Une femme dans l’ombre du pouvoir
Qui est Delcy Rodriguez ? Pour le comprendre, il faut plonger dans les arcanes du chavisme vénézuélien. Née en 1969, cette avocate de formation a gravi tous les échelons du pouvoir aux côtés de Hugo Chávez puis de Nicolás Maduro. Vice-présidente depuis 2018, ministre des Affaires étrangères avant cela, elle est ce qu’on appelle une « apparatchik ». Une pure produit du système. Son frère, Jorge Rodriguez, préside l’Assemblée nationale. C’est lui qui l’a investie le 5 janvier 2026, deux jours après la capture de Maduro. La Cour suprême de justice avait ordonné qu’elle assume la présidence par intérim en raison de l’« absence » du président. Euphémisme cruel pour désigner un enlèvement par une puissance étrangère.
Delcy Rodriguez devient ainsi la première femme à exercer les fonctions associées à la présidence du Venezuela. Un fait historique noyé dans le chaos. Sa première déclaration a été sans équivoque : « Il n’y a qu’un seul président au Venezuela et il s’appelle Nicolás Maduro Moros. » Loyauté affichée. Défiance publique. Mais les mots ne pèsent pas lourd face aux bombes américaines. Et Rodriguez le sait mieux que quiconque. Le 6 janvier, elle a décrété un deuil national d’une semaine en mémoire des victimes. Puis elle a commencé à négocier. Parce que c’est ça, la survie politique au Venezuela : savoir quand courber l’échine.
Les concessions à Washington
Ce qui s’est passé ensuite ressemble à une capitulation méthodique. Rodriguez a signé un accord énergétique avec les États-Unis. Elle a lancé une révision complète du cadre juridique des hydrocarbures, ouvrant la porte aux investisseurs étrangers — comprenez : aux compagnies pétrolières américaines. Elle a commencé à libérer des prisonniers politiques. Elle a limogé Alex Saab, allié de longue date de Maduro, de son poste de ministre. Le 14 janvier, elle a eu une « longue conversation » téléphonique avec Trump. Le président américain s’est montré satisfait : « Les États-Unis travaillent très bien avec elle. » Et il a ajouté : « Le Venezuela sera bientôt à nouveau grand et prospère. » On reconnaît le slogan.
Le 16 janvier, le directeur de la CIA, John Ratcliffe, s’est rendu à Caracas pour rencontrer Rodriguez. Au menu : coopération, stabilité économique, lutte contre les trafiquants de drogue. Ironie suprême quand on sait que Maduro est accusé d’être lui-même un narco-trafiquant. Une invitation à la Maison-Blanche a été annoncée — ce serait la première visite officielle vénézuélienne aux États-Unis depuis 25 ans. Tout semblait en place. Rodriguez jouait le jeu. Trump tenait son Venezuela. Et puis, dimanche, tout a basculé. « Assez des puissances étrangères. » Six mots qui changent tout.
L'opposition trahie : le sort cruel de María Corina Machado
Une femme de principes face à un homme sans scrupules
Dans cette histoire de marionnettes et de marionnettistes, il y a une victime qu’on oublie souvent : l’opposition vénézuélienne. Pendant des années, María Corina Machado et Edmundo González ont incarné l’espoir d’un Venezuela démocratique. Machado, surtout. Cette femme de 57 ans, ingénieure de formation, militante infatigable, a survécu aux menaces, aux arrestations, aux tentatives d’assassinat. En juillet 2024, quand Maduro s’est fait réélire dans un scrutin truqué — 51,2 % des voix, vraiment ? —, c’est elle qui a mené la contestation. González était le candidat officiel, mais Machado était l’âme du mouvement. En 2025, elle a reçu le Prix Nobel de la Paix. Une reconnaissance mondiale de son combat.
