5,5 milliards de dollars partis en fumée
Les cinq plus grands fabricants solaires de Chine — TCL Zhonghuan Renewable Energy, Trina Solar, LONGi Green Energy Technology, JA Solar Technology et Tongwei — ont révélé dans leurs déclarations boursières des pertes combinées de 5,5 milliards de dollars pour l’exercice 2025. Ce chiffre s’ajoute aux 4,8 milliards déjà perdus en 2024. En deux ans, l’industrie solaire chinoise a brûlé plus de 10 milliards de dollars. Tongwei affiche la perte individuelle la plus massive : entre 1,3 et 1,4 milliard de dollars. Dans sa communication aux investisseurs, l’entreprise a admis que « le problème temporaire de surcapacité de l’industrie n’a pas encore été résorbé ». Temporaire. Le mot fait presque sourire.
JA Solar a pointé du doigt « une libération concentrée des capacités de production » et « l’intensification des politiques protectionnistes du commerce international » comme facteurs de ses déboires. LONGi a averti le 18 janvier 2026 qu’elle s’attendait à une perte nette de 861 millions de dollars pour l’année fiscale 2025. C’est la deuxième année consécutive dans le rouge pour le leader mondial. Ces chiffres ne sont pas des anomalies comptables ou des ajustements ponctuels. Ce sont les symptômes d’une maladie systémique. L’industrie solaire chinoise, autrefois symbole de la réussite de la politique industrielle de Pékin, est devenue le terrain d’une « involution » — ce terme que les analystes chinois utilisent pour décrire une compétition autodestructrice où tout le monde perd.
Il y a quelque chose de profondément troublant dans ces chiffres. On parle d’une industrie que le monde entier considérait comme l’avenir. L’énergie propre, la transition écologique, la solution au changement climatique. Et voilà que les champions de cette révolution verte sont en train de s’entre-dévorer. Pendant des années, la Chine a subventionné massivement cette industrie pour écraser la concurrence mondiale. Elle a réussi au-delà de toute espérance. Et maintenant, elle retire les béquilles. Les géants que Pékin a créés sont incapables de tenir debout seuls. Est-ce la fin d’un modèle économique ou le début d’une consolidation brutale ? Dans les deux cas, ce sont les travailleurs qui trinquent.
La spirale infernale des prix du silver
Comme si la suppression des subventions ne suffisait pas, les fabricants solaires chinois font face à une explosion des coûts des matières premières. Le silver — qui représente entre 5 et 15 % des coûts de fabrication des panneaux — a vu son prix bondir de 48 % en quelques semaines, passant de 58 dollars l’once début décembre à 86 dollars fin janvier. Cette flambée est alimentée par les tensions géopolitiques mondiales et les anticipations liées au développement des infrastructures d’intelligence artificielle. Les panneaux solaires ne sont pas seuls à avoir besoin d’argent métal : les centres de données qui font tourner les modèles d’IA en sont également gourmands.
LONGi a réagi en annonçant le 5 janvier 2026 qu’elle commencerait la production de masse de modules photovoltaïques à métallisation cuivre au deuxième trimestre. L’objectif est de remplacer l’argent par du cuivre dans le processus de fabrication pour réduire l’exposition aux fluctuations des prix. Mais cette transition technologique prend du temps, et les lignes de production doivent être reconfigurées. En attendant, les marges continuent de se comprimer. Lucas Zhang de WaterRock Energy Economics note que les fabricants vont « probablement répercuter » les hausses de coûts sur les prix des panneaux plutôt que de les absorber entièrement. Le consommateur final paiera la facture.
Section 3 : Les 87 000 fantômes de l'industrie verte
Une saignée silencieuse dans les usines
87 000 travailleurs. C’est le nombre d’emplois supprimés par les cinq principales entreprises solaires chinoises en 2024. Cela représente 31 % de leurs effectifs combinés. LONGi, Trina Solar, Jinko Solar, JA Solar et Tongwei ont procédé à ces coupes dans un silence assourdissant. Seul LONGi a publiquement reconnu une « réduction de 5 % » de son personnel. Les autres n’ont pas répondu aux demandes de commentaires des analystes. Ces dizaines de milliers de travailleurs ont été effacés des bilans comme on gomme une erreur de calcul. Mais ce ne sont pas des chiffres. Ce sont des vies. Des familles qui dépendaient de salaires dans une industrie censée incarner l’avenir.
