Des ordres venus du sommet
Ce qui s’est passé entre le 8 et le 10 janvier 2026 n’est pas le fruit du chaos. C’est le résultat d’une décision politique. Selon Amnesty International, les ordres de tirer à balles réelles sur les manifestants sont venus directement du Guide suprême Ali Khamenei et des hauts responsables du régime. Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty, a été catégorique : « Les autorités ont délibérément eu recours à des massacres de masse contre des manifestants qui exigeaient un changement fondamental. » Ce n’était pas de l’autodéfense. Ce n’était pas une réponse proportionnée. C’était une extermination calculée. Les tireurs étaient positionnés sur les toits des immeubles résidentiels, des mosquées, des postes de police. Ils tiraient dans la foule avec des fusils automatiques, des mitrailleuses lourdes, des fusils à pompe chargés de billes métalliques. Les instructions étaient claires : viser les parties vitales.
Le 4 janvier, avant même le pic de violence, les forces de sécurité en tenue anti-émeute ont pris d’assaut l’hôpital Imam Khomeini à Ilam. Ils ont attaqué le personnel médical avec du gaz lacrymogène et des tirs de chevrotine. Ils ont arrêté des manifestants blessés directement dans leurs lits d’hôpital. Dans plusieurs cas documentés, ils les ont exécutés sur place. Les hôpitaux, censés être des sanctuaires, sont devenus des pièges. Les familles qui cherchaient leurs proches ont découvert des scènes d’horreur. Une femme a retrouvé le corps de son neveu « parmi des centaines de cadavres » dans un hôpital de Téhéran. Un homme a identifié sa femme, abattue d’une balle dans la gorge alors qu’elle marchait à ses côtés. « N’importe qui à qui vous parlez ces jours-ci a un parent, un ami ou une connaissance qui a été tué ou blessé », a confié un témoin à Human Rights Watch.
Il y a un détail dans les témoignages qui me glace le sang. Les familles qui viennent réclamer les corps de leurs proches sont parfois obligées de payer. De payer quoi? Le prix des balles qui ont tué leurs enfants. Vous avez bien lu. Le régime iranien facture les munitions aux familles des victimes. C’est au-delà de la cruauté. C’est un message. Un message qui dit : « Nous pouvons vous tuer, et vous paierez pour le privilège. » Face à une telle monstruosité, les mots manquent. Mais le silence serait pire.
Le black-out numérique : tuer dans l’ombre
Le 8 janvier 2026, au moment précis où les massacres ont commencé, le gouvernement iranien a coupé Internet et les services téléphoniques dans tout le pays. Ce n’est pas une coïncidence. C’est une tactique éprouvée. En novembre 2019, lors des manifestations contre la hausse du prix de l’essence, le régime avait fait exactement la même chose. Le résultat : plus de 1 500 morts selon les estimations, dans un quasi-silence médiatique. Cette fois, l’échelle est différente. Le black-out a duré des jours. Pendant ce temps, les forces de sécurité ont pu massacrer sans témoin. Sans vidéo en direct. Sans tweets. Sans appels à l’aide. Les familles n’avaient aucun moyen de savoir si leurs proches étaient vivants ou morts. Les journalistes n’avaient aucun moyen de vérifier les informations. Le monde entier était aveugle.
Mais le régime a sous-estimé la détermination des Iraniens. Des vidéos ont quand même filtré. Des images floues, granuleuses, filmées au péril de la vie de ceux qui les ont captées. On y voit des rangées de sacs mortuaires à la morgue de Kahrizak. On y voit des corps alignés au cimetière de Behesht Zahra. On y entend des témoignages glaçants. « Ils tiraient sur tout le monde », raconte un survivant. « Ils ne faisaient pas la différence entre ceux qui manifestaient et ceux qui passaient simplement dans la rue. » Selon Iran International, des sources à l’intérieur du pays estiment que le bilan pourrait atteindre 12 000 à 20 000 morts. CBS News a rapporté des estimations similaires. Un médecin interrogé par le magazine Time a évoqué le chiffre de 30 000. Ces chiffres sont impossibles à vérifier avec certitude. Mais même les estimations les plus basses — autour de 3 500 selon Iran Human Rights — feraient de ce massacre le plus meurtrier de l’histoire moderne de l’Iran.
