Pour comprendre la fragilité actuelle du régime iranien, il faut remonter à juin 2025 et à cette guerre éclair avec Israël qui a tout changé. Du 13 au 24 juin, les deux ennemis jurés se sont affrontés directement pour la première fois de leur histoire. Israël a frappé en premier, bombardant installations militaires et sites nucléaires, assassinant dirigeants militaires, scientifiques et responsables politiques. L’Iran a riposté avec plus de 550 missiles balistiques et un millier de drones suicide, touchant des centres de population civile, un hôpital et au moins douze sites militaires, énergétiques et gouvernementaux.
L’intervention américaine a scellé l’issue du conflit. Washington a intercepté les attaques iraniennes et bombardé trois sites nucléaires iraniens le 22 juin. Le Pentagone estime avoir retardé le programme nucléaire iranien de « un à deux ans ». Mais c’est surtout l’humiliation stratégique qui a marqué les esprits. Comme le souligne le Foreign Policy Research Institute, cette guerre a « accéléré l’érosion de l’autorité du Guide suprême Ali Khamenei » à un moment où les questions de succession se posaient déjà avec acuité compte tenu de son âge et de sa santé déclinante.
L’« Axe de la Résistance », cette constellation de milices et de groupes armés que Téhéran finance et arme à travers le Moyen-Orient, s’est révélé incapable de modifier le cours de la guerre. Pire encore : ni Moscou ni Pékin, malgré la rhétorique du « Regard vers l’Est », n’ont offert autre chose qu’un soutien symbolique. La leçon est cruelle : les alliances de l’Iran sont transactionnelles, pas stratégiques.
En octobre 2025, le Guide suprême a approuvé le développement d’ogives nucléaires compactes pour missiles balistiques — un revirement majeur après des années de retenue officielle. Le régime, acculé, semble prêt à franchir le Rubicon nucléaire.
La répression comme seule réponse
Face à la contestation populaire de décembre 2025 et janvier 2026, le régime iranien a choisi la manière forte. Le 8 janvier, après une période initiale de relative retenue, les forces de sécurité ont lancé ce que certains observateurs qualifient de « Babi Yar iranien » — une référence au massacre nazi qui glace le sang. Le New York Times rapporte que Khamenei a ordonné au Conseil suprême de sécurité nationale de réprimer les manifestations « par tous les moyens nécessaires ». Les forces de sécurité ont reçu des ordres de « tirer pour tuer » sans faire preuve de clémence.
Human Rights Watch documente l’utilisation de fusils, de fusils de chasse chargés de billes métalliques, de canons à eau, de gaz lacrymogène et de passages à tabac pour disperser, intimider et punir des manifestants largement pacifiques. Le Guardian ajoute que les forces de sécurité ont utilisé des mitrailleuses lourdes DShK, des tireurs d’élite et même des couteaux contre les protestataires. Un médecin téhéranais témoigne : les forces de sécurité « tirent pour tuer ».
Les chiffres de l’Human Rights Activists News Agency sont vertigineux : au 18 janvier, plus de 24 600 manifestants avaient été arrêtés. Le 21 janvier, les autorités iraniennes ont annoncé que les protestations avaient été « écrasées ». Le Procureur général Mohammad Movahedi Azad a déclaré que les troubles avaient pris fin. Le 24 janvier, Khamenei lui-même s’est réfugié dans un bunker souterrain — image saisissante d’un pouvoir qui vacille.
L'économie iranienne : autopsie d'un désastre
Les racines de cette révolte plongent dans un terreau économique désastreux. Les sanctions « snapback » de l’ONU, réimposées en septembre 2025, ont gelé les avoirs iraniens à l’étranger, stoppé les transactions d’armement et imposé des pénalités liées au programme de missiles balistiques. Comme l’explique Alex Vatanka du Middle East Institute, ces sanctions « ont aggravé les faiblesses économiques chroniques de l’Iran en contraignant les exportations pétrolières, les revenus en devises fortes et l’accès aux marchés financiers mondiaux ».
La Banque mondiale, dans ses projections d’octobre 2025, anticipait une contraction de l’économie iranienne en 2025 et 2026, avec une inflation annuelle grimpant vers 60 %. Le FMI prévoit une croissance anémique de 1,1 % en 2026, contre 0,6 % en 2025. Les estimations de la population vivant sous le seuil de pauvreté oscillent entre 22 % et 50 % — un écart qui en dit long sur l’opacité des statistiques iraniennes.
