Les chiffres qui accusent
Le Quartier general ukrainien de coordination pour le traitement des prisonniers de guerre a identifie plus de 18 000 ressortissants etrangers provenant de 128 pays et territoires non reconnus qui ont combattu pour la Russie. Dix-huit mille. Et ce ne sont que ceux qui ont ete identifies. Combien d’autres ont disparu dans les combats sans jamais etre recenses? Combien de corps anonymes jonchent les champs de bataille ukrainiens?
L’Ukraine detient actuellement des prisonniers de guerre originaires de 37 pays differents. Trente-sept nationalites dans les geoles ukrainiennes, toutes victimes du meme mensonge initial. Et le plus revoltant dans tout cela? Selon le general Dmytro Ousov, secretaire du quartier general ukrainien, Moscou n’a demande l’echange d’aucun de ces ressortissants etrangers. Pas un seul. A l’exception des citoyens nord-coreens. Ces hommes ne valent meme pas une negociation. Ils sont jetables. Consommables. Oubliables.
Il y a une video qui circule sur les reseaux sociaux. Un soldat russe filme un detachement de mercenaires africains et commente avec mepris : Regardez combien de jetables on a ici. Jetables. C’est le mot qu’il utilise pour decrire ses propres camarades d’armes. Des etres humains reduits a l’etat de munitions perissables. Voila ce que la Russie de Poutine pense de ceux qu’elle recrute. Voila la valeur qu’elle accorde a la vie humaine.
La coercition institutionnalisee
Le systeme ne s’arrete pas aux tromperies initiales. Alexandre Bastrykine, chef du Comite d’enquete russe, a lui-meme revele en mai 2025 que les autorites russes avaient envoye 20 000 citoyens recemment naturalises sur les lignes de front. Comment? Par des raids systematiques ciblant ceux qui ne s’etaient pas enregistres pour le service militaire. On parle de gens qui avaient obtenu la nationalite russe pour echapper a la misere. Pour construire une vie nouvelle. Et qui se retrouvent traques par les forces de l’ordre, arretes, expedies vers l’enfer ukrainien.
Car la Russie a egalement mis en place une voie acceleree vers la citoyennete pour les etrangers qui signent des contrats militaires. Un passeport russe contre votre vie. C’est le marche. Sauf qu’on ne vous explique pas que ce passeport ne vous protegera de rien. Que si vous etes capture, personne ne viendra vous chercher. Que si vous mourez, votre famille ne recevra probablement jamais votre corps. Ni meme une notification.
Le recrutement comme symptome d'une guerre qui s'enlise
L’aveu d’echec de la mobilisation nationale
Pourquoi la Russie en est-elle reduite a ces pratiques? La reponse est simple : parce que la mobilisation partielle de septembre 2022 a ete un desastre. Des centaines de milliers de Russes ont fui le pays pour echapper a l’enrolement. Ceux qui sont restes cachent leur crainte d’etre envoyes au front. Les familles des mobilises protestent de plus en plus ouvertement. Moscou fait face a un probleme demographique militaire qu’aucune propagande ne peut resoudre.
Alors le Kremlin s’est tourne vers d’autres sources. D’abord les prisonniers, recrutes par le groupe Wagner avec la promesse d’une amnistie. Puis les etrangers. D’abord quelques centaines. Puis quelques milliers. Maintenant des dizaines de milliers. Les publicites de recrutement pour combattants etrangers ont ete multipliees par sept depuis l’ete 2025, selon une etude recente. Sept fois plus d’appels a venir mourir pour un pays qui n’est pas le leur.
La dimension economique du piege
Les promesses financieres sont calibrees avec precision. Un salaire de 2 000 a 3 000 dollars par mois, c’est une fortune pour un travailleur du Bangladesh, du Nepal ou du Cameroun. C’est plusieurs annees de revenus compressees en quelques mois. Assez pour construire une maison. Assez pour payer les etudes des enfants. Assez pour changer une vie entiere. Ou assez pour accepter de mettre cette vie en jeu.