Un analyste de Morningstar résume la situation avec une brutalité qui fait froid dans le dos : « L’industrie est en déclin depuis fin 2023. En 2024, la situation s’est en fait aggravée. » Alan Lau, analyste chez Jefferies, qualifie cette hémorragie d’« extrêmement inhabituelle et anormale », comparant les pertes à celles du secteur immobilier — ce qui est « remarquable étant donné la taille plus modeste du solaire ». Derrière ces analyses cliniques, il y a des réalités humaines. Des ouvriers de Wuxi, de Suzhou, de Xinjiang qui se retrouvent sans travail. Des ingénieurs qui avaient cru construire l’énergie du futur et qui font maintenant la queue aux bureaux de l’emploi.
Plus de 40 faillites et ce n’est pas fini
L’industrie solaire chinoise a perdu 60 milliards de dollars l’année dernière. Plus de 40 entreprises ont été retirées de la cote, rachetées ou ont fait faillite. Et les projections sont encore plus sombres : un tiers supplémentaire des lignes de production pourrait disparaître dans les mois à venir. Les entreprises de polysilicium ont constitué un fonds de 50 milliards de yuans pour financer l’élimination d’un tiers des capacités de production actuelles. Le président Xi Jinping lui-même a appelé à mettre fin à la « concurrence désordonnée sur les prix ». Mais les gouvernements provinciaux résistent. Leurs indicateurs de performance sont liés à la création d’emplois et à la croissance économique locale. Fermer des usines, c’est compromettre leurs carrières.
Cette résistance des provinces illustre une contradiction fondamentale du système chinois. Pékin ordonne la consolidation, mais les échelons locaux traînent des pieds. Les cinq principaux fabricants ont formé une alliance pour « contrôler strictement les capacités de production » et ont fermé plusieurs lignes. Mais tant que de nouveaux entrants continuent d’apparaître, alimentés par des subventions provinciales cherchant à attirer des investissements, le problème de surcapacité persistera. L’analyste de BloombergNEF anticipe un déclin potentiel de 19 % des installations solaires en Chine pour 2026. Ce serait le premier recul significatif depuis que le pays a lancé sa révolution verte.
40 entreprises disparues. 87 000 emplois supprimés. Et pourtant, quand on parle de transition énergétique, personne n’évoque ces victimes. On célèbre la baisse des prix des panneaux solaires comme une victoire pour le consommateur. On applaudit la Chine pour avoir rendu l’énergie verte accessible. Mais à quel prix humain ? Je me demande combien de ces 87 000 travailleurs pensaient avoir un emploi stable pour les vingt prochaines années. Combien avaient contracté des hypothèques, fait des projets de famille, imaginé un avenir dans cette industrie « du futur ». Le futur les a rattrapés, mais pas comme ils l’espéraient.
Section 4 : Le whiplash qui vient
Une ruée avant l’abîme
Le terme « demand whiplash » — littéralement « coup de fouet de la demande » — décrit parfaitement ce qui attend le marché solaire mondial dans les semaines à venir. Avant le 1er avril 2026, date d’entrée en vigueur de la suppression des remboursements de TVA, les fabricants chinois vont accélérer frénétiquement leurs expéditions vers l’étranger. C’est une course contre la montre pour capturer les derniers bénéfices des subventions. Les ports de Shanghai, de Ningbo et de Shenzhen vont voir défiler des conteneurs de panneaux solaires comme jamais. Les acheteurs internationaux, sachant que les prix vont augmenter, passent leurs commandes en masse. C’est une aubaine à court terme.
Mais après le 1er avril, le vide. Cette avalanche d’exportations va créer une saturation temporaire des marchés mondiaux. Les entrepôts seront pleins. Les projets d’installation auront fait le plein de stocks. Et puis, plus rien. La demande va s’effondrer brutalement. Les usines chinoises qui auront tourné à plein régime pour profiter des dernières subventions se retrouveront face à un carnet de commandes vide. C’est le whiplash : un mouvement violent d’accélération suivi d’un arrêt brutal. Les analystes de Couleenergy parlent d’une hausse des prix de 10 à 15 % à l’international d’ici fin 2026. L’ère des panneaux solaires bon marché touche à sa fin.
