Ce que nous savons des Fath-360 et de leur voyage vers la Russie
Le Fath-360, c’est la fierte de l’industrie militaire iranienne. Un missile balistique a courte portee, concu pour frapper vite et fort, avec une precision que les ingenieurs de Teheran ne cessent de vanter. Son rayon d’action de 120 kilometres le place dans une categorie particuliere, celle des armes tactiques capables de bouleverser l’equilibre sur un champ de bataille localise. L’ogive de 150 kg n’est pas anodine non plus. Suffisamment puissante pour aneantir un poste de commandement, un depot de munitions, une concentration de troupes en quelques secondes. Les services de renseignement occidentaux ont documente la livraison de ces 350 unites avec une precision chirurgicale qui force le respect. Les satellites ont photographie les convois traversant les frontieres. Les analystes ont decode les communications entre Moscou et Teheran. Les agents sur le terrain ont confirme les mouvements logistiques. Tout convergeait vers une conclusion limpide : la Russie disposait desormais d’un arsenal supplementaire considerable, capable d’infliger des degats terrifiants a l’Ukraine. La logique militaire la plus elementaire voudrait que ces armes soient deja en service depuis longtemps. La realite nous raconte une histoire radicalement differente.
J’ai passe des heures a eplucher les rapports des think tanks specialises, les analyses des veterans du renseignement, les declarations officielles de toutes les parties impliquees. Partout, la meme incomprehension teintee d’inquietude. Ces missiles existent. Ils sont operationnels selon tous les experts. Mais ils restent obstinement silencieux. C’est comme posseder un extincteur pendant que votre maison brule et choisir deliberement de ne pas l’utiliser. Ca defie toute logique. Et quand la logique est absente, c’est que quelque chose d’important nous echappe.
Un transfert qui a fait trembler les chancelleries occidentales
Quand les premieres informations sur ce transfert d’armes ont filtre dans les medias internationaux, l’Occident a reagi avec une nervossite palpable qui en disait long sur la gravite de la situation. Washington a convoque ses allies en urgence pour des consultations au plus haut niveau. Bruxelles a multiplie les declarations alarmistes et les mises en garde solennelles. On parlait d’escalade majeure, de ligne rouge franchie sans retour possible, d’un partenariat russo-iranien qui changerait definitivement la donne du conflit ukrainien. Les sanctions ont ete renforcees avec une severite inedite. Les condamnations se sont accumulees dans toutes les instances internationales. La tension diplomatique a atteint des sommets rarement observes. Et puis, le temps a passe inexorablement. Les missiles sont restes muets dans leurs hangars. Cette inaction troublante a progressivement disparu des radars mediatiques, remplacee par d’autres urgences, d’autres bombardements devastateurs, d’autres tragedies qui capturaient l’attention du monde. Mais le mystere demeure entier, comme une question sans reponse qui plane au-dessus du conflit. Pourquoi livrer des armes si c’est pour les laisser prendre la poussiere? Pourquoi accepter l’opprobre international d’un tel transfert sans en tirer le moindre avantage militaire concret?
Les hypotheses qui circulent dans les cercles du renseignement
Premiere piste : la dissuasion strategique et le jeu de la menace latente
Certains analystes de renom avancent l’hypothese de la reserve strategique. Selon cette theorie qui a ses partisans dans les milieux militaires, la Russie conserverait deliberement ces missiles comme une menace latente, une epee de Damocles suspendue au-dessus de l’Ukraine et de ses allies occidentaux. L’idee serait de maintenir l’adversaire dans une incertitude permanente, de le forcer a disperser ses precieuses defenses anti-aeriennes sur l’ensemble du territoire, a anticiper constamment une frappe massive qui pourrait survenir a tout moment sans le moindre avertissement. Cette strategie possede indeniablement ses merites sur le plan theorique. Elle immobilise des ressources ennemies considerables. Elle cree un climat d’anxiete permanente qui use les nerfs et epuise les populations civiles. Elle permet de negocier en position de force, le doigt sur la gachette sans jamais appuyer, profitant de l’incertitude comme d’une arme en soi. Mais cette explication seduisante se heurte a une realite brutale et incontestable : la Russie a deja epuise une grande partie de ses stocks de missiles de croisiere et balistiques de fabrication nationale. Pourquoi diable garder en reserve des armes iraniennes alors que les arsenaux nationaux s’epuisent a un rythme alarmant?
