La thèse du professeur Siracusa : une vérité que personne n’ose dire
Joe Siracusa est un homme qui a passé sa vie à étudier les conflits internationaux. Ancien conseiller du Département d’État américain, professeur émérite, auteur de dizaines d’ouvrages sur la géopolitique, il possède cette capacité rare de voir au-delà des discours officiels pour identifier les réalités profondes. Et ce qu’il voit dans la situation ukrainienne est sans appel : « Bien que Zelensky refuse de se retirer du Donbass, il devra probablement faire des concessions territoriales à un moment donné. » Une phrase simple qui contient tout le drame de cette guerre. Le président ukrainien sait qu’il va perdre ce territoire. Tout le monde le sait. Mais personne ne peut le dire publiquement sans déclencher une crise politique majeure à Kyiv.
Le problème, explique Siracusa, c’est que Zelensky « n’a pas le soutien intérieur nécessaire pour survivre à une telle décision ». Sa position deviendrait « intenable » s’il devait concéder sur le Donbass immédiatement, « même s’il est clair que ce territoire est perdu pour l’Ukraine ». C’est le paradoxe cruel de la démocratie en temps de guerre : le peuple ukrainien a élu un président pour défendre chaque centimètre de territoire, et ce même président se retrouve dans l’impossibilité de négocier la paix parce que toute négociation implique des concessions que son peuple refuse d’accepter. Le sondage publié par l’Institut international de sociologie de Kyiv est éloquent : 54 % des Ukrainiens soutiennent Zelensky dans son refus de céder le Donbass. Seuls 39 % accepteraient à contrecœur cette concession en échange de garanties de sécurité très solides.
Le professeur Crosston confirme : admettre la défaite serait fatal
Matthew Crosston, professeur de sécurité nationale à l’université d’État de Bowie, apporte une perspective complémentaire qui enfonce le clou. Selon lui, Zelensky refuse toute concession territoriale parce qu’il sait pertinemment que « ce serait équivalent à admettre qu’il a perdu le conflit ». Et dans le contexte politique ukrainien actuel, une telle admission serait un suicide. Le président a construit toute sa légitimité sur la résistance, sur le refus de capituler, sur cette image du leader qui tient bon face à l’ogre russe. Abandonner cette posture, même partiellement, reviendrait à détruire tout ce qui le maintient au pouvoir.
Crosston propose une piste alternative : une « trêve énergétique » pourrait constituer un compromis acceptable pour les deux parties. L’idée serait de suspendre les attaques contre les infrastructures énergétiques — un geste que Moscou et Kyiv pourraient présenter comme un effort diplomatique sincère sans pour autant abandonner leurs objectifs fondamentaux. C’est une solution de façade, certes. Mais dans un conflit où les deux camps sont enfermés dans des positions maximalistes, parfois les solutions de façade sont tout ce qui reste. Le problème, c’est que la Russie ne semble pas intéressée par ce type de demi-mesures. Les 375 drones et 21 missiles lancés pendant les négociations d’Abou Dhabi en sont la preuve la plus éclatante.
Ce qui me frappe dans ces analyses, c’est leur froideur. Pas d’émotion. Pas de jugement moral. Juste des faits. Le Donbass est perdu. Zelensky ne peut pas l’admettre. La guerre va continuer. Et nous, observateurs lointains, nous hochons la tête comme si tout cela était parfaitement logique. Comme si les milliers de morts à venir étaient simplement le prix à payer pour une équation politique. Je comprends la logique des experts. Je la trouve quand même révoltante. Parce que derrière ces analyses brillantes, il y a des gens. Des vraies personnes. Des familles qui ne reverront jamais leurs proches. Et eux, ils se fichent éperdument de savoir si Zelensky « survit politiquement » ou non.