L’Asie du Sud-Est en première ligne
Les pays d’Asie du Sud-Est — Vietnam, Thaïlande, Malaisie, Cambodge — sont particulièrement vulnérables à ce whiplash. Ces nations avaient construit une partie de leur stratégie de transition énergétique sur l’accès à des panneaux solaires chinois ultra-compétitifs. Plusieurs d’entre elles hébergent également des usines chinoises installées pour contourner les tarifs douaniers américains. L’administration Trump avait imposé des droits d’importation sur les produits solaires venant de ces pays, soupçonnant — à juste titre — qu’ils servaient de plaques tournantes pour des produits fabriqués en Chine. Maintenant, ces usines délocalisées font face à une double pression : les tarifs américains d’un côté, la fin des subventions chinoises de l’autre.
La question qui hante les planificateurs énergétiques de la région est simple : l’Asie du Sud-Est pourra-t-elle maintenir le rythme de ses projets solaires avec des coûts en hausse ? Selon un rapport d’Eco-Business, plusieurs grands projets sont déjà en cours de réévaluation. Les budgets calculés sur la base de panneaux à 0,08 dollar le watt ne tiennent plus si les prix passent à 0,10 ou 0,12 dollar. Pour des économies émergentes aux ressources financières limitées, chaque centime compte. La transition énergétique de toute une région pourrait être ralentie par les turbulences du marché chinois.
Section 5 : La stratégie cachée de Pékin
Pourquoi la Chine saborde-t-elle ses champions ?
À première vue, la décision de Pékin de supprimer les subventions à l’exportation semble contre-intuitive. Pourquoi affaiblir une industrie que la Chine domine si totalement ? La réponse tient en un mot : consolidation. L’Association de l’industrie photovoltaïque chinoise a été d’une franchise inhabituelle dans son explication. Certaines entreprises, dit-elle, intégraient les remboursements de TVA directement dans leurs négociations de prix avec les acheteurs étrangers. Résultat : « les fonds fiscaux — initialement destinés à compenser la charge de TVA intérieure — étaient effectivement cédés aux acheteurs étrangers ». En clair, les contribuables chinois subventionnaient les panneaux solaires des Américains et des Européens.
Cette situation était devenue politiquement intenable. D’autant plus que les guerres commerciales avec les États-Unis et l’Union européenne s’intensifient. En supprimant volontairement les subventions à l’exportation, Pékin désamorce une partie des accusations de dumping et de concurrence déloyale. Les droits antidumping que Washington et Bruxelles brandissent deviennent moins justifiables. C’est un sacrifice tactique pour un gain stratégique. Les analystes de long terme voient dans cette mesure un tournant vers un modèle différent : moins de volume, plus de valeur ajoutée. Moins de compétition sur les prix, plus d’innovation technologique.
Il y a une logique froide derrière cette décision. Pékin accepte de laisser mourir les plus faibles pour que les plus forts survivent. C’est du darwinisme industriel appliqué avec la brutalité qui caractérise parfois la politique économique chinoise. Les 87 000 emplois perdus ? Dommages collatéraux. Les 40 faillites ? Nettoyage nécessaire. Les milliards de pertes ? Le prix de la restructuration. Je ne sais pas si c’est du génie stratégique ou de la cruauté calculée. Probablement les deux. Ce qui est certain, c’est que quand la poussière sera retombée, ceux qui resteront seront plus forts. Et la Chine contrôlera toujours le marché mondial du solaire. Juste différemment.
La montée en gamme technologique
LONGi illustre parfaitement cette stratégie de montée en gamme. Son annonce du 5 janvier concernant la production de modules à métallisation cuivre n’est pas qu’une réponse aux prix de l’argent. C’est un saut technologique qui pourrait redéfinir les standards de l’industrie. Les cellules TOPCon — la technologie de pointe actuelle — ont vu leurs prix bondir de 41 % en seulement trois mois. Ceux qui maîtriseront les technologies de prochaine génération, moins dépendantes des matières premières volatiles, domineront le marché de demain. La Chine ne cherche plus à produire le plus de panneaux possible. Elle cherche à produire les meilleurs.
Le polysilicium nouvelle génération, les wafers ultra-fins, les cellules à haut rendement — voilà les champs de bataille du futur. La capacité de production brute devient moins importante que la capacité d’innovation. Les entreprises qui survivront à cette crise seront celles qui auront investi dans la R&D plutôt que dans l’expansion des usines. C’est un changement de paradigme fondamental pour une industrie qui s’était construite sur le volume et les prix bas. Pékin parie que ses champions nationaux sont capables de cette transformation. Le pari est risqué. Mais si ça marche, la Chine dominera non seulement la production, mais aussi la technologie solaire mondiale.