Cette hypothese de la dissuasion me laisse profondement sceptique, je dois l’admettre. On ne garde pas 350 missiles en reserve quand on bombarde systematiquement des hopitaux et des centrales electriques avec tout ce qui reste dans l’inventaire national. La guerre, ce n’est pas une partie d’echecs jouee dans le confort d’un salon. C’est le chaos absolu, l’urgence de chaque instant, la survie au jour le jour. Et dans le chaos, on utilise ce qu’on a sous la main. Point final.
Deuxieme piste : des problemes techniques inavoues qui embarrassent Moscou
Une autre hypothese, plus troublante et potentiellement humiliante pour les deux parties, circule dans les cercles du renseignement occidental. Ces missiles pourraient tout simplement ne pas fonctionner correctement une fois integres dans l’arsenal russe. Les transferts d’armements sophistiques entre pays differents sont notoirement complexes, bien plus que ne le suggerent les communiques officiels triumphants. Les systemes de guidage doivent etre minutieusement calibres pour les conditions locales. Les protocoles de lancement doivent etre entierement adaptes aux procedures operationnelles russes. Les operateurs sur le terrain doivent recevoir une formation approfondie qui prend des mois. L’Iran et la Russie, malgre leur rapprochement apparent et leurs declarations d’amitie eternelle, utilisent des doctrines militaires distinctes, des technologies pas toujours compatibles, des langages informatiques differents. Les Fath-360 ont ete concus specifiquement pour le theatre moyen-oriental, pour des cibles relativement proches situees dans des deserts ou des zones arides, dans des conditions climatiques radicalement differentes de l’Ukraine. Leur adaptation au front ukrainien, avec ses temperatures glaciales qui peuvent descendre jusqu’a moins trente degres, ses systemes de defense aerienne occidentaux extremement sophistiques, et son terrain completement different, pourrait s’averer considerablement plus complexe que prevu initialement.
Troisieme piste : le calcul politique cynique de Teheran
Il existe une troisieme hypothese, peut-etre la plus fascinante et la plus revelatrice de toutes. L’Iran aurait impose des conditions d’utilisation strictes que la Russie ne peut tout simplement pas respecter dans le contexte actuel. Le regime des mollahs joue un jeu diplomatique d’une subtilite remarquable, malgre sa reputation de brutalite. Il veut demontrer au monde entier sa capacite a projeter sa puissance militaire au-dela de ses frontieres immediates. Il veut se positionner comme un acteur incontournable sur la scene internationale, courtise plutot qu’isole. Mais il ne veut surtout pas etre directement et irrefutablement implique dans des crimes de guerre documentes par les organisations internationales. Un missile iranien clairement identifie qui s’ecrase sur un immeuble residentiel de Kharkiv ou d’Odessa, tuant des dizaines de civils devant les cameras du monde entier, c’est une image cauchemardesque que Teheran voudrait absolument eviter a tout prix. Les sanctions actuelles sont deja etouffantes pour l’economie iranienne. Une implication directe et prouvee dans le bombardement de civils europeens pourrait entrainer des consequences encore plus devastatrices, potentiellement fatales pour le regime deja fragilise.
Cette piste m’interpelle particulierement, je l’avoue volontiers. On a tendance a voir l’alliance russo-iranienne comme un bloc monolithique de regimes autoritaires unis contre l’Occident dans une sainte alliance du mal. La realite est probablement infiniment plus nuancee. Chaque dictature a ses interets propres, ses lignes rouges non negociables, ses calculs cyniques qui echappent au regard exterieur. Meme entre partenaires du mal, la confiance a ses limites bien definies.
Ce que ce silence revele sur l'etat reel de la coalition anti-occidentale
Des fissures profondes dans le mur de l’alliance Moscou-Teheran
Le mystere des Fath-360 inutilises eclaire d’une lumiere crue et impitoyable les tensions souterraines qui traversent l’axe russo-iranien. Cette alliance, que beaucoup d’observateurs decrivent comme indestructible et unie par une haine commune de l’Occident, repose en realite sur des fondations bien plus fragiles qu’il n’y parait. La Russie a desesprement besoin des drones et des missiles iraniens pour poursuivre sa guerre d’agression. L’Iran a tout aussi besoin de la protection diplomatique russe au Conseil de securite de l’ONU pour bloquer toute resolution contraignante. Mais au-dela de ces interets convergents et immediats, les divergences profondes s’accumulent dangereusement. Teheran regarde avec une mefiance croissante l’expansionnisme russe en Asie centrale, une vaste region que l’Iran considere historiquement comme sa sphere d’influence naturelle depuis des siecles. Moscou s’inquiete de plus en plus du programme nucleaire iranien en pleine acceleration, qui pourrait bouleverser l’equilibre des puissances au Moyen-Orient et creer un nouveau rival regional. Et sur le terrain ukrainien, ces tensions latentes se materialisent concretement par des arsenaux qui restent obstinement muets.