Les analystes de la FDD soutiennent que les sanctions pour violations des droits humains imposées par Washington le 15 janvier — près de trois semaines après le début des protestations — ne suffiront pas à stopper la brutalité du régime. Ils plaident pour une application plus stricte des sanctions « snapback » et pour la saisie des pétroliers qui violent l’embargo. C’est la ligne dure, assumée, de cette organisation qui n’a jamais caché son objectif : le changement de régime à Téhéran.
Ukraine : la guerre qui n'en finit pas
À des milliers de kilomètres de Téhéran, une autre crise mobilise l’attention internationale. Bientôt quatre ans que la Russie a lancé son invasion à grande échelle de l’Ukraine, et les combats continuent. Les gains territoriaux russes de janvier 2026 sont réels mais modestes : 79 miles carrés entre le 16 décembre 2025 et le 13 janvier 2026, selon l’Institute for the Study of War — une diminution significative par rapport aux 215 miles carrés de la période précédente.
Au 13 janvier 2026, les forces russes occupent environ 116 250 kilomètres carrés de territoire ukrainien, soit 19,26 % du pays — l’équivalent approximatif de l’État de l’Ohio. Le général Valery Gerasimov continue de revendiquer des avancées spectaculaires que les observateurs indépendants qualifient de « mensonges et exagérations démontrables ». Il prétend que les forces russes ont conquis plus de 300 kilomètres carrés dans les deux premières semaines de janvier ; l’ISW n’en a identifié que 73,82.
Le 9 janvier, la Russie a frappé un grand coup psychologique en utilisant son nouveau missile Oreshnik pour la deuxième fois seulement depuis le début de la guerre. Ce missile balistique à portée intermédiaire, capable selon Poutine d’atteindre Mach 10 « comme une météorite » et imperméable à tout système de défense antimissile, a frappé l’ouest de l’Ukraine, près de la frontière polonaise — un message sans équivoque à l’OTAN.
Kaja Kallas, cheffe de la diplomatie européenne, a parfaitement décodé le signal : « Le lancement de l’Oreshnik était un avertissement à l’Europe et aux États-Unis. Poutine ne veut pas la paix ; la réponse de la Russie à la diplomatie, ce sont plus de missiles et de destruction. » Le missile a endommagé l’ambassade du Qatar à Kiev — ironie cruelle quand on sait le rôle de médiateur que Doha joue dans les échanges de prisonniers de guerre.
Les pourparlers trilatéraux : espoir ou mirage ?
C’est dans ce contexte que se sont tenues, les 23 et 24 janvier à Abou Dhabi, les premières négociations trilatérales entre l’Ukraine, la Russie et les États-Unis depuis le début de l’invasion. Un événement historique, fruit des efforts de l’envoyé spécial de Trump, Steve Witkoff, qui avait rencontré Poutine au Kremlin la veille pendant quatre heures.
À Davos, lors du Forum économique mondial, Trump a livré son diagnostic avec sa franchise coutumière : une « haine anormale » entre Poutine et Zelensky complique les négociations, mais un accord de paix se rapproche. « Je pense que la Russie veut un accord. Je pense que l’Ukraine veut un accord, et nous allons essayer de conclure un accord. S’ils n’y arrivent pas, ils sont stupides. »
Le nœud gordien, c’est le Donbass. La Russie exige que l’Ukraine retire ses forces de cette région orientale ; Kiev refuse de céder les territoires contestés. « Les questions territoriales » restent « le dernier point de blocage », selon Witkoff. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a été sans ambiguïté : « La position de la Russie est bien connue : l’Ukraine et ses forces armées doivent quitter le Donbass. »
Trump a publiquement attribué la responsabilité du blocage à Kiev plutôt qu’à Moscou — une rupture nette avec les alliés européens qui estiment que la Russie n’a aucun intérêt réel à mettre fin à la guerre. Cette divergence de diagnostic est lourde de conséquences : si Washington considère que c’est Zelensky qui freine, la pression américaine s’exercera sur l’Ukraine, pas sur la Russie.
Les garanties de sécurité : le nerf de la paix
Au-delà du territoire, c’est la question des garanties de sécurité qui déterminera la viabilité de tout accord. Lors du sommet de Paris du 6 janvier, la « coalition des volontaires » — 35 pays qui se sont engagés à soutenir l’Ukraine — a esquissé les contours d’un dispositif post-cessez-le-feu. Les États-Unis dirigeraient un mécanisme de surveillance de la trêve ; la France et le Royaume-Uni déploieraient des troupes sur le territoire ukrainien ; des « hubs militaires » seraient installés à travers le pays.
Le premier ministre britannique Keir Starmer a précisé que Londres et Paris « établiront des hubs militaires à travers l’Ukraine et construiront des installations protégées pour les armes et équipements militaires afin de soutenir les besoins défensifs de l’Ukraine ». Un paquet économique d’environ 682 milliards d’euros sur dix ans a été convenu par les partenaires internationaux.