Section 6 : Les ondes de choc mondiales
L’Europe face à un dilemme énergétique
L’Union européenne avait fait de l’énergie solaire un pilier de sa stratégie de décarbonation. Le Green Deal repose en grande partie sur l’installation massive de panneaux photovoltaïques pour atteindre les objectifs de 2030 et 2050. Problème : ces panneaux viennent presque exclusivement de Chine. La hausse des prix de 10 à 15 % anticipée par les analystes va directement impacter le coût de la transition énergétique européenne. Chaque projet devient plus cher. Chaque objectif devient plus difficile à atteindre. Bruxelles se retrouve prise en étau entre sa volonté d’indépendance énergétique vis-à-vis de la Russie, sa dépendance aux panneaux chinois, et ses ambitions climatiques.
Certains appellent à relancer une industrie solaire européenne. Meyer Burger, l’un des derniers fabricants européens de cellules solaires, a récemment fermé son usine allemande, incapable de rivaliser avec les prix chinois. Les quelques tentatives de renaissance industrielle se heurtent à un mur de réalité : même avec une hausse de 15 %, les panneaux chinois resteront moins chers que tout ce que l’Europe pourrait produire à court terme. La dépendance est structurelle. Elle est le résultat de décennies de délocalisation et de sous-investissement. La corriger prendra des années, voire des décennies. En attendant, l’Europe paiera plus cher sa transition verte.
Les États-Unis entre protectionnisme et pragmatisme
Les États-Unis de Donald Trump avaient déjà imposé des tarifs douaniers sur les panneaux solaires chinois et sur ceux provenant des pays tiers servant de plateformes de contournement. Cette politique protectionniste visait à stimuler la production nationale. Le résultat a été mitigé. Quelques usines ont ouvert sur le sol américain, mais la majorité de la consommation reste importée. La suppression des subventions chinoises pourrait paradoxalement aider les fabricants américains en réduisant l’écart de compétitivité. Mais les hausses de prix toucheront aussi les installateurs et les consommateurs américains.
L’Inflation Reduction Act de l’ère Biden avait prévu des crédits d’impôt massifs pour encourager l’énergie solaire domestique. Ces incitations restent en place, mais leur efficacité dépend du coût des équipements. Si les panneaux coûtent 15 % de plus, les crédits d’impôt couvrent une part moindre de l’investissement total. La dynamique de marché pourrait ralentir. Les analystes estiment que les États-Unis sont mieux positionnés que l’Europe pour absorber le choc, grâce à leur marché intérieur plus développé et à leurs propres capacités de production émergentes. Mais personne n’est à l’abri des turbulences qui secouent le plus grand producteur mondial.
Ce qui me frappe, c’est à quel point le monde entier dépend d’un seul pays pour sa transition énergétique. La Chine contrôle 80 % de la production mondiale de panneaux solaires. 95 % des wafers. 90 % du polysilicium. Nous avons construit notre avenir vert sur un monopole. Et maintenant que ce monopole traverse une crise, tout le monde panique. L’Europe, les États-Unis, l’Asie du Sud-Est — tous regardent anxieusement ce qui se passe dans les usines de Wuxi et de Suzhou. N’est-ce pas la définition même de la vulnérabilité stratégique ? On a troqué la dépendance au pétrole du Golfe pour la dépendance aux panneaux de Chine. Le progrès, vraiment ?
Section 7 : L'avenir incertain du soleil vert
Vers une nouvelle ère du photovoltaïque
La crise actuelle marquera-t-elle la fin de l’énergie solaire bon marché ou le début d’une industrie plus mature ? Les optimistes voient dans cette consolidation un assainissement nécessaire. Les prix artificiellement bas n’étaient pas soutenables. Les entreprises vendaient à perte, financées par des subventions qui n’avaient plus de sens économique. Le retour à des prix reflétant les vrais coûts de production pourrait attirer des investissements plus sains et encourager une innovation genuine plutôt qu’une course au moins-disant. Les cellules perovskite, les modules tandem, les technologies de recyclage — tous ces développements pourraient bénéficier d’un marché où la compétition se fait sur la qualité plutôt que sur les prix.
Les pessimistes, eux, craignent un ralentissement de la transition énergétique mondiale. Chaque dollar supplémentaire par watt installé est un dollar qui ne sera pas dépensé. Les pays en développement, qui comptaient sur des panneaux ultra-bon marché pour électrifier leurs populations, verront leurs plans retardés. L’Inde, l’Afrique, l’Amérique latine pourraient être les victimes collatérales de la restructuration chinoise. Le changement climatique, lui, n’attend pas. Chaque année de retard dans le déploiement du solaire est une année de plus d’émissions de CO2. Les enjeux dépassent largement les considérations commerciales.
