Quand un pays devient une usine d’armement géante
Il y a trois ans, l’Ukraine importait la majorité de ses armes. Aujourd’hui, elle ambitionne de devenir l’un des plus grands producteurs militaires au monde. Les chiffres donnent le tournis. En 2024, 46 % des armes commandées provenaient de fabricants ukrainiens. En 2025, cette part a bondi à 76 %. Le secrétaire du Conseil national de sécurité et de défense, Rustem Umerov, projette que les seules armes à longue portée pourraient représenter 35 milliards de dollars de valeur d’ici 2026, avec un secteur total atteignant 60 milliards. Des usines qui tournent jour et nuit. Des ingénieurs qui innovent sous les bombardements. Des ouvriers qui assemblent des drones dans des bunkers secrets pendant que les sirènes hurlent au-dessus de leurs têtes.
La production de drones illustre cette métamorphose industrielle. L’Ukraine produit désormais 1 500 drones intercepteurs FPV par jour, spécialement conçus pour abattre les drones Shahed iraniens que la Russie lance par milliers. En 2025, les Forces armées ukrainiennes ont reçu 3 millions de drones. Pour 2026, l’objectif est de 4,5 millions, avec une capacité d’expansion jusqu’à 8 à 10 millions par an. Le président Zelensky a récemment visité une installation souterraine secrète à Kyiv où l’on fabrique le drone Peklo — un missile de croisière low-cost avec une portée de 700 kilomètres et une vitesse maximale de 700 km/h. La guerre a transformé l’Ukraine en laboratoire d’innovation militaire. Des millions de drones, des centaines de milliers d’obus, des dizaines de milliers de robots terrestres, des milliers de véhicules blindés, des centaines de systèmes d’artillerie. Et progressivement, une technologie de missiles de croisière entièrement nationale.
Il y a quelque chose de vertigineux à voir un pays se réinventer sous les bombes. Ces ingénieurs qui travaillent dans des bunkers, ces ouvriers qui assemblent des drones entre deux alertes aériennes — ils ne font pas que fabriquer des armes. Ils fabriquent l’espoir. Chaque drone qui sort de ces usines souterraines, c’est un message envoyé à Moscou : vous ne nous briserez pas. C’est aussi un message envoyé au monde : aidez-nous, mais regardez — nous ne restons pas les bras croisés à attendre.
L’exportation d’armes : le nouveau chapitre
Le 28 octobre 2025, Zelensky a ordonné au ministère de la Défense de lancer l’« exportation contrôlée » d’armes ukrainiennes. Les premiers contrats sont attendus pour mi-2026. Umerov et Kamyshin ont annoncé l’ouverture de bureaux de représentation de l’industrie de défense ukrainienne à Berlin et Copenhague, où les investisseurs potentiels pourront découvrir les capacités de l’Ukraine en matière de drones et d’armement. L’ironie est cruelle : un pays envahi qui devient exportateur d’armes. Mais c’est aussi une stratégie de survie économique. Les devises étrangères générées par ces exportations aideront à financer la guerre. Le savoir-faire acquis dans le sang trouvera preneur sur un marché mondial qui redécouvre que la paix n’est jamais garantie.
Cependant, des obstacles majeurs subsistent. Le financement reste insuffisant pour utiliser pleinement les capacités de production nationales. De nombreuses usines fonctionnent encore en sous-régime. Et la pénurie de main-d’œuvre menace de devenir le prochain plafond de verre de l’industrie. Si l’Ukraine ne parvient pas à recruter suffisamment de travailleurs pour ses usines de défense, la capacité annoncée de 50 milliards de dollars pourrait rester illusoire. Car les hommes qui pourraient travailler dans ces usines sont souvent les mêmes qui combattent au front. Le dilemme est cruel : produire des armes ou les utiliser ? L’Ukraine doit faire les deux avec une population décimée par la guerre et l’exode.
Le front : une guerre d'usure aux pertes colossales
Les chiffres de l’horreur
Selon l’ancien directeur de la CIA, William Burns, dans une interview accordée au Financial Times en janvier 2026, la Russie a subi environ 1,1 million de pertes. Les sources ukrainiennes estiment les pertes russes totales à 1 235 060 personnes du 24 février 2022 au 26 janvier 2026, dont 1 020 pour la seule dernière journée. BBC News Russian et Mediazona ont documenté 165 661 morts côté russe au 13 janvier 2026, dont 3,9 % d’officiers, 10 % de mobilisés et 12 % de détenus. Ces chiffres, aussi vertigineux soient-ils, ne racontent qu’une partie de l’histoire. Chaque nombre est un homme. Un fils. Un père. Quelqu’un qui avait un prénom et des rêves avant de devenir une statistique de guerre.