Et puis Trump est arrivé. Et tout s’est effondré. Au lieu de soutenir l’opposition qu’il prétendait défendre depuis des années, le président américain l’a poignardée dans le dos. Lors d’une conférence de presse surréaliste, il a déclaré que Machado « n’a pas le soutien ni le respect dans le pays ». Il a ajouté : « C’est une femme très gentille, mais elle n’a pas le respect. » Gentille. Le mot claque comme une gifle. Pendant que Machado risquait sa vie dans les rues de Caracas, Trump jouait au golf. Mais c’est elle qui manque de respect. La logique trumpienne dans toute sa splendeur.
Il y a quelque chose de profondément écœurant dans ce qui s’est passé. María Corina Machado a consacré sa vie à la démocratie vénézuélienne. Elle a été emprisonnée, menacée, exilée. Elle a gagné un Prix Nobel de la Paix. Et au moment où elle pensait enfin voir le bout du tunnel, le « libérateur » américain lui dit qu’elle n’est pas assez respectable pour diriger son propre pays. À la place, il préfère une loyaliste du dictateur qu’il vient de renverser. Comment ne pas être révolté ? Comment ne pas voir dans cette trahison le vrai visage de la politique américaine en Amérique latine ?
Le Nobel humilié
Le 15 janvier 2026, María Corina Machado s’est rendue à la Maison-Blanche. C’était sa première rencontre en personne avec Trump depuis la chute de Maduro. Elle espérait sans doute un soutien, une reconnaissance, un engagement concret. Elle a eu droit à une séance photo. Et à une humiliation supplémentaire. Dans un geste désespéré — ou calculé, qui sait —, elle a remis sa médaille du Nobel de la Paix à Trump. « Parce qu’il la mérite », a-t-elle expliqué. Elle a invoqué l’histoire : « Il y a 200 ans, le général Lafayette a donné à Simón Bolívar une médaille avec le visage de George Washington. » Le parallèle est audacieux. Il est surtout tragique.
Trump a gardé la médaille. Littéralement. Elle est maintenant en sa possession. Le Centre Nobel de la Paix d’Oslo a rappelé, gêné, que « les médailles peuvent changer de propriétaire, mais le titre de lauréat ne peut pas être transféré ». En Norvège, les réactions ont été cinglantes. Une professeure de politique internationale de l’Université d’Oslo a qualifié le geste de Machado d’« irrespectueux » et de « pathétique ». Quant à Trump, il a été magnanime : « Je pense qu’elle est une femme très bien et nous parlerons à nouveau. » Machado est repartie avec un sac-cadeau de la Maison-Blanche portant la signature de Trump. Et aucune promesse de soutien. Le symbole est dévastateur.
Trump et le Venezuela : la stratégie du chaos
Un libérateur autoproclamé
Revenons aux origines de cette crise. Donald Trump a toujours eu le Venezuela dans le viseur. Dès son premier mandat, il avait reconnu Juan Guaidó comme « président légitime » et imposé des sanctions écrasantes au régime Maduro. Mais les sanctions n’ont pas suffi. Maduro s’est accroché au pouvoir, soutenu par la Russie, la Chine et Cuba. Quand Trump est revenu au pouvoir en janvier 2025, la question vénézuélienne est restée en suspens. Jusqu’à ce que l’occasion se présente. L’élection truquée de juillet 2024 avait délégitimé Maduro aux yeux du monde. Les États-Unis, l’Union européenne, une grande partie de l’Amérique latine refusaient de reconnaître sa réélection. Le terrain était prêt.
L’opération Absolute Resolve a été planifiée dans le plus grand secret. Les frappes du 2 janvier ont pris tout le monde de court — y compris, semble-t-il, le Congrès américain. Le sénateur Chuck Schumer a accusé Trump d’« agir de mauvaise foi » et de « violer la Constitution ». Une résolution sur les pouvoirs de guerre a été soumise à la Chambre des représentants. Elle a échoué par un vote de 215-215. Deux républicains seulement ont rejoint les démocrates. Le parti de Trump a choisi la loyauté. Le Venezuela est devenu un fait accompli. Et Trump a déclaré, sans rire, que les États-Unis allaient « diriger » le pays. Le mot a fait le tour du monde.
