Un coffre-fort de terres rares sous la glace
Pour comprendre l’acharnement de Trump, il faut regarder sous la glace. Le Groenland n’est pas qu’un désert blanc perdu au bout du monde. C’est un coffre-fort géologique d’une richesse stupéfiante. Selon les estimations du US Geological Survey, l’île recèle environ 1,5 million de tonnes métriques de terres rares, ces métaux essentiels à la fabrication des smartphones, des batteries électriques, des éoliennes et des missiles guidés. C’est presque autant que les réserves américaines (1,9 million de tonnes) et bien plus que le Canada (830 000 tonnes) ou l’Afrique du Sud (860 000 tonnes). Mais ce n’est que la partie émergée de l’iceberg. Le gisement de Kvanefjeld représente le troisième plus grand dépôt connu de terres rares au monde, avec plus de 11 millions de tonnes de ressources. Et le site de Tanbreez, dont l’évaluation économique préliminaire n’a été achevée qu’en 2025, pourrait être le plus grand gisement mondial avec 28,2 millions de tonnes estimées.
La richesse minérale du Groenland va bien au-delà des terres rares. L’île contient 25 des 34 minéraux classés comme matières premières critiques par la Commission européenne, et 43 des 50 minéraux jugés essentiels à la sécurité nationale américaine. Du graphite indispensable aux batteries, de l’uranium, du zinc, du cuivre, du pétrole, du gaz naturel. Un trésor enfoui que le réchauffement climatique rend paradoxalement plus accessible à mesure que la calotte glaciaire fond. Tony Sage, PDG de Critical Metals, qui développe l’un des plus grands projets de terres rares dans le sud du Groenland, confirme un « regain d’intérêt significatif des investisseurs » ces derniers mois. En juin 2025, l’Union européenne a désigné le projet de graphite d’Amitsoq comme « Projet stratégique » dans le cadre de son Critical Raw Materials Act. La course aux ressources arctiques est lancée. Et Trump veut que l’Amérique la gagne.
Il y a quelque chose de vertigineux à réaliser que les guerres de demain se joueront autour de métaux dont la plupart d’entre nous ignorent même l’existence. Le néodyme. Le dysprosium. Le terbium. Des noms qui sonnent comme des planètes de science-fiction, mais qui sont en réalité les briques fondamentales de notre civilisation technologique. Et aujourd’hui, la Chine contrôle plus de 60 % de la production mondiale. Voilà pourquoi Trump est prêt à menacer un allié, à fracturer l’OTAN, à redessiner les frontières du droit international. Pour ces cailloux enterrés sous la glace. C’est à la fois dérisoire et effrayant.
Le passage du Nord-Ouest et le contrôle de l’Arctique
Mais les minéraux ne sont qu’une partie de l’équation. La position géographique du Groenland est tout aussi stratégique. L’île se trouve à cheval sur le fameux « GIUK gap » — le passage maritime entre le Groenland, l’Islande et le Royaume-Uni qui relie l’océan Arctique à l’Atlantique Nord. Depuis la Guerre froide, ce corridor est considéré comme vital pour contrôler les mouvements des sous-marins nucléaires russes. La base aérienne de Pituffik (anciennement Thulé), située au nord-ouest du Groenland, héberge déjà des installations américaines de détection de missiles balistiques. Avec le réchauffement climatique qui ouvre de nouvelles routes maritimes arctiques, le Groenland devient un point de contrôle encore plus crucial. Celui qui contrôle le Groenland contrôle l’accès au pôle Nord. Et dans la nouvelle géopolitique arctique, c’est un avantage décisif.
La Russie l’a bien compris, elle qui a massivement investi dans sa flotte arctique et multiplié les bases militaires le long de sa côte nord. La Chine aussi, qui se proclame « État proche-arctique » malgré sa position géographique, et qui finance des projets d’infrastructures dans toute la région. Face à cette compétition, Washington se sent vulnérable. Les États-Unis ne disposent que de deux brise-glaces opérationnels, contre plus de quarante pour la Russie. L’Alaska, seul territoire américain arctique, est isolé du reste du pays. Le Groenland offrirait une projection de puissance incomparable : 2,16 millions de kilomètres carrés de territoire stratégique, plus grand que l’Alaska, le Texas et la Californie réunis. On comprend mieux l’obsession. Mais comprendre n’est pas excuser.