Côté ukrainien, les estimations sont plus difficiles à obtenir. Le président Trump a évoqué 400 000 tués ou blessés en décembre 2024, avec 35 000 disparus. La BBC estimait à 140 000 le nombre de soldats ukrainiens tués en décembre 2025. Les pertes civiles en Ukraine ont atteint au moins 2 514 morts et 12 142 blessés en 2025 — une augmentation de 31 % par rapport à 2024. 97 % de ces victimes se trouvaient en territoire contrôlé par le gouvernement, frappées par des attaques russes. Des enfants qui jouaient dans des parcs. Des grands-parents qui attendaient le bus. Des travailleurs qui entraient dans leur usine. Tous devenus des cibles dans une guerre qui ne connaît plus de distinction entre civil et militaire.
Le terrain : avancées russes, résistance ukrainienne
Au 13 janvier 2026, les forces russes avaient gagné 79 miles carrés de territoire ukrainien au cours des quatre semaines précédentes. Une diminution par rapport aux 215 miles carrés de la période quadrimensuelle antérieure. En 2025, la Russie a progressé en moyenne de 171 miles carrés par mois. L’avance russe dans l’oblast de Zaporijjia menace désormais des villages situés à seulement 7 kilomètres de la capitale de cette province du sud-est ukrainien. Depuis le 23 décembre 2025, les forces russes ont capturé plusieurs localités ukrainiennes, dont Siversk, Hrabovske, Pazeno, Pereizne, Kuzmynivka et Novomykolayivka. Des noms que peu de gens connaissaient hier. Des noms qui résonnent aujourd’hui comme autant de défaites douloureuses.
La défense aérienne raconte une autre histoire, celle d’un progrès remarquable. En décembre 2025, la Russie a lancé 5 649 drones — trois fois plus qu’en décembre 2024 où l’on en comptait 1 881. Pourtant, l’Ukraine en a intercepté 82,5 %, contre seulement 54,1 % un an plus tôt. Cette amélioration spectaculaire est le fruit des systèmes Patriot, IRIS-T, NASAMS et SAMP/T fournis par les alliés, combinés à la production nationale de drones intercepteurs. Mais ce succès défensif cache une réalité plus sombre : chaque missile Patriot coûte des millions de dollars. Chaque drone intercepté épuise des ressources limitées. Et la Russie, avec ses capacités industrielles et ses réserves financières, peut se permettre de continuer indéfiniment cette guerre d’attrition.
82,5 % d’interception. Ça sonne comme une victoire. Mais j’ai du mal à me réjouir. Parce que les 17,5 % restants, ce sont des missiles qui ont frappé. Des immeubles qui se sont effondrés. Des vies qui se sont éteintes. Et je me demande : combien de temps encore l’Ukraine peut-elle tenir ce rythme ? Combien de temps avant que l’épuisement ne prenne le dessus sur la résistance ? Ces soldats, ces civils, ces enfants qui courent vers les abris chaque nuit — ils méritent mieux que des pourcentages. Ils méritent la paix.
L'aide internationale : entre promesses et réalités
L’Europe se mobilise, mais est-ce suffisant ?
L’Allemagne a annoncé un paquet d’aide militaire de plus de 2 milliards de dollars pour l’Ukraine. Ce paquet comprend 500 millions de dollars en armes américaines via un nouveau programme accéléré, deux systèmes de défense aérienne IRIS-T avec missiles guidés, des intercepteurs Patriot, des systèmes radar et de l’artillerie de précision. Le ministre de la Défense Boris Pistorius a déclaré que ce paquet répondrait aux « besoins urgents » en fournissant « des systèmes de défense aérienne, des intercepteurs Patriot, des systèmes radar et de l’artillerie guidée de précision ». L’Estonie, la Finlande, la Lituanie et la Suède ont rejoint l’Allemagne dans cette initiative de financement. Un front uni qui envoie un signal fort à Moscou.
