consulté en janvier 2026
Federation of American Scientists — Yak-141 Technical Assessment — Consulté en janvier 2026

Sources secondaires

The National Interest — « Yak-41: The Mystery Russian Fighter Some Say Helped Make the F-35B » — 2023
Task & Purpose — « How The F-35 Joint Strike Fighter May Have Benefited from Soviet Technology » — 2022
Eurasian Times — « Russian Tech On F-35B Stealth Fighter? How U.S. May Have Picked Critical Info From Lost Soviet VTOL Program » — 2024
Military Factory — « Yakovlev Yak-41 (Freestyle / Yak-141) Prototype VTOL Fleet Defense Fighter Aircraft » — Consulté en janvier 2026
Aero Corner — « Yakovlev Yak-141 – History, Technical Data & Photos » — Consulté en janvier 2026
Wikipedia — « Yakovlev Yak-141 » — Consulté en janvier 2026

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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