Moscou observe et jubile : la stratégie du chaos
Poutine et le sourire du chat
À Moscou, la crise du Groenland est observée avec un mélange de prudence diplomatique et de satisfaction à peine dissimulée. Vladimir Poutine, lors d’une conférence de presse en janvier 2025, a déclaré que les revendications de Donald Trump sur le Groenland n’avaient « rien d’extravagant ». Le choix des mots est révélateur. Le président russe, qui a annexé la Crimée en 2014 et lancé une guerre d’agression contre l’Ukraine en 2022, se garde bien de condamner les velléités expansionnistes américaines. Et pour cause : chaque menace de Trump contre le Danemark valide rétrospectivement la doctrine russe. Si le président américain peut revendiquer un territoire parce qu’il le juge stratégiquement nécessaire, pourquoi la Russie ne pourrait-elle pas faire de même ? Le Kremlin tient son précédent occidental.
Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a poussé le parallèle encore plus loin en comparant l’importance du Groenland pour les États-Unis à celle de la Crimée pour la Russie. Une comparaison qui fait froid dans le dos quand on connaît la suite de l’histoire criméenne. Mais au-delà des déclarations officielles, c’est surtout le spectacle de la désunion occidentale qui réjouit Moscou. Voir les États-Unis menacer de tarifs douaniers le Danemark, voir les services de renseignement danois classer l’Amérique comme une menace au même titre que la Russie ou la Chine — c’est un cadeau inespéré pour la propagande du Kremlin. « Les ambitions de Donald Trump et la réponse de l’Europe montrent la fracture des Occidentaux », analyse un diplomate européen cité par France Info. Poutine n’aurait pas pu mieux dire.
La doctrine de la déstabilisation passive
La stratégie russe face à la crise du Groenland relève de ce qu’on pourrait appeler la « déstabilisation passive ». Moscou n’a pas besoin d’intervenir. Il lui suffit de regarder l’Occident se déchirer et d’en tirer profit. Chaque fissure dans l’alliance atlantique est une victoire pour le Kremlin. Chaque déclaration agressive de Trump renforce le narratif russe selon lequel les États-Unis ne sont pas un partenaire fiable. Chaque hésitation européenne confirme la thèse de Poutine sur la décadence de l’Occident. Les services de renseignement occidentaux s’inquiètent d’ailleurs d’une possible instrumentalisation de la crise par la Russie. Des comptes liés au Kremlin ont été identifiés amplifiant sur les réseaux sociaux les messages favorables à un rattachement du Groenland aux États-Unis. L’objectif n’est pas de soutenir Trump, mais d’alimenter la division.
Parallèlement, la Russie exprime officiellement son « inquiétude » face à l’envoi de soldats de l’OTAN dans l’Arctique en réponse à la crise. Position qui ne manque pas d’ironie quand on sait que Moscou a déployé des dizaines de milliers de militaires dans ses propres bases arctiques. Mais cette rhétorique sert un double objectif : rappeler que la Russie reste une puissance arctique majeure avec laquelle il faudra compter, et suggérer que toute militarisation de la région par l’OTAN constitue une « provocation » justifiant une riposte russe. Le Groenland pourrait ainsi devenir un nouveau théâtre de tensions Est-Ouest, non pas à cause d’une agression russe, mais à cause de l’imprévisibilité américaine. Un comble géopolitique que Poutine savoure en silence.
Quelque part dans le Kremlin, des stratèges doivent se frotter les mains. Pendant des années, ils ont tenté de fissurer l’alliance occidentale par la propagande, la désinformation, les cyberattaques. Et voilà que Trump fait le travail à leur place. Gratuitement. Publiquement. Avec une efficacité qu’aucune opération du GRU n’aurait pu atteindre. Je repense à cette phrase de Sun Tzu : « L’art suprême de la guerre est de soumettre l’ennemi sans combattre. » Poutine n’a même pas eu besoin de lever le petit doigt. Il lui a suffi d’attendre que l’Amérique se tire une balle dans le pied.
Pékin calcule : entre prudence et opportunisme
Le spectre chinois comme prétexte américain
Si la Russie observe avec délectation, la Chine adopte une posture plus complexe. Pékin est directement visé par la rhétorique de Trump, qui justifie sa volonté d’acquérir le Groenland par la nécessité de contrer l’influence chinoise dans l’Arctique. « Nous avons besoin du Groenland pour la sécurité nationale », a martelé le président américain, évoquant explicitement la menace des « navires chinois » dans les eaux arctiques. La réponse du ministère chinois des Affaires étrangères a été cinglante : Washington utilise le « spectre de la menace chinoise » comme prétexte pour justifier des actions qui violent le droit international et la Charte des Nations Unies. Le porte-parole a rappelé que la souveraineté territoriale était un principe inviolable, et que les peuples avaient le droit de décider de leur propre destin. Des mots qui sonnent étrangement dans la bouche d’un régime qui refuse l’autodétermination à Taïwan et au Tibet.