Mais les chiffres racontent une histoire plus nuancée. L’aide militaire à l’Ukraine a chuté de 43 % entre juillet et août 2025 par rapport aux mois précédents. Cette baisse a poussé les responsables alliés à appeler à des contributions accrues. Le ministre Chmyhal a recommandé que les alliés consacrent au moins 0,25 % de leur PIB au soutien militaire de l’Ukraine. Une demande modeste en apparence. Mais qui se heurte aux réalités budgétaires et politiques de chaque pays donateur. Car donner à l’Ukraine, c’est souvent retirer à quelque chose d’autre — des programmes sociaux, des infrastructures nationales, des promesses électorales. Et dans un monde où chaque gouvernement doit rendre des comptes à ses électeurs, l’Ukraine n’est pas toujours la priorité qu’elle devrait être.
Les États-Unis : un soutien incertain
Le NDAA américain pour 2026 alloue 400 millions de dollars d’assistance à l’Ukraine via l’Ukraine Security Assistance Initiative pour les exercices fiscaux 2026 et 2027. Le Congrès a sécurisé l’enveloppe financière, mais la décision finale sur les dépenses revient au secrétaire à la Défense. Une incertitude qui pèse lourd dans les calculs ukrainiens. Car 400 millions, aussi importants soient-ils, ne représentent qu’une fraction des 60 milliards demandés. Le reste doit venir d’ailleurs — de l’Europe, d’autres alliés, ou de nulle part.
Le FMI a conclu un accord préliminaire le 26 novembre avec l’Ukraine pour un nouveau programme d’assistance de 48 mois d’une valeur de 8,1 milliards de dollars dans le cadre de la Facilité élargie de crédit. Cette aide financière est cruciale pour maintenir l’économie ukrainienne à flot pendant que le pays consacre un tiers de son PIB à la guerre. Mais elle vient avec des conditions — des réformes, des ajustements, des engagements que l’Ukraine doit tenir même en plein conflit. Gérer une économie de guerre tout en satisfaisant les exigences des institutions financières internationales est un exercice d’équilibriste que peu de pays ont réussi dans l’histoire.
La défense aérienne : le nerf de la guerre
Patriot, SAMP/T, IRIS-T : le bouclier ukrainien
Deux systèmes Patriot supplémentaires ont été déployés pour protéger les villes ukrainiennes et les infrastructures critiques. Lors du sommet de Washington en juillet dernier, l’OTAN s’est engagée à fournir quatre systèmes Patriot supplémentaires et un système SAMP/T — souvent présenté comme la réponse européenne au Patriot. Le chef de l’OTAN, Mark Rutte, a confirmé lors de sa visite en Ukraine que la majorité des batteries Patriot promises était arrivée, les systèmes restants devant suivre prochainement. Les États-Unis sous le président Biden ont envoyé trois batteries Patriot et une quantité non précisée de munitions. L’Allemagne a fourni trois systèmes, des missiles et des pièces de rechange, ainsi que quatre lanceurs. L’Ukraine a reçu une autre batterie Patriot de la Roumanie en octobre.
Une révélation intéressante est venue du général français Fabien Mandon dans une vidéo publiée par le Sénat français en novembre 2025 : le système franco-italien SAMP/T surpasse le Patriot américain en Ukraine dans l’interception des missiles Iskander, après que la Russie a modifié les profils de vol de ces missiles. Cette performance relance le débat au sein de l’OTAN sur le système offrant la meilleure protection contre les tactiques missiles évolutives de la Russie. Au-delà de la compétition technologique, ce qui compte, c’est le résultat : chaque missile intercepté est une vie sauvée, un bâtiment préservé, un peu d’espoir maintenu.
Il y a quelque chose d’absurde à parler de « performances » de systèmes anti-missiles comme on parlerait d’une compétition sportive. Mais dans cette guerre, chaque pourcentage d’amélioration dans l’interception signifie des vies épargnées. Des familles qui se réveilleront demain matin. Des écoles qui resteront debout. Je pense à ces opérateurs de défense aérienne, quelque part en Ukraine, qui scrutent leurs écrans dans la nuit. Chaque point lumineux qui apparaît est une décision de vie ou de mort. Chaque missile abattu est une victoire silencieuse que personne ne célèbre vraiment. Et chaque missile qui passe est un échec qui hantera quelqu’un pour toujours.
L’escalade russe et la course aux armements
La Russie intensifie ses attaques. Le ministre Chmyhal a souligné que Moscou avait lancé « plus de 5 600 drones de frappe et plus de 180 missiles » au cours du seul mois précédent son annonce. Cette cadence infernale oblige l’Ukraine à consommer ses stocks de missiles intercepteurs à un rythme alarmant. Raytheon anticipe des commandes supplémentaires de Patriot en 2026, incluant des unités de tir et des missiles PAC-2 GEM-T. Un consortium de pays opérateurs de Patriot — Allemagne, Roumanie, Espagne et Pays-Bas — a passé commande de 1 000 missiles PAC-2 GEM-T, avec l’essentiel de la production prévue dans une usine MBDA en Allemagne dont la construction doit s’achever en septembre 2026.