Quand les drones volent mais les missiles restent cloues au sol
Il est particulierement interessant de noter que les drones Shahed iraniens, eux, sont utilises massivement et sans retenue par la Russie depuis de longs mois. Ces appareils suicides a bas cout ont cause des degats considerables aux infrastructures civiles ukrainiennes, detruisant centrales electriques, stations de chauffage et installations critiques. Ils ont tue des centaines de civils innocents dans leurs lits. Ils ont traumatise des populations entieres qui vivent dans la terreur des nuits sans sommeil. Alors pourquoi cette differenciation troublante entre drones et missiles? La reponse pourrait tenir a la nature meme de ces armes et a leur tracabilite. Un drone peut etre nie avec une certaine credibilite. Sa provenance exacte peut etre contestee, attribuee a une production locale russe. Un missile balistique comme le Fath-360, avec ses caracteristiques techniques uniques et parfaitement documentees, est beaucoup plus difficile a camoufler ou a nier. Chaque tir devient une signature irrefutable, une preuve accablante de l’implication directe iranienne impossible a contester. Cette distinction fondamentale revele la duplicite calculee de Teheran, pret a tuer en silence par drones interposes mais terrorise a l’idee d’assumer publiquement et officiellement ses crimes devant la communaute internationale.
Il y a quelque chose de profondement revoltant dans cette distinction cynique qui donne la nausee. Comme si la mort par drone etait plus acceptable, plus propre, plus deniable que la mort par missile. Comme si l’anonymat relatif de l’arme pouvait absoudre moralement ceux qui l’envoient faucher des vies innocentes. Les victimes, elles, ne font pas la moindre difference entre les deux. Un enfant tue par un Shahed est tout aussi mort, tout aussi irremplacable, tout aussi pleure par ses parents qu’un enfant tue par un Fath-360.
Les implications pour l'Ukraine et ses defenseurs acharnes
Un repit precieux qui ne doit surtout pas endormir la vigilance
Pour Kiev et son peuple epuise mais indomptable, cette non-utilisation des missiles iraniens represente un soulagement temporaire qu’il faut savourer sans s’y complaire. Chaque jour sans Fath-360 lance est un jour supplementaire ou les defenses anti-aeriennes ukrainiennes, deja sollicitees au maximum de leurs capacites, peuvent se concentrer sur d’autres menaces tout aussi mortelles. Chaque semaine de repit inattendu permet de renforcer les abris civils, d’evacuer les populations les plus vulnerables des zones de danger, de reorganiser les lignes de defense devant l’avancee russe. Les systemes Patriot et NASAMS fournis par les allies occidentaux ont deja prouve leur efficacite remarquable contre les missiles russes de fabrication nationale. Mais ce calme relatif ne doit en aucun cas creer un sentiment de fausse securite qui pourrait s’averer fatal. Ces missiles iraniens existent bel et bien. Ils sont la, quelque part dans l’immensit russe, prets a etre deployes. Et ils pourraient etre actives a tout moment, sans le moindre avertissement prealable, sur ordre de Moscou. L’Ukraine et ses allies doivent maintenir une vigilance absolue et maximale, continuer a renforcer sans relache les capacites de defense aerienne, anticiper serieusement le scenario catastrophe ou ces 350 ogives prendraient soudainement leur envol vers les villes et les infrastructures ukrainiennes.