Le choix de Rodriguez plutôt que Machado
Pourquoi Trump a-t-il choisi de soutenir Delcy Rodriguez plutôt que l’opposition démocratique ? La question hante les analystes. Plusieurs théories circulent. La première est purement pragmatique : Rodriguez contrôle l’appareil d’État. Elle a les clés du palais de Miraflores, des forces armées, de la compagnie pétrolière nationale PDVSA. Installer Machado ou González aurait nécessité un changement de régime complet, avec tous les risques que cela comporte. Rodriguez offre une continuité — corrompue, certes, mais stable.
La deuxième théorie est plus personnelle. Selon le Washington Post, Trump aurait été furieux que Machado accepte le Prix Nobel de la Paix en 2025. Il aurait préféré qu’elle le refuse et le lui « transmette ». Oui, vraiment. Trump convoite ce prix depuis des années. Il l’a mentionné plusieurs fois, se plaignant de ne jamais l’avoir reçu malgré ses « accomplissements » diplomatiques. Que Machado l’obtienne — pour avoir combattu un dictateur que Trump lui-même prétendait combattre — l’aurait rendu fou de jalousie. C’est mesquin. C’est petit. C’est très Trump.
Quand on analyse les motivations de Trump, on oscille toujours entre le cynisme et la stupéfaction. Est-il stratège ou capricieux ? Les deux, probablement. Ce qui est sûr, c’est que sa décision d’écarter Machado au profit de Rodriguez a stupéfié même ses alliés. Les figures anti-Maduro qui célébraient la chute du dictateur se retrouvent aujourd’hui sans voix. Leur « libérateur » a choisi de s’allier avec les complices du régime. Et Machado, avec son Nobel et son idéalisme, se retrouve à supplier pour des miettes d’attention. C’est cruel. C’est injuste. Et quelque part, c’est terriblement révélateur de la façon dont l’Amérique traite l’Amérique latine.
La rébellion de Rodriguez : calcul ou conviction ?
Les mots qui changent tout
Revenons à ce dimanche 25 janvier 2026. Delcy Rodriguez est à Anzoategui, dans l’est du Venezuela. Elle s’adresse aux travailleurs du secteur pétrolier — le cœur économique du pays. Et elle prononce ces mots : « Les ordres de Washington aux politiques vénézuéliens, ça suffit. Que ce soit la politique vénézuélienne qui résolve nos divergences et nos conflits internes. Assez des puissances étrangères. » Ce n’est pas une improvisation. C’est un message soigneusement calibré, adressé autant à son peuple qu’à Washington. Rodriguez ne rompt pas avec les États-Unis — elle n’en a pas les moyens. Mais elle pose des limites. Elle rappelle que le Venezuela est un pays souverain, pas une colonie américaine.
La phrase sur « le fascisme et l’extrémisme » est encore plus significative. Rodriguez ne parle pas de Maduro — elle parle de Trump. Elle retourne l’accusation. Les États-Unis, qui prétendaient libérer le Venezuela d’un régime autoritaire, sont eux-mêmes accusés de pratiques autoritaires. C’est un renversement narratif audacieux. Et il trouve un écho. Dans les rues de Caracas, les partisans du chavisme n’ont jamais accepté l’intervention américaine. Pour eux, Maduro reste le président légitime, enlevé par un empire arrogant. Rodriguez parle leur langage. Elle se repositionne comme une patriote, pas comme une collaboratrice.
Les risques d’un tel pari
Mais ce pari est risqué. Rodriguez marche sur une corde raide. D’un côté, elle doit satisfaire suffisamment Washington pour éviter de nouvelles sanctions — ou pire, une deuxième intervention militaire. De l’autre, elle doit rassurer sa base chaviste qu’elle n’a pas vendu le pays aux gringos. Sa déclaration de dimanche penche clairement vers le deuxième objectif. Mais Trump n’est pas connu pour sa tolérance envers ceux qui le défient. Sa réaction pourrait être violente. Des sanctions renforcées. Le gel des accords pétroliers. Ou simplement un tweet incendiaire — ne sous-estimons jamais le pouvoir d’un tweet présidentiel.