Sauf que les promesses ne sont pas tenues. Les salaires sont payes en retard, partiellement, ou pas du tout. Les primes de combat evaporees dans la bureaucratie militaire russe. Les compensations pour blessures difficiles a obtenir. Les indemnites de deces versees a des familles qui ne savent meme pas ou est enterre leur proche. Le systeme est concu pour maximiser l’exploitation a chaque etape. De la promesse initiale jusqu’a la mort finale.
Je pense a ces hommes qui ont quitte leur village, leur famille, leur pays, avec l’espoir d’une vie meilleure. Qui ont traverse des frontieres, subi des epreuves, fait confiance a des inconnus. Pour finir dans une tranchee gelee, en hiver ukrainien, avec un equipement de fortune et des ordres incomprehensibles dans une langue qu’ils ne maitrisent pas. Mourir loin de tout. Mourir pour rien. Mourir pour un mensonge. C’est ca, la realite de ces 126 pays.
Les visages de l'exploitation
Les Indiens pris au piege
Une photographie circule depuis plusieurs semaines. On y voit des ressortissants indiens, le regard vide, expliquant qu’ils ont ete contraints de signer des contrats militaires russes et envoyes combattre en Ukraine. Ces hommes venaient pour des emplois civils. Certains etaient des etudiants. D’autres des travailleurs migrants cherchant un revenu supplementaire. Tous se sont retrouves sous l’uniforme sans l’avoir choisi.
Le gouvernement indien a fini par reagir, exigeant des explications de Moscou. Mais combien d’Indiens sont deja morts sur le front ukrainien? Combien croupissent dans des prisons de guerre sans que leurs familles sachent meme s’ils sont vivants? Les autorites russes ne fournissent aucune information. Le silence est leur seule reponse. Parce que ces hommes n’ont jamais ete des soldats a leurs yeux. Juste des corps.
Les Africains comme chair a canon
L’Afrique est devenue un terrain de chasse privilegie pour les recruteurs russes. Du Cameroun au Senegal, du Nigeria a l’Ouganda, les offres d’emploi se multiplient sur les reseaux sociaux et dans les bureaux d’intermediaires louches. On promet des postes de securite, de logistique, de construction. On cache la destination finale. On minimise les risques.
Cette video d’un soldat russe filmant un groupe de mercenaires africains en les qualifiant de jetables a provoque un emoi considerable sur les reseaux sociaux. Elle revele ce que beaucoup soupconnaient deja : le racisme structurel au sein de l’armee russe. Ces hommes ne sont pas traites comme des soldats. Ils sont traites comme des consommables humains. Des unites de combat destinees aux missions les plus dangereuses, aux assauts les plus suicidaires. Parce que leur mort ne coutera rien politiquement a Moscou.
Le silence complice de la communaute internationale
Une traite des etres humains a grande echelle
Appelons les choses par leur nom. Ce que fait la Russie releve de la traite des etres humains. Recruter des individus sous de faux pretextes, confisquer leurs documents, les forcer a accomplir des activites contre leur gre sous menace de represailles. Tous les criteres sont reunis. Pourtant, ou sont les condamnations internationales? Ou sont les enquetes du Tribunal penal international? Ou sont les sanctions specifiques ciblant ces reseaux de recrutement?
Le monde regarde ailleurs. Trop occupe par d’autres crises. Trop fatigue par la longueur du conflit ukrainien. Trop hesitant a confronter directement Moscou sur ce terrain. Et pendant ce temps, les avions continuent d’atterrir a Moscou avec leur cargaison d’hommes trompes. Les centres de formation continuent de tourner. Les convois continuent de partir vers le front. La machine a broyer tourne a plein regime.
On parle beaucoup des crimes de guerre commis sur le champ de bataille. Des bombardements de civils. Des executions sommaires. Des charniers. Mais ce systeme de recrutement force est lui aussi un crime. Un crime contre l’humanite dans son sens le plus litteral. Un crime qui se commet chaque jour, dans le silence, a l’abri des regards. Et nous, on fait quoi? On regarde les statistiques monter. On commente. On s’indigne. Puis on passe a autre chose.
