Je me demande parfois si nous mesurons vraiment ce que ces statistiques signifient. Si nous prenons le temps de les laisser infuser dans notre conscience. Ou si nous les survolons comme on scrolle sur nos telephones, passant d’une catastrophe a l’autre sans jamais nous arreter.
Le rapport de l’Etat-major ukrainien est impitoyable dans sa precision. En une seule journee, les forces russes ont mene 99 frappes aeriennes sur le territoire ukrainien. Quatre-vingt-dix-neuf fois, des avions russes ont largue leur cargaison mortelle. Au total, 227 bombes aeriennes guidees ont ete deployees. Deux cent vingt-sept explosions qui ont laboure la terre ukrainienne, pulverise des batiments, transforme des quartiers en paysages lunaires.
Mais ce n’est pas tout. Les Russes ont egalement utilise 7 462 drones kamikazes en une seule journee. Sept mille quatre cent soixante-deux engins de mort teleguides, programmees pour exploser au contact de leur cible. C’est plus de trois cents drones par heure. Cinq drones par minute. Un bourdonnement constant de mort qui surplombe les villes et les villages ukrainiens.
Et puis il y a les bombardements d’artillerie. 3 838 tirs ont ete recenses, dont 74 utilisant des lance-roquettes multiples. Pres de quatre mille obus qui se sont abattus sur les positions ukrainiennes et les localites civiles. Quatre mille fois, le sol a tremble. Quatre mille fois, des gens ont retenu leur souffle en priant pour que la prochaine frappe ne soit pas pour eux.
Pokrovsk ou l'art de tenir l'intenable
Dans cette geographie de la desolation, le secteur de Pokrovsk occupe une place particuliere. C’est ici que la pression russe est la plus intense. C’est ici que l’ennemi concentre ses forces, ses reserves, sa determination a percer. Le general Syrskyi, commandant en chef des forces armees ukrainiennes, l’a confirme : les Russes intensifient leur pression et deploient des renforts vers Pokrovsk et la region d’Ocheretyne.
Trente-trois attaques en un seul secteur. Les noms des localites concernees ressemblent a un chapelet funebre : Nove Shakhove, Rodynske, Pokrovsk, Kotlyne, Molodetske, Filiia. Des villages dont beaucoup d’entre nous n’avaient jamais entendu parler avant cette guerre. Des communautes qui existaient paisiblement, avec leurs ecoles, leurs marches, leurs familles. Aujourd’hui, ce sont des noms qu’on recite dans les rapports militaires, des points sur une carte de guerre, des endroits ou des hommes meurent.
On imagine les soldats ukrainiens dans leurs tranchees, scrutant l’horizon, guettant le prochain assaut. On imagine la tension permanente, l’epuisement qui s’accumule, le sommeil qui ne vient plus. Et on se demande : combien de temps un etre humain peut-il tenir ainsi, dans cette suspension perpetuelle entre la vie et la mort ?
La cartographie d’un front en ebullition
Le front ukrainien s’etend sur des centaines de kilometres, et chaque secteur a son lot de combats. Dans le secteur de Kostiantynivka, l’ennemi a lance 15 attaques pres de plusieurs localites : Kostiantynivka elle-meme, Ivanopillia, Shcherbynivka, Pleshchiivka, Kleban-Byk, Rusyn Yar, Sofiivka, et en direction de Stepanivka. Quinze assauts dans un seul secteur, c’est une offensive permanente, une tentative inlassable de grignoter du terrain metre par metre.
Dans le secteur de Huliaipole, les Russes ont mene 16 tentatives d’avancee vers les positions ukrainiennes pres de Huliaipole, Varvarivka et Dobropillia. Seize fois, ils ont essaye de progresser. Seize fois, ils ont ete repousses. Mais a quel prix pour les defenseurs ?
Le secteur de Slobozhanshchyna Sud a vu cinq assauts pres de Prylipka, Vovchansk, Dvorichanske, et en direction de Lyman. Le secteur de Lyman a connu trois attaques avec des tentatives d’avancee vers Drobysheve et Lyman meme. Le secteur de Sloviansk a enregistre deux attaques pres de Platonivka et vers Yampil. Meme le secteur de Kramatorsk, qui semblait relativement calme, a connu un engagement pres de Chasiv Yar.
