Mais c’est peut-etre la declaration de Zelensky qui devrait le plus nous interpeller. Le president ukrainien a fixe un objectif que certains jugeront cynique, d’autres realiste : infliger a la Russie des pertes de 50 000 soldats par mois. Pas par sadisme, pas par vengeance, mais par pure logique mathematique. C’est, selon Kiev, le seuil a partir duquel Moscou ne pourra plus reconstituer ses effectifs.
En decembre 2025, l’Ukraine a elimine 35 000 occupants russes. Et Zelensky de rappeler un fait historique saisissant : en dix annees de guerre en Afghanistan, l’armee sovietique a subi moins de pertes que la Russie n’en encaisse en un seul mois dans cette guerre. Dix ans contre un mois. Laissez cette comparaison infuser dans votre esprit.
Cette arithmetique de la mort, nous, Occidentaux, avons du mal a la digerer. Nous avons ete eleves dans le culte du zero mort, dans l’illusion que la technologie pouvait rendre la guerre propre et chirurgicale. L’Ukraine nous rappelle brutalement que la victoire a un cout, et que ce cout se mesure en vies humaines – des deux cotes du front.
La strategie ukrainienne repose sur une comprehension lucide des contraintes demographiques russes. Malgre sa population de 144 millions d’habitants, la Russie fait face a une crise demographique profonde. Les hommes en age de combattre ne sont pas une ressource illimitee, et chaque soldat perdu represente non seulement un cout humain, mais aussi un cout economique et social que le Kremlin peine de plus en plus a dissimuler. L’objectif de 50 000 pertes mensuelles vise precisement ce point de vulnerabilite structurelle.
La revolution des drones : ce que l'Occident aurait du voir venir
Le programme Army of Drones n’est pas ne de la derniere pluie. C’est le fruit d’une strategie deliberee, d’un investissement massif dans l’innovation, et d’une capacite d’adaptation que nos armees occidentales, engoncees dans leurs procedures bureaucratiques, peinent a egaliser. Fedorov a qualifie ce programme de percee, et le terme n’est pas usurpe.
Les unites les plus performantes ont ete recompensees lors de la ceremonie du 26 janvier. En tete, la 414e Brigade de drones Birds of Madyar. Suivie du Centre special Alpha du SBU, du groupe Lasar de la Garde nationale, du bataillon de drones Phoenix, de la 3e Brigade d’assaut. Ces noms devraient resonner dans les ecoles militaires occidentales comme des cas d’etude, pas comme des curiosites exotiques.
La 429e Brigade Achilles, la 427e Brigade Raroh, la 59e Brigade d’assaut, la 412e Brigade NEMESIS, le bataillon de drones de la 63e Brigade mecanisee completent ce palmares. Chaque recompense, a souligne Fedorov, represente un resultat reel sur le champ de bataille. Pas des medailles honorifiques, pas des decorations de parade – des preuves tangibles d’efficacite au combat.
Ces brigades ont developpe des tactiques que nos manuels militaires n’avaient pas anticipees. L’utilisation coordonnee de drones FPV pour des frappes de precision, les essaims de reconnaissance qui saturent les defenses ennemies, les drones kamikazes a longue portee qui frappent des cibles strategiques a des centaines de kilometres du front – tout cela s’est invente dans le chaos de la bataille, par des hommes et des femmes qui n’avaient d’autre choix que d’innover ou de mourir.
Le systeme de points qui humilie notre logistique militaire
L’Ukraine a developpe un systeme de notation interne appele ePoints qui permet d’evaluer objectivement la performance des unites de drones. En 2026, ce systeme sera elargi pour inclure non seulement les frappes de drones, mais aussi les actions des unites de defense aerienne, de l’aviation militaire et des tireurs d’elite. Des multiplicateurs de points recompenseront les frappes effectuees a plus longue distance.