Le prix de la domination
La Chine a bâti un empire industriel sans précédent dans le domaine de l’énergie solaire. Elle a écrasé la concurrence européenne et américaine. Elle a fait chuter les prix de 70 % en quelques années. Elle a rendu le photovoltaïque accessible au monde entier. Et maintenant, elle paie le prix de cette domination. La surcapacité n’est pas un accident. C’est la conséquence logique d’une stratégie de conquête de marché par les volumes. Pékin a encouragé l’investissement massif dans les usines solaires. Les provinces ont rivalisé pour attirer les fabricants. Les banques ont prêté sans limite. Tout le monde a gagné pendant la phase d’expansion. Maintenant vient la phase de contraction.
Les 900 gigawatts de capacité de production — suffisants pour alimenter le monde jusqu’en 2032 — représentent un fardeau monumental. Comment réduire cette capacité sans provoquer un effondrement social ? Comment licencier des centaines de milliers de travailleurs supplémentaires sans créer des tensions politiques ? Comment fermer des usines dans des provinces dont l’économie dépend de cette industrie ? Ces questions n’ont pas de réponses faciles. La Chine navigue dans des eaux inconnues. Le modèle de développement par la surcapacité et les subventions atteint ses limites. L’industrie solaire n’est que le symptôme le plus visible d’une transformation plus profonde de l’économie chinoise.
Conclusion : Quand le soleil se couche sur les certitudes
L’avertissement d’une industrie moribonde
L’avertissement de LONGi sur le whiplash de la demande n’est pas qu’un problème de marché. C’est le cri d’alarme d’une industrie qui a poussé trop vite, trop fort, trop loin. Les 5,5 milliards de dollars de pertes ne sont pas des chiffres abstraits. Ce sont des usines qui ferment, des lignes de production qui s’arrêtent, des travailleurs qui rentrent chez eux sans savoir s’ils reviendront. Les 87 000 emplois supprimés ne sont pas des statistiques. Ce sont des pères de famille, des jeunes diplômés, des ouvriers qui croyaient construire l’avenir. La révolution verte a ses martyrs. Personne ne leur dresse de monument.
Le 1er avril 2026 marquera un tournant. Les règles du jeu vont changer. Les prix vont augmenter. La consolidation va s’accélérer. Certains y verront une opportunité — les fabricants européens et américains qui rêvent de renaissance, les innovateurs qui veulent dépasser les technologies actuelles, les investisseurs qui parient sur les survivants. D’autres y verront une catastrophe — les pays pauvres dont la transition énergétique dépendait des panneaux bon marché, les installateurs dont les modèles économiques reposaient sur des coûts minimaux, les militants climatiques qui comptaient les gigawatts installés comme des victoires. La réalité sera probablement entre les deux. Ni apocalypse ni renaissance. Juste une industrie qui apprend, douloureusement, les limites de la croissance à tout prix.
Je referme ces dossiers avec un sentiment étrange. De la colère, peut-être, face à un système qui broie les travailleurs au nom de l’efficacité industrielle. De l’inquiétude, certainement, face à ce que cela signifie pour notre capacité collective à lutter contre le changement climatique. Mais aussi, je l’avoue, une forme de fascination sombre face à l’ampleur de ce qui se joue. La Chine a construit en quelques décennies ce que l’Occident n’a jamais réussi à faire : une industrie verte dominante. Et maintenant, elle la déconstruit pour la reconstruire autrement. Est-ce du génie ? De la folie ? Les deux probablement. Ce qui est sûr, c’est que le monde entier en ressentira les effets. Le soleil continue de briller. Mais l’industrie qui capture sa lumière traverse sa nuit la plus sombre.
Et maintenant ?
Les prochains mois seront décisifs. La ruée des exportations avant le 1er avril va créer une volatilité extrême sur les marchés. Les entreprises les plus faibles ne survivront pas à la prochaine vague de consolidation. Les travailleurs licenciés chercheront de nouveaux emplois dans des secteurs qui ne les attendent pas. Les gouvernements du monde entier devront ajuster leurs plans de transition énergétique à une nouvelle réalité de coûts. Rien ne sera plus comme avant. L’ère du solaire ultra-bon marché est terminée. Celle qui commence sera différente. Peut-être meilleure à long terme. Certainement plus douloureuse à court terme.