Il y a aussi la question de la légitimité. L’Union européenne ne reconnaît pas Rodriguez comme cheffe du gouvernement. Pour Bruxelles, le président légitime reste Edmundo González, actuellement en exil. La communauté internationale est divisée. La Russie et la Chine soutiennent Rodriguez — par pragmatisme plus que par conviction. Les États-Unis la soutiennent aussi — pour l’instant. Mais si elle continue à jouer l’indépendante, combien de temps ce soutien durera-t-il ? Rodriguez sait qu’elle est remplaçable. Trump l’a prouvé avec Machado. Aujourd’hui favorite, demain jetée.
Le bilan humain : ces morts qu'on préfère oublier
80 vies fauchées
Au milieu de ces jeux de pouvoir, il y a des corps. Des vies brisées. Des familles en deuil. Les frappes américaines du 2 janvier 2026 ont fait au moins 80 morts, selon le New York Times. D’autres sources parlent de 70 morts et 90 blessés. Le chiffre exact ne sera probablement jamais connu. Parmi les victimes confirmées : 23 militaires vénézuéliens et 32 Cubains des services de sécurité. Ce sont des combattants, dira-t-on. Des ennemis. Mais il y a aussi les autres. Les civils. Les innocents. Ceux qui n’avaient rien demandé à personne.
Il y a cette femme de 80 ans, tuée dans son appartement de Catia La Mar. Elle n’avait pas de nom dans les dépêches. Juste un âge. Juste un lieu. Elle dormait, probablement, quand le missile a frappé. Elle ne savait peut-être même pas qui était Trump. Elle ne comprenait peut-être pas ce qui se passait dans son pays. Elle voulait juste finir ses jours en paix. Elle n’en aura pas eu le temps. Il y a les autres aussi. Les anonymes. Les « dommages collatéraux » — cette expression obscène qu’on utilise pour ne pas dire « gens qu’on a tués par accident ». Combien étaient-ils ? Des dizaines, dit Caracas. On ne saura jamais.
Je me suis arrêté longtemps sur ce chiffre. 80. Quatre-vingts personnes. Ce n’est pas énorme, à l’échelle des guerres modernes. En Ukraine, on compte les morts par milliers. Mais 80 personnes, c’est 80 familles. 80 enterrements. 80 chaises vides à 80 tables. Cette octogénaire de Catia La Mar, elle avait peut-être des enfants. Des petits-enfants. Des gens qui l’aimaient. Et elle est morte parce qu’un président américain voulait capturer un président vénézuélien. C’est tout. C’est aussi simple et aussi terrible que ça. Et personne, à Washington, ne prononcera jamais son nom.
Le silence de l’Amérique
Aux États-Unis, le bilan humain de l’opération Absolute Resolve a été largement ignoré. Les médias ont couvert la capture de Maduro comme un exploit militaire. Les images des soldats américains, triomphants, ont fait le tour des chaînes d’information. Trump s’est vanté d’avoir accompli en quelques heures ce que ses prédécesseurs avaient échoué à faire en des années. Mais les corps vénézuéliens, eux, n’ont pas eu droit à la une. Ils sont restés dans les rubriques secondaires, noyés dans les chiffres. « Au moins 80 morts », disaient les dépêches. Et on passait à autre chose.
Sept militaires américains ont été blessés lors de l’opération. Deux ont subi des interventions chirurgicales au Texas. Leurs noms ont été gardés secrets, par respect pour leur vie privée. Les noms des 80 Vénézuéliens morts, eux, n’ont jamais été publiés. Pas par respect. Par indifférence. Parce que dans la hiérarchie des vies humaines, certaines comptent plus que d’autres. C’est le principe non écrit de toutes les interventions militaires américaines. Les « nôtres » sont des héros. Les « leurs » sont des statistiques.