Cette approche data-driven de la guerre devrait faire rougir nos etats-majors occidentaux qui, trop souvent, s’appuient sur des metriques obsoletes et des rapports enjolives. L’Ukraine mesure, analyse, ajuste. En temps reel. Avec des preuves video. Pendant que nous produisons des rapports trimestriels.
Le systeme ePoints incarne une philosophie de la guerre radicalement differente de la notre. Il recompense les resultats, pas les procedures. Il valorise l’efficacite, pas la conformite. Il encourage la prise de risque calculee, pas l’aversion bureaucratique au changement. C’est, en quelque sorte, l’application des principes de la Silicon Valley au champ de bataille – et cela fonctionne de maniere spectaculaire.
La strategie de la profondeur : frapper au-dela de la ligne de front
Zelensky a ete clair : le niveau des pertes russes ne peut pas etre le seul objectif du travail ukrainien avec les drones et les technologies. Il a insiste sur l’importance d’accroitre le controle de l’espace au-dela de la ligne de front, pour detruire la logistique ennemie, les operateurs de drones adverses, et la capacite de combat globale de l’occupant.
Cette vision strategique depasse largement ce que la plupart des commentateurs occidentaux avaient anticipe. L’Ukraine ne se contente pas de defendre son territoire – elle cherche a rendre intenable la guerre d’agression russe en frappant les nerfs vitaux de l’effort de guerre ennemi. Les depots de munitions, les centres de commandement, les lignes de ravitaillement : rien n’est hors de portee pour une armee qui a fait de l’innovation son arme principale.
Le president ukrainien a egalement souligne la necessite de developper la protection contre les drones Shahed russes et autres UAV de frappe et de reconnaissance. L’Ukraine a besoin de plus d’intercepteurs, a-t-il affirme, et l’evolution de ces intercepteurs ne doit pas prendre de retard sur les changements dans les drones de frappe russes. Maintenir le leadership technologique, prevaloir dans chaque cycle de developpement – voila l’obsession de Kiev.
Cette course technologique permanente illustre une realite que nos planificateurs militaires peinent a integrer : la guerre moderne n’est plus une confrontation statique entre arsenaux fixes, mais une competition dynamique d’innovation continue. Celui qui s’arrete d’innover, meme pour un mois, prend le risque de se retrouver depassé. L’Ukraine l’a compris dans sa chair. Nous continuons a l’ignorer dans le confort de nos bureaux climatises.
L'Occident, spectateur ou acteur de cette revolution ?
Face a ces developpements, quelle est la posture occidentale ? Un melange d’admiration polie et d’inaction chronique. Nous applaudissons les performances ukrainiennes tout en rationnant notre aide. Nous louons l’innovation de Kiev tout en maintenant des restrictions absurdes sur l’utilisation des armes que nous livrons. Nous celebrons la resilience ukrainienne tout en murmurant sur la fatigue de guerre qui gagnerait nos opinions publiques.
Cette schizophrenie strategique ne trompe personne. Ni les Ukrainiens, qui ont appris a compter d’abord sur eux-memes. Ni les Russes, qui lisent dans nos hesitations une invitation a perseverer. Ni nos propres citoyens, qui sentent confusement que quelque chose ne tourne pas rond dans notre gestion de cette crise.
Les chiffres presentes par Fedorov devraient nous servir d’electrochoc. Si l’Ukraine parvient a de tels resultats avec les moyens dont elle dispose – limites par rapport a ceux de la Russie et freines par nos propres restrictions -, que pourrait-elle accomplir avec un soutien occidental sans reserves ? La question n’est pas rhetorique. Elle est existentielle.
Nos gouvernements invoquent regulierement le risque d’escalade pour justifier leur prudence. Mais quelle escalade pourrait etre pire que celle que nous observons deja ? La Russie bombarde quotidiennement des infrastructures civiles, utilise des armes iraniennes et nord-coreennes, enrole des prisonniers et des etrangers pour alimenter sa machine de guerre. L’escalade est deja la. Notre timidite ne l’a pas empechee – elle l’a encouragee.