Section 3 : Le message glaçant du Kremlin pendant les négociations
375 drones et 21 missiles : la diplomatie russe en action
Pendant que les négociateurs se serraient la main dans les salons feutrés d’Abou Dhabi, Vladimir Poutine envoyait un autre message. Un message qui ne nécessitait pas de traducteur. Dans la nuit du 23 au 24 janvier 2026, la Russie a lancé l’une de ses plus importantes vagues d’attaques depuis le début de la guerre. 375 drones. 21 missiles. Les cibles : les infrastructures énergétiques ukrainiennes. Le résultat : 1,2 million de foyers sans électricité en plein hiver, avec des températures largement en dessous de zéro. Au moins une personne tuée. Plus de 30 blessées. Le PDG d’UkrEnergo, l’opérateur du réseau électrique ukrainien, a annoncé que 80 % du pays faisait face à des coupures d’urgence non planifiées à la suite de cette attaque.
Le ministre ukrainien des Affaires étrangères Andrii Sybiha n’a pas mâché ses mots : « Cette attaque barbare prouve une fois de plus que la place de Poutine n’est pas au Conseil de Paix de Trump, mais sur le banc des accusés d’un tribunal spécial. » Il a ajouté : « Ses missiles n’ont pas seulement frappé notre peuple, ils ont frappé la table des négociations. » Une formule saisissante qui résume parfaitement la stratégie russe : négocier d’une main tout en bombardant de l’autre. Créer une pression maximale sur l’adversaire pour l’obliger à céder. C’est ce qu’on appelle la « diplomatie coercitive » dans les manuels de relations internationales. Dans la vraie vie, ça ressemble à du chantage pur et simple.
Le porte-parole du Kremlin pose ses conditions
Dmitri Peskov, le porte-parole du Kremlin, a été parfaitement clair sur les attentes russes. Le retrait des troupes ukrainiennes du Donbass oriental reste une « condition importante » pour tout accord de paix. Pas une suggestion. Pas un point de discussion. Une condition. Moscou ne bougera pas sur ce point. L’Ukraine doit céder l’intégralité des territoires annexés — Donetsk, Luhansk, Zaporijjia, Kherson — ou la guerre continue. C’est aussi simple que ça. Les territoires annexés en septembre 2022 lors de référendums que le monde entier a qualifiés de mascarades sont considérés par le Kremlin comme russes. Point final. Non négociable.
Peskov a également tempéré les attentes concernant les pourparlers : il ne faut pas s’attendre à des « percées » lors des premières séances de négociation, car les « questions complexes » à résoudre entre les parties sont nombreuses. Une façon polie de dire que la Russie n’est pas pressée. Elle peut attendre. Elle peut négocier pendant des mois, des années s’il le faut, tout en maintenant la pression militaire sur le terrain. L’Ukraine, elle, n’a pas ce luxe. Chaque jour qui passe affaiblit son économie, épuise ses ressources militaires, et érode le soutien occidental. Le temps joue pour Moscou. Et Poutine le sait parfaitement.
Section 4 : Ce que Zelensky cherche vraiment dans ces négociations
La garantie de sécurité américaine : le véritable enjeu
Si Zelensky ne peut pas sauver le Donbass, que peut-il obtenir à Abou Dhabi ? Selon le professeur Siracusa, l’objectif principal du président ukrainien est clair : obtenir des garanties de sécurité américaines pour l’après-cessez-le-feu. Des garanties concrètes, vérifiables, contraignantes. Pas des promesses sur papier comme les accords de Budapest de 1994, où l’Ukraine avait renoncé à son arsenal nucléaire en échange de garanties de sécurité qui se sont révélées parfaitement inutiles quand la Russie a annexé la Crimée en 2014. Cette fois, Kyiv veut du concret. Une présence militaire américaine permanente. Un engagement formel de défense en cas d’agression future. Quelque chose qui rendrait toute nouvelle attaque russe extrêmement coûteuse.