Tous les pays de l’OTAN se sont engagés à porter leurs dépenses de défense à 3,5 % du PIB au cours de la prochaine décennie. Le secrétaire général Mark Rutte a déclaré qu’une augmentation de 400 % des capacités de défense aérienne et antimissile était nécessaire. Des chiffres qui témoignent d’une prise de conscience tardive mais réelle : la sécurité européenne ne peut plus reposer uniquement sur le parapluie américain. L’Ukraine est en première ligne d’un conflit qui concerne tout le continent. Ce que Kyiv apprend aujourd’hui dans le sang et les larmes, c’est ce que l’Europe devra peut-être apprendre demain.
Le défi du recrutement : le talon d'Achille des deux camps
La Russie peine à remplacer ses pertes
Selon le renseignement militaire ukrainien, la Russie a atteint son quota de 403 000 recrues en 2025, soit une moyenne de 33 583 par mois. Pour 2026, l’objectif a été légèrement augmenté à 34 083 par mois. Mais les rapports ukrainiens sur les pertes suggèrent que ces chiffres de recrutement pourraient ne plus être soutenables. Les républiques de Bachkirie et du Tatarstan ont subi les pertes régionales les plus élevées tout au long de 2025, tandis que Moscou est restée relativement épargnée malgré sa population importante. Une géographie des morts qui en dit long sur les inégalités au sein même de la Russie. Les régions pauvres et minoritaires payent le prix du sang pendant que la capitale continue de vivre presque normalement.
La question de savoir où la Russie trouvera les hommes pour combattre en 2026 hante les analystes militaires. Les prisons ont été vidées de leurs détenus envoyés au front. Les régions périphériques ont été saignées de leurs jeunes hommes. Les incitations financières atteignent des niveaux records pour attirer des volontaires de plus en plus rares. Poutine évite encore la mobilisation générale qui risquerait de retourner l’opinion publique contre lui. Mais combien de temps encore peut-il maintenir cette fiction d’une « opération militaire spéciale » quand plus d’un million de ses soldats sont devenus des victimes ?
L’Ukraine face à ses propres défis démographiques
L’Ukraine fait face à un dilemme similaire mais différent. Des millions de réfugiés ont quitté le pays. Ceux qui restent sont épuisés après bientôt quatre ans de guerre. Le budget 2026 consacre 30,8 milliards de dollars aux salaires militaires — un effort colossal pour maintenir une armée professionnelle motivée. Mais l’argent ne résout pas tout. Les hommes qui pourraient travailler dans les usines de défense sont souvent les mêmes qui sont nécessaires au front. Les femmes prennent de plus en plus de rôles traditionnellement masculins, mais il y a des limites à ce que la société peut absorber.
Le fonds pour les vétérans reçoit 448 millions de dollars dans le budget 2026. Une reconnaissance tardive mais nécessaire que cette guerre créera des générations de traumatisés, de mutilés, de veuves et d’orphelins qui auront besoin de soutien pendant des décennies. L’Ukraine ne combat pas seulement pour son présent. Elle hypothèque son avenir. Chaque soldat tombé, chaque civil tué, chaque enfant traumatisé est une dette que le pays devra rembourser pendant des générations. Le budget de guerre ne compte pas ces coûts-là. Ils sont pourtant les plus lourds.
On parle de budgets, de milliards, de systèmes d’armes. Mais ce qui me frappe, c’est ce qu’on ne dit pas. Les nuits blanches des mères qui attendent des nouvelles. Les cauchemars des enfants qui ont appris trop tôt ce qu’est une explosion. Les silences à table quand une chaise reste vide. Ces coûts-là ne figurent dans aucun budget. Ils sont pourtant les plus réels. Et je me demande : quand cette guerre finira — parce qu’elle finira un jour — combien de temps faudra-t-il pour guérir ces blessures invisibles ?