La question qui reste sans réponse est celle-ci : combien de temps faudra-t-il pour que l’industrie retrouve un équilibre ? Les analystes les plus optimistes parlent de deux à trois ans de turbulences avant une stabilisation. Les pessimistes évoquent une décennie de restructuration. La vérité est que personne ne sait vraiment. La Chine navigue à vue dans un territoire économique inexploré. Le reste du monde observe, impuissant, en espérant que les dégâts collatéraux seront limités. 87 000 emplois. 40 faillites. 10 milliards de pertes. Et ce n’est que le début. Le soleil se lèvera demain. Mais pour beaucoup, la nuit sera longue.
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur et analyste. Mon expertise réside dans l’observation et l’analyse des dynamiques industrielles, économiques et géopolitiques qui façonnent les marchés de l’énergie. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies des acteurs économiques majeurs, à comprendre les mouvements de marché globaux, à contextualiser les décisions politiques industrielles et à proposer des perspectives analytiques sur les transformations qui redéfinissent le secteur énergétique mondial.
Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. Je prétends à la lucidité analytique, à l’interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux complexes qui nous concernent tous. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte industriel et stratégique, et d’offrir une lecture critique des événements.
Méthodologie et sources
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et analyses interprétatives. Les informations factuelles présentées proviennent exclusivement de sources primaires et secondaires vérifiables.
Sources primaires : communiqués officiels des entreprises citées (LONGi, Trina Solar, Tongwei, JA Solar, TCL Zhonghuan), déclarations du ministère chinois des Finances, communiqués de l’Association de l’industrie photovoltaïque chinoise, dépêches d’agences de presse internationales reconnues (Bloomberg News, Reuters, South China Morning Post).
Sources secondaires : publications spécialisées du secteur énergétique (PV Magazine, PV-Tech, Solar Quarter), analyses d’institutions financières (Citibank, Jefferies, Morningstar), rapports d’analystes indépendants (BloombergNEF, WaterRock Energy Economics, Couleenergy).
Les données statistiques et financières citées proviennent des déclarations boursières des entreprises cotées et des analyses sectorielles publiées par les institutions mentionnées.
Nature de l’analyse
Les analyses, interprétations et perspectives présentées dans les sections analytiques de cet article constituent une synthèse critique et contextuelle basée sur les informations disponibles, les tendances observées et les commentaires d’experts cités dans les sources consultées.
Mon rôle est d’interpréter ces faits, de les contextualiser dans le cadre des dynamiques industrielles et économiques contemporaines, et de leur donner un sens cohérent dans le grand récit des transformations qui façonnent le secteur de l’énergie solaire. Ces analyses reflètent une expertise développée à travers l’observation continue des marchés énergétiques et la compréhension des mécanismes stratégiques qui animent les acteurs industriels.
Toute évolution ultérieure de la situation pourrait naturellement modifier les perspectives présentées ici. Cet article sera mis à jour si de nouvelles informations officielles majeures sont publiées, garantissant ainsi la pertinence et l’actualité de l’analyse proposée.
Sources
Sources primaires
Bloomberg News – China Solar Giant Warns of Demand Whiplash after Rebate Rollback – 26 janvier 2026
Bloomberg News – Solar Giant Longi Flags Another Full-Year Loss as Slump Persists – 18 janvier 2026
South China Morning Post – Chinese solar firms eye price hikes amid silver surge, scrapping of tax rebate – Janvier 2026
Ministère chinois des Finances – Annonce de suppression des remboursements de TVA export pour produits PV – 9 janvier 2026
Sources secondaires
PV Magazine – China to abolish solar export tax rebates in April – 9 janvier 2026
PV-Tech – China’s Ministry of Finance to remove export tax rebates for solar PV products in April 2026 – Janvier 2026
Solar Quarter – China Ends Solar Export Tax Rebates, Sets Phase-Out Timeline For Battery Incentives – 10 janvier 2026
Electronics Weekly – China solar industry to take $5.5bn hit – Janvier 2026
Asia Financial – Chinese Solar Firms Shed 87,000 Workers, And More Will Go – Janvier 2026
Couleenergy – China Cancels PV Module Export Tax Rebates April 2026 Analysis – Janvier 2026
Eco-Business – Can Southeast Asia keep the lights on for solar projects as costs rise – Janvier 2026
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