L’administration Trump semble prête à jouer ce rôle de « superviseur principal » d’un éventuel accord de paix. Les officiels américains ont évoqué un « monitoring américain » pour surveiller l’application de tout cessez-le-feu. C’est un pas dans la bonne direction, mais c’est loin d’être suffisant aux yeux de Kyiv. Ce que l’Ukraine veut, c’est une garantie qui dissuade Moscou de recommencer dans cinq ou dix ans. Une garantie qui rende la prochaine guerre trop risquée pour le Kremlin. Reste à savoir si Washington est prêt à s’engager à ce niveau — surtout avec un président Trump dont la politique étrangère reste imprévisible et dont les priorités semblent davantage orientées vers les accords commerciaux que vers les alliances militaires traditionnelles.
Les garanties de sécurité. Voilà le mot magique. Celui qui est censé tout résoudre. Mais quand j’entends ces mots, je pense à 1994. Je pense à ce moment où l’Ukraine a cru les grandes puissances sur parole. Je pense à toutes ces promesses non tenues. Et je me demande : pourquoi serait-ce différent cette fois ? Qu’est-ce qui empêcherait un futur président américain de décider que l’Ukraine n’est plus une priorité ? Qu’est-ce qui empêcherait la Russie d’attendre simplement que le vent politique tourne ? Les garanties de sécurité, c’est bien. Mais ce sont des mots. Et les mots, dans cette guerre, n’ont jamais protégé personne des missiles.
Les attaques énergétiques : la dernière carte de l’Ukraine
L’Ukraine n’est pas totalement démunie dans cette équation. Selon le professeur Siracusa, les attaques contre les infrastructures énergétiques russes restent « parmi les options stratégiques viables » de Kyiv. Depuis plusieurs mois, les drones ukrainiens frappent régulièrement les raffineries et les dépôts de carburant en territoire russe, causant des dommages significatifs à l’économie de guerre de Moscou. Ces frappes ne changeront pas l’issue du conflit, mais elles constituent un levier de pression non négligeable. Un rappel que l’Ukraine peut, elle aussi, faire mal. Que la guerre n’est pas à sens unique.
C’est dans ce contexte que la proposition d’une « trêve énergétique » évoquée par le professeur Crosston prend tout son sens. Si les deux camps acceptaient de cesser leurs attaques contre les infrastructures énergétiques respectives, cela pourrait constituer un premier pas vers une désescalade plus large. Moscou cesserait de plonger des millions d’Ukrainiens dans le noir et le froid. Kyiv cesserait de frapper les installations pétrolières russes. Chaque camp pourrait présenter cet accord comme une victoire diplomatique sans abandonner ses positions fondamentales sur le territoire. C’est peut-être naïf. C’est peut-être irréaliste. Mais c’est peut-être aussi la seule porte de sortie que personne n’a encore osé franchir.
Section 5 : L'opinion publique ukrainienne — le mur auquel se heurte Zelensky
Les chiffres qui paralysent toute concession
La démocratie a ses grandeurs et ses servitudes. Pour Zelensky, la servitude se mesure en pourcentages. 54 % des Ukrainiens soutiennent fermement son refus de céder le Donbass. C’est plus de la moitié de la population. Plus de la moitié des électeurs. Plus de la moitié de ceux dont il aura besoin s’il veut avoir un avenir politique après cette guerre. Ces 54 % ne veulent pas entendre parler de compromis territorial. Pour eux, chaque centimètre de terre ukrainienne vaut le sang versé pour le défendre. Chaque concession serait une trahison envers les soldats tombés au combat. Une insulte à la mémoire des martyrs de Marioupol, Bakhmout, Boutcha.
Les 39 % qui accepteraient « à contrecœur » la cession du Donbass posent leurs conditions : des garanties de sécurité « très fortes ». Pas des promesses. Des garanties. Concrètes. Vérifiables. Contraignantes. Le genre de garanties que personne n’a encore offert à l’Ukraine. Le genre de garanties qui impliqueraient un engagement américain bien plus profond que ce que l’administration Trump semble disposée à consentir. Ces 39 % représentent peut-être l’espace de manœuvre politique de Zelensky. Mais c’est un espace étroit. Très étroit. Et il se rétrécit chaque jour un peu plus.