Les enjeux de 2026 : une année décisive
Le scénario du pire et celui de l’espoir
Le Centre d’études orientales de Varsovie qualifie le budget ukrainien 2026 d’« irréaliste ». Le gap de financement estimé entre 60,8 et 63 milliards de dollars pour 2026-2027 représente un gouffre que seule une mobilisation internationale sans précédent pourrait combler. Si l’aide tarde ou diminue, l’Ukraine devra faire des choix impossibles. Réduire les salaires militaires et risquer la démotivation des troupes ? Couper dans les protections sociales et abandonner les plus vulnérables ? Diminuer la production d’armes et perdre l’avantage technologique durement acquis ? Chaque option est un poison. L’Ukraine espère n’avoir à en choisir aucune.
L’espoir réside dans la résilience stupéfiante dont ce pays a fait preuve depuis février 2022. Une économie qui devait s’effondrer continue de fonctionner. Une armée qui devait être balayée en quelques jours tient toujours. Une population qui devait fuir ou se soumettre résiste et s’organise. L’Ukraine a déjà accompli l’impossible plusieurs fois. Mais les miracles ont leurs limites. Et 2026 sera l’année où l’on saura si la communauté internationale est prête à investir dans la victoire ukrainienne ou si elle se contentera de gérer une défaite au ralenti.
Ce que signifie vraiment 120 milliards de dollars
120 milliards de dollars. Pour mettre ce chiffre en perspective : c’est plus que le PIB de nombreux pays. C’est l’équivalent du budget militaire annuel de l’Allemagne et de la France combinés. C’est ce que certaines entreprises technologiques valent en bourse. Mais c’est aussi, et surtout, le prix qu’un pays est prêt à payer pour ne pas disparaître. L’Ukraine demande au monde de l’aider à survivre. Pas à gagner — ça, les Ukrainiens s’en chargent sur le terrain. Juste à survivre. À tenir. À ne pas être engloutie par un voisin qui a décidé qu’elle n’avait pas le droit d’exister.
La vraie question que pose ce budget n’est pas financière. Elle est morale. Sommes-nous, collectivement, prêts à défendre l’idée qu’un pays souverain ne peut pas être rayé de la carte par la force ? Que les frontières internationales signifient quelque chose ? Que le droit du plus fort n’est pas le seul droit qui compte ? 120 milliards de dollars, c’est le prix de ces principes. C’est aussi le prix de notre propre sécurité. Car si l’Ukraine tombe, qui sera le prochain ? La Moldavie ? Les pays baltes ? La Pologne ? Le précédent créé par une victoire russe hanterait l’Europe pendant des générations.
Conclusion : Le choix qui nous appartient
Au-delà des chiffres, des vies
Quelque part en Ukraine, en ce moment même, un soldat vérifie son équipement avant de retourner en première ligne. Une infirmière soigne un blessé dans un hôpital qui manque de tout. Un ingénieur assemble un drone dans un bunker éclairé par des générateurs diesel. Un enfant fait ses devoirs à la lumière d’une bougie parce que l’électricité a encore été coupée. Ces gens ne pensent pas en milliards de dollars. Ils pensent en jours, en heures, en secondes parfois. Ils pensent à survivre jusqu’au lendemain. Et ils comptent sur nous — le reste du monde — pour leur donner une chance.
Le budget ukrainien de 2026 est un appel. Un appel à ne pas détourner le regard. Un appel à comprendre que cette guerre n’est pas un conflit lointain qui ne nous concerne pas. C’est un test. Un test de nos valeurs, de notre solidarité, de notre capacité à défendre ce en quoi nous prétendons croire. 120 milliards de dollars, c’est beaucoup. Mais c’est moins que le coût d’une Europe déstabilisée par une victoire russe. C’est moins que le prix moral de l’abandon. C’est moins que rien, comparé à ce que les Ukrainiens ont déjà sacrifié.
Je termine cet article avec un sentiment étrange. De la colère, parce qu’on en est encore là, à devoir plaider pour l’évidence. De l’admiration, face à un peuple qui refuse de mourir. De la peur, à l’idée que le monde pourrait se lasser avant que la guerre ne finisse. Et peut-être, tout au fond, un peu d’espoir. Parce que l’Ukraine tient. Parce que des gens se battent encore. Parce que quelque part, quelqu’un lit ces lignes et se dit que oui, ça compte. Que oui, il faut aider. Que oui, on peut faire quelque chose. C’est peut-être naïf. Mais dans ce monde de cyniques, la naïveté est parfois la dernière forme de courage.