Mais les Européens s’inquiètent. Le président polonais Karol Nawrocki a prévenu : « Qu’un accord de paix soit signé ou non, la Russie restera une menace pour l’Europe. » La crainte, c’est qu’un mauvais accord ne fasse que renforcer la détermination de Moscou à revenir plus tard achever le travail. Si les combats continuent au rythme actuel, les analystes estiment que la Russie pourrait avoir conquis l’ensemble du Donbass d’ici un an.
L'Axe des agresseurs : la nouvelle donne stratégique
Le Centre sur le pouvoir militaire et politique de la FDD identifie la Chine, la Russie, l’Iran et la Corée du Nord comme constituant un « Axe des agresseurs » émergent. Leur coopération croissante augmente les capacités, la disponibilité et la résilience de chaque adversaire, créant des dilemmes et défis réels pour les États-Unis.
Cette analyse n’est pas seulement théorique. On a vu l’Iran fournir des drones suicide à la Russie pour sa guerre en Ukraine. On a vu la Corée du Nord envoyer des munitions, voire des troupes, selon certains rapports. On a vu la Chine offrir un soutien diplomatique systématique à Moscou dans les enceintes internationales. L’interconnexion de ces crises — Iran, Ukraine, tensions en mer de Chine — n’est plus une hypothèse d’école : c’est la réalité du monde multipolaire qui se dessine.
Le déploiement du système Oreshnik en Biélorussie le 30 décembre 2025 illustre cette dynamique d’escalade. En positionnant ce missile près des frontières européennes, Moscou renforce sa capacité de frappe contre l’Europe dans un éventuel conflit futur. Le message est clair : la Russie prépare l’après-Ukraine, qu’un accord de paix soit signé ou non.
La réponse internationale : entre sanctions et impuissance
Face à la répression iranienne, la communauté internationale a réagi avec les outils qui sont les siens. Le Conseil des droits de l’homme de l’ONU a adopté le 23 janvier une résolution condamnant la répression violente des manifestations en Iran — 25 voix pour, 7 contre (dont la Chine, l’Inde, le Vietnam, l’Indonésie et le Pakistan). Le secrétaire général António Guterres s’est dit « choqué par les rapports de violence et d’usage excessif de la force par les autorités iraniennes contre les manifestants ».
L’administration Trump a imposé le 15 janvier ses premières sanctions liées aux droits humains en Iran, visant des responsables iraniens responsables d’abus et 18 individus et entités impliqués dans le réseau bancaire parallèle illicite qui finance le régime. Le Département d’État a également désigné la prison de Fardis et sanctionné des responsables sécuritaires, dont Ali Larijani, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale.
Mais ces mesures, aussi symboliques soient-elles, ont-elles une chance de modifier le comportement du régime ? Les analystes de la FDD en doutent. Ils plaident pour une « pression maximale » qui irait au-delà des sanctions symboliques : saisie des pétroliers, application stricte des sanctions sur les exportations pétrolières vers la Chine, asphyxie économique totale du régime.
Le facteur Trump : imprévisibilité et réalpolitik
Dans les deux dossiers — Iran et Ukraine —, l’administration Trump joue un rôle central mais ambigu. Sur l’Iran, le président a menacé d’intervenir si les manifestants continuaient d’être tués, avant de décider de ne pas le faire une fois les protestations écrasées sans signe de fracture au sein du régime. Une menace sans suite qui pourrait être interprétée comme un aveu de faiblesse.
Sur l’Ukraine, Trump oscille entre volonté de jouer les faiseurs de paix et pression sur Kiev. Son reproche public à Zelensky, accusé de freiner les négociations, rompt avec la ligne européenne et pourrait affaiblir la position ukrainienne dans les pourparlers. L’idée d’une « zone sans tarifs douaniers » pour l’Ukraine, évoquée le 22 janvier, suggère que Washington cherche à adoucir l’impact économique d’éventuelles concessions territoriales.
La rencontre de quatre heures entre Witkoff, Jared Kushner et Poutine au Kremlin n’a pas débouché sur une percée. Le Kremlin a ensuite réaffirmé sa détermination à poursuivre les combats tant que l’Ukraine ne céderait pas l’ensemble du Donbass. Signe que la diplomatie américaine, malgré son activisme, se heurte à l’intransigeance russe.