Mais au-delà de la guerre des communiqués, la Chine observe la crise avec des sentiments mêlés. D’un côté, elle voit ses ambitions arctiques directement menacées. Pékin a investi des milliards dans des projets d’infrastructure au Groenland et dans toute la région polaire, espérant sécuriser un accès aux ressources et aux nouvelles routes maritimes. Un Groenland américain fermerait définitivement cette porte. D’ailleurs, le Premier ministre groenlandais Jens-Frederik Nielsen a récemment indiqué que la Chine serait exclue des plans de développement des terres rares de l’île, alignant le territoire sur les positions des États-Unis, de l’Union européenne et du Japon. Un camouflet pour Pékin, qui voit sa domination sur le marché des terres rares — actuellement plus de 60 % de la production mondiale — potentiellement contestée.
L’opportunité dans le chaos occidental
De l’autre côté, la Chine perçoit dans la crise du Groenland une opportunité stratégique majeure. La fracture entre les États-Unis et l’Europe affaiblit le front occidental qui s’était constitué contre Pékin sur les questions commerciales et technologiques. Si les Européens perdent confiance en leur allié américain, ils pourraient être tentés de se rapprocher de la Chine sur certains dossiers. Les déclarations de Mette Frederiksen affirmant que l’Europe « ne se laissera pas faire de chantage » par Trump ouvrent des possibilités de dialogue que Pékin ne manquera pas d’explorer. Le commerce sino-européen représente plus de 800 milliards d’euros par an. C’est un levier considérable pour une Chine qui cherche à desserrer l’étau des sanctions américaines.
La diplomatie chinoise joue donc sur deux tableaux. Officiellement, elle défend le droit international et la souveraineté du Danemark sur le Groenland. Officieusement, elle observe les retombées de la crise avec l’attention d’un joueur d’échecs analysant les erreurs de son adversaire. Chaque menace de Trump contre un allié européen est un argument de plus pour le discours chinois sur l’unilatéralisme américain. Chaque hésitation de l’OTAN est une preuve supplémentaire de la « décadence occidentale » que Pékin ne cesse de dénoncer. Et si, au final, les États-Unis devaient effectivement mettre la main sur le Groenland, la Chine disposerait d’un précédent en or pour justifier ses propres revendications territoriales en mer de Chine méridionale ou ailleurs. Dans tous les cas, Pékin gagne.
L'Europe face au choix impossible
La solidarité européenne mise à l’épreuve
Face à la tempête Trump, l’Europe a d’abord réagi avec une unité remarquable. Une déclaration conjointe du Danemark, de la Finlande, de la France, de l’Allemagne, des Pays-Bas, de la Norvège, de la Suède et du Royaume-Uni a réaffirmé les principes de souveraineté et d’intégrité territoriale, accusant Trump de créer une « spirale descendante dangereuse » avec ses menaces. Emmanuel Macron a déclaré que le Groenland « appartient à son peuple » et que « le Danemark en est le garant ». Des troupes françaises, britanniques, norvégiennes et suédoises ont été envoyées pour des exercices militaires de reconnaissance sur l’île. Un signal fort, presque inimaginable il y a quelques mois : des soldats européens déployés pour dissuader… les États-Unis.
Cette démonstration de fermeté a porté ses fruits. Le 21 janvier 2026, lors du Forum économique mondial de Davos, Donald Trump a fait marche arrière, s’engageant à ne pas utiliser la force militaire contre le Groenland et à ne pas imposer de tarifs douaniers aux pays européens. Un « cadre d’accord » a été négocié avec le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, prévoyant un renforcement de la présence alliée dans l’Arctique et une coopération accrue sur l’exploitation des ressources minérales. Trump a déclaré que cet accord lui donnait « tout ce qu’il voulait ». Le Danemark a évoqué des « messages positifs ». Mais personne n’est dupe. Le mal est fait. La confiance est brisée.