L’histoire nous regarde
Dans des décennies, on étudiera cette période. On analysera les décisions prises ou évitées. On jugera les dirigeants qui ont agi et ceux qui ont tergiversé. On demandera : qu’ont-ils fait quand l’Ukraine appelait à l’aide ? Qu’avons-nous fait ? La réponse à cette question n’est pas encore écrite. Elle se construit maintenant, dans chaque vote au Parlement, chaque décision budgétaire, chaque livraison d’armes, chaque geste de solidarité. 120 milliards de dollars. C’est le chiffre. Mais derrière le chiffre, il y a un pays. Derrière le pays, il y a des gens. Et derrière les gens, il y a nous. Nos choix. Nos responsabilités. Notre humanité.
L’Ukraine a dit ce dont elle avait besoin. Maintenant, c’est au monde de répondre. Le silence, lui aussi, est une réponse. Mais ce n’est pas celle que l’histoire pardonnera.
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur et analyste. Mon expertise réside dans l’observation et l’analyse des dynamiques géopolitiques, économiques et stratégiques qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies politiques, à comprendre les mouvements économiques globaux, à contextualiser les décisions des acteurs internationaux et à proposer des perspectives analytiques sur les transformations qui redéfinissent nos sociétés.
Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. Je prétends à la lucidité analytique, à l’interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux complexes qui nous concernent tous. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et stratégique, et d’offrir une lecture critique des événements.
Méthodologie et sources
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et analyses interprétatives. Les informations factuelles présentées proviennent exclusivement de sources primaires et secondaires vérifiables.
Sources primaires : communiqués officiels du gouvernement ukrainien, déclarations publiques du président Zelensky et des ministres Chmyhal et Marchenko, rapports du ministère des Finances ukrainien, données de la Rada (parlement ukrainien), rapports du FMI.
Sources secondaires : Kyiv Post, Kyiv Independent, PBS News, Centre d’études orientales de Varsovie (OSW), BBC News Russian, Mediazona, Critical Threats, Russia Matters (Harvard Kennedy School), Financial Times.
Les données statistiques sur les pertes militaires et les budgets proviennent de sources officielles ukrainiennes, d’analyses indépendantes et d’estimations d’institutions reconnues. Les chiffres concernant les pertes russes sont des estimations basées sur diverses méthodologies et doivent être considérés avec la prudence appropriée.
Nature de l’analyse
Les analyses, interprétations et perspectives présentées dans les sections analytiques de cet article constituent une synthèse critique et contextuelle basée sur les informations disponibles, les tendances observées et les commentaires d’experts cités dans les sources consultées.
Mon rôle est d’interpréter ces faits, de les contextualiser dans le cadre des dynamiques géopolitiques et économiques contemporaines, et de leur donner un sens cohérent dans le grand récit des transformations qui façonnent notre époque. Ces analyses reflètent une expertise développée à travers l’observation continue des affaires internationales et la compréhension des mécanismes stratégiques qui animent les acteurs globaux.
Toute évolution ultérieure de la situation pourrait naturellement modifier les perspectives présentées ici. Cet article sera mis à jour si de nouvelles informations officielles majeures sont publiées, garantissant ainsi la pertinence et l’actualité de l’analyse proposée.
Sources
Sources primaires
Kyiv Post – Key Figures of Ukraine’s 2026 Wartime Budget – Janvier 2026
Kyiv Independent – Ukraine’s parliament votes to adopt 2026 budget – Décembre 2025
Kyiv Independent – Ukraine estimates its long-range weapon production at over $30 billion in 2026 – 2025
PBS News – Germany pledges more military aid as Ukraine puts 2026 defense needs at $120 billion – Août 2025
Modern Diplomacy – Ukraine requests $120 billion for 2026 defense budget amid ongoing war – Septembre 2025
Sources secondaires
Centre d’études orientales de Varsovie (OSW) – Ukraine: an unrealistic budget for 2026 – Décembre 2025
OSW – US defence budget for 2026: Congress approves continued support for Ukraine – Décembre 2025
Russia Matters (Harvard) – The Russia-Ukraine War Report Card, Jan. 14, 2026 – Janvier 2026
Critical Threats – Russian Offensive Campaign Assessment, January 13, 2026 – Janvier 2026
Al Jazeera – Russian war deaths are rising to unsustainable levels, says Ukraine – Janvier 2026
BBC News Russian / Mediazona – Documentation des pertes militaires russes – Janvier 2026
United24 Media – How Ukraine Started 2026 with Record Anti-Shahed Drone Production – Janvier 2026
Ukrainian Ministry of Defence – Patriot, SAMP-T, IRIS-T: How the Integrated Air and Missile Defense Coalition supports Ukraine – 2025
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