Les villages martyrs de la region de Zaporizhzhia
Les forces russes ne se contentent pas de pilonner les positions militaires. Elles s’en prennent systematiquement aux zones civiles. Les rapports mentionnent des frappes sur des localites de la region de Zaporizhzhia : Zaliznychne, Verkhnia Tersa, Charivne, Kopani, Rizdvianka, Vozdvyzhivka, Yurkivka, et Tavriiske. Des noms qui evoquent des vies ordinaires, des jardins, des cours d’ecoles, des magasins de quartier. Tout cela sous le feu.
Dans la region de Dnipropetrovsk, c’est Velykomykhailivka qui a ete touchee. Un village de plus sur la longue liste des communautes ukrainiennes prises pour cibles par l’artillerie russe.
On parle beaucoup de l’Ukraine comme d’un concept geopolitique, d’un enjeu strategique, d’un equilibre des puissances. Mais l’Ukraine, ce sont d’abord des gens. Des gens qui tentent de vivre, de survivre, de proteger leurs proches. Des gens qui, ce matin du 27 janvier, se sont reveilles sans savoir si leur maison serait encore debout le soir.
Le Nord sous pression constante
Dans les secteurs de Slobozhanshchyna Nord et de Koursk, la situation reste tendue. L’ennemi a effectue six frappes aeriennes, larguant 11 bombes guidees, et mene 77 bombardements des positions et localites ukrainiennes, dont un tir de lance-roquettes multiples. Soixante-dix-sept bombardements dans un seul secteur. C’est un pilonnage methodique, systematique, concu pour user les defenseurs jusqu’a la corde.
Plus au nord encore, dans le secteur de Kupiansk, les Ukrainiens ont repousse deux attaques russes pres de Petropavlivka. Dans les secteurs de Volyn et de Polissia, aucun signe de groupements offensifs ennemis n’a ete detecte, offrant un rare moment de repit dans ce panorama de violence.
La riposte ukrainienne ou l'art de frapper juste
Face a ce deluge de feu, les forces ukrainiennes ne restent pas passives. Les troupes de missiles et l’artillerie ont frappe une zone de concentration de personnel ennemi, trois points de controle de drones, un lance-roquettes multiple et un poste de commandement ennemi. Des frappes chirurgicales, calculees, qui visent a desorganiser la machine de guerre russe.
C’est la guerre asymetrique dans toute sa dimension. D’un cote, une armee massive qui dispose de reserves apparemment inepuisables en hommes et en materiel. De l’autre, des defenseurs qui doivent faire plus avec moins, frapper plus fort avec moins de munitions, tenir plus longtemps avec moins de releve.
Il y a quelque chose de profondement injuste dans cette disproportion des moyens. Quelque chose qui devrait nous revolter. Et pourtant, les Ukrainiens continuent de tenir. Jour apres jour. Engagement apres engagement. Comme si l’alternative, c’est-a-dire la defaite, n’etait tout simplement pas envisageable.
Le secteur sud entre resistance et resilience
Dans le sud du pays, les combats ne faiblissent pas. Le secteur d’Oleksandrivka a vu quatre attaques russes pres de Zelenyi Hai et en direction de Nove Zaporizhzhia. Le secteur d’Orikhiv a egalement ete le theatre d’affrontements, avec des attaques repoussees vers Prymorske et pres de Stepnohirsk.
Seul le secteur de Prydniprovske n’a signale aucune action offensive. Une accalmie relative qui, dans le contexte actuel, ressemble presque a un miracle.
Le prix humain de cette guerre sans fin
Derriere les chiffres tactiques, il y a le cout humain de cette guerre. Selon les estimations ukrainiennes, les pertes russes depuis le debut du conflit le 24 fevrier 2022 s’elevent a environ 1 235 880 soldats. Un million deux cent trente-cinq mille hommes. C’est l’equivalent de la population d’une grande ville europeenne. Et rien que pour la journee du 26 janvier, ce sont 820 soldats russes supplementaires qui ont ete mis hors de combat.
Huit cent vingt hommes en un jour. Des fils, des peres, des freres. Des vies gaspillees dans une guerre d’agression decidee par un homme seul dans son palais moscovite. Huit cent vingt familles russes qui, peut-etre, n’ont meme pas encore ete informees de leur perte.
On pourrait se rejouir de ces pertes russes. Apres tout, ce sont les agresseurs. Mais il y a quelque chose de fondamentalement triste dans cette hemorragie humaine. Ces soldats, pour beaucoup, n’ont pas choisi cette guerre. Ils ont ete envoyes mourir pour les ambitions imperiales d’un regime qui ne se soucie pas de leur vie. Et de l’autre cote, les Ukrainiens meurent aussi, dans une proportion que nous ne connaissons pas precisement, mais qui est certainement effroyable.