Le piège démocratique en temps de guerre
Comment négocier la paix quand votre peuple refuse les compromis nécessaires à cette paix ? C’est le dilemme fondamental auquel fait face Zelensky. Un dilemme que les autocrates comme Poutine n’ont pas à gérer. Le président russe peut décider seul. Il peut imposer sa volonté sans se soucier des sondages ou des élections. Il peut sacrifier des milliers de soldats sans craindre une sanction électorale. Zelensky, lui, doit rendre des comptes. Il doit justifier chaque décision. Il doit convaincre, expliquer, négocier — non seulement avec Moscou, mais aussi avec son propre peuple.
C’est une situation que les experts en relations internationales appellent le « two-level game » — le jeu à deux niveaux. Le dirigeant doit simultanément négocier sur la scène internationale et maintenir le soutien de son opinion publique nationale. Ces deux objectifs sont souvent contradictoires. Ce qui est acceptable pour les partenaires étrangers est inacceptable pour l’opinion intérieure, et vice versa. Zelensky est coincé dans ce piège. Chaque concession qu’il fait à Abou Dhabi l’affaiblit à Kyiv. Chaque position ferme qu’il maintient à Kyiv complique les négociations à Abou Dhabi. Le cercle est vicieux. Et il n’y a pas de sortie évidente.
Je pense souvent à ce que ça doit faire d’être Zelensky en ce moment. Porter le poids d’une nation entière. Savoir que chaque décision que vous prenez sera jugée par l’histoire. Savoir que des millions de personnes comptent sur vous pour les sauver. Et savoir, au fond de vous, que vous ne pouvez peut-être pas les sauver tous. Que certains choix sont impossibles. Que certaines défaites sont inévitables. Comment dort-on avec ça ? Comment se regarde-t-on dans le miroir le matin ? Je ne sais pas. Je ne suis pas sûr de vouloir savoir.
Section 6 : Le rôle controversé de l'administration Trump
Des envoyés d’affaires pour une guerre de civilisation
L’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche a bouleversé la donne diplomatique. Pendant sa campagne, il avait promis de régler le conflit en « 24 heures ». Cette promesse s’est avérée aussi creuse que prévisible. Mais ce qui a changé, c’est la nature même de l’engagement américain. L’administration Biden maintenait une ligne de soutien inconditionnel à l’Ukraine. L’administration Trump adopte une approche transactionnelle, cherchant à obtenir un « deal » quitte à pousser Kyiv vers des concessions douloureuses.
Le choix des négociateurs en dit long. Steve Witkoff et Jared Kushner ne sont pas des diplomates de carrière. Ce sont des hommes d’affaires. Des deal-makers. Des gens pour qui tout problème a une solution si on trouve le bon prix. Cette approche peut fonctionner dans l’immobilier ou la finance. Elle est beaucoup plus problématique quand il s’agit de territoires, de souveraineté, de vies humaines. L’ancien envoyé spécial, le général Keith Kellogg, a été écarté après que le Kremlin a fait savoir qu’il le trouvait « trop pro-ukrainien ». Le message était clair : Washington a choisi de ménager Moscou.
L’inquiétude ukrainienne face aux négociations bilatérales
Zelensky a exprimé à plusieurs reprises sa crainte de voir les États-Unis négocier directement avec la Russie sans que l’Ukraine soit présente. « Parler de l’Ukraine sans nous — c’est dangereux pour tout le monde », a-t-il averti. Une crainte parfaitement légitime. La rencontre de quatre heures entre Kushner, Witkoff et Poutine au Kremlin, juste avant les pourparlers d’Abou Dhabi, n’a fait qu’alimenter ces inquiétudes. Que s’est-il dit dans cette pièce ? Quelles promesses ont été échangées ? Quels compromis ont été évoqués ? L’Ukraine n’en sait rien. Et c’est précisément ce qui l’inquiète.