Les visages des victimes : ceux qu'on ne doit pas oublier
Shayan, Robina, Reza : des vies fauchées
Shayan Assadollahi avait 28 ans. Il était coiffeur dans la ville d’Azna, dans le sud de l’Iran. Dans sa communauté, tout le monde le connaissait. Il travaillait de longues heures, parfois jusqu’à tard dans la nuit. Pas par ambition. Par nécessité. Un an avant sa mort, son père et son oncle avaient péri dans un accident. Shayan était devenu le seul soutien de sa famille. Sa mère, ses sœurs, tous dépendaient de lui. Le 1er janvier 2026, il est descendu dans la rue pour manifester. Une balle l’a atteint à l’abdomen. Il s’est effondré sur le pavé. Les photographies vérifiées par Iran International montrent l’impact du projectile. Une balle réelle. Pas une bille en caoutchouc. Pas du gaz lacrymogène. Une balle conçue pour tuer. Quelque part à Azna, une mère attend toujours que son fils rentre du travail. Il ne rentrera plus.
Robina Aminian avait 23 ans. Elle était étudiante à Téhéran. Le 8 janvier, elle marchait dans les rues de la capitale avec d’autres manifestants. Elle croyait, peut-être naïvement, que les choses pouvaient changer. Qu’un avenir différent était possible. Une balle l’a frappée à la nuque. Par derrière. Elle ne l’a jamais vue venir. Sa famille l’a identifiée plus tard, parmi « un grand nombre de corps » dans un hôpital de Téhéran. Reza Moradi n’avait que 17 ans. C’était l’aîné de sa fratrie, issu de la tribu Abdolvand, une minorité Lur d’Iran. Le jeudi 1er janvier, il manifestait devant le commissariat central d’Azna. Les forces de sécurité l’ont abattu de deux balles : une dans la tête, une dans le bas-ventre. Sajjad Valamanesh, 20 ans, a été tué à Lordegan le même jour. Après sa mort, les Gardiens de la Révolution ont contacté sa famille à plusieurs reprises. Ils ont fait pression sur son père pour qu’il donne une interview à la télévision d’État, dénonçant les « émeutiers ». Le père a cédé. C’était la seule façon de récupérer le corps de son fils pour l’enterrer.
Ce qui me frappe, ce n’est pas seulement la violence. C’est la jeunesse des victimes. 28 ans. 23 ans. 20 ans. 17 ans. Des gamins. Des étudiants. Des travailleurs. Des gens qui avaient toute la vie devant eux. Ils voulaient simplement un avenir. Un pays où l’on peut manger à sa faim, parler librement, rêver sans crainte. Et pour ça, on les a abattus comme des chiens. Il y a quelque chose de profondément obscène dans cette disproportion. Des enfants désarmés face à des mitrailleuses lourdes. Des étudiantes face à des tireurs d’élite. Et le monde qui regarde. Impuissant? Ou complice?
Les familles brisées, les corps retenus
Après les massacres, le régime a mis en place un système pervers pour briser les familles des victimes. Les corps n’ont pas été rendus immédiatement. Dans de nombreux cas, les autorités ont exigé des conditions humiliantes pour les restituer. Certaines familles ont été forcées de déclarer que leurs proches étaient des membres de la milice Basij — les supplétifs du régime — et non des manifestants. D’autres ont dû payer des « frais » pour récupérer les dépouilles. Quels frais? Personne ne le dit clairement. Mais les témoignages concordent : on fait payer aux familles le prix des munitions utilisées pour tuer leurs enfants. Une cruauté administrative qui ajoute l’humiliation à la douleur. Les enterrements eux-mêmes ont été strictement contrôlés. Les autorités ont obligé certaines familles à enterrer leurs proches dans des cimetières éloignés, loin de leur ville d’origine. Pourquoi? Pour empêcher les funérailles de se transformer en rassemblements de protestation.