La necessite imperieuse de maintenir la pression sur Teheran
Cette situation paradoxale offre egalement une opportunite diplomatique significative que l’Occident serait particulierement mal avise d’ignorer ou de sous-estimer. Si l’Iran hesite visiblement a voir ses missiles utilises contre des cibles civiles ukrainiennes, c’est que le regime des mollahs reste malgre tout sensible aux consequences potentielles de ses actes sur la scene internationale. Cette hesitation revelatrice doit etre exploitee avec intelligence et determination. Les sanctions economiques existantes doivent etre non seulement maintenues mais significativement renforcees pour accentuer la pression. Les canaux diplomatiques secrets et officiels doivent transmettre un message absolument clair et sans ambiguite : toute utilisation de ces missiles contre des populations civiles entrainera des represailles economiques et politiques absolument devastatrices pour le regime iranien. L’isolement diplomatique de l’Iran doit s’intensifier methodiquement sur tous les fronts. Les allies regionaux traditionnels de Teheran doivent etre activement presses de prendre leurs distances pour ne pas etre eclabousses. Chaque jour ou ces missiles restent au sol represente une victoire partielle qu’il faut absolument consolider et transformer en avantage durable.
Je ne suis certainement pas naif au point de croire que la diplomatie seule peut miraculeusement resoudre cette crise existentielle. Mais ignorer deliberement cette fenetre d’opportunite qui s’ouvre devant nous serait une erreur strategique majeure que l’histoire ne nous pardonnerait pas. L’Iran hesite visiblement, c’est un fait observable. C’est precisement le moment de doubler la pression sur tous les fronts, pas de se reposer sur des lauriers imaginaires qui n’existent pas.
Le precedent dangereux des transferts d'armes entre regimes autoritaires
Quand les dictatures se passent les outils de la mort dans l’ombre
Au-dela du cas specifique et troublant des Fath-360, cette affaire illustre avec une clarte terrifiante une tendance extremement preoccupante dans les relations internationales contemporaines. Les regimes autoritaires du monde entier developpent des reseaux de cooperation militaire de plus en plus sophistiques et opaques, echappant systematiquement aux controles internationaux et aux sanctions occidentales pourtant severes. L’Iran fournit des missiles et des drones a la Russie en echange de technologies sensibles. La Coree du Nord expedie des millions d’obus d’artillerie dont Pyongyang a desesperement besoin de devises. La Chine ferme ostensiblement les yeux sur tous ces transferts illicites tout en fournissant discretement des technologies duales et des composants critiques. Ces echanges clandestins ou semi-officiels creent un veritable ecosysteme de guerre qui se nourrit de lui-meme et s’auto-entretient, ou chaque dictature apporte sa contribution specifique a l’effort commun de subversion de l’ordre international etabli depuis 1945. Face a cette coalition informelle mais indeniablement reelle et operationnelle, l’Occident doit imperativement repenser en profondeur ses strategies de containment et developper urgemment de nouveaux outils de surveillance et d’interdiction adaptes a cette nouvelle realite geopolitique.
Les lecons cruciales pour les conflits futurs
Ce que nous observons aujourd’hui en Ukraine prefigure avec une precision inquietante les guerres de demain. Des transferts d’armes opaques et massifs entre regimes hostiles a l’ordre democratique. Des technologies mortelles qui circulent librement malgre les embargos officiels et les resolutions onusiennes. Des alliances de circonstance qui se nouent et se denouent au gre des interets immediats et des calculs cyniques de chaque partie. Les democraties du monde libre doivent imperativement tirer les lecons fondamentales de cette situation avant qu’il ne soit trop tard. Elles doivent investir massivement dans le renseignement technique de pointe, capable de tracer chaque arme sophistiquee, chaque composant electronique, chaque transaction financiere suspecte a travers le monde. Elles doivent coordonner leurs efforts de maniere considerablement plus etroite qu’actuellement, partageant informations sensibles et ressources en temps reel sans les querelles bureaucratiques qui paralysent trop souvent l’action collective. Et elles doivent accepter lucidement que la defense de leurs valeurs democratiques aura un cout substantiel, financier et politique, qu’il faudra assumer pleinement sur le tres long terme sans faillir.
Nous sommes indeniablement a un tournant historique majeur dont nous n’avons peut-etre pas encore pleinement mesure l’ampleur. Les vieilles certitudes de l’apres-guerre froide s’effondrent les unes apres les autres. Les alliances se recomposent a une vitesse vertigineuse. Et pendant que nous debattons interminablement dans nos parlements, pendant que nous hesitons encore et toujours, les regimes autoritaires agissent avec une determination implacable. Ces 350 missiles silencieux sont un avertissement ecrit en lettres de feu. La question fondamentale est de savoir si nous aurons collectivement la lucidite necessaire pour l’entendre avant qu’il ne soit trop tard.