La lecon afghane que Moscou refuse d’apprendre
Le parallele avec l’Afghanistan sovietique, evoque par Zelensky, merite qu’on s’y arrete. En dix ans d’enlisement dans les montagnes afghanes, l’URSS a perdu environ 15 000 soldats – un traumatisme national qui a contribue a l’effondrement du systeme sovietique. Aujourd’hui, la Russie perd davantage en un seul mois qu’en une decennie de guerre afghane.
Comment expliquer que le Kremlin persiste malgre cette hemorragie ? Par le controle total de l’information en Russie, d’abord. Par le recrutement dans les regions peripheriques et les prisons, ensuite. Par l’afflux de mercenaires etrangers et de soldats nord-coreens, enfin. Moscou a trouve des moyens de masquer le cout humain de sa guerre a sa propre population, au moins temporairement.
Mais les mathematiques finissent toujours par s’imposer. L’objectif ukrainien de 50 000 pertes russes mensuelles n’est pas un fantasme vengeur – c’est une strategie deliberee pour atteindre le point de rupture demographique et politique de l’effort de guerre russe. Et les drones sont l’outil principal de cette strategie.
L’histoire de l’URSS en Afghanistan nous enseigne aussi autre chose : les guerres perdues ont des consequences qui depassent le champ de bataille. Le retrait humiliant d’Afghanistan a accelere la desintegration de l’empire sovietique. Poutine le sait. C’est precisement pourquoi il ne peut pas se permettre de perdre. Mais c’est aussi pourquoi l’Ukraine ne peut pas se permettre de flechir – ni nous de la laisser tomber.
Les producteurs de l'ombre : l'ecosysteme technologique ukrainien
Lors de la ceremonie, les meilleurs producteurs de technologies et d’equipements de combat ont egalement ete honores pour leur efficacite et leur popularite sur la plateforme Brave1 Market. Ces entreprises – souvent des start-ups nees de la guerre – representent un ecosysteme d’innovation que l’Occident ferait bien d’etudier.
Pendant que nos industries de defense fonctionnent selon des cycles de developpement de dix ou quinze ans, les Ukrainiens iterent en quelques semaines. Pendant que nous debattons de specifications techniques dans des comites interminables, Kiev teste, echoue, ameliore et deploie. Cette agilite n’est pas un luxe – c’est une question de survie.
Fedorov a conclu ses remarques en remerciant les equipages de drones et le personnel militaire pour leur bravoure, leur innovation et leur sacrifice. Vous prouvez que la guerre moderne se gagne non par le nombre, mais par l’intelligence, la vitesse et la precision, a-t-il declare. Ces mots resument parfaitement la philosophie ukrainienne – et le defi qu’elle pose a notre propre vision de la defense.
L’ecosysteme Brave1 merite une attention particuliere. Cette plateforme, lancee par le gouvernement ukrainien, permet aux entreprises de defense de presenter leurs produits, de recevoir des retours directs du front, et d’obtenir des financements pour accelerer leur developpement. C’est un modele d’innovation ouverte en temps de guerre que nos propres agences de defense, empetrees dans leurs procedures d’acquisition, seraient bien en peine de repliquer.
Le systeme Mission Control : l'avenir de la coordination militaire
Plus tot, le ministere ukrainien de la Defense a annonce le lancement de Mission Control, un projet revolutionnaire visant a centraliser les operations de drones au sein d’un systeme numerique unifie. Cette initiative illustre la maturite croissante de l’appareil militaire ukrainien et sa capacite a integrer les lecons du terrain dans ses structures de commandement.
Pour les armees occidentales habituees a leurs systemes C4ISR vieillissants et a leurs procedures de coordination labyrinthiques, Mission Control devrait etre un objet d’etude prioritaire. L’Ukraine est en train d’inventer, en temps reel et sous le feu ennemi, ce que nos think tanks theorisent depuis des decennies sans jamais le concretiser.
