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90 milliards pour l’Ukraine et l’OTAN qui demande à Bruxelles de lâcher du lest : quand l’Europe se déchire pendant que Kiev se bat
Crédit: Adobe Stock

La France défend la préférence européenne

La position française est connue et défendue depuis des mois. L’argent du contribuable européen doit profiter à l’industrie européenne. C’est une question de cohérence, dit Paris, et d’autonomie stratégique. Le Premier ministre Sébastien Lecornu l’a affirmé clairement devant l’Assemblée nationale le 10 décembre 2025 : l’argent européen et du contribuable français doit servir des intérêts européens et donc des industries européennes. Une logique qui, sur le papier, se défend parfaitement. Comment l’Union européenne peut-elle espérer développer une base industrielle et technologique de défense crédible si, à chaque crise, elle finance les usines américaines ? Comment peut-on parler d’autonomie stratégique européenne si l’on reste dépendant des livraisons américaines pour les équipements les plus critiques ? La France n’est pas seule sur cette ligne. La Grèce et la République de Chypre la soutiennent.

Et il y a un contexte qui renforce la position française : en novembre 2025, Kiev a signé une lettre d’intention pour acquérir une centaine d’avions de combat Rafale. Un contrat potentiel de plusieurs milliards d’euros pour Dassault Aviation et l’industrie française. On comprend mieux pourquoi Paris insiste pour que le prêt européen serve prioritairement l’industrie du Vieux Continent. La Commission européenne, d’ailleurs, a intégré cette logique dans sa proposition législative présentée le 14 janvier 2026. Elle a prévu un principe en cascade : l’Ukraine devra d’abord se fournir en équipements produits dans l’UE avant de pouvoir se tourner vers des fournisseurs extérieurs. Ursula von der Leyen l’a résumé ainsi : la préférence européenne d’abord, puis, si cela n’est pas possible, l’achat à l’étranger. Sauf que cette formule, apparemment équilibrée, ne satisfait personne.

La position française n’est pas absurde. Je comprends l’argument de l’autonomie stratégique. Je comprends qu’on veuille faire d’une pierre deux coups : aider l’Ukraine ET renforcer l’industrie européenne de défense. Mais il y a un problème de tempo. L’Ukraine est en guerre maintenant. Ses besoins sont criants maintenant. Est-ce vraiment le moment de faire de la politique industrielle ? La question me hante, parce qu’il n’y a pas de bonne réponse. Juste des réponses moins mauvaises que d’autres.

L’Allemagne et les Pays-Bas refusent les restrictions

De l’autre côté du Rhin, on ne voit pas les choses de la même façon. L’Allemagne, dans une lettre adressée aux autres États membres de l’UE, a été très claire : elle ne soutient pas les propositions visant à limiter les achats auprès de pays tiers, de crainte que cela n’impose des restrictions excessives à l’Ukraine en matière de défense. Le gouvernement allemand — celui du nouveau chancelier Friedrich Merz — est sur la même longueur d’onde que La Haye. Les Pays-Bas ont été encore plus explicites dans leur position. Dans un courrier cité par Politico, le gouvernement néerlandais affirme que l’Ukraine a besoin de manière urgente d’équipements produits par des pays tiers, notamment des systèmes de défense aérienne et des intercepteurs de fabrication américaine, des munitions et des pièces détachées pour F-16, ainsi que des capacités de frappe en profondeur.

Et La Haye ajoute un argument qui fait mal à Paris : l’industrie de défense européenne est actuellement soit incapable de produire des systèmes équivalents, soit de le faire dans les délais requis. C’est brutal, mais c’est la réalité. Les Européens ont sous-investi dans leur défense pendant des décennies. Les capacités de production ne sont pas au rendez-vous. Et on ne construit pas des usines de missiles en quelques mois. Les Pays-Bas ont d’ailleurs proposé d’allouer 15 milliards d’euros à l’Ukraine spécifiquement pour lui permettre d’acquérir des armements qui ne sont pas disponibles en Europe. Et début décembre 2025, plusieurs alliés de l’OTAN — l’Allemagne, les Pays-Bas, la Pologne et la Norvège — ont annoncé leur intention d’acheter pour environ un milliard d’euros d’équipements militaires américains au profit de Kiev dans le cadre du programme PURL. Un signal clair envoyé à Paris : nous n’attendrons pas que l’industrie européenne soit prête.

Sources

Sources primaires

OTAN – Déclarations de Mark Rutte au Forum économique mondial de Davos – 21-22 janvier 2026
Commission européenne – Présentation du paquet législatif sur le prêt de 90 milliards d’euros – 14 janvier 2026
Conseil européen – Conclusions du sommet de Bruxelles – 19 décembre 2025
Gouvernement allemand – Lettre aux États membres de l’UE sur les conditions d’achat d’armes – janvier 2026
Gouvernement néerlandais – Note sur les besoins urgents de l’Ukraine – janvier 2026

Sources secondaires

Euractiv FR – L’UE dévoile sa proposition de prêt de 90 milliards d’euros pour l’Ukraine – 14 janvier 2026
Zone Militaire (Opex360) – Paris veut que le prêt de l’UE à Kiev serve à acheter prioritairement de l’armement européen – 13 janvier 2026
Le JDD – Soutien financier de l’UE à l’Ukraine : Paris exige des achats d’armes européennes, Berlin refuse – 14 janvier 2026
Touteleurope.eu – La Commission européenne présente un paquet législatif prévoyant un prêt de 90 milliards d’euros à l’Ukraine – janvier 2026
France Info – Guerre en Ukraine : les dirigeants de l’UE s’entendent sur un prêt de 90 milliards d’euros à Kiev – 19 décembre 2025
Yahoo Actualités – Ukraine : 60 milliards d’euros de l’UE pour acheter des armes européennes – janvier 2026
Le Grand Continent – Discours de Mark Rutte à Berlin – 11 décembre 2025

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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