Le role de la communaute internationale face a ce defi sans precedent
L’ONU entre impuissance chronique et necessaire reforme radicale
Le Conseil de securite des Nations Unies, cense garantir la paix et la securite internationales, est completement paralyse par le veto russe utilise systematiquement pour bloquer toute action. Chaque tentative serieuse de condamner les transferts d’armes iraniennes vers la Russie se heurte inexorablement a ce mur juridique infranchissable erige par les fondateurs de l’organisation en 1945. Cette impuissance institutionnelle flagrante pose une question fondamentale et derangeante sur l’avenir meme de la gouvernance mondiale au vingt-et-unieme siecle. Comment peut-on raisonnablement maintenir un systeme ou l’agresseur caracterise dispose d’un droit de veto absolu sur sa propre condamnation? C’est une absurdite logique qui mine la credibilite de tout le systeme multilateral. Les appels a une reforme profonde de l’ONU se multiplient dans les capitales du monde libre, mais les obstacles politiques semblent pour l’instant insurmontables tant les interets divergent. En attendant cette hypothetique reforme, des initiatives alternatives emergent progressivement. Des coalitions ad hoc de pays democratiques se forment en dehors des cadres officiels onusiens pour coordonner efficacement sanctions economiques et soutien militaire a l’Ukraine. Ces structures paralleles sont certes imparfaites et manquent de legitimite universelle, mais elles representent peut-etre l’embryon prometteur d’un nouveau systeme international plus adapte aux realites du monde actuel.
La responsabilite morale des pays non-alignes face a l’agression
Entre les deux blocs qui s’affrontent, de nombreux pays influents observent ce conflit avec une neutralite soigneusement calculee qui sert leurs interets nationaux a court terme. L’Inde, le Bresil, l’Afrique du Sud et d’autres puissances emergentes importantes refusent obstinement de choisir clairement leur camp dans cette confrontation entre democraties et autocraties. Cette position est parfaitement comprehensible d’un point de vue strictement national et pragmatique, mais elle a des consequences morales et strategiques non negligeables que ces pays sous-estiment peut-etre. En refusant de condamner clairement et explicitement les transferts d’armes russo-iraniens, ces pays offrent une legitimite implicite troublante a ces pratiques dangereuses. Ils affaiblissent significativement le front commun qui serait absolument necessaire pour dissuader efficacement de futures violations du droit international. La communaute internationale doit engager urgemment un dialogue franc et sans complaisance avec ces nations, leur expliquant pedagogiquement que leur silence commode d’aujourd’hui pourrait bien devenir leur propre vulnerabilite de demain. Aucun pays au monde n’est definitivement a l’abri d’une agression brutale par un voisin mieux arme et moins scrupuleux.
Je comprends intellectuellement les hesitations des pays du Sud global, je veux etre honnete la-dessus. Ils ont ete trop souvent instrumentalises et manipules par les grandes puissances occidentales au cours de l’histoire coloniale et post-coloniale. Ils ont des raisons legitimes et historiques de se mefier profondement de l’Occident et de ses lecons de morale. Mais face a une agression aussi flagrante, aussi documentee, aussi contraire a tous les principes du droit international, le silence n’est pas de la neutralite vertueuse. C’est de la complicite passive qui facilite le crime. Et l’histoire juge toujours severement ceux qui detournent deliberement le regard quand le mal s’installe sous leurs yeux.
Vers une escalade brutale ou un statu quo prolonge et dangereux
Les scenarios possibles pour les prochains mois critiques
Que va-t-il reellement se passer avec ces 350 missiles Fath-360 qui attendent leur heure quelque part en Russie? Plusieurs scenarios radicalement differents sont envisageables par les analystes militaires. Le premier scenario, relativement optimiste, verrait ces armes rester indefiniment clouees au sol, victimes de problemes techniques insurmontables ou de calculs politiques iraniens qui privilegient la prudence. Le deuxieme scenario, considerablement plus sombre et inquietant, anticipe une utilisation massive et coordonnee dans le cadre d’une offensive russe de grande envergure au printemps, peut-etre synchronisee avec l’arrivee massive de renforts nord-coreens sur le front. Le troisieme scenario imagine une utilisation progressive et experimentale, quelques missiles lances sporadiquement ici et la pour tester les reactions internationales et la capacite des defenses ukrainiennes a les intercepter. Chacun de ces scenarios possede ses implications strategiques propres et distinctes, et les planificateurs militaires occidentaux seraient bien avises de se preparer serieusement a tous sans exception.