L'Union européenne et la communauté internationale
Bruxelles face au fait accompli
L’Union européenne s’est retrouvée dans une position inconfortable. Le 5 janvier 2026, la porte-parole de la Commission européenne, Anitta Hipper, a annoncé que l’UE « ne reconnaît pas la légitimité de Rodriguez comme cheffe du gouvernement par intérim ». Pour Bruxelles, le président légitime du Venezuela reste Edmundo González, celui qui avait été privé de sa victoire lors de l’élection truquée de 2024. Mais González est en exil. Il n’a aucun pouvoir réel. Et l’UE n’a aucun moyen de l’imposer.
Cette position de principe met l’Europe en porte-à-faux avec les États-Unis. Washington a choisi le pragmatisme — ou le cynisme, selon les points de vue. Bruxelles s’accroche aux principes démocratiques. Le résultat, c’est une cacophonie diplomatique qui ne profite à personne. Rodriguez peut jouer les deux camps l’un contre l’autre. Elle peut se présenter comme l’interlocutrice incontournable, celle avec qui tout le monde doit négocier, qu’on la reconnaisse ou non. Sa rébellion de dimanche s’inscrit dans cette stratégie : montrer qu’elle n’est la marionnette de personne.
La Russie et la Chine en embuscade
Moscou et Pékin observent la situation avec un intérêt non dissimulé. La Russie, surtout, a des liens étroits avec le Venezuela. Des conseillers militaires russes étaient présents dans le pays avant l’intervention américaine. Certains ont été tués dans les frappes — un fait que Moscou n’a pas commenté publiquement. Le Kremlin a condamné l’opération comme une « violation flagrante du droit international », mais n’a pas pris de mesures concrètes. La Russie est trop occupée en Ukraine pour ouvrir un nouveau front en Amérique latine.
La Chine est plus prudente encore. Pékin a des investissements massifs au Venezuela, notamment dans le secteur pétrolier. Une déstabilisation du pays menacerait ces intérêts. Mais la Chine préfère la diplomatie aux confrontations directes. Elle attend de voir comment les choses évoluent. Si Rodriguez parvient à s’affranchir suffisamment de Washington, elle pourrait devenir une partenaire intéressante. Si elle échoue, Pékin trouvera d’autres interlocuteurs. La géopolitique est un jeu de patience. Et la Chine a tout son temps.
L'avenir du Venezuela : trois scénarios possibles
Scénario 1 : Rodriguez s’impose
Dans le meilleur des cas pour elle, Delcy Rodriguez parvient à consolider son pouvoir. Elle maintient une relation suffisamment cordiale avec les États-Unis pour éviter les sanctions, tout en affirmant l’autonomie vénézuélienne. Les accords pétroliers se poursuivent. Les investisseurs étrangers affluent. L’économie se redresse progressivement. Les prisonniers politiques sont libérés — au compte-gouttes, pour garder des cartes en main. L’opposition est intégrée au jeu politique, mais marginalisée. Rodriguez devient une figure de compromis, ni chaviste pure, ni démocrate convaincue. Une pragmatiste au pouvoir.
Ce scénario suppose que Trump accepte de voir son influence diminuer. Ce n’est pas gagné. Le président américain a l’habitude de punir ceux qui le défient. Et Rodriguez vient de le défier publiquement. Sa déclaration de dimanche pourrait avoir des conséquences. Un tweet rageur. Des sanctions ciblées. Ou simplement un refroidissement des relations qui compliquerait les négociations en cours. Rodriguez joue gros. Elle parie que Trump a besoin d’elle autant qu’elle a besoin de lui. Elle pourrait avoir tort.
Scénario 2 : Trump se retourne contre Rodriguez
Dans ce scénario, Washington décide que Rodriguez est devenue trop indépendante. Les États-Unis réactivent leur soutien à l’opposition démocratique — Machado, González, ou d’autres figures moins compromises. Des sanctions sont imposées à Rodriguez et à ses proches. L’aide américaine est conditionnée à un véritable changement de régime. La pression monte. Rodriguez se retrouve isolée, coincée entre un Washington hostile et une base chaviste qui ne lui fait pas confiance.