J’ai regardé la conférence de presse de Mette Frederiksen après la résolution de la crise. Elle souriait, mais ses yeux disaient autre chose. Cette femme venait de vivre l’impensable : être menacée militairement par le pays censé protéger le sien. Elle a gagné cette manche. Mais à quel prix ? Le Danemark vient de découvrir que son principal allié depuis 75 ans peut se retourner contre lui du jour au lendemain. Comment dort-on après une telle révélation ? Comment planifie-t-on l’avenir quand on sait que celui qui vous tendait la main peut demain vous la briser ?
Le réveil brutal de la défense européenne
La crise du Groenland aura au moins eu un mérite : accélérer brutalement la prise de conscience européenne sur la nécessité d’une défense autonome. Le fait que les services de renseignement danois classent désormais les États-Unis comme une menace potentielle, au même titre que la Russie ou la Chine, est un séisme géopolitique. Pour la première fois, un pays de l’OTAN considère officiellement son principal allié comme un danger. Les implications sont vertigineuses. Si les États-Unis peuvent menacer le Danemark aujourd’hui, qui sera la cible demain ? La Norvège et ses ressources pétrolières arctiques ? Le Canada et son passage du Nord-Ouest ? Les pays baltes que Trump a déjà critiqués pour leur contribution « insuffisante » à l’OTAN ?
Mette Frederiksen a résumé la situation avec une clarté brutale : si les États-Unis attaquent un autre membre de l’OTAN, ce serait « la fin de tout », y compris de l’OTAN elle-même. Cette phrase restera dans les livres d’histoire. Elle marque la fin d’une époque où la garantie de sécurité américaine était considérée comme un absolu. Désormais, les Européens savent qu’ils ne peuvent compter que sur eux-mêmes. Les budgets de défense, déjà en hausse depuis l’invasion russe de l’Ukraine, vont devoir augmenter encore. Les projets de coopération militaire européenne, longtemps enlisés dans les bureaucraties, vont devoir s’accélérer. Et la question de la dissuasion nucléaire européenne, tabou depuis des décennies, va inévitablement revenir sur la table. Trump voulait forcer les Européens à payer davantage pour leur défense. Mission accomplie. Mais pas de la façon qu’il imaginait.
Le Groenland au cœur de la tempête
Un peuple qui refuse d’être un pion
Au milieu de cette bataille de géants, il y a un peuple. 56 000 habitants. Des Inuits pour la plupart, qui vivent sur cette terre depuis des millénaires. Leur voix s’est fait entendre, claire et ferme, à travers celle de leur Premier ministre Jens-Frederik Nielsen : « Nous sommes maintenant face à une crise géopolitique, et si nous devons choisir entre les États-Unis et le Danemark ici et maintenant, nous choisissons le Danemark. Nous choisissons l’OTAN. Nous choisissons le Royaume du Danemark. Nous choisissons l’Union européenne. » Ces mots, prononcés lors d’une conférence de presse conjointe avec Mette Frederiksen, ont résonné bien au-delà de l’Arctique. Un petit peuple, face à la plus grande puissance mondiale, qui dit non. Qui refuse d’être acheté, annexé, avalé.
La pression américaine a eu un effet inattendu : elle a renforcé l’unité politique groenlandaise. En mars 2025, tous les partis de l’île, à l’exception du parti Naleraq favorable à une indépendance rapide, ont formé une coalition gouvernementale. Le Groenland rêve d’indépendance — c’est un fait. Mais une indépendance choisie, négociée, respectueuse de son histoire et de ses liens avec l’Europe. Pas une indépendance imposée par Washington pour mieux absorber l’île ensuite. Les Groenlandais ont une mémoire. Ils n’ont pas oublié les décennies de colonisation danoise, les enfants arrachés à leurs familles pour être « danisés », les traumatismes qui marquent encore la société. Mais ils savent aussi que l’Amérique de Trump ne leur offre pas la liberté. Elle leur offre une nouvelle forme de domination, habillée de dollars et de promesses creuses.
Entre deux empires, trouver sa voie
Le Groenland se retrouve aujourd’hui dans une position unique et périlleuse : au carrefour des ambitions de trois superpuissances. Les États-Unis veulent ses ressources et sa position stratégique. La Russie veut maintenir un équilibre des forces dans l’Arctique. La Chine veut accéder à ses terres rares et à ses routes maritimes. L’Europe veut préserver son intégrité territoriale et son accès aux minéraux critiques. Et au milieu de tout ça, 56 000 personnes essaient simplement de vivre, de préserver leur culture, de construire un avenir pour leurs enfants. La politique internationale se fiche bien de leurs aspirations. Elle ne voit que des cartes, des chiffres, des enjeux stratégiques. Mais les Groenlandais ne sont pas des pions. Ils l’ont prouvé.