Le père de Sajjad Valamanesh a vécu ce cauchemar. Après la mort de son fils, les services de renseignement des Gardiens de la Révolution l’ont harcelé pendant des jours. Appels téléphoniques. Convocations. Pressions. Ils voulaient qu’il apparaisse à la télévision d’État pour condamner les « émeutiers » et louer la réponse des forces de sécurité. Un père en deuil, forcé de trahir la mémoire de son fils pour récupérer son corps. C’est ce qu’il a fait. Parce qu’il n’avait pas le choix. C’est ça, la réalité de l’Iran aujourd’hui. Un pays où même le deuil est un crime. Où pleurer son enfant devient un acte de résistance. Où les larmes sont surveillées, enregistrées, utilisées contre vous. Amir-Hessam Khodayari, 22 ans, a été blessé par les forces de sécurité le 31 décembre à Kouhdasht, dans la province du Lorestan. Il est mort plus tard à l’hôpital. Sa famille, des Kurdes de confession Yarsan — une minorité religieuse persécutée — n’a probablement jamais pu faire son deuil correctement.
La réponse internationale : entre indignation et impuissance
Trump menace, l’Europe condamne, l’ONU supplie
Le monde a réagi. Mais comment? Le 2 janvier 2026, alors que les premiers morts tombaient dans les rues iraniennes, le président américain Donald Trump a publié un message sur les réseaux sociaux. « Si l’Iran tue violemment des manifestants pacifiques, nous viendrons à leur secours », a-t-il écrit. « Nous sommes chargés et prêts à y aller. » Des mots forts. Très forts. Le 9 janvier, les présidents Emmanuel Macron (France), Keir Starmer (Royaume-Uni) et le chancelier Friedrich Merz (Allemagne) ont publié une déclaration commune. Ils ont exprimé leur « profonde inquiétude » face aux violences et « condamné fermement » les meurtres de manifestants. L’Union européenne a emboîté le pas. Le 13 janvier, le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a « exhorté » les autorités iraniennes à cesser toute forme de violence et à rétablir l’accès à Internet. Des mots, des mots, encore des mots.
Pendant ce temps, à Téhéran, les balles continuaient de pleuvoir. La Russie a pris une position diamétralement opposée. Lors d’une conférence de presse le 13 janvier, la porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Maria Zakharova, a condamné « l’ingérence subversive extérieure dans les processus politiques internes de l’Iran ». Elle a qualifié les menaces américaines de « catégoriquement inacceptables ». La Chine a tenu un discours similaire. Le 15 janvier, le ministre des Affaires étrangères Wang Yi s’est entretenu avec son homologue iranien Araghchi. Selon les rapports, Wang a déclaré que la Chine « s’oppose à imposer sa volonté aux autres pays » et qu’elle « croit que l’Iran surmontera ses difficultés ». Traduction : faites ce que vous voulez, nous ne dirons rien. Amnesty International a demandé une saisine de la Cour pénale internationale par le Conseil de sécurité de l’ONU. Une demande qui a peu de chances d’aboutir, étant donné le veto quasi-certain de la Russie et de la Chine.
Je ne sais plus quoi penser de la « communauté internationale ». D’un côté, des déclarations. De l’autre, des massacres. Les mots ne protègent personne. Ils ne ressuscitent pas les morts. Ils ne consolent pas les familles. Trump a menacé. Macron a condamné. Türk a exhorté. Et pendant ce temps, Robina Aminian gisait dans un sac mortuaire avec une balle dans la nuque. On me dira que la diplomatie est complexe, que les équilibres géopolitiques sont fragiles, que le réalisme impose des compromis. Peut-être. Mais il y a des moments où le réalisme ressemble à de la complicité. Celui-ci en fait partie.
La justice internationale peut-elle agir?
Human Rights Watch et Amnesty International ont appelé à une session extraordinaire du Conseil des droits de l’homme de l’ONU. Ils demandent la création d’une mission d’enquête indépendante sur les violations commises en Iran. C’est la procédure standard. Cela prend du temps. Beaucoup de temps. Et pendant ce temps, les preuves disparaissent. Les témoins sont intimidés. Les corps sont enterrés dans des fosses anonymes. La Cour pénale internationale pourrait théoriquement enquêter sur les crimes contre l’humanité commis par le régime iranien. Mais l’Iran n’est pas signataire du Statut de Rome. La seule façon de saisir la CPI serait une résolution du Conseil de sécurité. Autant dire que c’est impossible, vu les positions de Moscou et de Pékin.