Ce scénario pourrait mener à une nouvelle crise. Des manifestations. Des affrontements. Peut-être une nouvelle intervention militaire — plus limitée cette fois, ciblant Rodriguez elle-même. Le précédent de Maduro montre que les États-Unis sont prêts à franchir des lignes qu’on croyait infranchissables. Rodriguez le sait. C’est peut-être pour ça qu’elle a choisi de se rebeller maintenant, avant que Trump ne décide de la remplacer. Mieux vaut attaquer en premier que d’attendre d’être attaquée.
Qu’adviendra-t-il du Venezuela ? Honnêtement, je n’en sais rien. Et je crois que personne ne le sait vraiment. Ce pays est devenu un laboratoire des pires tendances de notre époque : l’interventionnisme américain, l’effondrement des normes internationales, la survie des autocraties, la trahison des promesses démocratiques. Rodriguez, Machado, Trump, Maduro — ils sont tous des acteurs d’une pièce dont personne ne connaît la fin. Ce qui est sûr, c’est que le peuple vénézuélien continuera de payer le prix. Comme toujours.
Scénario 3 : Le chaos permanent
Le troisième scénario est peut-être le plus probable : l’instabilité permanente. Ni Rodriguez, ni l’opposition, ni les États-Unis ne parviennent à imposer leur vision. Le Venezuela reste un pays divisé, gouverné par une présidente contestée, dépendant d’une économie pétrolière fragile, pris entre les intérêts contradictoires des grandes puissances. Les négociations s’éternisent. Les élections sont reportées, truquées, contestées. La population continue de fuir — déjà 7 millions de Vénézuéliens ont quitté le pays ces dernières années.
Ce scénario n’a pas de fin heureuse. Il n’a pas de fin du tout. C’est un présent perpétuel de crise, de survie, d’incertitude. Les Vénézuéliens ont appris à vivre avec. Ils n’ont pas le choix. Pendant que les puissants jouent leurs parties d’échecs, les gens ordinaires font la queue pour le pain, comptent leurs bolivars dévalués, rêvent d’un ailleurs qu’ils n’atteindront peut-être jamais. C’est ça, la réalité du Venezuela. Pas les déclarations tonitruantes. Pas les captures spectaculaires. Juste la survie, au jour le jour.
Conclusion : Le Venezuela, miroir de notre époque
Une souveraineté en lambeaux
Ce qui se passe au Venezuela dépasse les frontières de ce pays. C’est un test pour l’ordre international. Trump a prouvé qu’une puissance suffisamment forte peut envahir un autre pays, capturer son président, et « diriger » sa politique sans que personne ne l’en empêche. Le Conseil de sécurité de l’ONU n’a rien fait. Les sanctions ont été symboliques. Les condamnations, verbales. Le « dangereux précédent » dénoncé par António Guterres est désormais une réalité. Et d’autres regardent, prennent des notes, se demandent s’ils pourraient en faire autant.
La rébellion de Delcy Rodriguez est un sursaut de dignité dans ce contexte. Pas une dignité morale — Rodriguez n’est pas une héroïne, elle est une survivante du régime Maduro. Mais une dignité nationale. Un rappel que même un petit pays écrasé par une superpuissance peut encore lever la voix. Peut encore dire « assez ». Peut encore refuser d’être une simple colonie. Ce n’est pas grand-chose. Mais dans le monde tel qu’il est devenu, c’est déjà quelque chose.
La question qui reste
Et maintenant ? Trump va-t-il punir Rodriguez pour son insolence ? L’opposition va-t-elle trouver un chemin vers le pouvoir ? Le Venezuela va-t-il enfin connaître la paix, la démocratie, la prospérité qu’on lui promet depuis des décennies ? Ou va-t-il continuer à s’enfoncer dans le chaos, victime des ambitions de ceux qui prétendent le sauver ? Les questions sont nombreuses. Les réponses, rares.