Quand la guerre devient routine mediatique
Voila bientot quatre ans que cette guerre fait rage. Quatre ans que les rapports quotidiens se succedent, avec leurs lots d’attaques repoussees, de bombardements, de pertes humaines. Et quelque chose de terrible s’est produit : nous nous sommes habitues. La guerre en Ukraine est devenue un bruit de fond, une information parmi d’autres, noyee dans le flux incessant des actualites.
Cent trois affrontements en une journee ne font plus la une. Les 227 bombes larguees ne suscitent plus l’indignation. Les 7 462 drones ne provoquent plus de reactions scandalisees. C’est devenu normal. Banal. Ordinaire.
Et c’est peut-etre la plus grande victoire du Kremlin : avoir reussi a transformer l’inacceptable en acceptable, l’extraordinaire en quotidien, l’horreur en statistique.
Pokrovsk ou le symbole d'une resistance qui ne plie pas
Dans ce maelstrom de violence, Pokrovsk incarne quelque chose de particulier. Cette ville de la region de Donetsk est devenue l’un des points focaux de l’offensive russe. C’est ici que Moscou concentre ses efforts pour percer les lignes ukrainiennes et poursuivre sa lente progression vers l’ouest.
Trente-trois attaques repoussees en une seule journee. C’est une attaque toutes les quarante-cinq minutes, sans repit, sans pause, sans possibilite de souffler. Les defenseurs de Pokrovsk vivent dans un etat de tension permanente, sachant que chaque minute peut etre la derniere, que chaque accalmie peut etre le prelude a un nouvel assaut.
Je pense a ces soldats, a ces hommes et ces femmes qui tiennent les lignes de Pokrovsk. Je pense a leur courage, a leur endurance, a cette determination qui defie l’entendement. Et je me demande : est-ce que nous meritons leur sacrifice ? Est-ce que nous faisons assez pour les soutenir ? Est-ce que notre fatigue mediatique ne les trahit pas ?
L’engrenage sans fin de la guerre d’attrition
Ce que nous observons en Ukraine, c’est une guerre d’attrition a grande echelle. Une guerre ou chaque camp tente d’user l’autre jusqu’a l’epuisement. Une guerre ou les avancees se mesurent en metres, parfois en centimetres, au prix de pertes humaines considerables.
Les Russes disposent d’un avantage numerique indeniable. Ils peuvent se permettre de subir des pertes elevees, de sacrifier des regiments entiers pour gagner un village, de transformer leurs soldats en chair a canon. C’est une strategie brutale, cynique, qui rappelle les pires heures de l’histoire sovietique.
Les Ukrainiens, eux, doivent economiser chaque vie, chaque munition, chaque equipement. Ils dependent de l’aide occidentale, des livraisons d’armes, du soutien financier de leurs allies. Et ce soutien, meme s’il reste substantiel, commence a montrer des signes de fatigue.
Ce que ces 103 affrontements nous disent de l'avenir
Que nous dit cette journee du 27 janvier 2026 sur l’avenir du conflit ? Elle nous dit d’abord que la guerre est loin d’etre terminee. Elle nous dit que les Russes n’ont pas renonce a leurs objectifs, qu’ils continuent de pousser, de presser, de tenter de percer les defenses ukrainiennes.
Elle nous dit aussi que les Ukrainiens tiennent. Qu’ils repoussent les attaques, qu’ils infligent des pertes considerables a l’ennemi, qu’ils refusent de ceder. Mais elle nous dit egalement que cette resistance a un cout terrible, un cout que nous ne mesurons peut-etre pas pleinement depuis nos salons confortables.
Cette guerre nous concerne tous. Elle ne se deroule pas dans un ailleurs lointain et abstrait. Elle se deroule en Europe, a quelques heures d’avion de Paris ou de Montreal. Et son issue determinera l’ordre mondial pour les decennies a venir. Si l’agresseur l’emporte, quel message enverrons-nous au reste du monde ? Que la force prime le droit ? Que les frontieres peuvent etre redessinées par les armes ? Que les democraties sont incapables de se defendre ?
L’urgence de ne pas oublier
Cent trois affrontements en une journee. Ce chiffre devrait nous hanter. Il devrait nous empecher de detourner le regard. Il devrait nous rappeler que, pendant que nous vaquons a nos occupations quotidiennes, des hommes et des femmes se battent et meurent pour defendre leur terre, leur liberte, leur dignite.