Reste la pression économique. Les États-Unis maintiennent des sanctions sévères contre l’Iran depuis des années. Elles n’ont pas empêché les massacres. Elles n’ont pas fait tomber le régime. Elles ont surtout appauvri la population ordinaire, alimentant précisément la colère qui a conduit aux manifestations. C’est le cercle vicieux de la politique iranienne : les sanctions étranglent l’économie, le peuple se révolte, le régime réprime, le monde condamne, et rien ne change vraiment. Le procureur général iranien, Mohammad Movahedi Azad, a annoncé le 13 janvier qu’un « nombre non précisé » de manifestants seraient inculpés de « moharebeh » — c’est-à-dire « guerre contre Dieu ». En Iran, ce crime est passible de la peine de mort. Les premiers procès pourraient avoir lieu dans les semaines à venir. Combien seront exécutés? Personne ne le sait. Mais le régime a une longue tradition d’exécutions de masse après les soulèvements. En 1988, des milliers de prisonniers politiques ont été exécutés en quelques semaines. L’histoire pourrait se répéter.
Et maintenant? L'avenir incertain de l'Iran
Un régime fragilisé mais toujours debout
Le 21 janvier 2026, les autorités iraniennes ont déclaré que les manifestations avaient été « supprimées ». Le procureur général Mohammad Movahedi Azad a annoncé que « les troubles » étaient terminés. Mehdi Yahyanejad, opposant iranien, a confirmé à ABC News que « la répression a été si sévère que les manifestations se sont pratiquement arrêtées ». C’est vrai. Les rues sont calmes. Les bazars ont rouvert. La vie a repris son cours apparent. Mais sous la surface, rien n’est résolu. L’inflation est toujours là. Le rial continue de s’effondrer. Les sanctions américaines étranglent l’économie. Et des dizaines de milliers de familles pleurent leurs morts. Le régime a gagné une bataille. Pas la guerre.
Ali Vaez, directeur du Iran Project à l’International Crisis Group, est formel : « Ce n’est pas un statu quo stable — ce n’est tout simplement pas tenable. C’est une spirale, et à partir de maintenant, ça ne peut que descendre s’ils refusent de changer. » Le contrat social implicite entre le régime et la population — la sécurité en échange de la liberté politique — s’est effondré. La guerre des douze jours contre Israël en juin 2025, qui a tué plus de 610 Iraniens sans apporter de victoire, a achevé de le briser. Les gens ne croient plus que le régime peut les protéger. Ils ne croient plus que le sacrifice en vaut la peine. Pour la première fois depuis 1979, la légitimité fondamentale de la République islamique est remise en question par une large partie de la population. Pas seulement par les élites urbaines. Pas seulement par les étudiants. Par les travailleurs des bazars. Par les minorités ethniques. Par les classes populaires qui ont toujours été le socle du régime.
On me demande souvent : « Est-ce la fin du régime? » Je n’ai pas de réponse. Personne n’en a. Ce que je sais, c’est que les dictatures ne tombent jamais quand on s’y attend. Le Mur de Berlin est tombé en une nuit. L’URSS s’est effondrée en quelques mois. Ben Ali a fui la Tunisie en quelques semaines. Et pourtant, tous ces régimes semblaient inébranlables la veille de leur chute. L’Iran de 2026 ressemble étrangement à l’URSS de 1989 : un système idéologique épuisé, une économie en ruine, une population désabusée, et des dirigeants qui s’accrochent au pouvoir par la force. Ça ne veut pas dire que le régime va tomber demain. Ça veut dire que le compte à rebours a commencé.
Les scénarios possibles pour l’avenir
Halireza Azizi, analyste politique, observe une transformation structurelle en cours. Le système politique iranien glisse progressivement d’un pouvoir clérical vers un pouvoir militaire. Les Gardiens de la Révolution deviennent la force dominante, éclipsant les religieux traditionnels. C’est un changement majeur. « Le changement est inévitable », affirme Azizi. « Que cela donne plus d’élan au peuple pour descendre dans la rue et initier un changement de régime, ou que cela aboutisse à un scénario de type soviétique où le régime se transforme avec l’appareil sécuritaire qui réapparaît sous une forme différente, c’est une question ouverte. » En clair : soit une révolution populaire, soit une transition autoritaire pilotée par l’armée. Dans les deux cas, la République islamique telle qu’elle existe aujourd’hui ne survivra pas.