L’histoire regorge d’exemples où les grandes puissances ont décidé du sort de petits pays sans leur consentement. Les accords de Munich en 1938. Yalta en 1945. Le partage de la Pologne au XVIIIe siècle. À chaque fois, les pays concernés n’ont eu d’autre choix que d’accepter ce que les puissants avaient décidé pour eux. L’Ukraine refuse ce scénario. Mais a-t-elle vraiment le choix ? Sans le soutien américain — militaire, financier, diplomatique — combien de temps peut-elle tenir face à la Russie ? C’est la question que personne n’ose poser à voix haute. Mais c’est la question qui plane au-dessus de chaque table de négociation.
Section 7 : Les scénarios possibles pour la suite
Scénario 1 : Le gel du conflit façon Corée
Le premier scénario envisageable est un gel du conflit sur le modèle coréen. Une ligne de cessez-le-feu supervisée par des forces internationales. La Russie garde ce qu’elle a conquis. L’Ukraine conserve le reste. Aucun camp ne reconnaît la légitimité des gains de l’autre. La guerre s’arrête, mais la paix n’est jamais formellement signée. Ce scénario permettrait d’arrêter les combats immédiatement. Mais il laisserait toutes les questions fondamentales sans réponse. Le statut légal des territoires annexés. La responsabilité pour les crimes de guerre. Les réparations. La reconstruction. Tout resterait en suspens, indéfiniment.
C’est peut-être le scénario le plus réaliste à court terme. Ni Moscou ni Kyiv ne peuvent obtenir tout ce qu’ils veulent. Un gel permettrait à chaque camp de sauver la face. Poutine pourrait revendiquer ses gains territoriaux. Zelensky pourrait affirmer qu’il n’a pas capitulé. Les États-Unis pourraient se féliciter d’avoir obtenu un « deal ». Tout le monde serait mécontent, mais personne ne serait humilié. C’est souvent ainsi que se terminent les guerres : non pas par une victoire claire, mais par un épuisement mutuel qui rend la continuation des combats plus coûteuse que leur arrêt.
Scénario 2 : L’impasse prolongée et la guerre d’usure
Le deuxième scénario est plus sombre : l’impasse totale. Les positions sont trop éloignées. Les exigences trop irréconciliables. Les pourparlers s’enlisent. Le conflit reprend de plus belle. L’Ukraine entre dans sa cinquième année de guerre. Ce scénario est probablement celui que le Kremlin préfère secrètement. Moscou peut tenir indéfiniment. Son économie est passée en mode guerre. Ses usines tournent à plein régime. Ses soldats sont remplaçables. L’Ukraine, elle, s’épuise. Son économie est dévastée. Ses infrastructures sont détruites. Son soutien occidental s’effrite lentement.
Dans ce scénario, le temps joue pour la Russie. Chaque mois qui passe affaiblit l’Ukraine. Chaque élection en Europe ou aux États-Unis risque d’amener au pouvoir des dirigeants moins favorables à Kyiv. La fatigue de la guerre s’installe dans les opinions publiques occidentales. Les budgets d’aide militaire deviennent de plus en plus difficiles à faire voter. Poutine parie sur la durée. Il parie que l’Occident se lassera avant lui. Et jusqu’à présent, rien ne prouve qu’il ait tort.
Quand je regarde ces scénarios, aucun ne me satisfait. Le gel ? C’est une capitulation déguisée. L’impasse ? C’est des années de souffrance supplémentaire. La paix « juste » ? Personne ne sait à quoi elle ressemblerait. Je voudrais pouvoir offrir une perspective optimiste. Dire que tout va bien se passer. Que la justice finira par triompher. Mais ce serait mentir. La vérité, c’est que cette guerre n’a pas de bonne solution. Il n’y a que des solutions moins mauvaises. Et même ces solutions-là semblent hors de portée.