L’impossible prediction dans le brouillard epais de la guerre
La verite ultime, c’est que personne ne sait vraiment avec certitude ce qui va se passer dans les semaines et les mois a venir. La guerre en Ukraine a systematiquement defie toutes les predictions des experts les plus reputes depuis son commencement. Elle devait durer quelques jours tout au plus selon les analystes de Moscou, elle s’eternise deja depuis bientot quatre ans avec une intensite qui ne faiblit pas. La Russie devait s’effondrer rapidement sous le poids des sanctions economiques occidentales, elle s’adapte peniblement mais survit et continue de combattre. L’Ukraine devait etre submergee en quelques semaines par la puissance militaire russe, elle resiste heroiquement et mene meme des contre-offensives audacieuses sur le territoire ennemi. Dans ce contexte d’incertitude radicale et permanente, le mystere des missiles iraniens inutilises ajoute une couche supplementaire d’imprevisibilite a une situation deja extraordinairement complexe. Absolument tout est possible desormais. Le pire cauchemar comme le moins pire des scenarios. Et c’est precisement cette incertitude fondamentale qui rend la situation actuelle si profondement dangereuse pour la paix mondiale.
Je n’ai pas de boule de cristal magique. Personne n’en possede une. Mais une chose me semble absolument certaine apres des mois d’analyse et de reflexion : ces missiles finiront par parler un jour ou l’autre. Pas necessairement demain matin, ni la semaine prochaine, ni peut-etre meme le mois prochain. Mais un jour inevitablement, d’une maniere ou d’une autre, ils sortiront de leur silence actuel. Et quand ce jour redoute viendra enfin, il faudra etre pret a faire face. Pleinement pret.
Conclusion : Le compte a rebours silencieux qui devrait hanter notre sommeil collectif
Une question de temps et de volonte politique face a l’urgence
350 missiles. 150 kilogrammes d’explosifs devastateurs chacun. 120 kilometres de portee meurtriere. Ces chiffres froids ne sont pas des abstractions statistiques pour analystes de salon. Ils representent une capacite de destruction bien reelle, parfaitement tangible, qui attend patiemment son heure quelque part dans l’immensite du territoire russe. Le fait troublant qu’ils n’aient pas encore ete utilises ne signifie absolument pas qu’ils ne le seront jamais. Cela signifie seulement que nous disposons de temps, peut-etre. Du temps precieux pour renforcer methodiquement les defenses anti-aeriennes ukrainiennes avec les systemes les plus modernes. Du temps pour intensifier la pression diplomatique et economique sur l’Iran et ses dirigeants. Du temps pour preparer nos societes democratiques a un possible tournant dramatique dans ce conflit qui pourrait nous affecter directement. Ce temps est infiniment precieux. Ne le gaspillons surtout pas en faux sentiments de securite et en debats steriles. Le silence prolonge des armes est parfois considerablement plus inquietant que leur fracas devastateur. Ces missiles dorment profondement pour l’instant, mais ils peuvent se reveiller a absolument tout moment sur un simple ordre venu du Kremlin.
En ecrivant ces lignes au coeur de la nuit, je pense intensement aux familles ukrainiennes qui vivent depuis bientot quatre ans sous la menace constante et epuisante des bombardements quotidiens. Je pense a ces enfants innocents qui grandissent avec le bruit strident des sirenes comme berceuse habituelle chaque nuit. Pour eux, peu importe fondamentalement que ces missiles soient iraniens, russes ou nord-coreens. Ce qui compte vraiment, c’est qu’ils existent bel et bien, qu’ils sont pointes vers eux et leurs proches, et que le monde exterieur semble tragiquement incapable de les proteger efficacement. Ces 350 missiles obstinement silencieux sont un rappel brutal et douloureux de notre echec collectif monumental a prevenir cette guerre, a l’arreter quand c’etait encore possible, a punir adequatement ses responsables criminels. Ils sont aussi un ultimatum silencieux lance a notre conscience collective endormie. Qu’allons-nous faire concretement? Combien de temps encore allons-nous regarder passivement ce compteur macabre sans reagir vraiment, sans sortir de notre confort? La reponse que nous apporterons a ces questions fondamentales definira non seulement le sort de l’Ukraine courageuse, mais aussi et surtout le monde que nous leguerons a nos enfants et petits-enfants. Et franchement, en toute honnetete, je ne suis pas du tout certain que nous soyons collectivement a la hauteur de ce defi historique qui nous est pose.
Signe Maxime Marquette
Sources
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