Pour l’instant, le régime fait face à un dilemme existentiel. Pour sortir de la crise économique, il lui faudrait négocier avec l’administration Trump un allègement des sanctions. Mais Washington exige des concessions sur le programme nucléaire, les missiles balistiques et les réseaux de milices régionaux — les piliers de la doctrine de sécurité iranienne. Accepter serait un suicide politique. Refuser signifie la poursuite de l’étranglement économique et, probablement, de nouvelles manifestations. Mohammad Ali Shabani, analyste, note que « Trump a menacé de reprendre les bombardements si l’Iran reprend l’enrichissement, ce qui semble avoir paralysé Khamenei dans sa prise de décision ». Le Guide suprême, 84 ans, est pris au piège. Chaque option est mauvaise. Le temps joue contre lui. Et quelque part dans les rues de Téhéran, de Mashhad, de Kermanshah, des milliers de jeunes Iraniens attendent. Ils attendent leur heure. Ils n’ont pas oublié. Ils n’oublieront jamais.
La mémoire et la justice : un combat qui commence
Documenter pour ne pas oublier
Pendant que le régime tente d’effacer les traces de ses crimes, des organisations de défense des droits humains s’acharnent à documenter chaque mort, chaque blessé, chaque arrestation. Iran Human Rights (IHRNGO) a comptabilisé au moins 3 428 manifestants tués au 18e jour des manifestations. Human Rights Activists News Agency (HRANA) a recensé plus de 24 669 arrestations au 18 janvier. Ces chiffres sont des minima. La réalité est certainement pire. Mais chaque nombre représente une personne. Un nom. Une histoire. Shayan. Robina. Reza. Sajjad. Amir-Hessam. Des noms qu’il faut prononcer. Des vies qu’il faut honorer. Des morts qu’il ne faut pas laisser devenir des statistiques.
Les témoignages qui filtrent hors d’Iran sont précieux. Chaque vidéo, chaque photographie, chaque témoignage oral constitue une pièce du puzzle. Un jour, peut-être, ces preuves serviront devant un tribunal. Les régimes finissent par tomber. Les archives restent. Les victimes du massacre de 1988 n’ont jamais obtenu justice. Mais leurs noms sont connus. Leurs histoires sont documentées. Et un jour, quand le régime aura disparu, il y aura des procès. Il y aura une commission vérité. Il y aura un reckoning. C’est pour cela que le travail de documentation est si important. C’est pour cela que chaque témoin qui parle prend un risque immense — et accomplit un acte de courage extraordinaire. Ils savent que le régime les traque. Ils savent ce qui leur arrivera s’ils sont identifiés. Et pourtant, ils parlent. Parce que le silence serait une victoire de plus pour les bourreaux.
Je pense souvent à ces témoins anonymes qui risquent leur vie pour faire passer des informations hors d’Iran. Des gens ordinaires qui deviennent des héros malgré eux. Ils filment avec des téléphones tremblants. Ils envoient des messages cryptés. Ils parlent à des journalistes étrangers en sachant que chaque mot peut les condamner. Pourquoi font-ils ça? Parce qu’ils refusent que leurs amis, leurs voisins, leurs enfants meurent dans l’anonymat. Parce qu’ils croient, envers et contre tout, que la vérité finit par triompher. Parce qu’ils sont, à leur manière, les derniers gardiens de l’humanité dans un pays où l’humanité est devenue un crime. À eux, je veux dire : on vous voit. On vous entend. On ne vous oubliera pas.
L’espoir malgré tout
Le régime a gagné cette bataille. Mais la guerre continue. Les manifestations de janvier 2026 ont montré quelque chose de fondamental : la peur a ses limites. Des millions d’Iraniens sont descendus dans la rue en sachant qu’ils risquaient leur vie. Ils ont affronté des balles réelles avec des slogans et des pierres. Ils ont continué à manifester même après les premiers massacres. Ce courage ne disparaît pas avec la répression. Il se cache. Il attend. Il prépare le prochain round. Les analystes sont unanimes : sans changement structurel, l’Iran connaîtra de nouvelles explosions sociales. L’économie ne peut pas se redresser sans levée des sanctions. Les sanctions ne seront pas levées sans concessions majeures. Et le régime refuse de faire ces concessions. C’est une impasse. Et les impasses finissent toujours par se dénouer. Parfois dans le sang. Parfois dans la négociation. Parfois dans l’effondrement.