Section 8 : Ce qui se joue au-delà de l'Ukraine
Le message envoyé au reste du monde
L’issue de ce conflit déterminera bien plus que le sort de l’Ukraine. Elle façonnera l’ordre international pour des décennies. Si la Russie obtient des gains territoriaux permanents acquis par la force, le message sera clair : l’agression paie. Les frontières peuvent être modifiées par la violence. Le droit international est une fiction que les puissants peuvent ignorer impunément. D’autres régimes autoritaires prendront note. La Chine observera attentivement pour Taïwan. L’Iran ajustera ses calculs au Moyen-Orient. Le monde deviendra un endroit plus dangereux.
À l’inverse, si l’Ukraine parvient à préserver l’essentiel de son intégrité territoriale et à obtenir des garanties crédibles contre une future agression, cela renforcera le principe que les frontières sont inviolables. Que la communauté internationale est capable de défendre ses valeurs. Que les agresseurs finissent par payer le prix de leurs crimes. C’est cet enjeu qui devrait mobiliser l’Occident. C’est cet enjeu qui semble parfois oublié dans les calculs politiciens à court terme. Le sort de l’Ukraine n’est pas qu’une question ukrainienne. C’est une question qui nous concerne tous.
Les voisins qui tremblent
Les pays baltes, la Pologne, la Finlande, la Moldavie : tous ces voisins de la Russie scrutent les négociations avec une anxiété existentielle. Ce qui arrive à l’Ukraine pourrait leur arriver demain. Si les garanties de sécurité promises à Kyiv s’avèrent creuses, qu’est-ce qui les protège, eux ? L’OTAN ? L’alliance atlantique vient de montrer ses limites. Elle peut fournir des armes, mais elle refuse d’engager directement ses troupes. Elle peut imposer des sanctions, mais elle ne peut pas stopper les missiles russes.
Pour ces pays, la leçon est claire : ne comptez que sur vous-mêmes. Armez-vous. Préparez-vous. Et espérez que le prochain président américain ne décide pas que votre région n’est plus une priorité. C’est une vision du monde profondément pessimiste. Mais c’est la vision du monde que cette guerre impose. L’ordre libéral international, construit après 1945 et renforcé après 1991, est en train de se fissurer. Abou Dhabi ne le réparera pas. Au mieux, les négociations permettront de limiter les dégâts. Au pire, elles entérineront le déclin.
Section 9 : La prochaine étape — le 1er février à Abou Dhabi
Ce qui reste à négocier
Les délégations ont prévu de se retrouver le 1er février 2026 pour un nouveau round de négociations. D’ici là, chaque partie rapportera à sa capitale les résultats des discussions. Zelensky devra convaincre son gouvernement et son peuple que les concessions envisagées valent la paix qu’elles pourraient apporter. Poutine devra décider jusqu’où il est prêt à aller — ou plutôt, jusqu’où il n’est pas prêt à céder. Trump devra déterminer quel niveau d’engagement américain il est disposé à offrir.
Les points de blocage restent les mêmes : le Donbass et la centrale nucléaire de Zaporijjia. Sur ces deux dossiers, les positions n’ont pas bougé d’un centimètre. Moscou exige un retrait total. Kyiv refuse catégoriquement. Les propositions américaines de « zone économique libre » ou de « gestion tripartite » n’ont pas trouvé de preneurs. Le 1er février ne verra probablement pas de percée majeure. Au mieux, les négociateurs continueront à discuter. Au pire, tout s’effondrera. Entre les deux, mille possibilités. Et aucune certitude.