Nous avons le devoir de ne pas oublier. Le devoir de continuer a parler de cette guerre, meme quand elle ne fait plus les gros titres. Le devoir de soutenir ceux qui se battent, par notre voix, par nos votes, par nos choix politiques.
Car le jour ou nous cesserons de nous indigner, le jour ou ces chiffres ne nous feront plus rien, nous aurons perdu quelque chose d’essentiel. Nous aurons perdu notre humanite.
Entre espoir et lucidite face a l'interminable
La guerre en Ukraine entre dans sa cinquieme annee. Cinq ans de combats, de destructions, de souffrances. Cinq ans pendant lesquels un pays entier s’est transforme en champ de bataille. Cinq ans pendant lesquels des millions de personnes ont ete deplacees, des villes rayees de la carte, des vies brisees a jamais.
Et pourtant, l’Ukraine resiste. Elle ne se contente pas de survivre : elle se bat, elle innove, elle s’adapte. Les forces ukrainiennes ont developpe de nouvelles tactiques, integre de nouvelles technologies, forge une cohesion qui force l’admiration. Face a un ennemi superieur en nombre et en moyens, elles ont fait preuve d’une resilience qui restera dans les livres d’histoire.
Il y a quelque chose de profondement emouvant dans cette resistance. Quelque chose qui nous rappelle ce que les etres humains sont capables d’accomplir quand ils defendents ce qui leur est cher. Les Ukrainiens ne se battent pas pour des abstractions geopolitiques. Ils se battent pour leur maison, leur famille, leur avenir. Et cette motivation, aucune superiorite materielle ne peut la vaincre.
Le defi de maintenir l’attention du monde
Le plus grand danger pour l’Ukraine aujourd’hui n’est peut-etre pas sur le champ de bataille. C’est dans les capitales occidentales, ou la fatigue commence a se faire sentir. C’est dans les parlements, ou certains commencent a parler de negociations et de compromis. C’est dans les medias, ou la guerre ukrainienne n’occupe plus qu’une place marginale.
Le Kremlin compte sur cette lassitude. Il joue le temps long, pariant que les democraties occidentales finiront par se desinteresser, que l’aide finira par se tarir, que l’Ukraine finira par etre abandonnee a son sort. C’est un calcul cynique, mais pas necessairement faux.
Notre responsabilite, a nous citoyens des pays democratiques, est de prouver que ce calcul est errone. De montrer que nous n’oublions pas. Que nous ne nous lasserons pas. Que nous continuerons a soutenir l’Ukraine aussi longtemps qu’il le faudra.
Conclusion - Les chiffres qui devraient nous reveiller
Cent trois affrontements. Trente-trois attaques repoussees a Pokrovsk. Deux cent vingt-sept bombes larguees. Sept mille quatre cent soixante-deux drones. Trois mille huit cent trente-huit tirs d’artillerie. Huit cent vingt soldats russes tues ou blesses en une seule journee.
Ces chiffres ne sont pas des abstractions. Ce sont des vies, des souffrances, des destins brises. Ce sont des familles qui pleurent, des enfants qui grandissent sans pere, des parents qui enterrent leurs enfants.
Nous n’avons pas le droit de detourner le regard. Nous n’avons pas le droit de nous habituer. Nous n’avons pas le droit d’oublier.
Car ce qui se joue en Ukraine, c’est bien plus qu’une guerre regionale. C’est un test pour l’humanite tout entiere. Un test qui determine si nous sommes capables de defendre les valeurs que nous pretendons cherir : la liberte, la souverainete, le droit des peuples a disposer d’eux-memes. Un test que nous ne pouvons pas nous permettre d’echouer.
Cent trois affrontements en une journee. Et demain, il y en aura d’autres. Et apres-demain encore. Jusqu’a quand ? Jusqu’a ce que l’agresseur soit vaincu. Ou jusqu’a ce que le monde decide enfin de se reveiller.
Signe Maxime Marquette
Sources
Ukrinform – War update: 103 clashes on frontline over past day, 33 attacks repelled in Pokrovsk sector – 27 janvier 2026
Facebook – Etat-major general des Forces armees ukrainiennes – Rapport operationnel du 27 janvier 2026 – 27 janvier 2026
Ukrinform – Russians intensifying pressure, deploying reserves to Pokrovsk and Ocheretyne areas – 27 janvier 2026
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