Quelque part en Iran, une mère regarde la photo de son fils. Shayan sourit sur le cliché. Il porte sa blouse de coiffeur. Il a l’air fatigué mais heureux. Il ne savait pas, ce jour-là, qu’il ne lui restait que quelques mois à vivre. Il ne savait pas qu’il mourrait pour avoir osé demander une vie meilleure. Sa mère ne sait pas non plus ce que l’avenir lui réserve. Peut-être qu’elle verra un jour la justice. Peut-être qu’elle verra le régime qui a tué son fils s’effondrer. Peut-être qu’elle sera invitée à témoigner devant une commission vérité. Ou peut-être qu’elle mourra sans jamais voir ce jour. L’histoire ne nous appartient pas. Nous ne choisissons pas le moment où les choses changent. Ce que nous choisissons, c’est de ne pas oublier. De ne pas nous taire. De continuer à prononcer leurs noms. Shayan. Robina. Reza. Sajjad. Amir-Hessam. Et tous les autres. Tous ceux dont on ne connaîtra jamais le nom. Ils méritent notre mémoire. Ils méritent notre colère. Ils méritent notre engagement à ce que cela ne se reproduise plus jamais.
Conclusion : Le prix du silence
Un monde qui regarde et ne fait rien
En janvier 2026, le régime iranien a massacré son propre peuple. Des milliers de morts. Peut-être des dizaines de milliers. Des corps alignés dans des morgues improvisées. Des familles forcées de payer pour récupérer leurs enfants. Des étudiantes abattues d’une balle dans la nuque. Des adolescents criblés de balles devant des commissariats. Le monde a regardé. Le monde a condamné. Le monde a « exhorté » et « déploré » et « appelé au calme ». Et puis le monde est passé à autre chose. Davos a continué ses cocktails. Les Bourses ont ouvert normalement. Les trains ont circulé. La vie a repris. Pour nous. Pas pour les familles iraniennes qui cherchent encore leurs disparus.
Ce qui s’est passé en Iran n’est pas une affaire intérieure. C’est un crime contre l’humanité. C’est un test pour notre conscience collective. Et nous sommes en train d’échouer. Chaque jour qui passe sans action concrète est une victoire pour les bourreaux. Chaque déclaration sans conséquence est une insulte aux victimes. Le régime iranien observe. Il note. Il sait désormais qu’il peut massacrer impunément. Que les condamnations internationales sont des mots vides. Que personne ne viendra vraiment « à la rescousse » des manifestants. Cette impunité est contagieuse. D’autres régimes regardent aussi. Ils prennent des notes. Ils se disent : « Si l’Iran peut le faire, pourquoi pas nous? » C’est ça, le vrai prix du silence. Ce n’est pas seulement ce qui s’est passé en Iran. C’est ce qui va se passer ailleurs, parce que nous n’avons rien fait.
Je termine cet article avec un goût amer dans la bouche. J’ai écrit des milliers de mots sur des gens que je n’ai jamais rencontrés, dans un pays où je n’ai jamais mis les pieds. J’ai essayé de donner une voix à ceux qu’on a fait taire pour toujours. Est-ce suffisant? Non. Rien n’est suffisant. Mais le silence serait pire. Alors je continuerai à écrire. À nommer. À documenter. Et j’espère que vous ferez de même. Parlez de l’Iran. Partagez ces histoires. Ne laissez pas Shayan, Robina, Reza et les autres mourir une deuxième fois dans l’oubli. C’est tout ce qu’on peut faire. C’est le minimum qu’on leur doit.
La question qui reste
Combien de temps encore? C’est la question qui hante. Combien de temps avant que le régime ne s’effondre? Combien de temps avant que la justice n’arrive? Combien de temps avant que les familles puissent pleurer leurs morts en paix? Personne ne le sait. L’histoire a son propre rythme. Elle ne répond pas à nos attentes. Mais une chose est certaine : ce qui s’est passé en janvier 2026 ne sera pas oublié. Les Iraniens n’oublieront pas. Le monde ne devrait pas oublier. Et un jour — dans un an, dans dix ans, dans une génération — il y aura des comptes à rendre. Les bourreaux vieillissent. Les archives s’accumulent. Les témoins parlent. La vérité finit toujours par émerger.