Les pays d’origine dans l’embarras
Face a cette situation, les pays d’origine de ces recrues se trouvent dans une position inconfortable. Denoncer trop fort risquerait de compromettre leurs relations avec Moscou. Ne rien dire reviendrait a abandonner leurs citoyens. La plupart choisissent une voie mediane : des protestations discretes, des demandes d’eclaircissements, des negociations en coulisses. Rien qui ne fasse vraiment trembler le Kremlin.
Certains gouvernements ont tente d’avertir leurs populations. Des alertes ont ete emises concernant les offres d’emploi suspectes en Russie. Mais ces messages atteignent-ils les villages recules ou les recruteurs font leur marche? Atteignent-ils les desesperes qui n’ont plus d’autre choix que de croire aux promesses qu’on leur fait? La pauvrete est le meilleur allie des trafiquants. Elle rend sourd aux avertissements et aveugle aux dangers.
Le pari perdu de Poutine
Une armee de bricolage
Cette strategie de recrutement revele une faiblesse fondamentale de l’appareil militaire russe. Une armee qui doit puiser dans 126 pays pour remplir ses rangs n’est pas une armee confiante. C’est une armee en crise. Les pertes accumulees depuis fevrier 2022 sont telles que meme les estimations les plus conservatives parlent de centaines de milliers de morts et blesses. Des chiffres que le Kremlin ne peut pas avouer a sa propre population.
Alors on comble les trous comme on peut. Avec des prisonniers. Avec des migrants. Avec des etrangers. Avec tous ceux qu’on peut attirer, tromper ou forcer. Le resultat est une armee heteroclite, mal formee, mal coordonnee, ou les soldats ne parlent pas la meme langue et ne partagent pas les memes motivations. Une armee de bricolage lancee contre une armee ukrainienne de plus en plus professionnelle et determinee.
Le cout humain d’une guerre insensee
Chaque jour qui passe ajoute des noms a la liste des victimes. Des noms que personne ne prononcera jamais. Des histoires que personne ne racontera. Des familles qui ne sauront jamais ce qui est arrive a leur fils, leur frere, leur pere. Le cout humain de cette guerre depasse tout ce que les chiffres peuvent mesurer. Il se compte en vies brisees, en espoirs aneantis, en avenirs voles.
Et pour quoi? Pour les ambitions territoriales d’un homme qui refuse d’admettre son echec. Pour une guerre d’agression que rien ne justifie. Pour des objectifs qui changent au gre des defaites sur le terrain. Ces hommes de 126 pays meurent pour un projet qui n’a jamais ete le leur. Ils meurent pour que Vladimir Poutine puisse sauver la face. C’est le marche. Leur vie contre son orgueil.
Il y a des guerres qui ont un sens, meme tragique. Des causes pour lesquelles des hommes choisissent de risquer leur vie. Mais ca? Cette exploitation systematique de la misere mondiale pour alimenter une machine de guerre? Il n’y a pas de mots assez durs. Pas de condamnation assez forte. C’est l’aboutissement logique d’un regime qui ne voit dans les etres humains que des ressources a exploiter. Que des chiffres a aligner. Que des corps a jeter.
La question que personne ne pose
Combien de temps encore
La vraie question n’est pas de savoir si cette pratique est scandaleuse. Elle l’est, evidemment. La vraie question est de savoir combien de temps le monde va la tolerer. Combien de milliers d’hommes supplementaires devront mourir avant qu’une action concrete soit entreprise? Combien de pays devront voir leurs citoyens sacrifies avant de reagir vraiment?
Car tant que la demande existera, l’offre s’adaptera. Tant que la Russie aura besoin de chair a canon, elle trouvera des moyens d’en obtenir. Les reseaux de trafic sont flexibles, adaptables, resilients. Ils ont survecu a des decennies de tentatives de demantlement. Ils survivront a celle-ci aussi. A moins que la pression internationale ne devienne insupportable. A moins que le cout politique de ces pratiques ne depasse leurs benefices militaires.