Iran et Ukraine : deux faces d'une même crise de l'ordre international
Au-delà de leurs spécificités, les crises iranienne et ukrainienne partagent un trait commun : elles révèlent l’impuissance relative des démocraties occidentales face à des régimes autoritaires déterminés à imposer leur volonté par la force. En Iran, des dizaines de milliers de manifestants ont été massacrés ou emprisonnés sans que le monde libre ne puisse empêcher le carnage. En Ukraine, quatre ans de guerre n’ont pas suffi à restaurer l’intégrité territoriale du pays ni à contraindre Moscou à négocier sérieusement.
Cette impuissance a des causes structurelles. Les sanctions économiques, arme favorite des Occidentaux, mettent du temps à produire leurs effets et peuvent être contournées. L’option militaire est exclue contre des puissances nucléaires ou candidates au nucléaire. La diplomatie se heurte à des interlocuteurs qui ne partagent pas les mêmes postulats sur la souveraineté, les droits humains ou le règlement pacifique des différends.
Pourtant, il serait erroné de conclure à la fatalité de cette impuissance. Le régime iranien, malgré sa répression brutale, est fragilisé comme jamais. L’humiliation de la Guerre des Douze Jours, l’effondrement économique, la perte de légitimité populaire : tous les voyants sont au rouge. La question n’est plus de savoir si ce régime tombera, mais quand et comment.
L'Europe face à ses responsabilités
Dans ce contexte, l’Europe ne peut plus se contenter d’être spectatrice. L’engagement britannique et français à déployer des troupes en Ukraine en cas de cessez-le-feu marque un tournant. Mais cet engagement reste conditionnel et limité. Que feront les Européens si les négociations échouent et que la guerre reprend de plus belle ? Que feront-ils si la Russie, après avoir reconstitué ses forces, lance une nouvelle offensive dans quelques années ?
La question iranienne pose des dilemmes similaires. La FDD reproche régulièrement aux Européens de fournir des « échappatoires légales » aux Gardiens de la Révolution en ne faisant pas appliquer rigoureusement les sanctions snapback. Si l’Iran acquiert l’arme nucléaire — hypothèse que l’approbation par Khamenei du développement d’ogives compactes rend plus plausible —, c’est toute l’architecture de sécurité du Moyen-Orient qui sera bouleversée.
Conclusion : l'heure des choix
L’année 2026 s’ouvre sur un monde plus instable que jamais. En Iran, un régime aux abois a choisi la répression massive plutôt que la réforme, s’enfonçant dans une spirale de violence qui ne peut que précipiter sa chute à terme. En Ukraine, les pourparlers trilatéraux offrent une lueur d’espoir, mais le fossé entre les positions russe et ukrainienne reste abyssal.
Les prochains mois seront décisifs. Si les négociations sur l’Ukraine aboutissent à un accord bancal qui récompense l’agression russe, le message envoyé à Pékin, Téhéran et Pyongyang sera dévastateur : l’usage de la force paie. Si, au contraire, les démocraties parviennent à imposer un règlement qui préserve l’essentiel de la souveraineté ukrainienne tout en garantissant sa sécurité future, un précédent positif sera établi.
Quant à l’Iran, le régime a peut-être gagné la bataille de janvier 2026, mais il a perdu quelque chose de plus fondamental : le peu de légitimité qui lui restait. Les millions d’Iraniens qui ont bravé les balles pour réclamer la liberté ne disparaîtront pas. Ils attendront leur heure. Et cette heure viendra.
Le monde libre a une responsabilité historique : ne pas abandonner ces combattants de la liberté, en Iran comme en Ukraine. C’est le défi de notre temps. C’est le sens de l’engagement de ceux qui, comme les analystes de la Foundation for Defense of Democracies, refusent de se résigner à l’avancée des autocraties.
Sources
Foundation for Defense of Democracies – Unrest continues in Iran and Ukraine
FDD – Washington’s Human Rights Sanctions Against Tehran Won’t Halt Regime Brutality
FDD – Maximum pressure and regime change in Iran
Wikipedia – 2025-2026 Iranian protests
Britannica – 2026 Iranian Protests
Al Jazeera – Iran protests continue
Human Rights Watch – Iran: Authorities’ Renewed Cycle of Protest Bloodshed
CNN – Why are there mass protests in Iran
NPR – Russia uses its new Oreshnik missile
Al Jazeera – Russia hits Ukraine with Oreshnik hypersonic missile
CNBC – Abnormal hatred between Putin and Zelenskyy
Al Jazeera – US backs security guarantees for Ukraine
ABC News – Russia, Ukraine and US hold 1st trilateral talks
Russia Matters – The Russia-Ukraine War Report Card
Critical Threats – Russian Offensive Campaign Assessment
Wikipedia – Iran-Israel war
FPRI – The Islamic Republic After the 12-Day War
FDD – Center on Military and Political Power
Signé Maxime Marquette
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