La centralisation des operations de drones repond a un defi operationnel majeur : eviter les interferences entre unites, optimiser l’allocation des ressources, et maximiser l’impact de chaque frappe. Quand des milliers de drones operent simultanement sur un front de plus de mille kilometres, la coordination devient un enjeu strategique de premier ordre. L’Ukraine est en train de resoudre ce probleme en conditions reelles, pendant que nous en discutons dans des seminaires academiques.
Que faire de ces chiffres ?
La question qui se pose a nous, Occidentaux, est simple dans sa formulation et vertigineuse dans ses implications : que faisons-nous de ces informations ? Continuons-nous a traiter la guerre en Ukraine comme un probleme lointain, gere au rythme des cycles electoraux et des fluctuations de l’opinion publique ? Ou reconnaissons-nous enfin qu’il s’y joue quelque chose de fondamental pour notre propre securite ?
Les 820 000 frappes de drones ukrainiennes en 2025 ne sont pas seulement un fait militaire. Elles sont le symbole d’une nation qui refuse de mourir, qui innove pour survivre, qui se bat avec les moyens du bord parce que ceux qui devraient l’aider menagent leurs efforts. Et chaque jour qui passe sans acceleration significative de notre soutien est un jour ou nous choisissons, par omission, le camp de l’indifference.
Zelensky veut infliger 50 000 pertes mensuelles aux forces russes. C’est un objectif brutal, assumement brutal. Mais dans une guerre d’agression ou la Russie bombarde des maternites et deporte des enfants, ou elle menace l’ordre international que nous avons mis des decennies a construire, ou elle defie ouvertement tout ce que nous pretendons defendre – dans cette guerre-la, l’objectif ukrainien n’est pas de la cruaute. C’est de la lucidite.
L’heure des comptes approche
Un jour, cette guerre finira. Et nous serons juges, collectivement, sur ce que nous aurons fait – ou pas fait – pour aider l’Ukraine. Les chiffres annonces par Fedorov et Zelensky entreront dans les livres d’histoire. La question est de savoir si nous y figurerons comme des allies fiables ou comme des spectateurs velleitaires.
La revolution des drones ukrainienne nous tend un miroir peu flatteur. Elle revele notre lenteur, notre frilosite, notre incapacite a adapter nos doctrines et nos industries a un monde qui change plus vite que nos bureaucraties. Mais elle offre aussi une opportunite : celle de nous ressaisir, de comprendre que l’Ukraine ne defend pas seulement ses frontieres – elle defend les notres.
820 000 frappes. 240 000 soldats russes touches. 50 000 pertes mensuelles visees. Ces chiffres sont brutaux. Mais la guerre est brutale. Et notre confort moral ne vaut pas grand-chose face aux missiles qui tombent chaque nuit sur les villes ukrainiennes.
Il est temps de choisir notre camp. Non pas en paroles, mais en actes. Non pas au rythme qui nous convient, mais au rythme que la guerre impose. L’Ukraine a fait sa part. Elle continue de la faire, avec une efficacite qui force le respect. La vraie question, maintenant, c’est : et nous ?
Car au fond, ce que ces chiffres nous disent, c’est que l’Ukraine est en train de gagner la guerre de l’innovation. Elle est en train de demontrer qu’une democratie attaquee, quand elle est determinee et creative, peut tenir tete a un empire autoritaire aux ressources apparemment illimitees. Cette lecon devrait nous inspirer. Elle devrait nous galvaniser. Elle devrait nous pousser a en faire davantage – pas par charite, pas par sentimentalisme, mais par pur interet strategique. Car si l’Ukraine tombe, nous serons les prochains sur la liste. Et nous n’aurons alors que nos yeux pour pleurer sur notre passivite coupable.
Sources
Ukraine’s Army of Drones Hit 820,000 Russian Targets in 2025, Defense Minister Says – UNITED24 Media
Russia must lose 50,000 occupiers per month so it cannot replenish its army – Zelensky – Ukrinform
Signe Maxime Marquette
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