Je termine ces lignes avec un sentiment d’amertume. Pas pour Rodriguez, qui a choisi son camp et en assume les conséquences. Pas pour Trump, qui se comporte exactement comme on pouvait l’attendre. Mais pour les Vénézuéliens. Ces millions de personnes prises en otage par l’histoire, ballottées entre dictateurs et « libérateurs », entre espoirs trahis et promesses jamais tenues. Cette octogénaire de Catia La Mar — je reviens toujours à elle. Elle n’avait rien demandé. Elle voulait juste vivre. Et quelque part, dans le grand jeu des nations, sa vie ne valait rien. C’est peut-être ça, la leçon de cette histoire. Les vies ordinaires ne comptent pas dans les calculs des puissants. Elles sont juste des « dommages collatéraux ». Des statistiques. Des chiffres qu’on oublie aussitôt prononcés. Et nous, spectateurs impuissants, on regarde. On commente. On passe à autre chose. Jusqu’à la prochaine fois.
Le Venezuela continuera d’exister. Avec ou sans Rodriguez. Avec ou sans Trump. Avec ou sans intervention américaine. Parce que les pays ne meurent pas comme les hommes. Ils endurent. Ils souffrent. Ils survivent. Et parfois, au bout de très longtemps, ils se relèvent. C’est peut-être le seul espoir qui reste. Que le Venezuela, un jour, se relève. Malgré tout. Malgré tous.
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur et analyste. Mon expertise réside dans l’observation et l’analyse des dynamiques géopolitiques, économiques et stratégiques qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies politiques, à comprendre les mouvements économiques globaux, à contextualiser les décisions des acteurs internationaux et à proposer des perspectives analytiques sur les transformations qui redéfinissent nos sociétés.
Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. Je prétends à la lucidité analytique, à l’interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux complexes qui nous concernent tous. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et stratégique, et d’offrir une lecture critique des événements.
Méthodologie et sources
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et analyses interprétatives. Les informations factuelles présentées proviennent exclusivement de sources primaires et secondaires vérifiables.
Sources primaires : communiqués officiels des gouvernements, déclarations publiques des dirigeants politiques, dépêches d’agences de presse internationales reconnues (Agence France-Presse, Reuters, Associated Press).
Sources secondaires : publications spécialisées, médias d’information reconnus internationalement (La Presse, Radio-Canada, France Info, Euronews, CNN, Al Jazeera, NPR, NBC News, The Washington Post, New York Times).
Nature de l’analyse
Les analyses, interprétations et perspectives présentées dans les sections analytiques de cet article constituent une synthèse critique et contextuelle basée sur les informations disponibles, les tendances observées et les commentaires d’experts cités dans les sources consultées.
Toute évolution ultérieure de la situation pourrait naturellement modifier les perspectives présentées ici. Cet article sera mis à jour si de nouvelles informations officielles majeures sont publiées.
Sources
Sources primaires
La Presse / AFP — Venezuela : « les ordres de Washington, ça suffit », déclare la présidente par intérim — 25 janvier 2026
Radio-Canada — Venezuela : « les ordres de Washington, ça suffit », déclare la présidente par intérim — 25 janvier 2026
La Nouvelle Tribune — Venezuela : Delcy Rodriguez ne veut plus des ordres de Trump — 26 janvier 2026
Euronews — Delcy Rodríguez prête serment comme présidente par intérim du Venezuela — 5 janvier 2026
France Info — Quel est le bilan de l’opération américaine au Venezuela ? — janvier 2026
Sources secondaires
CNN — Venezuela’s Machado gave Trump her Nobel prize. In return she received a swag bag but no promise of support — 15 janvier 2026
Al Jazeera — Fact-checking Trump following US ‘capture’ of Venezuela’s Maduro — 4 janvier 2026
NPR — María Corina Machado says she presented her Nobel Peace Prize to Trump — 16 janvier 2026
NBC News — María Corina Machado gives Trump her Nobel Peace Prize medal — 15 janvier 2026
Wikipedia — 2026 United States intervention in Venezuela — janvier 2026
Le Grand Continent — Carte exclusive des frappes américaines à Caracas — 3 janvier 2026
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.