L’ironie de l’histoire, c’est que la crise déclenchée par Trump pourrait accélérer ce que les Groenlandais souhaitent depuis longtemps : une plus grande autonomie, voire l’indépendance. Le Danemark a annoncé des investissements massifs dans l’île, tant en matière de défense que de développement économique. L’Union européenne multiplie les projets de coopération. Les États-Unis eux-mêmes, malgré la méthode brutale de Trump, vont probablement augmenter leur présence et leurs investissements dans la région. Le Groenland devient incontournable. Reste à savoir si ses habitants pourront tirer profit de cette nouvelle attention mondiale, ou s’ils seront écrasés par elle. L’histoire des petits peuples face aux grandes puissances n’est pas toujours encourageante. Mais parfois, les plus petits surprennent les plus grands.
Je pense à ces enfants groenlandais qui ont vu les influenceurs de Trump débarquer avec leurs drapeaux américains et leurs billets de 100 dollars. Qu’ont-ils compris de cette scène surréaliste ? Que leur terre, leur maison, leur avenir sont à vendre au plus offrant ? Que les grandes puissances se disputent leur sol comme des vautours autour d’une carcasse ? J’espère qu’ils ont aussi vu autre chose. Leur Premier ministre debout, disant non. Leur peuple uni, refusant de plier. Peut-être que c’est ça, la leçon de cette crise. Que même face aux titans, on peut rester debout. Que la dignité n’a pas de prix.
Conclusion : Un monde en recomposition
Les leçons d’une crise évitée de justesse
La crise du Groenland de 2025-2026 restera dans les annales comme un moment de bascule. Pas tant pour ce qui s’est passé — finalement, aucune guerre n’a éclaté, aucune frontière n’a bougé — que pour ce qu’elle a révélé. Elle a révélé la fragilité de l’alliance atlantique, que l’on croyait indestructible. Elle a révélé la capacité de l’Europe à se mobiliser face à une menace, y compris venant de son propre camp. Elle a révélé la stratégie opportuniste de la Russie et de la Chine, prêtes à exploiter chaque fissure occidentale. Et elle a révélé, surtout, que dans le monde de Donald Trump, il n’y a pas d’alliés. Il n’y a que des intérêts, des rapports de force, des transactions. Le Danemark l’a appris à ses dépens. D’autres suivront peut-être.
Pour la Russie et la Chine, cette crise est une aubaine. Sans lever le petit doigt, elles ont vu l’Occident se déchirer, l’OTAN vaciller, la confiance transatlantique s’effriter. Poutine peut désormais pointer du doigt l’Amérique chaque fois qu’on lui reproche ses propres violations du droit international. Xi Jinping peut rappeler que les États-Unis ne sont pas le garant de l’ordre mondial qu’ils prétendent être. La propagande de Moscou et de Pékin n’aura même pas besoin d’inventer quoi que ce soit. Les déclarations de Trump suffisent. Les images des drapeaux américains à Nuuk suffisent. Le chaos suffit.
Et maintenant ?
Qu’est-ce qui a changé, au fond ? Le Groenland reste danois. L’OTAN existe toujours. Trump a fait marche arrière. On pourrait croire que tout est rentré dans l’ordre. Ce serait une erreur. Car ce qui a vraiment changé, c’est dans les têtes. Les Européens savent maintenant qu’ils ne peuvent plus compter aveuglément sur les États-Unis. Les petits pays savent qu’ils peuvent être la cible de leur propre allié. La Russie et la Chine savent que la patience paie, que les divisions occidentales finiront par leur ouvrir des opportunités. Et Trump sait — ou croit savoir — que la menace fonctionne, que la pression paie, que même s’il n’a pas obtenu le Groenland, il a obtenu quelque chose. Quoi exactement ? Un « cadre d’accord ». Des promesses de coopération. Et surtout, la confirmation que le monde danse désormais sur sa musique.