Les signaux à surveiller dans les prochains jours
Plusieurs indicateurs permettront de jauger l’état réel des négociations dans les jours à venir. L’intensité des frappes russes, d’abord. Si Moscou réduit ses attaques contre les infrastructures ukrainiennes, ce sera un signe que le Kremlin prend les pourparlers au sérieux. Si les bombardements se poursuivent au même rythme, ce sera le signal inverse. Les déclarations publiques des dirigeants, ensuite. Zelensky durcira-t-il le ton ou amorcera-t-il un assouplissement de sa position ? Poutine enverra-t-il des signaux d’ouverture ou campera-t-il sur ses exigences maximalistes ?
L’attitude de l’administration Trump sera également déterminante. Les États-Unis continueront-ils leur aide militaire à l’Ukraine pendant les négociations, ou la conditionneront-ils à des progrès diplomatiques ? Des fuites dans la presse américaine suggèrent que certains conseillers de Trump voudraient utiliser l’aide comme levier pour forcer Kyiv à faire des concessions. Si cette approche se confirme, Zelensky se retrouvera encore plus acculé. Pris en étau entre les exigences russes et les pressions américaines. Sans marge de manœuvre. Sans porte de sortie.
Conclusion : L'impossible équation d'une paix qui se dérobe
Ce que les experts nous apprennent sur l’avenir
Les analyses du professeur Siracusa et du professeur Crosston convergent sur un point essentiel : la situation est dans une impasse structurelle. Zelensky ne peut pas céder sans se détruire politiquement. Poutine n’acceptera pas moins que ce qu’il exige. Les États-Unis n’ont pas les moyens — ou la volonté — de forcer l’un ou l’autre à changer de position. Cette équation n’a pas de solution simple. Peut-être n’a-t-elle pas de solution du tout. Peut-être que cette guerre, comme tant d’autres avant elle, finira par s’épuiser d’elle-même sans jamais trouver de résolution formelle.
Ce qui frappe, dans ces analyses, c’est leur lucidité impitoyable. Pas de faux espoir. Pas de vœux pieux. Juste les faits, froids et implacables. Le Donbass est perdu. Zelensky le sait. Tout le monde le sait. Mais personne ne peut l’admettre sans provoquer une crise politique majeure. Alors le ballet diplomatique continue. Les négociateurs se rencontrent. Les communiqués parlent de « progrès constructifs ». Et pendant ce temps, les gens meurent. Les maisons brûlent. Les familles pleurent leurs disparus. C’est le prix de cette comédie diplomatique. Un prix que l’Ukraine paie chaque jour en sang.
En terminant cet article, je pense à un mot que les experts n’ont pas prononcé : justice. On parle de territoire. On parle de sécurité. On parle de compromis. Mais personne ne parle de justice. Personne ne demande comment réparer l’irréparable. Comment rendre à ces millions d’Ukrainiens les années qui leur ont été volées. Comment punir ceux qui ont ordonné les massacres. Dans les salons feutrés d’Abou Dhabi, la justice n’a pas de siège à la table. Elle attend dehors, dans le froid, avec les réfugiés et les orphelins. Et je me demande si quelqu’un finira par lui ouvrir la porte.
La question qui nous hantera
Dans les années à venir, quand l’histoire jugera cette période, une question reviendra sans cesse : aurions-nous pu faire mieux ? Aurions-nous pu prévenir cette guerre ? Aurions-nous pu la terminer plus tôt ? Aurions-nous pu sauver plus de vies ? Ces questions n’ont pas de réponses faciles. Mais elles méritent d’être posées. Parce que le prix de notre indifférence, de notre lenteur, de nos calculs politiciens, ce sont des êtres humains qui l’ont payé. Des gens comme vous et moi. Des gens qui ne demandaient qu’à vivre en paix.
Les pourparlers d’Abou Dhabi ne résoudront pas tout. Ils ne résoudront peut-être rien. Mais ils ont au moins le mérite d’exister. De montrer que quelqu’un, quelque part, essaie de trouver une issue à ce carnage. C’est maigre comme consolation. Mais c’est tout ce que nous avons. Pour l’instant. Les prochains jours, les prochaines semaines, les prochains mois diront si cet espoir fragile peut se transformer en quelque chose de concret. Ou s’il s’éteindra, comme tant d’autres espoirs avant lui, dans le fracas des missiles et le silence des tombes.