L’urgence d’agir
Il est temps de traiter ce phenomene pour ce qu’il est : une violation massive des droits humains qui necessite une reponse coordonnee. Les pays d’origine doivent informer massivement leurs populations sur les risques. Les organisations internationales doivent enqueter et documenter. Les tribunaux competents doivent poursuivre les responsables. Les sanctions doivent cibler specifiquement les reseaux de recrutement.
Mais surtout, il faut nommer. Nommer le crime. Nommer les coupables. Nommer les victimes. Parce que l’anonymat est le meilleur allie de l’impunite. Parce que ces 18 000 etrangers identifies, ces hommes de 126 pays, meritent mieux que d’etre reduits a des statistiques dans un rapport. Ils meritent qu’on raconte leur histoire. Qu’on denonce ce qui leur est arrive. Qu’on se batte pour que ca ne se reproduise plus.
Ce qui reste quand tout est dit
Le silence apres
Dans quelques mois, dans quelques annees, quand cette guerre finira par s’achever d’une maniere ou d’une autre, il restera des traces. Des cimetieres improvises le long des lignes de front. Des familles sans reponses dans des dizaines de pays. Des hommes traumatises qui ne pourront jamais raconter ce qu’ils ont vecu. Des questions sans reponses. Des justices jamais rendues.
La Russie de Vladimir Poutine aura ajoute un chapitre sombre a son histoire deja lourde. Celui de l’exploitation systematique des plus vulnerables pour servir des ambitions imperiales. Celui du mepris absolu pour la vie humaine, y compris celle de ceux qui portent son uniforme. Celui d’une guerre menee non pas avec des soldats, mais avec des victimes.
126 pays. Ce chiffre me hantera longtemps. Parce qu’il represente l’etendue de la tromperie. La portee mondiale du cynisme. La dimension planetaire de la souffrance. Des hommes de presque tous les continents, unis dans le malheur d’avoir cru a un mensonge. Morts pour une cause qui n’est pas la leur. Oublies par ceux qui les ont envoyes. Ignores par ceux qui auraient pu les sauver. 126 pays. Cent vingt-six drapeaux qui ne flotteront jamais au-dessus de leurs tombes.
Et nous, on fait quoi
On peut fermer cet article. Passer a autre chose. Se dire que c’est loin, que c’est complique, que de toute facon on n’y peut rien. C’est humain. C’est comprehensible. Mais c’est aussi ce qui permet a ces pratiques de continuer. Notre indifference est leur meilleure protection. Notre silence est leur plus sur allie.
Ou alors on peut choisir de ne pas oublier. De partager. D’informer. D’exiger. De ne pas accepter que des hommes soient traites comme des consommables jetables dans une guerre qui ne les concerne pas. De demander des comptes. De reclamer justice. Ce n’est pas grand-chose. Mais c’est deja quelque chose. C’est deja refuser d’etre complice par l’oubli.
Le velo est toujours la. La roue tordue. L’enfant ne reviendra jamais. Et quelque part, dans un village du Nepal ou du Cameroun, une mere attend encore des nouvelles d’un fils parti travailler en Russie. Elle ne sait pas que ce fils est devenu un chiffre. Le numero 18 001. Ou 18 002. Elle ne le saura peut-etre jamais.
Signe Maxime Marquette
Sources
UNITED24 Media – Russians Allegedly Lure Men From 126 Countries Into Army Contracts – 26 janvier 2026
The Telegraph – Putin targets migrant smuggling networks to boost his ranks – 26 janvier 2026
Ukrainska Pravda – Ukraine holds POWs from 37 countries – 19 novembre 2025
UNITED24 Media – Putin’s Foreign Legion: Recruits from 128 Nations Fight Against Ukraine – novembre 2025
UNITED24 Media – Russia’s Recruitment Ads for Foreign Fighters Surge 7x Since Summer – 25 novembre 2025
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