La prochaine crise viendra. Elle concernera peut-être le canal de Panama, que Trump a également menacé de reprendre. Peut-être le Canada, qu’il a évoqué comme « 51e État » américain. Peut-être un autre membre de l’OTAN jugé insuffisamment docile. Et à chaque fois, Moscou observera. Pékin calculera. L’Europe devra choisir entre se soumettre ou résister. Le Groenland n’était qu’un avant-goût. Un test grandeur nature de la nouvelle géopolitique trumpienne. Le monde a réussi ce test. De justesse. Mais les examens ne font que commencer.
En terminant cet article, je repense à cette phrase de Mette Frederiksen : « Si les États-Unis attaquent un autre membre de l’OTAN, ce serait la fin de tout. » La fin de tout. Trois mots qui résument l’abîme au bord duquel nous nous sommes tenus. Nous l’avons évité cette fois. Mais combien de fois pourra-t-on jouer à ce jeu avant de tomber ? Je n’ai pas de réponse. Personne n’en a. Ce que je sais, c’est que le monde dans lequel j’ai grandi — celui où l’Amérique était le garant de l’ordre international, où l’OTAN était un roc inébranlable, où les alliés ne se menaçaient pas — ce monde-là n’existe plus. Il faut en construire un autre. Et vite.
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur et analyste. Mon expertise réside dans l’observation et l’analyse des dynamiques géopolitiques et stratégiques qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies politiques, à comprendre les mouvements des acteurs internationaux et à proposer des perspectives analytiques sur les transformations qui redéfinissent nos alliances et nos équilibres de pouvoir.
Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. Je prétends à la lucidité analytique, à l’interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux complexes qui nous concernent tous. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et stratégique, et d’offrir une lecture critique des événements.
Méthodologie et sources
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et analyses interprétatives. Les informations factuelles présentées proviennent exclusivement de sources primaires et secondaires vérifiables.
Sources primaires : communiqués officiels des gouvernements danois, groenlandais et américain, déclarations publiques des dirigeants politiques, rapports des services de renseignement danois, dépêches d’agences de presse internationales reconnues (Reuters, Associated Press, Agence France-Presse).
Sources secondaires : publications spécialisées en géopolitique arctique, médias d’information reconnus internationalement (Financial Times, New York Times, France Info, The Guardian, Euronews), analyses d’institutions de recherche établies (CSIS, Chatham House).
Les données statistiques sur les réserves minérales proviennent du US Geological Survey et de la Commission européenne. Les informations sur les projets miniers sont issues des communications officielles des entreprises concernées et des annonces gouvernementales.
Nature de l’analyse
Les analyses, interprétations et perspectives présentées dans les sections analytiques de cet article constituent une synthèse critique et contextuelle basée sur les informations disponibles, les tendances observées et les déclarations officielles des acteurs impliqués.
Mon rôle est d’interpréter ces faits, de les contextualiser dans le cadre des dynamiques géopolitiques arctiques contemporaines, et de leur donner un sens cohérent dans le grand récit des transformations qui façonnent les relations internationales. Toute évolution ultérieure de la situation pourrait naturellement modifier les perspectives présentées ici.
Sources
Sources primaires
Financial Times – Rapport sur l’appel téléphonique Trump-Frederiksen – Janvier 2025
New York Times – Enquête sur les 45 minutes d’appel entre Trump et la Première ministre danoise – Janvier 2025
Services de renseignement danois (DDIS) – Rapport annuel sur les menaces 2025
US Geological Survey – Données sur les réserves mondiales de terres rares – 2025
Commission européenne – Critical Raw Materials Act et désignation du projet Amitsoq – Juin 2025
Déclaration conjointe – Danemark, Finlande, France, Allemagne, Pays-Bas, Norvège, Suède, Royaume-Uni – Janvier 2025
Sources secondaires
France Info – Analyse de la vision russe de la crise du Groenland – Janvier 2025
Euronews – Accord OTAN-Danemark sur la sécurité arctique – Janvier 2026
CSIS (Center for Strategic and International Studies) – Greenland, Rare Earths, and Arctic Security – 2025
Chatham House – The race for Greenland’s rare earth minerals – Octobre 2025
Sermitsiaq – Sondage sur l’opinion groenlandaise concernant le rattachement aux États-Unis – Janvier 2025
TIME Magazine – In Rebuke of Trump, Greenland Declares: ‘We Choose Denmark’ – Janvier 2026
Al Jazeera – Denmark’s PM says Greenland showdown at ‘decisive moment’ – Janvier 2026
Newsweek – NATO ally ‘utterly freaked out’ after Donald Trump call – Janvier 2025
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