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur et analyste. Mon expertise réside dans l’observation et l’analyse des dynamiques géopolitiques, économiques et stratégiques qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies politiques, à comprendre les mouvements diplomatiques internationaux, à contextualiser les décisions des acteurs impliqués dans le conflit ukrainien et à proposer des perspectives analytiques sur les transformations qui redéfinissent l’ordre mondial.
Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. Je prétends à la lucidité analytique, à l’interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux complexes de cette guerre. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et stratégique, et d’offrir une lecture critique des événements.
Méthodologie et sources
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et analyses interprétatives. Les informations factuelles présentées proviennent exclusivement de sources primaires et secondaires vérifiables.
Sources primaires : analyses des experts Joe Siracusa (université Curtin) et Matthew Crosston (université d’État de Bowie), déclarations officielles du Kremlin via Dmitri Peskov, communiqués des délégations de négociation à Abou Dhabi, sondage de l’Institut international de sociologie de Kyiv, dépêches des agences de presse internationales (Reuters, Associated Press, AFP, Xinhua).
Sources secondaires : couverture par Al Jazeera, Euronews, NBC News, ABC News, CNBC, Kyiv Independent, Washington Examiner, Bloomberg, Axios, analyses publiées par les instituts de recherche spécialisés dans les questions de sécurité internationale.
Nature de l’analyse
Les analyses, interprétations et perspectives présentées dans les sections analytiques de cet article constituent une synthèse critique et contextuelle basée sur les informations disponibles, les tendances observées et les commentaires d’experts cités dans les sources consultées.
Mon rôle est d’interpréter ces faits, de les contextualiser dans le cadre des dynamiques géopolitiques contemporaines, et de leur donner un sens cohérent dans le grand récit de ce conflit qui a bouleversé l’ordre international depuis février 2022. Ces analyses reflètent une expertise développée à travers l’observation continue des affaires internationales et la compréhension des mécanismes stratégiques qui animent les acteurs globaux.
Toute évolution ultérieure de la situation pourrait naturellement modifier les perspectives présentées ici. Cet article sera mis à jour si de nouvelles informations officielles majeures sont publiées.
Sources
Sources primaires
Sputnik Globe – « Ukraine Could Lose Donbass as Zelensky Faces Defeat: Sputnik Experts Dissect Abu Dhabi Talks » – 26 janvier 2026
Al Jazeera – « Ukraine-Russia-US hold talks in Abu Dhabi with territory as key issue » – 23 janvier 2026
Xinhua News Agency – « Russia, Ukraine conclude talks in UAE with no concrete agreements announced » – 25 janvier 2026
Euronews – « More talks expected next week after Ukraine, Russia and US conclude Abu Dhabi meeting » – 24 janvier 2026
ABC News – « Russia, Ukraine and US hold 1st trilateral talks since start of war » – 24 janvier 2026
Sources secondaires
NBC News – « Russian airstrikes pound Ukraine amid U.S.-brokered peace talks in Abu Dhabi » – 24 janvier 2026
Washington Examiner – « Millions without power as Russia hits Ukraine during peace talks » – 24 janvier 2026
Bloomberg – « Steve Witkoff, Jared Kushner Set for Moscow Talks With Putin on Ukraine » – 21 janvier 2026
Axios – « Trump’s envoys meet Putin for four hours on Ukraine » – 23 janvier 2026
Kyiv Independent – « Zelensky says negotiations reach ‘new milestone,’ suggests war could end in first half of 2026 » – Janvier 2026
KIIS (Institut international de sociologie de Kyiv) – Sondage sur l’opinion publique ukrainienne concernant les concessions territoriales – Janvier 2026
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