En attendant, il reste le devoir de mémoire. Le devoir de nommer. Le devoir de ne pas détourner le regard. Shayan Assadollahi, 28 ans, coiffeur. Robina Aminian, 23 ans, étudiante. Reza Moradi, 17 ans, enfant. Sajjad Valamanesh, 20 ans, manifestant. Amir-Hessam Khodayari, 22 ans, fils de Kurdes Yarsan. Et des milliers d’autres. Des noms. Des visages. Des vies. Pas des chiffres. Jamais des chiffres. Le jour où ils deviendront des chiffres, le régime aura gagné. Ce jour-là n’arrivera pas. Pas tant qu’il restera quelqu’un pour se souvenir. Pour raconter. Pour refuser l’oubli.
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur et analyste. Mon expertise réside dans l’observation et l’analyse des dynamiques géopolitiques, des crises humanitaires et des mouvements de protestation qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les événements, à comprendre les mécanismes de répression, à contextualiser les décisions des régimes autoritaires et à proposer des perspectives analytiques sur les transformations qui redéfinissent nos sociétés.
Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. Je prétends à la lucidité analytique, à l’interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux complexes qui nous concernent tous. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et stratégique, et d’offrir une lecture critique des événements.
Méthodologie et sources
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et analyses interprétatives. Les informations factuelles présentées proviennent exclusivement de sources primaires et secondaires vérifiables.
Sources primaires : rapports d’Amnesty International, de Human Rights Watch, d’Iran Human Rights (IHRNGO), de Human Rights Activists News Agency (HRANA), déclarations officielles des gouvernements et institutions internationales, communiqués du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme.
Sources secondaires : CNN, CBS News, NPR, ABC News, Al Jazeera, Iran International, The Guardian, Time Magazine, analyses de l’International Crisis Group.
Les données statistiques et les bilans humains proviennent des organisations de défense des droits humains citées, avec mention des variations d’estimation lorsqu’elles existent.
Nature de l’analyse
Les analyses, interprétations et perspectives présentées dans les sections analytiques de cet article constituent une synthèse critique et contextuelle basée sur les informations disponibles, les tendances observées et les commentaires d’experts cités dans les sources consultées.
Mon rôle est d’interpréter ces faits, de les contextualiser dans le cadre des dynamiques géopolitiques contemporaines, et de leur donner un sens cohérent. Ces analyses reflètent une expertise développée à travers l’observation continue des affaires internationales et la compréhension des mécanismes de répression autoritaire.
Toute évolution ultérieure de la situation pourrait naturellement modifier les perspectives présentées ici. Cet article sera mis à jour si de nouvelles informations officielles majeures sont publiées.
Sources
Sources primaires
Amnesty International – « Iran: Massacre of protesters demands global diplomatic action to signal an end to impunity » – 14 janvier 2026
Human Rights Watch – « Iran: Growing Evidence of Countrywide Massacres » – 16 janvier 2026
Iran Human Rights (IHRNGO) – « At Least 3,428 Protesters Killed in Iran » – Janvier 2026
Human Rights Activists News Agency (HRANA) – Rapports quotidiens sur les arrestations et décès – Janvier 2026
Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme – Déclaration de Volker Türk – 13 janvier 2026
Sources secondaires
CNN – « Iran protests updates » – 12-15 janvier 2026
CBS News – « Over 12,000 feared dead after Iran protests » – Janvier 2026
NPR – « Deaths from Iran’s crackdown on protests pass 2,500 » – 14 janvier 2026
Al Jazeera – « ‘Change is inevitable’: What is next for Iran? » – 24 janvier 2026
Iran International – « At least 12,000 killed in Iran crackdown during internet blackout » – 13 janvier 2026
Iran International – « The dead of Iran’s protests, and the stories yet untold » – 9 janvier 2026
ABC News – Reportage sur la fin des manifestations – 19 janvier 2026
Time Magazine – Enquête sur le bilan des victimes – Janvier 2026
International Crisis Group – Analyse d’Ali Vaez sur l’avenir de l’Iran – Janvier 2026
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